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 Sujet du message : Histoire d'une recension
Message Publié : 28 Sep 2018 15:57 
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Jean Froissart
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Bonjour,

La biographie consacré sur Hitler, récemment publiée aux éditions Puf, a donné lieu, suite à une recension de André Loez, a un échange peu amène entre ce dernier et les deux auteurs de l'ouvrage Johann Chapoutot et Christian Ingrao.

Il n'en fallait pas moins pour que le monde https://www.lemonde.fr/livres/article/2018/09/26/une-reponse-aux-auteurs-de-la-biographie-d-hitler-aux-puf_5360467_3260.html et les réseaux sociaux s'agitent autour de la question pour tourner, avec un plaisir non dissimulé, la cuillère à caca.

Ce type d'accrochage, n'est certes pas nouveau mais il, me laisse dubitatif sur le niveau du débat historique. Ainsi il conviendrait de publiquement retoquer certains faits historiques pour, l'air de rien, remettre en question l'orientation historiographique d'un ouvrage ?

Parce que c'est bien de ça dont il s'agit, tuer dans l’œuf l'approche Faut-il oublier Hitler pour comprendre le nazisme ? pour qu'elle ne puisse germer ailleurs.

Sur l'orientation opté par cet ouvrage je n'est pour l'instant pas d'avis car, si j'en ai fait l'acquisition, je ne l'ai pas encore lu. Cependant j'ai attentivement parcouru cette partie de Ping - pong que j'estime pas très convenable et légèrement puérile.

Je souhaiterais avoir votre éclairage sur la question et si vous avez intégralement parcouru ce livre c'est encore mieux.

Cordialement

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 28 Sep 2018 19:29 
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nico86 a écrit :
Parce que c'est bien de ça dont il s'agit, tuer dans l’œuf l'approche Faut-il oublier Hitler pour comprendre le nazisme ? pour qu'elle ne puisse germer ailleurs.

On voit bien l'angoisse de ceux qui refusent que la question soit posée ainsi. (Et peut-être ont-ils raison, vous nous direz ce que vous aura inspiré la lecture de cet ouvrage.)

Mais il est tellement commode pour l'esprit de s'imaginer le nazisme comme un accident de l'histoire, ayant trouvé sa marche vers la folie dans le seul cerveau d'un Führer démoniaque. C'est un garantie que cela ne pourrait recommencer aussi facilement. Oublier le nazisme pour le réduire à Hitler est en fait très rassurant.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 29 Sep 2018 11:19 
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Grégoire de Tours
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Bon...
Pour ce qui concerne les querelles, ceci n'a que l'importance que l'on veut bien y prêter et comme vous l'exprimez avec humour, il y aura toujours preneur(s) pour la cuillère et surtout celle-ci. Ne soyez pas dubitatif (j'ai du mal à le croire.... ;) ) ; le niveau "historique" n'est pas touché et loin d'être atteint.

nico86 a écrit :
Ainsi il conviendrait de publiquement retoquer certains faits historiques pour, l'air de rien, remettre en question l'orientation historiographique d'un ouvrage ? Parce que c'est bien de ça dont il s'agit, tuer dans l’œuf l'approche Faut-il oublier Hitler pour comprendre le nazisme ? pour qu'elle ne puisse germer ailleurs.

J'ai un gros problème avec les bios. Elles sont certes le fruit de recherches mais il arrive un moment où les sources sont usées jusqu'à la corde.
On ne peut donc plus jouer qu'avec le rédactionnel qui devient une sorte de courroie de transmission de l'esprit du rédacteur. Il faut en effet de plus en plus de rédactionnel pour "vendre".
Il faut aussi que ceci soit compris par le plus grand nombre, donc assez imagé et véhiculant ce que vous nommez justement des tocades entraînant des retoquades.
Ceci est très racoleur : voyez le taux de ventes des tabloïds...
Maintenant les faits ne peuvent être "retoqués". Ils sont. Le lecteur acte.
La vision/interprétation non pas des faits mais de ce qui les a initié est sujet à interprétation. Interprétation qui elle, ne s'appuie sur aucune méthode. C'est pour ceci que l'on y retrouve souvent des traits subjectifs : chauvinisme, vénération, fantasme etc.
Je trouve cette approche très intéressante. L'homme ayant été essoré, les faits aussi, l'homme et les faits, les faits et l'homme, l'homme à travers les faits, les faits accompagnés de l'homme, la suite de l'homme, l'homme précédé de sa suite (on peut décliner au point que je m'étais bien jurée de ne plus lire quoi que ce soit...).

Et bien cette manière d'aborder le nazisme me plait assez (comprendre beaucoup voire énormément).
Je pense que Pierma exprime bien le "problème".
Maintenant, il faut aller au-delà ; j'entends par là le cerner (le problème) au plus près ; voir qui ceci peut servir ou desservir etc. Ceci sera vite "torché" (j'ai toujours la cuillère en tête).

La question que vous posez est très intéressante mais elle n'aura jamais de réponse dans la mesure où nous ne pouvons avoir un début de comparaison. C'est l'approche qui fera la différence.
Maintenant si ce bouquin s'inscrit dans une énième approche du totalitarisme ceci a déjà été produit par des philosophes.
En tant que "fait de société" dans le sens de "choix de société" jusqu'où peut-on aller sans ? Où s'est fait la jonction, l'assentiment de certains suivant l'appartenance à diverses strates de la société etc. il y a un gros travail de réflexion.
Nous savons tous que le nazisme n'est pas "l'histoire d'un homme" ni même "un homme qui fait l'histoire" ni encore "... qui infléchit.." pas plus qu'une question de timing ou autre mais un tout savamment mélangé où ceux qui "n'en furent pas totalement" ont tout de même "pensé" ce style de société, l'ont aidé (financièrement parfois) et que ces personnes pouvaient être totalement hors Allemagne, avoir pignon sur rue et se trouver -à la fin- du "bon côté".

Pédro citait, sur un fil, une appréciation de Césaire un peu "outrée" et plus j'y songe et moins je la trouve "outrée". On pouvait en effet être très "nazi" sans jamais avoir mis un pied en Allemagne. Tout dépend ce que que l'on met dans le kit et en priorité.

Au plaisir donc de vous lire... avec de petits extraits.
--


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 03 Oct 2018 11:00 
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Jean Froissart
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Merci, Pierma et Rebecca, pour vos éclaircissements et votre point de vue très explicite.

A mon avis cette biographie minimaliste sur Hitler (Environ 200 pages) est un exercice de forme répondant à une démarche de fond consistant à rééquilibrer les deux hémisphères rattachés à la personne d'Hitler --- celui d'acteur et de symptôme du Nazisme. Pour les auteurs de cet ouvrage le premier aspect a trop souvent pris le pas sur le second, au point d'entraîner de rattacher le symbole du Nazisme, et par conséquent l'entière totalité du fond de commerce de l'idéologie Nazi, à une seule personne.
Confusion que les auteurs souhaitent combattre la remarque de Johann Chapoutot lors d'une interview est significative.
"je crois qu’il faut citer l’attachée de presse des PUF, Camille Auzeby, qui a, je crois, trouvé la bonne expression pour notre livre : "ce livre est la biographie qui vous fera oublier Hitler".

La démarche historiographique vise donc à considérer Hitler de façon à ce qu'il soit replacé là où il mérite d'être, à savoir pas comme étant une icone, une allégorie, un synonyme, un symbole ou ce que vous voudrez pouvant caractériser le Nazisme mais plutôt comme le symptôme d'une époque. En clair le produit d'une conjoncture. Hitler n'est donc plus unique il est interchangeable avec d'autre individus à même de représenter ponctuellement cette synthèse.

Il est vrai qu'un tel paradigme secoue les caboches mais il semble historiquement et pédagogiquement salutaire de délaisser certaines fixettes pour pénétrer plus efficacement dans le ventre idéologique du Nazisme et de ses avatars.

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 04 Oct 2018 19:28 
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Polybe
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Pour ma part je suis franchement déçu par l'ouvrage de nos deux penseurs du nazisme. Je me demande s'ils n'ont pas commis un hors sujet avec leur approche minimisant et ridiculisant le célèbre moustachu criminel de guerre. C'est très très vite écrit, d'où les points soulevés par Le Monde des Livres ...
À tout prendre, LONGERICH est bien supérieur. Et même, avec d'autres travers, PLOUViER.
JD


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 05 Oct 2018 22:15 
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Jean Froissart
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JARDIN DAVID a écrit :
Pour ma part je suis franchement déçu par l'ouvrage de nos deux penseurs du nazisme. Je me demande s'ils n'ont pas commis un hors sujet avec leur approche minimisant et ridiculisant le célèbre moustachu criminel de guerre. C'est très très vite écrit, d'où les points soulevés par Le Monde des Livres ...
À tout prendre, LONGERICH est bien supérieur. Et même, avec d'autres travers, PLOUViER.
JD


Quant à moi je progresse dans la lecture de cette biographie, que nombreux qualifient de malavisée, je trouve effectivement certains passages relativement dépouillés, en particulier le rôle de Hitler au sein de la politique génocidaire comme si les auteurs avaient voulu imprimer la présence du dictateur en creux...curieux ce raisonnement allusif.
En fait je pense que pour être honnête dans l'analyse de cet ouvrage celle ci ne doit pas uniquement se faire à la lumière de ce qui est factuellement contestable mais à la lumière de l'épaisseur donnée à Hitler en fonction des événements.
Pour l'instant j'avoue être quelque peu dérouté en comparaison de la bio de Kershaw où Hitler et omniprésent tout comme j'avoue être interrogatif devant ceux qui cherchent les inexactitudes à la pince à épiler.

Un avis plus consistant de votre part m'intéresserait Qu'entendez vous par HS ? en quoi cette approche minimisant le dictateur vous perturbe t'elle ? qu'avez vous tirez de votre lecture ?

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 06 Oct 2018 10:19 
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nico86 a écrit :
en particulier le rôle de Hitler au sein de la politique génocidaire comme si les auteurs avaient voulu imprimer la présence du dictateur en creux...curieux ce raisonnement allusif.
En fait je pense que pour être honnête dans l'analyse de cet ouvrage celle ci ne doit pas uniquement se faire à la lumière de ce qui est factuellement contestable mais à la lumière de l'épaisseur donnée à Hitler en fonction des événements.


Cela réponds, en fait, à une certaine réalité. On trouve très peu de textes, très peu d'ordres signés par Hitler en ce qui concerne le génocide. C'est la chancellerie qui nomme la plupart des acteurs importants de l'Aktion Reinhart, mais pas un seul de ces actes, de ces ordres de mission n'est signé par Hitler. Et la plupart de ces responsables des camps de la mort ne verront jamais Hitler en tête à tête. Ce qui permet à certains négationnistes de prétendre qu'Hitler serait en fait ignorant de la réalité du génocide, ou du moins que certains de ses fidèles auraient interprétés plus ou moins fidèlement ses idées.

Bien entendu, de très nombreux chercheurs pensent qu'en fait c'est bien Hitler qui est derrière tout cela. Mais qu'il envoie des sous-fifres à la manœuvre… Sous-fifres aussi anodins que son secrétaire particulier … Et certains généraux qui se sont étonnés des pratiques des membres de l'Aktion Reinhart se sont retrouvés directement devant Hitler qui leur a expliqué qu'il fallait faire le sale boulot, mais qu'on le faisait pour la grandeur de l'Allemagne et que les générations futures seraient reconnaissantes…


Donc, si on ne se base que sur les actes, on pourrait croire qu'Hitler ne donne que de grandes lignes directrices. C'est son secrétariat qui nomme des gens au profil particulier à des postes clefs, et il les nomme dès le printemps 1941 (de mémoire). A partir de là, de nombreuses interprétations sont possibles.


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 07 Oct 2018 20:04 
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Polybe
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Bonsoir,
Quelques lignes pour répondre à nico :
Ayant lu quelques ouvrages de Chapoutot et Ingrao (auteurs aussi innovants que parfois très compliqués dans leurs démonstrations) je ne m'attendais pas, effectivement, à un tel dépouillement et malheureusement à lire un opuscule bâclé.
Quelques exemples malheureux et bien réels ont été donnés par'Loez, de façon quelque peu vacharde je l'avoue. La réplique du duo n'élève pas le débat ... et c'est l'escalade avec la réplique de la réplique. Force est tout de même de constater que l'opuscule n'est guère défendable.
Pour le défendre il faudrait préciser son objectif, qui n'est ni celui d'une bio ni celui d'un pamphlet. Ce n'est pas non plus un ouvrage "à deux voix", avec deux prismes de lecture mis en parallèle. C'était ce à quoi je m'attendais initialement.
Quel but est poursuivi ici ? Est ce un simple exercice de style ? Une démonstration des capacités de synthèse du duo ? Une commande d'éditeur ? J'ai bien du mal à suivre la démonstration d'un Hitler pur produit d'une conjoncture et, en définitive, absent.
J'avoue que le manque de finition m'indispose, et je me demande si toute la fin du livre (sans Hitler) n'est pas un véritable HS en plus de ne pas être convaincant. La démonstration des auteurs me semble vraiment forcée, caricaturale.
Hitler n'aurait pas été un maître manipulateur ? Jamais ? Même pour évincer Bloomberg et'Fritsch ? L'épisode n'est même pas mentionné. C'est un exemple.
Il me semble qu'un format court impose encore plus la perfection. Échec de fond et échec de forme donc ...
Préférons par exemple la lecture de Longerich et relisons aussi Plouvier, malgré des réserves que l'on pourrait détailler. Au moins "on apprend quelque chose".
JD


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 07 Oct 2018 20:10 
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Jean Froissart
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En effet l'idéologie Nazie baignant tout entier dans l’allusif, le faire faire, le sous entendu, et l’insinuation c'est un véritable bonheur pour les révisionnistes de tout poil. Par ricochet c'est tout un débat sur le rôle de Hitler autour duquel les écoles fonctionnalistes et intentionalistes, dont le spectre est beaucoup plus duale qu'il n'y parait, tentent de s'approprier la genèse du Nazisme.
Faut t'il penser que Hitler est l'unique point d'origine du Nazisme, quitte à s'asseoir allègrement sur les causes de ce que Nicolas Pantin intitule fort justement "La catastrophe Allemande 1914 - 1945". Hitler n'est pas uniquement l'utilisateur génial d'une situation explosive au lendemain d'une paix ratée, il est le produit d'une impuissance démocratique au sein d'une société malade et culturellement marquée par le mouvement volkisch.

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 7:10 
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Je pense que nous serons à peu près tous d'accord avec ce point de départ ...
Par contre il faut trancher : soit Hitler est un pantin entièrement dans la main des circonstances (hypothèse du duo InPoutot) soit, par sa personnalité, son "talent", il prend le contrôle des événements. Bien entendu je caricature les deux situations, mais je vois bien une réalité, disons, à 95% proche de la seconde alternative. Il y avait un pilote dans l'avion.
Comment écarter d'un revers de clavier la parfaite maîtrise de l'homme politique lors de la prise du pouvoir, du passage au pouvoir total, des succès diplomatiques etc ? Cela n'exonère d'aucun crime, le plus durable étant finalement d'avoir réussi à se faire sous estimer pour mieux arriver à ses fins.
Il y a unicité à ce niveau. Dans le cas contraire (le dictateur n'est que le fruit du moment) on aurait pu voir Kapp réussir, par exemple.
JD


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 8:51 
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Polybe
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Kapp, que dis-je ! Ludendorff aurait dû s'imposer.
JD


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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 9:59 
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Jean Froissart
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JARDIN DAVID a écrit :
soit Hitler est un pantin entièrement dans la main des circonstances (hypothèse du duo InPoutot) soit, par sa personnalité, son "talent", il prend le contrôle des événements.


Je ne poserai pas la réflexion ainsi. Vous enfermez votre raisonnement dans le tout ou rien, laissant à penser que l’on ne peut uniquement analyser le Nazisme à l’aune d’une personne, si tant est que celle-ci soit d’une habileté manœuvrière redoutable.
Nous allons, si vous le voulez bien, changer de grille d’analyse et faire un peu de chimie.
Hitler c’est le feu, avec toute la puissance et la maîtrise qu’on peut lui accorder. Mais tout comme Hitler le feu doit son existence à une combinaison d’éléments communément appelée triangle pour le feu (Le combustible, le comburant et la chaleur) sans un de ces éléments pas de feu, pas de Hitler.
Hitler s’est nourri d’un air ambiant "conjoncturellement" nauséabond, d’une matière culturellement inflammable et d’une étincelle antisémite.
Pour filer la métaphore du feu on peut l’attiser à souhait, en accentuant ces éléments par une bonne dose de propagande.
On peut aussi considérer Hitler comme un totem en tournant autour du feu en pensant qu’il est tout puissant et d’essence divine, mais à ce stade ce n’est plus de la chimie c’est de la croyance primitive.

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 13:44 
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JARDIN DAVID a écrit :
soit Hitler est un pantin entièrement dans la main des circonstances (hypothèse du duo InPoutot) soit, par sa personnalité, son "talent", il prend le contrôle des événements. Bien entendu je caricature les deux situations, mais je vois bien une réalité, disons, à 95% proche de la seconde alternative. Il y avait un pilote dans l'avion.

Je ne sais pas s'il faut opposer ainsi "talent" et "circonstances". Hitler a eu le talent qu'il fallait pour exploiter des circonstances vraiment très favorables. ça vaut pour ses premiers pas maladroits (le verdict ridicule du Putsch de la Brasserie) puis pour sa prise du pouvoir comme pour ses succès politiques en Europe : là son talent est d'avoir su peser les hommes politiques alliés à leur juste poids, qui n'était pas bien lourd. En fait son premier véritable opposant est Churchill !

Concernant sa prise du pouvoir, Nico a raison de décrire en somme une situation pré-révolutionnaire, et on sait que dans ce type de situation c'est toujours le plus déterminé qui l'emporte.

Je n'ai pas lu l'ouvrage incriminé : vont-ils vraiment jusqu'à contester qu'il y avait un pilote dans l'avion ?

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 14:44 
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Jean Froissart
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Pour en revenir à un raisonnement beaucoup plus historique je trouve l’encyclique du Pape Pie XI, publiée en mars 1937, (Mit Brennender Sorge : Avec une brûlante inquiétude) très révélatrice de l’inquiétude à l’égard du National-socialisme et de ce que peut évoquer la personne d’Hitler en cette fin des années 30.
Cette encyclique ne fait pas que condamner le concordat du 20 juillet 1933, mais elle met à l’index l’idéologie Nationale-Socialiste dans ce qu’elle a de plus dangereux aux yeux de l’Eglise « Le culte de l’Etat et du chef et le paganisme »
Hitler arrive à un stade où il fait plus qu’incarner le peuple Allemand, il est à la fois un guide spirituel et un homme providentiel. Son image n’est plus politique elle est quasi christique et elle d’autant plus renforcée que le peuple Allemand a été placé dans une logique quasi cataclysmique.
A ce titre je vous recommande le livre « Apocalypse et ressentiment » de Philippe Burin.
Il n’est donc pas étonnant que par réflexe on place Hitler au centre de tout et comme étant le centre de gravité du Nazisme.

Pour en arriver là il faut certes un homme foudroyé par la certitude d’une mission, mais aussi un contexte lui laissant l’occasion de la remplir. Le parfait alignement des planètes a permis au National-Socialisme de produire cet homme capable d’une mise en application jusqu’au boutiste car lui-même convaincu par sa « divine providence »
Donc non Hitler n’a pas produit le Nazisme, qu’il incarne, mais c’est un ensemble d’éléments déjà préexistants qui ont concourus à le faire naître.

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 Sujet du message : Re: Histoire d'une recension
Message Publié : 08 Oct 2018 14:46 
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Grégoire de Tours
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---
Pierma a écrit :
Je ne sais pas s'il faut opposer ainsi "talent" et "circonstances". Hitler a eu le talent qu'il fallait pour exploiter des circonstances vraiment très favorables. ça vaut pour ses premiers pas maladroits (le verdict ridicule du Putsch de la Brasserie) puis pour sa prise du pouvoir comme pour ses succès politiques en Europe...

C'est, je pense, une des grilles parmi d'autres mais intéressante dans le cheminement du personnage et l'essai de compréhension/d'approche de celui-ci.
Le parallèle/l'emploi des mots "situation pré-révolutionnaire" donne à réflexion car comment expliciter les débordements d'une époque que l'on pourrait alors qualifier selon les critères ad hoc de "révolutionnaire" ?
Comment comprendre des "écarts" lors de situation qui n'ont rien de "révolutionnaire" selon nos marqueurs sociétaux ?
Que signifie le "plus fort" et à quel "niveau" place-t-on cette force ? On peut voir deux pistes évidentes : l'idéologie et la force brutale à savoir l'élimination. Lorsque l'une s'appuie sur l'autre via la propagande, il est certain que celui qui joue de ces deux pôles remporte la mise et ce, depuis la nuit des temps.
Ceci donne tout de même à réfléchir de notre incapacité à nous gérer "rationnellement", avec "méthode", lorsque le "viscéral" l'emporte et comme le "viscéral" est bien souvent -via la masse/le nombre- ce qui l'emporte et bien nous arrivons à des situations qui dépassent tout entendement mais qui se renouvellent.
L'excuse : ceci dépasse "tout entendement". Il faudrait donc définir à quel moment -quitte à introduire des notions larges- une société dérive-t-elle vers l'incapacité de gestion des membres :
1) qui la forment
2) qui en tirent profit
3) être décomplexé des cadavres que chacun/tous possédons dans les armoires de ce qui fait notre/nos histoire pour avancer

Citer :
là son talent est d'avoir su peser les hommes politiques alliés à leur juste poids, qui n'était pas bien lourd. En fait son premier véritable opposant est Churchill !

C'est très vrai. L'homme est un intuitif (on peut le noter à l'aide de ses pathologies : c'est une personne par exemple qui somatise etc.). Le problème est qu'il va être dépassé par la facilité avec laquelle toute ce qui tiendrait d'une barrière rationnelle, tombe devant lui.
A un point tel que lui même tombe dans le panneau commun à ces personnages : il va finir par se croire invincible, une invincibilité due à son "intelligence", comme beaucoup de "grands" avant lui et c'est là la première erreur.
Cependant autour, on acte des résultats et cette intuition personne ne peut y mettre le mot. Il faut donc voir en cet homme quelque chose d'extra-humain. C'est un peu le "Raspoutine" du pauvre...
Tant qu'il va exploiter ce qu'il connait le mieux (laisser aller son intuition) ceci "va le faire" ; à partir du moment où il va vouloir taper un peu plus haut en collant sa grille de compréhension, la réussite sera au rendez-vous car on vit encore un brin dans les nuages des réussites précédentes et l'impact de ceci est fort pour le commun.
Maintenant lorsqu'arriveront les premiers revers, l'homme comme son entourage seront démunis.
Là, la force brutale se déchaînera plus encore, pour pallier une intuition qui ne "fonctionne" plus.

Je pense qu'Hitler a senti deux forces qui, comme lui avaient quelque chose d'irrationnel. Il a composé avec les deux : Mussolini et Staline. Ces deux là entraient dans sa grille de compréhension à savoir : tu restes neutre et je te donne ceci.
Il a vite pu assimiler que Mussolini était déjà quelque part en perte de vitesse maintenant ce qui se passait à l'est (il ne sera pas le premier) le dépassait un peu car à l'intuition il aurait fallu une approche que l'on ne trouve qu'à travers la réflexion, la connaissance, ne pas se contenter de topos, ne pas s'arrêter aux idées reçues etc.
Ce fut sa seconde erreur.
La 3ème fut de penser qu'à l'ouest, l'Angleterre pouvait "bouffer de ce pain là" : tous les indicateurs jusque là l'orientaient vers cette conclusion et là, il a voulu faire une équation primaire :
tous les indicateurs montrent que... donc je peux...
C'était faire fi de plusieurs paramètres (d'autres aussi s'y sont bien trompés...) :
1) les hommes sont uniques et uniques comme irationnelles parfois sont leurs prises de position
2) non, certains pour X raisons -pas toujours très reluisantes par exemple un tremplin pour un retour politique, garder une position au top de l'état- ne "bouffent" pas de ce pain là (au bout d'un certain moment....)
3) la "topographie" : l'insularité pour l'un, l'immensité et la réserve d'hommes pour l'autre.

Pour les 2, la preuve avait été faite un siècle avant. Statistiquement, il était donc impossible de ceci se reproduise mais c'était sans compter avec la psychologie, cette part humaine qui nous échappe chez l'autre.
L'insularité donne un sentiment d'invincibilité : on le voit tout au long de l'histoire de l'Angleterre ; on peut le noter avec l'Espagne et son attachement partiel (la "péninsule" ibérique).
L'immensité russe, quelque part, fait de ses habitants des insulaires. Il y a tant à "couvrir" d'un point à un autre que ce sont autant de poches. Un seul ciment les fédère : l'attachement à la notion de patrie. Ceux qui ne sont pas trop "fédérés" ne sont plus ou comprennent très vite le choix : se battre et risquer de mourir, mourir.

Se battre et risquer de mourir présente un avantage : on reste présent dans les mémoires, dans la mémoire "collective", les nôtres seront reconnus, on ne disparait pas "pour rien".
L'autre choix n'apporte rien qui puisse aider à franchir le pas.

Je n'ai pas lu cette ouvrage mais je ne pense pas qu'il puisse être fait démonstration qu'il n'y avait nul pilote dans l'avion. Tout au plus que le pilote ne savait pas, passé un certain cap, utiliser de manière optimale les indications qui lui étaient fournies par des appareils sophistiqués qu'il ne comprenait pas.
Lorsque tous les indicateurs furent négatifs, entre les courtisans, ceux qui avaient peur, ceux qui voulaient croquer d'un peu de pouvoir, ceux qui était déjà trop mouillés, la base qui avait suivi : personne n'a pu ni véritablement souhaiter dire "STOP".
Il était trop tard et chacun a commencé à anticiper le crash à sa manière.

Je vois que mon message va croiser celui de Nico, désolée donc pour d'éventuelles redites.

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