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 Sujet du message : Les leçons de Lascaux
Message Publié : 30 Sep 2012 9:13 
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Les leçons de Lascaux

Ma traduction d'un article du Time
Lien en anglais:
http://www.time.com/time/magazine/artic ... 10,00.html

Dans une grande mesure les peintures rupestres exécutées il y a plus de 20 millénaires et jusqu’à il y a environ 11.000 ans sont concentrées dans le sud de la France et dans le nord-est de l’Espagne. Une certaine volonté culturelle poussa l’homo sapiens de cette région non seulement à s’aventurer au plus profond des grottes, mais aussi à les peindre et les graver. Bien que quelques grottes soient connues depuis des siècles, la plupart furent découvertes, ou redécouvertes au 20e siècle.

Lascaux est la plus fameuse. Sa grandeur la rend exemplaire. Mais aussi la façon dont elle travaille, comme le reconnaît José Lassheras, directeur du musée et de la grotte d’Altamira en Espagne. « Altamira a eu la grande chance que Lascaux ait eu des problèmes avant nous », dit-il. Comme Lascaux 16 ans plus tôt, Altamira a été fermée en 1979 après qu’un nombre de près de 180 000 touristes par an l’aient endommagée. Elle a rouvert en 1982, en se limitant à 8000 visiteurs annuels. Altamira a également construit une réplique d’une partie de la grotte, comme diversion pour les touristes empêchés de voir l’original, et en 2002 la grotte originale d’Altamira – un an après que Lascaux ait été frappée par l’infection des champignons – a été à nouveau fermée. « Il n’y avait pas de problèmes évident, mais nous avions de meilleurs outils pour réguler les conditions dans la grotte, dit Lasheras. Dans deux ans, nous rouvrirons, si les scientifiques l’estiment possible. »

Niaux, sur les pentes nord des Pyrénées, a aussi profité de la leçon de Lascaux. « Actuellement, nous avons un problème avec un taux élevé d’humidité au fon de la grotte, dit Pascal Allard, le directeur de la grotte. Grâce au travail effectué à Lascaux, nous n’avons pas à consacrer trop de temps à rechercher les moyens de réguler les conditions ici. Nous effectuons la même sorte de surveillance mètre par mètre de la grotte. Nous n’avons pas les mêmes problèmes, mais c’est en partie parce que Lascaux nous a montré l’importance de la limitation des visites, et de la surveillance méticuleuse des conditions de la grotte ». Les mêmes précautions sont prises à Font de Gaume, une grotte située dans la vallée de la Vézère, près de Lascaux. Quant aux grottes privées Tuc d’Audoubert et les Trois Frères, elles n’ont jamais admis de visiteurs.

Rouffignac, une autre cave avec un propriétaire privé, 25 km à l’ouest de Lascaux, a un avantage naturel : son immensité. Les propriétaires ont installé en 1959 un train électrique qui parcoure quelques 8 km. de tunnels. Les wagons transportent 30 personnes à la fois dans la grotte, qui n’a pas d’éclairage fixe. « Nous limitons les visites à 550 personnes par jour, et le fait qu’elles ne descendent pas du train a aidé à préserver la grotte, dit Marie-Odile Plassard, une guide de Rouffignac. Et nous n’avons jamais modifié la circulation de l’air comme ils l’ont fait à Lascaux.

Yannik le Guillou, conservateur des peintures préhistoriques dans la région Midi-Pyrénées, qui comprend Niaux, Gargas et Pech-Merle, reconnaît que Lascaux a été un « détonateur de prise de compte des problèmes pour les autres grottes », mais que cette prise en compte aurait de toute façon existé. « Même si nous avons fait des erreurs, dit-il, c’est presque exclusivement en France que la recherche scientifique sur la conservation des grottes a eu lieu, et notre politique est rigoureuse ». Et de plus en plus. En 1994, des peintures vieilles de 30 000 ans ont été découvertes à Chauvet, élargissant la période des peintures préhistoriques dans les grottes. Seuls des chercheurs y sont admis, et au vu de la fragilité de Chauvet et de l’expérience de Lascaux, il est peu probable que cela change.


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 Sujet du message : Re: Les leçons de Lascaux
Message Publié : 30 Sep 2012 9:15 
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Le sauvetage de la beauté

Ma traduction d'un article du Time:
http://www.time.com/time/magazine/artic ... 06,00.html

Un champignon et la bureaucratie menacent la caverne de Lascaux de la France. Mais comment la moisissure s’est elle infiltrée dedans ? Et cet héritage unique survivra-t-il ?

Par JAMES GRAFF

Pendant plus de 17.000 années, le bestiaire de la caverne de Lascaux en France du sud-ouest a survécu les ravages de l'histoire humaine. Qui dans cette grotte est confronté à des taureaux de 4 mètres de long qui semblent flotter à travers les voutes massives comme des apparitions. Une bête tachetée, énigmatique avec un museau rond et des cornes droites, pointant vers l’avant, des chevaux dodus d’un jaune brillant et des cerfs avec des bois semblables à des arbres - tous semblent à la fois appartenir au présent et provenir de quelque monde éloigné. Ce qui est vrai. Bien que le travail soit moderne, d’une façon saisissante - au sortir de la caverne en 1940, Pablo Picasso s’exclama : « Nous n'avons rien inventé » - ces créatures ont été peintes et inscrites sur les parois de calcaire au paléolithique supérieur, à une époque où les hommes étaient tous chasseurs-cueilleurs, et où l’Homo sapiens coexistait avec l'homme de Neanderthal. Ils témoignent du saut de « quantum » névralgique qui a donné naissance à ce qui est propre à l’homme et à lui seulement, la conscience. Lascaux est l'exemple le plus important de ce que l’auteur et anthropologue iconoclaste Georges Bataille a appelé « le désir profond de tous les hommes, de quelque période ou de quelque région qu’ils soient, d’être étonné. » Comme bien peu d'autres oeuvres humaines, c'est un patrimoine non pas d’un pays ou d’une culture, mais de l'humanité entière.

Pourtant la longévité de Lascaux s’allie à une fragilité effrayante. Il y a cinq ans, après l'installation mal conçue d’un nouvel équipement de climatisation, Lascaux a été la proie de champignons, menaçant de détruire en quelques années ce que des millénaires avaient laissé en grande partie intact. Les conservateurs de la caverne luttent encore pour éliminer ce fléau. Depuis la visite d’un journaliste de La Recherche il y a trois ans, aucune évaluation indépendante des résultats de ce travail n’a été faite. En conséquence, l’inquiétude a saisi les préhistoriens en France et dans le monde entier qui craignent que l'opération de lutte contre les champignons ne mette elle-même en danger l'équilibre fragile de la caverne, et n’endommage encore plus le site.

Le mois dernier, les fonctionnaires français ont révélé à Time que le champignon Fusarium solani s’était parfois étendu du plancher jusqu’aux peintures, et que des traînées séparées de fusarium ont désormais été identifiées dans les différents bras des 235 mètres de caverne. Time a eu la permission de vister la grotte parce que ses conservateurs ont le sentiment qu’ils ont enfin réussi à contrôler les champignons. Mais pour l’empêcher de revenir, une équipe de restaurateurs vient chaque quinze jours dans la grotte, - armés, comme il est obligatoire pour tous ceux qui y pénètrent, de tenues à capuchon, « biohazard », de bottes et de masques – afin d’enlever les filaments sur les murs. Une autre équipe vient régulièrement contrôler les conditions sanitaires de la grotte, en utilisant l’image laser. « Ils nous disent que l’état de la grotte est stable », dit un membre du comité scientifique de Lascaux, mis en place par le ministre de la culture en 2002. Mais c’est aussi ce qu’on dit d’Ariel Sharon. » La triste réalité est qu’aujourd’hui les visiteurs de Lascaux n’y trouvent pas l’émerveillement, l’inspiration ou une vision intérieure : ils viennent contempler des taches de moisissure.

Le taureau bureaucratique
C’est l’histoire de l’affrontement de trois cultures : le grand héritage culturel des taureaux, daims et chevaux de Lascaux ; une moisissure résistante ; et la culture compliquée et insulaire de la bureaucratie française, qui dilue les responsabilités. Cette histoire en dit autant de la France que les peintures elles-mêmes parlent du monde qui les a produites. Cela soulève le problème de savoir si un site irremplaçable de l’héritage mondial doit être en premier un lieu de pèlerinage ou un lieu de recherche. Mais cela commence et finit avec la beauté et le mystère même de Lascaux. « C’est tellement spectaculaire que cela envahit l’esprit. La première fois que je l’ai vu, j’ai pleuré, » dit Jean Clottes l’un des meilleurs experts mondiaux des peintures préhistoriques. « Si Lascaux est définitivement dégradé, c’est une catastrophe pour le monde tout entier ».

Quand la restauratrice d’art, Rosalie Godin, fut appelée en urgence à Lascaux, en août 2001, elle ne pouvait en croire ses yeux. « C’était exactement comme s’il avait neigé dans la grotte. Tout était couvert de blanc », dit-elle. Deux des conservateurs de la grotte, Bruno Desplat et Sandrine van Solinge avaient lancé l’alarme quand les filaments blancs, repérés dans des parties isolées de la grotte quelques mois auparavant, s’étaient étendus comme une traînée de poudre en quelques jours. Desplat, qui vit près de Lascaux et y a consacré 15 ans de sa vie, dit qu’il a été physiquement malade quand il a vu cette luxuriante floraison.

On ne peut dire cependant que lui, ou le conservateur, le spécialiste de la préhistoire Jean-Michel Geneste, ont été entièrement surpris. Ce printemps, des travailleurs ont finit d’installer un système de climatisation de 23 000 euros sous les escaliers qui descendent à la grotte. La nouvelle machine s’écartait grandement de la manière dont le délicat équilibre de température et d’humidité avait été réglé à Lascaux pendant les 30 années précédentes. Le vieux système, installé en 1968 après des années d’études minutieuses du climat de la grotte, s’appuyait sur les courants naturels pour faire passer l’air sur une surface froide et s’assurer que l’eau s’y condensait, comme par exemple sur une canette de bière, plutôt que sur les murs de la grotte. Ce système passif n’était nécessaire que durant les périodes les plus humides de l’année, où il fonctionnait en remplacement de la terre qui, pendant des millénaires, avait absorbé l’eau en excédent de l’air saturé de la grotte et qui avait été enlevée depuis la découverte de la grotte en 1940.

Le nouveau système devait automatiser le processus, mais cherchait également à l’améliorer en utilisant deux grands et puissants ventilateurs pour attirer l’air vers la surface froide. Une technique aussi violente scandalisa ceux qui avaient tant travaillé pour mettre au point une solution plus modeste aux problèmes antérieurs de la grotte. « Notre idée était de rester aussi discrets que possible » dit Pierre Vidal, un chercheur actuellement retraité qui a travaillé à Lascaux pendant des décennies. « Cette chose semblait plutôt un système central de climatisation. »

Dans la plupart des organisations, un individu, ou un collectif ont le dernier mot quand il s’agit de prendre une décision, en particulier sujette à controverse. Et pourtant personne ne veut assumer la responsabilité de la décision d’installer cette nouvelle machine. Geneste, qui, en tant que conservateur de Lascaux depuis 1992 est en fait l’administrateur en chef de la grotte, dit qu’il a toujours été opposé à passer à un nouveau système pour réguler l’air de la grotte, « mais suite à notre décision de remettre en état une machine qui pouvait maintenir les paramètres de la grotte, une chaîne de décisions administratives à conduit au choix d’un système dynamique ». Philippe Oudin, l’architecte en chef des monuments historiques de Dordogne, qui était responsable du planning et de la supervision du travail, n’a pas voulu répondre à nos questions. Un avis technique pour le projet a été fourni par Ingéni, une société de consultants pour les systèmes de climatisation basée près de Paris, qui avait mis au point des systèmes pour des supermarchés et des musées mais qui, tout comme Oudin, n’avait pas d’expérience des grottes. « Nous avons proposé un système, et c’est eux qui l’ont choisi », dit Michel de la Giraudière, directeur de la société. « Je ne sais pas pourquoi ils ont préféré un système actif à un système passif, mais je sais que tout le monde n’était pas d’accord. Ils voulaient une certaine efficacité, et la discussion était politique ».

L’apparition de la moisissure peu de temps après que le nouvel appareil fut mis en place en avril 2001 suggère qu’il n’était pas adapté pour maintenir l’équilibre de Lascaux. A la fin de l’année, Geneste fit retirer les ventilateurs. « Si nous avions su ce que nous avons appris plus tard, nous n’aurions pas installé cette machine », dit Alain Rieu, le directeur Patrimoine pour la région d’Aquitaine, celui qui a finalement signé la commande et payé le travail. « Mais le vieux système était détérioré, et nous avons décidé à l’unanimité que nous pouvions prendre le risque de ne rien faire. Cela semblait la moins mauvaise solution. »

De plus, elle a été mise en œuvre au plus mauvais moment. Quand un toit au-dessus de l’entrée fut enlevé, pour l’installation du nouveau système en début 2001, des pluies torrentielles tombèrent droit dans l’entrée de la grotte, apportant de la saleté et, selon certains, les spores de fusarium. La possibilité que des spores ou autres agents biologiques pourraient contaminer la grotte avait été prévue. Jean François Nicols, directeur de l’entreprise Forclim Sud-Ouest Alary Vimard, dit que ses ouvriers avaient reçu la consigne de se laver les pieds, de limiter le temps de travail, et de rester hors des pièces avec des peintures. Desplat lui-même installa un contrôle pour s’assurer que ces instructions étaient suivies. « Nous avons travaillé selon les instructions qu’on nous a données. » dit Nicolas. Geneste, responsable de la supervision du travail, une fois par semaine, avec le représentant d’Oudin, prétend que ce n’est pas tout à fait vrai. « Les ouvriers n’ont pas toujours tenu compte de ce que nous disions et ne se désinfectaient pas les pieds » dit Geneste. « Ils ne fermaient pas les portes en permanence, ils voulaient terminer leur travail rapidement. » Par ailleurs, le Laboratoire de recherche des Monuments historiques (LRMH), responsable du maintien des conditions biologiques de la grotte, n’ont fait aucune inspection pendant la période de construction.

Godin a été choquée par ce qu’elle a trouvé quand le LRMH l’a envoyée à Lascaux pour la première fois. « Le site de la construction était organisé comme si l’on refaisait une salle de bains, dit-elle. L’entrée de la cave était comme un marécage, et il y avait des gravats partout. C’était apocalyptique. » L’entrepreneur Nicolas réfute cette vison : « Ce n’était pas un site de travail mal organisé, aussi longtemps que nous avons été là », mais ajoute que des maçons et des charpentiers les ont peut-être suivis. Quand elle est arrivée, Godin travaillait en aveugle : « J’étais comme un pompier, sans documents, sans instructions, sans rien. » En septembre, le LRMH identifia le Fusarium solani, une moisissure virulente qui s’attaque normalement aux sols, aux récoltes, et est parfois si résistante aux produits que des champs entiers de récoltes doivent être retournés et brûlés.

Tout le monde n’est pas convaincu que le champignon est entré dans la grotte attaché aux semelles épaisses des ouvriers. Isabelle Pallot-Frossard, directeur du LRMH, dit qu’une présence durable, légère de formaldehyde dans la grotte – justement utilisés pendant des décennies pour se désinfecter les pieds, afin de prévenir de telles infections – peut avaoir tué beaucoup des autres organismes qui auraient empêché cette explosion de fusarium. « Les traînées de fusarium que nous avaons trouvées dans la grotte sont extrêmment résistantes au formaldehyde, à la différence des traînées ailleurs, dit Pallot Frossard. Ce n’est pas venu de l’extérieur, mais était là depuis longtemps. Tout ce qu’il a fallu, c’était une légère modification du climat pour démarrer. »

Et ça a démarré ! Au début, l’équipe de Godin a aspergé la moisissure avec une solution alcoolisée de Vitalub, un désinfectant ammoniaqué commun. Mais le fusarium n’a pas semblé être affecté. Les hommes de science ont appris qu’il vivait dans une symbiose diabolique avec une bactérie, la pseudomonas fluorescens, qui détruisait le fongicide. Aussi les restaurateurs ont ajouté des antibiotiques au mélange, où ils ont trempé des bandes qu’ils ont appliquées sur les murs bas de la grotte. Des tonnes de chaux vive, qui ont tué le champignon mais en même temps relevé provisoirement la température ambiante, furent répandues sur le sol. Le plus gros de l’infection étant alors sous contrôle, un nettoyage manuel le suivit, c'est-à-dire qu’on enlevait soigneusement les filaments des murs à la main.

Résumé

En 1940, 4 garçons explorent un trou près de la Vézère et trouvent Lascaux. Ensuite l’abbé Breuil est venu, et a parlé de la fonction magique ou religieuse des peintures. Après la guerre, la famille de la Rochefoucauld, propriétaire des lieux, a donné son autorisation pour qu’on élargisse l’ entrée, qu’on dérive l’eau qui coulait dans la grotte, et qu’on installe des marches et du plancher dans la cave. 1700 visiteurs par jour venaient, mais à la fin des années 50, le dioxyde de carbone ainsi produit avait altéré le climat de la cave, où des dépôts de calcaire et des lichens menaçaient les peintures. « Depuis le début, il y a eu des interventions humaines à Lascaux » dit François Bourges, un hydrologue, expert en grottes. Au contraire des grottes du Tuc d’Audoubert et des Trois frères, qui n’ont jamais été ouvertes au public. Le comte Bégouen, propriétaire du Tuc, dit que la nature l’a conservée 17 000 ans, donc nous ne devons strictement rien y faire.

Lascaux devint une attraction touristique, et l’abbé Breuil était partisan que beaucoup de gens puissent la visiter en tant qu’expérience éducative importante. Mais en 63, la menace d’une détérioration définitive incita Malraux, ministre de la culture, à ordonner sa fermeture au public.

A cette époque se développa la recherche sur la signification des peintures préhistoriques, trouvées dans le sud de la France, et en Espagne.

A Lascaux, une équipe, menée par Paul-Marie Guyon, un chimiste et physicien, et comprenant Jacques Marsal, un des 4 garçons qui l’avaient découverte et était devenu son gardien et son meilleur connaisseur, travaillèrent sur la circulation de l’air et la maîtrise de la température et du dioxyde de carbone.

Début 70, Lascaux a acquis une sorte de stabilité. Plus de foules de visiteurs, plus de lichens, et Marsal, chaque jour ou presque, visitait la grotte, afin de détecter tout changement. Guyon détermina que 5 visiteurs pouvaient venir par jour, pour 35 minutes chacun, pendant 5 jours de la semaine. Il n’y en eut pas plus pendant 30 ans. A partir de 1983, les foules purent visiter Lascaux II, un fac-similé, et on autorisa quelques visites de la vraie grotte, à condition de marcher dans une solution de formaldehyde avant d’entrer… ce qui aurait permis au champignon fusarium de se développer, selon Pallot-Frossard. Celle-ci pense que le champignon n’a pas causé de dommage irréversible, mais beaucoup ne sont pas d’accord.

Laurence Léauté-Beasley, une franco-américaine, guide à Lascaux de 82 à 2001, a formé un Comité International pour la préservation de Lascaux, en 2004. Elle affirme qu’un spécialiste qui a visité la grotte récemment, a vu non seulement des fusarium sur les peintures, mais aussi des taches grisâtres sur des surfaces précédemment noires, dont les champignons ont été enlevés. Le traitement lui-même aurait causé un dommage. Quand l’an dernier on a enlevé la chaux vive, qui avait permis de contrôler l’invasion, on a également enlevé ce qui restait du sol, avec de possibles conséquences sur le climat et l’humidité de la grotte. Desplat, le gardien qui a découvert l’attaque de champignons, dit que pendant le travail de restauration, une large plaque de pierre peinte avec une tête de cheval (qui se serait détachée il y a des millénaires du grand hall des taureaux, la plus grande pièce de la grotte) porte trois marques de coups. Geneste affirme qu’ils ne sont pas nouveaux. Certains pensent qu’une fente dans le grand hall provient des échelles des restaurateurs, et que la partie basse des murs a été changé par l’usage d’un Gregomatic, sorte de puissant aspirateur à pression d’eau. Pallot-Frossard ne regrette rien. « Il n’y a rien de plus complexe qu’une grotte. Nous devions intervenir rapidement, et nous avons fait du mieux que nous pouvions. »

Ce qui manque, c’est un jugement indépendant sur ce qui a détérioré Lascaux et sur le remède qui y est apporté. Le comité mis en place par le ministre de la Culture comprend Oudin, l’architecte qui a installé cette désastreuse climatisation, Geneste, le conservateur qui a accepté les plans et supervisé l’installation, Pallot-Frossard, et tous les responsables bureaucratiques. Il paraît que ça fonctionne, selon Marc Gauthier, un expert de l’époque gallo-romaine et porte-parole du comité, qui affirme que trop souvent on avait réagi à des symptômes du problème, mais que depuis trois ans on réfléchissait et réagissait aux causes du problème. Léauté-Beasley n’est pas convaincue. « Nous avons le sentiment que de grandes erreurs ont été commises, et que cela peut continuer. Les Français agissent comme s’il s’agissait de leur cour privée, mais ils devraient se sentir responsables vis-à-vis du reste du monde. Après tout, à qui donc appartient le passé ? »

Les gardiens de Lascaux ont cessé d’utiliser des produits chimiques pour détruire le fusarium : plus de pansements antibiotiques, plus de chaux vive. Mais on ne peut guère être satisfait que des restaurateurs doivent encore aller enlever les filaments de fusarium sur des peintures irremplaçables ou passer le gregomatique sur le bas des murs. Geneste pense, au vu de quelques colonies de petits insectes, qu’un équilibre écologique tout neuf s’instaure petit à petit dans la grotte. « Mon but est de rouvrir Lascaux en 2007, dit Rieu, le directeur régional du Patrimoine. Si les espoirs des scientifiques se réalisent, c’est possible, bien que pour très peu de visiteurs. » Cela représenterait sans doute un soulagement pour les cohortes de bureaucrates, qui ont reçu une leçon d’humilité à Lascaux. Si cette leçon portera des fruits reste à déterminer dans le futur.


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 Sujet du message : Re: Les leçons de Lascaux
Message Publié : 29 Juil 2020 22:27 
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Dater Lascaux : Dater Lascaux: un retour sous terre

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'existe aujourd'hui pas de consensus scientifique sur l'attribution chronologique et culturelle du site de Lascaux ou sur la relation possible entre les parois ornées et les assemblages archéologiques retrouvés in situ. Les expressions matérielles et pariétales de Lascaux sont-elles l'oeuvre d'une seule et même tradition culturelle ? Représentent-t-elles, au contraire, un palimpseste pictural et stratigraphique lié à l'amalgame d'occupations répétées par des groupes porteurs de traditions distinctes ?

Si l'étude des parois peintes et gravées, notamment renouvelée par Norbert Aujoulat au cours des années 1990, conduit à inscrire l'art de Lascaux dans une chronologie stylistique donnée, l'analyse des assemblages archéologiques semble, de son côté, nous conter une histoire sensiblement différente malgré les liens, suggérés de longue date, entre sols et parois.


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