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 Sujet du message : Le "mythe" Rommel
Message Publié : 23 Oct 2018 17:13 
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Bonsoir,

La télé passait récemment Le Renard du désert (1951) de Henry Hathaway. C'est un film de guerre sur le personnage de Rommel, sa participation au complet du 20 juillet 1940 et ses conséquences.

Au début du film, il y a une scène en Egypte, où un major anglais lit un ordre officiel à son état-major. Londres demande que tous les officiers rappellent à leurs hommes que Rommel n'est qu'un "homme ordinaire", n'a pas de "pouvoirs magiques", etc. J'ai été assez étonné par cette scène. S'il y avait certainement un "mythe" Rommel en 1941-1942, est-ce que pour autant le commandement britannique s'est inquiété de l'effet de ces histoires sur le moral des troupes ?

En savez-vous plus ? Merci pour vos réponses !

Jadis

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 23 Oct 2018 18:07 
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Plutarque
Plutarque

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Si je me souviens bien, le général Auchinlek peu avant d'être relevé de son commandement au profit de Montgomery avait lancé une proclamation de ce genre. La légende du génie de Rommel permettait d'expliquer pourquoi les britanniques se faisaient battre presque sans arrêt tout en créant un sentiment d'infériorité et de découragement à tous les niveaux de la VIII° armée, y compris des généraux. Tel Gott, qui devait hériter de cette armée avant qu'un accident d'avion ne le tue, qui était resté passif à la bataille de Marsah-Matrouh et qui était persuadé que qu'on fasse et quels que soient les moyens mis en oeuvre, Rommel sortirait une manoeuvre de derrière les fagots et mettrait la VIII° armée cul par-dessus tête une fois de plus.
A noter que le général Lee, pendant la guerre de Sécession, avait exercé le même effet psychologique sur l'armée nordiste du Potomac qui lui était opposée.


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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 7:33 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Montgomery n'avait-il pas fait publiquement état de son admiration pour Rommel ?
Me leurre-je ?

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 12:47 
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Salluste
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Montgomery je ne sais pas. Churchill l'a fait, mais il ne l'a pas rencontré sur le champs de bataille. La citation est la suivante:
Citer :
We have a very daring and skillful opponent against us, and, may I say across the havoc of war, a great General.

Traduction:
Citer :
Nous avons un adversaire très audacieux et habile contre nous et, si je puis dire, malgré les ravages de la guerre, un grand général.


Alexander a aussi montré son admiration pour les qualité tactiques de Rommel, tout en mettant en cause ses capacités stratégique (après la guerre)
Citer :
He was a tactician of the greatest ability, with a firm grasp of every detail of the employment of armour in action, and very quick to seize the fleeting opportunity and the critical turning point of a mobile battle. I felt certain doubts, however, about his strategic ability, in particular as to whether he fully understood the importance of a sound administrative plan. Happiest while controlling a mobile force directly under his own eyes he was liable to overexploit immediate success without sufficient thought for the future.

Traduction:
Citer :
Il était un tacticien de la plus grande compétence, maîtrisant parfaitement tous les détails de l’utilisation de blindés en action et très prompt à saisir l’opportunité fugace et le tournant décisif d’une bataille mobile. J'éprouvais cependant certains doutes quant à sa capacité stratégique, en particulier quant à savoir s'il comprenait parfaitement l'importance d'un bon plan administratif. [Il était le] plus heureux en contrôlant une force mobile directement sous ses propres yeux, il risquait de surexploiter son succès immédiat sans avoir suffisamment réfléchi à l'avenir.

C'est ,je pense, une excellente opinion sur les talents et faiblesses de Rommel. Capable de miracle tactiques mais, e.g. incapable de voir l'importance de Malte.

Sinon JPdeRouen a raison. Aushcinleck a bien émis une proclamation en ce sens (cité par Desmond Young).

Maintenant, il reste que glorifier son ennemis pour amplifier sa victoire et expliquer ses défaites est vieux comme le monde (c.f. César et Vercingétorix). Il faut donc remettre ces citations dans le contexte. Et je ne sais pas ce que les hommes de troupes pensaient de Rommel lors de la guerre du désert. Après, les retournement tactiques de Rommel devaient bien impressionner ceux qui y étaient confrontés.


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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 17:05 
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Rommel aurait fait un adversaire très redoutable sur le front de Normandie, s'il avait eu la libre-disposition, dès le 6 juin, de toutes les troupes allemandes disponibles en France. (Et s'il n'avait pas été assassiné, un peu vite, par la Gestapo, donc par Hitler.)

Par chance, Hitler voulait décider de tout.

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 17:38 
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Pierma a écrit :
Rommel aurait fait un adversaire très redoutable sur le front de Normandie, s'il avait eu la libre-disposition, dès le 6 juin, de toutes les troupes allemandes disponibles en France. (Et s'il n'avait pas été assassiné, un peu vite, par la Gestapo, donc par Hitler.)

Par chance, Hitler voulait décider de tout.


Bonsoir,

Je ne suis pas d'accord avec cette vision des choses. Je ne pense pas que la position défendue par Rommel dans la fameuse Panzerkontroverse du printemps 1944 aurait obtenu des résultats significativement meilleurs que celle de Rundstedt et de Geyr von Schweppenburg.
Elle supposait de savoir précisément où les Alliés allaient débarquer pour pouvoir concentrer les blindés à proximité, mais ni Rommel, ni Rundstedt, ni l'OKW, ni Hitler ne pouvaient en être certains. Ce flou entretenu avec brio par les Alliés laissait deux hypothèses crédibles : la Normandie et le Pas-de-Calais. Les réserves mécanisées allemandes sont justement déployées pour faire face équitablement à ces deux menaces :
- le XXXXVII. Panzerkorps, chapeautant les 1. SS-Panzer-Division "Leibstandarte SS Adolf Hitler" (à Beverloo en Belgique), 2. Panzer-Division (près d'Amiens) et 116. Panzer-Division (dans la vallée de la Seine au sud-est de Rouen), est censé agir en direction du Pas-de-Calais ;
- le I. SS-Panzerkorps, avec la 21. Panzer-Division (entre Caen et Saint-Lô), la 12. SS-Panzer-Division "Hitlerjugend" (au sud-est de Caen) et la Panzer-Lehr-Division (vers Alençon), a vocation à agir vers la Normandie.

Comme on le voit, Rommel dispose de deux divisions blindées très proches du littoral sur lequel vont débarquer les Alliés. Mais elles sont incapables de déboucher le jour J ou le lendemain. Et les six divisions blindées mentionnées auraient été concentrées au même endroit (dans l'hypothèse Normandie) que les Alliés n'avaient qu'à débarquer dans le Pas-de-Calais laissé sans capacité de contre-attaque autonome (donc perforable en un rien de temps). Cela était de toute manière un tel risque que personne n'était prêt à le prendre au sein du commandement allemand, Hitler pas plus que quiconque.

Je doute aussi très fort qu'une contre-attaque sur les plages auraient eu un grand succès en raison de la menace extraordinaire de l'artillerie navale. La plage aurait pu être atteinte que les chars auraient été atomisés à coups d'obus de 381mm - un peu comme cela a pu se passer pour la contre-attaque de la Panzer-Division "Hermann Göring" sur la plage sicilienne de Gela les 10 et 11 juillet 1943.

La seule hypothèse crédible était de ne pas défendre le rivage, de se regrouper en profondeur en laissant les Alliés progresser sans avoir consolidé leurs bases logistiques et débarquer assez de troupes, pour contre-attaquer alors qu'ils étaient encore fragiles en essayant de leur infliger des pertes suffisantes pour justifier un rembarquement.
Peu de chance de succès, mais vraisemblablement plus que la position de Rommel.

Bref, il s'agit à mon sens d'un mauvais procès, et Rommel s'avère incapable de faire quoi que ce soit de consistant entre le 6 juin et le 17 juillet 1944.
Un meneur d'hommes et un tacticien remarquable, mais bien moins versé dans l'art opératif...

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 20:18 
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Jean Froissart
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Jadis a écrit :
La télé passait récemment Le Renard du désert (1951) de Henry Hathaway. C'est un film de guerre sur le personnage de Rommel, sa participation au complet du 20 juillet 1940 et ses conséquences.

Il convient sans doute de rappeler le contexte de l'époque, qui a vu émerger certains films de guerre hollywoodiens (dont celui-là). Nous sommes alors en pleine Guerre Froide, et les ennemis d'hier (les Allemands et les Japonais) sont devenus des alliés ! Il convient donc de ménager le public allemand...
En conséquence, la façon de présenter certains anciens adversaires dépend de cette nouvelle donne... Rommel, en particulier, n'ayant pas appartenu à la SS, et qu'une certaine mythologie présentera comme un opposant secret à Adolf Hitler. Donc, en quelque sorte, un " Good German ", présenté souvent comme un commandant exceptionnel, chevaleresque, et disparu tragiquement en cherchant à arrêter la boucherie...
Évidemment, un portrait plutôt édulcoré du bonhomme, étant donné qu'il resta durant longtemps un général fidèle aux ordres de son Führer.
A noter d'ailleurs que dans le film Walkyrie de Bryan Singer, qui sortira en 2008, le personnage de Rommel brillera par son absence...

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 22:58 
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CEN_EdG a écrit :
La seule hypothèse crédible était de ne pas défendre le rivage, de se regrouper en profondeur en laissant les Alliés progresser sans avoir consolidé leurs bases logistiques et débarquer assez de troupes, pour contre-attaquer alors qu'ils étaient encore fragiles en essayant de leur infliger des pertes suffisantes pour justifier un rembarquement.
Peu de chance de succès, mais vraisemblablement plus que la position de Rommel.

En fait, on ne part pas sur les mêmes hypothèses : j'imaginais ce qu'aurait fait Rommel avec l'ensemble des troupes allemandes disponibles en France.
(Cela suppose que Rommel n'ait pas cru à un second débarquement en France, dans le Pas de Calais, et là dessus je ne suis pas sûr de moi.)
Avec ces forces, il aurait peut-être eu les moyens de faire du débarquement une nouvelle "baleine échouée", en maintenant - forcément - ses chars à l'abri de l'artillerie navale. (Ce qui suppose en théorie une profondeur de 30 km.) Un rembarquement ça me parait impossible, précisément à cause de l'artillerie navale.

Citer :
Bref, il s'agit à mon sens d'un mauvais procès, et Rommel s'avère incapable de faire quoi que ce soit de consistant entre le 6 juin et le 17 juillet 1944.
Un meneur d'hommes et un tacticien remarquable, mais bien moins versé dans l'art opératif...
CEN EdG

La défense en profondeur organisée dans le bocage par les Allemands s'est montrée si efficace qu'elle a servi plus tard de modèle de référence pour la défense de l'OTAN face à une éventuelle attaque soviétique. Mais je ne sais pas quel a été le rôle concret de Rommel dans sa mise en place.

Philippe Masson affirme que Rommel n'a quasiment pas reçu un char de remplacement pendant cette période. (il sous-entend un "sabotage logistique" délibéré.)

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 23:16 
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Rommel n'était absolument pas sûr que le débarquement aurait lieu en Normandie. Concentrer ses chars sur le littoral normand aurait donc été une hérésie intégrale (ou au mieux un pari extrêmement risqué). Ergo, en laissant la moitié de ses moyens blindés devant le Pas-de-Calais, tout au plus aurait-il pu rapprocher la Panzer-Lehr-Division des plages. Mouais...

Secundo, non, l'idée de Rommel est bien de contre-attaquer dès le premier jour ("le jour le plus long") jusqu'aux plages pour forcer au rembarquement des Alliés. C'est le coeur de la Panzerkontroverse : disposer des chars en premier échelon afin de contre-attaquer des têtes-de-plage encore très vulnérables, le premier jour, ou les conserver dans la profondeur afin de mieux préparer celle-ci ? Rommel est très clair : au plus près des plages ! Oui mais lesquelles ? A moins d'avoir un bataillon de chars à portée de contre-attaque de "Utah", "Omaha", "Gold", "Juno" et "Sword", ce qui est tout bonnement impossible à moins d'avoir le plan allié dans les mains, je ne vois pas bien comment réaliser sa manoeuvre.

La défense dans le bocage a été efficace, oui, parce que le Landser était encore motivé et le terrain très favorable. Mais ça n'a pas marché. Ce n'était donc pas la bonne manière de mener le combat.
La seule autre possibilité était de refuser le combat le 6 juin pour obliger les Alliés à s'enfoncer alors qu'ils étaient encore insuffisamment prêts à "manger du terrain", et les contre-attaquer à ses propres conditions. Mais je l'avoue, sans guère plus de chance de succès au fond car cela présuppose que les Alliés auraient été imprudents au point de se découvrir sans être capables de se rétablir. Mon avis est que le 6 juin 1944 à 7 heures du matin, c'est déjà plié.

Pour le manque de renforts, la source est très mauvaise. La Heeresgruppe B de Rommel reçoit le renfort de toute une tétrachée de divisions mécanisées tout au long de l'été 1944 : aux six divisions blindées susmentionnées (1. et 12. SS-Panzer-Divisionen, 2., 21., 116. Panzer-Divisionen, Panzer-Lehr-Division) se sont ajoutées les 2. SS-Panzer-Division et 17. SS-Panzergrenadier-Division ainsi que, tardivement, la 9. Panzer-Division (provenant du secteur de l'Armeegruppe G) ; les 9. et 10. SS-Panzer-Divisionen, rameutées d'urgence du front de l'Est ; un nombre considérable d'Heerestruppen (bataillons de chars lourds, de canons d'assaut, etc.) - au total cinq divisions mécanisées et de nombreuses unités autonomes représentant plusieurs centaines de chars ou de canons d'assaut.
Ces unités s'useront au combat dans le bocage ou devant Caen sans recevoir guère de remplacement, il est vrai - mais pas aucun. Mais il ne faut pas oublier que simultanément, le Reich enregistre à l'Est une catastrophique défaite avec la disparition de tout un groupe d'armées sous les coups de boutoir de "Bagration" lancée le 22 juin 1944. Tous les chars disponibles sont orientés à l'Est pour y rétablir un front cohérent, et y voir du sabotage est bien mal comprendre dans quelle situation apocalyptique se débat l'armée allemande en juillet 1944.

CEN EdG

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 24 Oct 2018 23:26 
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Il faudra que je relise ce que raconte exactement Philippe Masson, mais je ne pense pas me tromper, et effectivement c'est une belle ânerie.

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 25 Oct 2018 7:25 
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CEN_EdG a écrit :
[...]

Secundo, non, l'idée de Rommel est bien de contre-attaquer dès le premier jour ("le jour le plus long") jusqu'aux plages pour forcer au rembarquement des Alliés. C'est le coeur de la Panzerkontroverse : disposer des chars en premier échelon afin de contre-attaquer des têtes-de-plage encore très vulnérables, le premier jour, ou les conserver dans la profondeur afin de mieux préparer celle-ci ? Rommel est très clair : au plus près des plages ! Oui mais lesquelles ? A moins d'avoir un bataillon de chars à portée de contre-attaque de "Utah", "Omaha", "Gold", "Juno" et "Sword", ce qui est tout bonnement impossible à moins d'avoir le plan allié dans les mains, je ne vois pas bien comment réaliser sa manoeuvre.

La défense dans le bocage a été efficace, oui, parce que le Landser était encore motivé et le terrain très favorable. Mais ça n'a pas marché. Ce n'était donc pas la bonne manière de mener le combat.
La seule autre possibilité était de refuser le combat le 6 juin pour obliger les Alliés à s'enfoncer alors qu'ils étaient encore insuffisamment prêts à "manger du terrain", et les contre-attaquer à ses propres conditions. Mais je l'avoue, sans guère plus de chance de succès au fond car cela présuppose que les Alliés auraient été imprudents au point de se découvrir sans être capables de se rétablir.

Là je trouve Rommel un peu décevant, s'agissant des chars. Je ne vois même pas concrètement ce qu'il avait en tête : répartir les bataillons de chars le long du Mur de l'Atlantique ? (Napoléon aurait demandé "s'il s'agissait d'arrêter des contrebandiers"...)

En même temps le constat que la bataille sur les plages serait décisive n'est pas absurde. Sauf que par définition "l'histoire des fortifications est l'histoire des capitulations". En pratique il n'y a eu qu'une seule plage où tout s'est mal passé, Omaha, où Bradley a hésité un moment à arrêter l'assaut et à le dérouter vers Utah. Partout ailleurs il y a eu des pertes, c'était prévu, mais le débarquement s'est fait à peu près selon le timing prévu.

Il faut cependant noter un point clé : Hitler et tous ses généraux s'appuyaient sur l'idée fausse que les alliés devraient - soit immédiatement, soit très rapidement - conquérir un port. C'est sans doute pour cette raison qu'ils ont été surpris par le choix de la Normandie, où il n'y a que Cherbourg, transformée pour l'occasion en forteresse. (En même temps un coup pareil - basé sur la mise en place rapide des ports artificiels - n'est possible que si l'espionnage allemand est totalement aveuglé.)

Citer :
Mon avis est que le 6 juin 1944 à 7 heures du matin, c'est déjà plié.

Compte-tenu de la façon dont Hitler a attendu un second débarquement, certainement.

Mais lorsque Eisenhower écrit que la 19e armée (celle du nord de la Seine) "aurait dû nous battre par le simple jeu de ses effectifs" ce n'est sans doute pas sans raison. Savoir si c'est réaliste...

Au final, les Allemands finiront bel et bien par engager tous leurs moyens en Normandie, c'est même la raison pour laquelle les Alliés ont eu tant de difficultés à s'extraire du Cotentin.

Tu as raison de dire que la Wehrmacht se débat dans une situation impossible en juillet. Elle n'avait absolument pas les moyens de faire face en même temps à Overlord et à Bagration. En prime, dans les deux cas, les Allemands se sont trompés sur le secteur concerné par chacune de ces deux offensives. (Et je ne mentionne même pas l'Italie.)

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 25 Oct 2018 7:44 
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Philippe de Commines
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Il faudra que je me replonge dans les Paul Carell de mon adolescence 70s...
Sie Kommen ! ;)
De mémoire, Rommel est absent le Jour J car il fête l'anniversaire de son épouse chez lui, à Herrlingen
Quand il revient, il est coincé par les directives d'Hitler, dont il n'arrive pas à convaincre de les modifier, lors de la Conférence de Margival; puis il est blessé par le mitraillage de sa voiture courant juillet...

Hypothèse des Panzers contre-attaquant vers les plages : ils auraient été détruits par l'artillerie navale, oui ; mais à mon humble avis plus encore par l'aviation alliée qui avait la totale maîtrise de l'air !

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 25 Oct 2018 9:47 
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Localisation : Berry
Pierma a écrit :
Là je trouve Rommel un peu décevant, s'agissant des chars. Je ne vois même pas concrètement ce qu'il avait en tête : répartir les bataillons de chars le long du Mur de l'Atlantique ? (Napoléon aurait demandé "s'il s'agissait d'arrêter des contrebandiers"...)


Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit que Rommel souhaitait contre-attaquer les têtes-de-plage avec des chars dès le premier jour. Je constate qu'avec cinq plages, il aurait dû avoir cinq unités de chars capables de le faire dès le 6 juin 1944, c'est-à-dire cinq divisions blindées positionnées à proximité des cinq plages normandes, entre Montebourg et Caen. Cinq divisions placées exactement là où les Alliés débarquent (sur six disponibles), je répète qu'à moins d'avoir les plans alliés entre les mains, c'est impossible.
Donc la position de Rommel me semble erronée au mieux, totalement irréaliste au pire.

Pierma a écrit :
En même temps le constat que la bataille sur les plages serait décisive n'est pas absurde. Sauf que par définition "l'histoire des fortifications est l'histoire des capitulations". En pratique il n'y a eu qu'une seule plage où tout s'est mal passé, Omaha, où Bradley a hésité un moment à arrêter l'assaut et à le dérouter vers Utah. Partout ailleurs il y a eu des pertes, c'était prévu, mais le débarquement s'est fait à peu près selon le timing prévu.


Non, ce n'est pas absurde, si on dispose d'une vingtaine de divisions blindées que l'on peut échelonner le long du littoral français de Dunkerque à la Loire. Mais ce n'est pas le cas, du tout, du Westheer début juin 1944 dont la majeure partie des unités blindées sont soit tout juste recomplétées, soit en cours de remise en condition (et incomplètes).

Pierma a écrit :
Il faut cependant noter un point clé : Hitler et tous ses généraux s'appuyaient sur l'idée fausse que les alliés devraient - soit immédiatement, soit très rapidement - conquérir un port. C'est sans doute pour cette raison qu'ils ont été surpris par le choix de la Normandie, où il n'y a que Cherbourg, transformée pour l'occasion en forteresse. (En même temps un coup pareil - basé sur la mise en place rapide des ports artificiels - n'est possible que si l'espionnage allemand est totalement aveuglé.)


Et Rommel ne fait pas exception à cette règle.
La défense de Cherbourg est relativement faible depuis l'intérieur des terres. Et la 709. Infanterie-Division qui l'assumera à partir de fin juin est insuffisante à cette tâche. Elle mènera efficacement son combat en retardant l'échéance au maximum mais clairement les Allemands n'avaient pas du tout prévu l'attaque alliée à travers le Cotentin et se sont trouvés complètement démunis pour y faire face.

Pierma a écrit :
Mais lorsque Eisenhower écrit que la 19e armée (celle du nord de la Seine) "aurait dû nous battre par le simple jeu de ses effectifs" ce n'est sans doute pas sans raison. Savoir si c'est réaliste...


C'est la 15. Armee, la 19. est sur le littoral méditerranéen.
Je trouve cela simpliste. Outre que la 15. Armee est laissée à la protection du littoral du Nord et de Belgique pour des raisons compréhensibles, elle est incapable de mobilité stratégique, ses divisions étant du même lot que celles de la 7. Armee, largement statiques et hippomobiles. Certes, les Allemands auraient pu injecter plus rapidement des grandes unités dans la fournaise normande, mais il est absolument invraisemblable qu'ils envoient toute la 15. Armee, après un quart de tour à gauche, en direction de la Normandie. D'abord parce que ce n'est pas souhaitable de laisser le Pas-de-Calais indéfendu ; ensuite parce qu'ils n'ont pas la capacité d'acheminer et de soutenir une telle masse de divisions injectées simultanément dans une nasse soumise à des actions de "Battlefield Air Interdiction" (comme on dit aujourd'hui : interdiction aérienne d'accès au champ de bataille) qui perturbent largement les mouvements stratégiques (par voie ferrée notamment).

Pierma a écrit :
Au final, les Allemands finiront bel et bien par engager tous leurs moyens en Normandie, c'est même la raison pour laquelle les Alliés ont eu tant de difficultés à s'extraire du Cotentin.


Pas tous. Jusqu'au bout il y aura des unités pour défendre le littoral atlantique et les côtes de la mer du Nord. La plupart, certes.

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 Sujet du message : Re: Le "mythe" Rommel
Message Publié : 25 Oct 2018 9:54 
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bourbilly21 a écrit :
Hypothèse des Panzers contre-attaquant vers les plages : ils auraient été détruits par l'artillerie navale, oui ; mais à mon humble avis plus encore par l'aviation alliée qui avait la totale maîtrise de l'air !


Non, c'est au contraire très douteux. Le 6 juin 1944, la capacité d'appui tactique alliée est faible. Les avions sont obligés de décoller d'Angleterre et ont nécessairement une présence limitée sur site tout en ayant un délai d'intervention rallongé.
Surtout, le rôle de "casseurs de chars" de l'aviation tactique alliée en Normandie a été largement surévalué à l'aune d'un des mythes de l'opération "Lüttich" (la contre-offensive de Mortain). Les pertes des chars allemands sur la campagne provoquées par l'aviation alliée ne sont pas supérieures à 4%. Je ne pense pas que la domination des airs, certes largement préjudiciable à une contre-attaque allemande, aurait suffi à enrayer celle-ci si elle avait pu être lancée. D'ailleurs, la 21. Panzer-Division arrive, en soirée (vers 20 heures), à atteindre le littoral à Luc-sur-mer (sans que l'artillerie navale n'intervienne).

A contrario de ce rôle contestable de l'aviation alliée, l'artillerie navale a fait la preuve de son rôle décisif dans l'appui tactique à Gela les 10 et 11 juillet 1943 en repoussant l'attaque allemande sur la plage.

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