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 Sujet du message : Super bac 2016 : 91% de reçus
Message Publié : 24 Juil 2016 16:21 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Le baccalauréat 2016 est un excellent cru avec 91 % de reçus dans les séries générales. Rien à voir avec les 65% des années 1980 ! Comment expliquer la hausse constante du nombre des reçus et du taux de succès ? Et aussi la part des mentions (16% de TB à Paris) ?

Pour lancer le débat, qui intéressera certainement les nombreux enseignants et étudiants qui fréquent ce forum, je vous rappelle les quelques théories que j'ai entendues ici ou là.

Les candidats seraient plus intelligents car mieux alimentés dès leur plus jeune âge.
Ils seraient aussi plus sûrs d'eux car l'éducation contemporaine en famille ou en classe, d'origine américaine, favorise la confiance en soi.
La présence de jeunes d'origine étrangère serait stimulante et créerait une meilleure ambiance en classe.
Les correcteurs seraient moins stricts.


Qui peut confirmer ou infirmer ces thèses voire en proposer d'autres ?


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Message Publié : 24 Juil 2016 17:26 
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Inscription : 23 Jan 2009 15:49
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Pour avoir fait les jurys du bac, il n'y a aucun mystère là-dessus ; les consignes de corrections préconisent de valoriser à tout va ; les exercices se simplifient (pur par cœur, puisque les sujets sont les titres des chapitres pour les dissert, des croquis à apprendre par coeur pour la mineure de géo ; il n'y a que le commentaire de doc qui demande de la réflexion), la problématique n'est pas obligatoire ; les notes sont relevées si, à mi-parcours de la correction, elles sont trop basses, puis relevées à nouveau en commission d'harmonisation avant le rattrapage (que ce soit pour faire passer au rattrapage, ou directement, ou à une mention), puis relevées une troisième fois après le rattrapage. Il faut de toute manière arriver à une statistique préétablie, donc aucun suspens pour les chiffres du bac : on doit faire passer 90% d'une classe d'âge.

J'ai donné le bac à une élève qui estimait qu'il y avait 4 continents dans le monde, et à un autre qui divisait l'Afrique en deux blocs : le Sahara, et l'Afrique du sud. Rien entre les deux.
Les rattrapages sont généralement lamentables, aucun élève ne parvenant à tenir plus d'une minute ou deux sur l'ensemble des deux sujets. N'importe quel correcteur vous le dira, sauf ceux qui planent, et qui sont souvent à la tête du jury (l'année où j'ai corrigé, un prof de philo qui a réussi à mettre 17 à des élèves ayant eu 5 à l'écrit et qui n'avaient pas vraiment brillé en HG...).

Je parle pour les séries générales ; pour les techno, c'est pire.


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Message Publié : 24 Juil 2016 20:03 
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Inscription : 10 Fév 2009 0:12
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On peut avancer une explication complémentaire : le succès des Bac Pro et des séries techniques (STMxx) se traduit par une sélection préalable - en seconde, au plus tard - qui amène aux bacs généraux une fraction des élèves dont le niveau est meilleur qu'auparavant.

Cela dit, après le bac il faut regarder le taux de succès en première année d'université, qui lui reste catastrophique. (En 1982, j'étais en première année de Deug Sciences - Maths physique chimie - et le taux d'échec était de 60%. Je pense que c'est toujours le cas.)

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 24 Juil 2016 20:15 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Mon expérience côté élèves, à savoir la mienne comparée avec celle de mon fils qui a passé son bac il y a quelques années, m'incitent à confirmer les propos de Calame.
Mon fils a obtenu son bac STI avec la mention bien.
20 en anglais. A l'époque que j'ai connue, 20 en langue vivante sanctionnait un parfait bilinguisme. Avec ses connaissances honnêtes mais sans plus, il aurait pu espérer 13, peut-être 15 avec de la chance.
15 en philosophie. Il ne sait même pas ce qu'est la philosophie pour la double raison que cela ne l'intéresse pas et qu'il n'a pratiquement pas eu de cours de philo. Je crois que durant toute sa scolarité on ne lui a fait rédiger qu'une seule dissertation. Je suppose que les correcteurs ont sanctionné une certaine capacité à raisonner et une maîtrise de la langue française.


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Message Publié : 24 Juil 2016 21:04 
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Inscription : 10 Fév 2009 0:12
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Je n'avais pas vu le message de Calame avant de poster.

Bon, il y a pas photo !

Du coup je répète ce que j'ai dit sur les résultats en première année de fac : forcément, c'est l'hécatombe.

Bon sang, d'où vient cette obstination à distribuer un Bac en peau de lapin ?

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Message Publié : 24 Juil 2016 21:57 
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Il y a plusieurs explications, toutes plus ou moins politiques : en premier lieu, il faut que chaque année, le ou la ministre (de droite comme de gauche) puisse se gargariser d'excellents résultats, et donner l'impression que l'EN va bien alors que ce n'est pas le cas. Ensuite, il y a l'idéologie "pédagogiste" : dire par exemple qu'à l'ère d'Internet, on n'a plus besoin de connaissances (accessibles en 2 clics), mais de compétences, comme si les deux étaient séparables et par conséquence, être moins exigeant vis-à-vis de l'exactitude des savoirs, puisqu' "on apprend toute sa vie" (y compris à lire et à écrire...) ; idem pour la question de la note, jugée très sévèrement, comme étant une sanction et une manière de discriminer. Ce blabla de technocrates permet surtout d'enrober des diminutions d'heures, et donc de coût - mais évidemment aussi de qualité d'enseignement. En 30 ans, les élèves ont perdu à peu près un tiers de leurs heures de français dans leur scolarité, si ma mémoire est bonne. Dans l'idéologie, il y a aussi l'idée que les évolutions sociales impliquent que la majorité des Français soit diplômée de l’enseignement supérieur pour pouvoir trouver un boulot ; or le bac est la voie d'accès vers le supérieur.
Les générations qui arrivent à la fac de nos jours se plantent de plus en plus : on est obligé de mettre en place des modules de méthodologie à tout va, voire d'orthographe jusqu'en L3 ! Mais là encore, il y a des statistiques à respecter.

Bref, baisse des exigences par démagogie.

J'ai été scandalisée de voir et d'entendre ce qui se passe en commission d'harmonisation du bac ; et après en avoir discuté avec des collègues, c'est pareil partout et tout le temps.


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Message Publié : 24 Juil 2016 23:23 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Inscription : 02 Mai 2010 13:29
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Localisation : Duché de Gothie.
Bientôt les 100% alors .......j'attends ça pour me présenter ! :oops: :wink:

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« L'honneur défend des actes que la loi tolère. »
Sénèque


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Message Publié : 25 Juil 2016 0:04 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Cette politique désastreuse ne peut que renforcer l'épaisseur de ce qu'on appelle les plafonds de verre. Si je ne m'abuse, les statistiques montrent que la proportion de fils d'ouvriers accédant à des diplômes de niveau bac + 5 a diminué au cours des trente dernières années. Il y a bien un nivellement par le bas. Ceux qui en ont les moyens, intellectuels et financiers, en ont conscience et font le nécessaire pour compenser. On parle alors de discrimination et l'on fait des discours grandiloquents sur la lutte contre les discriminations qui ont pour effet d'exacerber les frustrations des plus défavorisés. Or, ce n'est pas vrai, il n'y a pas de discrimination dans les cursus scolaires. On entretient un cercle vicieux.

On a supprimé, ou l'on veut supprimer, l'épreuve de culture générale à l'ENA au motif qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu la Princesse de Clèves pour faire un bon technocrate et que cette exigence ne favorise que les fils des familles les plus favorisées. Rien n'est plus faux. Celui qui aura une profonde culture générale en tirera toujours un avantage sur les autres et la sélection continuera à se faire, mais de façon plus occulte. Autrefois, le fils d'ouvrier ambitieux était, au cours de ses études secondaires, obligé d'acquérir, dans la douleur souvent, une culture étrangère à son milieu familial. On lui disait qu'il fallait lire la Princesse de Clèves et il faisait l'effort de la lire. Maintenant, comme on se contente d'un enseignement minimal, il ne sait même plus que cela existe contrairement à celui qui sera né dans un milieu intellectuel et qui aura trouvé l'ouvrage dans la bibliothèque de Papa. Le handicap du premier par rapport au second se sera accru.

Une politique courageuse consisterait à maintenir une sélection rigoureuse tout en mettant des moyens massifs pour apporter aux moins favorisés ce qu'il leur manque par rapport aux autres. Il y a certes quelques lycées spéciaux destinés aux plus prometteurs vivant en milieu défavorisé. Ils ont au moins le mérite d'exister, mais je crains que ce ne soit qu'une goutte d'eau et un leurre à la Potemkine.

Il y a aussi des initiatives privées, je vois par exemple : http://esperancebanlieues.org/histoire-de-lecole. Il s'agit d'une entreprise menée en partenariat avec la mairie. Il est effarant que le maire d'une ville française, confronté à la nécessité, doive se lancer dans une action qui n'est pas de sa compétence pour apporter aux citoyens de sa ville ce que le service public en place ne sait plus fournir.


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Message Publié : 25 Juil 2016 1:13 
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Merci Calame pour ce témoignage et ces explications.

ça me rappelle un professeur américain qui disait dans les années 80 - face aux succès des Japonais et au niveau scolaire de leurs élèves :" Au niveau de l'enseignement secondaire, nous avons suivi une politique dramatique de désarmement éducatif unilatéral. "

(A l"époque des Français effarés racontaient comment on réussissait une année scolaire américaine en cochant des QCM pour attardés mentaux.)

En fait ils n'ont rien résolu, mais ils s'en sont tirés depuis en attirant les meilleurs cerveaux étrangers, sachant qu'ils ont aussi, comme nous, des bons élèves et des filières d'élite.

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Message Publié : 25 Juil 2016 11:06 
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Grégoire de Tours
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Localisation : Suisse
calame a écrit :
Il y a plusieurs explications, toutes plus ou moins politiques : en premier lieu, il faut que chaque année, le ou la ministre (de droite comme de gauche) puisse se gargariser d'excellents résultats, et donner l'impression que l'EN va bien alors que ce n'est pas le cas. Ensuite, il y a l'idéologie "pédagogiste" : dire par exemple qu'à l'ère d'Internet, on n'a plus besoin de connaissances (accessibles en 2 clics), mais de compétences, comme si les deux étaient séparables et par conséquence, être moins exigeant vis-à-vis de l'exactitude des savoirs, puisqu' "on apprend toute sa vie" (y compris à lire et à écrire...) ; idem pour la question de la note, jugée très sévèrement, comme étant une sanction et une manière de discriminer. Ce blabla de technocrates permet surtout d'enrober des diminutions d'heures, et donc de coût - mais évidemment aussi de qualité d'enseignement. En 30 ans, les élèves ont perdu à peu près un tiers de leurs heures de français dans leur scolarité, si ma mémoire est bonne. Dans l'idéologie, il y a aussi l'idée que les évolutions sociales impliquent que la majorité des Français soit diplômée de l’enseignement supérieur pour pouvoir trouver un boulot ; or le bac est la voie d'accès vers le supérieur.
Les générations qui arrivent à la fac de nos jours se plantent de plus en plus : on est obligé de mettre en place des modules de méthodologie à tout va, voire d'orthographe jusqu'en L3 ! Mais là encore, il y a des statistiques à respecter.

Bref, baisse des exigences par démagogie.

J'ai été scandalisée de voir et d'entendre ce qui se passe en commission d'harmonisation du bac ; et après en avoir discuté avec des collègues, c'est pareil partout et tout le temps.


Votre constat est à pleurer. C'est une triste dérive.

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Comme disaient les Kennedy, "faut pas se laisser abattre"


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Message Publié : 25 Juil 2016 23:45 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 02 Mai 2010 13:29
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Localisation : Duché de Gothie.
[i]Barbetorte :

Autrefois, le fils d'ouvrier ambitieux était, au cours de ses études secondaires, obligé d'acquérir, dans la douleur souvent, une culture étrangère à son milieu familial. On lui disait qu'il fallait lire la Princesse de Clèves et il faisait l'effort de la lire. Maintenant, comme on se contente d'un enseignement minimal, il ne sait même plus que cela existe contrairement à celui qui sera né dans un milieu intellectuel et qui aura trouvé l'ouvrage dans la bibliothèque de Papa. Le handicap du premier par rapport au second se sera accru.[
/i]

Effectivement, mais déjà c'était disparate dans le milieu ouvrier dont je viens et dont je suis fier.
J'ai vu quatre cas :

A: père ouvrier : Concerné. Souvent études en connaissances générales demandées avec insistance au fiston avec minimum requis et obligatoire : dépasser les connaissances du père qui était clairement un deuxième enseignant et une référence. A noter que mon père travaillait 10 jours d'affilée (Décades....) en 3X8 fallait y croire pour faire étudier les gamins !

B/ père ouvrier : Pas concerné ou exténué par le boulot ET la construction du nid familial. Pas bon, études des gamins délaissées. ça tourne mal et on en a honte.....Alcool souvent, pas l’assommoir mais rythme soutenu. Quatre pastis non réglementaires le matin, quatre le soir........Amen.

C/ Les manœuvres et demi-ouvriers : à tort considérés comme des ouvriers qu'ils ne sont pas tant qu'ils n'ont pas passé de certificat d’aptitude. Faiblement instruits surtout au calcul mathématique et géométrie. Taux de "réussite" des fistons nul.

D/ Les filles de ces trois catégories ? Vendeuses en magasin au mieux femmes au foyer à la majorité.......rarement heureuses.....Je n'ai même pas d'exception à citer.............

Si quelqu'un veut s'amuser à tracer une courbe de réussite des fils d'ouvriers aux études supérieurs depuis le début de la stat ce serait amusant de constater la platitude de la courbe. Non, clairement, quand les autres courent le 100m, les fils de prolétaires courent le 400 haies.......

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Sénèque


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