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Message Publié : 26 Juin 2020 12:58 
Hors-ligne
Hérodote
Hérodote

Inscription : 11 Juin 2020 10:21
Message(s) : 2
Bien !

Alors ceci est mon premier message sur ce forum, et pour commencer en beauté, j'aimerai aborder un sujet qui, je crois, n'a pas été abordé ici, celui des seigneurs de guerres dans la Chine des années '20. Sujet peu connu qui reste assez important dans l'histoire chinoise car il forme la matrice d’événements plus importants, la guerre sino-japonaise de 1936/1945 et la guerre civile chinoise entre communistes et nationalistes, et que pour les comprendre, connaître la période des seigneurs de guerre est primordiale.
Je tient d'abord à rappeler que je ne suis pas encore familier avec ce forum, donc pardonnez-moi par avance mes maladresse. Aussi, je tient à dire que ma bibliographie pour rédiger ce topic est clairement insuffisante (je me base sur Wikipédia, une encyclopédie datant des années '90 sur la seconde guerre mondiale, des vidéos de vulgarisation historique et le lore du mod Kaiserreich), donc si vous connaissez un ouvrage assez bien sur la période, je serai ravi que vous me le précisez.Egalement, je précise ici que la plupart des noms propres ici cités sont orthogaphié en Hanyu pinyin ou en Wade-Giles, des techniques de romanisation de la langue chinoise pour pouvoir m'exprimer plus clairement, ce qui fait que certains personnages ou lieux peuvent être orthographié d'autres manières selon où vous regardez.

Donc entrons dans le vif du sujet, voici ce que je peux résumer, au vu de mes connaissances actuelles, ce que je peux résumer de cette période :
En 1911, l'Empire du Milieu, toujours dominé par la dynastie des Qing (prononcez tching) est sujet à de graves crises. En effet, ce dernier ayant quasiment échoué toute ses tentatives de modernisations (à la différence de son voisin japonais), ajoutés aux nombreuses humiliations extérieures (Guerres de l'Opium, celles contre le Japon, celles des Boxers) et une grave crise socio-économique (lié aux tout début de l'industrialisation en Chine) cause un profond mécontentement au sein de la population. Ce mécontentement est repris par divers mouvements révolutionnaires (comme ce fut le cas pour le mouvement des Boxers), dont celui qui nous intéresse ici est celui du Kuomitang. Ce dernier, mené par le docteur Sun-Yat-Set (un chinois ayant fait ses études à l'étranger), est l'un des principaux acteur de la révolution chinoise de 1911, ou révolution Xinhai.

Originellement un soulèvement en octobre dans la ville de Wuchang, la révolte se diffuse rapidement dans tout le sud du pays, où est le mieux ancré le Kuomitang et les mécontents. Pour la réprimer, les autorités Qing envoient dans les provinces du sud l'armée de Beiyang ("l'armée de l'océan du Nord"), la seule armée impériale moderne formée sur le modèle occidental, dirigé par le général Yuan Shikai. Yuan, comprenant que la dynastie mandchoue des Qing étant condamnée et ne voulant d'une longue guerre civile qui aurait encore plus affaiblit la Chine, décide de négocier directement avec les révolutionnaires du Sud. Ces derniers s'entendent sur l'établissement d'une République "démocratique" dont le président serait Yuan Shikai et le parlement dominé par le Kuomitang. Face à cela, la dynastie Qing se retire, le jeune héritier au trône Pu-yi (4 ans) et son père le régent Zaifeng abdiquent et se réfugient dans la cité interdite. La République Chinoise dure ainsi de 1912 à 1915, ou effectivement se côtoient le président Shikai et le parlement du Kuomitang. Mais le président s'oppose au fonctionnement du Parlement en faction opposée, et estime qu l'autorité ne doit "venir que d'une seule source". Il s'impose ainsi comme un véritable autocrate, muselant sa principale opposition, le Kuomitang. Cela culmine en 1915, où Yuan Shikai se proclame lui même Empereur. C'est un mauvais calcul politique, car dès l'annonce de cette nouvelle, l'armée de Beiyang et les provinces se retournent contre lui (c'est la guerre de protection nationale), le forçant à abdiquer dès l'année suivante. Le pouvoir central de Pékin en sort grandement affaiblit, car désormais le pays est profondément divisé. L'armée de Beiyang, principale force politique chinoise, se divise en différentes cliques qui, en l’absence d'autorité centrale forte, s'affrontent pour le pouvoir autour des différents gouverneurs de provinces militaires.

Ainsi, en 1916, Pékin (ou plutôt Beijing) le pouvoir échoue à Duan Qirui. Ce dernier, officiellement chef du gouvernement de la république de Chine, est à la tête de sa propre clique militaire, celle de l'Anhui, et se révélant assez proche des japonais et de la constitution républicaine, détient le réel du (faible) pouvoir central. Il doit coexister avec deux autres cliques, celle du Fengtian au Nord (mené par Zhang Zuolin) et celle du Zhili au sud (mené par Cao Kun, puis par son étoile montante, Wu Peifu). Si Duan survit à une tentative de restauration impériale en 1917 et à la sécession du sud du pays sous la direction de Sun-Yat-Sen la même année, c'est les mouvements nationalistes du 4 mai en 1919 (contre la négligence des occidentaux envers la Chine à Versailles suite à son engagement dans la première guerre mondiale) qui affaiblit grandement la clique de l'Anhui. L'année suivante, la clique du Fengtian et celle du Zhili lui règlent son compte lors de la guerre Zhili-Anhui de 1920.

Cette guerre marque l’avènement de la clique du Zhili à Beijing et à l'élection en tant que président de la République de son leader, Cao Kun. Le Zhili, qui prône une ligne plus douce envers mouvement de la protection de la constitution de Sun-Yat-Sen (le Kuomitang du sud) et beaucoup plus hostile aux japonais que la clique de l'Anhui, maintient son hégémonie notamment face à son rival du Nord, la très pro-japonaise clique du Fengtian de Zhang Zuolin. Ces deux cliques se font presque constamment la guerre (deux sur la période de seulement 4 ans). Mais en 1924, après avoir brièvement parvenu à unifier (nominalement) la Chine, Zhang Zuolin parvient à vaincre Cao Kun et Wu Peifu lors de la seconde guerre Zhili-Fengtian. Il y est parvenu grâce à la trahison d'un seigneur de guerre rallié au Zhili, le général chrétien (!) Feng Yuxiang, alors chargé de la garde de Pékin, c'est le "coup de Pékin". Si cette défaite permet au Fengtian et au Guominjun (la faction de Feng Yuxiang) de se partager le pouvoir central pendant une année en remettant Duan Qirui au manettes du gouvernement, même s'il est plus un pantin de ces deux derniers en l’occurrence. Mais dès 1925, Fengtian et Guominjun se déclarent la guerre suite à des divergences, rendant illusoire l'idée d'une unification chinoise sous un seigneur de guerre. Cependant, la clique du Zhili n'est pas détruite. Elle subsiste plus au sud, sous l'influence grandissante de Wu Peifu (le général chinois alors le plus brillant selon les chroniqueurs), et se renforce même à l'Est avec le ralliement du seigneur de guerre Sun Chuanfang, qui apporte au Zhili les villes de l'Est de la Chine (Shangaï, Nankin...), ce qui empêche Zhang et Feng d'unir la Chine.

Mais le sud du pays est lui aussi victime de diverses cliques militaires (Tang Jiyao au Yunnan, Lu Rongting au Guangxi), même si le phénomène tend à s'estomper avec la proéminence du Kuomitang dont le gouvernement provisoire est basé à Canton. A la mort de Sun-Yat-Sen, en 1925, le gouvernement provisoire du Kuomitang a renforcé sa position dans le sud, bénéficiant d'un réel soutien populaire, éliminant ses oppositions (la révolte de Chen Jiongming, l'ancienne clique du Guangxi de Lu Rongting) et ralliant même certains seigneurs de guerres (Li Zongern et la nouvelle clique du Guangxi en 1923). En 1925, la mort de Sun-Yat-Sen provoque une crise de succession au sein du Kuomitang entre son aile gauche (mené par Wang Jingwei, futur collaborateur avec l'occupant japonais) et son aile droite (mené par le populaire et anticommuniste général Tchang-Kaï-Chek). Cette rivalité s’achevât sur la prédominance de l'aile droite dans le parti dont Tchang devient le réel homme fort du régime, qui commence à virer dans l'autoritarisme.
Mais le Kuomitang, uni, peut enfin se lancer dans la campagne d'unification chinoise, connue sous le nom de l'"Expédition du Nord" entre 1926 et 1928. Mieux équipée que celles des seigneurs de guerres, bénéficiant d'un soutien populaire et bien formée, l'armée du Kuomitang mené par Tchang-Kaï-Chek semble si redoutable qu'une partie des seigneurs de guerres se rallient à elle (Feng Yuxiang, Li Zongern, Yan Xishan) et que l'autre coalisent contre elle (les anciennes ennemies que sont les cliques du Fengtian et du Zhili). En vain. L'armée nationale révolutionnaire (l'armée du Kuomitang), allié à un jeune parti communiste en essor, les détruit une par une. Shangaï, contrôlé par le Zhili, tombe en 1927, Pékin, contrôlé par le Fengtian, en 1928. Le dernier seigneur de guerre s'opposant frontalement au Kuomitang, Zhang Zuolin, est tué par ses alliés japonais en juin 1928. Son fils, Zhang Xueliang, qui lui succède à la tête de la clique annonce son ralliement au gouvernement du Kuomitang le 29 décembre 1928, mettant ainsi officiellement fin à la période des seigneurs de guerre, et inaugurant la "décennie de Nankin", une ère sous la domination d'un nouveau pouvoir central centré sur la ville de Nankin, capitale désignée par le Kuomitang.

Mais cette ère de lutte a durablement marqué la Chine. D'abord, certains seigneurs de guerres (Feng Yuxiang, Li Zongern et Yan Xishan) gardent d’importantes prérogatives dans le champ de la politique intérieure et seront même capable de s'opposer à Tchang-Kaï-Chek (c'est la guerre des plaines centrales de 1930). Ensuite, la perte de son "allié" qu'était le Fengtian et la peur que représente une Chine unifiée pour ses possessions, Le Japon interviendra en Chine dès 1931 (plus précisément en Mandchourie), ce qui est l'un des causes de la terrible guerre sino-japonaise de 1936 jusqu'à 1945. Enfin, L'autoritarisme et la corruption du Kuomitang de Tchang-Kaï-Chek lui aliène de nombreux soutiens, dont celui des communistes qui dès 1927 entrent dans une guerre civile contre le gouvernement de Nankin suites aux massacres de communistes à Shangaï la même année, et dont la défaite initiale provoque la "longue marche" dont un certain Mao Zedong tire son épingle du jeu. La période des seigneurs de guerres est donc la matrice de la Chine moderne, la période charnière qui sépare le Royaume céleste de la République Populaire.



Voilà, j'ai enfin fini ce court résumé de mes connaissances sur la période, évidemment, il ne s'agit que d'une "simple" vulgarisation des événements, et dont la profondeur n'a été qu’effleurée ici. Je vous invite donc à corriger ou complémenter cet exposé :wink:
En tout cas, je vous remercie d'avoir lu mon pavé et j'espère vous avoir transmis mon intérêt pour cette courte période historique !

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"parler pour ne rien dire, et rien dire pour parler, tel est le principe que devraient appliquer tous ceux qui devraient se la fermer avant même de l'ouvrir" Pierre Dac


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Message Publié : 26 Juin 2020 16:54 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 13 Jan 2013 13:11
Message(s) : 462
C'est effectivement une période importante pour comprendre l'évolution future de la Chine mais il n'est pas facile de s'y retrouver dans toute ces luttes entre cliques. :-$ J'ignorais le rôle primordiale joué par cette armée de Beiyang, de "l'océan du Nord".
Par curiosité: Pourquoi le Kuomitang bénéficiait il d'un fort soutient, et dans quelles classes de la société (les étudiants...)? Je suppose que le népotisme et la corruption y était encore relativement limité.


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Message Publié : 26 Juin 2020 17:36 
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Hérodote
Hérodote

Inscription : 11 Juin 2020 10:21
Message(s) : 2
Alors, mon cher Théodare, d'après ce que j'ai compris, le Kuomitang disposait surtout d'une forte popularité au sein des étudiant et de la "nouvelle bourgeoisie industrielle" qui est apparue avec les débuts de l'industrialisation de la Chine.
Mais après, il faut savoir que ce parti, même s'il aura tendance à virer la corruption à partir des années '30, se nourrit beaucoup du mécontentement de la plupart de la population envers la dynastie Qing puis les seigneurs de guerre. Il séduit les classes populaire en défendant le bien-être des population et en promouvant une réelle politique sociale (que seul les communistes feront également). Mais le Kuomitang séduit aussi auprès des classes moyennes et des élites en revendiquant un réel système démocratique (enfin, avant la dictature de facto qu'impose Tchang-Kaï-Chek) et applique une réelle politique nationaliste envers l'impérialisme occidental.
Il faut comprendre aussi que c'est autant les valeurs du Kuomitang (les fameux trois principes du peuples de Sun Yat Sen) que la brutalité et les querelles d'égo entre les seigneurs de guerre qui cause la grande popularité de ce parti.
Mais effectivement, dès que le Kuomitang est en mesure de gouverner, sa popularité décline très rapidement face à sa corruption et son népotisme, créant un terreau favorable à l'essor des communistes de Mao !

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