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Message Publié : 08 Jan 2019 15:24 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Dalgonar a écrit :
Quand on s'appelle Pétain en 1942, est-on vraiment le "prisonnier" de qui que ce soit?

Déjà de soi, de son égo, de son image, des gloires passées, des ambitions etc.
Autant de prisons très bétonnées... ;)

Pierma a écrit :
Elle l'est également parmi le peuple, on verra ainsi les Parisiens faire un accueil enthousiaste au Maréchal lors de sa visite à Paris en avril 1944.

Merci pour cet angle de vue.
J'étais restée à la versatilité humaine dès que le nombre/foule fait que la désinhibition peut à loisir s'exprimer.
Je ne vois pas d'incohérence mais plutôt un paradoxe assez commun au final si on analyse un peu.

Citer :
Garder son admiration pour le Maréchal est une chose, donner l'impression publique de cautionner cette politique en est une autre.

J'y vois là l'école diplomatique du Vatican.
Ce n'est pour rien qu'un de nos plus célèbres diplomates fut d'abord évêque. ;) Cette sorte de douceur qui consiste à amener chacun à se croire initiateur d'une idée ou encore grandi de suivre "LE" message (par extension celui du Christ).
Je viens de lire votre post.
J'ai du mal à croire en un Pétain "craintif" d'un gauleiter. S'il savait le sort réservé à la Pologne et la brutalité de HF, il ne pouvait ignorer que cette brutalité s'appliquait pour l'essentiel aux Juifs. Il ne pouvait donc pas ignorer (c'est compris dans le kit de la brutalité) les exécutions et la direction des trains "Juifs".
Il ne pouvait ignorer la feuille de route NS. Son choix fut fait en toute connaissance de cause.
En tant que militaire, il savait que la France allait devoir "rentrer dans le rang".
Il connaissait déjà les "fusillés pour l'exemple". Il savait donc qu'il y aurait du "nettoyage à faire" afin qu'une majorité ne puisse être prise d'empathie quant au sort d'une minorité.
Qu'il faudrait aussi batailler contre une autre minorité (on voit ceci dans tous les conflits), celle dont sortent ceux qui refusent la défaite et continue de se battre. Ce n'était pas nouveau dans l'histoire. Pétain n'était pas sot.Il savait aussi le sort réservé à ces personnes.
Il a tout accepté sans rien ignorer ou alors il faudrait voir un lui un militaire décérébré. Il a tout accepté car soudain, il se voyait -tardivement mais à portée de main- un "destin". Il ne sera ni le premier ni le dernier militaire en ceci. Il suffisait simplement de regarder où était arrivé un petit caporal...
Sortons du sommeil irénique qui tendrait à nous faire accepter une France pétrie des droits de l'homme alors qu'un fond d'antisémitisme a toujours été plus ou moins latent.
Si Pétain avait envisagé un instant ce que serait le final, jamais il n'aurait fait ce choix. Etre un interlude ? Soyons sérieux. Pas lui. Pas un militaire de cette trempe. Pas le "vainqueur de Verdun". Ou alors il enrichirait le martyrologue des incompris, purs dans les intentions et durs pour les autres comme il l'avait été pour lui ? Je n'y crois pas un instant.

Quant à l'Eglise, elle s'est ajustée simplement par retour-son. Les noyaux de résistance polonais comprenaient souvent des prêtres, il ne fallait surtout pas renvoyer l'image d'une dissension qui serait interprétée comme une prise de position politique qui aurait induit un "contre" et par là un "avec". Si un Pétain avait une date de péremption, l'Eglise en avait vu d'autres... Travailler pour l'Eternité vous donne une vision très pragmatique du terrestre.
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Message Publié : 08 Jan 2019 15:33 
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Grégoire de Tours
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Rebecca West a écrit :
J'ai du mal à croire en un Pétain "craintif" d'un gauleiter.
Il ne pouvait ignorer la feuille de route NS. Son choix fut fait en toute connaissance de cause.
Pétain n'était pas sot.
Si Pétain avait envisagé un instant ce que serait le final, jamais il n'aurait fait ce choix. Etre un interlude ? Soyons sérieux. Pas lui. Pas un militaire de cette trempe. Pas le "vainqueur de Verdun". Ou alors il enrichirait le martyrologue des incompris, purs dans les intentions et durs pour les autres comme il l'avait été pour lui ? Je n'y crois pas un instant.


+1. Idem. Exactement. Même en admettant le christique et très-chrétien "don de sa personne à la France", je ne crois pas qu'un homme de ce calibre ne voyait pas se dessiner l'Histoire en cours d'écriture, les options possibles, les vainqueurs possibles, surtout après novembre 42, et je ne crois pas qu'il ignorait le symbole qu'il représentait, ni le symbole qu'il eût pu représenter en étant dans l'autre camp. Surtout avec les exemples de De Gaulle ou Leclerc en face de lui. A son âge, il n'avait même plus à redouter la mort. Juste la postérité. Il a choisi son camp, tout simplement, et ce camp devait représenter ce en quoi il croyait profondément.


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Message Publié : 08 Jan 2019 15:40 
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Jean Froissart
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Concernant la visite du Maréchal Pétain faite aux Parisiens, le 27 Avril 1944, une analyse très intéressante apportée par Nicolas Mariot.

" Inutile de nier l’évidence. Alertés par la rumeur, les Parisiens sont nombreux au rendez-vous. Là encore la foule est présente, mais la question n’est pas là, même si un demi siècle après cette réalité gêne encore. De quelle foule s’agit-il ? D’une masse de partisans, de pétainistes fervents, sans doute pas, ou peu. Beaucoup de Parisiens venus là sont des citoyens inquiets, inquiets d’une guerre dont la violence se fait désormais toute proche. Voyez cette femme [images de plans rapprochés de femmes souriantes, puis image d’une femme qui semble indifférente, visage fermé]. Ce plan rapproché figure dans la première version du reportage de France-Actualités, diffusé le lendemain même. Quelques jours plus tard, pour le documentaire Page d’histoire, le visage triste a disparu et a été remplacé par un autre plan. Souvenons-nous des foules enthousiastes de Marseille [image en plan rapproché des messieurs souriants agitant des drapeaux devant une affiche « vive Pétain, vive la France »]. À Paris, rien de tel. Mais cet accueil est malgré tout l’expression spontané d’un sentiment national défensif longtemps contenu [plan du titre du Petit Parisien du 27 avril 1944 : « Le Maréchal acclamé par le peuple de Paris » ; images de la foule immense place de l’hôtel de ville, comme à Marseille, même levée des chapeaux, gros plans de sourires… La Marseillaise est chantée]. C’est la première fois depuis quatre ans que les Parisiens peuvent chanter librement La Marseillaise [Parcours triomphal dans rues de Paris avec foule très importante sur les trottoirs. Hôpital Bichat, au chevet des blessés. Il serre les mains. Un enfant lui remet un bouquet]. Il ne faut pas être dupe. Pétain est venu chercher une légitimité déjà moribonde. Mais en fait, il rencontre les premières manifestations de masse, en zone nord, d’un maréchalisme anachronique. La peur d’une guerre à nouveau si proche […] suscite chez beaucoup les mêmes réflexes qu’à l’été 1940. Ils se tournent alors vers un maréchal physiquement présent cette fois, qui symbolise, encore et toujours, l’illusion d’une France à l’écart de la guerre. [Un plan propose le commentaire d’époque : « Entendez les cris, voyez la joie des Nancéiens », une fillette offre un bouquet]. L’image, ici, triche. Les Renseignements généraux signalent que la foule n’est pas si enthousiaste et que l’accueil, au début, était réservé. À plusieurs reprises elle a réclamé, sans succès, La Marche lorraine d’une toute autre charge symbolique que le chant maréchaliste repris par une minorité [images de foule repoussée par la haie de soldats s’arc-boutant pour y parvenir]. […] Tout le périple de la zone Nord obéit à la même logique. La venue de Pétain cristallise un patriotisme minimal, faute de mieux. L’image [gros plan de jeunes filles « enthousiastes », enfants des écoles avec drapeaux, mères accompagnant leurs enfants], elle, le transfigure en soutien au chef supposé encore légitime"

Pour plus d'info voici la source :

https://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2001-2-page-143.htm

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> Le courage, c'est de comprendre sa propre vie... Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille... Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel.
( Jean Jaurès )


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Message Publié : 08 Jan 2019 15:49 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Pétain n'a pas utilisé le terme "prisonnier" mais je crois me souvenir de son discours à Nancy en 1944 où il parlait des Allemands comme des "gardiens"
c'est kif-kif hélas

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Message Publié : 08 Jan 2019 16:52 
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Rebecca West a écrit :
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Dalgonar a écrit :
Quand on s'appelle Pétain en 1942, est-on vraiment le "prisonnier" de qui que ce soit?

Déjà de soi, de son égo, de son image, des gloires passées, des ambitions etc.
Autant de prisons très bétonnées... ;)

Son image n'aurait-elle pas gagné à prendre la trajectoire de De Gaulle ? (En 1942 encore, où son entourage lui a proposé un avion pour gagner Alger.) Au lieu de servir de marionnette à Hitler ?
Et quels dégâts a-t-il faits ! Combien d'honnêtes gens a-t-il trompés ! Combien de vocations criminelles a-t-il couvertes !

Prisonnier de son ambition avant tout. Une ambition et une soif d'honneur maladives. De Gaulle était resté stupéfait que Pétain, au fait de sa gloire et à son rang, se soit prêté à une basse manoeuvre politicienne pour virer Lyautey du Maroc et prendre sa place pour remporter la guerre du Rif. ("Pétain est mort en 1925. Le malheur pour lui et pour la France est que personne ne s'en est aperçu.")

Ambition qu'il base, à tort, sur l'idée que les Allemands vont gagner la guerre. (lorsque Laval lui montre son texte effrayant, qui va révulser les Français :"Je crois à la victoire de l'Allemagne, parce que sans elle le bolchevisme s'installera partout", Pétain n'a qu'une remarque de forme :"Vous ne pouvez pas dire "Je crois" : vous n'êtes pas militaire et vous ne pouvez en juger. Vous pouvez mettre "Je souhaite". Ce qui fut fait. - Autant, au passage, pour la mésentente supposée totale entre les deux.)

Citer :
J'ai du mal à croire en un Pétain "craintif" d'un gauleiter. S'il savait le sort réservé à la Pologne et la brutalité de HF, il ne pouvait ignorer que cette brutalité s'appliquait pour l'essentiel aux Juifs. Il ne pouvait donc pas ignorer (c'est compris dans le kit de la brutalité) les exécutions et la direction des trains "Juifs".

HF désigne Hans Franck, merci pour vos lecteurs. (Gauleiter du "gouvernement général" de Pologne, pendu à Nuremberg.)

La brutalité contre les Polonais, si elle inclut l'horreur absolue de la Shoah, ne se limitait pas aux Juifs. Il y a eu une politique d'exécution des élites (militaires, professeurs, prêtres, etc...) et de fermeture d'une foule de lieux d'éducation ou de culture polonaises. (Pratiquement toute la Pologne un peu éduquée est passée dans la clandestinité : c'est dans la clandestinité que Karol Wojtyla - futur Jean-Paul II - a fait son séminaire, de même pour Roman Polanski et ses débuts au théâtre.) Sans parler du statut du peuple polonais aux yeux des nazis. Rien qui ressemble à la joyeuse Kollaboration parisienne. Se mélanger avec des Polonais ? Heureux lorsqu'ils pouvaient se révéler des larbins utiles !

La crainte d'un gauleiter, Pétain en a parlé souvent, prenant son entourage à témoin :"Vous savez ce que c'est un Gauleiter ?" (Le terme n'est pas à prendre au pied de la lettre : il pouvait aussi connaître le comportement de Heydrich, Reichsprotector à Prague.) On peut penser aussi que de "charitables" âmes vendues à Hitler aient entretenu chez lui cette peur du croque-mitaine ? Pétain ayant toujours fait preuve d'une confortable sécheresse de coeur, il faut croire en tous cas que le portrait était convaincant !

Savoir si ce point a été déterminant pour l'amener à rester à son poste est impossible à savoir. Qui saura jamais comment fonctionnaient les choses (ou pas...) sous ce képi ? La surprise de Marc Ferro, trouvant dans les archives une démission manuscrite de Pétain - restée inutilisée - en 43, les Allemands ayant émis des exigences un peu exagérées... mais qu'il finit par accepter.

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Message Publié : 08 Jan 2019 17:05 
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Philippe de Commines
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Pierma a écrit :
Son image n'aurait-elle pas gagné à prendre la trajectoire de De Gaulle ? (En 1942 encore, où son entourage lui a proposé un avion pour gagner Alger.)
Oui, de Gaulle lui-même a admis plus tard, en conversant avec un Compagnon, que si le Maréchal avait atterri à Alger "nous n'aurions pas pesé bien lourd"...

EDIT : et la nuance entre je crois et je souhaite pour le discours de Laval, serait-ce machiavélique pour mieux l'enfoncer ?
Parce que la nuance entre les deux verbes est incomparablement nocive !
Si Laval avait maintenu je crois çà n'avait pas -ou beaucoup moins- ce côté corrosif !

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Message Publié : 08 Jan 2019 17:28 
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Grégoire de Tours
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Pierma a écrit :
HF désigne Hans Franck, merci pour vos lecteurs. (Gauleiter du "gouvernement général" de Pologne, pendu à Nuremberg.)

Désolée, j'ai songé que ceci était évident puisque vous évoquiez la Pologne.

Citer :
La brutalité contre les Polonais, si elle inclut l'horreur absolue de la Shoah, ne se limitait pas aux Juifs. Il y a eu une politique d'exécution des élites (militaires, professeurs, prêtres, etc...)

Pour ceci, rien n'était trop tranché. Il y a eu des victimes attribuées aux nazis (je pense à l'élite militaire) qui furent celles des soviétiques...
Il est vrai que je n'ai pas été très nuancée. Il existe toute une "culture militaire" qui nous échappe. La tombe du soldat inconnu suggère combien l'imaginaire militaire a une profonde affinité avec l'imaginaire religieux.
C'est une des raisons d'un Pétain-"évidence" à lui-même et à la France du moment. Un soldat est protecteur et la France avait besoin de se sentir protégée. Nous restons encore dans l'image très religieuse du pasteur et de son troupeau.
Au-delà, il y a les valeurs, le discours, le formatage.
[… Mon idée (du soldat), c'est sur les champs de bataille que je me la suis forgée, il y a de longues années et jamais je n'en ai changé. Je le tenais alors comme je le tiens aujourd'hui, pour l'une des figures les plus nobles du monde ; pas simplement comme l'un des plus beaux personnages militaires mais aussi comme l'un des plus purs … Il appartient à l'Histoire en tant qu'il nous offre l'un des plus grands exemples de patriotisme triomphant … Il appartient à la postérité en tant qu'il inculquera aux générations futures les valeurs essentielles … il appartient au présent, il nous appartient, par ses vertus et ses prouesses...]

Tout est dit sur l'étrange alchimie entre la mission du militaire et celle du "sauveur". Il y a une mystique qui échappe à ceux qui n'en sont pas, qui ont le recul des mots, qui n'ont pas la "foi" en cette étrange symbiose.
Ce discours date de 1962, dans un pays dont les racines sont encore peu profondes face à la ligne du temps. Il suffit alors d'imaginer quelle image un Pétain avait de lui-même, déjà héros patenté.
Quel retour aussi, les Français lui renvoyaient à ce moment où tout semblait déboussolé. Il a pris la place comme une évidence mais comme tout bon militaire, je le répète, il connaissait la feuille de route.
Qu'il se soit permis quelques initiatives, rien qui ne s'inscrive là encore dans le cheminement du militaire. Il lui suffisait simplement d'en prendre de bonnes.
Si ceci peut nous aider à comprendre le militaire, les mots n'absolvent en rien le choix fait, justement parce-que ce devait être le "choix de la grandeur" et non de l'ambition.
Si ce choix avait été celui de politiciens, le jugement aurait été autre, les initiatives différentes mais que ce soit un militaire pour une telle besogne en jouant dans un narcissisme forcené le rôle de victime, ceci laisse tout de même un peu pantois.
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Message Publié : 08 Jan 2019 18:11 
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Grégoire de Tours
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Rebecca West a écrit :
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Pierma a écrit :
HF désigne Hans Franck, merci pour vos lecteurs. (Gauleiter du "gouvernement général" de Pologne, pendu à Nuremberg.)


Juste pour rectifier un point qui venait juste d'être évoqué : Hans Frank (sans "c") n'était pas Gauleiter mais Reichsleiter, Gouverneur Général de la Pologne. Le Gauleiter de Pologne était Arthur Greiser. Pas sûr que Pétain savait ce que c'était.


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Message Publié : 08 Jan 2019 18:28 
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Grégoire de Tours
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Pierma a écrit :
La surprise de Marc Ferro, trouvant dans les archives une démission manuscrite de Pétain - restée inutilisée - en 43, les Allemands ayant émis des exigences un peu exagérées... mais qu'il finit par accepter.

Très intéressant! Même si ce n'est qu'une lettre, non soumise de surcroît (à quelle date?). Quelles étaient ces exigences qui ont motivé ce coup de blues passager?


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Message Publié : 08 Jan 2019 19:19 
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Dalgonar a écrit :
Rebecca West a écrit :
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Pierma a écrit :
HF désigne Hans Franck, merci pour vos lecteurs. (Gauleiter du "gouvernement général" de Pologne, pendu à Nuremberg.)


Juste pour rectifier un point qui venait juste d'être évoqué : Hans Frank (sans "c") n'était pas Gauleiter mais Reichsleiter, Gouverneur Général de la Pologne. Le Gauleiter était Arthur Greiser. Pas sûr que Pétain savait ce que c'était.

Oui, c'est logique, un "Gau" désigne une région du Reich, pas un état ou une zone extérieure, vous avez raison. Dans le cas de Arthur Greiser il s'agissait donc d'une région "allemande", en l'occurence une partie de la Pologne qui avait été annexée au Reich, sous le nom de (Reichsgau) Wartheland.

Pour être précis, il y avait au départ une très forte proportion, majoritaire, de Polonais dans cette partie soit-disant "allemande", mais leur expulsion avait commencé dès 1939 avec l'idée de les remplacer par des colons allemands. https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Greiser

Il existait aussi, dans le même style, un Reichsgau "Dantzig et Prusse de l'Ouest", avec Albert Forster comme Gauleiter. - je fais connaissance grâce à vous avec ces joyeux lurons qui ont pataugé dans le sang polonais, mais que les Polonais n'ont pas oublié de pendre.

Un Reichsleiter est celui qui dirige au nom du Reich, donc gouverneur. Ce qui restait de la Pologne avait été baptisé "Gouvernement général", sous la direction de Hans Frank, donc.

Pétain faisait donc la confusion entre les deux mots. Il utilisait (à tort) le terme Gauleiter, sans trop savoir. Cela dit on voit bien l'idée, pour lui : son remplaçant éventuel en France.

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Message Publié : 08 Jan 2019 19:21 
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Jean Mabillon
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Dalgonar a écrit :
Pierma a écrit :
La surprise de Marc Ferro, trouvant dans les archives une démission manuscrite de Pétain - restée inutilisée - en 43, les Allemands ayant émis des exigences un peu exagérées... mais qu'il finit par accepter.

Très intéressant! Même si ce n'est qu'une lettre, non soumise de surcroît (à quelle date?). Quelles étaient ces exigences qui ont motivé ce coup de blues passager?


N'est-ce pas lié au projet de Constitution dont l'Occupant avait interdit la diffusion en novembre 1943 ? une petite crise franco-allemande qui a abouti à la formation d'un cabinet ultra collabo en janvier 1944 ?


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Message Publié : 08 Jan 2019 20:24 
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Dalgonar a écrit :
Pierma a écrit :
La surprise de Marc Ferro, trouvant dans les archives une démission manuscrite de Pétain - restée inutilisée - en 43, les Allemands ayant émis des exigences un peu exagérées... mais qu'il finit par accepter.

Très intéressant! Même si ce n'est qu'une lettre, non soumise de surcroît (à quelle date?). Quelles étaient ces exigences qui ont motivé ce coup de blues passager?

Ma mémoire m'a trahi, ou du moins, à ce stade de ma lecture de l'ouvrage, je ne suis pas certain que cette lettre ait existé. Mais Marc Ferro fait part d'une découverte assez proche, dans l'idée, qu'il raconte dans son introduction.
Il y retrace sa discussion avec Fernand Braudel, qui à sa grande surprise (il n'attendait pas cette demande de la part de l'historien de la longue durée) lui dit : "Sur Pétain il faut que tu expliques tous les détails, pour qu'on comprenne bien le personnage. Qu'as-tu à dire de neuf ?"
Marc Ferro a écrit :
La question m'avait pris de court. Je courus à mes découvertes...
Et d'abord, cette démission forcée de Pétain, datée du 3 décembre 1943 et mise au point par les Allemands. Sa découverte m'avait laissé comme hébété. J'ai trouvé aux Archives nationales le texte, inédit, d'une déclaration qui annonçait le départ du maréchal et en exposait les raisons. Texte inconnu, bien sûr, parce qu'il demeura inutilisé. Il n'en avait pas moins été préparé, mis au point, avec ses deux versions, une pour l'Allemagne, une pour la France. Or contre toute prévision, Pétain céda à des conditions d'une dureté inédite que les Allemands avaient jugé inacceptables, et qui étaient formulées pour susciter son départ... on verra pourquoi.

Il continue en indiquant qu'il s'agissait d'un double complot (dont il donne toutes les circonstances et tous les détails dans un chapitre de l'ouvrage) de Laval et Abetz contre Pétain, et en sens inverse, de Pétain, l'amiral Platon et d'autres Allemands contre Laval.

J'ai commencé la lecture, mais il va vous falloir attendre parce que ça s'annonce copieux : j'essaierai de vous en faire un résumé. (je ne me mets pas de délai, j'en ferai un sujet à part.) :wink:

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Message Publié : 08 Jan 2019 20:58 
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Grégoire de Tours
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Alors là, c'est encore mieux, et ça s'explique mieux aussi dans le contexte. Cela éclaire d'autant miuex que Pétain, loin d'être prêt à démissionner, était prêt à tout accepter pour rester le "Chef de l'Etat Français". Merci du partage. (svp quel est l'ouvrage?)


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Message Publié : 08 Jan 2019 21:48 
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Jerôme a écrit :
Dalgonar a écrit :
Pierma a écrit :
La surprise de Marc Ferro, trouvant dans les archives une démission manuscrite de Pétain - restée inutilisée - en 43, les Allemands ayant émis des exigences un peu exagérées... mais qu'il finit par accepter.

Très intéressant! Même si ce n'est qu'une lettre, non soumise de surcroît (à quelle date?). Quelles étaient ces exigences qui ont motivé ce coup de blues passager?


N'est-ce pas lié au projet de Constitution dont l'Occupant avait interdit la diffusion en novembre 1943 ? une petite crise franco-allemande qui a abouti à la formation d'un cabinet ultra collabo en janvier 1944 ?

Oui, il s'agit bien de ça.
Puisque vous le résumez si simplement, je vais m'en inspirer.
Au départ, il y a une volonté de Pétain de remettre en place l'assemblée nationale - ou ce qu'on pourra en trouver - d'une part, et de virer Laval en tant que successeur d'autre part.
Cette volonté est inspirée par le désir de faire pièce (sans doute aux yeux des Américains) à ce qui se passe à Alger, où les Alliés ont pris acte de la création du CFLN.
Plus grave pour les Allemands, Abetz croit savoir, par des infos en provenance de Suisse, que Giraud aurait fait savoir à Pétain qu'il le considérait toujours, en tout état de cause, comme le chef de l'état, ce qui offrirait à Pétain des perspectives au moment de la Libération.

Vrai ou faux, cela suffit à faire bouger Hitler - qui pense sans doute que Pétain lui échappe - qui fait envoyer une lettre par Ribbentrop, laquelle souligne en somme qu'on a bien voulu faire une fleur à la France en lui laissant un gouvernement, mais que cette bonne manière est mal récompensée. En conséquence - et c'est en prévision de la réaction de Pétain que Abetz prévoit son communiqué - Pétain passe sous tutelle allemande dans les termes suivants :
(Passage indiqué en italique par Marc Ferro, qui souligne les exigences essentielles.)
Citer :
Pour mettre fin à l'état de choses actuel qui est devenu intolérable, le gouvernement du Reich se voit aujourd'hui dans l'obligation de demander aujourd'hui à la direction suprême de l'Etat français :
- que désormais toutes les modifications de lois projetées soient soumises à temps à l'approbation du gouvernement du Reich.
- qu'en outre Mr Laval soit chargé de remanier sans délai, le cabinet français dans un sens acceptable pour le gouvernement allemand et garantissant la collaboration. Ce cabinet devra jouir de l'approbation (de l'appui, en fait) sans réserve de la direction suprême de l'Etat.
- Enfin, la direction suprême de l'état sera responsable des mesures prises en vue d'éliminer immédiatement tous les éléments gênant le travail sérieux de redressement dans les postes influents de l'administration ainsi que la nomination à ces postes de personnalités sûres.

Je passe sur les échanges en tous sens qui suivent (quel panier de crabes, tant français qu'allemand !) pour aller à la conclusion : après quelques tentatives de contacter directement Hitler ou de protester de sa bonne foi auprès de Ribbentrop, Pétain se couche, le 6 décembre : il redit personnellement à Abetz (envoyé en personne à Vichy pour y dénouer la crise ?) que "tout le pays est foncièrement hostile à Laval" et lui remet une note dans laquelle il accepte tous les points de la lettre de Ribbentrop.
Il enchaîne sur une lettre pour Hitler, à qui il essaie de démontrer que sa popularité le rend indispensable à la direction du pays, souhaite qu'aucun des membres du nouveau gouvernement ne soit "une personne qui lui ait porté tort dans le passé" - volonté de peser malgré tout sur ces choix de personnes ? - et termine en fanfare :"la décision qu'a prise monsieur de Ribbentrop d'envoyer en mission auprès de moi un de ses collaborateurs de confiance me facilitera la tâche." 8-|
(Et c'est un Maréchal de France qui parle !)

@Dalgonar : Il s'agit du "Pétain" de Marc Ferro.

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Message Publié : 09 Jan 2019 8:31 
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Philippe de Commines
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Pour la démission manuscrite de Pétain, je crois qu'Amouroux en parle déjà dans l'un des 10 volumes de sa grande fresque sur l'Occupation (à confirmer)

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