A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 19 Jan 2018 20:22

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 39 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1, 2, 3  Suivant
Auteur Message
Message Publié : 03 Août 2014 18:16 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 10 Fév 2009 0:12
Message(s) : 6220
Clemenceau commence un éditorial consacré à l'affaire Dreyfus par cette attaque délicieuse :
"S'il n'y a pas de justice, au moins avons-nous un ministre de la chose. "

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 03 Août 2014 18:44 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 27 Oct 2007 9:34
Message(s) : 3648
Localisation : Myrelingues la brumeuse
Oliviert a écrit :
La position de Jean Jaurès montre que ce n'est pas juste "une affaire d'antisémite".

Jaurès n'est pas antisémite. Pourtant, au début, il croit à la culpabilité de Dreyfus.
C'est parce qu'il a confiance dans l'enquête.
Beaucoup de Français sont probablement comme Jean Jaurès, pas antisémites, mais juste confiant dans la justice militaire.


Non seulement il était convaincu de la culpabilité de Dreyfus , mais il était scandalisé de la clémence de la condamnation de celui-ci à la déportation.
wikipedia a écrit :
« le capitaine Dreyfus, convaincu de trahison par un jugement unanime, n'a pas été condamné à mort, et le pays voit qu'on fusille sans pitié de simples soldats coupables d'une minute d'égarement, de violences »

_________________
C'est l'ambition qui perd les hommes. Si Napoléon était resté officier d'artillerie, il serait encore sur le trône.

Mr Prudhomme


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 03 Août 2014 22:56 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1062
Narduccio a écrit :
Barbetorte a écrit :
Il y avait un élément qui tendait à donner du crédit aux soupçons d'intelligence avec l'Allemagne portés contre Dreyfus : son frère était un industriel de nationalité allemande vivant à Mulhouse, donc en Allemagne.


Vous risquer de fâcher une bonne partie des alsaciens qui suivent ce forum.
Ce n'est aucunement mon intention. Je crois, pour l'avoir entendu dire et cela me semble tout à fait plausible, que les enquêteurs ont prêté une certaine attention à cet élément de fait. Je sais, à titre de comparaison, qu'au temps de la guerre froide, avoir des parents ou un conjoint originaire d'un pays du pacte de Varsovie pouvait handicaper des militaires pour certaines affectations ou certaines autorisation d'accès au secret de défense.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 04 Août 2014 8:56 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Mars 2008 11:47
Message(s) : 410
Barbetorte a écrit :
Narduccio a écrit :
Barbetorte a écrit :
Il y avait un élément qui tendait à donner du crédit aux soupçons d'intelligence avec l'Allemagne portés contre Dreyfus : son frère était un industriel de nationalité allemande vivant à Mulhouse, donc en Allemagne.


Vous risquer de fâcher une bonne partie des alsaciens qui suivent ce forum.
Ce n'est aucunement mon intention. Je crois, pour l'avoir entendu dire et cela me semble tout à fait plausible, que les enquêteurs ont prêté une certaine attention à cet élément de fait. Je sais, à titre de comparaison, qu'au temps de la guerre froide, avoir des parents ou un conjoint originaire d'un pays du pacte de Varsovie pouvait handicaper des militaires pour certaines affectations ou certaines autorisation d'accès au secret de défense.

Les enquêteurs n'ont apporté aucune attention à ces accusations ridicules.
Seules les feuilles nationalistes et antisémites se sont appuyés pour partie sur ces divagations afin de charger Alfred Dreyfus.

Par ailleurs, et pour être précis, Alfred avait deux frères, Mathieu et Léon, associés dans l'entreprise familiale de filature à Mulhouse. La famille Dreyfus était de nationalité allemande de fait après l'annexion de l'Alsace en conséquence du traité de Francfort de 1871. Ce qui n'empêchait pas ces neo-allemands d'exprimer leurs sentiments pro-français. Attitude connue et conséquence directe de l'engagement d'Alfred Dreyfus sous l'uniforme d'officier français.

En outre il faut signaler le nombre très important d'officiers et soldats d'origine alsacienne dans l'armée française, dont une nombreuse famille résidait encore dans les territoires annexés. Les officiers étaient légion à l'état-major de l'armée, et on en trouve en nombre dans l'affaire Dreyfus elle-même. Ils étaient notamment précieux pour leur connaissance approfondie de la langue allemande.

Pour n'en citer que quelques uns: le colonel Picquart que tout le monde connaît, le colonel Sandher (chef du contre-espionnage) le capitaine Lauth (membre du contre-espionnage), mais aussi le général Billot ministre de la guerre ou le général Zurlinden au même poste.

Vous comprenez que prendre en compte une pareille accusation eût porté l'opprobre sur une bonne partie du corps des officiers français, et qu'il fallait un esprit tordu comme celui de Drumont ou de Rochefort pour y prêter un quelconque intérêt. alors que ces militaires avaient une réputation de patriote modèle.

Je rappelle que seule une ressemblance d'écritures a orienté les soupçons sur Alfred Dreyfus et que l'antisémitisme a joué un rôle dès les instants qui ont suivi, en neutralisant tout esprit critique de la part des enquêteurs et en provoquant une enquête uniquement à charge . Le Juif étant coupable de fait.

Pour finir, un mot sur Jaurès. On peut ressortir les sentences définitives de n'importe quel acteur politique ou social suivant le jugement du Conseil de guerre de décembre 1894. Elles sont unanimes : une condamnation sans réserve du traître.
Pourquoi ? Parce que, fait rare, la sentence a été rendue à l'unanimité. C'était le signe d'une certitude absolue. On sait qu'un dossier secret truqué est à la base de ce verdict, mais à l'époque évidemment, personne n'en savait rien.

Donc tous ces politiques, ou publicistes comme on disait à l'époque, ont été trompés, et ce n'est qu'au moment où on a pu expliquer relativement clairement les raisons de ce verdict, c'est à dire le mensonge, que ces hommes se sont engagés en faveur d'Alfred Dreyfus, à partir de l'automne 1897 pour Clemenceau, et la fin du procès Zola pour Jaurès.

_________________
Je hais vos idées, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.
Voltaire ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 04 Août 2014 13:51 
Hors-ligne
Administrateur
Administrateur

Inscription : 15 Avr 2004 22:26
Message(s) : 15660
Localisation : Alsace, Colmar
Barbetorte a écrit :
Narduccio a écrit :
Barbetorte a écrit :
Il y avait un élément qui tendait à donner du crédit aux soupçons d'intelligence avec l'Allemagne portés contre Dreyfus : son frère était un industriel de nationalité allemande vivant à Mulhouse, donc en Allemagne.


Vous risquer de fâcher une bonne partie des alsaciens qui suivent ce forum.
Ce n'est aucunement mon intention. Je crois, pour l'avoir entendu dire et cela me semble tout à fait plausible, que les enquêteurs ont prêté une certaine attention à cet élément de fait. Je sais, à titre de comparaison, qu'au temps de la guerre froide, avoir des parents ou un conjoint originaire d'un pays du pacte de Varsovie pouvait handicaper des militaires pour certaines affectations ou certaines autorisation d'accès au secret de défense.


Dit comme cela, c'est insultant. et c'est méconnaitre la réalité alsacienne de l'époque des faits. Sans compter les multiples militaires français d'origine alsacienne, députés français d'origine alsacienne qui avaient de la famille restées en Alsace. Votre comparaison avec la situation de l'époque de la guerre froide est encore plus insultante et ce qui est insultant, c'est que vous ne vous rendez pas compte pourquoi vos propos sont insultants.

Ils le sont parce que les alsaciens vivant en France ne sont pas des gens comme les "habitants des pays du pacte de Varsovie" qui ont émigré dans un pays étranger. On a 3 cas, des gens qui vivaient en France à l'époque de l'annexion et qui ont décidé de rester en France comme le fait d'être citoyens français les y autorisait. Ensuite, il y a le cas de ceux qui ont choisi de s'installer en France au moment de l'annexion pour rester français (c'était la première fois qu'une telle possibilité était offerte au titre du Droit International, sauf erreur de ma part). Le troisième cas, ce sont des familles qui ont décidé de rester en Alsace pour diverses régions, mais des familles francophiles. Plus tard certains des membres ont décidé d'émigrer en France et de redevenir français.

Alfred Dreyfus est le benjamin des neufs enfants de Raphaël Dreyfus, industriel à Mulhouse. Lors de l'annexion, la famille entière vient à Paris, sauf un ou deux frères restés en Alsace pour s'occuper de l'entreprise familiale. C'était çà ou tout perdre. Je sais, certains vont faire le reproche que si on était tellement français de cœur, on pouvait accepter de vivre dans la misère ... Mais, une partie de la production se faisait aussi près de Héricourt où ils avaient une filature. De nombreuses familles alsaciennes se sont ainsi partagées en 2, de même que de nombreuses sociétés. Asthom étant pas exemple une filiale de la SACM (Société Alsacienne de Construction Mécanique, sise à Mulhouse). La partie en France devant continuer à satisfaire le marché français. La partie restant en Alsace devant continuer à donner du travail aux ouvriers alsaciens qui avaient fait la postérité de l'entreprise. Les Alsaciens, du fait de l'instauration d'une barrière douanière, perdant l'accès au marché français.

Mais, il y eut aussi des familles moins aisées qui feront le choix d'aller vivre en France, parfois au risque de tout perdre effectivement. En fait, l'essentiel de la famille Dreyfus ne cessèrent à aucun moment d'être français. Donc les comparer à des personnes originaires d'un pays étranger ... est insultant. Votre comparaison est donc insultante. Sachant en plus que dans la génération suivante des Dreyfus, les enfants d'Alfred; de ses frères ou de ses sœurs, il y a 5 "morts pour la France". Voilà des "étrangers" qui ont bien fait leur devoir.

De plus, quand on parle "d'industriels", de quoi parles-t-on ? D'une entreprise de filature, elle produisait des fils textiles. Pas de secret d'état ou militaires. Et s'ils étaient allemands, c'est du fait de l'annexion. De nombreux alsaciens souffraient du fait que les français qui "les avaient abandonnés" pour signer la paix les considéraient comme des étrangers. Cela aura des conséquences après 1919, quand les français mettront des conditions à la ré-intégration des alsaciens dans la nationalité française.

_________________
Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
Appelez-moi Charlie


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 04 Août 2014 23:53 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1062
Je ne comprends pas votre réaction que je ressens comme insultante à mon égard.

Tout d'abord, je n'ignore pas que l'Alsace a été annexée à l'empire allemand en 1871, qu'un certain nombre d'Alsaciens, parmi lesquels un de mes ascendants, ont quitté leur province pour conserver leur nationalité française et vivre en France, que la famille Dreyfus était patriote et a fait de même à l'exception de ceux qui n'ont pas voulu abandonner l'entreprise familiale de Mulhouse. Bref, j'ai quelque notion de la réalité alsacienne de l'époque.
Ensuite, je me souviens alors lu dans un article de revue ou entendu dans une émission télévisée que le fait pour Alfred Dreyfus d'avoir un frère resté en Allemagne a pu jouer en sa défaveur. C'est peut-être faux mais ce n'est pas absurde et ce n'est pas plus insultant pour les Alsaciens d'en faire état que n'est insultant pour les Juifs de dire que, pour Dreyfus, avoir été juif faisait de lui le coupable idéal.

Pour avoir servi dans les armées et, afin d'obtenir certaines habilitations, dû accomplir des formalités et faire l'objet d'enquêtes de sûreté pas toujours très plaisantes, j'ai aussi quelques notions de la façon dont les militaires abordent la protection du secret de défense. Peut-être était-ce différent il y a un siècle, je pense tout de même que certains réflexes étaient les mêmes qu'aujourd'hui. Avoir un conjoint ou de la famille dans un pays considéré comme hostile, ceux du pacte de Varsovie notamment, mais pas seulement, ne faisait pas de l'intéressé ipso facto un suspect mais le faisait considérer comme plus fragile que le français de souche n'ayant aucune attache étrangère. Pour se marier, il fallait une autorisation. Elle n'était pas refusée, ou sinon très exceptionnellement, mais l'autorisation ne parvenait qu'après enquête et l'on avertissait le futur marié que son projet de mariage pourrait l'écarter de certaines postes. Si les militaires de 1900 réagissaient en matière de sûreté de façon similaire à ceux de 1980, ils ont dû porter attention au fait qu'une partie de la famille du capitaine Dreyfus était restée en Alsace et donc était devenue allemande. Je ne prétends pas qu'on ait pensé : "Il a un frère en Allemagne, donc c'est lui le coupable.", ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, je pense simplement qu'on s'est probablement dit : "Il a un frère en Allemagne, il faudrait examiner de ce côté."


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 05 Août 2014 10:10 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1062
Citer :
Je ne comprends pas votre réaction que je ressens comme insultante à mon égard.
C'est la traduction d'une élévation de rythme cardiaque lequel s'est apaisé depuis.

Afin d'être parfaitement clair, je précise que mon intervention fait état de ce qui s'apparente à une norme, par définition générale et impersonnelle, et non de ce qui relève du sentiment, et qu'il faut bien distinguer ces deux notions.

L'antisémitisme, l'hostilité envers les "Boches", etc cela relève du sentiment.

A l'inverse, des critères de sûreté appliqués en matière de protection du secret de défense relèvent de la norme indépendamment de tout sentiment personnel.

Lors de ma carrière militaire, j'ai pu relever chez certains officiers vieille France un vieux reste d'antisémitisme subsistant à l'état de trace ainsi qu'une certaine anglophobie (l'attaque de la base de Mers el Kebir en 1940 n'est pas oubliée). Cela n'avait aucune incidence dans le service et lorsque des officiers sentimentalement un peu anglophobes devaient coopérer avec leurs homologues britanniques dans le cadre de l'OTAN, ils le faisaient sans aucune restriction. En revanche, si des sentiments anti-communistes étaient clairement exprimés, je n'ai jamais perçu de prévention envers les russes en tant que tels. Cependant, des dispositions de sûreté visant certaines nations présumées inamicales étaient officiellement édictées et elles étaient appliquées indépendamment de tout sentiment personnel.

Je n'ai pas dit, et je ne le pense pas, qu'Albert Dreyfus eût à subir des sentiments d'hostilité visant les Alsaciens au sein de l'institution militaire. Ce serait même plutôt l'inverse : a priori, un Alsacien quittant l'Alsace afin de ne pas devenir allemand était favorablement perçu comme un bon patriote. Je suis tout à fait d'accord avec vous là-dessus. En revanche, je pense probable que le fait qu'une partie de sa famille était de nationalité allemande ait suscité une attention particulière au début de l'enquête en application de principes normatifs qui, en l'occurence, s'opposaient à une inclination naturelle plutôt favorable.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 05 Août 2014 14:04 
Hors-ligne
Administrateur
Administrateur

Inscription : 15 Avr 2004 22:26
Message(s) : 15660
Localisation : Alsace, Colmar
Coté alsacien, certains messages furent pris comme autant de gifles. Et cela laisse pas mal de traces dans l'inconscient collectif. Entre autre, une partie du score des "autonomistes" alsaciens lors des scrutins de l'entre-deux-guerres s'expliquent par le ressenti négatif sur l'opinion d'une partie de l'armée et des nationalistes français. Les alsaciens ont vu la France accepter de donner l'Alsace-Moselle en échange de la paix. Lors du vote à l'Assemblée de Bordeaux ils votèrent contre. Ils se sont sentis abandonnés et on trouve des phrases sur "l'abandon de la France" dans une bonne partie de la littérature alsacienne jusque dans les années 90 ... 1990, je tiens à préciser.

Effectivement, il est normal que les militaires en charge de la sécurité fassent une enquête sur toutes les personnes qui peuvent avoir des accointances étrangères. Travaillant dans un milieu sensible et sécurisé, je sais qu'ils font des enquêtes aussi approfondies aussi envers les "bons" français. Ce sont des professionnels et ils savent que le "traitre" ce n'est pas seulement l'étranger. Peut-être n'était-ce pas le cas dans le passé.

Il est moins normal de l'utiliser comme "preuve" contre Dreyfus. or, il semble que cette accusation circula dans certains milieux nationalistes. Elle fut jugée, à juste titre comme offensante par les français d'origine alsacienne et par les alsaciens. Ensuite, les alsaciens menèrent leur petite marche vers l'intégration allemande. Marche saluée en 1912 par l'obtention d'une Constitution qui reconnaissant un embryon d'état alsacien. Mais dès 1913, il y a l'affaire de Saverne qui convainc les alsaciens que pour certains nationalistes allemands, ils seront toujours des "cochons de français". Je lis en ce moment une revue sur la PGM vue du coté alsacien. Et c'est très mitigé. Il y a un certain courant francophile qui donnera l'épisode guignolesque du "régiment des mouchoirs" avec la "prise" du premier drapeau allemand fin août 1914. Certains alsaciens ne désirant pas mourir pour l'Allemagne. Un certain nombre de ces alsaciens acceptant de mourir pour la France puisqu'ils furent recrutés dans les camps de prisonniers et qu'ils servirent par la suite dans les rangs français. Il faut savoir que lorsqu'ils étaient faits prisonniers par les allemands, ils étaient passés par les armes en tant que déserteurs de l'armée allemande. Mais, ils furent un certain nombre à obtenir de ne pas se battre contre les allemands. Ils furent donc envoyés dans d'autres secteurs (souvent les troupes coloniales) ce qui permettait à des métropolitains de venir se battre en France.

Comme je l'ai rappelé, à la Libération, ce fut une liesse générale. Premièrement parce que le massacre cessait. Deuxièmement parce que l'Alsace était de nouveau rattachée à la France. Il leur avait suffit de quelques jours en 1871 pour devenir des allemands de seconde zone, il leur faudra parfois des années pour redevenir des français. Et cela fut un camouflet de plus. Au début, ce fut une administration militaire qui fut mise en place. Pour devenir français, il fallait un dossier montrant qu'on était né français puis naturalisé allemand lors de l'annexion. OU qu'on était né allemand de parents ex-français ayant toujours vécu en Alsace. Et on examinait les cas par ordre alphabétique. En 1921, la majorité des alsaciens n'avaient toujours pas de papiers d'identités parce qu'ils n'étaient toujours pas réintégrés dans la nationalité française ... Les administrations chargées de traiter les dossiers se montraient extrêmement tatillonnes. Les alsaciens qui s'étaient découverts des allemands de seconde zone (sans compter diverses vexations du gouvernement militaire allemand de 1914 à 1918) comprirent là qu'ils n'étaient pas non plus vraiment des français. Enfin que certains ne semblaient pas les accepter aussi facilement dans la nation française. Voilà pourquoi le sujet est assez sensible de ce coté des Vosges. Sensible parce que lorsque l'on a fait les CNI soit disant non-imitables, les alsaciens furent de nouveau parmi les populations qui durent montrer patte blanche. En tant que fils d'italien immigré, j'ai du fournir un certificat de nationalité qui fut assez facile à établir, une lettre recommandée au service adéquat à Nantes et je l'ai reçu par retour de courrier. Mais, de nombreux alsaciens se virent réclamer le papier émis en 1921 qui les réintégrait eux ou leurs parents dans la nationalité française ... Certains vinrent avec des papiers montrant qu'ils avaient été des soldats français, ou que leurs parents étaient "Morts pour la France", les fonctionnaires restèrent sourds à tout cela, sans ce certificat, vous n'étiez plus français et il fallait que votre cas soit étudié par le Tribunal d'Instance qui devait confirmer au vu de votre dossier que vous étiez français... Un ancien militaire a fait la Une des journeaux alsaciens, il s'est rendu à la Préfecture en uniforme avec toutes ses médailles sur la poitrine avec un drapeau français (il était le porte drapeau de l'amicale des anciens de son régiment) ... et malgré cela on ne lui a pas délivré de CNI... Alors que son petit-fils étant français né de parents français avait sa CNI sans difficulté.

De nombreux parlementaires ayant fait savoir aux plus hauts niveaux de l’État l'émotion suscité en Alsace par tout cela, le Président de la République de l'époque (Jacques Chirac) intervint pour que l'on cesse les abus et qu'on soit plus indulgents envers ces gens dont on savait bien qu'ils étaient français. Une vexation de plus.

_________________
Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
Appelez-moi Charlie


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 05 Août 2014 21:53 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Mars 2008 11:47
Message(s) : 410
Barbetorte a écrit :

Je n'ai pas dit, et je ne le pense pas, qu'Albert Dreyfus eût à subir des sentiments d'hostilité visant les Alsaciens au sein de l'institution militaire. Ce serait même plutôt l'inverse : a priori, un Alsacien quittant l'Alsace afin de ne pas devenir allemand était favorablement perçu comme un bon patriote. Je suis tout à fait d'accord avec vous là-dessus. En revanche, je pense probable que le fait qu'une partie de sa famille était de nationalité allemande ait suscité une attention particulière au début de l'enquête en application de principes normatifs qui, en l'occurence, s'opposaient à une inclination naturelle plutôt favorable.

Ce que vous écrivez n'est pas essentiellement faux, mais ce point a été étudié avec précision à plusieurs reprises avant le début de l'affaire vous devez bien l'imaginer.

Le pedigree de Dreyfus (Alfred et pas Albert) a été scruté une première fois à l'entrée à l'X. Une seconde fois à la sortie. Une autre fois à l'entrée à l'Ecole supérieure de guerre. Une dernière fois avant d'entrer au saint des saints, à l'Etat-major général de l'armée.

N'importe qui ne pouvait pas avoir passé tous ces barrages, et c'est pourquoi un capitaine qui arrive à un poste aussi prestigieux ne pouvait pas être soupçonné parce que de la famille résidait toujours de l'autre côté de la frontière.
En tout cas cela ne l'a pas empêché de devenir stagiaire à l'EMG, poste très envié, et dont la sélection était impitoyable.

En revanche, c'est bien sa judéité qui a failli lui coûter cet accès puisqu'un professeur de l'ESG lui a donné une "cote d'amour" de 5/20 simplement parce qu'il était Juif. Au lieu de sortir 3e, il est sorti 10e, mais le recul n'a pas été suffisant pour lui interdire l'accès à l'EMG car les douze premiers du classement de sortie y avaient droit.

Dernier point, le fait qu'il soit Juif lui a fermé à Dreyfus certaines portes pendant son stage. Picquart signale que pour lui "éviter des ennuis" il l'a affecté à un poste sous le commandement d'un officier à l'esprit libre plutôt qu'à d'autres bureaux, où le stage eût été plus délicat, parce que les chefs de bureau étaient notoirement antisémites.

La famille allemande de Dreyfus n'a donc en rien joué dans son affaire, alors que l'antisémitisme se manifeste bien avant le début de l'Affaire elle-même.

_________________
Je hais vos idées, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.
Voltaire ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 04 Sep 2014 7:37 
Hors-ligne
Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2352
Localisation : Versailles
Pour ma part j'ai toujours soupçonné les antidreyfusards de mauvaise foi et de double standard en mettant en avant l'origine juive de Dreyfus et en oubliant son choix patriotique pour la France.

Cela étant, nul n'insulte ici les Alsaciens. La paranoïa est une qualité professionnelle dans le monde du renseignement ( jusqu à un certain point quand même !) et avoir élargir famille à l'étranger ne signifie pas que vous êtes anti patriote mais que vous êtes vulnérable au chantage.

Les traîtres trahissent rarement pour le plaisir mais pour de sombres motifs dont l'argent est avec le chantage l'un des plus fréquents. Les autres étant l'idéologie et la mégalomanie. Estehrazy a trahi pour de l'argent comme la surveillance de son train de vie aurait pu permettre et le savoir très tôt. Dreyfus aurait pu trahir pour éviter à sa famille d'éventuelles représailles (hypothèse peu réaliste car il ne semble pas que les Alsaciens ayant de la famille dans l'armée française aient été particulièrement inquiétés avant 1914).

Plus sérieusement, il est possible que dans la haine de Sandherr contre Dreyfus ait joué un ressentiment de nature sociale du petit bourgeois catholique de Mulhouse contre le grand bourgeois juif.

N'oublions que Dreyfus était un homme réservé voire timide ce qui était souvent vu comme de la morgue dans un milieu d'officiers qui pratiquaient une sorte de camaraderie un peu bruyante voire vulgaire.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 04 Sep 2014 16:55 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Mars 2008 11:47
Message(s) : 410
Jerôme a écrit :
N'oublions que Dreyfus était un homme réservé voire timide ce qui était souvent vu comme de la morgue dans un milieu d'officiers qui pratiquaient une sorte de camaraderie un peu bruyante voire vulgaire.

C'est une idée reçue contre laquelle beaucoup tentent de lutter.
Alfred Dreyfus n'était ni réservé ni timide. Cette représentation malheureuse est née du procès en révision à Rennes. L'inculpé venait d'y être ramené de l'île du Diable un mois plus tôt, après cinq années de martyre. C’était trop court pour recouvrer une santé correcte.

Dreyfus est donc apparu au public, qui le voyait pour la première fois, comme abattu, apathique, absent, épuisé, blême. Les antidreyfusards se sont emparés immédiatement de cette aubaine en dépeignant Dreyfus comme quelqu'un d'étranger à sa propre histoire, indifférent.
C'était faux bien entendu. Dreyfus reprit des forces au cours de son procès. Il montra alors un visage beaucoup plus combatif, se défendant avec énergie, sautant pratiquement à la gorge du général Mercier pendant sa déposition.

Mais le mal était fait, et cette légende d'un homme réservé et timide s'est perpétue jusqu'à aujourd'hui, même dans des publications sérieuses, ce qui est un comble.

Pour creuser le sujet de la véritable personnalité d'Alfred Dreyfus, procurez-vous la biographie que Vincent Duclert lui a consacrée (on la trouve facilement en bibliothèque):
Alfred Dreyfus, L'honneur d'un patriote, Fayard, 2006.

_________________
Je hais vos idées, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.
Voltaire ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Sep 2014 9:52 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Mars 2008 11:47
Message(s) : 410
Dans la lignée de mon post précédent, je signale la parution récente de :

La vraie vie du capitaine Dreyfus, par Laurent Greilsamer, Tallandier, 2014, 224 p.

L'auteur est ancien directeur adjoint du quotidien le Monde.
Cette biographie rend hommage au courage et à l'esprit combatif qui animait le capitaine Dreyfus, loin du portrait fallot, pâlichon et indifférent, encore trop souvent présentée dans des publications même récentes.

Une lecture instructive et accessible vivement recommandée.

_________________
Je hais vos idées, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.
Voltaire ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 14 Sep 2014 22:13 
Hors-ligne
Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
Message(s) : 2352
Localisation : Versailles
Je remercie Hektor pour ses contributions. Doit on abandonner l'observations sociale souvent formulée : Dreyfus, polytechnicien fortuné et bien élevé était jalousé par des saint cyriens moins riches voire pas riches du tout et relativement incultes ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 16 Sep 2014 12:21 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 17 Mars 2008 11:47
Message(s) : 410
Jerôme a écrit :
Je remercie Hektor pour ses contributions. Doit on abandonner l'observations sociale souvent formulée : Dreyfus, polytechnicien fortuné et bien élevé était jalousé par des saint cyriens moins riches voire pas riches du tout et relativement incultes ?


Pour le coup cette jalousie a été une réalité à en juger par les nombreux témoignages à charges de ses ex-collègues, dès le premier procès de 1894.
Mais on peut se demander si cette jalousie était réelle avant la mise en cause du capitaine Dreyfus, ou si elle a été arrangée dans le cadre du procès. Cela fait partie de ces éléments moraux qui ont eu tendance à supplanter les faits matériels inexistants. Ces éléments ont souvent consisté en l'exagération de faits insignifiants, interprétés à charge. L'effet de nombre palliant l'absence de preuves.

Reste que Alfred Dreyfus s'est probablement, sinon vanté, du moins exprimé avec une certaine fierté sur son aisance matérielle. Mais évidemment, cela n'en fait pas un coupable. Au contraire, ce fait a empoisonné l'accusation qui se trouvait démunie en termes de mobile à la trahison. Un homme riche n'a pas besoin de trahir pour de l'argent. Or l'argent était le mobile principal de tous les traîtres jugés depuis 1875.

Du reste, il ne faut pas opposer Saint-cyriens et polytechniciens dans ce cadre, car il y eut des "jaloux" des deux bords.

_________________
Je hais vos idées, mais je me ferai tuer pour que vous ayez le droit de les exprimer.
Voltaire ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 16 Sep 2014 15:53 
Hors-ligne
Philippe de Commines
Philippe de Commines
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 05 Oct 2005 20:39
Message(s) : 1587
Localisation : Lyon-Vénissieux
Citer :
La vraie vie du capitaine Dreyfus, par Laurent Greilsamer, Tallandier, 2014, 224 p.


Sait-on combien de livres ont été publiés à ce sujet depuis la condamnation de Dreyfus ?
:mrgreen: :mrgreen:

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 39 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1, 2, 3  Suivant

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 2 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB