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 Sujet du message : La nouvelle société
Message Publié : 10 Juil 2016 23:25 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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On dit souvent que le discours des Chaban sur la nouvelle société avait énervé Pompidou. Peut être mais ce discours était aussi une charge très dure contre la France gaulliste. Car après tout depuis 11 ans les gaullistes étaient au pouvoir et on ne pouvait pas dire qu'ils étaient sans moyens pour réformer s'ils l'avaient voulu. Donc critiquer la société française c'est admettre que De Gaulle n'avait rien modernisé en 11 ans de pouvoir Donc ce discours aurait du énerver tous les députés gaullistes et tous les admirateurs du général et de son régime, et ils étaient nombreux en 1969

Pure encore Chaban était lui même un homme clef du système gaulliste (pdt de l'AN). N'était ce pas se tirer une balle dans le pied que de Critiquer férocement la société française, l'état. Etc ?

Et puis Bordeaux c'était l'archétype de la ville bourgeoise de province figée dans ses traditions. Chaban, maire de Bordeaux, était il le mieux placé pour parler de modernisation de la société française ?


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 12 Juil 2016 18:14 
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Jean Mabillon
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marc30 a écrit :
On dit souvent que le discours des Chaban sur la nouvelle société avait énervé Pompidou. Peut être mais ce discours était aussi une charge très dure contre la France gaulliste. Car après tout depuis 11 ans les gaullistes étaient au pouvoir et on ne pouvait pas dire qu'ils étaient sans moyens pour réformer s'ils l'avaient voulu. Donc critiquer la société française c'est admettre que De Gaulle n'avait rien modernisé en 11 ans de pouvoir Donc ce discours aurait du énerver tous les députés gaullistes et tous les admirateurs du général et de son régime, et ils étaient nombreux en 1969

Pure encore Chaban était lui même un homme clef du système gaulliste (pdt de l'AN). N'était ce pas se tirer une balle dans le pied que de Critiquer férocement la société française, l'état. Etc ?

Et puis Bordeaux c'était l'archétype de la ville bourgeoise de province figée dans ses traditions. Chaban, maire de Bordeaux, était il le mieux placé pour parler de modernisation de la société française ?


Alain G aurait pu répondre mieux que moi.

Mon analyse est la suivante : certes Chaban est un fidèle du Général depuis l'époque de la Résistance. Mais idéologiquement et culturellement, il reste un rad soc, franc maçon, assez opportuniste. C'est aussi un homme qui aime plaire. Un grand séducteur. En 1969 défendre l'oeuvre gaullienne, c'est démodé, hors de propos. Les jeunes, les intellectuels, les journalistes détestent le général et son régime.

J'ai pu constater personnellement qu'il séparait complètement sa gestion bordelaise (parfaitement opaque, clientéliste et non exempte d'acrobaties financières) de son discours parisien (moderne, social et humaniste) ...

Il a aussi gravement sous estimé Pompidou...


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 12 Juil 2016 19:02 
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Philippe de Commines
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Les jeunes, les intellectuels, les journalistes détestent le général et son régime.


Merci cher Aigle de cette précision très intéressante, mais qu'est ce que ces catégories de français reprochaient exactement au général à l'époque ?

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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 12 Juil 2016 19:27 
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Jean Froissart
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Commençant à me faire vieux, je confirme que le général De Gaulle n'était pas très populaire dans les années 60, sans toutefois tomber sous les 35% environ d'opinions favorables.

Sa gestion de la guerre d'Algérie est responsable de cette antipathie pour une large part. En effet, cette guerre n'était pas voulue par de nombreux appelés qui pensaient que cela ne les concernait pas, ou que c'était du colonialisme. Cette guerre était critiquée de l'autre bord, par les Pieds noirs qui pensaient que De Gaulle les avait trahi en acceptant l'indépendance alors qu'il y avait d'autres solutions possibles.

On lui reprochait aussi, à tort ou à raison, le manque de liberté des médias et le déclin des mines et de l'industrie.


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 12 Juil 2016 21:47 
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Grégoire de Tours
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Oliviert a écrit :
Commençant à me faire vieux, je confirme que le général De Gaulle n'était pas très populaire dans les années 60, sans toutefois tomber sous les 35% environ d'opinions favorables.
rie.

ce n'est pas ce que montraient les sondages de l'IFOP : de Gaulle n'est jamais pas sous la barre des 55% d'opinions favorables



http://www.rtl.fr/actu/politique/les-co ... 7769694060


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 13 Juil 2016 8:39 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Peut -être fallait-il voir les opinions suivant les catégories socio-professionnelles ou les classes d'âge. Il était vrai qu'à partir des années 60/61, pour les jeunes hommes comme moi à l'époque, c'était plutôt la déception. Nous savions que l'indépendance algérienne était accordée, mais en plus, on continuait de nous y envoyer, jusqu'en 64/65. Nous avions réellement l'impression d'être les dindons de la farce...... Les grandes firmes internationales mettaient un frein à leur expansion en France, elles jouaient Anvers, Milan, Venise ou Rotterdam, comme des directeurs d'entreprises l'avaient dit à mon père: pourquoi produire en France alors que les conditions sont meilleures ailleurs, l'Europe d'ailleurs nous permettra d'importer sans problème tout ce que nous produisions ici. C'étaient autant d'emplois que nous savions bien mieux rémunérés que les salaires anémiques versés par les patrons français qui s'en allaient ailleurs.... A titre personnel, si malheureusement je n'ai pas quitté définitivement le pays à cette époque, c'est parce que j'étais le seul enfant, alors, je suis resté par devoir, comme on faisait un pensum en ces temps..... Comme moi même, de très nombreux garçons comprenaient que l'avenir ne s'écrirait plus jamais en Français, De Gaulle ou pas De Gaulle. Nous étions "out"....


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 13 Juil 2016 9:05 
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Sir Peter a écrit :
Peut -être fallait-il voir les opinions suivant les catégories socio-professionnelles ou les classes d'âge. Il était vrai qu'à partir des années 60/61, pour les jeunes hommes comme moi à l'époque, c'était plutôt la déception. Nous savions que l'indépendance algérienne était accordée, mais en plus, on continuait de nous y envoyer, jusqu'en 64/65. Nous avions réellement l'impression d'être les dindons de la farce...... Les grandes firmes internationales mettaient un frein à leur expansion en France, elles jouaient Anvers, Milan, Venise ou Rotterdam, comme des directeurs d'entreprises l'avaient dit à mon père: pourquoi produire en France alors que les conditions sont meilleures ailleurs, l'Europe d'ailleurs nous permettra d'importer sans problème tout ce que nous produisions ici. C'étaient autant d'emplois que nous savions bien mieux rémunérés que les salaires anémiques versés par les patrons français qui s'en allaient ailleurs.... A titre personnel, si malheureusement je n'ai pas quitté définitivement le pays à cette époque, c'est parce que j'étais le seul enfant, alors, je suis resté par devoir, comme on faisait un pensum en ces temps..... Comme moi même, de très nombreux garçons comprenaient que l'avenir ne s'écrirait plus jamais en Français, De Gaulle ou pas De Gaulle. Nous étions "out"....


C'est étonnant parce ce que je pense que de nombreux jeunes européens pensaient la même chose à cette époque. Les italiens, espagnols, portugais s'en allaient en masse trouver de meilleures conditions de vies dans le reste de l'Europe. Mis, il est vrai que si dans les années 50, la France avait une certaine force d'attraction en ce qui concerne les travailleurs immigrés italiens, à la fin des années 60, on leur conseillait plutôt de s'établir en Allemagne ou en Suisse.

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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 13 Juil 2016 9:34 
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Philippe de Commines
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Citer :
on leur conseillait plutôt de s'établir en Allemagne ou en Suisse.


Je crois qu'en effet les travailleurs qui ont choisit la Suisse ont fait un très bon choix même si le choix de la France jusqu'en 1974 n'était pas si mal.

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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 13 Juil 2016 9:56 
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Narduccio a écrit :
Sir Peter a écrit :
Peut -être fallait-il voir les opinions suivant les catégories socio-professionnelles ou les classes d'âge. Il était vrai qu'à partir des années 60/61, pour les jeunes hommes comme moi à l'époque, c'était plutôt la déception. Nous savions que l'indépendance algérienne était accordée, mais en plus, on continuait de nous y envoyer, jusqu'en 64/65. Nous avions réellement l'impression d'être les dindons de la farce...... Les grandes firmes internationales mettaient un frein à leur expansion en France, elles jouaient Anvers, Milan, Venise ou Rotterdam, comme des directeurs d'entreprises l'avaient dit à mon père: pourquoi produire en France alors que les conditions sont meilleures ailleurs, l'Europe d'ailleurs nous permettra d'importer sans problème tout ce que nous produisions ici. C'étaient autant d'emplois que nous savions bien mieux rémunérés que les salaires anémiques versés par les patrons français qui s'en allaient ailleurs.... A titre personnel, si malheureusement je n'ai pas quitté définitivement le pays à cette époque, c'est parce que j'étais le seul enfant, alors, je suis resté par devoir, comme on faisait un pensum en ces temps..... Comme moi même, de très nombreux garçons comprenaient que l'avenir ne s'écrirait plus jamais en Français, De Gaulle ou pas De Gaulle. Nous étions "out"....


C'est étonnant


Quand je dit que c'est étonnant, je ne remet pas en cause le témoignage de Sir Peter, mais à sa lecture, je me suis dit que mon père aurait pu dire des choses très proches quand il a quitté l'Italie en 1956. En fait, lui, c'est "par devoir" qu'il est allé loin de chez lui (où en tant qu'ainé de la famille, il était choyé comme un coq en pâte). Mon grand-père est décédé en 1952 d'un cancer de la gorge. Il laissait une femme et 6 enfants. Pour diverses raisons, ni mon père, ni son frère n'ont repris l'activité de charron qui était celle de mon grand-père et ils avaient de la peine à faire vivre la famille. Les femmes passaient des heures à réaliser des nappes, des napperons et divers objets en broderies qui étaient vendues à des commerçants qui vendaient cela sur les marchés en Italie du Nord.

Donc, pour faire vivre la famille, mon père et mon oncle se sont expatriés et ont accepté le premier travail qu'on leur a proposé. Et, au début, une bonne partie des salaires était envoyée "au pays". Ils sont allés, là où il y avait du boulot. Ce fut Bâle, puis Mulhouse. Des cousins sont allés travailler dans les mines en Lorraine. D'autres en Suisse ou en Allemagne. Et à l'époque, la France était un pays d'accueil où il y avait le plein emploi.

Mais, le témoignage de Sir Peter m'interpelle aussi, car je n'ai pas cette vision des choses. D'accord, étant né en 1959, j'étais jeune. Mais, ce ce que je me souviens de mon enfance (donc plutôt fin des années 60), les gens avaient un plus grand optimisme qu'aujourd'hui. A l'école on nous présentait la France comme un pays d'avenir avec une vision qui se projetait dans le futur. On allait réaliser de grandes choses ...

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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 13 Juil 2016 10:56 
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Pierre de L'Estoile
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Le changement, le ralentissement de l'international en France est déjà sensible dans les intentions directoriales des firmes dès 63/64: produire en France les intéresse de moins en moins car ils sont sûrs que les frontières du marché français réduit à l'hexagone seront largement ouvertes grâce à l'Europe. Les perspectives françaises iront s'amenuisant, la crise sociétale de 68 puis celle du pétrole en 73 feront le reste ... C'est l'époque où l'intérim, signe des temps incertains prend son envol mais cela était en gestation depuis quelques années. Je me souviens que les premières agences d'intérim ouvrent, dans le grand port où je vis alors vers 1962/63.......


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 28 Juin 2017 13:44 
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Pierre de L'Estoile
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marc30 a écrit :
On dit souvent que le discours des Chaban sur la nouvelle société avait énervé Pompidou. Peut être mais ce discours était aussi une charge très dure contre la France gaulliste. Car après tout depuis 11 ans les gaullistes étaient au pouvoir et on ne pouvait pas dire qu'ils étaient sans moyens pour réformer s'ils l'avaient voulu. Donc critiquer la société française c'est admettre que De Gaulle n'avait rien modernisé en 11 ans de pouvoir Donc ce discours aurait du énerver tous les députés gaullistes et tous les admirateurs du général et de son régime, et ils étaient nombreux en 1969

Pure encore Chaban était lui même un homme clef du système gaulliste (pdt de l'AN). N'était ce pas se tirer une balle dans le pied que de Critiquer férocement la société française, l'état. Etc ?

Et puis Bordeaux c'était l'archétype de la ville bourgeoise de province figée dans ses traditions. Chaban, maire de Bordeaux, était il le mieux placé pour parler de modernisation de la société française ?


Excellentes questions !

Auxquelles j'ajoute celle-ci : si Chaban-Demas ambitionnait la Présidence était il pertinent de s'opposer à Pompidou et de se présenter comme un fringant réformateur alors que la place était déjà prise par Giscard d'Estaing ?

Chaban-Delmas aurait pu imaginer que le camp Pompidou ne lui pardonnerait rien. Pompidou avait montré dans les années 1962/1968 qu'il n'était absolument pas un beni oui oui effacé !


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 28 Juin 2017 15:49 
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Marc Bloch
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Ayant vécu cette époque en tant qu'homme jeune, j'ai le souvenir d'un pays avec un franc fort, à l'économie prospère qui ignorait le chômage et toute la France était en travaux. En faisant une recherche documentaire , je pourrais étayer mes allégations.

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"La faculté de prévoir appartient à celui qui se souvient." ( Léon Bérard)
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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 29 Juin 2017 20:15 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Le franc n'était pas une monnaie forte. Il était régulièrement dévalué tandis que le mark était régulièrement réévalué.

Mais la France était un pays heureux qui pouvait se permettre des fantaisies comme mai 1968 et qui ignorait le chômage.

Les Français savaient gré au général de Gaulle d'avoir mis fin à la guerre d'Algérie et à l'instabilité gouvernementale et, toujours un peu cocardiers, d'avoir dit Go home aux militaires américains. Ils étaient fiers du paquebot France et du Concordre, alors à l'état de prototype, deux bides économiques, mais c'est une autre histoire. La France était un pays dynamique et de progrès. La page du 19e siècle n'étant pas encore tout à fait tournée, le progrès se mesurait encore en tonnes de charbon et d'acier, en nombre d'automobiles et en rendements agricoles toujours croissants grâce au DDT et autres miracles de la chimie. C'était le temps des grands ensembles pleins de promesse pour des millions de petites gens qui accédaient enfin à la propriété, à la bagnole, à la télé et à la salle de bains. La dalle d'Argenteuil, où, bien plus tard, Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, promettra un grand coup de Kärcher, était alors à l'état de projet, un grand projet urbain dans l'esprit de la charte d'Athènes, primé à l'exposition universelle d'Osaka de 1970. Bref, c'était le grand bonheur.

Le général de Gaulle restait populaire, mais, en raison de son âge et de son style, les Français avaient pensé qu'il était temps pour lui de prendre une retraite bien méritée. La politique gaulliste n'était cependant aucunement rejetée. L'UDR conservait une confortable majorité et Georges Pompidou, successeur incontesté du général, avait été réélu sans difficultés à 58% des suffrages exprimés. On avait certes beaucoup de respect pour le Grand Charles et Tante Yvonne, mais Georges et Bibiche formaient tout de même un couple vachement plus bath comme on disait à l'époque.

Un an après 1968, dans cette France en progrès, l'idée d'une nouvelle société était bienvenue. Le discours du premier ministre Chaban-Delmas avait, sur le fond, en fait assez peu qui pût déplaire au président Pompidou. Ce discours brossait un tableau sans complaisance de l'état d'un pays qu'il faudrait encore moderniser à grand pas. Toutefois ce n'était pas une charge contre les gouvernements précédents, que Jacques Chaban-Delmas avait toujours soutenus, mais un constat à partir duquel devait reposer un programme de modernisation. Georges Pompidou, qui n'était pas particulièrement conservateur, avait émis des intentions sur le fond proches du discours d'investiture de Jacques Chaban-Delmas. Le souci était ailleurs.

Dans la Cinquième République définie par le général de Gaulle, les grandes orientations sont définies par le président de la république et le gouvernement les suit. Or, Jacques Chaban-Delmas avait pris une posture présidentielle et il n'a pas été du goût du calife que le vizir donne l'impression de vouloir prendre la place du calife aussitôt après sa nomination.

En outre, Jacques Chaban-Delmas n'était pas apprécié des purs gaullistes. Il jouissait certes du prestige que lui donnait son passé de résistant et il avait toujours été loyal. Mais il était aussi un homme de la Quatrième et on ne le lui pardonnait pas. Pendant la traversée du désert entre 1947 et 1958, les fidèles du général ne devaient pas se compromettre dans le régime des partis. Il est l'un des rares, avec Jacques Soustelle, à avoir bénéficié d'une dérogation. A cause de cela, il sentait un peu le soufre. Il n'a jamais été appelé à aucun gouvernement sous la présidence de Gaulle et c'était contre le souhait du général, qui avait pesé en faveur de Paul Reynaud, qu'il avait été élu à la présidence de l'Assemblée nationale en 1958.


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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 29 Juin 2017 23:20 
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Marc Bloch
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
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Localisation : Allemagne
Le franc n'était pas une monnaie forte. Il était régulièrement dévalué tandis que le mark était régulièrement réévalué.

Une précision vérifiable : lors de la dévaluation d'août 1969, il fallait 1,234 franc pour acheter 1 D-Mark . Ce qui laisse supposer qu'avant mai 1968, on devait près de la parité entre les deux monnaies.

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 Sujet du message : Re: La nouvelle société
Message Publié : 30 Juin 2017 10:09 
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Philippe de Commines
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Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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N'oubliez jamais l'exode des Pieds Noirs !
800 000 personnes qui réintègrent la Métropole et qui arrive à les absorber plus ou moins bien
Ce n'était pas une mince affaire !

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