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Message Publié : 15 Juin 2020 9:12 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Je vous propose un nouveau compte-rendu sur Grégoire le Grand par Anne Bernet, réalisé par mon ami Didier Lafargue.. Ce compte-rendu est plus court que les autres.

Saint Grégoire
par
Anne BERNET
(Édition Clovis, 2004)


Saint Grégoire naît à Rome au VIe siècle en l’an 540. Il est prénommé Grégoire par ses parents, du grec gregorios, soit l’ « éveillé », le propre du chrétien qui reste confiné dans la prière et attend la Parole du Seigneur. Le prénom a déjà été illustré dans le passé par d’illustres penseurs religieux comme Grégoire de Nysse.

A l’époque, l’empire d’occident n’existe plus. Le dernier empereur d’Occident Romulus Augustule, a été déposé par le chef mercenaire Odoacre en 476. Puis Odoacre est tombé sous les coups des Ostrogoths de Théodoric. Ce dernier a alors choisi de romaniser son peuple et a donné temporairement un nouvel âge d’or à L’Italie. Celui-ci n’a pas duré cependant et après sa mort les Ostrogoths se sont refusés à rejoindre la romanité.

A Byzance, l’empereur Justinien a alors décidé de reconquérir l’empire d’Occident, notamment l’Italie berceau de la romanité. Toute l’enfance de Grégoire a été marquée par les luttes entre Goths et Byzantins. Rome a été prise et reprise par les deux belligérants avec force massacre et pillages.

Les élites désertent la Ville pour rejoindre Constantinople. Certain restent cependant, encore séduits par son passé prestigieux. Les grandes familles de la Rome antique sont à présent éteintes. La plus ancienne remonte à la dynastie des Antonins. Les souvenirs des gloires passées les empêchent de partir, aussi ceux liés à Pierre le premier pape. Règne alors une aristocratie sacerdotale dominée par le seul souci de servir l’Eglise. Dans l’une d’elle est né Grégoire, fils de Gordianus et de Silvia.

Finalement, Byzance a réussi à vaincre les Ostrogoths et à récupérer l’Italie. Séduit par les Ordres et par le service de Dieu, Grégoire ne s’en est pas moins temporairement éloigné pour entrer dans le monde. Il se veut ardemment Romain et ne comprend pas pourquoi les gens désertent l’ancienne capitale du monde pour aller s’installer à Constantinople. Les misères du temps expliquent la chose, mais il veut les ignorer. Sur l’injonction de son père, il se lance dans la carrière des honneurs et brigue les postes importants. Il a alors trente ans et doit ses succès non à ses intrigues mais à ses talents car à Constantinople on a réalisé qu’il est à Rome le meilleur. Au début de sa carrière, Grégoire se veut un serviteur inconditionnel de l’empereur, représentant de cette antique romanité qu’il veut défendre. Il est aussi admirateur de Trajan, ce grand empereur du Haut empire qui a créé une caisse d’épargne destinée à favoriser les petits propriétaires italiens et à repeupler les campagnes. Longtemps un succès, elle n’a pas empêché l’agriculture de péricliter au Bas empire, et Constantin a dû opter pour la coercition en attachant de force les paysans à leur terre. Toujours en cours au VIe siècle, ces méthodes suscitent le désappointement du Romain qui regrette les temps anciens.

L’Italie connaît alors un nouveau fléau : les Lombards. Installés d’abord en Pannonie puis dans l’actuelle Croatie, ceux-ci, sous la direction de leur roi Albouin, décident d’émigrer dans la péninsule et de prendre la place laissée libre par les Ostrogoths. C’est une période de ravages, de destructions et de tueries car les envahisseurs sont pires que leurs prédécesseurs. Le péril se rapproche peu à peu de Rome. Les Italiens n’aimaient pas l’autorité de Byzance car elle les pressurait d’impôts. Ils en virent encore moins l’utilité quand ils comprirent que l’empereur, alors prénommé Justin, se désintéressait d’eux en s’abstenant de leur envoyer des troupes. Lorsque le roi Albouin meurt, un espoir se fait jour en Italie. Certes, au lieu d’un successeur le pouvoir chez les Lombards est exercé par trente-cinq « ducs ». Si le danger est moindre, il n’en reste pas moins très grand car chacun de ces chefs pille à qui mieux mieux. Grégoire réalise alors que la splendeur romaine a définitivement vécu et perd toutes ses illusions à l’égard de Byzance.


I. Le préfet de Rome.

Il n’en devient pas moins Préfet de la Ville, représentant direct de l’empereur de Constantinople avec seulement une soumission théorique à l’exarchat de Ravenne gouverneur de l’Italie au nom de l’empereur. C’est une tâche écrasante qui exige notamment de sa part l’organisation de la police et de l’approvisionnement de la Ville et du Latium. Dans l’exercice de cette charge il doit aussi composer avec l’autre maître de Rome, le pape, lequel n’entend pas se laisser dicter ses lois par l’empereur.

A cette époque, l’Eglise est menacée par une succession d’hérésies, d’abord l’arianisme, puis le nestorianisme et le monophysisme. Ce dernier niait l’humanité du Christ et ne reconnaissait que sa divinité. Sous l’influence de son épouse Théodora, l’empereur Justinien a renoncé à imposer l’orthodoxie catholique et accepté de composer avec les monophysites contre leurs ennemis les Nestoriens, imposant ses vues par l’intermédiaire du concile de Constantinople. Le pape de Rome, Vigile, a fini par céder sous la contrainte. Mais une partie de l’Italie, notamment Ravenne, s’y est ferment opposée, donnant naissance à la querelle des trois chapitres. Grégoire a été choisi pour servir d’intermédiaire et est parvenu à trouver un accord, il est vrai bien fragile.


II. Le moine.

Après avoir exercé sa charge pendant deux ans, Grégoire quitte la préfecture et se consacre à sa vraie vocation : sa vocation religieuse. Il devient moine et opte pour la vie monastique. Son modèle est saint Benoît de Nursie, lequel a fondé, cinquante ans avant sa naissance, une communauté au mont Cassin, l’ordre des Bénédictins. Lui-même admire un religieux du nom de Valerion. Il va le trouver, se déclare son disciple et lui affirme qu’il veut vivre comme simple frère dans la communauté de moines placée sous sa direction. En fait son rôle est plus important, car c’est lui qui apporte l’argent ainsi que l’une des propriétés pour l’établissement de la communauté. Ainsi fonde-t-il le monastère Saint André dans sa maison du Vicus Scauri. Là, Valerio lui confie les tâches de gestion et d’administration, jugées plus conformes à son caractère. Grégoire ne s’en livre pas moins à la prière et la vie contemplative. Son vœu le plus cher est de partir dans le nord, en Bretagne, l’actuelle Angleterre, pour apporter la bonne parole aux païens.


III. L’ambassadeur du pape.

Mais les affaires du monde le rappellent. Conscient de ses qualités et se souvenant de son brillant passé de préfet, le pape Pélage II s’oppose à ce qu’il parte évangéliser les Bretons et le nomme apocrisiaire à Constantinople, soit son ambassadeur dans la nouvelle capitale de l’empire. A cette époque les relations entre Rome et Constantinople ne sont pas au beau fixe. Les catholiques romains trouvent en effet que l’empereur byzantin en prend un peu trop à son aise en voulant imposer la tradition orthodoxe en Sicile où les fondations grecques tendent à supplanter celles latines, ce dans une volonté de favoriser partout le pouvoir impérial. Surtout, le Pontife a besoin d’un homme de la trempe de Grégoire pour faire accepter son élection par l’empereur, car, élu dans l’urgence, elle n’a pas été ratifiée par Byzance. Ce n’est pas le moment de se mettre à dos le souverain, l’Urbs étant alors très menacée par les ducs lombards de Bénévent et de Spolète.

Arrivé à Constantinople, Grégoire ne ressent que mépris pour cette ville au luxe ostentatoire fruit du pillage de maintes régions y compris celle de Rome. Non séduit par le mirage de la « seconde Rome », il reste toujours attaché à la Ville éternelle.

Dans la cité du Bosphore, Grégoire a fort à faire pour tenter d’intéresser l’empereur au sort de l’Italie. Pour cela, il tente de trouver des appuis, de nouer des relations. Il exerce une influence par son charisme spirituel en étant le confesseur de diverses personnalités. Ainsi se lie-t-il avec l’héritier du trône, Maurice, et sa sœur qui en est l’égérie. Par contre, il s’oppose au patriarche Eutychius à propos d’une querelle théologique liée à la théorie des corps glorieux, lui estimant que les corps renaîtront après la mort identiques à ce qu’ils étaient ici-bas, Eutychius, soutenant qu’ils seront d’une nature beaucoup plus élevée. Militaire entendant peu à toutes ces subtilités, l’empereur Tibère donne raison à Grégoire pour des raisons politiques, un os à ronger à lui donner pour compenser sa mauvaise volonté à aider l’Italie.

Par bonté d’âme, Tibère a diminué les impôts des deux tiers, afin de soulager les souffrances de ses sujets. Grégoire l’approuve car il est conscient qu’un fiscalisme excessif est un mal pour les provinces. Mais le résultat est que les revenus de l’Etat diminuent et que les perspectives d’une aide financière à Rome s’éloignent d’autant. Finalement, Tibère meurt et Maurice devient empereur. Avare au possible, celui-ci rétablit les impôts, une obligation devant la situation financière catastrophique de Byzance. Mais il n’aide pas pour autant l’Italie car il y a d’autres priorités, la menace des Slaves et des Avars sur Constantinople faisant passer au second plan le problème lombard. Finalement, Grégoire est rappelé par le pape et part sur un échec bien qu’il ait entretenu d’excellentes relations avec l’empereur Maurice. Le pape ne lui en veut pas, car il comprend très bien la situation à Constantinople.


IV. Le pape.

De retour à Rome, Grégoire revient à son monastère. Mais il le quitte souvent sur la demande du pape qui sans arrêt a besoin de son aide pour gouverner l’Eglise. Lorsqu’il meurt, Grégoire est élu pape en 590 sans difficulté car il est jugé par tout le monde le plus apte à diriger l’Eglise. Il règnera sous le nom de Grégoire 1er. Même Maurice ratifie son élection, l’empereur l’estimant beaucoup et se disant qu’il sera son homme à Rome. Il se trompe car, forte personnalité, Grégoire va très vite s’opposer à lui.

Lorsqu’il devient évêque de Rome, la situation en Italie est catastrophique. Outre la menace lombarde, le pays connaît la disette, des catastrophes naturelles, notamment des crues à Rome, et surtout la peste. Les morts s’accumulent, la misère s’étend. Au moins, les Lombards ne sont pas épargnés par l’épidémie et, du coup, se font moins pressants.

Pour faire face à tous ces fléaux, Grégoire tente de renforcer la fortune de l’Eglise en s’appuyant sur « le patrimoine de Saint Pierre ». Les possessions de l’Eglise sont surtout importantes en Sicile où elles concernent 20% des terres cultivées. Précisément, Grégoire voudrait rendre à l’Italie son rôle de grenier à blé. Aussi, pour accroître le rendement des domaines siciliens, le pape améliore leur gestion en les divisant en deux et en faisant superviser le tout par un homme de confiance, le diacre Pierre, son ami d’enfance.

L’élection au souverain pontificat voit Grégoire nanti d’une très forte maturité. Très lucide, il a désormais perdu toutes ses illusions à l’égard de Byzance. Il a en effet compris, que l’empire romain, c’est fini. Dans ses lettres, le pape va parler de l’Europe et non plus de l’Occident, une nuance importante. Pour lui, l’Europe c’est l’Espagne, la France, voire l’Angleterre, la Germanie quand elles seront converties, ces anciennes provinces que Rome a perdues mais que l’Eglise a su conserver. Grégoire voit vers ces régions et non plus vers l’Afrique du nord qui vient d’être reconquise par Bélisaire et qui est dépendante de Byzance. Il faut liquider le passé et composer avec les royaumes barbares d’Occident, forts de leur jeune puissance. Cette juste conscience de la situation va ainsi faire de Grégoire l’un des pères de l’Occident chrétien.

Soixante-dix ans auparavant, les Francs ont été récupérés par l’Eglise, assimilés et civilisés, grâce à la conversion de Clovis. Plus récemment, les Wisigoths ariens d’Espagne ont opté eux aussi pour le catholicisme à la suite de la conversion de leur roi Reccarède, sous l’influence de l’évêque Léandre, ami de Grégoire. Le pays est devenu catholique grâce au martyr du prince Hermenegilde, mis à mort par le roi Léovigild, son père, pour s’être fait chrétien. Sur son exemple, Reccarède son frère s’est converti une fois devenu roi, en 586. Aussi, ce qui a été réussi avec les Francs et les Wisigoths, Grégoire voudrait le réaliser avec les Lombards. Mais cela, le pontife voudrait le faire sans rompre avec Constantinople ce qui l’oblige à suivre une ligne de crête difficile. Il dispose d’une alliée en la personne de la reine Théodelinde, princesse bavaroise catholique, épouse du roi des Lombards Agilulfe. Grégoire espère qu’elle jouera le même rôle qu’a joué jadis Clotilde auprès de Clovis. Une génération est passée et les Lombards, de sauvages nomades pillards qu’ils étaient, se sédentarisent et pensent que tout détruire ne peut que nuire à leur prospérité. Ils deviennent d’habiles agriculteurs et se font craindre plus là où ils ne sont pas que là où ils se sont fixés. Progressivement, ils vont être pour Grégoire des interlocuteurs avec qui l’on peut discuter.

Pour l’heure, ce n’est pas encore le cas et il lui faut protéger Rome de ces envahisseurs. Il ne peut compter sur l’exarque de Ravenne Romanus, mou et irrésolu, qui se refuse à distraire des troupes de la défense de Ravenne. Grégoire n’éprouve aucune sympathie pour lui, lequel le lui rend bien. Aussi impose-t-il son autorité aux officiers byzantins qui, sans ordre de Constantinople, se refusent à prendre eux-mêmes des initiatives. Sans en référer à Ravenne et à Byzance, il les envoie ravager les territoires lombards du duc de Spolète. Ce saint homme est pourtant contre la violence et le pillage, dont il n’a que trop vu les conséquences sur l’Italie, mais cette contradiction ne le gêne pas car il faut agir. Malheureusement, sa stratégie est un échec et Romanus a beau jeu de le condamner auprès de l’empereur Maurice. Ce dernier, cependant, passe l’éponge pour cette fois.

Grégoire voudrait bien faire entrer les Lombards dans le giron romain et les unir aux autres Italiens. Mais sa tâche est compliquée par la querelle des trois chapitres qui divise entre eux les chrétiens orthodoxes. Il ne peut qu’attendre et en profite pour se livrer à ses activités littéraires.

Brusquement, le roi des Lombards s’avance vers Rome et menace de s’en emparer. Grégoire prend sur lui de négocier et obtient son retrait car il sait que Rome n’a pas les moyens de soutenir trop longtemps un siège. Il se refuse cependant à faire sécession et à abandonner Constantinople car il reste avant tout fidèle à l’empereur et sait de toute façon que celui-ci n’hésiterait pas à écraser une rébellion de Rome. Qui plus est, il n’a pas confiance en le roi lombard et pense que trop lui céder ne serait que permettre à celui-ci de bouffer Ravenne et Rome l’une après l’autre.

Mais ses initiatives ont donné prétexte à l’exarque Romanus, qui le déteste, de crier à la haute trahison et de le dénoncer devant l’empereur. Cette fois-ci, Maurice refuse de l’absoudre et, sans pour autant le déposer, lui envoie une lettre outrageante, à laquelle Grégoire répond en se retranchant derrière sa dignité de pape.

Finalement, en 596 Romanus meurt. L’empereur Maurice, qui en définitive a compris qu’il ne récupèrerait pas l’Italie, a besoin de Grégoire pour maintenir un semblant d’influence dans la péninsule. Aussi, pour lui complaire, il nomme dans le pays un exarque beaucoup plus souple que le précédent, Callinicus, et qui accepte de composer avec le pape. D’accord avec lui, Grégoire parvient ainsi à conclure une trêve de deux ans avec le roi des Lombards ce qui termine trente ans de guerre en Italie.

Grégoire peut alors s’intéresser aux autres catholiques d’Occident, soit ceux de France et d’Espagne. Il est rassuré pour cette dernière car le martyr du prince Hermenegilde a permis sa conversion. Avec la France, le problème est plus complexe. Au VIe siècle, le pays, réunifié par Clovis, est retombé dans la division du fait des désastreux partages successoraux entre les héritiers mérovingiens. A l’époque de Grégoire sévit la rivalité entre Brunehilde, régente d’Austrasie, et Frédégonde, régente de Neustrie. Le pape doit bien entretenir des relations avec les uns et les autres pour défendre les intérêts de l’Eglise. Ainsi noue-t-il d’excellentes relations avec Brunehilde en Austrasie. Celle-ci veut s’allier à Constantinople pour mieux lutter contre son ennemie Frédégonde et, pour ce faire, a besoin du pape comme intermédiaire. De son côté, lui veut tenter de la convaincre de mettre fin à la simonie, cette tare qui sévit chez les évêques francs, celle qui consiste à se faire octroyer un évêché rien qu’en payant et sans faire d’études, une habitude que favorisent les souverains car cela leur apporte des sous.

De plus, Grégoire voudrait leur aide pour mener à bien sa grande entreprise, la conversion de l’Angleterre. Saint Pierre avait converti la Judée ; Saint Paul avait converti les gentils ; saint André, l’Achaïe ; St Jean, l’Asie ; lui voulait être celui qui aurait converti l’Angleterre ! Il rêvait d’y aller autrefois mais le pape Pélasge s’y était opposé. Devenu pape, il ne le peut évidemment plus, il lui faut déléguer. Pour son projet, il ne peut compter sur les catholiques irlandais, d’une très grande vigueur sur le plan religieux, car ils détestent les Saxons qui les oppriment. Aussi doit-il demander aux Francs des missions d’évangélisation. Mais ceux-ci refusent. Grégoire décide alors de prendre des missionnaires dans son vivier personnel, le monastère de Saint André où il a vécu autrefois. Là, cinquante moines sont triés sur le volet et envoyés là-bas sous la direction de frère Aurélien. Celui-ci sera le premier archevêque de Canterbury. Malgré tout, ils ne sont guère enthousiastes car le pays est alors en proie à de vrais sauvages.

A l’époque de Grégoire, l’Angleterre, abandonnée depuis deux siècles par Rome, a été envahie par les Angles et les Saxons. Le pays est alors divisé en six royaumes, Wessex, Sussex, Essex, Norfolk, East Anglia, Kent. Il est très dangereux d’envoyer des missionnaires dans ces régions, car les envahisseurs sont résolument ariens. Excepté le Kent cependant, dont la capitale est Canterbury. Son roi, Ethelred, a tenté d’unifier toute l’Angleterre mais a échoué. Aussi pense-t-il que s’il se fait catholique cela lui permettra d’obtenir l’aide des Mérovingiens contre ses rivaux. Profitant de cette opportunité, Grégoire lui envoie les cinquante moines.

Parallèlement à ses activités diplomatiques, Grégoire entreprend la réforme de l’Eglise. Il réaffirme partout l’autorité de Rome. Il veut de bons évêques, dignes d’encadrer les fidèles. Or, beaucoup d’entre eux ne sont titulaires de leur charge que parce qu’ils l’ont achetée et n’ont pas les capacités de l’assumer. Il y a beaucoup d’abus. Le pape menace ceux qui sont indignes, ou les dépose carrément s’ils refusent d’obtempérer. Il a surtout les mains libres en Italie. En Illyrie, les choses sont plus difficiles car les évêques peuvent en appeler à Byzance. Grégoire lutte aussi contre l’influence des Juifs qui sont très nombreux en Italie du sud, tout en se refusant cependant à ce qu’on les persécute. Il combat aussi les restes du paganisme.

En 602, l’empereur Maurice est renversé à la suite d’une rébellion de l’armée, mis à mort lui et toute sa famille. Monte alors sur le trône Phocas, le chef des rebelles. Logiquement, Grégoire devrait l’excommunier car il s’est fait empereur par le crime. Même s’il avait eu des problèmes avec Maurice, Grégoire avait autrefois été son ami quand il était ambassadeur à Constantinople, s’était occupé de l’éducation de ses enfants. Mais il doit taire ses sentiments personnels, car son intérêt lui commande de se mettre bien avec Phocas sous peine de provoquer un schisme. Il a de la chance car le nouvel empereur veut se rapprocher de Rome pour lutter contre le patriarche de Constantinople, et accepte de renoncer à pactiser avec les monophysites. Grégoire est ravi car cette hérésie le préoccupait beaucoup. Phocas remplace Callinicus par un autre fonctionnaire nommé Smaragdus et, pour complaire au pape, favorise son action vers les Lombards. Ainsi, Grégoire peut renouveler la trêve avec le roi Agilulfe, éventuelle base d’un futur traité de paix. Grâce à l’influence de la reine catholique Theodelinde, les Lombards sont en passe de se convertir ce qui en ferait les défenseurs de l’Eglise. Bon gré mal gré, entourés qu’ils sont par des Etats catholiques, Francs, Germains convertis, Italiens, Byzantins, ces Barbares vont bien être obligés de renoncer à l’arianisme et de s’accommoder avec l’Eglise, sous peine de voir tous ces peuples vouloir en finir avec eux. Il suffit d’attendre. Ainsi, vont-ils être assimilés, civilisés, et former un seul peuple avec les autres Italiens. Sur ce point, Grégoire a réussi.

Grégoire avait toujours eu une mauvaise santé. Depuis trente ans, il souffrait d’un ulcère d’estomac. Brusquement, son état empire. Il meurt en mars 604.

En quinze ans, Grégoire a façonné le visage de la catholicité médiévale. Il est le père spirituel de l’Angleterre chrétienne, le réformateur ayant arraché l’Eglise à l’ornière, le docteur ayant produit une pensée profonde. Il est enfin celui qui a fait d’une Rome vaincue et misérable la maîtresse spirituelle de l’univers.


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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
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