A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 21 Sep 2017 2:30

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 19 message(s) ]  Aller vers la page 1, 2  Suivant
Auteur Message
Message Publié : 10 Nov 2014 16:31 
Hors-ligne
Philippe de Commines
Philippe de Commines
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 05 Oct 2005 20:39
Message(s) : 1519
Localisation : Lyon-Vénissieux
J'ai un livre d'Emmanuel Todd, "le fou et le prolétaire".
Il relie les évolutions politique aux évolutions psychologiques
Il semble montrer une dégradation de la santé mentale des français, du moins d'une partie d'entre eux au 19° siècle.
Il montre qu'en France entre 1835 et 1910, "le nombre des malades mentaux soignés dans des asiles psychiatriques augmente de 400%, le taux de suicide augmente de 260%, le total de litres d'alcool consommé par adulte double". Comme le dit Emmanuel Todd, "chaque vague de progrès s'accompagne d'une bouffée délirante".
Voir http://www.amazon.fr/FOU-PROLETAIRE-EMM ... C3%A9taire
Il y a eu d'ailleurs il y a longtemps sur ce forum un fil consacré à la montée de l'alcoolisme au 19° siècle, et un autre consacré à l'augmentation des suicides.

Comment expliquer ces évolutions sachant qu'au 19° siècle on a globalement une nette amélioration de conditions de vie ?

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 10 Nov 2014 18:02 
Hors-ligne
Administrateur
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 27 Avr 2004 17:38
Message(s) : 9902
Localisation : Région Parisienne
Quel est le nombre d'asiles psychiatriques en 1835 et en 1900 ? Quelle est la définition de la folie entre ces deux dates ? Le suicide n'est il pas caché plus souvent en 1835 qu'en 1900, sachant qu'il empêche des obsèques religieuses dans une France encore très catholique. Comparer les deux périodes est pour moi un non sens.

_________________
Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 10 Nov 2014 20:02 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 10 Fév 2009 0:12
Message(s) : 5980
Et puis il y a autre chose : on a toujours des taux d'augmentation spectaculaires :
- sur les phénomènes qu'on ne mesurait pas avant et auxquels des statisticiens s'intéressent soudain. (la statistique est née au cours du 19ème siècle il me semble.)

- sur les phénomènes tabous et cachés, que la société se met à prendre en charge, et qu'on n'est plus obligés de cacher. (Typiquement, les statistiques sur les viols ont explosé - phénomène récent - dès le moment où les femmes ont osé en parler et porter plainte.) Je pense que ça peut être le cas avec la médicalisation de la folie.

D'ailleurs cette médicalisation signifie que la société éprouve le besoin de soigner - et souvent d'enfermer - des malades qui auparavant courraient les rues.

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 10 Nov 2014 20:38 
Hors-ligne
Polybe
Polybe

Inscription : 11 Oct 2014 18:17
Message(s) : 85
Bonjour tout le monde,
Bonjour Pouzet,
Bonjour Pierma ,


Oui il y a effectivement de cela ; il y a la croissance des "problèmes" réels d'une part ,et la diminution de la tolérance extérieure aux "problèmes" d'autre part .
Mais il y a aussi le déracinement social et familial + la réduction de la famille à l'état quasi nucléaire,
cad sans "garde fou" (c'est le cas de le dire),voire même la disparition de référence intra familiale (je ne fais pas le procès des familles reconstituées qui sont légions , ni des familles où un ou les 2 parents ont des problèmes psy, ,ni des familles homosexuelles,ni tout ça ,mais "je constate" . C'est mon métier .

C'est déjà pas facile "ainsi" d'élever un gosse ,si maintenant vous mettez tous les problèmes ensemble (divorce,remariage,dette,chômage,etc,etc ...).
Bref, ... c'est très très mal parti pour les générations qui viennent ...
Et les antidépresseurs remplacent l'absinthe ...

Que reste-il comme référence à un rural déraciné en ville ?
Si la famille nucléaire qu'il a constitué "explose" (divorce,veuvage...), quels repères-a-t-il encore ?
Le nombre de "bars tabac" s'effondre (pourtant ils avaient un rôle social d'une certain façon ...) .
Il n'y a même plus d'endroits "convenables" pour enterrer les morts : l'incinération n'est la plupart du temps pas un choix,mais une nécessite !.
Les relations sociales dépendent essentiellement du travail .... et le chômage explose .
Les autres relations dépendent essentiellement des revenus (d'une façon ou d'une autre) ... et les revenus dépendent du travail ....
Si vous perdez votre travail,vous perdez progressivement "tout" ,et vous allez vous retrouver "tôt ou tard" parmi les gens "à problèmes" (cad sans aucune solution possible) .

Dans mon métier,une personne sur 10 est un cas psy "avéré", et une personne sur 3 environ traîne avec sa pathologie organique des problèmes psy plus ou moins sérieux .

Tout dépend évidement ce qu'on appelle un problème "psy" ....

L'immaturité par exemple ,devient de plus en plus fréquente .
Les deuils pathologiques aussi .

Ce que je vois tous les jours c'est le nombre sans cesse croissant de gens qui deviennent "irrationnels" .
La pensée logique disparaît au profit de la pensée magique ,
et la réalité laisse place aux fantasmes .

Sur ce sujet,la population étrangère nous montre la face cachée de NOTRE iceberg :
D'expérience,quand vous avez en consultation un "marocain" (c'est l'essentiel de nos étrangers en Belgique) qui a un problème psy,
vous pouvez déjà vous dire que c'est "très mal parti" pour ne pas dire "irrécupérable" .
Pourquoi ?
C'est tout simple : tant que c'est "gérable" la famille (et la famille est "grande" au Maroc...) , gère comme elle peut,
(et admirablement même,sans compter ni son temps ni son argent ), et pratiquement rien ne "transpire" au dehors .
Quand la famille est "à bout" et qu'elle "décroche" ... C'est la catastrophe .... Le cas est plus qu'avancé,il est organisé ....et en plus les références (idéologiques,culturelles,religieuses,sociétales...)ne sont pas les mêmes ....

Mais ce que je dis "ici" et "d'expérience" avec des "étrangers",
vous avez exactement la même chose avec le "rural" qui se retrouve paumé en ville .
Seulement ...il y aura déjà une prise en charge depuis fort longtemps : alcoolisme,tentative de suicide,etc ...

C'est la société "moderne" ; vous n'avez plus personne à qui parler,mais vous avez des médocs pour la fermer .

Le problème n'est en rien résolu,mais on ne le voit plus ...

Donc ... Il semble être résolu .

C'est "l'essentiel" ....


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 11:01 
Hors-ligne
Administrateur
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 27 Avr 2004 17:38
Message(s) : 9902
Localisation : Région Parisienne
Quel est le rapport historique de votre intervention ?

_________________
Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 12:35 
Hors-ligne
Polybe
Polybe

Inscription : 11 Oct 2014 18:17
Message(s) : 85
Jean-Marc Labat a écrit :
Quel est le rapport historique de votre intervention ?


Bonjour Mr Labat,

L'explication de la situation actuelle,par quelqu'un qui la vit de l'intérieur ,
Peut à mon avis fortement aider quelqu'un qui se pose une question sur le passé .

Personnellement toujours,je pense que le passé éclaire le présent,
et que le présent aide à comprendre le passé .

C'est ma version de l'Histoire en tous les cas .


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 13:02 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 15 Août 2012 20:56
Message(s) : 611
Localisation : Suisse
Pour revenir sur les remarques de Labat et Pierma, il est très difficile de comparer car les définitions même de folie, maladie mentale ou psychologique n'existaient pas ou on fortement évolué entretemps.

Pour prendre un cas que je connais mieux, celui de la Grande Guerre, il est frappant de constater à quel point les 4 années de guerre ont conduit à de nouvelles compréhensions et traitements de ce qui touche la "folie" en général.

Il me semble d'ailleurs très difficile de parler de santé mentale quand on a tout un arsenal à notre disposition: définitions et études des pathologies, moyens de quantifier via des statistiques (qui effectivement ont joué un rôle très important au XIXe siècle, cela mériterait un sujet dédié). La santé mentale se calcule-t-elle suivant ce que pense le sujet, genre je me sens fou, dépressif, heureux, etc? Ou est-ce qu'elle se calcule à travers le regard scientifique? Pour revenir sur les propos d'Emmanuel Todd. Quelle est son argumentation, plus précisément? Est-ce qu'il ne cherche pas à savoir si le diagnostic de la folie n'a pas été élargi, si des efforts n'ont pas été faits pour interner ces malades? Concernant le taux de suicide, comme le dit ferma, il est difficile d'avoir des statistiques vraiment fiables.


Sans faire le procès d'Emmanuel Todd, du peu que j'ai lu de lui, il faut aussi reconnaître qu'il écrit plutôt des essais, bien loins de la méthodologie très précise de l'historien. Attention donc à des interprétations fondées sur peu d'éléments.


PS: mais "pourquoi" tout "mettre" entre "guillemets"?

_________________
Comme disaient les Kennedy, "faut pas se laisser abattre"


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 15:18 
Hors-ligne
Philippe de Commines
Philippe de Commines
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 05 Oct 2005 20:39
Message(s) : 1519
Localisation : Lyon-Vénissieux
Citer :
Quelle est son argumentation, plus précisément?


L'idée de Todd est que le processus de développement comporte une composante morbide qui s'est notamment manifesté au 20° siècle en Europe.
Avec l'exode rural les gens sont déracinés, de + la vie en ville est + précaire qu'à la campagne ou il est facile d'avoir le minimum vital.
Actuellement on constate que dans des pays en plein développement il y a une augmentation des suicides (Inde) et une forte augmentation des pathologies mentales (Chine)

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 19:13 
Hors-ligne
Administrateur
Administrateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 27 Avr 2004 17:38
Message(s) : 9902
Localisation : Région Parisienne
Guide Stone a écrit :
Jean-Marc Labat a écrit :
Quel est le rapport historique de votre intervention ?


Bonjour Mr Labat,

L'explication de la situation actuelle,par quelqu'un qui la vit de l'intérieur ,
Peut à mon avis fortement aider quelqu'un qui se pose une question sur le passé .

Personnellement toujours,je pense que le passé éclaire le présent,
et que le présent aide à comprendre le passé .

C'est ma version de l'Histoire en tous les cas .



J'ai surtout l'impression que vous n'avez rien à faire ici avec des digressions actuelles. Occupez vous de sciences sociales ou de ce genre de choses, parce que vous n'avez aucune idée de ce qu'est l'histoire. Le présent n'aide pas à comprendre le passé, c'est l'inverse.

_________________
Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 19:18 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 15 Août 2012 20:56
Message(s) : 611
Localisation : Suisse
Pouzet a écrit :
Citer :
Quelle est son argumentation, plus précisément?


L'idée de Todd est que le processus de développement comporte une composante morbide qui s'est notamment manifesté au 20° siècle en Europe.
Avec l'exode rural les gens sont déracinés, de + la vie en ville est + précaire qu'à la campagne ou il est facile d'avoir le minimum vital.
Actuellement on constate que dans des pays en plein développement il y a une augmentation des suicides (Inde) et une forte augmentation des pathologies mentales (Chine)



Ne serait-ce pas lié aux évolutions telles que l'exode rural, des changements dans les structures sociales, des sentiments de solitudes ou de déprimes favorisés dans les villes, etc.?

_________________
Comme disaient les Kennedy, "faut pas se laisser abattre"


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 11 Nov 2014 21:03 
Hors-ligne
Polybe
Polybe

Inscription : 11 Oct 2014 18:17
Message(s) : 85
Adulith a écrit :

Ne serait-ce pas lié aux évolutions telles que l'exode rural, des changements dans les structures sociales, des sentiments de solitudes ou de déprimes favorisés dans les villes, etc.?



C'est ce que j'aurais dit, et que j'avais dit ,
mais il semblerait que "non" ....


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 12 Nov 2014 0:15 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 02 Mai 2010 13:29
Message(s) : 418
Localisation : Duché de Gothie.
Les très difficiles conditions de travail alors ? Tant en pénibilité qu'en horaires.
Le travail des enfants, la boisson des adolescents ?
Il y a eu littérature là dessus....

L'Assommoir est un roman d'Émile Zola « le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l'odeur du peuple ».

L'idéal de Gervaise, tel qu'elle le décrit à Coupeau avant leur mariage : « Mon idéal, ce serait de travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, […] un lit, une table et deux chaises, pas davantage […] ; je voudrais aussi élever mes enfants, en faire de bons sujets, si c’était possible. »

Dans sa préface, Zola indique « Et il ne faut point conclure, que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu’ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent. »


Les misérables :
Jean Valjean, après la mort de son beau-frère en 1794, c'est à lui de nourrir la famille. Sa sœur a sept enfants, le plus jeune a un an et le plus âgé, huit. Valjean est d'une force herculéenne et il est très adroit au tir, mais il ne sait ni lire, ni écrire. Il ne gagne que 18 sous dans la saison de l'émondage, le reste de l'an il fait ce qu'il peut en travaillant comme garçon de ferme, bouvier, etc.

La bête humaine :
C'est aussi un roman sur l'hérédité, comme tout le cycle des Rougon-Macquart, Jacques souffrant d'une folie homicide que Zola rattache à l'alcoolisme des Macquart. Il est en effet le fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier (voir L'Assommoir). Il éprouve depuis l'enfance des douleurs qui lui traversent le crâne.

Germinal :
le jeune Étienne Lantier s'est fait renvoyer de son travail pour avoir donné une gifle à son employeur. Chômeur, il part, dans le Nord de la France, à la recherche d’un nouvel emploi. Il se fait embaucher aux mines de Montsou et connaît des conditions de travail effroyables


Soures WIKI.

On ne va pas nier non plus l’absinthe. Quant à demander s'il y avait plus d'asiles, on pourrait dire aussi que ce n'est pas parce que le besoin devenait plus présent qu'on en construisait d'avantage.

C'est aussi l'histoire.

_________________
« L'honneur défend des actes que la loi tolère. »
Sénèque


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 18 Nov 2014 1:18 
Hors-ligne
Salluste
Salluste

Inscription : 28 Jan 2011 2:34
Message(s) : 225
Concernant le XIXème et "l'amélioration des conditions de vie", c'est assez relatif.
Il faudrait déterminer en quoi ces conditions de vie sont meilleures par rapport à quoi, donc "avant" et pour qui.

1/ il faut attendre les "congés payés" pour que les travailleurs (employés ou ouvriers) retrouvent presque le même jour de congé que "avant" (dont ce soi-disant obscur Moyen Age).
2/ la "fée électricité" mais aussi les éclairages au gaz ne contraignent plus les gens à ne travailler que à la lumière du jour...ce qui allonge notablement les journées de travail, surtout en hiver.
3/ c'est aussi le siècle qui voit naître la "médecine du travail", soit l'impact sur la santé physique des conditions de travail. Zola en a fait des descriptions assez éclairantes et en rien exagérées. L'Angleterre (autre pays très industrialisé en ces temps) ne valait guère mieux.
Idem ce siècle voit naître l'étude des accidents au travail, signant que les conditions de travail avaient de très solides incidences et présentaient de gros risques pour les travailleurs.
Ne rêvons pas trop quand à une éventuelle compassion: maladies et accidents du travail présentaient tout bonnement un soucis quant à la rentabilité des entreprises.
4/ le cancer, connus des auteurs anciens (DONT... l'asbestose! les textiles d'amiante sont très anciens!), devient un phénomène statistique à partir de la fin XVIIème, explose au XIXème, signant ainsi que les conditions de vie ne se sont pas franchement améliorées.
Idem le fameux "smog londonien", dû à la concentration de l'usage du charbon en agglomération (pas terrible pour les poumons...)

Ce tableau d'un XIXème avec "amélioration des conditions de vie" ne concerne pas tout le monde et certainement pas une grande majorité.

Grâce à Napoléon, on importe du bétail venu de loin si pas très loin, à pied.. pas toujours dans de très bonnes conditions, amenant les premières épizooties qui contamine petit à petit tout le bétail européen. Quant à l'alimentation de ce bétail, ma foi...bonne question...
Les abattoirs sont envoyés hors les murs. Si, effectivement, on pouvait déplorer les nuisances de l'abattage circoncis dans des quartiers intra-muros, en échange, les gens voyaient arriver le bétail et pouvait estimer de son état de santé. Au Moyen Age, le bétail venait des environnements proches, leur alimentation était contrôlée par la ville, le fait de venir à pied en traversant la ville permettait aux consommateurs de voir si les bêtes étaient saines ou pas (+ contrôle de la ville), etc. Bref: le système de contrôle sanitaire et de traçabilité était remarquablement structuré, chose qui s'écroule après Napoléon (ref. Histoire des peurs alimentaires).
Bilan: il n'est pas certain que, pour tout le monde, soit la majorité, l'alimentation fusse toujours de qualité correcte.
(bon, il n'y avait pas encore les pesticides, les produits phytosanitaires, les OGM) :mrgreen:
Voir Oliver Twist et Zola: l'alimentation des petites gens, soit la majorité, était assez restreinte, peu variée, avec un accès aux protéines assez réduits, et des déséquilibres alimentaires suffisamment importants que pour entraver la croissance et le développement, sans parler de déficiences à lutter contre les microbes.
Les nantis, au vu des livres de cuisine de l'époque, même dans les "cuisines bourgeoises", se nourrissaient de façon tout aussi peu équilibrée, à nos yeux actuels: alimentation riche à très riche, abondante: bonjour le cholestérol, les foies chargés et les crises de goutte à répétition. lol

Concernant la "santé mentale", il faudrait pouvoir comparer ce qui est comparable avec ce qui a précédé, soit la définition ante-XIXème de "folie" et de "santé mentale".
On a effectivement une progression notable de l'alcoolisme, au XIXème, avec comme conséquences les troubles de Korsakov, neurologiques, requérant une hospitalisation en asile. On peut ajouter les dégâts dus à la syphilis, menant également à des troubles d'ordre neurologiques (gommes syphilitiques dans le cerveau), donc un écartement en asile.
Une série d'accidents de travail dont les traumatismes crâniens, peuvent avoir comme conséquences des troubles neurologiques divers: aphasie, dyspraxie, trouble de la mémoire, de l'attention, et modification du comportement (c'est résumé, les pathologies!),plus que probablement rangés dans la section "folie".
HS: Ce n'est que, effectivement suite à 14-18, devant le nombre important de cas de soldats atteints, que on va se pencher sur les troubles consécutifs aux trauma crâniens et/ou trauma psychologiques/psychiatriques du combattant, soit les conséquences des stress traumatiques (qui existent aussi dans le monde du travail). Ces études seront raffinées lors de 40-45 et la guerre du Viet-Nam.

En situation et condition de travail, les ouvriers se retrouvent confrontés avec des substances toxiques dont un bon nombre non seulement provoquent des atteintes physiques (nécrose des mâchoires avec le phosphore par ex., problèmes pulmonaires avec la poussière de houille) mais aussi des atteintes neurologiques entrainant des dysfonctions cérébrales (sensori-motrices, cognitives), donc à sans doute être placés en psychiatrie.
Le travail des enfants les soumets au même conditions que les adultes interférant avec leur croissance, y compris cérébrale: c'est également le siècle qui commence à classifier les individus suivant leur niveau d'intelligence. Des maladies iatrogènes chez l'enfant, on peut y ajouter bien sûr les répercussions de l'alcoolisme parental crée une population d'enfants et d'adolescents (puis d'adultes...) handicapés mentaux. Au XIXème, on ne fait pas très grande différence entre "maladie mentale" et déficience mentale, ni "soucis purement neurologique".

On peut estimer que la bourgeoisie n'est pas exempte de troubles d'ordre mental: le XIXème siècle a été particulièrement coercitif, principalement par la répression de la sexualité, où on en arrive à cacher sous des froufrous les pieds de piano et de guéridon "que cela ne donne pas des "idées"! Tout comportement était plus que soigneusement codifié dans les moindres détails, tout écart était une transgression.
Ce n'est donc pas pour rien que la naissance de la psychanalyse date de ce siècle! :wink:

NB: actuellement on "psychiatrise" quasi tout...L'industrie pharmaceutique, afin de tirer plus de profit de molécules ayant déjà fait leur tour, "crée" des maladies psychiques: "syndrome prémenstruel", bleues du lundi matin, etc. deviennent des "pathologies" à soigner à coup de petites pilules... :mrgreen:


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 18 Nov 2014 10:33 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 04 Mai 2010 14:51
Message(s) : 663
la définition médicale de la folie est fin du siècle et le traitement avec (internement surtout).Avant il y avait les "beurdins ou bredins" ,les idiots goitreux .Soit ils étaient fréquentables ,non dangereux,soit ils étaient dans les faits divers (crimes,viols,attentats) souvent finnissaient à l'échafaud (pas de circonstance atténuante).
L'alcoolisme se développera avec le monde ouvrier urbanisé.La production de vin augmente au 19e (le pays est en paix) et certains cépages sont toxiques (Noa),apparition de l'absinthe dangereuse = troubles psychiques/délirium etc..


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 14 Août 2015 13:43 
Hors-ligne
Hérodote
Hérodote

Inscription : 13 Août 2015 21:41
Message(s) : 8
Localisation : Avignon
Voilà un sujet tout désigné pour mon entrée en matière ! ;)
(voir ma présentation dans la rubrique accueil)

J'ai bien lu toutes vos réponses, et il me semble que chacun d'entre vous apporte quelque chose de pertinent. A mon avis c'est une conjonction de causes, aussi bien sociales que familiales, personnelles, etc. Il me semble absolument évident que les changements qui ont eu lieu au XIXe sont à l'origine de nouvelles "difficultés" psychologiques, mais il y a un autre facteur (qui a été évoqué, en partie) c'est celui de la prise en compte de la santé mentale ! A ce titre, le XIXe siècle fut plutôt précurseur, et plus particulièrement vers la fin soit entre 1860 et 1900.

Ensuite, on peut se poser la question suivante : est-ce l'explosion des problématiques psychiques qui a été à l'origine de l'émergence de la psychopathologie ou une meilleure prise en compte des maladies mentales, qui étaient un peu mises à l'écart avant cette époque ? Sans doute les deux ! A mon avis c'est un tout, il y a une cohérence évidente entre les difficultés psychologiques émergentes de ce XIXe siècle et l'apparition de la médicalisation de ces difficultés, de la prise en compte de la souffrance psychique.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 19 message(s) ]  Aller vers la page 1, 2  Suivant

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 2 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB