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Message Publié : 08 Déc 2019 8:09 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

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Je vous trouve un peu trop optimiste Pierma. Le phénomène est préoccupant.

Sur le plan démocratique comme vous le dites mon commandant EMB : la liberté d'expression interdit à une minorité (et même d'ailleurs à la majorité ...) d'empêcher une prise de parole publique.
Sur le plan de la recherche universitaire, comme vous le dites Jérôme, il est bon (et même nécessaire) d'entendre différentes thèses ...
Sur le plan de la pédagogie, les étudiants peuvent être intéressés par l'expression de témoignages de personnalités qui ont œuvre dans le domaine qu'ils étudient. Pas besoin d'être socialiste pour avoir envie de savoir comme Hollande relit sa présidence et son parcours antérieur. Même chose pour Giscard ou Sarkozy ...

Mais je crois pour ma part que le problème est plus profond. C'est devenu une méthode d'action militante que d'empêcher tous ceux qui pensent différemment de s'exprimer. Sans doute dans l'idée que l'université validerait implicitement non le contenu exact des propos mais au moins le statut "respectable" de l'orateur.

Il y a eu des précédents depuis une dizaine d'années : Gauchet, Finkielkraut (à Sciences Po Paris je crois),... Bref on tapait à droite. La nouveauté est maintenant que certains veulent étendre le champ de leur intolérance à la gauche modérée ...

La seconde nouveauté est que ce militantisme d'extrême gauche est désormais rejoint par un militantisme "sexuel" - ce qui me semble sans précédent ...


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Message Publié : 08 Déc 2019 23:46 
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Aigle a écrit :
Je vous trouve un peu trop optimiste Pierma. Le phénomène est préoccupant.

Sur le plan démocratique comme vous le dites mon commandant EMB : la liberté d'expression interdit à une minorité (et même d'ailleurs à la majorité ...) d'empêcher une prise de parole publique.
Sur le plan de la recherche universitaire, comme vous le dites Jérôme, il est bon (et même nécessaire) d'entendre différentes thèses ...
Sur le plan de la pédagogie, les étudiants peuvent être intéressés par l'expression de témoignages de personnalités qui ont œuvre dans le domaine qu'ils étudient. Pas besoin d'être socialiste pour avoir envie de savoir comme Hollande relit sa présidence et son parcours antérieur. Même chose pour Giscard ou Sarkozy ...

Mais je crois pour ma part que le problème est plus profond. C'est devenu une méthode d'action militante que d'empêcher tous ceux qui pensent différemment de s'exprimer. Sans doute dans l'idée que l'université validerait implicitement non le contenu exact des propos mais au moins le statut "respectable" de l'orateur.

Il y a eu des précédents depuis une dizaine d'années : Gauchet, Finkielkraut (à Sciences Po Paris je crois),... Bref on tapait à droite. La nouveauté est maintenant que certains veulent étendre le champ de leur intolérance à la gauche modérée ...

La seconde nouveauté est que ce militantisme d'extrême gauche est désormais rejoint par un militantisme "sexuel" - ce qui me semble sans précédent ...


Il y a eu un documentaire récent sur le sujet... Comme d'habitude, vous vous limitez à voir midi à votre porte. La réalité est plus complexe, et elle fait encore plus peur : de nombreux groupes, souvent aux extrêmes politiques de l'éventail des partis, mais pas seulement sont enfermés dans une démarche à la fois communautariste et exclusive. Au sein de ces groupes, on se convainc que l'on a raison et que le combat que l'on mène est licite. Ces groupes, minoritaires, veulent imposer leur vision du monde au plus grand nombre. Et puisqu'ils sont les seuls à détenir la VÉRITÉ, ils estiment pouvoir ne pas respecter les règles communes. Ce sont les militants végans qui s'attaquent aux bouchers, poissonniers, .... Ce sont les activistes d'extrême-droite qui montent des milices anti-émigrés pour aller "défendre" les frontières de la France pendant le week-end. Ce sont les activistes défenseurs du climat qui prônent la désobéissance civile et civique.

Ouvrez les yeux, "on" ne tape pas seulement à droite, loin s'en faut. On tape à droite, à gauche, au centre, sur les monuments, sur les négoces, les radars, les .... Ce sont souvent des groupes très minoritaires, qui bénéficient de complaisances dans une plus ou moins grande partie de l'opinion, mais qui sur le fond s'opposent à la démocratie. Car la réalité est que ces minorités désirent imposer à la majorité ce qu'eux pensent juste ou pas. Ils ne faut pas seulement dénoncer ceux qui tapent sur votre camp, ils faut les dénoncer tous.

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Message Publié : 09 Déc 2019 3:44 
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Je pense que ce schéma correspond parfaitement à ce qui est arrivé à Christiane Agacinski, mais pas à François Hollande, qui n'est en rien tombé sur une minorité factieuse.

Ce qui frappe, chez lui, c'est l'insistance à ignorer toute réalité. Comme s'il était le seul en France à ignorer que dans une fac en grève, les étudiants sont temporairement maîtres des lieux, tandis que leur mouvement rencontre très souvent l'approbation de leurs professeurs, c'est fréquent.

Il y a les principes et il y a la réalité : j'entendais vendredi ou samedi que les routiers menaient des opérations escargot en Ile de France. Le fait que ce soit illégal, voire quasi-insurrectionnel (c'est des blocages de route, donc des barricades, en somme) n'est plus relevé par aucun commentateur, ni même par aucun politique. C'est tout de même paradoxal quand on parle d'une corporation dont la grève, au sens exact du terme - rester chez soi - mettrait la France à genoux en moins d'une semaine.

Voilà pourtant une bonne occasion de proclamer que les libertés publiques et la civilisation sont menacées... :rool:

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Message Publié : 09 Déc 2019 9:11 
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Jules Michelet
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Narduccio a écrit :
Il y a eu un documentaire récent sur le sujet... Comme d'habitude, vous vous limitez à voir midi à votre porte.


Intéressant : peut on savoir quel est ce " documentaire récent sur le sujet " ?


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Message Publié : 09 Déc 2019 9:14 
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Jules Michelet
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Pierma a écrit :
Voilà pourtant une bonne occasion de proclamer que les libertés publiques et la civilisation sont menacées... :rool:


En effet ! C'est d'ailleurs mon opinion car la liberté d'aller et venir est tout de même l'une des premières - voire la première ! (j'ai du trop lire Voltaire !)

Mais la France est elle en fait un pays vraiment attaché aux libertés ? n'y a-t-il pas depuis longtemps une tolérance de fait pour les violations répétées des libertés dès lors qu'elles reposent sur certains motifs ?


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Message Publié : 09 Déc 2019 11:50 
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Polybe
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Heureux celui qui ne découvre que maintenant que la liberté d'expression est gravement limitée (aussi) en France. Et cela est très loin de se limiter au blocage de François Hollande. Mais bref, nous ne sommes pas sur un forum politique.

Pierma a écrit :
J'aime beaucoup cette façon de crier aux libertés universitaires menacées, alors que la vraie menace porte en réalité sur les conditions de scolarité et sur les débouchés des étudiants. Pour ma part, je comprends la colère de jeunes gens à qui on a fait miroiter l'intérêt d'un haut niveau d'études, alors qu'en réalité, passé le bac, on enfourne tout le monde, sans sélection et sans véritable vision de la difficulté qui les attend, à l'université, où 50% travaillent à temps partiel pour financer leurs études, ce qui exclut de les traiter de fainéants, mais n'améliore les chances de personne.

Je ne développe pas, mais j'espère qu'on voudra bien convenir qu'il y a là un véritable souci.

Concernant les débouchés, la non sélection, la difficulté non connue à l'avance, le "haut niveau d'étude", etc... Ce ne serait pas aux étudiants et/ou à leur famille d'aller s'informer par eux-mêmes? De nos jours, avec internet, ce n'est guère compliqué.


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Message Publié : 09 Déc 2019 14:03 
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Eginhard
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De toute façon, la demande de "débouchés" est, dans son essence, contradictoire avec la demande de liberté d'inscription des étudiants dans les disciplines qui les intéressent, sauf à défendre l'idée (et la démontrer) qu'il y a une parfaite adéquation entre les besoins de la société en matière d'emploi avec les goûts et affinités individuels des étudiants.
Dès que l'on pense que cette adéquation n'existe pas, il faut choisir soit les débouchés pour les diplômés, soit la liberté de suivre le cursus dont on rêve.


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Message Publié : 09 Déc 2019 14:12 
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Jerôme a écrit :
Narduccio a écrit :
Il y a eu un documentaire récent sur le sujet... Comme d'habitude, vous vous limitez à voir midi à votre porte.


Intéressant : peut on savoir quel est ce " documentaire récent sur le sujet " ?


Je me suis trompé, ce n'est pas un documentaire, mais une émission trimestrielle qui se nomme "Dans quelle France on vit" C'est là : https://rmcstory.bfmtv.com/dans-quelle-france-on-vit_242/cette-france-qui-se-radicalise_6446/

Des gens qui sont prêts a aller en prison pour "défendre la vérité qu'ils défendent"... Car tous sont persuadés d'avoir raison. C'est une émission qui interpelle. Il faut aller au-delà du fait qu'on puisse avoir de la sympathie pour tel ou tel courant de pensée et s’interroger sur l'effet cumulatif de tout ceci. Car cela revient à nier la démocratie. Ce n'est pas la première fois qu'on croisse dans "l'histoire européenne" des 2 derniers siècles. Le résultat a toujours été dommageable pour la démocratie.

Alors, on peut estimer que certains de leurs propos sont justes, le problème est dans la méthode. Si tout le monde estime que son intérêt particulier prime sur l'intérêt général, c'est la fait de nos sociétés.

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Message Publié : 09 Déc 2019 14:16 
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ThierryM a écrit :
De toute façon, la demande de "débouchés" est, dans son essence, contradictoire avec la demande de liberté d'inscription des étudiants dans les disciplines qui les intéressent, sauf à défendre l'idée (et la démontrer) qu'il y a une parfaite adéquation entre les besoins de la société en matière d'emploi avec les goûts et affinités individuels des étudiants.
Dès que l'on pense que cette adéquation n'existe pas, il faut choisir soit les débouchés pour les diplômés, soit la liberté de suivre le cursus dont on rêve.


Il y a des secteurs industriels qui recherchent des employés et ils sont prêts à payer pour former et après pour garder les gens qui ont ces compétences. L'un des problèmes est que le système français est plus ou moins basé sur une voie royale où l'on incite les enfants et les jeunes à réussir leurs études, pas à réussir à trouver un boulot qui correspond à leurs aspirations et à leurs capacités.

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Message Publié : 09 Déc 2019 16:00 
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Jules Michelet
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Narduccio a écrit :
ThierryM a écrit :
De toute façon, la demande de "débouchés" est, dans son essence, contradictoire avec la demande de liberté d'inscription des étudiants dans les disciplines qui les intéressent, sauf à défendre l'idée (et la démontrer) qu'il y a une parfaite adéquation entre les besoins de la société en matière d'emploi avec les goûts et affinités individuels des étudiants.
Dès que l'on pense que cette adéquation n'existe pas, il faut choisir soit les débouchés pour les diplômés, soit la liberté de suivre le cursus dont on rêve.


Il y a des secteurs industriels qui recherchent des employés et ils sont prêts à payer pour former et après pour garder les gens qui ont ces compétences. L'un des problèmes est que le système français est plus ou moins basé sur une voie royale où l'on incite les enfants et les jeunes à réussir leurs études, pas à réussir à trouver un boulot qui correspond à leurs aspirations et à leurs capacités.


Cette observation a-t-elle un vrai lien avec la liberté d'expression universitaire ? ... sur le fond, cette remarque me semble pouvoir ouvrir un vrai débat : la "voie royale" était constituée par les prépas et les grandes écoles (sauf pour le Droit ou la Médecine). Il est de plus en plus clair aujourd'hui que cette "voie royale" est désormais en perte de vitesse face à une nouvelle voie qui passe par des universités nord-américaines et débouche sur des emplois (anglophones) à Londres, New York ou Shanghai. Après 20 ans à l'étranger on peut s'offrir un appartement à Neuilly pour 1,5M€ !


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Message Publié : 09 Déc 2019 16:01 
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Jerôme a écrit :
Pierma a écrit :
Voilà pourtant une bonne occasion de proclamer que les libertés publiques et la civilisation sont menacées... :rool:


En effet ! C'est d'ailleurs mon opinion car la liberté d'aller et venir est tout de même l'une des premières - voire la première ! (j'ai du trop lire Voltaire !)

Mais la France est elle en fait un pays vraiment attaché aux libertés ? n'y a-t-il pas depuis longtemps une tolérance de fait pour les violations répétées des libertés dès lors qu'elles reposent sur certains motifs ?

Je ne crois pas qu'il y ai une tolérance délibérée concernant "certains motifs". Simplement le fait que coincer un convoi de routiers en mouvement, ou faire dégager des paysans venus manifester en tracteurs demanderait des moyens lourds et tiendrait plus d'une opération de l'armée. Donc les autorités supportent. (Mais il me semble qu'il y a une règle établie depuis peu de temps : si des camions à l'arrêt barrent la route, les routiers risquent une annulation du permis. C'est une bonne idée, qui peut être très dissuasive.)

Autrement Narduccio a raison de souligner qu'on voit de plus en plus de groupes ultra-spécialisés avec lesquels tout dialogue est impossible et qui estiment que leur cause autorise tout. J'ai déjà cité les antispécistes, mais il y en a bien d'autres.

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Message Publié : 09 Déc 2019 16:24 
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Jerôme a écrit :
Narduccio a écrit :
ThierryM a écrit :
De toute façon, la demande de "débouchés" est, dans son essence, contradictoire avec la demande de liberté d'inscription des étudiants dans les disciplines qui les intéressent, sauf à défendre l'idée (et la démontrer) qu'il y a une parfaite adéquation entre les besoins de la société en matière d'emploi avec les goûts et affinités individuels des étudiants.
Dès que l'on pense que cette adéquation n'existe pas, il faut choisir soit les débouchés pour les diplômés, soit la liberté de suivre le cursus dont on rêve.


Il y a des secteurs industriels qui recherchent des employés et ils sont prêts à payer pour former et après pour garder les gens qui ont ces compétences. L'un des problèmes est que le système français est plus ou moins basé sur une voie royale où l'on incite les enfants et les jeunes à réussir leurs études, pas à réussir à trouver un boulot qui correspond à leurs aspirations et à leurs capacités.


Cette observation a-t-elle un vrai lien avec la liberté d'expression universitaire ? ... sur le fond, cette remarque me semble pouvoir ouvrir un vrai débat : la "voie royale" était constituée par les prépas et les grandes écoles (sauf pour le Droit ou la Médecine). Il est de plus en plus clair aujourd'hui que cette "voie royale" est désormais en perte de vitesse face à une nouvelle voie qui passe par des universités nord-américaines et débouche sur des emplois (anglophones) à Londres, New York ou Shanghai. Après 20 ans à l'étranger on peut s'offrir un appartement à Neuilly pour 1,5M€ !


Cette observation a un lien direct avec l'observation qui se trouve juste au-dessus. Il y a plusieurs causes au mal-être étudiant. Il y a cette précarité qui ne cesse d'augmenter, comme augmente le nombre d'étudiants. Et il y a un certain nombre d'étudiants qui se posent des questions sur leur avenir, car justement, ils ont l'impression qu'ils se sont faits piéger par le système dans des impasses. Ils ont répondu à l'injonction d'être de bons élèves. On leur a fait miroiter que s'ils étaient de bons élèves ils pourrait faire le métier de leurs rêves ... et là on leur explique que leurs filières ne sont pas des métiers d'avenirs. On comprend bien pourquoi ils sont en colère. Non seulement ils sont dans la précarité, mais en plus ils n'ont même pas l'illusion des lendemains qui chantent.

Vous, comme moi, sommes d'une génération où on pouvait se dire que si on n'avait plus la capacité d'étudier ce n'était pas grave, on allait trouver une place, dans une usine, un bureau .... On avait un avenir possible, meilleur que nos pères, même s'il n'était pas aussi rose qu'on aurait pu l'espérer. Devant certains des étudiants actuels se profile un beau néant. Et on s'étonne ensuite qu'ils soient désespérés. Et les gens désespérés sont ceux qui cèdent le plus facilement aux sirènes des groupuscules.

Il y a réellement 3 groupes d'étudiants : ceux qui vont pouvoir s'expatrier et réussir ailleurs, ceux qui peuvent espérer trouver une place plus ou moins bonne en France ... Et un groupe désespéré, précaire, et à l'avenir sombre. En même temps, on recherche du monde dans diverses filières avec parfois des besoins de formations lourds et de vrais débouchés...

Je n'ai pas la solution, mais un système qui créé tellement de désespérance ne me parait pas un système viable.

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Message Publié : 09 Déc 2019 18:43 
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Eginhard
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Narduccio a écrit :
Il y a plusieurs causes au mal-être étudiant. Il y a cette précarité qui ne cesse d'augmenter, comme augmente le nombre d'étudiants. Et il y a un certain nombre d'étudiants qui se posent des questions sur leur avenir ... ils pourrait faire le métier de leurs rêves ...
Vous, comme moi, sommes d'une génération où on pouvait se dire que si on n'avait plus la capacité d'étudier ce n'était pas grave, on allait trouver une place, dans une usine, un bureau ....

Le problème est que les définitions ont glissés.
Précarité ? Il fut un temps on disait "juste" et surtout on pensait comment éviter ou améliorer cet état.
Le problème est que les mots ne correspondent plus aux définitions que nous avons -pour certains- connues, à commencer par le mot "Liberté".
Je remarque de plus en plus que ce qui aurait été pour une autre génération un geste de solidarité est devenu un dû puis un droit à ce dû. Lorsque rien n'arrive et bien la frustration s'exprime par la violence : ce que je ne peux pas avoir pour X raisons et bien personne ne pourra en "profiter" et le verbe "profiter" est accompagné d'une connotation négative.
Il est étonnant que l'interrogation quant à l'avenir se fasse au niveau de la fac. Je ne comprends pas, il existe des référents en amont, un peu partout, des outils etc. Mais si la frustration fait jour dans une certaine tranche d'âge, la réponse est l'inertie dans la tranche supposée booster, aider, éduquer.

Qui a vraiment fait le métier de ses rêves ? Chacun s'est orienté vers ce qui lui plaisait et surtout a eu conscience de ses limites. Les années sabbatiques n'existaient que très peu et dans un certain milieu. Le problème est qu'il est devenu intolérable de devoir se contenter de ce que l'on a, de ce que l'on peut (et on décline) ; il faut faire non pas mieux que la génération avant mais aussi bien qu'une tranche que l'on estime de "nantis".

Ajoutez à ceci des mots qui n'ont plus du tout la même résonance : l'échange ne peut plus se faire. Alors place à la force : celui qui crie le plus fort, celui qui casse le mieux etc. Là, sur ce terrain, à tous niveaux on peut "voir".
Je crois que c'est tout de même un peu français cette habitude de descendre dans la rue pour un oui ou un non (surtout un non).
La liberté de parole(s?) existe. Les Français n'ont pas à se plaindre cependant elle est confisquée et dès qu'il faut un peu monter au créneau -donner des réponses quelles qu'elles soient- et bien, on met la poussière sous le tapis. C'est devenu la "normalité" (le fameux "aujourd'hui peut-être, peut-être demain" qui faisait sourire) comme la violence est en train de le devenir.
C'est cette violence qui me fait bien plus peur qu'une "liberté" d'expression qui serait moindre en France. Elle a peut-être été "trop" et -à force d'en user et abuser- et bien -comme pour tout- il faut du nouveau, des réponses immédiates -ce qui est impossible- donc on casse, on salit, on prend tel ou tel en otage etc. Ensuite et bien on rentre chez soi, "normalement" et assez heureux de pouvoir narrer une "aventure", "son aventure".
La solidarité ? Oui, essentiellement pour s'opposer, l'opposition n'est plus une exception pensée, réfléchie en amont mais là encore une "normalité" voire un réflexe.
.


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Message Publié : 10 Déc 2019 6:30 
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Rebecca West a écrit :
Il est étonnant que l'interrogation quant à l'avenir se fasse au niveau de la fac. Je ne comprends pas, il existe des référents en amont, un peu partout, des outils etc.

Qui sont globalement défaillants, ou pas au bon niveau, au lycée. (Vous savez, ou pas, que je fais un peu de soutien scolaire en maths. Dès la Troisième je commence par cette question.) Le premier point est la méconnaissance - malgré des progrès sensibles depuis 20 ans - du marché de l'emploi par les conseillers d'orientation. (Pour moi ces gens devraient passer leur temps dans des entreprises de catégories diverses ou des salons professionnels.) Mais ce n'est pas le seul souci.

Ensuite, à l'université, étant entendu que c'est normalement là qu'on doit apprendre l'autonomie, il manque tout de même un minimum de suivi individuel.

J'ai été stupéfait que ce jeune homme qui s'est immolé à Lyon, une horreur, entamait sa 4ème année en fac... en redoublant (donc sans bourse possible) sa L2. Vraiment... qu'il n'y ait personne pour lui expliquer qu'il se fourvoie - et éventuellement lui fournir une piste sensée - me choque.

Et oui, je ne suis pas élitiste pour deux sous, mais laisser tout le monde s'enfourner en fac, souvent sans idée des débouchés réels, c'est une catastrophe.

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Message Publié : 10 Déc 2019 16:24 
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Pierma a écrit :
Le premier point est la méconnaissance - malgré des progrès sensibles depuis 20 ans - du marché de l'emploi par les conseillers d'orientation. (Pour moi ces gens devraient passer leur temps dans des entreprises de catégories diverses ou des salons professionnels.)

Je ne crois plus à ce que l'on nomme "méconnaissance" pour l'essentiel des cas. Je suis fonctionnaire, je dois un/des services et c'est pour ceci que l'on (les contribuables) me paie. Ajoutez à ce/ces services une dimension/approche humaine dans les rapports (on fait du "social" ou pas : personne n'oblige) et au tout une certaine satisfaction du travail bien fait + le sentiment d'avoir "aidé" une/des personnes à avancer. Que serait un métier -pas un rêve- si on ne lui apportait pas justement une dimension un peu autre...
Je crois surtout que de plus en plus, certains travailleurs sociaux ou autres bien appointés et n'attendant que le moment de badger n'ont rien à faire de ceux à qui ils doivent des services. C'es tout. Ensuite on en arrive à des situations ubuesques.
Ces mêmes personnes ayant des enfants : pourquoi changeraient-elles leur manière d'appréhender le quotidien ? Ce sera aussi le service minimum concernant les enfants et tout le reste à l'avenant. C'est aussi simple que cela.
Pourtant, il existe la voiture de fonction, le parking gratuit, l'essence gratuite, les tickets resto mais se bouger afin d'optimiser son poste voire s'immerger ici ou là, surtout pas : on risquerait le burn out.

Citer :
Ensuite, à l'université, étant entendu que c'est normalement là qu'on doit apprendre l'autonomie, il manque tout de même un minimum de suivi individuel.

L'autonomie s'apprend dès les premiers pas. Avec le fait d'aller de l'avant, avec les "ici, c'est interdit et là tu peux, fais ainsi ou pas, nous verrons...". Mais là encore il est préférable de souhaiter des vacances de neige avec moniteur pour les enfants. Peut être avons-nous un peu perdu le sens des priorités, des valeurs, des mots, des gestes.

Citer :
... qu'il n'y ait personne pour lui expliquer qu'il se fourvoie - et éventuellement lui fournir une piste sensée - me choque.

Qui l'aurait fait ? Le baccalauréat est à 18 ans bien souvent ---> majorité. Et puis un futur médecin, ça l'fait maintenant la question devrait être est-il "taillé pour" et au-delà "comment voit-il son métier de médecin, quel est son rapport aux autres ? Existe-t-il vraiment un besoin, une volonté de participer à une aventure qui aboutit au mieux être des autres ou bien est-ce que ceci sera de l'abattage à 23 euros le quart d'heure ?"

Citer :
Et oui, je ne suis pas élitiste pour deux sous, mais laisser tout le monde s'enfourner en fac, souvent sans idée des débouchés réels, c'est une catastrophe.

Tout à fait d'accord mais qui a initié cette étrange idée, voire quand a-t-on commencé à repasser les copies aux correcteurs en leur demandant de revoir leurs notes à la baisse ?
Alors du rêve à 3 francs 6 sous... Tout rêve est devenu permis, puis dû... Le rêve est par définition inaccessible. On peut rêver d'être médecin et puis il y aura le médecin, l'infirmier (et oui pour X raisons pas possible les études) et l'aide soignant.
C'est beau "La quête" de Brel mais c'est une chanson. Les étoiles ne sont pas faites pour être frôlées : ceci se saurait.

Cette compilation d'actes manqués aboutissent à des situations difficiles à redresser, alors le + ou - "peut-on brailler" je trouve ce questionnement très limite. D'autant que pour la plupart, le fait de bloquer/brailler (vous déclinez) est le produit d'une minorité très politiquement marquée (quelle que soit la marque).
.


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