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Message Publié : 15 Oct 2020 1:04 
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Polybe
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Après avoir analysé les relations anglo-allemandes de 1870 à 1914,


viewtopic.php?f=45&t=42148

Je vais à présent analyser les relations franco-allemandes sur la même période.

Je compte ensuite rédiger de nombreux articles sur les causes de la première guerre mondiale avec à chaque fois un lien pour s’y retrouver tant la période est compliquée, les personnages et les évènements nombreux.

Comme à mon habitude, j’analyserai ces relations point par point.

I. La perte de l’Alsace-Lorraine

La perte de l’Alsace-Lorraine fut perçue comme un traumatisme national par les français et sera souvent mis en avant pour expliquer leur profond ressentiment contre les allemands.

Les français considérèrent le conflit de 1870-1871 comme le point de départ de l’antagonisme les opposant à leurs voisins d’outre-Rhin. Ils oublièrent un peu vite que c’est la France tombée dans le piège bismarckien qui déclencha la guerre en Juillet 1870 suite à la dépêche d’Ems. Elle fournira une occasion rêvée à la Prusse de réaliser à son profit l’unité allemande.

II. Les allemands ont aussi beaucoup reproché à la France

Depuis leur sursaut libérateur de 1813, les allemands entreprirent une relecture de leur passé de ce qu’avait été au cours des siècles précédents, la politique française à l’égard de l’espace germanique.

Après l’échec des mirages italiens au XIVème et XVème siècle, la France monarchique se tourna vers les terres d’Empire étendues de la Meuse au Rhin. Dès le règne d’Henri II, la perte du Milanais est compensée par l’annexion de Metz, Toul et Verdun et au siècle suivant, Richelieu cherche à entretenir « la division des Allemagnes » durant la guerre de 30 ans. L’annexion de l’Alsace, le coup de force contre Strasbourg et la mise à sac du Palatinat par Louis XIV laisseront des souvenirs douloureux outre-Rhin ranimés 2 siècles plus tard quand s’affirmera le sentiment national.

L’on pourrait aussi y ajouter l’annexion de la Lorraine en 1766 au bénéfice de la France résultat de savantes combinaisons diplomatiques.

Enfin, les espoirs déçus nés de la révolution française dont les élites dirigeantes étaient souvent acquises aux lumières ainsi que l’humiliation imposée à la Prusse après Iéna préparent le processus qui conduira à la réalisation par Bismarck de l’unité allemande.

III L’impact immédiat du traité de Francfort suite à la défaite française de 1871

Dans les mois qui suivirent la conclusion du traité de Francfort-ratifié le 18 Mai 1871, la méfiance demeure la règle entre les 2 pays. Les allemands s’inquiètent du vote de la loi militaire de Juillet 1872 qui doit fournir à l’armée française des effectifs suffisants.

Ils s’agacent également du paiement anticipé des lourdes indemnités dues au vainqueur allemand ce qui entraine une évacuation plus rapide des territoires occupés. Les allemands ont mal anticipé les ressources financières de la France.

Le choix fait par Adolph Thiers d’adopter le régime républicain rassure Bismarck. Il pense qu’aucune monarchie européenne ne cherchera dans ces conditions l’alliance avec la France.

L’entente des trois empereurs allemands, russe, hongrois d’octobre 1873, le traité de réassurance germano-russe contribue à maintenir l’isolement de Paris.

IV Pour autant, les relations franco-allemandes seront-elles marqués par une forte hostilité entre 1870 et 1914

IV. 1 Les moments de détente

Malgré le blocage qui interdit à la France toute reconnaissance du fait accompli en Alsace-Lorraine, il y eut de véritables épisodes de « détente» au cours desquels du gouvernement de Jules Ferry à celui de Joseph Caillaux un avenir différent aurait pu être imaginé.

Le développement économique et l’essor des échanges établirent entre les 2 pays des relations financières et commerciales qui contribuèrent à un rapprochement des intérêts, à défaut d’une relation entre les 2 peuples.

Bismarck favorisa les entreprises coloniales françaises pour détourner le coq gaulois de la frontière des Vosges. Il encouragea également l’établissement du protectorat français sur la Tunisie ce qui représenta l’avantage d’éloigner Rome de Paris. Il soutient les ambitions françaises au Maroc. L’amiral Benjamin Jaurès qui représente la France à la conférence de Madrid en 1880 témoignera « Si nous avons pu sauvegarder tous nos intérêts, nous le devons en partie à l’appui constant que m’a prêté le plénipotentiaire d’Allemagne. » Le chef du gouvernement français Charles de Freycinet remercie même le chancelier pour son soutien.

Prudent en Egypte, ou il ne souhaite pas s’aliéner les anglais, Bismarck fit preuve de bonne volonté vis-à-vis de Paris dans les affaires de Madagascar et du Tonkin.

Jules Ferry affirme dans une correspondance « qu’il faut bien entrer en rapport avec l’Allemagne et qu’il est utile d’avoir avec elle des ententes sur les terrains d’intérêts communs ». Il n’est cependant pas question d’une alliance formelle car la question de l’Alsace-lorraine l’interdit.

Des accords sont par ailleurs conclus dans le domaine colonial au Congo, et au Cameroun. Les 2 pays soutiennent la cause des boers n lutte au Transvaal contre la puissance britannique. D’autant que la crise franco-anglaise de Fachoda a replacé les perfide Albion dans la rôle de l’ennemie héréditaire côté français.

En 1900, les 2 pays interviennent côte à côte dans le cadre de l’expédition internationale qui placée sous le commandement allemand est conduite en Chine pour y mater la révolte des Boxers.

Cette même année, l’Allemagne accepte de participer à l’exposition universelle de Paris alors qu’elle était absente de celle de 1889.

IV. 2 la montée des tensions

Le départ de Jules Ferry aux cris de « A bas le prussien » en 1885, la démission de Bismarck en 1890 et les projets mondiales du jeune empereur Guillaume II créent des conditions nouvelles.

L’alliance franco-russe de 1893, le rapprochement franco-anglais préparé par le ministre des affaires étrangères Delcassé perçue comme une volonté d’encercler le Reich font monter la pression en Allemagne.

En 1905, l’empereur Guillaume II prononce un discours sur Tanger au cours duquel il présente l’Allemagne comme protectrice des pays musulmans face aux ambitions coloniales françaises et anglaises et leur troc Maroc (pour la France) Egypte (pour l’Angleterre).

Le réveil de la question de l’Alsace-Lorraine, la loi de 1913 portant à 3 ans la durée du service militaire et l’avènement d’une nouvelle génération nationaliste incarnée par Charles Péguy, Ernest Psichari créent un climat plus propice à l’acceptation de la guerre en France.

Depuis 40 ans, l’école française diffuse largement aux générations nouvelles l’espoir de la Revanche perçue comme l’aboutissement inéluctable du « roman national ». Dans l’école républicaine et laïque et obligatoire, la patrie doit jouer le rôle jadis imparti à Dieu. Le succès remporté par des livres tels que « Le tour de France par 2 enfants » complété par des abécédaires patriotiques sans oublier les livres exaltant l’armée offerts lors de la distribution des prix illustrent bien cette situation.

Les chansonniers ne sont pas en reste et ne manquent pas une occasion de mettre en scène les allemands alliant sottise et brutalité. Les images et les préjugés ainsi entretenus et reproduits ont certainement contribué à la fabrication d’une figure de l’ennemi qui a elle-même joué dans l’acceptation de l’idée selon laquelle la guerre entre les 2 peuples était inévitable.

Les français n’étaient sans soute pas prêts à se ruer sur l’Allemagne pour se venger de l’affront de 1871. Mais ils étaient préparés à cette perspective d’une guerre perçue comme légitime parce que défensive à l’affronter résolument.

Conclusion

Malgré le développement économique, les échanges commerciaux entre les 2 pays puis les questions coloniales réglées, l’antagonisme franco-allemand était insurmontable entre 1870 et 1914 me semble-t-il. La seule façon d’éviter la guerre aurait été de trouver un arrangement pour la cession de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne au bénéfice de la France contre des colonies en Afrique. Mais l’Allemagne pouvait-elle faire cette cession étant donné qu’elles étaient historiquement allemande jusqu’au XVII et XVIIIème siècle ?

Pour conclure, je ferai une citation de Bertrand Joly historien français spécialiste de la période « Il est donc clair qu’entre 1871 et 1914, les authentiques revanchards n’ont été qu’une infime minorité, un groupuscule si dérisoire qu’il peut paraitre abusif de leur accorder la moindre attention. On ne peut nier d’autre part que ces personnalités peu nombreuses mais décidés ont remarquablement su occuper le terrain culturel et profiter de la ferveur patriotique ambiante pour se parer d’une légitimité et obtenir une audience sans rapport avec leur importance véritable. Et s’ils ont réussi jusqu’à un certain point dans cette entreprise, c’est que le pays si pacifique qu’il fut leur reconnaissait malgré tout une certaine représentativité. »


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Message Publié : 15 Oct 2020 9:01 
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isac654 a écrit :
Le choix fait par Adolph Thiers
Ni Adolph ni Adolf. Adolphe.

Parmi les preuves de la tension qui règne pendant la "Paix armée", on peut mentionner le climat de suspicion et d'espionnage, dont l'Affaire Dreyfus dévoile (a) l'indignation nationale devant une affaire d'espionnage (dont le vrai espion, est-il utile de le rappeler, est Esterhazy) et (b) l'intense activité de l'espionnage et du contre-espionnage des deux pays

Enfin, au paragraphe IV.2, on peut mentionner l'incident de Saverne.

_________________
Image message du Loire au Dalgonar, oct. 1913


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Message Publié : 15 Oct 2020 9:03 
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Dans son Histoire de la France contemporaine - 1871-1900, Gabriel Hanotaux développe assez longuement l'attitude de Bismarck et ce qu'il pense être les ressorts de sa politique vis-à-vis de la France dans les mois et années qui ont immédiatement suivi la guerre.
A ce que j'ai pu comprendre à la lecture :
1- l'annexion de l'Alsace et de la Moselle n'étaient absolument pas motivées par le souci de récupérer des terres autrefois allemandes ; Bismarck était au contraire conscient du fait que les Alsaciens n'étaient pas demandeurs et que cela poserait au nouvel empire plus de problèmes que de satisfactions. La véritable raison était le besoin, fortement exprimé par l'état-major, d'éloigner du Rhin la base de départ de la prochaine agression de ces Gaulois aussi imprévisibles que dangereux.
2- Bismarck s'est rapidement rendu compte qu'il avait sous-estimé la puissance économique de la France et que le traité de Francfort ne l'avait pas aussi affaiblie qu''il ne l'aurait voulu. Il le regrettait, car il était persuadé que la France n'aurait de cesse que de reprendre ce qu'il lui avait arraché.
3- Très inquiet des efforts français de reconstituer l'armée (avec les lois militaires), Bismarck envisagea un moment, ou du moins menaça de reprendre les hostilités, de façon préventive, avant que nous soyons redevenus une menace sérieuse. Il y renonça car l'Allemagne aurait alors été l'agresseur et n'aurait pas pu compter sur la bienveillante neutralité des autres puissances européennes.
Ça vaut que ça vaut ; mais c'est écrit dans un français remarquable, comme on savait le faire à cette époque.


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Message Publié : 15 Oct 2020 16:31 
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Citer :
La véritable raison était le besoin, fortement exprimé par l'état-major, d'éloigner du Rhin la base de départ de la prochaine agression de ces Gaulois aussi imprévisibles que dangereux

Cela est le cas pour Metz et les régions francophones aux alentours, mais certainement pas pour l'Alsace et la Lorraine dialectophone.
C'est un but de guerre qui cimente le futur Empire allemand et qui fera de l'Alsace-Lorraine une terre de colonisation pour les Allemands.
Il y a également un aspect culturel dans la démarche du "Chancelier de fer" - ce n'est pas parce qu'il a prétendu le contraire à l'époque que ce fut le cas.

Citer :
Bismarck envisagea un moment, ou du moins menaça de reprendre les hostilités, de façon préventive, avant que nous soyons redevenus une menace sérieuse. Il y renonça car l'Allemagne aurait alors été l'agresseur et n'aurait pas pu compter sur la bienveillante neutralité des autres puissances européennes.

Effectivement, la succession de "crises" entre 1875 et 1887 - qui permettent également à Bismarck de faire voter des crédits militaires toujours plus importants par le Reichstag - illustre bien ce point.

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Message Publié : 15 Oct 2020 17:16 
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Gabriel Hanotaux affirme que la Prusse savait depuis longtemps que les Alsaciens ne souhaitaient pas devenir Allemands, et qu'elle l'avait reconnu dans un mémorandum adressé à tous les plénipotentiaires européens réunis en congrès à l'époque du traité d'Utrecht (1713). Il en cite ces passages : Il est notoire que les habitants de l'Alsace sont plus Français que les Parisiens et que le roi de France est si sûr de leur affection à son service et à sa gloire , qu'il leur ordonne de se fournir de fusils, d'épées, de hallebardes, de pistolets, de poudre et de plomb, toutes fois que le bruit court que les Allemands ont dessein de passer le Rhin, et qu'ils courent en foule sur les bords de ce fleuve pour en empêcher ou du moins en disputer le passage à la nation germanique (...) Si on séparait les Alsaciens du roi de France qu'ils adorent, on ne pourrait lui ôter les coeurs d'autre manière que par une chaîne de deux cents ans.
Selon Gabriel Hanotaux, qui s'appuie pour cela sur un discours prononcé par Bismarck le 2 mai 1871 au Reichstag, les Prussiens savaient que les Alsaciens n'avaient pas changé d'opinion.
Ils se mettaient délibérément sur les bras une population globalement et foncièrement hostile. Il fallait pour cela qu'ils y voient un intérêt majeur, supérieur en tous cas aux risques qu'ils allaient se créer (Bismarck en était conscient) d'un conflit futur avec une France supposée avide de revanche.
Je m'autorise à penser que les militaires, et Moltke en particulier, qui avait aussi l'oreille du roi, n'ont pas été étrangers à la décision d'annexer l'Alsace et la Moselle.


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Message Publié : 15 Oct 2020 18:59 
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Hanotaux a été un acteur - particulièrement inquiétant à l'égard de l'Angleterre - dans les relations internationales de la fin du XIXème siècle : ses écrits sont parfois partiaux et surtout partiels.
Quant au discours de Bismarck il faudrait peut-être le reproduire afin d'étudier de quoi il est question.
Quoiqu'il en soit Bismarck était assez puissant et indépendant à cette date pour ne pas être soumis à l'influence des militaires.
Une discussion existe déjà à ce sujet, ici : viewtopic.php?f=45&t=5170&start=30
Archives et travaux d'historiens (Bled, entre autres) sont là pour prouver que cette légende n'a pas lieu d'être.

Au passage, avec ce qui existe déjà comme sujets de discussion sur ce sujet dans la rubrique de la Belle Epoque et du Monde au XIXème siècle, je m'interroge sur l'intérêt de ce dernier...

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Message Publié : 15 Oct 2020 19:27 
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Gabriel Hanotaux ne cite qu'un bout de phrase du discours et se contente d'en préciser les références (Discours, t. III p.420 ) dans une note de bas de page.
Cela dit, message reçu et mille excuses pour être intervenu aussi intempestivement à propos d'un sujet d'aussi faible intérêt.


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Message Publié : 15 Oct 2020 22:06 
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Non, au contraire, il a un intérêt manifeste (s'il y a déjà deux ou trois discussions à ce sujet) !
Mais ce que je n'ai pas compris c'est que l'auteur de la discussion n'a pas observé qu'il existait déjà plusieurs fils de discussion à ce sujet... Je ne parlais donc pas de votre message.

Sinon, il est dommage qu'Hanotaux n'aille pas plus loin dans sa citation.
Au pire on peut aller voir du côté de la presse française de l'époque ou chez Bismarck lui-même.

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Message Publié : 16 Oct 2020 18:04 
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Hanotaux, toujours lui, cite le récit fait par le marquis de Gabriac d'une entrevue avec Bismarck le 13 août 1871. Le marquis avait été nommé par Thiers ambassadeur à Berlin après la ratification du traité de Francfort (il était jusqu'alors premier secrétaire à Saint-Petersbourg). Le chancelier aurait dit à l'ambassadeur :

" A vous dire franchement ma pensée, je ne crois pas que vous veuilliez maintenant rompre la trêve qui existe. Vous nous paierez deux milliards. Mais, quand nous serons en 1874 et qu'il faudra acquitter les trois autres, vous nous ferez la guerre. Eh bien ! vous comprenez que si vous devez reprendre les hostilités, il vaut mieux pour nous, sinon pour vous, que ce soit plus tôt que plus tard. Attendez dix ans, et recommencez alors, si le coeur vous en dit : jusque là, ce serait pour vous un suicide ; mais ceci, c'est votre affaire.
Je ne me fais pas d'illusion : il ne serait pas logique de vous avoir pris Metz, qui est français, si des nécessités impérieuses ne nous obligeaient pas de le garder. Je n'aurais pas voulu, en principe, conserver cette ville à l'Allemagne. Quand la question a été examinée devant l'empereur, l'état-major m'a demandé si je pouvais garantir que la France ne prendrait pas sa revanche, un jour ou l'autre. J'ai répondu que j'en étais, au contraire, très convaincu et que cette guerre ne serait probablement pas la dernière entre les deux pays. Dans cette situation, m'a-t-on dit, Metz est un glacis derrière lequel on peut mettre cent mille hommes. Nous avons donc dû le garder
J'en dirai autant de l'Alsace et de la Lorraine. C'est une faute que nous aurions commise en vous les prenant, si la paix devait être durable, car, pour nous, ces provinces seront une difficulté
...".

On aura du mal à me convaincre que l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine ne répondaient pas à des objectifs de sécurité au plan militaire.


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Message Publié : 16 Oct 2020 18:57 
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Pour Metz oui, c'est assez net - et confirme tout ce qui a été déjà dit dans l'autre discussion citée - pour le reste de la Lorraine et l'Alsace dialectophone/germanophone, non, pas seulement. D'ailleurs la phrase en gras est incomplète et au conditionnel.

Bismarck n'a commis aucune faute - et n'a rien d'un modéré (il a également joué ce rôle sur la scène européenne tout au long de son "règne") et ce territoire ne sera pas fait pour rien "terre d'Empire", espace de germanisation (et de colonisation), ciment du nouveau Reich - tout comme sa vitrine à l'Ouest -, essentiellement pour balayer les dernières réticences de certains Etats du Sud (Wurtemberg et Bavière, entre autres) à l'unité. Ce n'est pas un but de guerre pour rien dans le contexte de l'unité. Qui plus est, les échanges entre les diplomates ont toujours quelque chose d'alambiqué.
S'il semble balayer l'aspect culturel et ethnique, cela ne l'empêchera pas de mener sa politique du Kulturkampf après 1873. C'est un pragmatique en puissance, qui n'hésite pas à se jouer de ses interlocuteurs (les Russes en savent quelque chose) en les persuadant en permanence qu'il pense l'inverse de ce qu'il vient de faire... :wink:
Il n'a pas désavoué les justifications historico-culturelles avancées par un Mommsen à l'annexion de ces territoires. On se souvient de la réponse cinglante de Fustel de Coulanges.
Après, éloigner des Français revanchards de l'autre côté des Vosges est aussi un argument à retenir pour garantir la sécurité de la jeune Allemagne - l'obsession de Bismarck jusqu'à son départ en 1890 -, mais il n'a nullement besoin d'avoir une quelconque forme de pression de la part des militaires pour cela, il est assez intelligent pour l'avoir pensé tout seul.

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Message Publié : 16 Oct 2020 19:44 
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Duc de Raguse a écrit :
Pour Metz oui, c'est assez net - et confirme tout ce qui a été déjà dit dans l'autre discussion citée - pour le reste de la Lorraine et l'Alsace dialectophone/germanophone, non, pas seulement. D'ailleurs la phrase en gras est incomplète et au conditionnel.

Je confirme ma rédaction : ce n'est pas au conditionnel, mais au futur, dans le texte cité par Hanotaux.

Pour le Kulturkampf, à l'ordre du jour à partir de 1873, on peut aussi y voir un nouvel élan donné par Bismarck à lutte d'influence multiséculaire entre l'Empire germanique, désormais dirigé par la Prusse luthérienne, et une Papauté qui n'a pas encore abandonné ses prétentions à diriger le monde au plan temporel. Etait-ce déjà à l'ordre du jour avant la guerre ?


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