Nous sommes actuellement le 17 Oct 2019 13:34

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 245 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1 ... 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17  Suivant
Auteur Message
Message Publié : 07 Juil 2019 6:17 
Hors-ligne
Eginhard
Eginhard
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 29 Jan 2007 8:51
Message(s) : 997
Pédro a écrit :
Voilà j'ai retrouvé le séminaire proposé par Sylvain Janniard


Je suis en train de le transcrire à l'écrit. D'ici quelques jours, je pense que je pourrai le poster ici -même.

_________________
«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
Image


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Juil 2019 17:16 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
« Ce ne fut pas une simple transformation : ce fut un déclin. » C'est BWP qui le dit.

Citer :
Nous l'avons déjà vu, il est passé de mode aujourd'hui d'affirmer que la fin de l'Empire romain fut une période de « crise » ou de « déclin ». Plus question non plus de l'« effondrement d'une civilisation », ni de l'avènement d'un de « âge sombre ». Le monde romain se serait donc lentement, et sans trop de soubresauts, « transformé » tandis qu'émergeait progressivement sa forme médiévale... Tout cela se heurte aux documents que nous venons d'étudier, qui sont pour le moins nuancés, mais plus encore à la masse de témoignages archéologiques désormais mise au jour. Ceux-ci – loin des discours – montrent un déclin saisissant du niveau de vie en Occident tout au long des Ve, VIe et VIIe siècles. Tout le monde en fut frappé : des paysans aux rois – y compris les corps des saints reposant dans leurs églises ! Ce ne fut pas une simple transformation : ce fut un déclin. Et un si profond déclin que l'on peut parler de la « fin d'une civilisation ».


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Juil 2019 18:00 
Hors-ligne
Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 08 Juin 2009 10:56
Message(s) : 5232
Localisation : Limoges
Arkoline a écrit :
« Ce ne fut pas une simple transformation : ce fut un déclin. » C'est BWP qui le dit.

Citer :
Nous l'avons déjà vu, il est passé de mode aujourd'hui d'affirmer que la fin de l'Empire romain fut une période de « crise » ou de « déclin ». Plus question non plus de l'« effondrement d'une civilisation », ni de l'avènement d'un de « âge sombre ». Le monde romain se serait donc lentement, et sans trop de soubresauts, « transformé » tandis qu'émergeait progressivement sa forme médiévale... Tout cela se heurte aux documents que nous venons d'étudier, qui sont pour le moins nuancés, mais plus encore à la masse de témoignages archéologiques désormais mise au jour. Ceux-ci – loin des discours – montrent un déclin saisissant du niveau de vie en Occident tout au long des Ve, VIe et VIIe siècles. Tout le monde en fut frappé : des paysans aux rois – y compris les corps des saints reposant dans leurs églises ! Ce ne fut pas une simple transformation : ce fut un déclin. Et un si profond déclin que l'on peut parler de la « fin d'une civilisation ».


Et si vous aviez daigné écouter le lien que j'ai posté vous y entendriez Janniard dire que Ward Perkins avance des thèses avec je cite "beaucoup de mauvaise foi", puisqu'on en est à l'argument d'autorité...

_________________
Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Juil 2019 18:53 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
Ormazd69 a écrit :
Que les thèses déclinistes reviennent à horizon des années 2000 et 2010, cela n'est en rien étrange... Le déclin de l'empire romain, c'est aussi une perspective sur notre monde, mais avec un outillage tout à fait anachronique... [...] Plus qu'un déclin, il y a eu évolutions ou plutôt adaptations.

Les avis sont partagés. Certains historiens considèrent qu'il y a un « déclin » de l'Empire romain d'Occident. On parle même d'une "chute". Mais la thèse d'une "évolution" garde beaucoup d'adeptes.



Ormazd69 a écrit :
La géopolitique et l'économie, très bien, mais Rome a connue bien des période de troubles... La fin de la République en est une belle également, de la même façon que la crise du IIIe siècle !

La crise du IIIe siècle a été suivie d'une longue période faste. Le déclin du Ve siècle ouvre la voie à la disparition d'un empire et la « fin d'une civilisation ».
La crise du IIIe siècle ne fut pas irréversible. Elle n'a pas provoqué un « effondrement des structures politiques ».



Ormazd69 a écrit :
Que les thèses déclinistes reviennent à horizon des années 2000 et 2010, cela n'est en rien étrange... Le déclin de l'empire romain, c'est aussi une perspective sur notre monde, mais avec un outillage tout à fait anachronique... La géopolitique et l'économie, très bien, mais Rome a connue bien des période de troubles... La fin de la République en est une belle également, de la même façon que la crise du IIIe siècle ! Eutrope y voit même "anéantissement de l'empire". Les invasions ? Peut-être, mais elles ont aussi été pas mal interne ces invasions... Enfin, au delà de l'économie et de la géopolitique, il y a la culture... Et cette culture demeure vivace pendant longtemps dans l'ex empire d'occident (Clovis, Charlemagne...) et plus encore dans l'empire d'orient (qui chute quelque part qu'avec le schisme et le passage au grec)... Plus qu'un déclin, il y a eu évolutions ou plutôt adaptations.

Merci d'avoir montré votre façon de voir les choses.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 12 Juil 2019 21:48 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
Revenons sur "Les Romains" publié en 2005 (éditions Le Cavalier Bleu). Dans cet ouvrage Lançon a rédigé des chapitres très courts. Dans un de ces chapitres Lançon défend deux idées qui sont assez proches l'une de l'autre :

• La fin de l'Empire romain d'Occident ne signifie pas « la mort d'une civilisation ». Elle équivaut simplement à « l'effacement d'un régime politique déjà estompé ».

• La fin de l'Empire romain d'Occident ne coïncide en rien avec ce qu'on appelle « fin de l'Antiquité ». Celle-ci est un fantasme.


Citer :
L'Empire romain a officiellement cessé d'exister en Occident en 476, lorsqu'un roi skire, Odovacer (francisé en Odoacre), déposa à Ravenne Romulus, le jeune empereur romain qu'il servait comme officier supérieur. Il ne lui donna pas de successeur et envoya les insignes impériaux de Romulus à l'Empereur romain d'Orient. L'Empire romain existait donc toujours, mais dirigé seulement de Constantinople, et non plus de Constantinople et Ravenne. (...) Autrement dit, d'une certaine façon, l'existence de l'Empire romain se poursuivit sans empereur. « Les funérailles de Rome se déroulèrent dans un morne silence » écrivait Amédée Thierry. Et il déplorait que tout le monde se soit tu, en se demandant pourquoi. J'y vois une raison toute simple : ce n'étaient pas des funérailles, car Rome n'était pas morte. C'était l'effacement d'un régime politique déjà estompé, mais en aucun cas la mort d'une civilisation. Rome était à ce point devenue un mythe, ses influences avaient à ce point irrigué la politique, la langue et le droit, qu'elle survécut sous d'autres formes : une nostalgie rémanente de la République et de l'Empire, la vitalité de la culture antique, des modèles juridiques.
(...) Les historiens ont beaucoup cédé au catastrophisme en décrivant le Ve siècle occidental comme un collapsus généralisé des structures étatiques et sociales de l'Empire romain. On ne contestera pas leur vacillement, mais celui-ci fut inégal, progressif, voire, comme à Rome, inexistant. Il faut donc se défier d'une vision apocalyptique du Ve siècle, qui ferait coïncider artificiellement la fin de l'Empire et la fin de l'Antiquité. Les villes et les campagnes ne furent pas désertées, la mobilité des populations ne cessa pas, les structures sociales ne s'effondrèrent pas, les échanges commerciaux non plus.
(...) L'Empire des romains continuait d'exister dans sa partie orientale. Mais pas seulement. En Occident, de puissants éléments de la civilisation romaine perdurèrent dans les nouveaux royaumes : la langue latine et la culture qui lui était attachée, des structures gouvernementales et sociales, des institutions comme le Sénat romain, et bien sûr le droit écrit.
Si l'on considère que les éléments constitutifs de l'Antiquité sont : la domination absorbante de la culture gréco-romaine ; la prédominance du système municipal ; l'épanouissement monarchique appuyé sur l'armée et une noblesse élargie ; la force du droit écrit, alors, on doit constater que la fin de l'Empire romain d'Occident ne coïncide en rien avec ce qu'on appelle « fin de l'Antiquité ». Celle-ci est un fantasme. La plupart de ses traits essentiels demeurent, plus ou moins transformés, dans les Etats et les sociétés d'Occident après 476. Et cela jusqu'au Carolingiens. Le plus grand changement, à la fois progressif et profond, est une dissociation culturelle entre l'aire latine et l'aire grecque, qui eu lieu entre le Ve et le VIIe siècle. Une double perte linguistique a mis fin à une originalité fondamentale de l'antiquité romaine. Mais, grâce aux traductions, l'héritage put être transmis partout. Ainsi, si la chrétienté latine a perdu son grec, elle est restée imbibée de platonisme. Ainsi, l'empire romain hellénisé qu'on appelle byzantin a perdu son latin à partir du VIIe siècle tout en restant pétri de droit romain. La fin de l'Empire romain d'Occident a contribué à distendre les liens caractéristiques de l'Antiquité, mais n'a pas eu d'effet sur ses nombreuses permanences culturelles.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 14 Juil 2019 23:30 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
En 2015, les Editions du Seuil ont publié Rome face aux Barbares d'Umberto Roberto (traduction en français de Yann Rivière).

J'ai sélectionné un extrait :
Citer :
Dans quelle mesure l'histoire des sacs qui ont successivement frappé Rome permet-elle de suivre le passage de l'Antiquité au Moyen Âge ? A l'évidence, durant un demi-siècle de pillages à répétition, de 410 à 476, les habitants de la ville ont été exposés aux pires épreuves. L'on ne saurait donc souscrire au constat d'une chute de l'Empire qui serait advenue, de manière presque imperceptible, « sans faire de bruit ». En l'espace de trois générations, de 410 à 476, la ville a perdu une large partie de sa population, son prestige s'est effondré, sa splendeur s'est estompée, son identité s'est altérée. Pour cette ville meurtrie, la guerre entre les Goths et les Byzantins (535-552) a constitué le coup de grâce. Et pourtant les sacs en eux-mêmes ne sont pas la cause du déclin de Rome : la transformation était inéluctable, mais chacun des coups qu'ils ont successivement portés a accéléré ce processus.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 15 Juil 2019 9:34 
Hors-ligne
Eginhard
Eginhard
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 29 Jan 2007 8:51
Message(s) : 997
Citer :
En 2015, les Editions du Seuil ont publié Rome face aux Barbares d'Umberto Roberto (traduction en français de Yann Rivière).


Je suis justement en train de le lire. Pour l'instant je suis comblé...je n'en suis qu'aux migrations des Goths dans les années 370...Le premier chapitre retraçant le sac par les Gaulois au temps du début de la République.

_________________
«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
Image


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 15 Juil 2019 19:33 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 21 Sep 2008 23:29
Message(s) : 1409
Localisation : Belgique
Oulligator a écrit :
Citer :
En 2015, les Editions du Seuil ont publié Rome face aux Barbares d'Umberto Roberto (traduction en français de Yann Rivière).


Je suis justement en train de le lire. Pour l'instant je suis comblé...je n'en suis qu'aux migrations des Goths dans les années 370...Le premier chapitre retraçant le sac par les Gaulois au temps du début de la République.


Oulligator,

merci pour ce livre, je vais voir où je peux lire le livre sans beaucoup de dépenses...
Par hasard je suis en train de discuter les Mérovinges sur un petit forum anglophone (de ex-contributeurs du History messageboard du BBC (2002-2012). Et je n'ai pas assez du temps pour le moment parce que le forum semble être en agonie et j'essaie de contribuer à le laisser survivre, mais j'ai des doutes. Mais qui ne tente rien n'a rien. C'est déja la quatrième forum que je vois dégrader depuis 2002.
Mais pour retourner au sujet. Je souscrit complètement la thése de la contination sous un autre forme. Je pense même qu'on l'a discuté déja dans le temps avec Pédro, qui est du même avis, si je me le souviens bien. Pédro?
https://reshistorica.forumotion.com/t14 ... -of-wealth

Cordialement, Paul.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 15 Juil 2019 21:40 
Hors-ligne
Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 08 Juin 2009 10:56
Message(s) : 5232
Localisation : Limoges
PaulRyckier a écrit :
Mais pour retourner au sujet. Je souscrit complètement la thése de la contination sous un autre forme. Je pense même qu'on l'a discuté déja dans le temps avec Pédro, qui est du même avis, si je me le souviens bien. Pédro?


De mon coté je pense qu'il y a d'une certaine manière une rupture simplement parce que les structures politiques romaines, complexes, hiérarchisées, brassant une importante fiscalité, disparaissent et ne sont remplacées que par des administrations plus légères. Cependant factuellement la vie des campagnes et des territoires ne me paraît pas totalement bouleversée du jour au lendemain, sauf localement, en particulier dans les territoires disputés. A mon sens le moment de rupture le plus profond entre Antiquité et Moyen Âge correspond davantage à la peste justinienne qu'à la fin de l'Empire en Occident. Mais les sources manques pour en rendre compte.

_________________
Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 16 Juil 2019 21:23 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
Pédro a écrit :
Cependant factuellement la vie des campagnes et des territoires ne me paraît pas totalement bouleversée du jour au lendemain, sauf localement, en particulier dans les territoires disputés.


Elle n'est pas bousculée du jour au lendemain, elle est radicalement bouleversée à partir du Ve siècle. Il y a un véritable appauvrissement qui est attestée par l'archéologie. BWP évoque « un déclin saisissant du niveau de vie en Occident tout au long des Ve, VIe et VIIe siècles. »
Vous pouvez croire que les travaux de BWP sont contestables. Quant à moi je peux croire qu'ils sont à prendre au sérieux.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 16 Juil 2019 21:57 
Hors-ligne
Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 08 Juin 2009 10:56
Message(s) : 5232
Localisation : Limoges
Arkoline a écrit :
Pédro a écrit :
Cependant factuellement la vie des campagnes et des territoires ne me paraît pas totalement bouleversée du jour au lendemain, sauf localement, en particulier dans les territoires disputés.


Elle n'est pas bousculée du jour au lendemain, elle est radicalement bouleversée à partir du Ve siècle. Il y a un véritable appauvrissement qui est attestée par l'archéologie. BWP évoque « un déclin saisissant du niveau de vie en Occident tout au long des Ve, VIe et VIIe siècles. »
Vous pouvez croire que les travaux de BWP sont contestables. Quant à moi je peux croire qu'ils sont à prendre au sérieux.


Le souci de travaux comme ceux de Ward Perkins est qu'ils se fondent sur des sites archéologiques qui par définition sont ponctuels. Dans quelle mesure rendent-ils comptent de l'ensemble? Mal évidemment.
Au delà je ne pense pas avoir écrit qu'il ne fallait pas le prendre au sérieux... J'ai précisément dit le contraire, en particulier sur ce qu'il a conceptualisé quant à la manière dont un Etat complexe peut se détricoter. Cependant il serait bon aussi de ne pas en exagérer la portée. L'Empire romain est un Etat encore très fortement assis sur les terroirs et l'exploitation agricole, inscrit dans un temps long. Est-ce que les campagnes ont pu être affectées? Evidemment dans les lieux soumis aux inévitables pillages? Ailleurs? C'est plus douteux.

Au fond l'analyse de Ward Perkins est aussi très actuelle, très attachée à des valeurs comptables et à des manifestations de la culture matérielle des populations, estimant un mieux vivre à l'aune de ces biens. C'est aussi un axe de réflexion typique de l'archéologie. Est-ce qu'il s'agit d'un travail intéressant? Sans nul doute. Est-il parole d’Évangile? Je pense que vous avez la réponse et de toute façon je cause dans le vent depuis le début de ces discussions sur la fin de l'Empire romain. Parce qu'au fond la plupart des gens qui s’intéressent sur le pouce à la fin de l'Empire ne sont attirés que par les images romantiques et apocalyptiques d'un édifice millénaire qui s'effondre dans le sang et la fureur. Ils aiment à retrouver les images de barbares victorieux se gorgeant de richesses et traînant des captives romaines dans des soies déchirées derrière leurs montures. Que les rois barbares aient cherché à préserver les structures civiles de l'Empire, qu'ils aient fondé leur pouvoir sur l'Eglise et tenté de se placer en héritier de Rome cela importe peu. Ce qui compte aussi c'est de tracer une comparaison avec notre temps comme l'a fait De Jaeghere ou MacMullen pour y voir une sorte d'oracle de la fin des temps pour frémir sous la couette en imaginant notre société crouler comme le vieil Empire. Rien de plus normal, c'est une obsession occidentale depuis des lustres.

Mais au fond l'Antiquité tardive, le bas Empire ou comme vous voudrez l'appeler, tout le monde s'en cogne ou presque ici. Quelles sont les discussions relatives à cette période qui ne reviennent pas comme une marotte à la fin, à l'effondrement, à la décadence? Pratiquement aucune. Alors bon, aujourd'hui le courant assez britannique souhaitant atténuer la domination de l'école de Peter Brown trouve une audience inespérée ; aujourd'hui les images d’Épinal peuvent ressortir en paix et l'on peut recommencer à causer de l'effondrement comme si l'historiographie n'avait pas existé. Alors bon, les convictions établies sur la lecture d'un ouvrage, les discussions qui n'en sont pas... vous savez... au bout d'un moment ça fatigue.

_________________
Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 18 Juil 2019 19:44 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 12 Juil 2012 15:11
Message(s) : 231
Le 24 juin Francky a écrit :
Citer :
Si on partait de Brown, Chuvin, Marrou ou Jean-Michel Carré, les bases seraient déjà plus saines et solides.

Uniquement des historiens qui ne croient pas au "déclin", qui ne croient pas à un changement douloureux pendant le Ve siècle. On voit bien la préférence de Francky.



Le 26 juin Francky a écrit :
Citer :
• Il n’y a pas de « fin » de l’Empire romain, mais certes, il existe une profonde mutation, entre Constantin (voire Dioclétien) et Justinien. Il faut se reporter aux textes contemporains. Deux remarquables recueils de sources, par André Chastagnol : Le Bas-Empire, Paris, Armand Colin, 1969 sur le IVe siècle et, surtout La fin du monde antique. De Stilicon à Justinien (Ve siècle et début VIe), 1976.

C'est paradoxal, Franky nous demande de lire Chastagnol. Je crois me souvenir que cet historien mettait l'accent sur le "déclin" et le changement douloureux pendant le Ve siècle.
Je crois me souvenir que Chastagnol n'était pas dans la logique d'une "mutation" de l'Occident.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 19 Juil 2019 22:48 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 21 Sep 2008 23:29
Message(s) : 1409
Localisation : Belgique
Pédro a écrit :
PaulRyckier a écrit :
Mais pour retourner au sujet. Je souscrit complètement la thése de la contination sous un autre forme. Je pense même qu'on l'a discuté déja dans le temps avec Pédro, qui est du même avis, si je me le souviens bien. Pédro?


De mon coté je pense qu'il y a d'une certaine manière une rupture simplement parce que les structures politiques romaines, complexes, hiérarchisées, brassant une importante fiscalité, disparaissent et ne sont remplacées que par des administrations plus légères. Cependant factuellement la vie des campagnes et des territoires ne me paraît pas totalement bouleversée du jour au lendemain, sauf localement, en particulier dans les territoires disputés. A mon sens le moment de rupture le plus profond entre Antiquité et Moyen Âge correspond davantage à la peste justinienne qu'à la fin de l'Empire en Occident. Mais les sources manques pour en rendre compte.


Pédro,

j'ai lu maintenant le fil dès le début en 2012.
Merci pour votre patience avec tant de contributeurs. Je retiens les contributions de Nico avec son terme: "transformation" et naturellement celles d'Almairac.
Votre lien de la peste justinienne était nouveau pour moi, justement pour dire combien je sais autour du sujet...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Peste_de_Justinien
https://en.wikipedia.org/wiki/Plague_of_Justinian
J'ai cherché de lire le livre de Peter Brown, mais dans le temps j'avais accès à Academia, mais maintenant même avec mon mot de passe je ne peux plus lire...je serais obligé de l'acheter...
Pédro, et une critique du livre de Peter Brown, qui est selon moi à la première vue un peu biasé, parce que il met l'accent trop sur la culture avec un gros C, pendant que l'économie agricole et les structures du pouvoir étaient peut-ëtre plus important, parce que c'est ça qui fait la sociètè, en tous cas dans ce transformation vers le moyen âge...
Je mets le lien ici pour citer les autres titres que je suis entrain de lire:
https://reshistorica.forumotion.com/t14 ... -of-wealth
I read now through the thread on Passion Histoire about the decline of the Western Roman empire in the 5th century, some say collapse and fully related with the thesis I mentioned here.

On the French thread they speak about Peter Brown: The world of Late Antiquity
https://www.amazon.co.uk/World-Late-Ant ... 0500330220
https://en.wikipedia.org/wiki/Peter_Brown_(historian)

And that new book is a welcome addition to what I already mentioned:
http://theses.gla.ac.uk/1373/1/1991samsonphd.pdf
The Residences of Potentiores in Gaul and Germania in the Fifth to Mid-Ninth century
and:

http://bit.do/eZMzG
The Merovingian Kingdoms 450 - 751 by Ian Wood
https://www.amazon.com/Merovingian-King ... 0582493722

Pédro, je reviens après avoir tout lu enfin d'essayer de donner mon avis dans une réponse élaborée et cohérente...j'espère :wink: ...

Cordialement, Paul.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 19 Juil 2019 22:55 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 21 Sep 2008 23:29
Message(s) : 1409
Localisation : Belgique
Addendum au message précédent.

OOPS, je vois maintenant que je n'ai pas donné le lien concernant la critique du livre de Peter Brown
https://philarchive.org/archive/FRAAEA-4
An Everlasting Antiquity: Aspects of Peter Brown’s The World of Late
Antiquity

Cordialement, Paul.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 20 Juil 2019 9:03 
Hors-ligne
Eginhard
Eginhard
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 29 Jan 2007 8:51
Message(s) : 997
J'ai fini de transcrire l'intervention de Sylvain Janniard à l'écrit. Mais cela fait 8 pages pleines, j'attends la réponse de la modération pour savoir si je le copie/colle à la suite de ce fil ou pas... B)

_________________
«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
Image


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 245 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1 ... 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17  Suivant

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 4 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB