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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 17 Juin 2016 23:59 
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Barbetorte a écrit :
Je pense que cet instituteur devait avoir un certain talent de conteur : il enseignait l'histoire de France en racontant des histoires et, comme il racontait bien, ses élèves l'écoutaient. Les professeurs des écoles et ceux des collèges gagneraient à s'inspirer de Stéphane Bern.

J'ai vécu la même expérience dans les années 60. Moi c'était l'instit de CE2. :mrgreen:

C'était peut-être le roman national, mais que c'était passionnant à écouter... et à regarder sur ces grandes images au tableau !
Je me souviens que son père avait été l'un des derniers défenseurs du fort de Vaux !

Il y avait aussi la famille, où les souvenirs de la résistance étaient encore très vifs.

Edit : @Narduccio : je ne suis pas vraiment surpris par ce constat. Je trouve que les bacheliers d'aujourd'hui sont gavés de connaissance. Je vois des élèves de Terminale S bachoter en physique - ils savent par coeur les exercices type - ce que je trouve complètement absurde. De fait les facs de science n'arrivent plus à recruter suffisamment d'étudiants sortant de la filière S. Je pense qu'on les dégoutte, où en tous cas qu'on ne leur rend pas la physique intéressante. Est-ce qu'on veut former des scientifiques ou des magnétophones ?

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 0:14 
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Jean-Pierre Vernant
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Barbetorte a écrit :
Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c'est que j'ai bénéficié de l'enseignement d'un des derniers hussards noirs au début des années 1960 et que je conserve un souvenir précis de mes cours d'histoire de CE1. Il y a au moins deux dates, 800 (couronnement de Charlemagne) et 1270 (mort de Saint Louis de la peste à Tunis) dont je sais avec certitude que je les ai en mémoire depuis ce temps. J'ai eu droit à la totale lavissienne : l'homme des cavernes, nos ancêtres les Gaulois, Charlemagne qui a inventé l'école et envoyait ses missi dominici en inspection, Roland tué par les Sarrasins à Roncevaux, (oui je sais, les Sarrasins n'y étaient en fait pour rien), Philippe-Auguste ramenant le comte Ferrand enfermé dans une cage, les châteaux-forts avec leur pont-levis et leurs oubliettes, Saint-Louis qui rendait la justice sous son chêne à Vincennes, le méchant Louis XI qui enfermait ses prisonniers dans des cages ... Pour paraphraser Michel Sardou, cette Histoire n'est peut-être pas la vraie de vrai, mais c'est celle qui plaît. En tous cas, c'est celle dont on se souvient et qui donne des repères.

Je pense que cet instituteur devait avoir un certain talent de conteur : il enseignait l'histoire de France en racontant des histoires et, comme il racontait bien, ses élèves l'écoutaient. Les professeurs des écoles et ceux des collèges gagneraient à s'inspirer de Stéphane Bern.


Dans le même temps si vous êtes ici c'est que l'Histoire était déjà pour vous quelque chose d'intéressant, de dépaysant et de fascinant. Tous vos petits camarades n'en ont sans doute pas les mêmes souvenirs. Mais je vous rejoins sur la façon de "raconter l'Histoire", quitte à faire blêmir des membres du ministère ou du corps enseignant.


Narduccio a écrit :
Et on sait rendu compte que la plupart de ces jeunes qui passent haut la main les examens d'aptitude à la fin du cursus initial semblent avoir tout oublié quand quelques mois après, on les mets devant un tableau blanc en leur demandant de dessiner tel circuit thermo-hydraulique ou les caractéristiques de tel matériel. Ce qui est effarant, c'est que si on leur laisse 24 heures pour réviser, ils nous ressortent tout ce qu'ils ignoraient la veille. Effectivement, et j'ignore si c'est un des travers de l'apprentissage actuel, ils ont une capacité à apprendre, mais aussi à oublier. Alors que l'une des bases de mon métier est le retour d'expérience. Il faut apprendre à se servir de l'expérience accumulée, par soit ou à travers les fiches REX (Retour d'EXpérience) pour éviter de commettre des bévues.


Après ma première année d'enseignement j'ai constaté la même chose sur pas mal d'élèves que j'ai pu évaluer. Le plus remarquable a été le moment où je leur ai demandé de me faire un plan détaillé sur un sujet transversal au cours. Certains très bon éléments, à plus de 15 de moyenne, se sont effondrés parce que l'exercice nécessitait de réemployer les connaissances du cours en se les appropriant. C'est sans doute le revers de la course à la note et aux bons résultats. Certains se sont spécialisés à l'extrême pour être performant sur ce qui les évalue. On est dans une société de la comptabilité et du chiffre rond, pas dans celle qui laisse le temps de mûrir les informations et d'en pénétrer le sens profond. Du coup on fait de l'abattage, on ingurgite, on optimise et on réussit. On est un peu au bout d'une logique et il serait bon de repenser nos modes d'évaluation. Parce que dans le même temps j'ai eu des élèves qui avaient du mal à retranscrire leurs idées et qui pourtant maîtrisent infiniment mieux les notions vues en cours...

Pierma a écrit :
J'ai vécu la même expérience dans les années 60. Moi c'était l'instit de CE2.

C'était peut-être le roman national, mais que c'était passionnant à écouter... et à regarder sur ces grandes images au tableau !
Je me souviens que son père avait été l'un des derniers défenseurs du fort de Vaux !

Il y avait aussi la famille, où les souvenirs de la résistance étaient encore très vifs.


Même si je suis une jeune bleusaille des années 90 j'avoue que j'ai eu des enseignants dans le primaire qui nous ont passé l'Histoire en le mâtinant de "roman national" et de bannières claquant au vent en haut des donjons médiévaux, surtout en CM1 et j'en ai toujours de vifs souvenirs. En vérité je pense qu'un cours se doit d'être atypique, c'est ce qui le rend souvent intéressant. Pour ma part j'aime l'anecdote et la digression... et je suis toujours estomaqué de leur capacité à marquer les élèves. Si j'ai eu un mal de chien à leur faire enregistrer ce qu'est une transition démographique je puis vous dire qu'ils en savent long sur la peste noire. lol

Pierma a écrit :
Edit : @Narduccio : je ne suis pas vraiment surpris par ce constat. Je trouve que les bacheliers d'aujourd'hui sont gavés de connaissance. Je vois des élèves de Terminale S bachoter en physique - ils savent par coeur les exercices type - ce que je trouve complètement absurde. De fait les facs de science n'arrivent plus à recruter suffisamment d'étudiants sortant de la filière S. Je pense qu'on les dégoutte, où en tous cas qu'on ne leur rend pas la physique intéressante. Est-ce qu'on veut former des scientifiques ou des magnétophones ?


Regardez donc ce qu'on demande au concours de l'enseignement... un bachotage massif organisé...

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 8:59 
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Salluste
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Pédro a écrit :
Le problème est multiforme et complexe. Les élèves sont capables d'avoir des connaissances précises mais ce qui leur manque le plus c'est la mise en perspective chronologique. Où est la faute? Sans doute à la déconstruction de l'enseignement par les grands faits, les grandes dates... Mais quel était le revers de cette forme d'enseignement? L'apprentissage bête et méchant de dates et d'événements sans en pénétrer jamais le sens.

Mais dans le même temps ils ont souvent envie d'apprendre et sont souvent fasciné par le pittoresque des époques anciennes et cela en contradiction complète avec les programmes. Parlez leur de citoyenneté antique comme dans le programme de seconde, ils s'en contrefoutent comme de ma première paire de chaussettes, discutez avec eux de la place du cochon dans la société médiévale et de l'affaire de la truie de Falaise et l'élève le plus en difficulté de la classe s'en souvient encore des mois plus tard...

L. VLPIVS POLLEX a écrit :
Autre sujet (HS) : la pédagogie ou "savoir enseigner" (combien de temps consacré à cette évidence dans la formation des professeurs, y compris de l' enseignement supérieur ???)


Aucune véritablement, et j'ai envie de vous dire que ce n'est pas comme une recette de cuisine ; on n'apprend pas à enseigner en rajoutant des condiments.

Plus largement l'enseignement évalue certaines compétences mais les devoirs sont toujours très loin d'évaluer en profondeur les niveaux de chacun. Tel élève s'en sort remarquablement bien dans sa dissertation parce qu'il travaille de façon mécanique et sans réflexion, tel autre a des difficultés parce qu'il échoue à retranscrire tout ce qu'il a compris dans sa copie. Ce dernier point est un des plus frustrant ; ils savent parfois bien plus qu'ils n'écrivent et parfois même abandonnent en pleine épreuve parce que ça fini par les dépasser... La question est bien plus complexe q'il n'y paraît et les bonnes vieilles méthodes sorties des arcanes mystiques de la France des Hussards Noirs ne régleront pas le problème.


Vous ne m'avez pas compris, parce que je me suis mal exprimé : il s'agit de pédagogie, c'est à dire de la capacité d'un enseignant à intéresser son auditoire, moyen évidemment principal de l'efficacité de son enseignement; il n'est pas question de "vieilles méthodes sorties des arcanes mystiques de la France des Hussards Noirs" !
Il faut du suivi dans l'action : un enfant est pris en charge jeune, mais dans quel état arrive-t-il à l'âge adulte (maitrise de la langue, organisation de la pensée etc bref tous outils nécessaires mal ou pas maitrisés : comment faire un devoir sans ces bases ? comment un élève va-t-il montrer ses connaissances, s'il n'a pas les compétences pour le faire ?)
L' enseignement n'est pas qu'un évaluateur! Là encore, les fondamentaux : avant d'évaluer quelqu'un, il faut déjà lui apprendre.
:wink:

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 10:41 
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Jean-Pierre Vernant
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Vous croyez que les enseignants n'essaient pas de transmettre des méthodes tant dans l'apprentissage que dans la rédaction? Plusieurs heures y sont consacrées chaque année mais cela ne signifie pas que les élèves les recevront de manière identique. Certains vont parfaitement se l'approprier, pour d'autrescela reste de l'Hébreu, parce que bien souvent ils ont d'autres façon de s'exprimer que l'on n'évalue pas ou peu.

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 16:20 
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Narduccio a écrit :
Pédro a écrit :
Quand vous voyez ce qu'ils en retiennent cela donne à réfléchir. Aussitôt appris, aussitôt recraché sur la feuille d'examen et oublié. S'il n'y a pas d'appétence là-derrière autant partir à la pêche. Mais rien que quelques images propres à s'imprimer dans l'esprit et là on peut commencer à bâtir.


Depuis environ 10 ans, EDF c'est lancé dans le renouvellement des compétences lié au départ en retraite du papy-boum. Donc, embauches massives de jeunes gens avec des cursus divers et variés pour remplacer les vieux qui s'en vont plus ou moins vite en retraite. Du fait de mon poste, je participe à l'évaluation sur le terrain, mais aussi théorique d'une partie des jeunes embauchés dans mon service. J'ai été effaré par la capacité de bachotage de certains. A la base, ils ont une formation théorique de plusieurs mois sur l'ensemble des circuits d'une centrale nucléaire. AU cours de ce cursus, ils sont régulièrement jaugés pour voir s’ils apprennent bien. A part quelques rares "erreurs de casting" la plupart réussissent haut la main ce cursus initial. Or, comme nous les attendons sur des postes et que le passage se fait sur un examen d'aptitude, pour ne pas les envoyer au "casse-pipe", nous avons l'habitude de les faire plancher sur un circuit ou un sujet plus ou moins régulièrement.

Et on sait rendu compte que la plupart de ces jeunes qui passent haut la main les examens d'aptitude à la fin du cursus initial semblent avoir tout oublié quand quelques mois après, on les mets devant un tableau blanc en leur demandant de dessiner tel circuit thermo-hydraulique ou les caractéristiques de tel matériel. Ce qui est effarant, c'est que si on leur laisse 24 heures pour réviser, ils nous ressortent tout ce qu'ils ignoraient la veille. Effectivement, et j'ignore si c'est un des travers de l'apprentissage actuel, ils ont une capacité à apprendre, mais aussi à oublier. Alors que l'une des bases de mon métier est le retour d'expérience. Il faut apprendre à se servir de l'expérience accumulée, par soit ou à travers les fiches REX (Retour d'EXpérience) pour éviter de commettre des bévues.

Du coup, on s'est adapté, on les planche régulièrement sur de nombreux sujets, de manière à ce qu'ils consolident leurs acquis. A force de rabâcher, les choses entrent, mais certains n'arrivent pas à s'adapter.


Je dirais que l'une des raisons - et certainement pas la seule - est que la mémoire se travaille. Ce n'est certes pas un muscle mais les études en ce domaine montrent quand même que plus on travaille la mémorisation, plus on arrive à mémoriser des choses, ce qui fait que le fonctionnement de la mémoire, sa fabrication se rapproche des exercices physiques musculaires. Et plus on commence jeune à apprendre à mémoriser, plus on façonne le cerveau de manière à savoir engranger de nouveaux savoirs. Or, j'ai l'impression que les oppositions à l'apprentissage "par coeur" pour les plus jeunes ont contribué à réduire ce façonnage du cerveau en vue de l'accumulation de connaissances supplémentaires. Ce qui est d'autant plus ironique que les études sur l'enseignement réalisées à l'étranger montrent que, face à des élèves aux origines sociales diverses, c'est le "par coeur" qui a un rôle égalisant alors que l'apprentissage par la compréhension, l'intériorisation du raisonnement (pour les plus jeunes) renforce les différences sociales (en effet, sous réserve que les parents savent lire et écrire français, tous les parents peuvent faire répéter des leçons, donc le par coeur, alors que, tous les parents ne seront capables de ré-expliquer des exercices destinés, par exemple, à comprendre des formules mathématiques etc.).


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 16:21 
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Pédro a écrit :
Vous croyez que les enseignants n'essaient pas de transmettre des méthodes tant dans l'apprentissage que dans la rédaction? Plusieurs heures y sont consacrées chaque année mais cela ne signifie pas que les élèves les recevront de manière identique. Certains vont parfaitement se l'approprier, pour d'autrescela reste de l'Hébreu, parce que bien souvent ils ont d'autres façon de s'exprimer que l'on n'évalue pas ou peu.


Je pense que personne ne contestera que les enseignants essayent de transmettre des méthodes. Le problème est, précisément, le succès de ces essais et la méthodologie utilisée par ces enseignants, c'est-à-dire justement la pédagogie.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 16:56 
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Jean-Pierre Vernant
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ThierryM a écrit :
Je dirais que l'une des raisons - et certainement pas la seule - est que la mémoire se travaille. Ce n'est certes pas un muscle mais les études en ce domaine montrent quand même que plus on travaille la mémorisation, plus on arrive à mémoriser des choses, ce qui fait que le fonctionnement de la mémoire, sa fabrication se rapproche des exercices physiques musculaires. Et plus on commence jeune à apprendre à mémoriser, plus on façonne le cerveau de manière à savoir engranger de nouveaux savoirs. Or, j'ai l'impression que les oppositions à l'apprentissage "par coeur" pour les plus jeunes ont contribué à réduire ce façonnage du cerveau en vue de l'accumulation de connaissances supplémentaires. Ce qui est d'autant plus ironique que les études sur l'enseignement réalisées à l'étranger montrent que, face à des élèves aux origines sociales diverses, c'est le "par coeur" qui a un rôle égalisant alors que l'apprentissage par la compréhension, l'intériorisation du raisonnement (pour les plus jeunes) renforce les différences sociales (en effet, sous réserve que les parents savent lire et écrire français, tous les parents peuvent faire répéter des leçons, donc le par coeur, alors que, tous les parents ne seront capables de ré-expliquer des exercices destinés, par exemple, à comprendre des formules mathématiques etc.).


Nombre de mes élèves apprennent mes cours par coeur. Le résultat, des patchwork sans la moindre cohérence, une incapacité critique à réutiliser et dominer l'information. L'apprentissage par coeur est encore bien présent dans notre système éducatif, de l'auto-dictée aux méthodes de reconnaissance des mots de la lecture.
Je viens d'un milieu où aucun de mes parents n'a été dans le secondaire et jamais ils ne m'ont incité à apprendre par coeur, ils ont toujours privilégié la compréhension. je leur en suis très reconnaissant au vu d ce que je peux constater par ailleurs.

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 18:48 
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Pédro a écrit :
ThierryM a écrit :
Je dirais que l'une des raisons - et certainement pas la seule - est que la mémoire se travaille. Ce n'est certes pas un muscle mais les études en ce domaine montrent quand même que plus on travaille la mémorisation, plus on arrive à mémoriser des choses, ce qui fait que le fonctionnement de la mémoire, sa fabrication se rapproche des exercices physiques musculaires. Et plus on commence jeune à apprendre à mémoriser, plus on façonne le cerveau de manière à savoir engranger de nouveaux savoirs. Or, j'ai l'impression que les oppositions à l'apprentissage "par coeur" pour les plus jeunes ont contribué à réduire ce façonnage du cerveau en vue de l'accumulation de connaissances supplémentaires. Ce qui est d'autant plus ironique que les études sur l'enseignement réalisées à l'étranger montrent que, face à des élèves aux origines sociales diverses, c'est le "par coeur" qui a un rôle égalisant alors que l'apprentissage par la compréhension, l'intériorisation du raisonnement (pour les plus jeunes) renforce les différences sociales (en effet, sous réserve que les parents savent lire et écrire français, tous les parents peuvent faire répéter des leçons, donc le par coeur, alors que, tous les parents ne seront capables de ré-expliquer des exercices destinés, par exemple, à comprendre des formules mathématiques etc.).


Nombre de mes élèves apprennent mes cours par coeur. Le résultat, des patchwork sans la moindre cohérence, une incapacité critique à réutiliser et dominer l'information. L'apprentissage par coeur est encore bien présent dans notre système éducatif, de l'auto-dictée aux méthodes de reconnaissance des mots de la lecture.
Je viens d'un milieu où aucun de mes parents n'a été dans le secondaire et jamais ils ne m'ont incité à apprendre par coeur, ils ont toujours privilégié la compréhension. je leur en suis très reconnaissant au vu d ce que je peux constater par ailleurs.


C'est l'erreur française typique qui met en opposition mémoriser et comprendre... Apprendre par coeur ne signifie pas "apprendre sans comprendre". Enfin, si, pour certains, je suis d'accord, c'est le cas. Mais ce n'est évidemment pas inévitable. Qui plus est, il est des situations où la compréhension peut venir après la mémorisation : l'apprentissage du langage par les bébés en est un : ils procèdent par imitation des adultes, bien avant de comprendre les règles orthographiques et grammaticales, qui ne seront assimilées que plus tard.
Mais surtout je ne dis pas que TOUT doit s'apprendre par coeur ; ce que je dis, c'est que, dans la formation du cerveau, la construction des synapses, c'est la mémorisation qui est première et la compréhension qui est seconde ; évidemment, plus on avance dans les connaissances, dans leur complexité, moins le par coeur est utile et performant mais c'est lui qui permet de forger les bases du fonctionnement du cerveau. C'est pour cela que les bébés qui sont, dès leur naissance, exposé à deux langues, deviennent plus aisément bilingues que des enfants et encore plus des adultes qui se mettraient plus tard à une seconde langue : parce que le cerveau a été "découpé" en zones dédiés et que la répartition des éléments est différente dans le premier cas par rapport au second.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 19:31 
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Grégoire de Tours
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Bonsoir,
Tout cela est très intéressant mais nous éloigne beaucoup de la question initiale à laquelle personne n'a répondu, à savoir " pourquoi avons nous intérêt à étudier l'histoire"?


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 19:37 
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Jean-Pierre Vernant
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ThierryM a écrit :

C'est l'erreur française typique qui met en opposition mémoriser et comprendre... Apprendre par coeur ne signifie pas "apprendre sans comprendre". Enfin, si, pour certains, je suis d'accord, c'est le cas. Mais ce n'est évidemment pas inévitable. Qui plus est, il est des situations où la compréhension peut venir après la mémorisation : l'apprentissage du langage par les bébés en est un : ils procèdent par imitation des adultes, bien avant de comprendre les règles orthographiques et grammaticales, qui ne seront assimilées que plus tard.
Mais surtout je ne dis pas que TOUT doit s'apprendre par coeur ; ce que je dis, c'est que, dans la formation du cerveau, la construction des synapses, c'est la mémorisation qui est première et la compréhension qui est seconde ; évidemment, plus on avance dans les connaissances, dans leur complexité, moins le par coeur est utile et performant mais c'est lui qui permet de forger les bases du fonctionnement du cerveau. C'est pour cela que les bébés qui sont, dès leur naissance, exposé à deux langues, deviennent plus aisément bilingues que des enfants et encore plus des adultes qui se mettraient plus tard à une seconde langue : parce que le cerveau a été "découpé" en zones dédiés et que la répartition des éléments est différente dans le premier cas par rapport au second.


En ce sens je suis davantage d'accord même si je pense qu'en France on n'a pas complètement tiré un trait sur ce que vous évoquez. A mon sens il y a peut être plus à voir du coté "culture de l'effort" qui s'atténue un peu dans nos sociétés ce que montre entre autre Nuccio Ordine.

Je referme ma parenthèse et il est vrai, nous devrions nous pencher sur cette question philosophique. (mais il y a des sujets qui abordent des choses assez proches me semble-t-il comme quelque chose comme "a quoi sert l'Histoire?" si ma mémoire est bonne).

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 21:03 
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Il y a effectivement un sujet récent sur l'utilité de l'histoire.
http://passion-histoire.net/viewtopic.php?f=32&t=38851&hilit=Utilit%C3%A9&start=30

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 18 Juin 2016 23:43 
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Eginhard
Eginhard

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Le sujet est fort heureusement : " Pourquoi avons-nous intérêt à étudier l'histoire ? " et non : " L'utilité de l'histoire. "

L'histoire n'est pas directement utile, mais si nous supprimons tout ce qui n'est pas utile, il ne reste pas grand-chose. L'histoire est un savoir parmi d'autres qui nous distingue de l'humanité imaginée par Aldous Huxley qu'il faut vivement souhaiter qu'elle reste une pure fiction. On peut bien sûr parler de l'identité nationale, mais c'est s'aventurer sur un terrain dangereux et je suis convaincu que chercher une utilité précise est se fourvoyer.. Je préfère en rester à la notion de culture générale qui fait ce qu'on appelait jadis l'honnête homme.

Il y a quelque temps, dans l'entreprise où je travaillais, une jeune femme, qui n'était pas du tout illettrée, qui avait dû faire des études secondaires comme tout le monde, a demandé à ses collègues : " Comment ça se fait qu'avant on avait un roi et que maintenant on a un président ? ". Ce sont moins ses lacunes en histoire qu'elle avouait ainsi qui m'ont consterné que toutes les autres qu'elle révélait par la formulation de sa question.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 19 Juin 2016 9:26 
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Grégoire de Tours
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Je pense au contraire que l'histoire est directement utile car sans elle nous ne comprendrions pas notre présent et notre monde actuel. Pourquoi aujourd'hui vivons nous dans une communauté européenne? Parce que c'est lié à notre histoire. Parce que faire l'Europe c'est faire la paix et parce qu'avant elle il y avait sans cesse des guerres. Voilà un exemple parmi tant d'autres.


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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 19 Juin 2016 12:28 
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Jean-Pierre Vernant
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Je pense qu'il y a à questionner l'idée "d'intérêt". Qu'entendons-nous derrière ce terme? Il peut avoir beaucoup de sens différents jusqu'aux moins intéressants qui confineraient à une évaluation comptable ou mercantile de la chose.

Je pense que l'Histoire est un élément important à étudier parce qu'au delà de donner des clefs de compréhension du monde dans lequel on vit, c'est aussi un terrain qu'il ne fait surtout pas abandonner aux idéologues, surtout politiques, qui savent très bien comment l'exploiter pour justifier leurs idées tordues. Le nazisme, pour prendre un cas extrême et néanmoins très éclairant, s'est fait une spécialité de l'instrumentalisation de l'Histoire et pas seulement du passé germanique comme l'a montré Johann Chapoutot. Occuper scientifiquement le terrain de l'Histoire permet, pense, de combattre ce genre de pratique.

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 Sujet du message : Re: Question philosophique
Message Publié : 19 Juin 2016 18:24 
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Eginhard
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gamelin a écrit :
Je pense au contraire que l'histoire est directement utile car sans elle nous ne comprendrions pas notre présent et notre monde actuel. Pourquoi aujourd'hui vivons nous dans une communauté européenne? Parce que c'est lié à notre histoire. Parce que faire l'Europe c'est faire la paix et parce qu'avant elle il y avait sans cesse des guerres. Voilà un exemple parmi tant d'autres.
Si c'est cela, un regard sur les cent dernières années suffit amplement. Nos ancêtres les Gaulois n'aident pas à comprendre le présent.

Je vous suis néanmoins pour ce qui concerne les finances publiques. Les caisses sont vides depuis au moins Philippe le Bel. Cela devrait nos inciter à appréhender calmement la question de la dette publique.


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