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Message Publié : 30 Avr 2020 6:28 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Voici une nouvelle fiche de lecture sur Philippe le Bel. Elle a été faite toujours par un ami Didier Lafargue (qui ne s'est toujours pas inscrit ici sur ce forum ?). C'est la dernière qui concerne le bas Moyen-Âge, les prochaines se situeront au haut Moyen-Âge... B)


PHILIPPE LE BEL
par Georges MINOIS
Edition Perrin, 2014

I. Jeunesse de Philippe.

Philippe le Bel est né en 1268. Il est le fils du roi de France Philippe III, lui-même fils du grand Saint Louis, et d’Isabelle d’Aragon, fille du roi d’Aragon. Il n’est que son deuxième fils et il a un frère aîné. Il n’est donc au départ pas destiné à devenir roi. Le jeune Philippe perd sa mère, morte à 24 ans à la suite d’un accident de cheval, alors qu’il n’a que six ans. Son père se remarie alors avec Marie de Brabant. Brusquement le frère aîné de Philippe ainsi qu’un autre de ses frères tombent malade et succombent. On a soupçonné leur belle-mère Marie de Brabant de les avoir fait empoisonner pour favoriser ses propres enfants. Elle est à la tête du clan brabançon, très important à la cour. Entre Philippe et sa belle-mère existeront des rapports courtois mais distants, sans tendresse.

Son père Philippe III est un personnage falot, sans énergie. Il est pieux mais c’est tout et n’a pas hérité de la volonté de son père.
Par contre, Philippe a été influencé par sa grand-mère Marguerite de Provence, veuve de Saint Louis. Elle va insuffler en lui le souvenir de son mari. Philippe en héritera une grande piété, le devoir de sauvegarder la foi, un très fort sens des responsabilités.

Il va être aussi très influencé dans sa jeunesse par un ouvrage écrit par son précepteur, un certain Gilles de Rome, une sorte d’essai politique destiné à donner la meilleure idée du bon roi, le De Regine Principis. Il le méditera toute sa vie, en retirera l’idée qu’il est important pour un roi de faire appuyer ses décisions par le peuple et pour cela d’expliquer à celui-ci le sens de ce qu’il fait. Ainsi va s’opérer le passage de la monarchie féodale marquée par les rapports d’homme à homme, à la monarchie nationale.

Le jeune Philippe était, paraît-il, très beau, ce qui expliquera son surnom « le Bel ». Effectivement, c’était un bel homme, et bien bâti.
A seize ans, en 1284, il se marie avec Jeanne de Navarre. Celle-ci lui apporte en dot la Champagne et la Navarre.

L’entrée en politique du jeune Philippe se fait dans un contexte tumultueux. Son père doit en effet faire la guerre au roi d’Aragon Pierre III. C’est une véritable croisade décidée par le pape Honorius IV qui veut soutenir les Angevins en Italie du sud contre les Aragonais. Comme Charles d’Anjou est l’oncle de Philippe III, ce dernier choisit de le soutenir et de conquérir l’Aragon. Mais c’est très difficile. Le jeune Philippe le Bel est opposé à l’entreprise. L’armée française entre effectivement en Espagne et met le siège devant la ville de Gérone. Mais après plusieurs mois, elle doit renoncer et faire retraite. Finalement, elle arrive à Perpignan dans le Roussillon, alors possession de l’Aragon et où Philippe III meurt à l’âge de 40 ans, en 1285.
Ipso facto, son fils Philippe devient roi sous le nom de Philippe IV. Il n’a que 17 ans !


II. Les débuts du règne.

Il se trouve dans une situation délicate, car il est à la tête d’une armée vaincue en terre étrangère, dans un conflit qu’il n’a pas voulu et qu’il va lui falloir liquider. Il quitte alors l’armée et par étapes successives gagne Paris. De là il va se faire sacrer roi à Reims. Le rituel très symbolique de la cérémonie va le marquer profondément, lui insuffler un sens sacré de son devoir.

Il forme son conseil. Plus que sous le règne précédent, ses conseillers sont principalement des hommes de loi, des juristes, des avocats, des « légistes », ce qui agace les grands nobles qui se considéraient jusqu’alors comme les conseillers naturels du monarque. Philippe leur gardera sa confiance toute sa vie. Ils le lui rendront bien et en échange de ses prodigalités, ils travailleront toujours pour le bien de la royauté.

Philippe, comme presque tous ses aïeux et successeurs (excepté Saint Louis) est passionné par la chasse. Il y passera énormément de temps, ce qui suscitera les reproches de ses conseillers qui préfèreront qu’il consacre plus de temps aux affaires. Pourtant, dans l’esprit du roi les deux activités se rejoignent. En effet, durant tout son règne Philippe le Bel aura un tempérament de chasseur, d’oiseau de proie, poursuivant son gibier (les templiers, les juifs…) jusqu’au bout et ne se décourageant jamais.

Au moment où il devient roi, le contexte général au sein de la chrétienté lui est globalement favorable et personne ne lui cherche noise. Les deux souverains qui comptent sont alors :

:arrow: Rodolphe 1er de Habsbourg, empereur du Saint Empire.
:arrow: Edouard 1er, roi d’Angleterre.
:arrow: Rodolphe 1er (le tout premier Habsbourg à régner sur le Saint empire) regarde davantage vers l’Est et s’intéresse peu à la France. Par contre Edouard 1er est plus inquiétant. Pour le moment, il ne demande qu’à s’entendre avec Philippe, il a trop à faire dans son royaume d’outre-manche où il combat notamment contre les Gallois. C’est un guerrier, jaloux de son pouvoir. Il ne conserve sur le continent, dernier vestige de l’ancien « empire angevin » que l’Aquitaine. Lui aussi voudrait voir liquider le conflit en Aragon.

Mais dès les premières années de son règnes, Philippe le bel va commencer à connaître des frictions avec le pape. Celui-ci est Nicolas IV. Existent alors des problèmes issus de la confrontation entre juridictions ecclésiastiques et juridictions royales. Le roi de France ne peut tolérer les empiètements de l’Eglise sur ces dernières, par exemple quand un de ses sujets est justiciable des tribunaux de l’Eglise sous prétexte qu’il est tonsuré. Le pape envoie deux légats. L’un d’eux se nomme Benedetto Caetani, le futur Boniface VIII. C’est le futur adversaire de Philippe lequel commence à avoir une idée du personnage quand il le voit s’attaquer avec véhémence à deux universitaires défendant la juridiction civile.

En politique extérieure, Philippe s’emploie à liquider le conflit à propos de l’Aragon, reste du règne précédent et qu’il n’a jamais approuvé. C’est délicat car aucun des deux camps ne veut céder. Finalement, par le traité de Tarascon, Charles d’Anjou, frère du roi, renonce à conquérir l’Aragon mais garde l’Italie du sud. Alphonse III, le roi d’Aragon, renonce à revendiquer celle-ci.

Le traité de Tarascon marque le début de la maturité chez le jeune Philippe, le commencement de son règne véritable. Après les errements du règne précédent, il va pouvoir travailler à ses propres projets.


III. La lutte contre le roi d’Angleterre et le pape.

Pour l’heure, il s’inquiète des initiatives d’Edouard 1er, dont il estime qu’il reste un peu trop de temps en Aquitaine où il a fait construire des forteresses. Que mijote-t-il ?

Très vite, le conflit va éclater entre les deux monarques. Un premier point de friction concerne la Flandre. Son comte, Guy de Dampierre, veut s’opposer aux empiètements de Philippe le Bel qui s’immisce notamment dans ses rapports avec ses villes en révolte et au sein desquels le roi de France veut jouer le rôle d’arbitre. Aussi se rapproche-t-il d’Edouard 1er en proposant de marier sa fille Philippine à son fils, ce qui déplaît à Philippe.

Mais c’est surtout en Aquitaine que le litige est grave. Les marins normands, pour Edouard, s’oppose aux marins bayonnais, pour Philippe, et de vrais combats éclatent entre eux. Philippe exige que soit faite une enquête. Edouard 1er, accommodant, cède sur tout, accepte même que Philippe envoie des troupes en Aquitaines occuper, provisoirement, les principales forteresses. En fait, le roi de France veut pousser Edouard à la faute, ce qui lui donnerait l’opportunité de raffermir son droit de suzeraineté sur le duché, peut-être même le confisquer.

Le roi d’Angleterre s’est fait berner et la guerre éclate. Deux coalitions s’opposent. Edouard 1er est parvenu à mettre dans son jeu le comte de Flandre Guy de Dampierre, Adolphe de Nassau, futur empereur, le comte de Hollande. Philippe le Bel tente de battre en brèche cette coalition et a ses propres alliés. Les deux rois, en manque d’argent, cherche par tous les moyens à en obtenir. Philippe le Bel notamment lève de nouveaux impôts, très impopulaires, comme la « maltote ». Les villes sont réfractaires et choisissent plutôt de donner une somme globale ce qu’accepte Philippe. Celui-ci altère aussi la valeur de la monnaie pour accroître ses ressources. Il ponctionne les Juifs, les Lombard. Surtout, la plus grosse partie de ses revenus provient du décime, impôt sur les biens du clergé que le pape autorise car il est censé financer la croisade. Mais celle-ci est toujours remise à plus tard et le roi s’en sert pour ses intérêts propres.

La guerre est d’abord favorable au roi de France dont les troupes occupent les trois quarts de l’Aquitaine. Pour maintenir la pression sur son ennemi, il lance même quelques raids sur les côtes anglaises. Il tourne ensuite ses efforts contre le comte de Flandre. Contre celui-ci, il intervient en se portant arbitre dans les différends qui l’opposent aux villes flamandes comme Valenciennes.

Mais un nouveau conflit va être connu par le roi, celui qui va l’opposer au pape.

Après deux ans d’atermoiement, les cardinaux ont enfin élu un nouveau pape, l’ermite Pierre de Moronne, un saint homme devenu pape sous le nom de Célestin V. En fait c’est une créature de Charles d’Anjou qui manipule ainsi la curie à son profit. Tout va à vaux l’eau dans le gouvernement de l’Eglise car Célestin V n’y connaît rien. Finalement, l’un de ses conseillers, Benedetto Caetani, lui suggère d’abdiquer, ce qu’il fait. Ce Caetani se fait alors élire à sa place sous le nom de Boniface VIII. Or, c’est tout le contraire de Célestin, un juriste accompli, très autoritaire, intransigeant, connaissant tous les arcanes de l’Eglise et sa diplomatie. De façon générale, les souverains d’Europe sont contents de son élection car un homme compétent est enfin à la tête de l’Eglise.

Mais il va s’opposer à Philippe le Bel. Dès lors, celui-ci va devoir combattre dans ces années 1295 deux adversaires :

:arrow: Edouard 1er, sur le plan militaire,
:arrow: Boniface VIII sur le plan politique.

Le combat va être très rude.

En effet, Boniface VIII veut réaffirmer le pouvoir des papes sur tous les souverains, comme du temps d’Innocent III. C’est un gag si l’on sait qu’à Rome même son pouvoir est contesté par la famille rivale des Colonna ! Face à lui, Philippe le Bel se pose comme le champion du droit romain qui affirme le pouvoir du roi sur tous les corps de la nation, y compris sur le clergé. Pour le roi, le clergé doit être soumis au pouvoir politique, notamment en payant les impôts demandés, en particulier ce fameux decime. Boniface VIII récuse cette idée. De plus il a besoin d’argent pour financer sa politique méditerranéenne, aider quelques souverains dont il est l’ami. Or, il veut en faire venir de France en taxant le clergé. Mais Philippe le Bel interdit la sortie d’or et d’argent de son royaume sans son autorisation et Boniface VIII est furieux ! Il menace d’excommunier le roi. Surtout, il lui écrit en l’insultant, en le traitant comme un gamin qui refuse de soumettre à son « père », le pape, critique ses mauvais conseillers. Sagement, le roi ne répond pas directement mais réagit de façon indirecte en laissant ses conseillers, les légistes, théoriser l’indépendance des pouvoirs spirituels et temporels.
Finalement, le roi et le pape se rapprochent car ils ont besoin l’un de l’autre. Philippe laisse Boniface percevoir les impôts pontificaux sur le clergé de France, argent dont l’évêque de Rome a besoin pour mener sa politique en faveur de l’Aragon contre Charles d’Anjou. En échange, le souverain pontife laisse le roi percevoir ses fameux décimes. Surtout, il mène à bien la canonisation de Saint Louis, en marche depuis ses prédécesseurs, et qui est officielle en 1297. Depuis longtemps, le peuple l’attendait en France. L’évènement confère un très grand prestige aux capétiens ; un saint dans la famille ! Boniface VIII l’a accepté, car lui aussi admirait Saint Louis qu’il avait rencontré autrefois. Précisément, il ne se prive pas d’écrire au roi de France tout le bien qu’il pense de lui et qu’il voudrait bien voir imiter par son petit-fils ! L’allusion est claire pour Philippe le Bel dont le comportement est bien différent des habitudes de son grand-père. Lui si fier de voir ce dernier canonisé, il va finalement avoir à s’en repentir car il n’agit pas comme lui.
Pendant ce temps, Edouard 1er, fait la guerre aux Gallois et aux Ecossais, dans ses pays d’outre-manche. Roi guerrier, il veut en finir surtout avec les Ecossais pour, ensuite seulement, aller sur le continent en découdre avec Philippe le Bel qui occupe la plus grande partie de son duché d’Aquitaine. C’est ainsi qu’après avoir imposé son feudataire John Baliol comme roi d’Ecosse, il lui fait la guerre après que celui-ci se soit rebeller et entre dans le royaume du nord. Après force massacres et destruction, ce dernier est soumis.

De son côté, Philippe le Bel arrive à soumettre le comte de Flandres Guy de Dampierre à sa volonté, en intervenant contre lui en faveur des villes flamandes. Finalement, Guy de Dampierre est déclaré félon.
Face à Edouard 1er, le roi de France en réfère à l’arbitrage du pape Boniface VIII avec qui il entretient, pour le moment, de bonnes relations. En 1298, les envoyés des deux rois plaident leur cause auprès du souverain pontife à Rome. En définitive, Philippe le Bel consent à rendre et à laisser son duché au roi d’Angleterre à la condition que soit réaffirmé son droit de suzeraineté. On a beaucoup critiqué ce qui semblait être un abandon dans la mesure où les Français occupaient tout le duché. Mais en fait, cette occupation coutait très chère à Philippe. De plus, l’Aquitaine était perpétuellement sujette à des troubles, des révoltes des seigneurs gascons et son annexion aurait causé beaucoup de problème au royaume de France. Aussi que l’Angleterre continue à trainer ce boulet, il est trop tôt pour la France d’annexer la province. Pour sceller cet accord, Philippe donne sa sœur Marguerite en mariage à Edouard et sa fille Isabelle à son fils le futur Edouard II, cela fait autant de moyen de contrôle sur la monarchie britannique, avec ces dames qui peuvent être éventuellement des agents de renseignement.

En 1299, le roi règle le problème des limites entre la France et l’Allemagne en rencontrant l’empereur Albert de Habsbourg qui a évincé et tué Adolphe de Nassau. Ces limites sont floues, relèvent de zones imprécises où les potentats locaux font ce qu’ils veulent puisqu’ils ont des domaines des deux côtés. Philippe le bel obtient du souverain allemand une clarification des frontières à son avantage.
Ainsi quand commence le XIVe siècle, en l’année 1300, le roi de France est devenu réellement maître chez lui, tant à l’Est face à l’empereur que dans tout le royaume. C’est une année faste pour lui, celle qui termine les 15 premières années de son règne. Il a su affirmer son pouvoir dans son royaume en usant du droit, sa spécialité (ce n’est pas pour rien que son règne est aussi celui des légistes), tant le vieux droit féodal que le droit romain, lequel voit croître son importance. Il ne veut pas forcément annexer les terres de ses vassaux au domaine royal mais veut transformer ces derniers en simples gouverneurs de province soumis à sa volonté, y compris le plus puissant d’entre eux Edouard 1er.


IV. Les grands événements du règne.

A partir de l’année 1300 commence la deuxième partie du règne de Philippe le Bel, celle où il va connaître les plus dures épreuves. Deux terrains vont mobiliser l’attention du roi :

:arrow: Les problèmes du comté de Flandre.
:arrow: La lutte contre le Pape.

1. La Flandre, le Pape.

En Flandre, le roi de France décide d’intervenir en envoyant une armée d’invasion. Celle-ci conquiert tout le comté, fait prisonnier le vieux comte Guy de Dampierre, ainsi que ses enfants. Amenés devant le roi, ce dernier les fait enfermer à Compiègne. Philippe le Bel pourrait annexer tout le comté au domaine royal. Mais ce n’est pas aussi simple car il a affaire aux villes flamandes et là il marche sur des œufs.
Sitôt le problème de la Flandre réglé, le feu se déclare dans une autre partie du royaume : le Languedoc. En cette occasion, Philippe va s’opposer au Pape Boniface VIII.

Deux affaires crée un litige entre les deux hommes :

- Le cas de Bernard Saisset.
- L’affaire de Bernard Délicieux et des dominicains.

Bernard Saisset, évêque de Pamiers dans le Languedoc, proclame son opposition au roi qu’il méprise. Champion de la province, fraichement intégré au royaume, il tente de circonvenir le comte de Foix. Mais celui-ci le dénonce au roi et Bernard est convoqué devant le Parlement de Paris pour y être jugé. Amené manu militari par Jean de Picquigny, envoyé de Philippe, il doit y répondre de ses actes. Il en appelle finalement au Pape, lequel intervient en sa faveur auprès de Philippe. Bernard Saisset sera banni du royaume et mourra, oublié, à Rome.

Une autre affaire est celle de la lutte entre les dominicains et les franciscains.

Le franciscain Bernard Délicieux avait tenté d’empêcher l’ordre rival des Dominicains, qui tenait l’Inquisition, de déclarer hérétique à titre posthume un bourgeois décédé. Le roi fut tenu d’arbitrer et de les départager. Comme l’Inquisition c’était le pape, il donna raison à Bernard Délicieux.
Bernard Saisset, d’abord, les dominicains, ensuite, c’en est trop pour Boniface VIII qui entre en lutte ouverte contre Philippe le Bel.

Il le menace, lui fait entendre qu’il peut le déposer et convoque un concile, une assemblée de tous les évêques de France à Rome. Surtout, il publie la bulle ausculta filii où il proclame la supériorité du spirituel sur le temporel. Sans s’énerver, Philippe fait publier cette bulle dans le royaume mais dans une version provocatrice ce qui met l’opinion de son côté, notamment les théologiens et les universitaires.

Pour faire pièce au concile de Rome, il convoque, à l’assemblé Notre Dame, les trois ordres à Paris en avril 1302. C’est, historiquement, la première convocation des Etats généraux de l’Histoire. S’il le fait, c’est pour expliquer sa politique contre le pape aux représentants du royaume, non pour les consulter, leur demander leur avis (surtout pas) mais les informer dans le sens désiré, les prendre à témoin. Cette initiative est conforme aux idées que déjà son précepteur Gilles de Rome lui avait inculquées dans sa jeunesse. Pour l’heure, celui-ci est à Rome et a changé de camp en se faisant le partisan du pape ! Du reste, Boniface VIII l’a nommé archevêque. A l’assemblée Notre Dame, si les nobles et les villes prennent sans problème le parti du roi, les évêques hésitent. Ils sont pris entre deux feux. Mais finalement, Philippe et ses conseillers leur imposent de choisir leur camp.

En parallèle à ce conflit se déroule la guerre en Flandre.
En effet, les Flamands se sont rebellés contre les Français sous les ordres du gouverneur de la province Jacques de Chatillon. Il faut dire que celui-ci n’est pas très subtile et a la main plutôt lourde. Finalement, un agitateur, Pieter de Coninck ainsi que le jeune Guillaume de Juliers, petit-fils du comte Guy de Dampierre soulèvent toute la province. Ont lieu les matines de Bruges où 800 soldats du gouverneur français sont égorgés pendant la nuit (comme lors des vêpres siciliennes 20 ans plus tôt à Palerme). Bruges, d’autres villes chassent les troupes françaises qui vont se réfugier dans la ville de Courtrai. Jacques de Chatillon s’enfuit avec les siens et vient se réfugier à Paris auprès de Philippe. Ce dernier le destitue et le remplace par Robert, comte de Boulogne. Surtout, il prépare la reconquête de la Flandre.

Il proclame le rassemblement de tous les vassaux lesquels doivent amener toutes leurs troupes au grand rassemblement de l’armée, y compris Edouard 1er. Mais cela fait du chemin et cela prend du temps. Aussi, Philippe décide d’envoyer dans le comté une petite armée d’invasion pour préparer le terrain. À sa tête il place son meilleur général Robert d’Artois. Avec lui, on trouve aussi Pierre Flote, garde des sceaux de Philippe, guerrier à l’occasion, principal conseiller et homme à tout faire du roi. S’il est là, c’est surtout pour négocier avec les villes flamandes. L’armée est faite surtout de chevaliers bien armés. L’infanterie constituée de troupes médiocres n’est là pour ainsi dire que pour la figuration. L’armée s’ébranle, entre en Flandre et rejoint Courtrai. En face d’elle, les villes flamandes ont levé une armée qui est exactement le contraire de celle française. L’infanterie prédomine avec les redoutables milices flamandes constituées d’artisans très motivés. Il y a aussi cinq cent cavaliers mais qui ne représentent pas grand-chose. A la tête de cet ensemble, on a quelques chefs comme Guillaume de Juliers, Guy de Namur, fils du comte Guy de Dampierre, et surtout Jean de Renesse, comte de Zélande, et qui sera le véritable tacticien de la bataille.

Pour les nobles chevaliers français qui composent l’armée française, la guerre est un jeu. Mais leur troupe de cavaliers est très peu mobile. Surtout, elle va souffrir des nombreux fossés et cours d’eaux formant le champ de bataille. Pour les piétons Flamands méprisés par leurs ennemis, la guerre est une question de vie ou de mort et ils ne feront aucun cadeau.

C’est ainsi que les chevaliers français se font massacrés. Robert d’Artois et Pierre Flote sont tués. Courtrai (Avril 1302) est un désastre pour l’armée française écrasée. Les dernières villes de Flandre encore neutres, dont Gand, se joignent à la révolte. Cette défaite s’explique par l’impéritie de la chevalerie française et l’efficacité de l’infanterie flamande, annonce Crécy, Poitiers, Azincourt.

Mis au courant de la défaite, Philippe rassemble une deuxième armée dont il prend lui-même la tête puisque son meilleur général est mort. Mais il n’est pas un roi guerrier et se refuse à livrer une bataille qui pourrait être encore un désastre. Son armée entre en Flandre et se livre à quelques escarmouches contre les Flamands. Puis elle reflue et le roi place quelques garnisons dans les forteresses placées à la frontière du comté.
La défaite de Courtrai est un coup dur pour le roi de France et ranime toutes les oppositions, celle d’Edouard 1er, aussi celle du clergé et des autres sujets désormais très réticents à payer l’impôt, surtout celle du pape qui se voit alors très motivé dans sa lutte contre Philippe.

2. La lutte contre Boniface VIII.
Quand il apprend la nouvelle de Courtrai, Boniface VIII est en effet ravi. C’est bien fait pour Philippe se dit-il ; Dieu l’a châtié, ainsi que Pierre Flote que le pape détestait particulièrement. Se sentant alors plus sûr de lui, il lance l’offensive contre le roi de France en publiant la bulle Unam victas, où il proclame sa souveraineté universelle, et où il s’affirme détenteur des deux glaives, le glaive spirituel bien sûr, mais aussi le glaive temporel qu’il ne fait que déléguer. Le concile des évêques français se tient enfin à Rome ; Philippe n’a laissé s’y rendre que les évêques de ses vassaux.

Ce qui est curieux, c’est qu’en même temps Boniface VIII soutient en Italie le frère de Philippe Charles d’Anjou contre l’Aragon, aussi contre les gibelins, les partisans de l’empereur, en Italie du nord, dont il voudrait bien qu’il le débarrasse. Il lutte contre le premier frère, soutient le second, un gag !
En France, le principal conseiller de Philippe, après la mort de Pierre Flote, est Guillaume de Nogaret, lequel va s’imposer comme l’animateur de la lutte contre le pape.
Lui et Philippe le Bel ont en effet résolu de démettre Boniface VIII qui ne cesse de lancer des attaques contre le roi de France. Pour cela, il faut convoquer un concile qui ensuite le destituera. Comme forcément on ne peut demander au pape de le faire lui-même, il faut le mettre « sous protection », l’arrêter en fait. Pour ce faire, Guillaume de Nogaret doit se rendre en Italie de manière officieuse pour signifier au pape la réunion de ce concile.
Mais avant, il faut préparer l’opinion en France. Dans ce domaine, Philippe le bel se révèle un véritable orfèvre car encore une fois, il veut mettre le peuple de son côté. A cette fin, il réunit au Louvre un conseil élargi constitué d’éminents « représentants du peuple » pour leur demander leur approbation. Pour ce faire, lui et Guillaume de Nogaret chargent un obscur légiste, Guillaume de Plaisians, de s’improviser procureur et d’énumérer dans un long discours tous les chefs d’accusation contre le pape : hérésie, idolâtrie, démonolâtrie, homicide… tout y passe. Puis est demandé aux présents de signer l’acte d’accusation s’ils sont d’accord (il vaut mieux pour eux car un cistercien qui s’y refuse est mis en prison ! il est toujours peu séant de contrarier le roi). Après cela, une assemblée publique est réunie dans les jardins du palais de la Cité à Paris où l’action contre le pape est expliquée au peuple parisien.

Dans cette affaire, Philippe le Bel s’est montré un excellent manipulateur d’opinion. Il ne cherche pas à se rendre populaire (et heureusement, car avec tous les impôts qu’il a instaurés…), seulement à user du droit, à persuader.

Cela fait, Guillaume de Nogaret se rend en Italie et s’installe dans un château près de Sienne où il attend les instructions de son roi. En attendant, il bat le rappel de tous les ennemis de Boniface VIII dans la péninsule et ils sont nombreux.

Le pape réagit à l’attaque de Philippe en faisant publier plusieurs bulles dont la dernière qui l’excommunie. Encore faut-il qu’elle puisse parvenir en France car le roi a fait fermer les frontières. Si elle est connue à Paris, Philippe ne pourra plus rien faire car un concile ne peut être demandé par un excommunié. Guillaume de Nogaret le sait et décide de prendre le pape de vitesse. Il n’attend pas l’ordre d’exécution de Paris, car le temps manque, et réunit une troupe de soldats de 200 hommes. Hétéroclite, elle est surtout constituée de troupes des Colonna, la famille romaine ennemie de Boniface. La plupart des opposants à celui-ci veulent le tuer ce que ne veulent ni Guillaume de Nogaret ni son maître le roi. Le conseiller veut seulement notifier au pape la convocation du concile, certainement pas l’occire, car tuer un pape… C’est donc un ensemble très composite que dirige Guillaume de Nogaret, mais il doit s’en accommoder car il faut faire vite.

La petite troupe rejoint Anagni, en septembre 1303, au sud-Est de Rome, en Italie centrale, ville natale du pape où il réside en ce moment pour se reposer. Quand ils arrivent, ils sont un millier. Ils attaquent le palais du pontife, viennent à bout des résistances, pillent son trésor (Boniface était très cupide). Le pape est fait prisonnier. On a dit que Guillaume de Nogaret l’avait « souffleté », mais c’est faux. En fait, personne ne l’a touché, seulement injurié. Les Orsini, d’autres avec eux, voulaient le tuer mais Guillaume de Nogaret s’est entremis ; pour lui il n’en était pas question.
Le conseiller du roi de France a réussi la première phase de l’opération, mettre le pape « sous protection » et lui signifier le concile pour le déposer. Reste la seconde phase beaucoup plus difficile qui consiste à l’amener en France, ce qui va bien prendre un an. Guillaume de Nogaret est donc dans l’embarras mais il n’a pas longtemps à se poser la question car le peuple d’Anagni se soulève, envahit le palais, déserté par Guillaume de Nogaret et ses sbires qui se sont enfuis, et libère le pape. Effectivement, les habitants ne pouvaient laisser molester, voire assassiner un pape, car alors toute la chrétienté aurait été contre eux. Boniface VIII est amené sur la place publique où il fait profil bas, pardonne à tous (sous condition qu’on lui rende son trésor bien sûr) quitte rapidement cette cité qu’il a prise en grippe et rejoint Rome. Vieillard de 73 ans, la tragédie a ruiné sa santé déjà pas très bonne et, complètement abattu, il meurt un mois plus tard.

Philippe le Bel est alors dans une situation délicate face à la chrétienté car tout le monde le rend responsable de la mort du pape. Il voudrait en faire élire un autre à sa dévotion mais les Français, en Italie, sont pris de cours ; très rapidement un conclave se réunit pour élire un affidé de Boniface VIII qui devient pape sous le nom de Benoît XI. Malgré tout, ce dernier abandonne la politique d’opposition de son prédécesseur et cherche à négocier avec le roi de France.
Diviser pour régner, telle va être sa stratégie pour arrondir les angles avec le royaume voisin. Ainsi va-t-elle consister à tout mettre sur le dos de Guillaume de Nogaret pour ne pas attaquer Philippe le Bel. Mais c’est inutile, jamais il ne l’a fait, le roi de France continue à soutenir son serviteur. Ce dernier vient s’expliquer devant lui quand il le rejoint à Toulouse, à un moment où Philippe a entrepris un voyage dans le Languedoc. Après l’avoir reçu froidement, le roi finit par donner raison à son conseiller.

3. Languedoc et Flandre.

Effectivement, Philippe le Bel fait alors une tournée dans le Languedoc, alors en proie à des troubles causés par les dominicains. Ceux-ci sont très impopulaires, font arrêter pour hérésie n’importe quel habitant suspect de catharisme et sont perçus comme les noirs représentants des gens du nord, du pouvoir royal imposant son joug à la région. Le roi est venu pour les rappeler à l’ordre et calmer les choses. Mais en fait, devant les rodomontades des bourgeois locaux contre l’inquisition, il finit par soutenir celle-ci avant de s’en retourner à Paris, laissant la province aux bords de la révolte. De plus, le franciscain Bernard Délicieux se comporte un peu trop comme un trublion.

Une fois revenu chez lui, Philippe se préoccupe de la Flandre qu’il faut absolument châtier après le désastre de Courtrai, le prestige de la royauté en dépend. Il a pris soin de se faire des alliés et Edouard 1er lui a envoyé une flotte lui permettant de faire le blocus des ports flamands. Il lève une armée dont il prend la tête et entre dans la province en révolte. Ses troupes ne sont pas sûres et il craint la trahison de certains de ses vassaux ; en cas d’échec, c’est sûr il y aura droit. Livrer bataille ne l’amuse pas, il préférerait négocier, mais là il n’a pas le choix. Il finit par rencontrer l’armée ennemie à Mons-en-Pévèle en Août 1304. On est dans la même situation qu’à Courtrai, des cavaliers dans l’armée du roi, des fantassins dans l’armée flamande. Mais cette fois-ci, Philippe a retenu la leçon de l’échec précédent. D’abord, c’est lui qui est à la tête de l’armée ce qui va galvaniser cette dernière. Ensuite, il dispose de son artillerie et de ses arbalétriers à l’endroit qu’il faut. L’infanterie flamande, qui commet l’erreur au contraire de Courtrai, d’attaquer la première, se fait étrier. Puis les chevaliers français attaquent, le roi avec eux. En l’occasion, ce dernier se montre très courageux et se bat bien. Mons-en Pévèle est une victoire pour la France, d’autant plus que le général de l’armée flamande, Guillaume de Juliers y a trouvé la mort. Il reste cependant beaucoup à faire pour reconquérir le pays mais malgré cela, Philippe le Bel, décidément pas guerrier, préfère négocier, puisque ce va-t-en-guerre de Guillaume de Juliers n’est plus. Il envoie des négociateurs et accepte de respecter les privilèges des villes flamandes. Mais le traité qui sera plus tard conclu avec celles-ci, le traité d’Athis, est une catastrophe. Les représentants français, des nobles très méprisants envers leurs homologues flamands, imposeront un texte draconien non ratifié par les cités rebelles et la révolte sera loin d’être étouffée.

C’est alors qu’une terrible épreuve s’abat sur Philippe, alors âgé de 36 ans. Sa femme, Jeanne de Navarre meurt. Il est très abattu car il l’aimait beaucoup. Il ne l’avait jamais trompée et ne se remariera pas après sa mort. Sa disparition va le rendre encore plus mystique et puritain, d’un très grand rigorisme que tempérait auparavant la religiosité plus humaine de son épouse.

De fait, son fils aîné, le futur Louis X, devient roi de Navarre, avant d’être après la mort de son père, le premier roi de France et de Navarre. Il va alors partir pour son nouveau royaume et faire son apprentissage de futur souverain en le gouvernant, sous l’autorité de son père bien sûr.


4. L’élection de Clément V.

Sur ce, Benoît XI meurt, à la suite d’une indigestion. Mais cette fois-ci, les débats au sein du conclave pour le remplacer vont durer dix mois ! Cela arrange Philippe le Bel qui, après son expérience avec Boniface VIII, trouve très bien cette vacance temporaire du trône apostolique. Finalement, en juin 1305, l’archevêque de Bordeaux Bertrand de Got est élu et devient pape sous le nom de Clément V. Philippe le Bel n’est pour rien dans son élection. Mais il est ravi car il est français et il pense qu’il sera très accommodant avec lui. Ce faisant, il se leurre car jamais Clément V ne fera ses volontés.
Clément V est un juriste et comme tel a été envoyé comme diplomate auprès des souverains comme Edouard Ier. Comme tel, il est de nature ondoyante, ne prend jamais partie, pense que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes. C’est une anguille très subtile qu’on ne peut saisir et qui en se faufilant entre les partis est intelligemment parvenu à monter sans se faire des ennemis. Avec un tel homme, Philippe le bel n’a pas fini de s’embêter car le pape reporte toujours à plus tard sa décision ! (au moins avec Boniface VIII les choses étaient plus claires).

Pour l’heure, Clément V, ne pense pas à se rendre à Rome mais préfère rejoindre Bordeaux, siège de son ancien évêché. Au passage, il parcourt la Gascogne où il encaisse des sommes qui lui sont dus de la part des évêques.

Il finit par avoir une entrevue avec Philippe le Bel à Poitiers. Mais le roi ne peut rien obtenir de lui car le pape remet toujours à plus tard. Notamment, Philippe voudrait qu’il autorise une enquête contre l’ordre des templiers, accusé par la rumeur publique de pratiques contre nature. Clément V tergiverse.
En 1306, Philippe le Bel est victime d’émeutes populaires à Paris, qui l’obligent à se mettre sous la protection de l’ordre du Temple. Ces troubles sont causés par une réévaluation de la monnaie favorisant les riches au détriment des pauvres, notamment des locataires qui voient leur loyer être multiplié par trois. Quelques soldats le délivrent. Mêlant concession et châtiment, le roi fait pendre 28 émeutiers (peut-être innocents car ils sont pris au hasard) et prend des mesures facilitant le paiement des loyers.


5. L’expulsion des Juifs.

En même temps, en 1306 et 1311, Philippe le Bel prend la décision d’expulser les juifs de son royaume après leur avoir confisqué leurs biens, principalement pour des raisons financières, aussi pour des raisons religieuses (il était puritain). C’est un prélude à l’arrestation des templiers. Il use pour ce faire des moyens les plus vicieux. D’abord, il s’approprie leurs titres de créances : les débiteurs ne doivent plus rembourser aux juifs mais au roi. Le problème est que ces actes sont souvent incompréhensibles, parfois en hébreux ! Aussi, le roi est obligé de les faire revenir pour conclure un marché avec eux : les deux tiers des bénéfices pour lui, un tiers pour eux. Bien sûr, une fois qu’il a empoché l’argent, il les vire définitivement. Le paradoxe est que les juifs, d’abord impopulaires, ont parfois été regrettés. Le prêt à intérêt était indispensable à la bonne marche de l’économie. De plus, les taux usuraires payés aux Juifs étaient inférieurs à ceux exigés par les Lombards. Enfin, on pouvait toujours refuser de rembourser des Juifs, mais des agents du roi…

Cette expulsion a renforcé le pouvoir étatique de Philippe. Tous les Juifs du royaume étaient déclarés « Juifs du roi ». Cela a favorisé le pouvoir de la juridiction royale sur celles seigneuriales, et renforcé l’alliance du roi avec la bourgeoisie. L’unité nationale s’en est trouvée confortée. Une meilleure homogénéité est apparue dans la croyance religieuse.


6. L’arrestation des templiers.

Puis Philippe le Bel s’est attaqué aux templiers.

Ceux-ci représentaient dans le royaume un ordre religieux très riche, et se faisaient volontiers banquiers. Mais graduellement, ils étaient devenus impopulaires. On se demandait à quoi ils pouvaient servir. Après la reprise de Jérusalem, leur existence n’avait plus vraiment d’utilité dans le domaine militaire. Les teutoniques combattaient les Baltes, les hospitaliers combattaient à Chypre, mais les templiers ne combattaient personne !
Philippe le Bel et ses conseillers préparèrent méthodiquement leur arrestation. L’animateur de l’action fut Guillaume de Nogaret. On réunit tous les témoignages contre eux. Des agents royaux furent envoyés dans toutes les provinces auprès des autorités. Puis brutalement, dans toutes les villes du royaume ils furent saisis, enfermés dans les prisons royales, soit près de deux mille, avec à leur tête le grand maître Jacques de Molay.
Clément V, alors à Poitiers, fut ulcéré. On ne lui avait pas demandé son avis et les templiers avaient pour ainsi dire été arrêtés sous son nez, puisqu’on en avait même pris dans la ville où il résidait. Philippe le Bel avait fait exprès de ne pas consulter ce pape ondoyant, car il voulait le placer devant le fait accompli. Mais il fallait obtenir son accord pour les juger et là les choses n’étaient pas simples. Pour ce faire, il fallait obtenir leurs aveux. La torture aidant, on leur fit avouer tout ce que l’on voulut.

Il y avait d’abord l’accusation concernant les rites initiatiques accomplis lors de l’entrée dans l’ordre, par exemple cracher sur la croix, ou encore la pratique de la sodomie. Dûment sollicités, ils finirent par avouer, sauf exception. Evidemment des aveux ainsi obtenus peuvent susciter le doute. En fait, ces « rites initiatiques », s’ils ont existé, ne représentaient qu’une farce superficielle, un peu comme les bizutages de nos étudiants. Quant à la sodomie, il est compréhensible qu’elle ait un peu été pratiquée dans ce milieu exclusivement masculin, ce qui rappelle les soupçons de pédophilie attachés aux ecclésiastiques du XXIème siècle. Mais à l’époque, on ne plaisantait pas avec le sacré. Philippe le Bel et Guillaume de Nogaret ne passaient pas pour avoir un sens de l’humour très affiné et refusaient ces choses-là.

Le roi de France engagea tous ses collègues européens à agir de même. Mais là, les réactions furent mitigées. Le roi d’Aragon accepta de les faire arrêter. Mais comme l’effet de surprise fut manqué, il eut des difficultés à s’emparer de leurs forteresses. Le roi d’Angleterre, alors Edouard II car son père Edouard 1er était mort, montra sa mauvaise volonté en n’en arrêtant que quelques-uns dont il ne put d’ailleurs tirer les aveux demandés. En Italie, les templiers purent se perdre dans la nature.

Philippe le Bel voulut défendre son acte auprès de l’opinion en réunissant les Etats généraux à Tours en 1309.
Cette assemblée passe pour être la première réunion des Etats généraux de l’Histoire car l’assemble Notre-dame de 1302, en comparaison, n’avait réuni que quelques représentants. Là, près de mille villes furent sollicitées. Furent envoyés les représentants du clergé, des nobles, des villes. Ceux des villes acceptèrent sans problème de soutenir la politique du roi. Par contre les nobles rechignèrent car ils y voyaient une avancée du pouvoir royal au détriment de leur propre pouvoir. Ceux du clergé également. Aussi, dans les deux premiers ordres il y eut beaucoup d’absentéisme. En prenant l’initiative de cette assemblée, Philippe le Bel s’était montré un talentueux propagandiste.

Le roi de France demanda aussi aux sommités de l’Université de lui donner raison. Mais là il fut déçu car tous ces savants théologiens lui affirmèrent, poliment, que ce n’était pas au pouvoir séculier de juger un ordre religieux.
Pourquoi les templiers ont-ils été arrêtés ?

Parce qu’ils représentaient un ordre international, un Etat dans l’Etat échappant à l’autorité royale, et que tout ce qui était international nuisait à la construction de l’Etat monarchique nationale (En cas de lutte entre souverains, des templiers pouvaient combattre contre d’autres templiers !). Sur ce point, l’épisode prend la suite de l’attentat d’Anagni.

Logiquement, Philippe aurait dû plutôt s’en prendre aux hospitaliers car leur ordre était encore plus riche. Peut-être l’aurait-il fait plus tard, mais il n’en a pas eu le temps. S’il a choisi les templiers c’est pour des raisons mystiques. Certains prophètes inspirés disaient alors qu’après la chute du Temple triompherait le « peuple élu ».

Mais l’affaire des templiers, qui dans l’esprit du roi ne devait durer que trois mois, dura bien près de trois ans ! Il fallut quantité de discussion avec le pape pour mener leur procès. Finalement, le pape y consentit et les templiers furent condamnés par l’Eglise. Ceux qui reconnurent leurs fautes s’en tirèrent à peu près. Les autres furent condamnés à la prison à vie. L’affaire se termina en 1314 par la mise à mort sur le bûcher de Jacques de Molay le grand maître de l’ordre. En fait, il devait être seulement condamné à la prison à vie à l’origine. Mais dans une volte-face subite, il déclara devant ses juges qu’il reniait ses aveux, ceux-ci arrachés sous la torture. Il était donc relaps ce qui obligeait ses juges à le condamner à être brûlé. En fait, la perspective de pourrir en prison ne devait guère l’enchanter, il préférait en finir avec la vie au plus vite, même par le feu. Philippe le Bel qui voulait lui aussi en finir rapidement le fit brûler sur un bûcher dressé sur un îlot de la Seine.


7. La fin du règne.

L’empereur du Saint empire, Albert de Presbourg, avait fini assassiné. Les électeurs devaient lui trouver un remplaçant. Philippe le Bel pensa un moment se faire élire. Mais il y renonça car être empereur l’aurait entrainé à des difficultés sans fin en Allemagne dans les luttes contre les princes de l’empire. Comme il avait assez de mal avec ses problèmes en France… Aussi, pensa-t-il plutôt à faire élire son frère Charles de Valois. Certes celui-ci, qui avait passé sa vie à poursuivre des chimères en Italie, à chercher à obtenir la couronne de Byzance, n’était pas très malin. Mais s’il était empereur, ce serait un bon homme de paille pour le roi de France à l’Est. Les électeurs se souciaient peu cependant d’élire cette créature du Capétien. Ainsi préférèrent-ils choisir un prince avec qui ils auraient moins de problèmes, Henri de Luxembourg, élu empereur sous le nom d’Henri VII. De toute façon celui-ci, possessionné en France, francophile, adorait la culture française et ne causerait pas de problèmes à Philippe le Bel puisqu’il était l’un de ses vassaux.
A côté de cela, Philippe le Bel avait des ennuis d’argent. Le budget de l’Etat était en déséquilibre malgré la pression fiscale et les manipulations monétaires. Il y avait fuite du métal d’argent vers la frontière en dépit des interdictions royales. Existaient des ateliers clandestins de frappe de monnaie. Le problème était que dans le conseil royal, s’il existait des théologiens, des militaires, des légistes, on ne trouvait aucun économiste ! Aussi, à l’époque on ne savait comment gérer les finances de l’Etat. Or, celui-ci accroissait son pouvoir et donc ses besoins, et les institutions demeuraient inadaptées ! Les personnes les plus compétentes dans ce domaine étaient les maîtres des monnaies, mais cela restait très juste.

Toujours est-il que cette situation va favoriser l’ascension d’un nouveau conseiller auprès du roi, Enguerran de Marigny.
D’origine humble, il va devenir son grand chambellan. Ce n’était pas un légiste, il ne connaissait pas le latin. Il a commencé sa carrière en entrant dans la mouvance de Jeanne de Navarre, l’épouse du roi. De là, il a acquis la faveur du roi qu’il a gardé après la mort de Jeanne (Philippe l’appréciait car il lui rappelait sa femme précisément). En mettant ses auxiliaires un peu partout, il est devenu le principal responsable des services associés au trésor royal, spécialiste des questions financières. Il a aussi acquis un certain pouvoir au sein de l’Eglise en mettant ses fidèles dans les domaines y attenant, notamment son frère Philippe de Marigny dont il a fait un évêque. Son ascension trouva son point culminant en 1311 et irait jusqu’à supplanter l’influence de Guillaume de Nogaret. Devenu très impopulaire à cause de sa politique fiscale, voire son enrichissement éhonté, il finira misérablement pendu à Montfaucon après la mort de Philippe en 1316, sous le règne de l’un de ses fils. La roche tarpéienne…

Il passa pour s’occuper principalement des questions financières, aussi des problèmes diplomatiques. Sur ce point, il représentait le pragmatisme, par opposition au côté idéologique, voire illuminé, de Guillaume de Nogaret, obnubilé par sa volonté de construire l’Etat autour du roi. Par exemple, il arrivait à persuader Philippe le Bel de ne pas accorder quelques navires à Clément V pour se déplacer dans le royaume car c’était trop cher ; il y avait des problèmes plus urgents comme le conflit en Flandres. Précisément, il allait diriger les affaires diplomatiques du royaume contre le comte de Flandre Pierre de Béthune et son fils Louis de Nevers, leur imposant à tout prix l’autorité du roi. Mais ce serait difficile et jamais le traité d’Athis ne serait accepté dans sa totalité par les Flamands. Enguerran le pragmatique était également opposé à la croisade, projet qu’il jugeait fumeux, inutile et trop risqué.
Eut lieu alors en 1311-1312, le concile de Vienne (près de Lyon, en France). Il devait passer pour être l’apogée du règne de Philippe le Bel. Sa réunion était motivée par la réforme de l’Eglise, le problème des templiers, la mise en place de la croisade. En fait, le concile avait accouché d’une souris. La réforme de l’Eglise était mise en veilleuse, la croisade remise à plus tard. Le procès visant à condamner la mémoire de Boniface VIII était définitivement enterré. Tout ce qui sortit de ce concile fut la suppression de l’ordre des templiers. Philippe le Bel ne pouvant acquérir les richesses du Temple, dut accepter que celles-ci soient données aux hospitaliers. Il obtint cependant de belles indemnités, notamment ce fameux décime censé financer une croisade restée toujours hypothétique. Finalement, en faisant seulement quelques courtes apparitions, le roi obtint ce qu’il voulut.
Sur ces entrefaites, Philippe IV apprit que son gendre Edouard II avait été vaincu par les Ecossais à Banockburn. En principe, il aurait dû être content car l’Ecosse était une alliance de revers contre l’Angleterre (c’est même de son règne que date l’ « auld alliance »). En fait, il n’en fut rien car il se sentait solidaire du roi d’Angleterre qui du coup était affaibli face à ses barons, ce qui pouvait donner des idées aux siens.

Les années passaient, on s’approchait de la fin du règne. C’est à ce moment que se manifestèrent les ligues, celles formées par des nobles rendus furieux par les progrès du pouvoir royal. Heureusement, elles étaient disséminées et isolées malgré une tentative de fédération. Le pouvoir put donc traiter avec elles une par une.

Eclata alors le scandale de l’infidélité des belles filles du roi. Celles-ci, Marguerite de Bourgogne, Jeanne d’Artois, Anne d’Artois, étaient délaissées par leur mari, très austères. Aussi Marguerite et Anne trouvèrent-elles un dérivatif en prenant des amants. Or, cela ne se faisait pas. Un roi pouvait tromper sa femme, pas l’inverse, car c’était elle qui enfantait. L’initiative de ces dames pouvait corrompre le sang royal et mettre en cause la légitimité de la dynastie. Si un roi prenait une maîtresse, celle-ci était comblée d’honneur ; si une reine prenait un amant, celui-ci était mis à mort ! C’est précisément ce qui arriva aux frères d’Aunai qui prirent du bon temps avec les deux princesses. Bien mal leur en prit car, une fois découverts, ils furent arrêtés, émasculés, décapités en public. Jeanne était au courant mais ne dit rien. Les trois dames furent jetées en prison, au château Gaillard, y compris Jeanne car elle n’avait rien dit. Dans la foulée, on arrêta aussi des dizaines de serviteurs ou suivantes coupables d’avoir gardé le silence, et qui furent torturés, noyés, pendus, brûlés… Philippe le Bel, qui lui n’avait jamais trompé son épouse, ne plaisantait pas avec ces choses et se voyait vraiment comme un ange exterminateur chargé de purifier le royaume. Le cas le plus grave était celui de Marguerite de Bourgogne, épouse du fils aîné du roi, le futur Louis X. On la fit mourir discrètement en l’enfermant dans une cellule ouverte à tous les vents et où elle mourut moins d’un an plus tard. Anne fut enfermée dans une cellule moins venteuse, y survécut dix ans, fut libérée et finit religieuse à Maubuisson. Jeanne fut vite libérée, acquittée par le parlement, et repris sa vie commune avec le futur Philippe V. Il est probable que les trois belles filles furent dénoncées au roi par Isabelle, fille de Philippe et femme d’Edouard II, alors de passage à Paris pour négocier des conflits juridiques en Aquitaine.

Philippe le Bel mourut prématurément en 1316, à quarante-six ans, c’est-à-dire encore jeune, des suites d’une blessure de chute de cheval qui s’était rouverte alors qu’il chassait.


8. Conclusion : le bilan du règne.

A la mort du roi, la France est au bord du chaos. Les caisses de l’Etat sont vides, le royaume est en proie à la révolte des ligues, la question d’Aquitaine n’est pas réglée, celle de Flandre pas davantage. La succession est bloquée car les épouses des fils de Philippe sont en prison ! Aussi ceux-ci n’auront pas d’enfant et à la mort du troisième fils, Charles IV, il y aura une crise de succession prétexte à la guerre de cent ans. De fait, le XIVème siècle va être l’un des plus tragique de l’Histoire de France : guerre, défaite, roi prisonnier, roi fou, peste noire, invasions.
Malgré cela, Philippe le Bel a réalisé une œuvre très positive. Un seul mot la résume : Etat. Effectivement, contre la féodalité il a imposé le pouvoir de l’Etat à tout le royaume. Tous ses actes en témoignent : sa lutte contre le comte de Flandre, ne permettant pas qu’un grand fief ne soit pas soumis à l’Etat ; son combat contre le pape, ne tolérant aucun pouvoir concurrent à celui de l’Etat ; sa suite logique, l’arrestation des templiers, s’opposant à l’existence d’un Etat dans l’Etat.

Philippe le Bel a substitué à la monarchie féodale, la monarchie nationale, moderne, administrative. Le droit féodal, avec tous ses imbroglios, sa complexité, sa lenteur était inefficace, tandis que le droit romain était plus rationnel, centralisateur, efficace, et était appelé à s’imposer à cette mosaïque qu’était encore la France. De plus en plus, ce n’est plus le rapport d’homme à homme qui compte, mais le document administratif. Son règne est le règne des légistes, aussi celui des assemblées, celle des experts, surtout celle des fameux Etats généraux qui donnent une assise plus large et plus stable au pouvoir royal. Dans ces assemblées, les villes voient accroître leur importance. La féodalité, le pouvoir des barons, recule, même s’il reste encore beaucoup à faire. La lutte contre ces pouvoirs locaux ne peut pas se conclure comme cela, une bonne fois pour toutes, bien sûr. Elle va nécessiter du temps, prendre des siècles, se poursuivre avec ses successeurs, Charles V, Charles VII, Louis XI. A terme, on aboutira à « la République une et indivisible », ce qui fait de Philippe le Bel un ancêtre des jacobins.

Sur ce point, Philippe IV est un « anti-Saint Louis ». Monarque féodal, religieux, juste, Louis IX était très différent de son petit-fils, monarque froid par définition, le « roi de fer ». Il faut dire que si a existé à son sujet cette légende noire, c’est un peu la faute de Philippe car il a beaucoup fait pour valoriser la personnalité de son grand-père qu’il admirait. Joinville a ainsi fait un portrait peu flatteur de Philippe pour mieux idéaliser Saint Louis.
Philippe a réellement fait de Paris la capitale du royaume, ce qui va aider à l’unité de celui-ci. Avant lui, la capitale était là où se trouvait le roi, lequel se déplaçait souvent. Sous son règne, le centre du pouvoir se sépare de la personne physique du souverain. C’est au palais de la Cité que va s’établir le centre administratif du royaume.

Il a écarté de ses Etats tous les pouvoirs étrangers, notamment celui du pape, pouvoir international. Le pouvoir royal, national s’impose.
Il a clairement délimité son royaume, notamment face à l’empire et est devenu maître chez lui.
Ce n’est pas un roi conquérant, contrairement à son aïeul Philippe Auguste. Il a peu étendu le royaume, seulement comblé des interstices : annexion de la Champagne, achat de Lille, de Montpellier… Pour cela, il ne fut pas appelé « Philippe le grand », mais « le Bel », par référence à sa beauté physique.

_________________
«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
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Message Publié : 30 Avr 2020 13:01 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 13 Juin 2017 15:04
Message(s) : 864
.
Oulligator a écrit :
Le jeune Philippe était, paraît-il, très beau, ce qui expliquera son surnom « le Bel ». Effectivement, c’était un bel homme, et bien bâti.
A seize ans, en 1284, il se marie avec Jeanne de Navarre. Celle-ci lui apporte en dot la Champagne et la Navarre.

Son gisant -à St Denis- est l'un (le ?) premier à être taillé du vivant mais aussi à reproduire le plus fidèlement les traits du futur locataire.
J'avoue que j'ai été un peu déçue...
Il aurait été agréable de "s'étendre un peu plus" sur Jeanne de Navarre. L'apport de la dot (La Navarre) n'est pas rien.

Citer :
un saint dans la famille !

C'est très en vogue dans les familles régnantes. Si on peut y ajouter une "sainte" : c'est le nec plus ultra.

Citer :
.. l’empereur Albert de Habsbourg qui a évincé et tué Adolphe de Nassau.

Adolphe de Nassau avait une politique expansionniste et venait d'entrer en Thuringe et visait la Marche de Meissen. Les Princes Electeurs (23 juin 1298 - Diète de Mayence) votent la déchéance d'Adolphe et se prononcent pour Albert de Habsbourg (qu'ils avaient écarté dans un 1er temps). Nassau refuse cet état de fait, bataille de Gölheim : Nassau est tué durant la bataille.

Citer :
Ce qui est curieux, c’est qu’en même temps Boniface VIII soutient en Italie le frère de Philippe Charles d’Anjou contre l’Aragon, aussi contre les gibelins, les partisans de l’empereur, en Italie du nord, dont il voudrait bien qu’il le débarrasse. Il lutte contre le premier frère, soutient le second, un gag !

Pourquoi un "gag" ?

Citer :
Il a pris soin de se faire des alliés et Edouard 1er lui a envoyé une flotte lui permettant de faire le blocus des ports flamands.

Comment se fait-il que les ennemis d'hier soient devenus amis au point qu'Edouard envoie une flotte ?

Citer :
Le roi d’Angleterre, alors Edouard II car son père Edouard 1er était mort, montra sa mauvaise volonté en n’en arrêtant que quelques-uns dont il ne put d’ailleurs tirer les aveux demandés.

Sera-t-il le seul roi à "accueillir" les Templiers qui ont pu fuir ?

Citer :
...dura bien près de trois ans !

J'aurais pensé plus...

Citer :
L’empereur du Saint empire, Albert de Presbourg, avait fini assassiné.

8-| Sûr ? Ce ne serait pas Albert Ier (Habsbourg) ?

Citer :
... Anne d’Artois

Ce ne serait pas Blanche d'Artois ?

Citer :
La succession est bloquée car les épouses des fils de Philippe sont en prison !

Marguerite de Bourgogne, épouse de Louis X a eu une fille. Ce n'est donc pas l'enfermement qui bloque la succession... Ce n'est pas non plus l'enfermement qui fera que "ceux-ci n'auront pas d'enfants" : des enfants il y en aura.
Philippe V aura deux filles avec Jeanne d'Artois, pour lesquelles d'ailleurs il remettra l'Artois sur le marché.
Charles dont l'union fut annulée aura des filles de ses unions.

Citer :
Elle va nécessiter du temps, prendre des siècles, se poursuivre avec ses successeurs, Charles V, Charles VII, Louis XI. A terme, on aboutira à « la République une et indivisible », ce qui fait de Philippe le Bel un ancêtre des jacobins.

Je ne comprends pas cette conclusion. Il va falloir faire oeuvre de pédagogie. :P
.


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Message Publié : 30 Avr 2020 22:27 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 29 Jan 2007 8:51
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Rebecca merci de vos interrogations, j'espère que son auteur répondra point par point car il a lu le livre (moi pas) en espérant qu'il créé un compte sur ce forum.... je vais l'y inciter une nouvelle fois...

L'auteur du compte-rendu n'utilise pas toujours les mots exacts utilisés par l'auteur du livre.. d'où peut-être des mots qui peuvent paraître curieux (ex le mot gag...etc...). J'espère qu'il donnera plus d'explications et de précisions car effectivement parfois on reste un peu sur sa faim... B)

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«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
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Message Publié : 30 Avr 2020 22:58 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 13 Juin 2017 15:04
Message(s) : 864
.
Oulligator a écrit :
Rebecca merci de vos interrogations, j'espère que son auteur répondra point par point car il a lu le livre (moi pas) en espérant qu'il créé un compte sur ce forum.... je vais l'y inciter une nouvelle fois...

Je ne pense pas que vous aurez gain de cause. Manifestement, sa préférence est de rester anonyme.
Je me réponds à mes questions. Avec Favier et "Les Plantagenêts", j'ai pu rafraîchir ma mémoire concernant Edouard Ier et sa flotte.
Sans doute le texte n'a pas été totalement compris ou les querelles (ce fut une suite de querelles, quiproquos, conflits, abandons d'alliances etc. tant avec l'Angleterre qu'avec l'ESERG du moment) compactées.
Exemple : il y eu deux promesses d'union entre Edouard et Marguerite de France. La 1ère fois Marguerite refuse, il en est de même pour Philippine qui décède lors d'un crochet à la cour de France. Son union avec le futur Edouard II ne se fera donc pas.

Citer :
L'auteur du compte-rendu n'utilise pas toujours les mots exacts utilisés par l'auteur du livre

Ce n'est pas grave, c'est plutôt le manque de relecture (ou une incompréhension du texte) générant de petites erreurs qui risquent de passer à côté du "grand oeuvre" ----> l'apport pédagogique. B)
.


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Message Publié : 23 Mai 2020 21:53 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 21 Sep 2008 23:29
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Oulligator a écrit :
Rebecca merci de vos interrogations, j'espère que son auteur répondra point par point car il a lu le livre (moi pas) en espérant qu'il créé un compte sur ce forum.... je vais l'y inciter une nouvelle fois...

L'auteur du compte-rendu n'utilise pas toujours les mots exacts utilisés par l'auteur du livre.. d'où peut-être des mots qui peuvent paraître curieux (ex le mot gag...etc...). J'espère qu'il donnera plus d'explications et de précisions car effectivement parfois on reste un peu sur sa faim... B)


Merci de nouveau Oulligator, comme pour celui de Clothilde, pour ce nouveau compte-rendu. Et d'autant plus, que c'est une partie du "roman national flamand" :wink: , constitué dans la seconde moitié du 19ième siècle comme les autres :wink: ...l'Angleterre et la France peut-être un peu plus tôt...
Et de nouveau des recherches comme Mons-en-Pévèle...nouveau pour moi
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of ... 9v%C3%A8le
J'étais en train de penser à Westrozebeke
https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_Roosebeke
qui était sous Charles VI et presque quatre-vingts années plus tard.

Cordialement, Paul.


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