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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 14:45 
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Là, j'ai des doutes. Pourquoi donc les crédits n'auraient pas été votés ? Qui plus est, pourquoi Jaurès y aurait été hostile ?
L'Allemagne venait de déclarer la guerre à la France et violait ses frontières...

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 15:52 
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Je me suis sans doute mal exprimé dans mon dernier message.
Il s'agissait de porter l'accent sur la grande influence de Jaurès dans la prise de décision chez les socialistes, et je me place d'un point de vue chronologique avant la déclaration de guerre.
Je pense qu'ils ont eu les pattes coupées après la mort de leur leader et de fait n'ont rien tenté de concret pour enrayer la machine qui menait à la guerre. Nul doute dans mon esprit que Jaurès aurait finit par voter les crédits de guerre et aurait prit part à une défense vigoureuse du territoire national.

Mais je feuilletais justement il y a quelque mois les dernières pages de la biographie de Vincent Duclert où il était question notamment de sa postérité. Dans mon souvenir il soutenait l'idée selon laquelle Jaurès songeait à tenter un dernier coup de force en faisant appel à l'arbitrage américain simultanément à une grève générale. Voilà pourquoi je crois que jusque la déclaration de guerre il aurait continué de tout tenter pour maintenir la paix, et que son action apportait un poids considérable aux socialistes. Après avec des si... :rool:

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 16:12 
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J'ai toujours été surpris par cette propension à le faire passer pour un chantre de la paix et surtout la dernière solution européenne à l'embrasement de 1914. Pour plusieurs raisons :
- Le 31 juillet, il était déjà bien trop tard, les principaux belligérants mobilisaient déjà.
- Les socialistes français - divisés sur la question au passage - étaient ultra-minoritaires au sein de la IIème Internationale. La SPD allemande et les travaillistes anglais avaient plus ou moins accepté que la guerre soit inévitable. Rien n'était véritablement prévu au niveau européen. Jaurès aurait pu retourner la situation à lui tout seul ? Je ne pense pas.
- Tout arbitrage en dehors d'un émanant des principales puissances européennes semble condamné d'avance. Les uns et les autres étaient prêts à en découdre, persuadés qu'ils obtiendraient une victoire aussi facile que rapide.

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 17:41 
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Georges Blond rapporte un propos de Jaurès qui pronostiquait "une terrible submersion" venant d'Allemagne. Si la citation est exacte, elle montre qu'il n'était pas aveugle sur les rapports de force possibles, et peut-être même sur l'option allemande de tout miser sur le front français. En tout cas l'expression n'est pas celle d'un pacifiste bêlant, mais plutôt de quelqu'un qui a mesuré l'ampleur des opérations à venir.

C'est peut-être en ce sens qu'il faut interpréter sa position pacifiste.

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 20:06 
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Duc de Raguse a écrit :
J'ai toujours été surpris par cette propension à le faire passer pour un chantre de la paix et surtout la dernière solution européenne à l'embrasement de 1914. Pour plusieurs raisons :
- Le 31 juillet, il était déjà bien trop tard, les principaux belligérants mobilisaient déjà.
- Les socialistes français - divisés sur la question au passage - étaient ultra-minoritaires au sein de la IIème Internationale. La SPD allemande et les travaillistes anglais avaient plus ou moins accepté que la guerre soit inévitable. Rien n'était véritablement prévu au niveau européen. Jaurès aurait pu retourner la situation à lui tout seul ? Je ne pense pas.
- Tout arbitrage en dehors d'un émanant des principales puissances européennes semble condamné d'avance. Les uns et les autres étaient prêts à en découdre, persuadés qu'ils obtiendraient une victoire aussi facile que rapide.


Les faits vous donnent raison cher Duc

Jaurès n'aurait pu arrêter un train lancé à pleine vitesse, surtout au regard des précédents échecs de ses tentatives de pacification. Il s'est révélé incapable d'enrayer la course aux armements, les lois militaires exigeant chaque années plus de crédits, ni celles allongeant la durée du service militaire. Je continue cependant de penser qu'il aurait été un "jusqu'au boutiste" de la paix et qu'il aurait joué toutes les cartes en sa possession.
Toujours est il que le visage de l'union sacrée aurait très certainement été différent sans sa mort prématurée.

Pierma a écrit :
Georges Blond rapporte un propos de Jaurès qui pronostiquait "une terrible submersion" venant d'Allemagne. Si la citation est exacte, elle montre qu'il n'était pas aveugle sur les rapports de force possibles, et peut-être même sur l'option allemande de tout miser sur le front français. En tout cas l'expression n'est pas celle d'un pacifiste bêlant, mais plutôt de quelqu'un qui a mesuré l'ampleur des opérations à venir.

C'est peut-être en ce sens qu'il faut interpréter sa position pacifiste.


Vous allez me forcer à me re-plonger dans mes bouquins cette nuit Pierma! :mrgreen:

Le pacifisme de Jaurès prend forme autour des années 1905, ce qui correspond à la fin de la guerre russo-japonaise et à la première crise marocaine. Cette dernière pourrait être décisive dans le choix de Jaurès de s'orienter vers la solution d'un accord avec l'Allemagne. Cette crise montre que le rapport de force joue clairement en faveur de Guillaume II et la démission de Delcassé en donne la confirmation aux allemands...et à Jaurès.
D'un autre côté je pense qu'il convient de ne pas sous-estimer le patriotisme de Jaurès qui dans plusieurs de ses discours à affirmé son attachement à l’indépendance de la France et sa volonté de garder le territoire inviolé coûte que coûte.
Enfin son pacifisme est plein de l'idéologie socialiste anti-capitaliste, je pense qu'il faut aussi creuser de ce côté là pour aller aux racines de son pacifisme.

Bien à vous

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 21 Mars 2015 20:15 
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Citer :
Il s'est révélé incapable d'enrayer la course aux armements, les lois militaires exigeant chaque années plus de crédits, ni celles allongeant la durée du service militaire.

La question demeure pourquoi ?
De l'autre côté du Rhin les crédits ne cessent d'augmenter depuis 1872. Comment ne pas suivre ? Surtout après les chaudes alertes de 1875 et 1886/1887 ?

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 Sujet du message : Re: Jaurès, sa vie, son oeuvre
Message Publié : 22 Mars 2015 9:01 
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Duc de Raguse a écrit :
Citer :
Il s'est révélé incapable d'enrayer la course aux armements, les lois militaires exigeant chaque années plus de crédits, ni celles allongeant la durée du service militaire.

La question demeure pourquoi ?
De l'autre côté du Rhin les crédits ne cessent d'augmenter depuis 1872. Comment ne pas suivre ? Surtout après les chaudes alertes de 1875 et 1886/1887 ?


Bonjour,



Pour moi l'échec de Jaurès c'est l'echec du mouvement pacifiste dans sa volonté d'enrayer la montée des nationalismes dans les pays d'Europe. Nationalismes
alimentés par les crises extérieures.

En France, la défaite de 1871 et l'amputation de l'Alsace-Lorraine entretient un esprit de revanche pendant 20 ans, notamment par les fondateurs de la République et leur oeuvre scolaire nationaliste. Par l'école on entretient le souvenir des provinces perdues et le culte des héros nationaux. A partir de 1882 la collaboration entre l'école et l'armée est assez révélatrice à cet égard.
Déroulède fonde cette même année la ligue des patriotes elle même fondée sur un fort esprit de revanche, bien que celui ci déclinera à la faveur d'un antiparlementarisme virulent.
La crise du Boulangisme donne un nouvel élan au nationalisme qui marque l'arrêt à l'idée d'une Restauration et de fait rapproche les nationalismes qui trouvent leur source dans la Révolution et celui issu de la contre-révolution. Le boulangisme donne son premier véritable théoricien au nationalisme en la personne de Maurice Barrès.
L'affaire Dreyfus donne le second, Charles Maurras: qui cimente le mouvement grâce à un sens aigu de la pédagogie, et diffuse ses idées dans son journal Action française qui exalte la xénophobie, l'antiparlementarisme et l'antisémitisme.
Il séduit un peuple trop déçu d'une République trop jeune et jugée trop bourgeoise. Le nationalisme devient un mouvement de masse. Les élections législatives de 1902 le montrent, malgré leur victoire, les socialistes sont bousculés par cette vague nationaliste.

A partir de la crise Marocaine on assiste à une dramatisation des relations internationales, le nationalisme trouve un élan nouveau en se tournant vers l'extérieur, on craint une guerre imminente, les passions se déchainent, les esprits se transforment.

Là dessus les querelles intestines entre un Gustave Hervé antimilitariste et un Jaurès qui le ménage envoient un mauvais signal à la population.
Le Congrès de Bâle des 24 et 25 novembre 1912 sonne le glas de l'idée d'unité internationale entre les socialistes où les allemands craignent que leur grève cause la perte de l'Allemagne. De fait le sentiment national est plus enraciné que la conscience de classe chez les allemands comme chez les français.
Finalement les socialistes français veulent défendre leur république contre une Allemagne restée antidémocratique. Les allemands se savent puissants et veulent le rester car ils craignent leur voisin russe.

A la Belle Epoque donc, les rêves d'hégémonie et les volontés de puissance s'étendent dans toute l'Europe. Guillaume II et sa Weltpolitik portent en elles les germes de la guerre, les gouvernements n'ont d'autres choix que de se lancer dans cette course aux armements et de conclure des alliances s'ils ne veulent pas se retrouver sans défense. Dans ce climat de tension internationale la multiplication des crises résigne l'opinion à l'idée nationale et désarme ainsi toute action pacifiste. Si les pacifistes échouent c'est parce que dans ce climat de tension internationale, les solidarités nationales passent avant l'internationalisme prolétarien aux yeux de tous.

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