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Message Publié : 09 Déc 2018 2:57 
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Grégoire de Tours
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Les grèves qui ont abouti aux négociations donnant lieu aux accords Matignon en 1936 ont-elles été caractérisées par la violence?


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Message Publié : 09 Déc 2018 3:58 
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Dalgonar a écrit :
Les grèves qui ont abouti aux négociations donnant lieu aux accords Matignon en 1936 ont-elles été caractérisées par la violence?

Je ne sais pas répondre à cette question (si ce n'est qu'elles n'ont pas laissé ce souvenir-là) mais il faut souligner qu'il s'est agit, très fréquemment, de grèves avec occupation des usines.
Un mode d'action qui n'était peut-être pas totalement inédit, mais en revanche jamais vu à cette échelle.

On a une foule d'images d'archives de l'époque, où l'on voit par exemple des femmes ravitailler leurs maris, qui remontent des paniers, à l'aide de ficelle, le long des murs de l'usine. (je ne sais pas si cette scène était courante où si elle a donné l'occasion d'un scoop pour les actualités cinématographiques, mais l'idée, certainement juste, est que les ouvriers sont barricadés et qu'il faudrait une armée pour les déloger.)

On comprend bien que ce contexte d'occupations massives est peu favorable à la violence de rue. (Même s'il a horrifié les patrons de l'époque : d'abord parce que c'était une atteinte au sacro-saint principe de la propriété privée - sentiment de transgression dont on n'imagine plus la force, ce mode d'action étant devenu banal - mais aussi parce qu'il évoquait toute une imagerie de "soviets d'usine" et de révolution.)

A noter qu'il s'agissait d'occupations "sans casse", les ouvriers (et de toute façon leur encadrement syndical, lorsqu'il existait) tenant par dessus tout à ne pas être pris pour des voyous, voleurs ou vandales.

En particulier, dans les installations "à feu continu" - donc H24 comme on dit aujourd'hui - telles que les hauts fourneaux, les fonderies ou les verreries, ils ont pris les mesures de sauvegarde ou d'entretien des feux pour ne pas les endommager. (Si vous laisser refroidir un haut fourneau, vous le retrouvez rempli avec un mélange contenant entre autre du fer solidifié, je ne sais même pas si c'est rattrapable.)

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 09 Déc 2018 11:27 
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Grégoire de Tours
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Pierma a écrit :
c'était une atteinte au sacro-saint principe de la propriété privée


C'était donc plutôt une confiscation temporaire, mais les ouvriers ne voulaient pas casser leur outil de production. Avec le recul, on pourrait dire au contraire qu'ils avaient un sens aigu de la valeur des biens et de la propriété, pour ne pas aller tout casser ni piller. C'est un mouvement populaire de la plus grande ampleur, mais ils n'ont pas manifesté leur mécontentement par le saccage, le pillage et la destruction du bien d'autrui, ni du bien public et des monuments. La réussite éclatante de ce mouvement de contestation pacifique donne à réfléchir sur l'efficacité des mouvements violents.


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Message Publié : 09 Déc 2018 12:00 
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Grégoire de Tours
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La difficulté de la question est de savoir ce qui est violent, ou plus exactement ou elle commence, parce que tout le monde sera d'accord pour dire qu'une grève où les gens restent chez eux n'est pas violente, alors qu'une grève où des personnes seraient tuées est violente. L'occupation des locaux est-ce violent ? les piquets de grève contre les "jaunes", est-ce violent ? Surtout face à la "violence sociale" que peuvent évoquer certains.
Je pense que si on peut décrire les méthodes des grévistes de 1936, il revient à chacun d'apprécier si telle ou telle méthode est violente.


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Message Publié : 09 Déc 2018 12:12 
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Grégoire de Tours
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En effet. Si cela n'était pas déduit par les posts précédents, par violence on entend ici violence physique: destruction de bien matériels, agressivité menant à coups et blessures aux personnes physiques, usage de la force avec vol, pillage, saccage, ou usage d'armes improvisées ou d'armes blanches, à feu, de frappe ou de jet. Si cela peut permettre de clarifier.

Exemples: brûler un véhicule, briser une vitrine, piller un magasin, vandaliser un monument public.

Les grèves de 1936 si efficaces présentaient-elles ces pratiques?


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Message Publié : 09 Déc 2018 12:42 
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Polybe
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Non, les grèves de mai-juin 1936 ne présentent pas ces caractères. Tous les témoins évoquent la détermination des grévistes mais aussi leur caractère bon enfant (pique-niques, bals). S'il y a eu des déprédations, ou des violences, c'est vraiment à la marge. Les lieux occupés ont été respectés, les patrons n'ont pas osé soutenir la moindre répression. Rien de ce que vous décrivez et qui rappellerait l'actualité des dernières semaines dans les grandes villes françaises.


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Message Publié : 09 Déc 2018 15:24 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

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Le mot d'ordre syndical était qu'il fallait préserver l'outil de travail.....mais là où il y avait des ports(en particulier Dunkerque,Rouen, St Nazaire,Le Havre,Bordeaux....),il y a peut être eu des heurts violents avec les gardes mobiles......Ces zones étaient plus sensibles que d'autres par la présence de très nombreux dockers et ouvriers de" la navale"(En 1910,une ville comme Dunkerque avait connu une situation quasi insurrectionnelle pendant une paire de semaines pour cause de vie chère) ,c'était souvent sanglant,jeune adolescente ma mère avait assisté à de véritables batailles, la troupe intervenait sabre au clair et baïonnettes pointées.En dehors de l'occupation des usines,les ménagères devant la hausse des prix ravageaient assez souvent les marchés.Lors des manifestations vers 1934/35,on ne s'en prenait peut être pas aux biens(encore que... ?)mais aux personnes très certainement, les morts n'étaient pas rares (Laval fait interdire la vente libre des pistolets et révolvers en 1935.


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Message Publié : 09 Déc 2018 15:52 
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Dalgonar a écrit :
Exemples: brûler un véhicule, briser une vitrine, piller un magasin, vandaliser un monument public.

Les grèves de 1936 si efficaces présentaient-elles ces pratiques?

Je ne crois pas me tromper en disant qu'à l'époque, ce type d'action criminelle (brûler, piller) pouvait vous conduire carrément au bagne. Au minimum, en prison, si n vous trouvait des circonstances atténuantes. (Et l'émeute n'en était pas une, au contraire.)

De plus, comme c'est une action qui relève davantage du banditisme, l'idée n'en serait pas venue à des manifestants.

C'est un peu comme si vous demandiez si les grévistes ont braqué des banques.

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Message Publié : 09 Déc 2018 16:00 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Je ne sais pas s'il y eut beaucoup de manifestations de rue en 1936. L'évènement notable fut la grève générale. Elle n'a pas, à ma connaissance, donné lieu à d'actes de violence notables. La crainte de mouvements insurrectionnels, que ce fût de la droite anti-parlementaire ou de la gauche révolutionnaire, fit qu'il y eut consensus à l'apaisement : les syndicats restèrent réalistes dans leurs revendications, le PCF, qui n'avait pas l'intention de prendre le pouvoir, se garda d'appeler à la révolution et le patronat céda facilement aux revendications des syndicats.

Il en avait été autrement en 1934. Les manifestations des ligues anti-parlementaires, qui avaient un caractère insurrectionnel, donnèrent lieu à de grandes violences, tant de la part des manifestants que des forces de l'ordre. L'Action Française fit état de 22 morts parmi ses membres ou sympathisants. Du côté des forces de l'ordre, un garde républicain fut tué.

Antérieurement, avaient éclaté des mouvements sociaux violents, suscitant une répression encore plus violente avec morts d'hommes : révoltes des vignerons du Languedoc en 1907 et grève de de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges en 1908.

Il faut noter que les forces de l'ordre ne disposaient pas d'armes non létales et qu'il n'y avait pas d'unités spécialisées. Si les gardiens de la paix, qui ne disposaient que de leur bâton, ne suffisaient pas à contenir le mouvement, il était fait appel à la gendarmerie ou à l'armée armée qui tirait à balles réelles après, normalement, des tirs de semonce en l'air.

Après-guerre, les mouvements les plus violents furent les manifestations dans le cadre du processus d'indépendance de l'Algérie. La répression de la manifestation du 17 octobre 1961 organisée à Paris par le FLN en réaction à un couvre-feu imposé aux seuls Musulmans algériens résidant en Ile de France fut réprimée avec une extrême brutalité. Il y eut plusieurs morts et de très nombreux blessés. Le nombre exact reste sujet à controverses. La manifestation anti-OAS du 8 février 1962 donna également lieu à une réaction disproportionnée des forces de l'ordre : au moins neuf personnes trouvèrent la mort dans une bousculade et sous les matraques des policiers dans la station de métro Charonne. Ces deux manifestations n'avaient pas été autorisées, l'état d'urgence était en vigueur depuis le 23 avril 1961, les attentats perpétrés par le FLN et par l'OAS entretenaient un climat d'extrême tension.

Les évènements de mai 1968 ne furent pas vraiment pacifiques. De gros dégâts furent causés dans les rues : pavés déterrés (sous les pavés la plage), grilles arrachées, arbres coupés, véhicules incendiés. Après l'occupation de la Sorbonne il a fallu faire un peu de nettoyage.

A ma connaissance, aucun de ces mouvements ne fut accompagné d'actes de pillage ni de dégradations gratuites de bâtiments.


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Message Publié : 09 Déc 2018 16:12 
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Grégoire de Tours
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Pierma a écrit :
à l'époque, ce type d'action criminelle (brûler, piller) pouvait vous conduire (...) en prison


A priori, cela n'a pas dû changer dans les décennies suivantes jusqu'à aujourd'hui.

Barbetorte a écrit :
A ma connaissance, aucun de ces mouvements ne fut accompagné d'actes de pillage ni de dégradations gratuites de bâtiments.


Ce serait donc un type d'action inédit dans l'histoire?


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Message Publié : 09 Déc 2018 16:28 
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Jean Mabillon
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1968....Je préparais l'agreg et devant un certain mini vandalisme, et l'attitude des individus qui voulaient incendier les facs pour qu'il n'y ait plus d' exams ( sélection...piège à cons !) nous avons gardé la fac,de jour comme de nuit profs et étudiants élus réunis ,nous faisions des patrouilles et des rondes des caves aux greniers.....Nous avons assuré cette vigilance pendant environ un mois.


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Message Publié : 09 Déc 2018 17:06 
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Les grèves de 36 se font dans le prolongement de la victoire du Front Populaire, il n'y a donc pas de remise en cause du gouvernement en place, au contraire: les revendications étant celles censées devoir être mises en oeuvre par le gouvernement. On est donc dans un cas de figure très différent de 34 ou 68.


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Message Publié : 09 Déc 2018 17:18 
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Grégoire de Tours
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Apparemment, en 1968, il y a eu des scènes de pillage au BHV et aux Galeries Lafayette.


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Message Publié : 09 Déc 2018 17:30 
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Philippe de Commines
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Pierma a écrit :
Je ne crois pas me tromper en disant qu'à l'époque, ce type d'action criminelle (brûler, piller) pouvait vous conduire carrément au bagne. Au minimum, en prison, si n vous trouvait des circonstances atténuantes. (Et l'émeute n'en était pas une, au contraire.)

De plus, comme c'est une action qui relève davantage du banditisme, l'idée n'en serait pas venue à des manifestants.

C'est un peu comme si vous demandiez si les grévistes ont braqué des banques.
Je ne pense pas que les suites judiciaires éventuelles soient l'explication. Tout d'abord, lors des manifestations de 1934, il y a eu des coups portés contre les forces de l'ordre, ce qui suffisait pour connaître la prison. Ensuite, il ne faut pas croire que la législation actuelle soit laxiste. Le code pénal actuellement en vigueur sanctionne le vol de 10 ans de prison et 150 000 € d'amende lorsqu'il est commis en réunion par des personnes au visage masqué et qu'il est accompagné de destruction, dégradation ou détérioration (article 311-4). S'y ajoute la sanction civile dont on parle rarement, c'est à dire la réparation du préjudice, qui atteint facilement des dizaines de milliers d'euros, et les compagnies d'assurances et la caisse d'indemnisation des victimes sont tenaces.


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Message Publié : 09 Déc 2018 17:47 
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Localisation : Région Parisienne
Les ouvriers ont aucun intérêt à détruire l'outil de travail, s'ils le font, c'est le chômage assuré, à une période où celui-ci est particulièrement mal indemnisé. On fait grève, on négocie, on obtient des "avancées" ou pas, mais à la fin, on peut reprendre le travail immédiatement. Il n'y a pas eu de casse d'usine en 68. Les facs sont un cas différent, ce n'est pas une question de survie économique pour les casseurs.

_________________
Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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