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Message Publié : 04 Jan 2018 17:22 
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ThierryM a écrit :
Mais, d’une part, j’ai du mal à imaginer que le pouvoir politique soit systématiquement exclu de cette chaîne de décision pour laisser la place aux seuls administratifs comme nous (et donc, pour certaines crises d’ampleur, le politique doit bien prendre une décision) et, d’autre part, même si ce serait souhaitable, j’ai du mal à croire que toutes les situations de crises urgentes aient toutes été imaginées, anticipées et préparées. Ce serait idéal, mais j’en doute.


Cela dépend du type de crise. Il faut parfois des cellules de crises pilotées par des hommes politiques : maires, présidents de régions, Président de la République. Mais, l'exemple montre que lorsque l'on est dans la gestion de la crise, il faut qu'ils soient là pour développer des moyens de résoudre la crise, pas pour paraître sur la photo ou pour refaire le match en modifiant les règles en temps réel. En fait, dans ce cas-là, ils doivent être intégrés à la gestion de la crise. Si on prend des exemples récents, c'est ce qui a été fait lors des crises liées aux attentats où les réunions des ministres concernés étaient destinées à mettre en branle leurs ministères, mais aussi à trancher entre des compétentes diverses parce que les policiers et les gendarmes estimaient chacun qu'ils étaient les plus compétents pour résoudre le type de crise concerné... Oui, parce qu'en cas de crise, certains proposent des solutions, mais il faut que des gens prennent les décisions politiques. Par exemple, faire que ce soit des organismes dépendants des CRS ou de la police qui interviennent en zone urbaine, tandis que les gendarmes du GIGN mènent l'assaut à une imprimerie située sur une zone artisanale...

Le problème est que parfois certains hommes politiques se révèlent incapables de trancher, laissant leurs subordonnés prendre une décision où perdant du temps à se faire expliquer les différences entre divers schémas d'interventions... Le problème est que souvent les hommes politiques sont réputés pour ne pas perdre de temps à participer aux exercices ... ou seulement le temps de la photo ... Or, ils doivent être partie intégrante de la solution. Donc, leurs "subordonnés" doivent avoir l'habitude de travailler avec eux et savoir ce qu'ils peuvent décider ou ce qu'ils doivent laisser à l'échelon politique. Je me souviens d'un exercice de grande ampleur où les maires des communes avoisinantes de Fessenheim avaient été mis à contribution. Ils se sont plaints qu'on les avait informés assez tardivement ... Et c'est normal, parce que c'était la première fois qu'ils participaient et que les bureau du préfet qui devait leur faire suivre les informations n'avait pas réfléchi à ce qui était pertinent comme informations à leurs transmettre. En cas de crise les informations se gèrent. Il faut transmettre 2 types de messages. En premier lieu des messages d'ambiance décrivant le contexte général et permettant au plus grand nombre de saisir la réalité de la situation. En second des messages très circonstanciés genre "L'équipe d'intervention vient de sortir du local en feu et nous avons besoin de bouteilles d'eau car ils viennent de boire le stock que l'on avait à disposition et qu'ils ont encore soif". En fait, en opération serait plutôt, "Fournissez-nous des bouteilles d'eau, vite!" Or, quand on gère mal la communication, les messages d'ambiance ne sont pas transmis à toutes les personnes. Parfois, il faut même les transcrire parce qu'entre le langage des opérationnels et celui de la moyenne des gens ... Dans un exercice j'ai entendu le message suivant : "Le VSAV vient de partir en direction du CHEM, on passe à la suite." Une partie des gens qui ont reçu se message ont dû se le faire transcrire. Il voulait simplement dire que les pompiers avaient mis la victime dans le Véhicule de Secours Aux Victimes et que celui-ci venait de partir en direction du Centre Hospitalier Émile Muller de Mulhouse. Donc, qu'il n'y avait plus de victime sur site et que l'évacuation des victimes n'était plus une mission prioritaire. Il faut savoir qu'il y a des messages encore plus ésotérique que cela ... Beaucoup plus. Surtout que les pompiers ont tendance à utiliser les jargon militaire : phrases courtes avec un sujet (optionnel) une verbe d'action, éventuellement un adjectif ou un adverbe pour compléter...

ThierryM a écrit :
Mais pour revenir à la citation du début, et quelle que soit sa réalité, elle illustre avant tout un immobilisme complet. Que Henri Queuille ait vraiment prononcé cette phrase, ou une variante, il avait bien une réputation d’immobilisme, d’absence de décision politique, qu’il y ait urgence ou pas. C’est là où je ne suis pas d’accord ; que le politique ne doive pas s’emballer et doive décider à froid, bien évidemment ; qu’il ne doive rien décider et laisser faire le temps, non.

En fait, le temps du politique n'est pas le même que le temps des gens opérationnels. Donc, les politiques doivent définir en amont la politique à appliquer avec l'aide de ceux qui vont les éclairer, ils doivent ensuite s'assurer que cette politique est efficacement mise en œuvre et qu'elle atteint ses buts. Éventuellement apporter quelques correctifs. Après la crise, ils doivent en tirer les enseignements et corriger ce qui se doit de l'être si la réponse n'a pas été satisfaisante.

ThierryM a écrit :
Et pour finir, oui, la médiatisation et l'emballement est une plaie. Elle est certainement accrue par les temps qui courent mais l'envie de décider de suite, à chaud, n'est clairement pas le monopole des politiques, ni suscité par la seule présence médiatique. Combien de fois j'ai vu des collègues s'empresser de vouloir décider, trancher un sujet, sans prendre un peu de temps pour réfléchir et analyser.


Je dirais que cela est souvent d$u à un manque d'entrainements. Ces lors de ceux-ci que l'on apprends ce qui est utile et ce qui désorganise. Une décision qui remet en cause toute l'organisation en pleine crise déstabilise tout ... Même si cela qui la propose pense que c'est une idée géniale. SI elle est nécessaire, c'est que l'organisation n'était pas bonne et il aurait fallu les détecter en amont

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Message Publié : 04 Jan 2018 18:02 
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Pour compléter un peu les retours d'expérience de Narduccio.

Le rôle du politique est, pour commencer, de s'assurer que les moyens existent pour gérer une crise et qu'ils sont régulièrement testés.

Les exercices de crise ne sont pas seulement des tests de procédures. Ils sont surtout des tests de gestion. Il y a naturellement des imprévus dans une crise, sinon ce n'est pas une crise mais un simple accident où l'application de la procédure règlera le problème.

Lors d'une crise le rôle du politique est évidemment de décider mais à cet effet il ne prend des décisions que à la suite des points de situations.
La dernière décision systématique d'un point de situation est la planification du prochain point. Cela peut être 10 minutes, 1 heure, 2 jours ou 1 semaine ... cela dépend de la situation.
C'est encore un exemple où le politique doit savoir attendre mais la durée dépend naturellement de la situation.

Si le politique est naturellement associé à une gestion de crise, il est largement recommandé que celui-ci ne rejoigne physiquement la cellule de crise que lors des points de situation. Sinon il ne peut que perturber le fonctionnement de la cellule qui est censée appliquer les procédures prévues. L'éloignement du politique lui permet d'apporter un certain recul.
Le politique est généralement également chargé de la communication aux médias. Il a alors naturellement besoins des éléments issus des points de situation. Pour certains ces éléments sont suffisant, d'autres préféreront un argumentaire plus complet.

La difficulté est souvent de disposer d'un politique disponible pour un simple exercice alors que comme le disait Narduccio l’entraînement est indispensable.

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Message Publié : 04 Jan 2018 19:31 
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Narduccio, je vais répondre assez succinctement parce que, sur le fond, nous sommes d’accord : le politique doit rester à sa place (i.e. ne pas jouer la communication) et c’est à lui que revient de trancher certains problèmes (comme, dans le cas de la prise d’otage que vous évoquez, intervenir ou non, en fonction des risques ; abattre un avion civil, par exemple – pour moi, quelle que soit la formation, c’est au politique que revient cette décision, pas à un administratif ou un militaire aussi bien formé et entraîné soit-il) ; et cela nécessite une implication de sa part antérieure à la crise. Mais, c’est justement l’aspect décisionnel indispensable dans certains cas que je trouve absent de la citation d’Henri Queuille. D’où ma réaction initiale.


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Message Publié : 04 Jan 2018 20:39 
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ThierryM a écrit :
Narduccio, je vais répondre assez succinctement parce que, sur le fond, nous sommes d’accord : le politique doit rester à sa place (i.e. ne pas jouer la communication) et c’est à lui que revient de trancher certains problèmes (comme, dans le cas de la prise d’otage que vous évoquez, intervenir ou non, en fonction des risques ; abattre un avion civil, par exemple – pour moi, quelle que soit la formation, c’est au politique que revient cette décision, pas à un administratif ou un militaire aussi bien formé et entraîné soit-il) ; et cela nécessite une implication de sa part antérieure à la crise. Mais, c’est justement l’aspect décisionnel indispensable dans certains cas que je trouve absent de la citation d’Henri Queuille. D’où ma réaction initiale.


Juste un petit bémol : le politique est tout à fait légitime pour communiquer. Il justifie l'action de son mandat. En particulier lorsqu'il a pris une décision.
Lorsque la communication est bien faite le message est transmis et on ne retient pas forcément l'identité du messager. Par contre lorsqu'il s'agit d'erreurs, de gaffes, ... on se rappelle bien du messager.

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Message Publié : 04 Jan 2018 20:48 
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Grégoire de Tours
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YetAnotherYves a écrit :
ThierryM a écrit :
Narduccio, je vais répondre assez succinctement parce que, sur le fond, nous sommes d’accord : le politique doit rester à sa place (i.e. ne pas jouer la communication) et c’est à lui que revient de trancher certains problèmes (comme, dans le cas de la prise d’otage que vous évoquez, intervenir ou non, en fonction des risques ; abattre un avion civil, par exemple – pour moi, quelle que soit la formation, c’est au politique que revient cette décision, pas à un administratif ou un militaire aussi bien formé et entraîné soit-il) ; et cela nécessite une implication de sa part antérieure à la crise. Mais, c’est justement l’aspect décisionnel indispensable dans certains cas que je trouve absent de la citation d’Henri Queuille. D’où ma réaction initiale.


Juste un petit bémol : le politique est tout à fait légitime pour communiquer. Il justifie l'action de son mandat. En particulier lorsqu'il a pris une décision.
Lorsque la communication est bien faite le message est transmis et on ne retient pas forcément l'identité du messager. Par contre lorsqu'il s'agit d'erreurs, de gaffes, ... on se rappelle bien du messager.


Je ne dis pas que le politique ne doit pas communiquer. C'est juste que le topic partait d'une citation de Queuille sur la décision du politique. Donc je restais sur ce thème-là.


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