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Message Publié : 05 Août 2013 12:22 
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Jean Froissart
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Voici ce qu’a écrit le général Legrand-Girarde, commandant le 21e Corps d’Armée (Epinal), dans Opérations du 21e Corps d’Armée :
« Le 31 juillet, dans l'après-midi, je fus appelé au téléphone par M. Messimy qui m'annonça l'envoi à bref délai du télégramme de couverture et m'avisa en même temps que, pour des raisons d'ordre diplomatique, afin de donner toute assurance à nos amis anglais que nous ne serions pas les premiers à franchir la frontière, nos éléments les plus avancés seraient tenus à 10 kilomètres en a l'arrière de celle-ci.
Cet ordre bouleversait toutes les dispositions que nous avions prévues et nous gênait considérablement ; il eût apporté de bien plus grandes perturbations encore dans nos prévisions si celles-ci avaient comporté des ouvrages de fortification. Je reconnais que le gouvernement français agit sagement en ordonnant ce retrait de notre couverture, puisque, en donnant au monde entier la preuve tangible de nos dispositions pacifiques, il n'a pas peu contribué à nous assurer le concours de nos alliés. Toutefois cette mesure apportait du trouble dans l'installation de la couverture ; il nous fallait notamment abandonner le casernement de Fraize, occupé par un bataillon du 158e.
Il peut n'être pas inutile d'affirmer ici de la manière la plus catégorique que l'ordre du gouvernement a été observé scrupuleusement dans toute l'étendue du secteur des Vosges que je commandais. Contrairement aux assertions mensongères des Allemands, aucune troupe ou détachement quelconque de chez nous, non seulement n'a franchi la frontière, mais ne s'en est approché au delà des limites qui nous furent imposées.
Les ordres furent rapidement transmis et dès le 31 juillet à 11 heures et demie du soir le premier échelon du Q.G. mobilisé partait pour Rambervillers où il arrivait dans la nuit ; le dispositif de couverture était réalisé dans la matinée du 1er août, la ligne de couverture passant par Fraize, Neuvillers-sur-Fave, le Ban-de-Sapt, Senones, Celles, Badonviller, Montigny. Les gros installés à Corcieux, Saint-Dié, Baccarat et Rambervillers.
Le 21e corps devait être renforcé dans son secteur par la 6e D.C. qui débarqua le 2 août au matin et fut dirigée sur Azerailles où, prenant sous ses ordres le 4e groupe de couverture, elle assurait la liaison avec le 20e C.A. Les deux divisions du C.A. se partageaient le secteur : la 43e, à droite, du Valtin à Raon-l'Étape ; la 13e, à gauche, de ce dernier point à Flin.
Le 3 août était levée l'interdiction de se rapprocher de la frontière à moins de 10 kilomètres, mais nous ne pouvions la franchir encore.
Fallait-il à ce moment substituer au dispositif de couverture imposé par la zone d’interdiction celui qui avait été prévu en temps de paix ? J'ai indiqué déjà que le fonctionnement de la couverture dépendait des liaisons télégraphiques établies entre la ligne de surveillance et les gros.
Modifier les dispositions imposées conduisait à une suppression temporaire de la plupart des liaisons. En outre, nous savions que les Allemands avaient occupé les cols et s'y étaient fortement retranchés ; nous nous serions donc heurtés à l'ennemi sur tout notre front en un moment où nous étions seuls encore dans le secteur. La mission des troupes de couverture étant nettement défensive, je jugeai préférable de conserver le dispositif imposé et de me borner à ordonner des coups de sonde sur les cols frontière afin de reconnaître les forces ennemies.
L'expectative me paraissait d'autant plus indiquée le 5 août que l'on me signalait la présence d'une division ennemie dans la vallée de la Bruche. A cette date, je reçus du général en chef un télégramme prescrivant de donner toute leur ampleur aux opérations des troupes de couverture. Mon premier mouvement fut d'ordonner l'occupation des cols des Vosges : du Bonhomme à Saales, par la 43e division, mais en raison des renseignements qui m'arrivèrent sur l'ennemi, je fis surseoir à l'exécution de cet ordre et me bornai à porter la réserve du corps d'armée (26e brigade et 2 groupes A.C.) sur Saint-Dié.
Si j'avais attaqué à la fois vers l'est (cols du Bonhomme et Sainte-Marie) et vers le nord (col de Saales) alors qu'aucun élément de la 1re armée n'était encore en état de me soutenir et qu'on me signalait des rassemblements ennemis importants dans la vallée de la Bruche, je risquais de me trouver engagé dans des actions divergentes sans disposer de réserves suffisantes pour les appuyer efficacement.
Si l'ennemi restait sur la défensive, ainsi que semblait l'indiquer l'activité qu'il apportait à se fortifier sur les cols, il y avait peu d'inconvénients à retarder l'attaque.
Si, au contraire, il attaquait, mieux valait garder mes forces groupées en un point central pour me porter au-devant de lui dans la direction qu'il aurait prise lui-même.
Il n'en restait pas moins que le retrait imposé aux troupes de couverture avait permis aux Allemands de se fortifier solidement sur la frontière, alors que nous-mêmes n'avions rien pu faire ; nous devions nécessairement trouver plus de difficultés à vaincre au moment où nous voudrions nous porter en avant. »

Cdlt
Vlad

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Message Publié : 05 Août 2013 15:53 
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Il s'agissait là d'une décision politique. Il fallait montrer que l'agresseur ne serait pas la France. Le politique s'impose en principe au militaire, ce qui ne fut pas toujours le cas durant ce conflit, surtout en Allemagne, mais aussi en France tant que Joffre ne fut pas discuté. Mais la guerre n'était pas déclarée, le militaire pouvait déplorer, mais rien d'autre, et heureusement.

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Message Publié : 05 Août 2013 16:04 
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Justement, cela montre que les arguments militaires "techniques" ne primaient pas, en France, sur les arguments politiques et diplomatiques. C'était exactement l'inverse en Allemagne, comme l'a prouvé l'invasion de la Belgique pour coller au plan "Schlieffen".

Cela collerait également avec la volonté affichée par l'état-major allemand de rentrer en guerre de manière "préemptive", pour des arguments essentiellement "techniques", afin d'assurer sa suprématie dans les meilleures conditions (sortir la France du conflit en quelques semaines avant de se retourner contre une Russie qui avait déjà commencé à mobiliser). Et donc avec le fait que l'Allemagne est entrée en guerre en toute connaissance de cause, en agressant la France.

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Message Publié : 05 Août 2013 17:25 
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Citer :
Justement, cela montre que les arguments militaires "techniques" ne primaient pas, en France, sur les arguments politiques et diplomatiques.

Je ne sais pas si on peut aller jusque là...
L'EMA français connaissait le plan Schlieffen avant même qu'il ne fut conçu (du moins dans les grandes lignes), lorsque les négociations de l'alliance franco-russe débutèrent. Il savait que l'Allemagne serait obligée de passer à l'attaque la première en cas de guerre sur deux fronts.
Ce recul de 10 kilomètres me semble être plutôt symbolique qu'autre chose, afin surtout de ne pas être pris le doigt dans une confiture bien connue... :wink:

Citer :
Cela collerait également avec la volonté affichée par l'état-major allemand de rentrer en guerre de manière "préeemptive"

Effectivement, depuis 1875 une guerre préventive contre la France est logée dans l'esprit de l'EM allemand. Jusqu'en 1887 uniquement sur un front, ensuite sur deux. D'où le plan Schlieffen de 1891.

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Message Publié : 05 Août 2013 17:34 
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La connaissance du plan Schlieffen me parait toute relative, puisque l'option belge est à peine esquissée dans le plan XVII, et que l'option de l'emploi immédiat des divisions de Landwehr n'est pas envisagé.

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Message Publié : 05 Août 2013 18:22 
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Sans compter qu'il faudra tout le flair de Lanrezac et sa décision de décrocher, pour éviter l'encerclement effectif prévu par le plan Schlieffen.

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Message Publié : 05 Août 2013 18:52 
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Mmmh, même si l'action de la Ve Armée est loin d'être condamnable, c'est plutôt l'immobilisation, par plusieurs forts belges (Anvers en particulier) et quelques actions françaises (ainsi de la bataille de Morhange et de la progression vers Mulhouse), de forces importantes, la saturation subséquente des lignes d'opérations par la Belgique (ne pouvant bénéficier de tous les noeuds de communication pour assurer une logistique optimale), ainsi et surtout que le retrait de deux puis trois corps d'armée pour renforcer la 8. Armee en Prusse-orientale qui amènent l'échec final du plan allemand.

Avec plus de sang-froid et une meilleure analyse de la situation, les Allemands se seraient contenter de masquer les unités belges et françaises isolées par leur avance avec des forces légères, auraient décidé de faire une croix temporaire sur la Prusse-orientale (prérequis du plan "Schlieffen"), d'autant plus qu'il s'est avéré que la 8. Armee se débrouillait très bien toute seule, et laissé le réseau fortifié d'Alsace-Moselle à lui-même, et auraient concentré une masse de manoeuvre inarrêtable sur le "Schwerpunkt", le centre de gravité de leur offensive, c'est-à-dire au sein des 1., 2. et 3. Armeen.

Avec trois corps d'armée supplémentaires sur la Marne, la contre-offensive alliée est un échec, l'avance allemande continue, et les armées de l'est sont encerclées ou obligées de décrocher en désordre vers la Bourgogne pour éviter ce sort peu enviable.

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Message Publié : 05 Août 2013 19:09 
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Localisation : Provinces illyriennes
Citer :
La connaissance du plan Schlieffen me parait toute relative

Elle ne l'est pas, dès 1904 l'EMA en connaît les grandes lignes via les services d'espionnage français.
Ma remarque portait cependant sur la vision qu'avait l'EMA en cas de guerre entre la France, alliée à la Russie, et l'Allemagne au milieu des années 1880. Ils savent fort bien que dans cette hypothèse, l'Allemagne est obligée de passer à l'attaque contre la France et la vaincre rapidement en prenant Paris ou en atteignant la Loire comme en 1870, avant de se retourner contre l'ennemi le plus délicat, la Russie.
Passer par la Belgique ou par les Vosges est anecdotique dans ces conditions : le but est de tenir, vaille que vaille, jusqu'à ce que l'allié achève sa concentration et soit en mesure de porter un coup à l'Allemagne.

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Message Publié : 05 Août 2013 19:49 
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Duc de Raguse a écrit :
Passer par la Belgique ou par les Vosges est anecdotique dans ces conditions : le but est de tenir, vaille que vaille, jusqu'à ce que l'allié achève sa concentration et soit en mesure de porter un coup à l'Allemagne.

Sauf que Joffre n'entend pas "tenir vaille que vaille." Le plan XVII est offensif. Le résultat : 14 départements perdus !
On connaît la phrase de Lanrezac :"Attaquons, attaquons... comme la lune !"
On peut quand même se demander si cette vision optimiste, diffusée auprès des politiques, n'a pas eu une influence sur l'attitude de la France dans les manoeuvres diplomatiques précédant la guerre, même si pour moi la responsabilité de l'Allemagne ne fait aucun doute.

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Message Publié : 05 Août 2013 20:01 
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C'est vrai, le "tenir vaille que vaille" tient jusqu'à l'arrivée de Joffre, son prédécesseur étant remercié pour être un chantre de cette stratégie. Il fallait rassurer l'opinion publique selon Messimy... :rool:
De toute manière depuis l'Affaire le politique avait réussi à remettre la bride sur le militaire. L'EMA n'était plus l'arme toute puissante qu'il était après les réformes de Freycinet en 1889-1890.
Toutefois, on ne peut pas dire que les "politiques" soient ni plus ni moins "revanchards" que les "militaires". Ils attendent simplement que l'Allemagne soit en faute.

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Message Publié : 05 Août 2013 20:22 
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Grégoire de Tours
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Duc de Raguse a écrit :
Passer par la Belgique ou par les Vosges est anecdotique dans ces conditions : le but est de tenir, vaille que vaille, jusqu'à ce que l'allié achève sa concentration et soit en mesure de porter un coup à l'Allemagne.


Ca n'est peut-être pas si anecdotique quand on connaît la relation de la Belgique à la Grande Bretagne.. Car la violation de la neutralité de la Belgique pousse (voir même oblige à cause du traité de Londres) la Grande Bretagne à entrer en guerre. Il est difficile de savoir si elle l'aurait fait sans cette invasion. Car jusque là, elle n'avait pas affirmé son plein soutien à la France ni menacé directement l'Allemagne. Certains ont d'ailleurs reproché à la Grande Bretagne de n'avoir pas été claire sur ses intentions.


Quant à savoir si l'Allemagne voulait vraiment faire la guerre, tous ce que vous avez dit est vrai (à propos du plan Schlieffen, de la mainmise militaire sur le politique, etc.). Jean-Jacques Becker et Gerd Krumeich parlent eux, d'une Allemagne prise au piège de son alliance avec les Austro-hongrois à cause des décisions de ces derniers. Mais, en dernier ressort, l'Allemagne décide d'attaquer "prise, elle au piège de ses propres hantises", dont les éléments précédent font partie, auxquelles il faut ajouter le sentiment d'être pris en étau par les autres Etats qui veulent lui porter atteinte.

Je me permets aussi de citer un extrait de leur livre commun, éclairant sur la situation de la France: "L'alliance obligeait la Russie à se concerter avec la France avant de mobiliser, à partir du moment où il n'y avait pas eu antérieurement de mobilisation allemande. La Russie ne le fit pas, elle mobilisa avant l'Allemagne et la France fut obligée de suivre. La France avait été prise au piège de l'alliance avec la Russie." (La Grande Guerre, Une histoire franco-allemandep. 71)

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Message Publié : 05 Août 2013 21:13 
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Localisation : Provinces illyriennes
Citer :
Ca n'est peut-être pas si anecdotique quand on connaît la relation de la Belgique à la Grande Bretagne..

Ma remarque s'ancrait d'un point de vue militaire large et non pas diplomatique.
Cela étant, le Royaume-Uni était tout même membre de l'Entente, il est difficile de dire qu'il ne se serait pas engagé si l'Escaut n'était pas menacé.
Le Royaume-Uni a tout de même réalisé un beau retournement diplomatique au début des années 1900 envers ses ennemies traditionnelles que sont la Russie et la France. C'est que l'omnipotence allemande en Europe et sa politique colonisatrice mondiale devaient les gêner, non ?
Quant au traité de Londres, le roi de Prusse l'avait aussi signé...

Citer :
Jean-Jacques Becker et Gerd Krumeich parlent eux, d'une Allemagne prise au piège de son alliance avec les Austro-hongrois à cause des décisions de ces derniers.

J'en doute quelque peu : L'Autriche-Hongrie s'est totalement vassalisée à l'Allemagne depuis 1879 et à aucun moment, dans les différentes crises de la fin du XIXème siècle, l'Allemagne ne s'est laissée emporter par son allié. Pourquoi à l'été 14 il en aurait été autrement ?
Le soutien inconditionnel de Guillaume II à François-Joseph en est l'exemple flagrant. Berlin a toujours su "modérer" Vienne lorsque le jeu n'en valait pas la chandelle...

Citer :
"L'alliance obligeait la Russie à se concerter avec la France avant de mobiliser, à partir du moment où il n'y avait pas eu antérieurement de mobilisation allemande. La Russie ne le fit pas, elle mobilisa avant l'Allemagne et la France fut obligée de suivre. La France avait été prise au piège de l'alliance avec la Russie."

Cet engrenage alambiqué ne me semble pas correspondre à la réalité.
La Convention est claire : si une puissance de la Triplice mobilise les Français et les Russes feront de même, sans se concerter.
Citer :
Article 2 de la Convention militaire franco-russe du 17 août 1892:
Dans le cas où les forces de la Triple-Alliance, ou une des puissances qui en font partie, viendraient à se mobiliser, la France et la Russie, à la première annonce de l'événement et sans qu'il soit besoin d'un concert préalable, mobiliseront immédiatement et simultanément la totalité de leurs forces, et les porteront le plus près possible de leurs frontières
.

De toute manière si la concorde n'existe pas entre les deux alliées, il n'y a aucun automatisme : en 1908, Paris ne suit pas Saint-Pétersbourg, celle-ci lui rend la politesse en 1911.
Aucun n'a été pris au "piège", tous savaient ce qu'ils faisaient. :wink:

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Message Publié : 06 Août 2013 7:24 
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Grégoire de Tours
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Citer :
Ma remarque s'ancrait d'un point de vue militaire large et non pas diplomatique.


Moi aussi, dans le sens où l’entrée en guerre des Britanniques a été un événement important, même si au début leur rôle militaire n’a pas été incroyable. Sur la durée, cela compte. Mais je comprends votre point de vue militaire direct.

Concernant l’entrée en guerre de la Grande Bretagne, je ne connais pas le fin mot de l’histoire. Mais de mes lectures, j’en retire qu’elle était prévisible mais pas totalement gravée dans le marbre et ce pour plusieurs raisons raisons. En 1914, l'Etat est divisé par plusieurs questions de politique intérieures (en témoigne le peu d’intérêt pour l’archiduc qui, d’ailleurs éveille plus de sympathies que les Serbes), le pacifisme y est bien plus fort que dans les autres pays, l’opinion publique est clairement contre une guerre et la « crise de juillet » n’est pas vraiment vécue dans ce pays. A cela s’ajoute les propos du ministre des affaires étrangères (pacifiste) qui dit qu’il suivra l’opinion publique (bon entre ce qu’il dit et ce qu’il pense faire…). Et en définitive c’est bien le cabinet qui décide d’entrer en guerre. Et s’il le fait, c’est surtout pour défendre les intérêts propres à la Grande Bretagne que vous mentionniez plutôt qu’en tant que membre de l’Entente. Il était de l’intérêt de cet Etat de s’engager auprès des Français.

D’ailleurs, lorsque la France demande des clarifications à la Grande Bretagne, elle ne reçoit pas de réponse avant le 2 août (ou le 4) si ce n’est une discrète garantie que les cotes de la Manche seront protégées par la Royal Navy. Il y a donc eu plus de tergiversations que ce que l’on pourrait croire.

Et surtout, la Belgique a été utilisée comme prétexte par le gouvernement pour justifier la guerre auprès de l’opinion publique qui ne voulait pas entrer dans le conflit. Ce point ne doit pas être négligé. Une attaque par la France aurait sans doute eu beaucoup moins d’impact sur l’opinion. En allant plus loin, et débordant un peu, Guillaume II était aussi persuadé que si la France n’était pas attaquée, la Grande Bretagne n’interviendrait pas du tout.


Citer :
et à aucun moment, dans les différentes crises de la fin du XIXème siècle, l'Allemagne ne s'est laissée emporter par son allié. Pourquoi à l'été 14 il en aurait été autrement ?



C’est la question que se posent encore les historiens de nos jours. Pourquoi est-ce que cette fois là ça a explosé alors qu’au cours des années précédentes, les tensions avaient pu être résorbées ? Mais dans les faits, oui l’Allemagne s’est laissée emporter.

En revenant sur les derniers jours avant le début de la guerre, on voit en effet Guillaume II soutenir l’Autriche, mais aussi s’assurer que le conflit reste local. Il fait des démarches auprès des Russes en ce sens et fait valoir son avis aux Autrichiens (« arrêtez-vous à Belgrade »). Si les militaires Allemands veulent en découdre, ce n’est pas le cas de Guillaume II.

Citer :
De toute manière si la concorde n'existe pas entre les deux alliées, il n'y a aucun automatisme : en 1908, Paris ne suit pas Saint-Pétersbourg, celle-ci lui rend la politesse en 1911.


Sauf que dans le cas présent, la France avait donné des garanties claires lorsque le 22 juillet, Poincaré parle „d’indissoluble alliance“ dans un de ses discours lors de sa visite en Russie. Et cela explique la citation de la France „prise au piège“ par la Russie. Poincaré s’est peut-être trop avancé, car par ses déclarations, il donnait un signal encourageant pour la Russie et ses velléités. C’est une hypothèse, mais je ne pense pas que la France était prête à mobiliser, voire entrer en guerre, pour la Serbie. L’attitude de la Russie va la forcer à le faire.

Ensuite, s’il y a bien l’article que vous mentionnez, l’alliance est défensive et est valable si l’un de ces deux pays est attaqué par l’Allemagne et/ou l’Autriche-Hongrie (alors qu’en 1892, la France ne s’intéressait guère à cette dernière et voulait une alliance contre l’Allemagne uniquement) : « La France et la Russie étant animées d'un égal désir de conserver la paix, et n'ayant d'autre but que de parer aux nécessités d'une guerre défensive, provoquée par une attaque des forces de la Triple-Alliance contre l'une ou l'autre d'entre elles, […] » (c'est moi qui souligne)

D’ailleurs, en 1909 et 1912, l’Autriche-Hongrie avait déjà mobilisé contre la Serbie et la Russie n’avait pas réagit. La Russie l’a fait en 1914 alors que la mobilisation autrichienne ne lui était pas « destinée » et cela a conduit l'Autriche a faire une mobilisation complète. Dans ce cas, la Russie aurait dû consulter la France d’abord. Suite à cette décision, et par réaction, il y a eu la mobilisation de l’Allemagne et de la France (cette dernière ayant d’ailleurs proclamé la mobilisation avant l’Allemagne).

On peut donc dire que l’alliance franco-russe n’était pas automatique durant l’été 1914, et des précédents le montrent, mais les propos français l’ont liée à l’attitude russe. Et à ce sujet, je viens de trouver un vieil article de Renouvin qui abonde avec ce que j’ai lu par-ci par là et retranscris dans ce message : http://www.persee.fr/web/revues/home/pr ... m_1_1_1411 Il met bien en avant la difficulté du cas Austro-hongrois et l’ambiguïté de l’article 2 que vous citiez tout comme il montre bien le manque d’automatisme que vous mentionniez.

Citer :
Aucun n'a été pris au "piège", tous savaient ce qu'ils faisaient.


Je ne peux évidemment pas être d’accord avec ça. Vous pensez sérieusement que les (futurs) belligérants savaient ce qu’ils faisaient, qu'ils voulaient consciemment entrer en guerre les uns contre les autres? Actuellement, il y a plutôt un consensus pour dire que l’enchaînement des événements de juillet, lié au système d’alliance, n’est pas ce qu’auraient voulu les puissances concernées. Un conflit généralisé n'était pas du tout à l'ordre du jour pour beaucoup de gouvernements.

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Message Publié : 06 Août 2013 7:39 
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Salluste
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L'Etat Major allemand craignait les années futures : petit à petit la Russie, avec les fonds français, se modernisait. Lignes de chemin de fer, industries etc... elle comblait son retard vis à vis de ses voisins de l'ouest à pas de géant.

Plus les années passaient plus la différence avec l'Allemagne s'atténue, avec un potentiel démographique plus fort, avec le risque à terme pour l'Empire Wilhelmien d'être dépassé y compris sur un de ses points forts, le potentiel militaire. C'est là je pense l'une des grosses "contrainte technique" évoquée. Pour l'Etat Major, attendre encore pour la confrontation c'est voir de plus en plus l'équilibre s'inverser.


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Message Publié : 06 Août 2013 7:40 
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Adulith a écrit :
Suite à cette décision, et par réaction, il y a eu la mobilisation de l’Allemagne et de la France (cette dernière ayant d’ailleurs proclamé la mobilisation avant l’Allemagne).

Mais l'Allemagne disposait d'une procédure préalable, le "Kriegsgefahrzustand" - état de danger de guerre - qui lui permettait de prendre des mesures préalables (rappel des permissionnaires, préparation ferroviaire...) destinées à rendre la mobilisation plus rapide.

Ainsi, pour vous, si la Russie réagit plus vivement que lors des crises précédentes, c'est en raison du soutien marqué par la France ? N'y a-t-il pas des raisons internes à la Russie ?

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