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Message Publié : 27 Mai 2014 21:28 
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Eginhard
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Idée géniale : avec un officier anglais sans commandement, on lui refile au passage le prince impérial.

Ce n'était finalement pas une bonne idée, car ainsi le garçon qu'il fallait protéger avant tout se retrouve affecté à un service qui induit des reconnaissances en territoire ennemi.

Le 1er juin 1879 meurt en Zoulouland le fils de Napoléon III, massacré au cours d'une obscure escarmouche.

Surpris par une charge brutale d'une quarantaine de guerriers, il ne parvient pas à remonter sur son cheval. La selle lache. Le corps sera retrouvé percé de 17 coups de sagaies, toutes portées de face, et fera l'objet le 3 juin d'une cérémonie funéraire militaire dont il nous est resté un émouvant cliché photographique.

Beaucoup de bêtises ont été racontées sur cette affaire, au premier rang desquelles la légende selon laquelle l'impératrice Eugénie, par pingrerie, aurait laissé son fils partir en Afrique avec une selle de mauvaise qualité. La réalité est autre : Napoléon Louis avait voulu partir avec la selle qu'avait son père à la bataille de Solférino ... 20 ans avant. L'équipement avait dangereusement vieilli.

En revanche, une chose est sûre : Chelmsford comprend tout de suite l'ampleur du désastre diplomatique, et cette mort au combat d'un seul homme va faire plus de dégâts pour lui que les 1 500 morts d'Isandhlwana.

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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Message Publié : 27 Mai 2014 21:32 
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Eginhard
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Le couperet se met en effet alors à tomber.

En Angleterre, Lord Disraeli, complètement dépassé par un ras-de-marée de l'opinion et de son opposition, essaye désespérément de s'en sortir par l'une des plus belles sorties de l'histoire parlementaire britannique : "qui sont ces hommes, qui sont ces zoulous qui battent nos généraux, convertissent nos évêques, et viennent de mettre fin à une dynastie ?"

Las, l'effet de manche et l'envolée verbale ne suffisent pas : Disraeli et son gouvernement sont mis en difficultés par une campagne de presse d'une rare violence : comment a-t-on pu commettre la criminelle bévue de laisser ainsi partir dans un endroit aussi exposé que le Zoulouland le prince impérial ? De quoi a l'air la Grande-Bretagne, hôte de la malheureuse famille impériale, maintenant qu'elle a envoyé à la mort le fils de Napoléon III ? Après la catastrophe d'Isandhlwana, la mort du prince impérial est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

Il faut savoir que dans l'Angleterre parlementaire du XIXème siècle, les généraux, si anoblis soient-ils, suivaient le destin des gouvernements auxquels ils se rattachaient par affinités politiques et/ou familiales. Si l'échec d'un général mettait le gouvernement en péril, le militaire en faisait clairement les frais. Et c'est la perte du Prince impérial, non les échecs du début de la campagne, qui vont précipiter la décision.

Pour Lord Chelmsford, nommé à l'époque de Lord Carnavon, la messe est en train de se dire. Le général Wolseley, lui-même un dur à cuire et qui se couvrira de gloire dans pas longtemps dans le sud égyptien, est envoyé au Natal pour remplacer Chelmsford.

Ainsi va le monde ....

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Yves Modéran


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Message Publié : 27 Mai 2014 21:33 
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Eginhard
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Acte IV : le crépuscule du royaume zoulou

Il faut cependant à l'époque un certain temps pour faire le voyage jusqu'au Natal, et Chelmsford est avisé par cable de son remplacement alors qu'il déclenche sa deuxième invasion.

Autant pour des raisons personnelles bien compréhensibles que par l'évidence de la situation, Lord Chelmsford va donc mettre son plan en action. Il aurait pu aussi tout arrêter, en pleine offensive, en attendant son successeur, et alors on n'aurait pas fini de gloser sur lui.

C'est ainsi que, le 4 juillet 1879, Chelmsford approche du kraal royal d'Ulundi à la tête d'une force de plusieurs milliers d'hommes qui vont être confrontés au dernier grand Impi de l'histoire zouloue, fort d'environ 24 000 combattants.

L'ordre de bataille anglais est impressionnant, et, pour tout dire, victorien. Qu'on en juge, seront présents à la bataille d''Ulundi les unités suivantes :

10 pièces d'artillerie du Royal Artillery

2 canons Gatling servis et accompagnés par la "brigade navale", unité constituée d'éléments fournis par la flotte

le 1er bataillon du 13th light infantry

le 2ème bataillon du royal scots fusiliers

les 58ème, 80ème, 90ème (Perthshire, régiment écossais) et 94ème régiments, représentés par leurs bataillons d'opérations extérieures.

Et le 17ème lanciers, en tunique bleue et casque colonial à pointe, dont l'on voit par erreur des représentants dans le film "zulu dawn" : c'est pas vrai, mais c'est tellement beau ...

L'ensemble du corps de bataille, avec les unités auxiliaires, dépasse les 4 000 hommes.

Formés en carré, ils ne laisseront aucune chance à l'Impi, qui vient se faire littéralement hacher par le feu des fusils, des canons et des Gatling, à plusieurs centaines de mètres des lignes.

La formation du « square » anglais n'est pas sans rappeler à Ulundi la tactique qu'avait employé en plus complexe le maréchal Bugeaud à la bataille de l'Isly, face à Abdel Kader. Les bataillons d'infanterie sont soutenus de part et d'autre par des canons et, innovation, les fameux canons à balles Gatling et Gardner, ancêtres des mitrailleuses. La cavalerie est disposée à l'intérieur même de la formation, et attend que le feu des fusils et canons ait disloqué l'ennemi pour charger dans les intervalles de l'infanterie, et … terminer le travail.

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Message Publié : 27 Mai 2014 21:35 
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Le résultat est sans appel.

La guerre du Zoulouland est terminée ... La crise sud-africaine commence, mais ceci est une autre histoire !


Wolseley, arrivé après la bataille, aura la grande élégance de faire part dans son rapport officiel de tous ses compliments pour la brillante manoeuvre de Lord Chelmsford. Ce dernier rentrera en Angleterre ou il finira honorablement sa carrière. Il ne commandera plus jamais de troupe au combat.

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Yves Modéran


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Message Publié : 31 Mars 2020 13:10 
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Philippe de Commines
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Passionnant
tjrs haletant de lire La Saussaye
concernant les 20 000 cartouches tirées lors du combat de Rorke's Drift, sait-on combien de morts Zoulous ?
C'est tjrs la même question de l'efficacité du tir au fusil pendant les batailles et le ratio tirs/tués/blessés/loupés
Je sais que des calculs avaient été effectués pour Camerone, j'essaye de retrouver mes sources

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 31 Mars 2020 14:46 
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Oui, passionnant La Saussaye. Sujet déterré par une question sur le Prince impérial Louis Napoléon.

bourbilly21 a écrit :
lors du combat de Rorke's Drift, sait-on combien de morts Zoulous ?
Selon wiki, côté anglais: 17 tués, 15 blessés. Côté Zoulou: 351 tués, 500 blessés. Mais on ne peut pas comparer à Camerone: les Mexicains avaient des fusils encore plus modernes que les Français, tandis que les Zoulous... Cela relève plus du massacre. Les Zoulous avaient des sagaies, à part quelques mousquets antiques. Ceux qui détenaient ces mousquets n'avaient aucun entraînement pour le manier, et peu de munitions. Pourtant, les mousquets Zoulous sont responsables de 5 morts Anglais sur 17. C'est bien une bataille où il faut séparer les sagaies des fusils, et non les Anglais et les Zoulous.


bourbilly21 a écrit :
Je sais que des calculs avaient été effectués pour Camerone, j'essaye de retrouver mes sources
Pour Camerone: "Chaque légionnaire disposant de 60 cartouches, la compagnie avait tiré environ 3.700 cartouches. Le nombre de 300(*) Mexicains tués ou blessés étant généralement admis, on peut en conclure que l’efficacité des tirs des légionnaires a été tout à fait remarquable : une balle sur douze atteignait l’ennemi. On estime actuellement qu’il en faut des milliers pour toucher un homme…" (Camerone, La campagne héroïque de la Légion étrangère au Mexique en 1863, Pierre Sergent, Fayard, 1980)

(*) sur le wiki actualisé, on dit 190 morts et 300 blessés côté mexicain, et 40 morts, 18 blessés côté français

D'autres références sur le fusil Minié, chargé par la bouche, et sur les armes mexicaines plus modernes, ici:
https://secondeguerremondialeclairegrub ... sil-minie/

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Image message du Loire au Dalgonar, oct. 1913


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Message Publié : 13 Sep 2020 17:53 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 21 Sep 2008 16:42
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Localisation : Seine et Marne
La bataille anglo-zoulou d’Isandhlwana, 1879, Une réponse indigène à un défi militaire colonial (Pape Drame, Dans Stratégique 2007/1 (N° 88), pages 207 à 230
https://www.cairn.info/revue-strategiqu ... ge-207.htm

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"L'Angleterre attend que chaque homme fasse son devoir" (message de l'amiral Nelson à Trafalgar)


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