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 Sujet du message : colonisation algérienne
Message Publié : 15 Déc 2007 8:55 
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Eginhard
Eginhard

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Bonjour
Si vous le permettez, mais le peuple algérien subit depuis 1988 une sale guerre venant de toute part, ce n'est pas maintenant avec les attentats suicides qu'il y a une soudaine volonté des terroristes de punir les masses!
D'autre part, comme le 11 avril dernier l'attentat du 11 décembre vise le système ou les systèmes puisque l'ONU est visé aussi, la veille de l'attentat du 11 avril un décret de l'éducation nationale était sortit pour réorienter une certaine méthode d'apprentissage, en effet priorité serait donnée à l'étude de la démocratie, des droits de l'homme et autres aspects humanistes, vous trouverez là certains éléments du mal être et du malaise actuel.

Qu'est ce que la France en 1960?
Un pays qui sort de 20 ans de guerre et de trois immenses défaites, juin 40, mai 54 et l'Algérie... la France de 1939 dernier de paix avant longtemps est une grande puissance qui compte et qui l'impose! Il faut du temps pour se remettre d'un tel coup, d'autant qu'aujourd'hui encore la France n'a toujours pas recouvrée son statut de grande puissance.
Sincèrement, pour terminer, l'art de trouver des bouc émissaires est dès plus classique, les Judéo colonisiateurs est la tendance du moment pour s'affranchir de la chose morale, comme hier les judéo bolchévique étaient responsable de tout chez les nazis!


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Message Publié : 15 Déc 2007 12:39 
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Polybe
Polybe

Inscription : 14 Déc 2007 16:20
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Bonjour Kamazz,

Merci pour votre réponse.
D’abord, souhaitant, avant d’y répondre moi-même, savoir à qui je causais, j’ai entrepris à grande difficulté de « me taper » vos 169 messages sur ce forum … Las ! mon ordi ne répond plus au-delà de la page 4 alors que vos messages s’étendent sur 9 pages …

Ai-je bien compris ce que vous dites ?

Qu’il s’agisse d’une « sale guerre » qui dure depuis 1988 (donc, ça ne ferait pas 10 mais 20 ans ?) – et que l’Algérien lambda, aspirant à vivre tranquillement dans son pays, la subisse à son corps défendant – qui donc peut en disconvenir ?

Quels en sont les enjeux ? C’est la question que je me posais et c’est elle qui m’a amenée sur l’article du Monde que je cite. J’avais été contente d’y trouver les point de vue d’un journaliste algérien, parfaitement inconnu de moi, mais présenté comme « un spécialiste des mouvements islamistes armés ». Je relis pour la 3° fois le 1° § de votre message afin de tenter de comprendre ce qui vous choque dans ce que j’ai rapporté.

Vous dites que ces récents attentats visent « les systèmes » - oui : c’est aussi, il me semble ce que dit l’article cité : la politique de Monsieur Bouteflika - dont on peut penser des choses diverses. Mais vous soulignez dans votre post que ce qui était visé dans l’attentat du 11 avril, tout au moins, c’était la priorité donnée à l’étude de la démocratie, des Droits de l’Homme (la France n’en a pas l’exclusivité – et encore moins dans les temps qui courent – mais ce n’est pas d’elle qu’il s’agit ici …). Benjamin Stora, de son côté souligne qu’il y a eu de la part des dirigeants actuels un véritable effort pour renoncer au monopole de la « fabrication » de l’histoire de leur propre pays et que commencent à y avoir droit de cité Messali Hadj et Ferhat Abbas, d'autres les suivront peut-être. C’est également l’ONU (à propos de laquelle on peut également faire des commentaires divergents) qui est visée par ces derniers attentats. Tout cela est vrai.
Ce ne sont cependant ni Monsieur Bouteflika, ni l’ONU qui ont été assassinés – ce sont 31 personnes qui probablement n’avaient rien demandé.
Alors pourquoi ? pourquoi cette volonté de s’en prendre « aux masses » ( ? – appelons les ainsi …) – pour rien – pour faire parler – pour « manifester » - pour montrer qu’on peut faire quelque chose (et que cela contredit la présentation qu’en fait le gouvernement algérien ?) – peut-être aussi parce que ces « masses » sont censées adhérer au « système » dénoncé ???? (en fait, qu'est-ce qui pourrait permettre de le dire ??).
Malheureusement, cette violence aveugle n’a rien de « soudain ». Ce n'est pas du tout ce que j'avais compris dans les propos du journaliste algérien rapportés dans le Monde. L’histoire de l’Algérie depuis maintenant bien plus de 10 ans en témoigne assez.


Quant à votre 2° § - bien sûr- Bien sûr que l’Algérie n’a rien à faire des « sanglots de l’homme blanc » (parce que ce ne sont pas des « blancs », en majorité les Algériens ? – mais trêve de plaisanterie ….). Le coup des « boucs émissaires » - chacun peut le faire et nombreux sont ceux qui l’ont montré (et dans tous les « camps » et à toutes les époques). Cependant, bien que peu informée, il m’a semblé que ce que dit Benjamin Stora de ce travail de mémoire et de cette mise en mots de l’histoire de l’Algérie – qui d’après lui est nécessaire mais incomplètement réalisée – tout cela m’était apparu comme intéressant et probablement pertinent. Benjamin Stora a le droit de le dire aux Algériens – car Algérien, on peut considérer qu’il l’est lui-même, ayant été à l’âge de 12 ans arraché à la terre de ses pères par la violence de l’histoire. Pas moi qui ne suis pas Algérienne (même si je porte un nom double dont la 2° partie à prononcer est difficile …). « Nous » ( ?) n’avons pas à donner de leçons – et la tendance à pontifier et à parler pour les autres est ce qu’il y a de mieux partagé. Mais certains d’entre « nous » ( ???) peuvent être heureux de savoir ce qu’on pensent les Algériens, qu’il vivent en Algérie ou ailleurs.

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"Si l'histoire peut servir à quelque chose, c'est à ouvrir les yeux" (Pierre Vidal-Naquet).

Ou encore : "Le travail historique n'est pas l'évocation d'un passé mort, mais une expérience vivante dans laquelle l'historien engage la vocation de sa propre destinée" (H.I. Marrou, cité paraît-il souvent par P. Vidal-Naquet).


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 Sujet du message : algerie
Message Publié : 15 Déc 2007 16:02 
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Eginhard
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Inscription : 14 Août 2007 10:17
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Localisation : paris
Bonjour

Félicie a écrit:
Mais vous soulignez dans votre post que ce qui était visé dans l’attentat du 11 avril, tout au moins, c’était la priorité donnée à l’étude de la démocratie, des Droits de l’Homme

Je ne connais pas les raisons de l'attentat du 11 avril dernier, je sais seulement que la veille un décret est sortit avec pour mission d'intégrer dans les programmes la démocratie et les valeurs humanistes. Cela veut dire que la chose n'existait pas avant et que il est plus facile à une société qui apprend dès le plus jeune age les vertus de ses valeurs donc l'ouverture à l'autre qu'une société qui met en avant une supériorité supposé d'elle même face à une infériorité évidente de tout le reste...
Un exemple dès plus simple; l'Algérie est (avec le Maroc) l'un des pires élèves sur le plan de la sécurité routière, pendant des années on niait le problème! Puis depuis quelques années le problème est traité, sauf que l'alcool est encore un tabou donc on ne le met pas en avant comme cause (surtout au Maroc), mais la cause est quand même là.
k


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 Sujet du message :
Message Publié : 15 Déc 2007 17:05 
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Polybe
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Inscription : 14 Déc 2007 16:20
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Kamzz, Merci pour votre réponse.

J'ai du mal à comprendre (et je ne fais pas comme parfois l'imbécille).
L'exemple que vous donnez la sécurité routière : j'en sais quelque chose non pas dans l'exemple de l'Algérie, mais du Maroc dans la première moitié des années 1980 : après je n'y suis pas revenue. Que l'alcool soit à l'origine de l'insécurité dans ce dernier pays - j'en suis d'accord aussi. Et puis aussi une espèce de volonté de passer outre aux interdictions par forfanterie (je parle toujours du Maroc : les "firouj" dans des carrefours urbains sans aucune visibilité qu'on passait à 80 à l'heure sans se soucier de rien du tout. J'ai personnellement dans le passé pâti de ce type de comportement que je m'explique mais que je n'excuse pas pour autant car il peut être lourd de conséquences).
Donc, ce que vous dites, c'est que que tous ces problèmes ont été partiellement résolus. C'est une bonne nouvelle. Que l'alcool n'ait pas été désigné comme à l'origine de nombreux accidents parfois graves - c'est bien dommage mais c'est vrai que c'est un sujet tabou et on peut l'expliquer sinon l'accepter. Que cela reste un pb non résolu - et que l'alcool reste probablement la cause de nb morts sur les routes - que le pb ne risque pas d'être réglé tant que la cause ne sera pas clairement nommée, j'en suis bien d'accord avec vous.

Mais je vois mal le lien avec ce que vous dites précédemment. Effectivement, dans votre post précédent, vous ne parliez pas de cause, mais de concomitance entre l'attentat du 11 avril et le décret sur l'intégration des valeurs humanistes dans les programmes. J'avais mal lu.
Je ne comprends néanmoins pas bien ce que vous dites : Vous ne parlez donc plus de la relation avec les attentats mais du fait que l'Algérie reconnaisse officiellement les valeurs humanistes et les intègre dans les programmes scolaires ? J'essaie de reformuler : s'il y a eu un décret , c'est donc de la part du gvt algérien la reconnaissance d'une carence - reconnaissance qui débouche sur l'affirmation de valeurs. C'est ça que vous dites ? Et vous faites un parallèle avec la France qui s'affirme depuis 1789 pays des Droits de l'Homme (avec toute l'arrogance que cela suppose, sans parler des manquements trop évidents dont elle se rend responsable) ? Si j'ai bien compris votre propos, je répondrais que vous avez raison sur un plan global et officiel mais qu'il est fort globalisant, et donc faux de vouloir parler de "la France", comme d'ailleurs, de "l'Algérie" : il y a en France, comme en Algérie, des groupes sociaux différents - et qui défendent des valeurs différentes - pendant que d'autres défendent des intérêts qu'ils dissimulent sous l'affirmation de pseudo valeurs.
Mais encore une fois, je ne suis pas sûre du tout d'avoir compris ce que vous disiez et je serais contente d'en avoir un retour dont je vous remercie d'avance.

Une dernière chose : je m'avise de la faute de frappe à votre pseudo dans mon post précédent - et j'en suis extrêmemement confuse :oops:
( c'est que je fais 50 choses à la fois - et que je travaille en même temps sur la Russie - je ne vais pas aggraver mon cas - ... d'autant plus que je crois que c'était simplement une faute de frappe.)

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 Sujet du message : Algérie
Message Publié : 15 Déc 2007 17:27 
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Eginhard
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Inscription : 14 Août 2007 10:17
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Bonsoir

L'exemple de l'alcool n'est qu'un exemple d'une chose connu mais dont on veut ignorer.
Depuis 1962 la France ne participe plus au destin de l'Algérie, même si on peut lui reprocher moult choses qu'elle n'a pas faite ou tardivement.
Depuis l'indépendance l'Algérie est en charge de l'éducation de sa jeunesse, j'y vois là une des causes des soucis actuels mais aussi une des raisons d'espérer pour le devenir, le décret d'avril 2007 allant dans le bon sens.

Je ne connais pas les raisons des attentats du 11 avril mais la veille ce fameux décret sort, est ce une coïncidence?
k


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Message Publié : 15 Déc 2007 17:48 
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Polybe
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Inscription : 14 Déc 2007 16:20
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Je ne crois pas que ce soit une coincidence et c'est dans un souci de rigueur méthodologique :wink: que je disais (comme vous, d'ailleurs) que les deux faits pouvaient être dissociés.

Que l'Algérie puisse reprocher "moult choses" à la France, je crois que le dire revient à enfoncer une porte ouverte. Mais maintenant, l'Algérie et la France ont à faire avec - et c'est en ce sens que je suggérais que Benjamen Stora, le "passeur", c'est ainsi qu'il se désigne lui-même, de par son inscription sociale singulière et sa générosité, peut nous y aider les uns et les autres. Et une réflexion doit être menée à ce sujet dans les deux pays.
Puisqu'il a écrit des livres en collaboration avec des Algériens, savez vous comment B. Stora est ressenti en Algérie ? - et savez vous si les réactions à son égard sont parmi les musulmans comparables celles qui avaient accueilli son père lorsque peu après son exil, il était revenu en Algérie, chercher le "cadre" qui contenait toutes les "affaires de la famille" - les intellectuels Algériens se sentent-ils liés à Stora par des liens qui ressemblent à de la fraternité ?

Quant à la charge de l'éducation de sa jeunesse par le pouvoir algérien, c'est évidemment une bonne chose et que les programmes officiels portent les valeurs de la démocratie est un grand espoir, à condition que comme dans d'autres pays (nous en savons quelque chose et il y a eu ces dernières années d'importants débats à ce sujet chez nous) cela ne reste pas au niveau des vertueuses déclarations. Mais pourquoi poser cette question ? Il faut croire dans l'avenir du pays.

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Message Publié : 18 Déc 2007 23:20 
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Polybe
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Inscription : 14 Déc 2007 16:20
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Je vois que ces posts passionnent les foules ... Je me donnerai donc le rôle ridicule de me faire les demandes et les réponses ...

1) Ce n'est pas que j'abandonne sur le problème des rapports entre attentats du 11 décembre et conséquences de la colonisation en Algérie.
Kamzz et moi, nous y réfléchissons et peut-être l'un ou l'autre rédigera dans les semaines qui viennent un petit texte - non pas une "synthèse" mais un "état de la question pour lui-même" sur le sujet. A moins que d'ici là vos participations ne nous éclairent.


2) Une autre question : le problème de la langue, héritage de la colonisation française - et plus précisément dans le domaine de la littérature.

Donc : une question à tout le monde :

Avez-vous lu Rachid Boudjedra ? C'est qq'un de ma génération - et ses bouquins sont de ceux que je n'oublie pas après les avoir lus. Il y a des images qui me poursuivent depuis plusieurs décennies.
Il me semble qu'il y a une réflexion à mener sur la langue et la littérature maghrébine d'expression française et les angoissants pb qu'elle pose (des auteurs que j'ai lus - ou pas lus : Boudjedra, Assia Djebar; académicienne, Malek Haddad - qui d'après Ahlam Mosteghanemi qui elle vit au Liban tout en écrivant en arabe - Malek Haddad "l'enfant de Constantine qui fit le serment après l'indépendance de ne pas écrire dans une langue qui n'était pas la sienne ... il est mort de son silence." - peut-être Rachid Mimouni, qui lui, je crois, est mort en exil - ayant fui son pays en proie aux convulsions des années 1990. )

Y en a-t-il parmi vous qui parlent et lisent l'arabe ? Et savez-vous si, à part Ahlam Mosteghanemi, il y a des bouquins d'Algériens d'expression arabe ?


Ahlam Mosteghanemi
- Née à Constantine "peu d'années avant le soulèvement de la Toussaint 1954" (ne demandez jms son âge à une femme ...)
- appartient à la 1° génération des femmes scolarisées en Algérie (après la guerre d'Indépendance)
- a étudié la littérature arabe à l'Université d'Alger (y avait-il alors une littérature algérienne en arabe ???), puis à la Sorbonne où elle a obtenu un doctorat en 1982.
- auteur d'un essai sur la femme algérienne (la 2° de couverture de Mémoire de la chair ne dit pas quand : ça doit se trouver facilement ?)
- elle écrit en Arabe, est mariée à un Libanais dont elle a eu deux enfants et vit à Beyrouth depuis 1994.
- son deuxième roman, Mémoire de la chair (que je vous recommande) est paru au Liban en 1985 et en est à sa 18° édition en arabe.Il a reçu le prix Naguib Mahfouz (lui-même Egyptien, prix Nobel de littérature qui dit à propos de ce roman d'A. Mosteghanemi :"J'ai pris un immense plaisir à la lecture de ce livre magnifiquement écrit").
Cet ouvrage a été traduit en anglais et en italien et seulement en 2002 en français. Quid de tout ça ? un 3° roman est paru depuis - je ne l'ai pas encore acheté - il est sur Amazon avec probablement des indications que je n'ai pas encore relevées.

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 Sujet du message : Re:
Message Publié : 26 Juin 2017 13:57 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Clan Campbell a écrit :
Il n'y eut aucun "apartheid" en Algérie pendant la présence française.

"apartheid" et "esclavage"
Serait-il possible d’avoir des précisions concernant l’évolution de l’esclavage en Algérie pour les périodes pré coloniale, coloniale, post coloniale ou indépendance.
Sachant que la période pré coloniale française correspond en fait à la période coloniale ottomane, dite régence suivant les bords politiques.
J’ai cru comprendre que le début de la colonisation française avait coïncidé avec l’abolition de la traite des blancs européens et celle des noirs. Ces traites étant probablement confortées par les besoins de la régence ottomane ?
Logiquement les statuts d’esclaves et de dhimmis sont devenus obsolètes avec la colonisation par la France ?
Le pouvoir colonial a-t-il été réellement actif pour supprimer ces statuts d’esclaves et de dhimmis qui étaient un des fondements économique ?
Que s’est-il passé après la décolonisation, dans les textes et dans les faits ?


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Message Publié : 28 Juin 2017 7:33 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Félicie a écrit :
2) La conséquence en est que divers groupes constitutifs de notre société française actuelle sombrent dans ce qu’il appelle une « mémoire de rumination ». Il y aurait donc également en France un « communautarisme des mémoires ». Certaines d’entre elles sont constituées autour de souvenirs de la colonisation et de la guerre d’Algérie "dans le déni et l’occultation de leurs pages les plus noires".
Un exemple de « mémoire de rumination »
https://genius.com/Zep-nique-la-france-lyrics

Il y a pléthore d’événements sanglants dans l’histoire qui pourraient donner matière à ruminer.
Il est tout de même assez curieux que des événements comme le nazisme ne suscitent pas autant de mémoire de rumination en chansons.
Pourquoi ne clame-t-on pas, par exemple : « nike le nazisme », « nike la radicalisation » ?

Ruminons !


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Message Publié : 01 Juil 2017 14:34 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Inscription : 23 Mars 2005 10:34
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Localisation : Nanterre
Kurnos a écrit :
Ruminons !
Il y a des précédents : l'hymne algérien comprend un couplet assez significatif.
Kassaman, 3e couplet a écrit :
Ô France ! le temps des palabres est révolu
Nous l'avons clos comme on ferme un livre
Ô France ! voici venu le jour où il te faut rendre des comptes
Prépare toi ! voici notre réponse
Le verdict, Notre révolution le rendra
Car nous avons décidé que l'Algérie vivra
Témoignez ! Témoignez ! Témoignez !
Après l'indépendance de l'Algérie, le FLN a construit sa légitimité sur cette 'rumination'. Cela a également justifié que le ministère des anciens combattants constitue le premier budget du gouvernement.

_________________
Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
George Orwell


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Message Publié : 01 Juil 2017 16:33 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Sans la décolonisation, dans l’hypothèse où les algériens seraient devenus à terme des citoyens à part entière avec un droit de vote, le Président de la République française aurait très bien pu être un algérien. La notion de colonisation n'échappe pas à la relativité.

D’autres algériens ruminent aussi différemment :
Harem du sultan : entre Orhan Pamuk et les nouveaux ottomans
Amin Zaoui
Amin Zaoui a écrit :
Il faut le dire, le dire clairement à nos élèves, à nos étudiants et à nos lecteurs que ce qui est appelée dans nos manuels scolaires, dans nos thèses universitaires, dans nos débats “présence ottomane en Algérie”, était bel et bien “une colonisation”.
Notre pays est passé d’une colonisation turco-ottomane à une autre française.

Parce que la colonisation turco-ottomane était menée par l’empire musulman, nos historiens, et à leur tête Abou El-Kacem Saâdallah (1930-2013) que je respecte beaucoup, n’ont jamais admis de dire et de dénoncer ce que les Algériens ont enduré pendant trois siècles de la répression turque. Une colonisation pure et dure.

Citez-moi un seul poète, en arabe, en tamazight ou en turc qui a marqué cette époque ? Citez-moi un seul grand savant dans une des trois langues témoin de cette Histoire ? Un historien ? Un féqih moderne ? Un littérateur ?

http://www.liberte-algerie.com/chroniqu ... tomans-351

Il n'y a pas que la colonisation physique, on se défait plus difficilement de la colonisation idéologique des esprits qui est souvent plus pérenne.


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Message Publié : 01 Juil 2017 22:24 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Kurnos a écrit :
Sans la décolonisation, dans l’hypothèse où les algériens seraient devenus à terme des citoyens à part entière avec un droit de vote, le Président de la République française aurait très bien pu être un algérien. La notion de colonisation n'échappe pas à la relativité.
En fait, les Algériens musulmans avaient le droit de vote. L’ordonnance du 7 mars 1944 supprime le statut pénal de l’indigène et institue deux collèges d'électeurs répartis selon leur régime personnel qui est soit le régime de droit commun régi par le code civil, soit le régime local régi par la tradition islamique. Tous les Musulmans masculins deviennent électeurs dans le deuxième collège lors des élections nationales et locales mais ils sont très sous-représentés par rapport aux électeurs du premier collège. L’ordonnance du 17 août 1945 donne une parité de représentation aux deux collèges, chacun des deux étant désormais représenté par quinze députés et sept sénateurs. Les électeurs du deuxième collège étant huit fois plus nombreux que ceux du premier, ils restent sous-représentés. La loi du 17 mai 1946 reconnaît la citoyenneté à tous les nationaux français. La loi du 20 septembre 1947 portant statut de l'Algérie pose les principes de l’égalité politique et civique et de l’égal accès pour tous aux fonctions publiques sans toutefois supprimer le vote selon deux collèges. Enfin, la loi du 5 février 1958 met fin au système des deux collèges ce qui garantit une stricte égalité des droits civiques à tous les Algériens. Elle maintient le statut personnel de droit local.

Il a été question d'apartheid au cours de cette discussion. Il n'a certes jamais été institué de régime juridiquement similaire à celui de l'Afrique du sud, mais deux communautés vivaient séparément sur le même territoire de sorte qu'on peut bien parler d'un apartheid de fait. A cet égard, la lecture des romans d'Albert Camus est frappante : on n'y rencontre que des Européens à l'exception de quelques Arabes apparaissant très furtivement. Cela se passe pourtant en Algérie où vivent huit fois plus d'Arabes que d'Européens.

Un professeur de droit, Roland Drago, commentait ainsi la loi du 20 septembre 1947 : … Mais alors se présentait une autre difficulté, le contact en Algérie de deux civilisations, de deux groupes ethniques d'inégale importance numérique mais se partageant les influences et les forces productives. La constitution d'une assemblée locale selon les principes généraux de la représentation ne pouvait qu'aboutir à la suprématie d'un groupe sur l'autre, quel que fût celui qui dominerait. L'assemblée algérienne devait être le reflet de ces deux civilisations, également représentées en son sein.

Cette juxtaposition de deux communautés qui ne se mélangeaient pas n'était pas durable.


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Message Publié : 02 Juil 2017 3:07 
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Eginhard
Eginhard

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Je complète votre propos avec des lois spécifiques aux indigenes issues du régime de l'Indigenat extrêmement discriminatoire. Encore une preuve que c'est similaire à l'apartheid. On rappelle que le régime de l'apartheid qui date de 1948 est issu d'une conception purement coloniale du pouvoir...


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Message Publié : 02 Juil 2017 7:58 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 26 Août 2008 7:11
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Localisation : Corsica
Je suis très ignorant en matière de colonisation de l’Algérie, j'essaye de comprendre les "ruminants", il me semble que nous pourrions très bien avoir une situation analogue en France entre une partie religieuse de la population qui souhaite vivre selon les lois dictées par la papauté, ou des lois divines ancestrales, et les autres.
Les monastères et les couvents pourraient aussi être présentés comme un apartheid.
Ce que l’on nome le choc des civilisations est une incompatibilité entre une conception laïque évolutive et l’autre statique.
Nous avons bien un choc des cultures quand on évoque l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité … etc.
Le problème vient du fait que les partisans d’une conception statique religieuse veulent le beurre et l’argent du beurre : le confort spirituel de l’archaïsme avec les avantages des avancées de la modernité.
Le modèle d’organisation ancestral avec des esclaves et des dhimmis permet de concilier les deux. Les castes dirigeantes prient, d’autres plus actifs se consacrent au progrès scientifique et technologique.
Étant entendu qui l'inactif a tendance à se considérer comme vertueux, pur et irréprochable.


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Message Publié : 02 Juil 2017 8:46 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Ulsikaz a écrit :
Je complète votre propos avec des lois spécifiques aux indigenes issues du régime de l'Indigenat extrêmement discriminatoire. Encore une preuve que c'est similaire à l'apartheid. On rappelle que le régime de l'apartheid qui date de 1948 est issu d'une conception purement coloniale du pouvoir...
Vous complétez mes propos en un sens qui les dénature. Je me suis bien gardé d'employer le terme de colonie qui est un mot fourre-tout très pratique pour ruminer sur une situation fantasmée. Il faudrait au préalable s'entendre sur ce terme. L'Algérie est un territoire qui a commencé à être colonisé en 1830, mais je ne suis pas sûr que c'était encore une colonie en 1958.

J'ai employé le terme d'apartheid en précisant bien qu'il s'agissait d'un apartheid de fait et non de droit et je tiens à souligner que l'Algérie française et l'Afrique du sud évoluaient en sens inverse : en 1947, le principe de l'égalité des droits civiques était posé ainsi que l'égalité d'accès aux emplois publics. Les situations sont très différentes et le rapprochement est un autre procédé pratique pour ruminer.

En 1958, il n'y avait plus juridiquement d'inégalité de droit, il serait opportun de ne pas l'ignorer. Les tensions n'ont pas été apaisées pour autant et ont abouti à l'indépendance quatre ans plus tard. Le problème est beaucoup complexe que la caricature qu'on peut en donner en associant les deux concepts fourre-tout de colonie et d'apartheid.

Restait le statut personnel spécifique de droit local. Ce n'était nullement un statut discriminatoire imposé par le colonisateur mais la conservation du régime antérieur à la colonisation. Le code civil français ne convenait pas aux autochtones qui n'en voulaient pas. Il suffit d'observer comment a évolué le code de la famille algérien depuis l'indépendance pour en être convaincu.

On pouvait distinguer un dominant et un dominé, mais cette situation était en train de se rééquilibrer comme elle l'a été en d'autres territoires d'outre-mer. Il y avait surtout le refus de deux populations de vivre ensemble.


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