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Message Publié : 24 Fév 2017 15:27 
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Je relève la citation de Kurnos sur les relations du Vatican avec Vichy puis la France Libre, et j'en profite pour ouvrir ce sujet :
Kurnos a écrit :
Vichy et le Saint-Siège : quatre ans de relations diplomatiques, juillet 1940-août 1944
Citer :
Elle décrit également, en dépit des avances faites par Vichy à l’Eglise, la méfiance croissante provoquée au Vatican par la politique du régime : dérives autoritaires, mesures anti juives, alignement sur le Reich. Elle relate enfin le rapprochement qui s’opère avec la France libre et aboutit, après l’effondrement du régime et le retrait de son ambassadeur, à la reconnaissance du Gouvernement provisoire de la République..

Voila une citation - venant de qui ? - qu'il convient de lire entre les lignes :
- Il n'y a eu aucun rapprochement avec la France Libre - entité rebelle, que seuls les gouvernements en exil à Londres auront reconnue comme "la France" - qui est dissoute officiellement peu après que De Gaulle s'installe à Alger pour y établir le CFLN, pouvoir français "unifié" avec Giraud, donc en 43.

- "après l'effondrement du régime" signifie en fait que le nonce apostolique, représentant du Saint Siège en France, est resté à Vichy, et, il me semble, aussi longtemps que Pétain s'y trouvait.

Dans ses mémoires de guerre, De Gaulle raconte sa visite auprès de Pie XII, peu après son voyage en Normandie et son retour à Alger le 16 juin 44 : (Rome a été libérée le 5 juin)
"Le Saint Siège, conformément à son éternelle prudence, était resté jusqu'alors sur une complète réserve vis à vis de la France combattante, puis du gouvernement d'Alger. Mgr Valerio Valeri, qui occupait en 1940 la nonciature à Paris, avait gardé ses fonctions à Vichy auprès du Maréchal." (S'ensuit un portrait de Pie XII et de ses préoccupations à cette date, portrait très laudatif dans les termes mais à lire avec attention : par exemple, lorsqu'il parle de "ce prélat pitoyable" - au sens ancien : plein de piété - cet adjectif est-il là par hasard ?)

- En dépit de ce contact direct avec Pie XII, la reconnaissance du GPRF a eu lieu après la libération de Paris - puisque le nonce apostolique, jusque là, ne connaissait officiellement que Pétain, entre autres raisons, mais dont la principale, pour le Vatican comme pour le monde entier, était le fait que le pouvoir de De Gaulle en France n'a été établi qu'avec son installation et celle du GPRF à Paris.

Le jour du défilé sur les Champs-Elysées, De Gaulle fait célébrer un Te Deum à Notre-Dame, à l'occasion duquel il fait transmettre ses excuses, au nom du GPRF, à l'archevêque de Paris, à qui des résistants trop zélés, et qui le considéraient comme un pétainiste, avaient interdit de paraître à la cérémonie. L'incident pouvait rassurer le pape sur le fait que De Gaulle, fervent catholique, n'entendait pas ouvrir de polémique inutile avec l'Eglise de France. On peut penser qu'à partir de cette date ont été établies des relations plus formelles avec le Vatican, en attendant sa reconnaissance officielle.

Je serais curieux de connaître la date exacte de la reconnaissance du GPRF par le Vatican : sachant que les Alliés, du fait de l'entêtement de Roosevelt, ont fait traîner cette reconnaissance jusqu'en octobre 44, je me demande si Pie XII a eu assez de caractère - ou s'est estimé suffisamment informé - pour le faire plus tôt ? le Saint Siège a-t-il su sortir, à cette occasion, de son "éternelle prudence" ?

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Message Publié : 24 Fév 2017 15:38 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Pierma a écrit :
Le jour du défilé sur les Champs-Elysées, De Gaulle fait célébrer un Te Deum à Notre-Dame, à l'occasion duquel il fait transmettre ses excuses, au nom du GPRF, à l'archevêque de Paris, à qui des résistants trop zélés, et qui le considéraient comme un pétainiste, avaient interdit de paraître à la cérémonie.
Je crois me souvenir de mes lectures que c'est de Gaulle lui-même qui ne voulait pas voir le cardinal Suhard à cette occasion. C'est d'ailleurs ce qu'on lit dans wikipedia. L'accueil de Pétain en avril puis les funérailles d'Henriot en juin, c'était tout de même beaucoup. Qu'ensuite il ait adressé au cardinal de diplomatiques et hypocrites excuses, manière de dire qu'une chasse aux sorcières n'était pas dans ses intentions, c'est possible.


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Message Publié : 24 Fév 2017 17:07 
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Barbetorte a écrit :
L'accueil de Pétain en avril puis les funérailles d'Henriot en juin, c'était tout de même beaucoup.

Comme vous dites, c'était tout de même beaucoup. Pétain, passe encore - c'est un rôle de représentation officielle - mais Philippe Henriot !

Mais Lacouture donne une autre version, exonérant De Gaulle :

Citer :
Mais dans Paris libéré, les conflits surgissent partout. De l'un d'eux au moins, De Gaulle n'est pas l'instigateur : celui qui oppose à la Résistance les plus hautes instances catholiques. Dès le 25 août le cardinal archevêque de Paris, Mgr Suhard, a été prévenu qu'étant donné son attitude sous l'occupation (il a accueilli 4 mois plus tôt Pétain à Notre-Dame) sa présence lors de la cérémonie prévue pour le 26 n'est "pas souhaitée". Le prélat se dit "très chagriné" et déclare aux émissaires de la Résistance :"Vous pouvez chanter votre Te Deum, mais il n'y aura pas d'invitation." Le cardinal rédigera une protestation, qui sera lue dans les églises le dimanche suivant. Et pendant la cérémonie "l'un de ses collaborateurs, Mgr Brot, abordant le général de Gaulle, lui demandera :" Mon général, puis-je présenter à Son Eminence vos regrets de l'incident ?" - Oui, répondit le général. - Vous dites bien, mon général... - Oui, mes regrets."
En source : Robert Aron - Histoire de la libération de la France.

Je suis bien incapable de trancher, faute de savoir qui sont ces "représentants de la Résistance"... Mandatés par De Gaulle, ou agissant de leur propre initiative ? (Sachant que la messe pour Philippe Henriot avait dû révulser plus d'un résistant...)

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Message Publié : 24 Fév 2017 18:05 
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Jean Froissart
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Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Citer :
Voila une citation - venant de qui ?

C’est une copie de la fin du résumé de thèse se trouvant à l’adresse sous la citation, voir le contexte complet du résumé ci-dessous :
Vichy et le Saint-Siège : quatre ans de relations diplomatiques, juillet 1940-août 1944
par Dominique Chassard
http://www.theses.fr/2013IEPP0067
Citer :
Résumé
Cette étude se propose de dresser un tableau des relations d’Etat à Etat qu’ont entretenues le régime de Vichy et le Saint-Siège entre juillet 1940 et août 1944, par l’intermédiaire de leurs représentants diplomatiques : le nonce apostolique en France, Mgr Valeri et les deux ambassadeurs qui se sont succédé dans la Cité du Vatican, Wladimir d’Ormesson et Léon Bérard. Elle insiste sur l’importance de la caution que représentait, pour un gouvernement de plus en plus contesté, la présence d’un nonce auprès du maréchal Pétain et de son ambassadeur auprès du Souverain Pontife. Elle met en parallèle les attentes que nourrissait l’Etat français d’une action plus visible et tangible de la diplomatie vaticane et sa déception devant la réserve qu’observe cette dernière. Elle décrit également, en dépit des avances faites par Vichy à l’Eglise, la méfiance croissante provoquée au Vatican par la politique du régime : dérives autoritaires, mesures anti juives, alignement sur le Reich. Elle relate enfin le rapprochement qui s’opère avec la France libre et aboutit, après l’effondrement du régime et le retrait de son ambassadeur, à la reconnaissance du Gouvernement provisoire de la République.


Je suis incapable de donner un avis sur ces travaux que je ne connais pas.


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Message Publié : 24 Fév 2017 18:17 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
Message(s) : 1749
Pourtant Mgr Suard a publiquement protesté en 42 contre les persécutions antisémites
Un autre, Mgr Baudrillart, fut surnommé "von Baudrillart" par je ne sais plus qui !!

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 24 Fév 2017 18:26 
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Kurnos a écrit :
Citer :
Voila une citation - venant de qui ?

C’est une copie de la fin du résumé de thèse se trouvant à l’adresse sous la citation, voir le contexte complet du résumé ci-dessous :
Vichy et le Saint-Siège : quatre ans de relations diplomatiques, juillet 1940-août 1944
par Dominique Chassard
http://www.theses.fr/2013IEPP0067

D'accord, merci.

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Message Publié : 25 Fév 2017 9:40 
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Eginhard
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Inscription : 04 Juin 2008 20:24
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Citer :
Je serais curieux de connaître la date exacte de la reconnaissance du GPRF par le Vatican

Elle a eu lieu tardivement : le 4 décembre 1944. Mais on peut en avancer une officieuse : l'accréditation de Hubert Guérin comme représentant du GPRF auprès du Saint-Siège dès le 10 août. Pie XII accepte ici que le GPRF soit représenté à Rome mais retarde la représentation du Vatican à Paris. La difficulté principale vient de l'épuration des évêques, dossier des plus complexes. Mais le temps presse : il faut bien que le Vatican ait un nonce à Paris sans quoi en janvier, c'est le doyen du corps diplomatique qui présente ses voeux au président du GPRF (dans l'usage, c'est toujours le nonce). Or le doyen est l'ambassadeur d'URSS en France. Voir le nonce remplacé par l'ambassadeur de l'URSS aurait fait frémir d'horreur Pie XII donc exit Valeri (le très vichyste nonce des années de guerre) et bonjour Roncalli (futur Jean XXIII).
Les difficultés perdurent toutefois à cause du dossier de qq évêques pas assez compromis pour être jugés et trop marqués pour rester. Et ce fut un grand historien qui trouva la solution, André Latreille, spécialiste du concordat de 1801, embauché pour l'occasion sur conseil de Bidault (autre agrégé d'histoire...) comme sous-directeur des cultes !
Je tire cela de la thèse de Dominique Chassard, et du livre de Latreille lui-même qui mérite d'être lu puisqu'on a à la fois le regard d'un acteur et d'un historien : De Gaulle, la Libération et l’Église catholique, Cerf, 1978.

_________________
"Denken heisst überschreiten" : Penser signifie faire un pas au-delà. Ernst Bloch (1885-1977)


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Message Publié : 08 Mars 2017 8:54 
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Merci Calade pour ces indications précises et précieuses.

Le motif de la reconnaissance de décembre 44 est délicieux : ainsi, si l'ambassadeur soviétique n'avait pas été un vieillard, cette reconnaissance aurait pu traîner encore davantage.

On est donc contraint de constater à regret qu'une fois de plus le Saint Siège fait preuve de "son éternelle prudence" puisque même Roosevelt avait déjà reconnu le GPRF, en octobre, ce qui était pourtant bien tardif.

Frédéric Le Moigne, dans "les évêques français de Verdun à Vatican II" fait état d'incidents provenant de la Résistance, envers des évêques qui s'étaient montrés trop favorables à Pétain. A Poitiers l'évêque refuse de participer à la cérémonie religieuse de la Libération, alors qu'il avait présidé une cérémonie en l'honneur de philippe Henriot le 1er juillet. Mais en revanche c'est parfois la résistance (le CDL, Comité Départemental de Libération) qui convoque pour explication certains évêques pétainistes. Il en est ainsi à Lyon et Marseille, notamment, deux villes où De Gaulle évitera d'ailleurs toute cérémonie religieuse, au cours de sa tournée des grandes villes de France. Ailleurs, si ses rencontres avec les évêques sont cordiales, ceux-ci ne se départissent pas d'une certaine réserve, et n'en font guère écho auprès de leurs ouailles. Seule la rencontre avec Mgr Saliège sera tout à fait amicale.

Le Moigne rapporte aussi la persistance de la fidélité au Maréchal manifestée par une majorité de l'épiscopat. (Le chapitre s'intitule "les émigrés de l'intérieur".) Il faut lire le récit de la rencontre entre le préfet du Nord et le cardinal Liénart, en préparation de la visite de De Gaulle dans sa ville natale, où le prélat ne fait pas mystère de sa sympathie pour "ceux qui sont restés" en 1940 au détriment de "ceux qui sont partis" :

Citer :
Pour importants qu’ils aient été en termes de survie institutionnelle, les contacts de l’épiscopat avec de Gaulle n’ont ni compté pour l’opinion catholique ni conduit la haute hiérarchie à afficher un gaullisme de circonstance. La fidélité à Pétain était trop profonde pour être aussitôt remplacée par une autre allégeance et elle n’était d’ailleurs pas cachée. En septembre 1944, le cardinal Gerlier ne célébra pas l’homme du 18 juin mais s’inquiéta publiquement du « sort tragique du Maréchal24 ». Le cardinal Liénart, choisi par le nouveau pouvoir comme interlocuteur privilégié, est le personnage qu’il faut suivre pour saisir cette cohérence.

Celui qui jugeait en privé la Libération comme un « coup d’État politique » (lettre à Suhard du 14 septembre) n’avait pas caché ses sentiments au commissaire de la République de Lille, Francis-Louis Closon rencontré au même moment. L’entretien demandé par ce dernier pour préparer la rencontre avec de Gaulle et ayant lieu de ce fait à la préfecture fut en réalité mené autoritairement par l’évêque comme s’il se trouvait dans son bureau de l’évêché. Closon fut immédiatement prévenu : « Le cardinal ne cache pas sa sympathie pour ceux qui sont restés en France occupée, et préfère leur travail à celui de ceux qui sont partis ». L’inversion des mérites déniait au délégué du GPRF toute légitimité régionale pour la réserver aux élites n’ayant pas fui en 1940. Liénart ne raisonnait pas à l’échelle nationale : il s’inscrivait dans une histoire lilloise commencée en 1914 qui faisait crédit aux notables restés avec la population pour souffrir avec elle des dures conditions de l’Occupation. Nouveau Charost, il jouait de cette image acceptée par la majorité de la population lilloise qui n’était pas dupe de son maréchalisme – sans peut-être en percevoir toute la profondeur à cause notamment de ses déclarations sur le STO. À la Libération comme dans l’après-guerre, la mémoire longue de 14-18 et d’une certaine façon celle de juin 1940 se sont ajoutées à la mémoire vive des obsèques des 80 victimes d’Ascq célébrées par Liénart pour créer un écran protecteur – un écran anti-allemand – à l’évêque de Pétain.


http://books.openedition.org/pur/42098?lang=fr

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