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Message Publié : 30 Mai 2007 19:03 
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Thucydide
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Bonjour,

Peut-on dire que l'affaire Dreyfus est un crime judiciaire ?
On en parle généralement comme une erreur judiciaire, ce qui semble la limiter trop fortement à certaines erreurs du début de l'affaire, comme les expertises en écritures.
Mais le complot militaro-politique destiné à emmurer vivant un innocent lui donne une toute autre dimension, d'où le vocable de crime judiciaire employé par Jean-Denis Bredin, mais pratiquement pas repris par la majorité des historiens, qui restent sur l'erreur judiciaire.

Qu'en pensez-vous ?


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Message Publié : 31 Mai 2007 21:23 
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Mais le complot militaro-politique destiné à emmurer vivant un innocent lui donne une toute autre dimension

Je doute que les différents acteurs de cette sordide affaire étaient aussi soudés que cela. La plupart avaient des intérêts fort différents : l'armée voulait cacher une erreur de sa part, les politique ne pas y toucher à cause du mythe de la Revanche, Estherazy pour ne pas écoper de ce qu'il aurait dû avoir...
Bref, difficile de parler d'un complot organisé, dont les auteurs avaient des mobiles et des intérêts aussi proches que cela.

Citer :
Peut-on dire que l'affaire Dreyfus est un crime judiciaire ?

N'est-ce pas plutôt la justice française qui a été mal utilisée, voire manipulée.
Cela voudrait dire que la Justice commet des crimes ? C'est assez étrange comme affirmation...

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Message Publié : 01 Juin 2007 8:23 
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Thucydide
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Bonjour,

L'expression est d'Emile Zola qui le premier l'utilise à la fin de "J'Accuse :
"J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable."

Jean-Denis Bredin la reprend dans son ouvrage l'Affaire chez Fayard 1983.
Elle est utilisée ici ou là, notamment par Vincent Duclert dans sa pléthorique biographie d'Alfred Dreyfus ou dans le discours du ministre de la justice en 2006, à l'occasion du centenaire de la réhabilitation.

Il y a plusieurs temps dans l'affaire Dreyfus.

En 1894-95, le général Mercier, ministre de la Guerre veut un coupable car il est très fortement attaqué dans la presse et veut sauver son fauteuil de ministre. C'est lui qui décide que Dreyfus est coupable. C'est lui qui influence l'enquête et qui le fait incculper sur du vide, c'est lui, enfin qui fournit un dossier secret aux juges du conseil de Guerre pour le faire condamner quand il devient évident que Dreyfus va être acquité.
On peut encore parler ici d'erreur judiciaire, même si on est en face d'un acte de forfaiture caractérisé.

En 1897-98, on connaît le vrai coupable. C'est Esterhazy. Il est dénoncé. Un Conseil de guerre (justice militaire) l'acquitte, et une Cour d'assises (justice civile ou ordinaire) condamne Emile Zola deux fois cette année là pour diffamation sur la base de dix sept lignes de J'accuse.
Ici, ne peut-on pas se demander si devant cette collusion entre les militaires, les politiques et la justice, on n'est pas devant ce que l'on peut nommer un crime judiciaire ?

On es en tout cas loin d'une simple erreur judiciaire.


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Message Publié : 02 Juin 2007 9:52 
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Citer :
L'expression est d'Emile Zola qui le premier l'utilise à la fin de "J'Accuse :

Zola est partie prenante de l'Affaire et cela ne fait pour autant de celle-ci un "crime judiciaire".

Citer :
C'est lui qui décide que Dreyfus est coupable. C'est lui qui influence l'enquête et qui le fait incculper sur du vide, c'est lui, enfin qui fournit un dossier secret aux juges du conseil de Guerre pour le faire condamner

Oui, mais ses actes ne font pas pour autant que l'Affaire soit un "complot".

Citer :
une Cour d'assises (justice civile ou ordinaire) condamne Emile Zola deux fois cette année là pour diffamation sur la base de dix sept lignes de J'accuse.

Ben oui, que voulez-vous, la personne présidentielle est "sacrée" sous la IIIème République.

Citer :
Ici, ne peut-on pas se demander si devant cette collusion entre les militaires, les politiques et la justice, on n'est pas devant ce que l'on peut nommer un crime judiciaire ?

Le problème réside en ce que les personnes ne sont pas les mêmes - au niveau judiciaire, politique et militaire, entre 1894 et 1906 et que chacun possède des intérêts propres. Le fait d'avoir redonné la chronologie est assez révélateur à mon sens : le premier temps est celui d'une erreur judicaire, puis vient le second où la culpabilité de Dreyfus semble moins évidente qu'on a voulu le croire et l'Affaire se politise, surtout afin d'épargner les errements de la justice militaire et du comportement de certains officiers supérieurs, afin de ne pas éclabousser l'armée, qui a besoin d'être intacte devant la population au cas ou un conflit éclate...
Les pressions se succèdent alors de part et d'autre et une fois que Félix Faure meurt, les politique se mettent enfin d'accord pour réouvrir le dossier.
Les conditions politiques sont différentes en 1894 et en 1904.

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Message Publié : 02 Juin 2007 11:34 
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Citer :
L'expression est d'Emile Zola qui le premier l'utilise à la fin de "J'Accuse :

Duc de Raguse a écrit :
Zola est partie prenante de l'Affaire et cela ne fait pour autant de celle-ci un "crime judiciaire".

Exact, mais ce n'est pas ce que j'ai écrit. Il est l'inventeur de l'expression, qui est reprise par d'autres.

Citer :
C'est lui qui décide que Dreyfus est coupable. C'est lui qui influence l'enquête et qui le fait incculper sur du vide, c'est lui, enfin qui fournit un dossier secret aux juges du conseil de Guerre pour le faire condamner

Duc de Raguse a écrit :
Oui, mais ses actes ne font pas pour autant que l'Affaire soit un "complot".

Exact aussi, c'est pourquoi j'écris que l'on peut encore parler d'erreur judiciaire, bien qu'il y ait acte de forfaiture.

Citer :
une Cour d'assises (justice civile ou ordinaire) condamne Emile Zola deux fois cette année là pour diffamation sur la base de dix sept lignes de J'accuse.

Duc de Raguse a écrit :
Ben oui, que voulez-vous, la personne présidentielle est "sacrée" sous la IIIème République.

Surtout que c'est le ministre de la Guerre qui porte plainte pour diffamation au nom du Conseil de guerre de 1894..... En résumé, il était reproché à Zola d'avoir écrit que Dreyfus avait été condamné par ordre (du commandement militaire). Le président de la République n'est pour rien dans cet épisode. Il est simplement destinataire du texte.

Citer :
Ici, ne peut-on pas se demander si devant cette collusion entre les militaires, les politiques et la justice, on n'est pas devant ce que l'on peut nommer un crime judiciaire ?

Duc de Raguse a écrit :
Le problème réside en ce que les personnes ne sont pas les mêmes - au niveau judiciaire, politique et militaire, entre 1894 et 1906 et que chacun possède des intérêts propres.

La question du crime judiciaire porte sur la période 1897-1899. Je vous rappelle que la même année (1898), à quelques mois d'intervalle, plusieurs procès civils et militaires ont lieu et jugent tous contre les dreyfusards. Alors qu'il était établi qu'Esterhazy était coupable.
Pendant la période du potentiel "crime judiciaire" (97-99) tous les acteurs sont les même. Mercier sera même omniprésent à toutes les étapes des douze années de l'affaire.

Duc de Raguse a écrit :
Le fait d'avoir redonné la chronologie est assez révélateur à mon sens : le premier temps est celui d'une erreur judicaire, puis vient le second où la culpabilité de Dreyfus semble moins évidente qu'on a voulu le croire et l'Affaire se politise, surtout afin d'épargner les errements de la justice militaire et du comportement de certains officiers supérieurs, afin de ne pas éclabousser l'armée, qui a besoin d'être intacte devant la population au cas ou un conflit éclate...

Vous admettez donc qu'il a pu y avoir complot. Les raisons sont ici secondaires. Il y a toujours de bonnes raisons pour un crime d'Etat.

Duc de Raguse a écrit :
Les pressions se succèdent alors de part et d'autre et une fois que Félix Faure meurt, les politique se mettent enfin d'accord pour réouvrir le dossier.
Les conditions politiques sont différentes en 1894 et en 1904.

Ici vous parlez des conditions de la révision, dont je ne conteste pas l'analyse.
La question que je me pose, c'est si entre 1897 et 1899, il y a eu une collusion entre l'armée, le pouvoir politique et la justice (sauf la Cour de cassation) pour que Dreyfus ne soit jamais rejugé, et s'il l'était, à nouveau condamné, ainsi que tous les dreyfusards, position qui a abouti à la relaxe et la protection du véritable coupable, Esterhazy.


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Message Publié : 02 Juin 2007 13:08 
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Citer :
La question du crime judiciaire porte sur la période 1897-1899. Je vous rappelle que la même année (1898), à quelques mois d'intervalle, plusieurs procès civils et militaires ont lieu et jugent tous contre les dreyfusards.

Ce n'était pas aussi clair dans votre propos initial ! :wink:

Citer :
Alors qu'il était établi qu'Esterhazy était coupable.

Excusez-moi, mais le Droit est très clair sur la notion de culpabilité : tout citoyen est présumé innocent, jusqu'à ce qu'une décision de judiciaire ne dise le contraire. :wink: En l'occurence, le "traître" était bien innocent.
Mettez-vous aussi à la place des contemporains : même si par la suite la culpabilité d'Esterhazy ne fît plus aucun doute, à l'époque ce n'était pas si clair que cela, seuls certains savaient...

Citer :
Vous admettez donc qu'il a pu y avoir complot.

Non, car je ne dois pas avoir la même définition du complot que vous. :D
En effet, lorsque nous sommes en présence d'un complot, l'acte de préméditation d'un groupe d'invidus à commettre un crime ne fait aucun doute.
Or, ici, ce n'est pas le cas. Les batons mis dans les roues par les instances politico-judiciaires - agissant plus ou moins de concert - aux défenseurs du capitaine ne viennent qu'après l'affaire militaire et les doutes qui pesaient sur la gestion de l'Affaire par l'armée.
Il n'y a donc pas complot selon moi, mais une série d'étouffements maladroits de l'Affaire, survenant, a posteriori.

Bien à vous,

duc de Raguse.

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Message Publié : 04 Juin 2007 16:22 
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Citer :
Excusez-moi, mais le Droit est très clair sur la notion de culpabilité : tout citoyen est présumé innocent, jusqu'à ce qu'une décision de judiciaire ne dise le contraire. Wink En l'occurence, le "traître" était bien innocent.
Mettez-vous aussi à la place des contemporains : même si par la suite la culpabilité d'Esterhazy ne fît plus aucun doute, à l'époque ce n'é tait pas si clair que cela, seuls certains savaient...


Puisse Dreyfus avoir été traité comme vous le dites, c'est à dire en prévenu et non en présumé coupable...:wink:
Au sens du droit, Esterhazy était innocent puisqu'il a été acquitté le 11 janvier 1898 et jamais rejugé puisqu'une loi d'amnistie l'a mis à l'abris de toutes poursuites.
Je ne me plaçai pas au sens juridique mais bien au plan historique.
En 1897, tout le monde pouvait savoir qu'Esterhazy était l'auteur du Bordereau puisque des reproductions de son écriture et du bordereau avaient été largement publiés ensemble, pour pouvoir comparer.

Citer :
Non, car je ne dois pas avoir la même définition du complot que vous. Very Happy
En effet, lorsque nous sommes en présence d'un complot, l'acte de préméditation d'un groupe d'invidus à commettre un crime ne fait aucun doute.
Or, ici, ce n'est pas le cas. Les batons mis dans les roues par les instances politico-judiciaires - agissant plus ou moins de concert - aux défenseurs du capitaine ne viennent qu'après l'affaire militaire et les doutes qui pesaient sur la gestion de l'Affaire par l'armée.
Il n'y a donc pas complot selon moi, mais une série d'étouffements maladroits de l'Affaire, survenant, a posteriori.


Il me semble que ce que vous écrivez est un peu contradictoire, car une série d'étouffements indique une acrion préméditée et concertée. Pouvez-vous me conseiller un ouvrage qui défende votre thèse plutôt neutre ? Et plutôt en contradiction avec la bibliographie contemporaine. :wink:
Si je résume, l'affaire Dreyfus est donc une erreur judiciaire maladroitement étouffée. Il serait intéressant que vous argumentiez votre point de vue en regard de l'acquittement d'Esterhazy et des condamantions de Zola (1898) et Dreyfus (1899).

Bien cordialement,


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Message Publié : 04 Juin 2007 16:49 
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Citer :
Je ne me plaçai pas au sens juridique mais bien au plan historique.

Le problème c'est que vous affirmez que tout le monde savait Esterhazy "coupable". Mais, au regard du Droit comme de l'Histoire cela ne tient pas la route...
Qui est "tout le monde" pour commencer ? La presse était très partagée et les anti-dreyfusards bien nombreux...

Citer :
Il me semble que ce que vous écrivez est un peu contradictoire, car une série d'étouffements indique une acrion préméditée et concertée
.
Non, car au départ seul Mercier et le conseil de guerre - qui est aux ordres - sont concernés et personne d'autre.
Ce n'est que par la suite que les politiques, les journalistes, les "intellectuels" etc. se glissent dans la brèche.
Un exemple ? Félix Faure qui refusa toujours la révision du procès n'était pas encore aux affaires en 1894, au début de l'Affaire.

Citer :
Pouvez-vous me conseiller un ouvrage qui défende votre thèse plutôt neutre ? Et plutôt en contradiction avec la bibliographie contemporaine.

Il ne s'agit pas d'une "thèse", mais de la simple lecture des événements, qui se suivent logiquement vers l'éclat de la vérité et du scandale, avec une radicalisation progressive des positions de chaque camp.
Et vous, pouvez-vous me citer un ouvrage ou certains de ses extraits qui prouvent qu'il y a eu un complot de toutes ces personnes et catégories de personnes que vous mettez, indistinctement, dans le même sac ?

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Message Publié : 04 Juin 2007 18:56 
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Duc de Raguse a écrit :
Le problème c'est que vous affirmez que tout le monde savait Esterhazy "coupable". Mais, au regard du Droit comme de l'Histoire cela ne tient pas la route...

Pourquoi ?


Duc de Raguse a écrit :
Qui est "tout le monde" pour commencer ? La presse était très partagée et les anti-dreyfusards bien nombreux...

Tout le monde c'est l'ensemble de la population.
Le camp dreyfusard s'en prend même à Esterhazy tel Cavaignac qui le fait chasser de l'armée. A partir de l'été 1898, plus personne ne met en doute la culpabilité et la noirceur du personnage.
La presse était majoritairement antidreyfusarde, mais à partir du suicide d'Henry, elle cherche plutôt à expliquer, avec de mauvais arguments, l'existence de ce personnage encombrant.
Dans le chapitre VIII, dans La pratique du complot, il emploie le terme de crime juridique à propos de la transmission du dossier secret aux juges du conseil de Guerre (p. 364)

Voilà, à vous.


Duc de Raguse a écrit :
Non, car au départ seul Mercier et le conseil de guerre - qui est aux ordres - sont concernés et personne d'autre.

Chez moi, ce que vous décrivez s'appelle un complot. Certes restreint aux militaires, mais vous allez plus loin que moi.
Il ne s'agit plus d'une erreur judiciaire.


Duc de Raguse a écrit :
Ce n'est que par la suite que les politiques, les journalistes, les "intellectuels" etc. se glissent dans la brèche.
Un exemple ? Félix Faure qui refusa toujours la révision du procès n'était pas encore aux affaires en 1894, au début de l'Affaire.

C'est justement cette suite qui est intéressante.
Comment expliquer qu'une Cour civile et une autre militaire jugent contre le droit sur le même sujet à quelques mois d'intervalle ? Jusqu'à ce que la Cour de cassation intervienne et rende la Justice ?

Duc de Raguse a écrit :
Et vous, pouvez-vous me citer un ouvrage ou certains de ses extraits qui prouvent qu'il y a eu un complot de toutes ces personnes et catégories de personnes que vous mettez, indistinctement, dans le même sac ?


J'ai déjà cité L'Affaire, de Bredin, qui est une référence reconnue.
Il y a aussi L'affaire sans Dreyfus de Marcel Thomas, qui démontre bien la collusion, mais sans user du terme de crime judiciaire.
Enfin, Vincent Duclert dans sa biographie d'Alfred Dreyfus y va très fort avec un chapitre VII titré : Un crime d'Etat , de 65 pages, avec des sous titres comme : L'arme de la conspiration à propos du dossier secret constitué pendant l'instruction.


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Message Publié : 04 Juin 2007 22:32 
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Citer :
Tout le monde c'est l'ensemble de la population.

L'ensemble de la population ? Allons donc, soyons sérieux !
Nous sommes au milieu des années 1890 et une grande partie de la population française est encore enclavée dans des campagnes isolées des centres urbains, ne disposant que d'une information tronquée et différée.
Par ailleurs, la majorité des Français ne comprend pas les subtilités d'une affaire judiciaire et s'en tient souvent à un verdict de tribunal, même s'il est injuste.
Quant à la presse d'opinion parisienne - recopiée par ses confrères provinciaux -, seule une élite en est la lectrice.
J'ai peur en vous lisant que vous oubliez de recontextualiser l'Affaire dans les carcans sociaux de son époque.

Citer :
A partir de l'été 1898, plus personne ne met en doute la culpabilité et la noirceur du personnage.

Hum... je pourrais vous citer des extraits de l'Autorité ou de l'Action française pour vous montrer que l'unanimité n'est pas si importante que vous le dites, il en va de même pour les députés de droite et d'extrême-droite - comme G. Syveton ou Cassagnac - de la Chambre et la grande majorité du Conseil municipal de Paris.

Citer :
La presse était majoritairement antidreyfusarde

Encore une fois, je pense que vous faîtes fausse route... :?
La presse d'opinion est majoritairement dreyfusarde à ce moment. Le Figaro est le premier quotidien à soutenir le capitaine - alors que l'Aurore n'existe pas encore... :wink: -, avant sa mise en neutralité imposée par la fuite d'une grande partie de son lectorat conservateur. Le Temps est plus ou moins neutre - proche du pouvoir et suivant la ligne de conduite fixée par Adrien Hébrard -, mais certainement pas antidreyfusard. La Lanterne, où écrivent la majorité des socialistes - et qui est très populaire et lu à Paris - est nettement dreyfusarde, tout comme le Socialiste .
Les soutiens au capitaine dépassent donc le clivage gauche/droite qu'on a trop souvent voulu calquer à l'Affaire.

Citer :
Chez moi, ce que vous décrivez s'appelle un complot. Certes restreint aux militaires

S'il ne s'agit que des militaires, vous ne pouvez affirmer ce que vous affirmiez au début du fil, où vous écriviez :
Citer :
Mais le complot militaro-politique

Or, par définition la notion de complot, sous-entend une entente préalable des conjurés pour aboutir à leurs fins. Nulle part dans cette affaire, il n'y a de preuve d'une entente initiale - c'est-à-dire dès 1894 ! - quelconque entre les acteurs antidreyfusards, qui souvent ne se connaissaient même pas et vous l'admettez vous-même :
Citer :
Certes restreint aux militaires


Citer :
Comment expliquer qu'une Cour civile et une autre militaire jugent contre le droit sur le même sujet à quelques mois d'intervalle ?

Pourquoi utilisez-vous l'expression "contre le droit" ? Qu'entendez-vous par là ?

Citer :
J'ai déjà cité L'Affaire, de Bredin, qui est une référence reconnue.
Il y a aussi L'affaire sans Dreyfus de Marcel Thomas, qui démontre bien la collusion, mais sans user du terme de crime judiciaire.
Enfin, Vincent Duclert dans sa biographie d'Alfred Dreyfus y va très fort avec un chapitre VII titré : Un crime d'Etat , de 65 pages, avec des sous titres comme : L'arme de la conspiration à propos du dossier secret constitué pendant l'instruction.

Merci pour vos sources et pour me rappeller de l'ouvrage de Bredin, nulle part il n'y fait allusion à un "complot" politico-judiciaire dès 1894...
En 1898 c'est autre chose - c'est aussi une des raisons qui explique la naissance du parti et du journal de l'Action française : les oppositions se cristallisent et se politisent de plus en plus... -, mais auparavant, c'est improbable.

Bien à vous,

duc de Raguse.

Bien à vous

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Message Publié : 05 Juin 2007 12:37 
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Je crois que je vais clarifier car une interprétation de mes propos issue d'un manque de précision de ma part au début du fil est constamment reprise, que j'avais pourtant explicitée plus tard dans la discussion.

1894 : erreur judiciaire AVEC forfaiture : transmission du dossier secret à la Cour à l'insu de la défense, plus collusion militaire pour étouffer ce fait avec destructions de preuves (la note accompagnant le dossier secret). Ici, on parle déjà de crime d'Etat notamment chez Bredin et Duclert. Mais il n'y a pas de collusion politico-militaire à ce stade.

A partir de 1896 : Collusion militaro-politique (?) puisque les politiques apprennent que Dreyfus a été condamné sur cette base, et qu'ils refusent de réagir (notamment Félix Faure).
D'autre part en 1898, Esterhazy est acquitté à l'évidence contre le droit (Le conseil de guerre commet le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable, dit Zola) et un procès Zola civil juge contre le droit par le fait que les droits de la défense sont bafoués par les magistrats. Le président de la Cour d'assise a visiblement reçu l'ordre de ne pas traiter de l'affaire : "la question ne sera pas posée".

Pour ce qui est de la presse, je confirme qu'elle est majoritairement antidreyfusarde : en 1898, 96 % des journaux parisiens, et 85 % au moment du pocès de Rennes. Ce n'est qu'après 1900 qu'elle commence à être de plus en plus dreyfusarde.
Pour être précis, Le Figaro est mollement dreyfusard en 1897, publie quelques articles de Zola fin 1897, puis sous la pression de ses lecteurs et de ses actionnaires, retourne casaque. C'est pourquoi Zola publie J'accuse à L'Aurore.
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_presse_ ... re_Dreyfus

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Message Publié : 05 Juin 2007 13:26 
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Localisation : Athènes (en exil)
Il y a quelques mois, un livre original est sorti sur l'Affaire Dreyfus : il s'agit des documents personnels d'un des frères Reinach qui s'est particulièrement investi dans l'affaire aux côté de Dreyfus : Joseph Reinach.
C'est H. Duchêne, professeur en histoire ancienne (qui s'interesse beaucoup aux Reinach et est en quelque sorte leur biographe) qui a édité ces documents oubliés de tous dans deux volumes chez Bouquins (Robert Laffont).
Les Reinach sont trois frères intéressants : Joseph, Salomon et Théodore ont raflé tout les concours et les récompenses offertes par la République (on les appelait pour cela, selon les initiales de leurs prénoms, les frères Je-Sais-Tout). Celui qui nous interesse le plus c'est Salomon : il a été normalien et pensionnaire de l'Ecole Française d'Athènes. Un véritable érudit en matière d'histoire ancienne qui a écrit l'équivalent de plusieurs rayonnages de nos bibliothèques! Son frère, Théodore est celui qui a fait construire une maison magnifique non loin de Beaulieu-sur-Mer : elle s'inspire des villas antiques SUPERBE (il faut dire que les Reinach était la 7e fortune de France. Je vous recommande chaudement d'y aller[/color] :wink: .


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Message Publié : 05 Juin 2007 14:06 
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Polycrate de Samos a écrit :
Il y a quelques mois, un livre original est sorti sur l'Affaire Dreyfus : il s'agit des documents personnels d'un des frères Reinach qui s'est particulièrement investi dans l'affaire aux côté de Dreyfus : Joseph Reinach.
C'est H. Duchêne, professeur en histoire ancienne (qui s'interesse beaucoup aux Reinach et est en quelque sorte leur biographe) qui a édité ces documents oubliés de tous dans deux volumes chez Bouquins (Robert Laffont).


Il s'agit en fait de l'Histoire de l'affaire Dreyfus que Reinach a fait paraître entre 1900 et 1910 en sept volumes.
Son ouvrage a été longtemps, (et l'est toujours pours une grande partie) une référence. Il n'a été dépassé que par Marcel Thomas et Jean-Denis Bredin, sans oublier Vincent Duclert.
Il a maheureusement pris parti pour une collusion préalable à l'affaire entre Henry et Esterhazy, ce qui ne repose sur aucun fait avéré.
Son oeuvre est entièrement consultable sur Gallica :

http://gallica.bnf.fr/

Cdlt.


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Message Publié : 05 Juin 2007 16:24 
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Citer :
Je crois que je vais clarifier car une interprétation de mes propos issue d'un manque de précision de ma part au début du fil est constamment reprise, que j'avais pourtant explicitée plus tard dans la discussion.

Excusez-moi, mais ce n'était pas clair, maintenant oui ! :wink:

Citer :
Pour ce qui est de la presse, je confirme qu'elle est majoritairement antidreyfusarde : en 1898, 96 % des journaux parisiens, et 85 % au moment du pocès de Rennes.

C'est faux et si vous n'avez pas d'autres sources que Wikipédia, je pense qu'il faille l'écarter. Il serait temps que certains articles soient corrigés sur cette encyclopédie si imprécise et incomplète... :roll:
Par ailleurs, les quotidiens cités dans le lien que vous placez sont souvent des quotidiens sans lecteurs, organes de partis peu importants ou tribunes d'hommes politiques quelque peu isolés, comme 80 % des quotidiens ou prériodiques de la capitale. C'est le cas de l'Aurore de Clemenceau par exemple.
Par ailleurs, pour ce qui est de presse d'opinion, je vous ai avancé des exemples plus haut et elle est majoritairement dreyfusarde. Mes sources sont claires et irréfutables, puisqu'il s'agit de l'ouvrage de Claude Bellanger, Histoire de la presse en France.
Pour avoir dépouillé la plupart d'entre eux à cette période, je peux vous garantir la sincérité de ce que j'avance. :wink:

Citer :
Pour être précis, Le Figaro est mollement dreyfusard en 1897

Si pour vous prendre partie pour le capitaine et laisser Zola écrire librement c'est fait preuve de "mollesse" dans le contexte de l'époque, je ne sais pas ce qu'il vous faut... :?

Quant au fait que "toute la population sâche que Esterhazy fut coupable", je note que vous vous montrez plus modéré. :wink:

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Un peuple sans âme n'est qu'une vaste foule
Alphonse de Lamartine


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Message Publié : 05 Juin 2007 17:29 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 30 Mai 2007 18:22
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Citer :
C'est faux et si vous n'avez pas d'autres sources que Wikipédia, je pense qu'il faille l'écarter. Il serait temps que certains articles soient corrigés sur cette encyclopédie si imprécise et incomplète... :roll:
Par ailleurs, les quotidiens cités dans le lien que vous placez sont souvent des quotidiens sans lecteurs, organes de partis peu importants ou tribunes d'hommes politiques quelque peu isolés, comme 80 % des quotidiens ou prériodiques de la capitale. C'est le cas de l'Aurore de Clemenceau par exemple.
Par ailleurs, pour ce qui est de presse d'opinion, je vous ai avancé des exemples plus haut et elle est majoritairement dreyfusarde. Mes sources sont claires et irréfutables, puisqu'il s'agit de l'ouvrage de Claude Bellanger, Histoire de la presse en France.
Pour avoir dépouillé la plupart d'entre eux à cette période, je peux vous garantir la sincérité de ce que j'avance. :wink:


Je ne mets pas en doute la sincérité de ce que vous avancez, mais comme on dit, votre bonne foi peut être surprise.
Et en l'occurrence elle l'est car l'info donnée de wikipedia est sourcée (pour une fois).
Il s'agit d'une source issue d'article du Dictionnaire de l'Affaire Dreyfus de Drouin, réédité l'année dernière, avec un article sur l'édition.
Par ailleurs, la lecture de l'intéressant ouvrage de P. Boussel, L'affaire Dreyfus et la Presse est tout à fait édifiante. A de très rares exceptions près (L'Aurore, la Revue Blanche, Le Siècle et Le Temps) le reste de la presse est antidreyfusarde en 1898 (p. 42). C'est factuel.
100% de la grande presse est antidreyfusarde. C'est aussi un fait.
Quel grand journal est dreyfusard en 1898 ou 1899 ?


Citer :
Si pour vous prendre partie pour le capitaine et laisser Zola écrire librement c'est fait preuve de "mollesse" dans le contexte de l'époque, je ne sais pas ce qu'il vous faut... :?

Ouais, trois articles en un an, cela ne fait pas si lourd .... Moi je dis que c'est mou.


Citer :
Quant au fait que "toute la population sâche que Esterhazy fut coupable", je note que vous vous montrez plus modéré. :wink:

J'ai l'impression que vous adorez jouer sur les mots, non ? Je vous répondrai que même la presse antidreyfusarde a admis qu'Esterhazy ait été un bien curieux personnage, surtout au moment de la publication des lettres que madame de Boulancy a vendues à la presse.
Après qu'il y ait eu des campagnes "d'explications" pour refaire l'histoire, c'est sûr aussi. Ce que je voulais dire, c'est que tout honnête homme pouvait avoir accès à la bonne information, ce qui était impossible avant la fin 1897. Et il y eu beaucoup d'honnêtes hommes.

On est loin du crime judiciaire avec tout ceci.

Cdlt.


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