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 Sujet du message : Charles VII de Georges Minois
Message Publié : 18 Mars 2020 17:51 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Je vous mets ici le compte-rendu du livre sur Charles VII de Georges Minois. C'est assez long mais cela permettra de lancer peut-être des débats historiques sur cette fin du Moyen-Âge et sur ce roi qui a régné dans des circonstances un peu particulières.. l'auter de ce compte-rendu comme celui pour Blanche de Castille de Georges Minois également, est Didier Lafargue.


Charles VII
De Georges Minois

Charles VII est né en 1403. Il est le fils du roi Charles VI et d’Isabeau de Bavière. C’est leur onzième enfant ; encore n’est-il pas le premier à être appelé Charles mais le troisième, simplement les deux premiers Charles sont morts avant sa naissance. En principe, il n’est pas destiné à régner car il a deux frères aînés, Louis et Jean.


I. L’enfance de Charles.

Dès l’âge de deux ans, le jeune Charles est titré comte de Ponthieu. Son père Charles VI est le « roi fou ». Il a de fréquentes crises de folies alternant avec des phases de lucidité (il tiendrait cela de sa mère qui passait pour mélancolique). Sa mère, Isabeau, a été très critiqué par les historiens. En fait, elle a été d’avantage victime qu’actrice dans les évènements.
Toute son enfance a été très troublée, on est alors en pleine guerre de cent ans. Du fait des absences de son père, le royaume est pour ainsi dire sans tête ce qui favorise l’émergence des clans et des factions. Durant les crises de Charles VI, les oncles de ce dernier gouvernent. Dans ce contexte, deux hommes forts exercent une très grande influence :
Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, l’un des oncles du roi.


Louis d’Orléans, frère du roi.

Entre les deux hommes, c’est la rivalité ouverte. L’un et l’autre sont possessionnés dans le royaume et très puissants.
Cette situation fait que l’incertitude caractérise les premières années du jeune Charles. La première incertitude est que l’on n’est pas sûr à 100% qu’il soit le fils de Charles VI. En effet, à la date de sa conception, celui-ci connaissait une crise de folie et l’on voit mal sa mère coucher avec lui dans ces moments-là. Peut-être est-il le fils de Louis d’Orléans, qui passait pour être un débauché notoire et dont Isabeau était amoureuse. Son éducation va être ainsi marquée par certains troubles psychologiques.

En 1405, Philippe le Hardi meurt. Lui succède son fils Jean sans peur, nouveau duc de Bourgogne. Il est très populaire auprès des Parisiens. C’est la lutte d’influence entre lui et Louis d’Orléans dans les cercles du pouvoir. Louis d’Orléans finit par l’emporter et Jean sans peur est contraint de fuir la capitale. C’est alors que, pour s’en sortir, il a recours au meurtre politique (venu de l’exemple italien, il était devenu courant au XVème siècle) et parvient à faire assassiner Louis d’Orléans, à Paris. Immédiatement, sa faction triomphe et il revient au pouvoir. Il fait promulguer un texte affirmant la légitimité de son acte, un « tyrannicide » nécessaire contre le « tyran », son ennemi assassiné ! Assurant sa communication, il le fait publier partout dans le royaume.

Il tente de s’emparer de la famille royale, alors que le roi est fou. Celle-ci s’enfuit alors de la capitale, avec le jeune Charles, pour aller se réfugier à Tours. Un accord est conclu entre Jean sans peur et Isabeau de Bavière et celle-ci accepte de revenir avec les siens. En fait, Jean sans peur a gagné et exerce réellement le pouvoir. Il est décidé que, puisque Charles VI ne peut gouverner, c’est son fils aîné, le dauphin Louis, alors très jeune, qui exercera le pouvoir. Mais par devers lui, celui-ci est entre les mains du duc de Bourgogne. Ce dernier s’arroge le droit d’assurer l’éducation de Charles.

Dans une telle ambiance, celui-ci apprend l’art de la dissimulation car tout le monde se méfie de tout le monde. Il va aussi être témoin de moult violences provoquées par la lutte entre les factions.


II. Charles entre les factions.

Le duc de Bourgogne se présente aussi comme le champion de la monarchie féodale rétrograde, celle où le roi doit se contenter des revenus de son domaine et gouverner avec les grands nobles, prenant le contre-pied de l’évolution du pouvoir royal vers le pouvoir centralisé de l’Etat. Ainsi se rend-il très populaire auprès des Français qui estiment qu’ils paient trop d’impôts et qu’ils sont pressurés par les agents du roi jugés corrompus. Au stade où en est arrivé le pouvoir royal, c’est complètement utopique bien évidemment. Malin, le duc de Bourgogne assure sa communication partout en France.

Mais contre le parti bourguignon va se dresser, à partir de l’année 1410 tout un ensemble de forces adverses qui voient ses intérêts lésés, soit les fonctionnaires royaux, les financiers lésés par les intérêts bourguignons… Ils affirment prendre la suite de Louis d’Orléans et agir pour le compte de ses fils, encore adolescents. A leur tête s’imposent plusieurs princes très montés contre le duc de Bourgogne. L’un d’eux est le comte Bernard d’Armagnac. Il va donner son nom à ce mouvement car les mercenaires qui vont aider celui-ci sont principalement issus de ses terres. Mais il n’est qu’un chef parmi d’autres. En effet, si Jean sans peur est l’homme fort du parti bourguignon, il n’y a pas l’équivalent à la tête de celui armagnac, dirigé par un groupe complètement hétéroclite. De plus, il est très impopulaire contrairement au parti bourguignon. Effectivement, pour faire pièce à ce dernier, il se présente comme le champion de la monarchie administrative centralisée, ce qui est très curieux dans la mesure où des princes la dirigent, rendant sa cause très ambiguë ! Les financiers qui la soutiennent font du parti armagnac le parti de l’argent. Les Français ne peuvent que se méfier de ce courant qui favorise un pouvoir de l’Etat plus grand.

Le dauphin Louis fait ce qu’il peut pour gouverner entre les factions et, alors qu’il n’a que 17 ans, montre une certaine énergie (tout en étant très jouisseur, il aime les fêtes et les plaisirs).

Précisément, pour faire pression sur lui, Jean sans peur provoque la révolte des Parisiens, notamment de la corporation des bouchers jugés très agressifs, sous la direction de Caboche. Mais vite, il va être débordé par ces mouvements. Les émeutiers envahissent le palais royal, prennent le contrôle de la capitale… Ils sont opposés aux Armagnac dont les troupes sévissent dans les environs de Paris.
Très jeune, il n’a que 11 ans, Charles est confronté à la dureté de la vie politique. Il est témoin de la violence des Parisiens.
Le dauphin et la famille royale doivent s’enfuir de la capitale. En principe, le dauphin Louis n’est pour aucun parti, il veut simplement sauver l’unité du royaume et prêcher la concorde. Cependant, il est contraint de s’allier aux Armagnac pour reconquérir le pouvoir à Paris. Les Cabochiens doivent s’enfuir, ainsi que le duc de Bourgogne. Bernard d’Armagnac et ses amis imposent leur pouvoir, derrière le dauphin et le roi fou Charles VI. Louis se jugeant trop assujetti aux Armagnac s’enfuit à Arras pour tenter de s’entendre avec Jean sans peur et conclure avec lui les accords de Ponthoise. Mais les Armagnac, alors au pouvoir, rechignent à les appliquer. Finalement, Louis meurt, officiellement, de la dysenterie. En fait, peut-être a-t-il été empoisonné car il gênait beaucoup de monde dans le parti Armagnac.

Entre temps, le jeunes Charles a été fiancé avec la fille du duc Louis d’Anjou, inféodé aux Armagnac. Sa future belle-mère, la duchesse d’Anjou Yolande d’Aragon, va beaucoup compter dans sa jeunesse. En fait, elle va lui servir de mère car la reine Isabeau est trop prise par la politique. Ainsi emmène-t-elle son futur gendre à Angers où elle va l’élever. Là, Charles va connaître un certain épanouissement et une tranquillité qu’il ne pouvait connaître à Paris en proie aux agitations. C’est là que va se passer son adolescence. Lorsque son frère aîné Louis meurt, c’est une aubaine pour sa belle-famille car il se rapproche du pouvoir, étant dès lors deuxième dans l’ordre de succession, après le nouveau dauphin, son frère Jean. Celui-ci est alors dans les mains du duc de Bourgogne.

On s’en doute, toutes ses divisions en France ne pouvaient qu’inciter le royaume voisin, l’Angleterre, à en profiter et à intervenir. Déjà, son roi Henri IV de Lancastre avait envoyé quelques troupes aider les Bourguignons. Mais c’est avec son fils Henri V que les choses prennent une grande ampleur. Débarquant à Calais avec 8000 hommes, il prend Harfleur, s’enfonce en Normandie. Les Chefs Armagnac, à Paris, lèvent une armée de 20000 hommes, qu’ils jugent suffisantes, avec à sa tête la fine fleur de la noblesse française. Mais elle est écrasée par les Anglais (grâce à leurs archers) à Azincourt en 1415. C’est un désastre car la France est une nouvelle fois décapitée. Tout le monde est étonné de la victoire anglaise, Henri V le premier qui ne demande pas son reste et regagne l’Angleterre (ce n’est pas avec 8000 hommes qu’il peut conquérir la France). Mais chacun sait qu’il reviendra.
Charles apprend la nouvelle alors qu’il est à Angers. Il en retire la plus grande méfiance envers l’idée de tout risquer en une bataille.
Entretemps, le dauphin Jean est mort subitement (empoisonné lui aussi ? Rien n’est prouvé). Charles devient alors dauphin. Il n’a pas encore quatorze ans !

Le duc et la duchesse d’Anjou le ramènent dans la capitale où, par son intermédiaire, ils espèrent exercer une grande influence. Son père fou, Charles va être, officiellement, au pouvoir. Dans les faits, sa marge de manœuvre est très étroite. Il va en effet être ballotté entre trois personnages :

Bernard d’Armagnac.
Jean sans peur.
Isabeau de Bavière.

Celle-ci le fait d’abord venir auprès d’elle (dans son entourage, il connaît ses premières expériences sexuelles). Mais cela ne dure pas et Bernard d’Armagnac le fait presque kidnapper pour gouverner le royaume en son nom. C’est dans une telle atmosphère que le caractère du futur roi va se forger et acquérir peu à peu la maturité. Il fait en effet l’apprentissage de la politique en exerçant ses premières responsabilités, notamment face aux Anglais qui sont revenus. Henri V a en effet entrepris de conquérir la Normandie. Dans ce contexte, Charles doit se rendre à Rouen réprimer des émeutiers. Il préside aussi une assemblée du clergé. Il voudrait négocier avec le duc de Bourgogne, mais les gens d’Armagnac s’y opposent, ce qui montre qu’en fait il a peu de pouvoir.
Par un coup de main, Jean sans peur s’empare de la reine Isabeau. Ainsi chaque parti a sa « marionnette » : Bernard d’Armagnac a Charles VI et le dauphin ; Jean sans peur a la reine.

Finalement, en 1419, les soldats bourguignons entrent par surprise dans la capitale et, alliés aux parisiens auprès desquels ils sont très populaires, massacrent les Armagnac et leurs partisans. Bernard d’armagnac est tué. Au milieu de ces troubles, le prévôt de Paris Tanguy du Chastel fait irruption chez le dauphin et s’enfuit de la capitale avec lui. Charles VI, alors en pleine folie, tombe entre les mains des Bourguignons. Ceux-ci ont repris le pouvoir à Paris.

Après l’épisode Cabochien, le jeune Charles est de nouveau le témoin des violences des Parisiens qu’il trouve décidément bien excités. Quittant Paris, il n’y reviendra que dix-huit ans plus tard, en vainqueur. Encore n’y restera-t-il pas longtemps car il s’y sent vraiment trop mal à l’aise. Lui et les Armagnac survivants vont se réfugier dans le Berry, à Bourges où il va devenir le « roi de Bourges ».

III. Le roi de Bourges.

Charles va trouver Bourges bien plus agréable que Paris et cette ville, prospère, aura tout pour lui plaire. Là va se reconstituer, dans des conditions pourtant mauvaises, l’administration royale sous l’égide des Armagnac. Peu à peu, tout en ayant épousé les analyses politiques du parti Armagnac le dauphin va acquérir une volonté propre. Bien sûr, il est très jeune et ne peut qu’être influencé.
Jean sans peur dispose certes de Charles VI et de son épouse Isabeau de Bavière. Mais tant que le dauphin lui échappe, il ne peut prétendre dominer le royaume puisque son souverain est fou. Ainsi envoit-il à Charles des émissaires pour noircir au possible ses conseillers et tenter de le rallier à sa cause. Mais le dauphin refuse catégoriquement.

Ce dernier apparaît tout d’abord en position de force. Ses troupes s’avancent vers Paris et remportent quelques succès sur les Bourguignons.

Le roi Henri V ouvre alors des négociations. Il aurait préféré le faire avec le dauphin, mais de ce côté-là les amarres sont rompues. Alors il le fait avec le duc de Bourgogne un peu embarrassé. Outre une Aquitaine démesurément grossie, celle du traité de Brétigny, il demande toute la Normandie. Après avoir hésité, Jean sans peur refuse car cela l’eut discrédité dans tout le royaume.
Il se rapproche plutôt de Charles avec qui il négocie les accords de Pouilly. Mais le traité n’est respecté par aucun des deux partis. Pour arranger les choses, Jean accepte de rencontrer Charles à Montereau, près d’un pont. Là, en septembre 1419, il est assassiné par les Armagnac.

Ceux-ci ont dit plus tard que c’était simplement une dispute qui avait mal tourné. En fait, le meurtre avait été prémédité. Dans celui-ci, le dauphin est directement impliqué et rien n’aurait pu se faire sans son accord, même s’il n’a fait que suivre l’avis de ses conseillers. Le duc de Bourgogne avait suscité beaucoup de haine parmi les chefs Armagnac et ceux-ci voulaient absolument s’en débarrasser.

Toujours est-il que cet acte a été une erreur politique car il a ravivé les passions, approfondi les clivages, rendu impossible tout accord, et Charles devra en subir les conséquences toute sa vie. Le roi d’Angleterre en profite et cette fois-ci exige carrément la couronne de France, pas moins ! Pour cela, il s’entend avec le nouveau duc de Bourgogne, fils du précédent, Philippe le bon.
C’est ainsi qu’est conclu le traité de Troyes en 1420. Est décidé le mariage entre Henri V et Catherine, la fille de Charles VI. Seulement après la mort de ce dernier, Henri V deviendra roi, tant d’Angleterre (dont il est déjà) que de France, une union personnelle. Il accepte de respecter tous les us et coutumes du royaume, dont le parlement de Paris. A Paris, tout le monde feint d’accepter l’accord, mais seulement pour éviter des violences encore plus grandes, et déjà commence à poindre un certain sentiment patriotique contre l’Anglais. Philippe le bon, après avoir hésité, finit par accepter aussi. Henri V, d’ailleurs en position de force, est tout de même pour lui le moindre mal par rapport au dauphin Charles, son pire ennemi depuis l’assassinat de son père.

Isabeau de Bavière, quant à elle, accepte de déshériter son fils Charles, même si cela ne l’amuse pas. Elle ne peut faire autrement car les caisses royales sont vides. Le motif officiel de cette décision est que Charles est un assassin puisqu’il a tué Jean sans peur (Curieusement, il n’est pas fait allusion à la possible « bâtardise » de Charles). Mais juridiquement, ce motif n’a aucune valeur et ne peut en rien changer la loi de succession. L’assassinat politique était à l’époque entré dans les mœurs : Jean sans peur avait bien fait assassiner Louis d’Orléans, Henri V, si lui n’avait assassiné personne, était le fils d’Henri IV qui avait usurpé le trône de son prédécesseur Richard II après l’avoir fait tuer ! En fait, cette succession du roi d’Angleterre ne repose sur aucun fondement juridique, contrairement à ce qui avait été le cas pour Edouard III, car lui au moins pouvait au moins se targuer d’être le petit-fils de Philippe le Bel.

Quand il apprend qu’il est déshérité, Charles est effondré. Les malheurs s’accumulent et pour un jeune homme de dix-sept ans, l’épreuve est très dure. Tout le Nord et l’Est du royaume lui échappent.

Fort de l’appui d’Henri V, les Anglo-bourguignon ont repris l’avantage et tentent de s’emparer des villes qu’il possède au sud de la région parisienne. Un éclair survient alors pour Charles : ses alliés Ecossais ont remporté une victoire sur les Anglais à Baugé où le frère du roi d’Angleterre a trouvé la mort. Furieux, Henri V accourt et s’acharne contre le dauphin. Un à un, il lui reprend toutes les places qu’il possédait encore en Ile-de-France. Le siège de Meaux, en particulier, est terrible et Henri, qui par ailleurs a contracté là la maladie qui l’emportera, fait massacrer les chefs de la garnison après la reddition.

Le dauphin tente alors une incursion vers la Bourgogne pour en découdre avec son duc Philippe le Bon. Celui-ci lui propose de livrer bataille. Henri V accourt pour soutenir Philippe et faire un sort à ce « garnement » de Charles. En fait, la bataille n’aura pas lieu. D’abord, Henri V est obligé de s’en retourner vers Vincennes où il s’alite. Ensuite, l’entourage du dauphin l’en dissuade, Charles ne veut pas risquer toutes ses chances en une seule bataille, comme à Crécy ou à Azincourt. Certes, c’est ennuyeux, car, dans son camp, il passe pour un lâche. Au moins, il ménage l’avenir.

Les historiens ont dit que Charles restait inactif dans la guerre. En fait, c’est faux, il participe volontiers aux combats, sièges ou coups de main. Ainsi, lorsque La Rochelle est menacée d’être prise par les Anglais (ce qui le couperait de la mer car c’est son seul port), il fonce vers la ville pour la défendre. Là, il manque de trépasser dans une salle où le plafond s’effondre. L’épisode renforce son état d’incertitude déjà grand, sa mélancolie. Il doute de tout.

De plus, il est toujours sans enfants, alors que Catherine vient de donner un fils à Henri V, le futur Henri VI.

En fait, il est marié à Marie d’Anjou, fille de Yolande D’Aragon. Mais il n’est pas attiré par elle car elle est laide et peu intelligente (« elle ferait peur même à un Anglais » a dit un chroniqueur ! c’est tout dire). Aussi la trompera-t-il en prenant des maîtresses. Elle ne lui en donnera pas moins onze enfants ! Son premier né finit par naître en 1423, le futur Louis XI.

Brusquement, deux grands évènements surviennent. D’abord, Henri V meurt au château de Vincennes en août 1422. Il laisse pour lui succéder un bébé de six mois, Henri VI. En fait, le pouvoir va être détenu par son frère, le duc Jean de Bedford, qui devient régent. Il gouverne surtout en France. En Angleterre, c’est un autre de ses frères, Humphrey de Gloucester, qui a le pouvoir. Mais Bedford a la prééminence. S’il vient en Angleterre, son jeune frère Gloucester doit plier devant lui (ce dernier n’est d’ailleurs pas régent mais a seulement le titre de « conseiller »).

Un problème existe alors à Paris. Qui est-ce qui règne en fait, car il n’était pas prévu qu’Henri V mourrait avant Charles VI ? Cette ambiguïté est cependant rapidement levée car la même année en septembre 1422, Charles VI rend l’âme.
Le Dauphin Charles a l’espoir d’être proclamé roi par le Parlement de Paris. Mais ce n’est pas le cas, celui-ci et toutes les autorités constituées proclament comme nouveau roi Henri VI, avec Bedford comme régent. Pour son parti, il n’en est pas moins devenu le roi Charles VII. Il a alors 19 ans.

IV. Le roi.

Dans ces années 1420, existe alors dans la France anglaise un sentiment diffus de patriotisme qui joue en faveur de celui qui est maintenant Charles VII. Les Français auraient à la rigueur pu accepter un roi anglais en situation normale. Mais comme régnaient misères, épidémies et violences, il fallait un bouc émissaire, lequel ne pouvait être que l’étranger, l’Anglais. Un peu partout était proposé au gouvernement du roi de Bourges d’organiser des complots dans les villes du nord de la France.

Autour du jeune roi se groupe tout un ensemble de gens sans aveux, de pêcheurs en eaux troubles, un entourage hétéroclite. Ces chefs de mercenaires, intermédiaires de toute sorte trouvent très bien ce statu quo, cette partition du royaume qui rend nécessaire leur action. Il faut simplement que les deux camps s’équilibrent. Les principaux conseillers de Charles sont alors :

Pierre de Giac.
Georges de la Tremoille.
Arthur de Richemont.

Le plus douteux est La Tremoille qui s’est enrichi en s’emparant des domaines de son épouse qu’il a ensuite traitée de façon indigne. Il a des relations chez les Bourguignons. Aussi ne veut-il la victoire d’aucun camp, surtout pas le sien car cela favorise ses affaires. Pour cela, il s’opposera à Jeanne d’Arc, pour lui un trouble-fête.

En face, la France anglaise est gouvernée par le duc de Bedford. Intelligent, il est à la fois énergique et séducteur, comprend même mieux la situation qu’Henri V. Il respecte les coutumes et traditions françaises, veille surtout à ce que soit bien appliquée la justice. De toute façon, l’ « occupation » anglaise est très ténue, ne consiste qu’en quelques centaines de soldats anglais placés dans quelques villes, très peu à Paris, ville qui a alors près de 100000 habitants ! Dans la France du nord, le jeu politique se fait à trois :

Bedford.
Gloucester
Philippe le bon.

Bedford est au sommet. Mais il se méfie de Philippe le bon qui n’est pour lui qu’un vassal d’Henri VI, et avec qui il rechigne à traiter à égalité. Il lui faut cependant le ménager à cause de Charles VII. Il a aussi des difficultés avec son frère Gloucester. Celui-ci a épousé l’héritière du comté de Hainaut ce qui l’oppose au duc de Bourgogne qui a des visées sur celui-ci. Il vient alors sur le continent prendre possession de l’héritage de sa femme et manque de livrer bataille à Philippe. Bedford, qui pense que la plaisanterie a assez duré, est obligé de s’interposer et d’admonester son frère.

V. Le temps des revers (1420-1428).

Sur le plan militaire, la dynamique est du côté des Anglais. Les années 1420 voient en effet les désastres s’accumuler dans le camp de Charles VII. Celui-ci voit son armée subir deux défaites retentissantes en 1423 :

Cravant.
Verneuil.

Cravant est remporté, en 1423, par l’excellent général anglais Salisbury qui maîtrise très bien la tactique défensive consistant à placer des archers derrière des pieux.

Peu après, le gouvernement de Charles VII tente de reconquérir la Normandie. Sur le conseil de son entourage, le roi de Bourges n’y participe pas car c’était trop risqué pour lui. Une armée hétéroclite entre en Normandie avec à sa tête plusieurs chefs sans autorité. Contre elle s’oppose une armée homogène commandée par Bedford et Salisbury. Les Français sont écrasés à Verneuil en 1424.
Tous ces malheurs accablent Charles qui sombre dans l’apathie et la mélancolie. En 1427, il a 24 ans. A cet âge, il pourrait se faire obéir, mais il en est incapable. Il n’a aucun lien affectif avec ses conseillers et il se contente de maintenir l’équilibre entre eux, usant de l’un contre l’autre. Surtout, il les voit s’affronter entre eux. Ainsi Pierre de Giac est pratiquement assassiné sous son nez, dans son propre château ! Celui-ci a été victime d’un complot de La Tremoille et de Richemont. Après une parodie de procès, il est mis à mort à leur instigation.

Puis, c’est l’ascension d’Arthur de Richemont. Celui-ci est un chef militaire, un soldat, nouveau « Du Guesclin », comme lui Breton, et dont Charles VII fait son connétable, bien qu’il ne l’aime pas car c’est une brute. Mais il s’oppose à La Tremoille. Celui-ci est devenu le « mentor », le principal conseiller de Charles. Il faut aussi compter avec la belle-mère de ce dernier, Yolande d’Aragon qui s’entremet dans toutes ces affaires, sait amener le roi en son sens et se fait payer de ses services en accroissant ses possessions en Anjou. Balloté entre tous ces gens, Charles VII agit peu, se montre un piètre roi. Il doit même un moment quitter Bourges pour échapper à une entreprise de Richemont. Puis, il y revient quand celui-ci est parti. En butte à l’hostilité de La Tremoille, Arthur de Richement ravage le Poitou avec ses bandes de mercenaires, et assiège les châteaux de son ennemi, lequel tente plusieurs fois de le faire assassiner.

Partout dans son royaume, le roi n’est pas obéi, encore moins dans le sud, vers le Languedoc.

On s’en doute, les Anglais, au courant de cette anarchie, ont fini par vouloir en profiter. Précisément, ils envoient une armée pour en terminer définitivement avec le royaume de Bourges. Bedford aurait voulu que celle-ci aille prendre Angers, en Anjou où il est possessionné. Mais le conseil de régence en décide autrement car il veut que l’ennemi soit frappé au cœur. Aussi, est-ce vers Orléans qu’ira l’armée anglaise. Si Orléans est pris, le pont sur la Loire qu’elle domine pourra être emprunté par les Anglais, lesquels iront tout droit vers Bourges, non loin dans le Berry, et le sort de Charles VII sera définitivement réglé.

Une armée anglaise, commandée par Salisbury, se met en marche vers Orléans et l’investit. Autour de la ville, elle construit 5 ou 6 forteresses et commence le siège. Charles VII est désespéré. Il en a marre, ne pense plus qu’à abandonner, envisage de s’enfuir en Espagne ou en Ecosse, pays amis. Tout ce qui l’intéresse n’est plus que de conserver sa vie et sa liberté ; tant pis pour le pouvoir. Il faudrait un miracle pour le faire sortir de cette situation.

VI. Jeanne d’Arc.

A ce moment, tout le pays est parcouru par de violents courant religieux et mystiques. Prophètes et astrologues de toute sorte pullulent ! Forcément, avec toutes ces misères et ces violences… Aussi, dans ce contexte, l’aventure de Jeanne d’Arc n’est qu’une manifestation de cette ambiance, certainement pas la cause. Du reste, il y a eu plusieurs « prophétesses » comme elle ; elle n’est pas la seule.

Toujours est-il qu’un beau jour de 1429, une jeune bergère de Domremy, recommandé par le gouverneur de la ville de Vaucouleurs, se présente devant le roi à Chinon. Toutes sortes de légendes ont eu cours sur elles, il faut faire la part des choses. Ainsi, elle l’aurait paraît-il reconnu alors qu’il était caché (mais comme elle avait quelques compagnons avec elle, l’un d’eux, qui connaissait le roi, a pu le lui indiquer discrètement, si ça se trouve…). Charles est peu attiré par cette jeune fille garçon manqué ; ses généraux pas davantage. De plus il est agacé par son assurance car elle n’arrête pas d’affirmer qu’elle est envoyée par Dieu et qu’elle a une mission ! Lui, au contraire, est beaucoup plus politique. A sa cour, tout le monde est un peu perplexe devant cette fille qui passe pour « pucelle ». Les principaux conseillers de Charles s’en méfient, surtout La Tremoille. Finalement, le roi, qui ferait n’importe quoi tellement il est découragé, consent à lui donner une armée pour aller délivrer Orléans, à tout hasard. Au point où il en est…
Jeanne accompagne donc les chefs militaires qui dirigent cette armée. Elle les énerve un peu car elle voudrait aller tout de go contre l’ennemi anglais alors que la guerre ne se fait pas comme ça ; elle n’a aucune stratégie !

Arrivés devant Orléans, les Français se mettent à attaquer les forteresses anglaises, une à une. Jeanne ne se bat pas vraiment;  elle se contente de soutenir le moral des soldats en portant l’étendard. Salisbury, le général anglais, est tué par un boulet français et Bedford lui envoie un remplaçant. En définitive, quelques forteresses sont prises par les Français et les Anglais finissent par lever le siège.
Immédiatement c’est le grand enthousiasme dans le camp de Charles VII. En fait, ce succès d’Orléans n’est pas grand-chose : seules deux ou trois forteresses ont été prises et l’ennemi a levé le siège, ce qui était alors choses assez courantes. Mais l’affaire n’en a pas moins eu un immense retentissement, partout en France. Si cela avait été un échec, Jeanne d’Arc aurait tout de suite été oubliée. Cette victoire a bâti sa légende et forgé le patriotisme français contre l’envahisseur. Le patriotisme anglais aussi d’ailleurs, car à Londres on n’en revient pas et on craint même une invasion française ! (comme si Charles VII n’avait pas d’autres chats à fouetter…).
Après Orléans, Reims. Jeanne enjoint à son roi de se rendre dans cette ville pour s’y faire sacrer. Le problème est qu’elle se trouve en territoire ennemi. Peu importe, on s’y fraiera un chemin. Au passage, Charles VII livre une bataille victorieuse aux Anglais à Pathay. Puis, il fait son entrée à Troyes, dont les habitants ont fini par lui ouvrir les portes.

Finalement, il entre à Reims. Là, il se fait sacrer à la va-vite, dès le lendemain de son arrivée, un sacre au rabais ! Il faut en effet aller vite car on a peur que la ville soit reprise. On y déplore de grands absents, celle du duc de Bretagne, du duc de Bourgogne bien sûr, aussi de l’archevêque de Beauvais, l’un des grands pairs ecclésiastiques du royaume. De plus les instruments du sacre, les regalia, sont restés à Paris, on doit se contenter de copies. Le saint chrême, par contre, est resté à Reims. Malgré ses faiblesses, le sacre de Charles VII a un immense retentissement en France, précisément parce que l’avoir fait dans la ville qui lui est consacré est considéré comme un exploit.

Jeanne d’Arc aurait pu considérer que sa mission était terminée et retournée dans son village de Domremy, personne ne l’aurait retenu dans l’entourage du roi. Mais non ; après Reims, Paris.

Elle enjoint donc au roi de marcher sur la capitale, Dieu le veut. Charles n’est pas très chaud, d’abord parce qu’il déteste cette ville de fous, ensuite parce qu’il sait que celle-ci est très bien défendue et que ce sera un échec.

Quoi qu’il en soit, il marche sur Paris. Il se trouve alors face à face à Bedford à Montemiroi, près de Senlis, où pour la première fois les deux grands chefs sont face à face. Mais la bataille n’aura pas lieu car aucun des deux ne veut attaquer et risquer un désastre. Il laisse ses troupes tenter d’entrer dans la capitale en livrant un furieux combat porte Saint-Antoine. Mais c’est un échec, et Charles, qui pense que la plaisanterie a assez duré, en prend prétexte pour revenir à Bourges.

Charles VII apprécie peu Jeanne d’Arc et son côté illuminé. Lui, préfère négocier, voir venir… Contrairement à la jeune femme, il ne prétend nullement posséder la vérité, il est trop politique pour cela. Jeanne, qui n’a pourtant pas le titre de conseiller du roi s’invite délibérément au conseil de celui-ci, en tant qu’ « experte en stratégie divine ».

Elle fait la guerre à droite et à gauche. Elle finit par se faire capturer par les Bourguignons devant Compiègne et à être livrée aux Anglais. Après un procès riche en péripéties elle est brûlée à Rouen en 1431. On a reproché à Charles VII de n’avoir rien fait pour la sauver. Il est vrai qu’il considérait qu’elle avait fait son temps. Mais de toute façon, que pouvait-il faire !? Proposer une rançon ? Les Anglais l’auraient refusée. Pour eux, elle n’était pas une prisonnière comme les autres, mais un symbole. Pour montrer que Dieu était avec eux, ils étaient obligés de la brûler, sinon ils passaient pour les soldats du diable ! C’est exactement pour la même raison que vingt ans plus tard Charles VII fera un procès pour la réhabiliter, toujours pour mettre Dieu dans son camp.

VII. Vers la paix avec la Bourgogne.

Après l’épisode Jeanne d’Arc, la guerre va stagner. Ces quelques succès connus par Charles grâce à la Pucelle vont s’arrêter là. Pendant quelque temps, il n’y aura ni victoire ni défaite dans aucun camp, seulement des escarmouches à droite et à gauche. Bedford a réagi intelligemment au sacre de Charles VII, en faisant lui-même sacrer le jeune Henri VI, alors âgé de huit ans. Il le fait d’abord sacrer en Angleterre, puis en France à Paris.

Une autre révolution a lieu dans l’entourage de Charles, en 1433. Sur l’instigation (peut-être) de sa belle-mère Yolande D’Aragon, son mentor La Tremoille est renversé par ses ennemis, notamment Richemont. C’est encore une fois sous le nez du roi que la chose se passe, en l’occurrence au château de Chinon où il réside avec son conseiller. Celui-ci est attaqué, blessé, et finalement assigné à résidence dans son château de Sully. Une fois encore, Charles laisse faire. Il n’est décidément que spectateur de son règne, un roi « shakespearien » !

Une nouvelle équipe remplace La Tremoille, celle des Angevins et de quelques Bretons. Elle est plus homogène, plus efficace et va faire le lien avec celle qui travaillera à la victoire définitive de Charles dans la dernière partie de son règne.

Pour renforcer sa position face à l’Angleterre, il faut dissocier ses ennemis. C’est ce que comprend Charles quand il conclut la paix avec le duc de Bourgogne Philippe le bon, las de son alliance avec les Anglais. Ainsi est signé en 1435 le traité d’Arras. En principe, les représentants des trois partis s’y sont retrouvés, Français, Anglais, Bourguignons. Mais les Anglais sont trop gourmands : ils veulent que Charles se déclare vassal d’Henri VI, son neveu (il est le fils de sa sœur Catherine) tout en conservant les territoires qu’il a déjà. Devant ces prétentions, les Français se marrent ! Ces déceptions ne font aucun bien au régent le duc de Bedford qui meurt peu après. Il laisse au pouvoir son neveu le jeune Henri VI, âgé de quatorze ans. Grenouille de bénitier, celui-ci ne songe qu’à se réfugier dans la prière, et ne va pas faire le poids face à Charles VII !

Puisque les Anglais ne sont pas raisonnables, l’accord va seulement se faire avec les Bourguignons. Charles VII est là obligé d’avaler des couleuvres et de céder beaucoup de choses à Philippe le Bon. Il doit faire des concessions territoriales, notamment la cession des villes de la Somme qu’il pourra éventuellement racheter. Il doit aussi reconnaître publiquement l’assassinat de son père et, officiellement, enlever leurs biens aux coupables. Ce faisant, il s’est montré sage, car en échange le duc de Bourgogne abandonne l’Angleterre et reconnaît son titre de roi de France. Et puis, ce traité pourra toujours être interprété, aménagé… (comme l’avait été le traité de Troyes, d’ailleurs).

C’est ainsi qu’en face de Charles VII les Anglais vont se retrouver seuls. Malgré leurs difficultés, ils veulent continuer la guerre !
La position internationale du roi de Bourges est confortée notamment vis-à-vis de l’Eglise. En effet au grand schisme a succédé la lutte entre le pape et le concile. Dans ce combat, Charles VII apparaît comme un conciliateur, un médiateur, ce qui renforce son influence en Europe. Ainsi, le vent est en train de tourner. D’ailleurs, sa mère Isabeau de Bavière meurt, oubliée, peu après la signature du traité d’Arras, ce qui montre qu’une nouvelle période commence dans la vie de Charles.

VIII. Le retournement.

Charles VII et ses troupes finissent par reprendre Paris en avril 1436. C’est l’affaire du connétable Richemont. De concert avec des bourgeois de la ville qui provoquent des émeutes, il fait entrer ses troupes dans la capitale et provoque la fuite des Anglais. Ceux-ci restent encore présents cependant en Île de France. Le roi, pendant ce temps, est resté à Bourges. Bien sûr, il est ravi quand il apprend la nouvelle, mais il ne songe pas à entrer dans la ville, ce qui vexe les parisiens ; il y a de trop mauvais souvenirs depuis son enfance. Il ne finira par y venir qu’un an plus tard pour très vite en repartir !

Le problème est qu’avec les succès, Charles va connaître des difficultés avec ses nobles, tant ceux qui étaient pour les Anglais et qui n’admettent pas sans rechigner ce changement d’obédience que les siens propres qui estiment qu’ils sont mal récompensés de leurs services. C’est ainsi que, sous la direction de René d’Anjou, ils font une première tentative pour renverser l’équipe gouvernementale angevine placée autour du roi. Mais cette fois-ci, celui-ci ne se laisse pas faire et réagit. Il se montre enfin énergique en faisant échec au complot et ses auteurs doivent se soumettre.

Mais il a ensuite affaire à un complot nobiliaire plus important en l’année 1440, la Praguerie (appelée ainsi car le roi de Bohême avait alors les mêmes problèmes avec ses nobles). Cette fois-ci, les nobles se servent du dauphin Louis, le futur Louis XI. Celui-ci a alors seize ans, un âge où l’on est facilement sensible aux flatteries et aux influences. Les comploteurs le traitent en « prisonnier consentant » et tentent de mettre le roi en tutelle, sous la régence de son fils ! Charles réagit, rassemble son armée et reprend les places aux insurgés une par une. Entre lui et son fils a lieu alors une entrevue dramatique où il ne mâche pas ses mots pour dire son fait à ce gamin. Finalement, il consent à lui pardonner et l’envoie dans son fief du Dauphiné. Il y a peu d’aménité entre Charles et ses enfants, lesquels lui ont été donnés par sa femme Marie d’Anjou qui lui a toujours été indifférente. Pour lui, ils ne sont que des membres du personnel politique comme les autres, et qui plus est, manifestement, dangereux. Il en ira autrement avec ceux qu’il aura plus tard de sa favorite Agnès Sorel.

De façon générale, il pardonne à presque tout le monde (quand il ne se sent pas menacé dans sa sécurité, il a d’ordinaire le pardon assez facile).

Outre les Anglais, qui à présent sont sur la défensive face à sa puissance montante, le principal problème auquel il doit faire face dans son royaume est celui des écorcheurs. Ceux-ci sont des mercenaires livrés à eux-mêmes après le traité d’Arras (ils « écorchent » tout). Du moment, qu’ils ne peuvent plus faire la guerre, ils vivent sur le royaume, c’est-à-dire sur les terres des paysans qu’ils pillent à volonté. Violence et barbarie sont partout de règle. Le plus célèbre de ces chefs de mercenaire est Rodrigue de Villandrando qui sévit dans le Languedoc. Si cela continue comme cela, même s’il est victorieux des Anglais, Charles VII ne règnera plus que sur des ruines ! Tout le monde pense que lui et ses conseillers se moquent de ce fléau. En fait, ils s’en préoccupent, mais il est difficile d’y mettre fin. La seule solution qu’ils ont trouvée pour le moment est de les envoyer guerroyer chez le voisin. Aussi quand un seigneur local a besoin de faire la guerre contre des sujets qui se sont révoltés, par exemple l’évêque de Strasbourg, le roi lui envoie ces coupe-jarrets. Une fois, il décide de les envoyer prendre Avranches aux Anglais. Personne ne croit à cette possibilité dans son entourage et effectivement, les Anglais les repoussent vigoureusement. Cependant, pour les conseillers de Charles c’est un succès car dans l’affaire 6000 écorcheurs se sont fait massacrer; autant d’indésirables en moins pour les campagnes françaises !

Le roi se met alors au travail et fait la guerre à droite et à gauche, en 1441. Dans le sud, il lutte contre les écorcheurs, soit en les tuant, soit en leur accordant des lettres de rémission selon les circonstances. Mais il reste encore beaucoup à faire. En fait, pour mettre définitivement fin à ce fléau, il n’y a pas 36 solutions : il faut se créer une armée permanente, celle-ci composée de soldats dument payés et qui n’auront donc pas besoin de vivre sur le pays. Mais c’est une tâche colossale.
Puis, en juin 1442, il s’empare de Tartas, en Aquitaine dans les Landes, une position stratégique importante pour les Anglais. A la suite de son succès, il tente une première fois de conquérir le duché, et ses troupes assiègent Bordeaux quelque temps. Mais il n’a pas les moyens de prendre la ville et doit se retirer. Il n’en a pas moins fait une première incursion en Guyenne.
Il va ensuite nettoyer les postes où les Anglais sont encore présents en Île de France, livrant bataille quand il le faut, refusant le combat autrement (ce qui énerve son connétable Richemont d’ailleurs). Pris entre les Anglais Talbot et York, il manque même une fois d’être capturé (mais York n’a pas été assez rapide).

Ainsi s’est-il montré très actif entre 1440 et 1443 : il s’est rendu maître du royaume entre les Pyrénées et l’Oise, entre La Rochelle et Troyes, est venu à bout de trois complots nobiliaires. La position des Anglais est devenue très difficile. En fait, ils ne contrôlent plus que Calais, la Normandie et l’Aquitaine, ce qui les oblige à faire des choix douloureux. Or, leurs finances sont au plus bas. Aussi consentent-ils à traiter avec Charles VII.

Entre eux et ce dernier, sont conclues les trêves de Tours, en 1444. Pour l’occasion, les Anglais marient leur roi Henri VI, qui a 22 ans, à une parente de Charles VII, Marguerite, fille de René d’Anjou. Le roi s’est refusé à donner une de ses filles à son ennemi car il ne veut pas que la monarchie anglaise se donnent des droits à la couronne de France, les précédents ont été trop funestes. Charles a très bien manœuvré dans l’affaire et n’a cédé aucune province. Prévues pour durer 22 mois, elles vont en fait durer cinq ans, soit jusqu’en 1449. On lui a reproché de faire la paix et de ne pas continuer la reconquête du royaume sur sa lancée. Mais en fait, il ne pouvait faire autrement car celui-ci était exsangue. Il va en profiter pour faire le ménage chez lui et remettre de l’ordre dans ses Etats.

IX. La réorganisation du royaume.

Entretemps, un nouveau personnel gouvernemental s’est installé au pouvoir. Charles a en effet fait la connaissance, en 1443, d’Agnès Sorel, jeune suivante d’un de ses nobles dont il est tombé amoureux. Elle a vingt ans et est très belle. Elle n’a pas vraiment exercé d’influence politique, mais l’a stabilisé psychologiquement, lui auparavant si mélancolique et apathique. Il l’a comblée de cadeaux, de châteaux, notamment celui de Beauté-sur-Marne. C’est elle qui est à l’origine de la carrière des nouveaux conseillers entourant à présent le roi, dont Pierre de Brézé, les frères Bureaux et le fameux Jacques Cœur. Ce sont tous des gens compétents, professionnels et qui vont justifier le surnom resté attaché au monarque dans l’Histoire, Charles « le bien servi ». Avec eux, celui-ci va achever la reconquête du royaume. Il ne décide jamais sans eux, s’appuie toujours sur leurs avis, gouverne « en son conseil », c’est une caractéristique de son règne.

Pour l’heure, Charles régularise ses rapports avec l’Eglise en promulguant la pragmatique sanction. Par ce texte, il impose l’autorité royale aux assemblées du clergé, aux conciles.

Profitant de la pause permise par les trêves de Tours, le roi envoie des hommes à l’Est soutenir l’évêque de Metz dont les sujets se sont révoltés, ainsi que l’empereur qui connaît des difficultés avec certains de ses vassaux. Cela lui permet de causer des problèmes au duc de Bourgogne Philippe le Bon avec qui il est en mauvais termes malgré le traité d’Arras. Mais la vraie raison est de se débarrasser du plus d’écorcheurs possibles et de diminuer ce fléau. C’est sur ces terres de l’Est qu’ils exercent à présent leurs ravages.
Précisément, il réorganise l’armée. A la place de la traditionnelle armée féodale (non complètement abandonnée cependant), il veut créer une armée permanente composée de soldats dument rétribués. Ainsi crée-t-il les compagnies d’ordonnance, composées de « lances », pour la cavalerie et l’infanterie. Dans cette troupe d’élite entrent ceux des écorcheurs et de leur chefs choisis par le roi, mais soumis dès lors à une stricte discipline. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être choisis, sont priés d’arrêter leurs brigandages et de se trouver un autre travail. Contre toute attente, ils obéissent tous, ce qui montre que l’autorité royale est à présent respectée. Le roi s’est ainsi créé une armée de 20000 hommes qui sera l’instrument de ses succès futurs. Elle est appuyée par la solide artillerie que lui ont constitué les frères Jean et Gaspard Bureaux.

Pour financer cette armée, il faut régulariser l’impôt. Celui-ci devient alors permanent, ainsi que les aides, l’impôt indirect. Pour le percevoir, le royaume est divisé en généralités.

Dans toutes ses opérations militaires, le roi se fait aider de son fils le dauphin Louis. Il l’envoie donc à droite et à gauche, à l’Est, justement, où il l’aide dans ses actions guerrières. Ce n’est pas plus mal, pense-t-il, il faut occuper le plus possible son fils, car l’expérience lui a montré que quand celui-ci est inactif, il fait des bêtises.

Entre Louis et son père, les rapports sont très tendus, justement. Le dauphin déteste son père. Impatient de régner, il voudrait prendre sa place et est convaincu qu’il pourrait faire de grandes choses. Mais il doit ronger son frein car Charles a près de 45 ans, une santé de fer, et n’est pas près de passer l’arme à gauche. Charles lui a donné le Dauphiné à s’occuper. D’ordinaire, tous les dauphins n’ont considéré celui-ci que comme une source de revenus. Ce n’est pas le cas avec le futur Louis XI qui s’occupe beaucoup du gouvernement de sa province, d’ailleurs très prospère, un peu trop au gré de son père du reste. En effet, il lui impose sa propre monnaie et refuse l’entrée de celle du royaume ! Louis entretient aussi des agents à la cour du roi. Connaissant le caractère méfiant et hésitant de celui-ci, il fait exprès de susciter la suspicion autour de lui, c’est un renard. Surtout, cela se passe très mal entre lui et Agnès Sorel. Louis ne pardonne pas à la favorite de soutenir le conseiller de son père Pierre de Brézé qu’il abhorre. Au cours d’une entrevue dramatique devant le roi, en 1447, il menace même Agnès de son épée (ils ont le même âge tous les deux) ! Charles qui ne supporte pas que l’on menace sa maîtresse le vire définitivement et ils ne se reverront plus.


Pendant ce temps, le royaume d’outre-manche connaît des difficultés de plus en plus graves. Le pays est au bord de l’anarchie, certaines régions sont en révoltes, les finances sont en crise ; la guerre, civile, des deux roses se profilent à l’horizon. Malgré cela, on trouve encore des excités au sein du gouvernement qui n’ont pas encore compris que le rêve continental, c’est fini, et qui pensent qu’il pourrait y avoir un retour du balancier ! Quoi qu’il en soit, en raison de leurs problèmes précisément, ils demandent à Charles de prolonger la trêve. Celui-ci accepte et elle va durer jusqu’en 1449. Avant cela, le roi de France a obtenu que les Anglais évacuent le Maine.

C’est la Bretagne qui va être la cause de la reprise de la guerre.
Depuis 1444, son duc François 1er a succédé à son père Jean V. Contrairement à ce dernier qui louvoyait entre les deux royaumes, François 1er est complètement francophile, ce qui agace le gouvernement anglais qui voudrait bien qu’il se déclare vassal de son roi. Pour le provoquer, son représentant sur le continent, le duc de Somerset, place des troupes dans les villes normandes à côté de la Bretagne. Finalement, un chef de bande nommé Suriennes s’empare de la ville de Morlaix, celle-ci carrément dans le duché, très certainement avec l’aval de Londres et de Somerset. Or, les trêves de Tours incluaient la Bretagne.
C’est le casus belli qui va donner prétexte à Charles VII à reprendre le combat et « bouter les Anglais hors de France ».


X. La reprise de la guerre et la victoire finale (1449-1453).

Le premier objectif de Charles VII est la reconquête de la Normandie.

Celle-ci était le cœur de la domination anglaise. Les Anglais y tenaient beaucoup car ils la considéraient comme le berceau de leur monarchie, depuis Guillaume le conquérant. Dans les années 1430-1435, une série de révoltes avaient eu lieu dans la province mais toutes durement réprimées. Cependant, la domination anglaise était en crise ; les garnisons anglaises, non payées, vivaient sur le pays et l’anarchie tendait à s’installer.

La campagne de Charles VII fut véritablement une guerre éclair de trois mois seulement ! Il ne connut que des succès. Les canons des frères Bureaux firent merveille et permirent de faire tomber les murailles. Rouen fut rapidement isolée et dut se rendre. Les Anglais envoyèrent alors une armée de 6000 homme commandée par un certain Kyriel. Elle fut écrasée par les Français à Formigny en Avril 1450. L’artillerie française fit un massacre des archers anglais. Caen et Cherbourg furent alors prises. Partout, les français furent bien accueillis.

Cela fait, cependant, Charles VII fit un peu le ménage autour de lui en changeant l’équipe de ses conseillers. Ce mouvement était en lien avec le choix d’une nouvelle maîtresse.

En effet, tandis que le roi était en Normandie, Agnès Sorel était à Loches, enceinte de Charles. Prise par une angoisse, elle voulut le rejoindre et fit un voyage éprouvant de 300 km pour le rejoindre à l’abbaye de Jumièges. Arrivé à destination, elle accoucha et mourut très vite peu après, en février 1450, à l’âge de 27 ans ! Charles en fut très affligé. Ayant besoin de femmes, il finit par lui trouver une remplaçante en la personne de la cousine d’Agnès, Antoinette de Maignelais (au moins on restait en famille). Elle ne lui faisait pas oublier Agnès certes, mais il s’en accommodait. En plus, elle se fit sa pourvoyeuse en lui fournissant des jeunes filles à mettre dans son lit alors qu’il approchait de ses 50 ans ! Les historiens l’ont jugé alors dépravé, mais en fait il ne l’était pas plus que Louis XIV ou Louis XV. Toujours est-il qu’autour de cette Antoinette se constitua une nouvelle équipe gouvernementale et ceux du « clan Sorel » furent évincés, notamment Jacques Cœur. Ce dernier, grand argentier du roi qui avait réussi dans le négoce, diplomate à l’occasion, fut arrêté et jugé pour malversations. Charles VII, en effet, acceptait peu que l’on puisse se montrer plus brillant que lui et jalousait la réussite des autres. Ceci étant, les décisions qu’il prenait contre d’anciens conseillers n’étaient pas forcément très judicieuses, mais au moins étaient les siennes ; il ne se laissait plus faire comme autrefois. Mais s’il disgraciait, bannissait, confisquait les biens, il n’exécutait jamais ; ce n’était pas un sanguinaire. L’affaire de Montereau lui restait encore sur la conscience.
Après la Normandie, l’Aquitaine.

Mais là, la situation était différente. Comme elle était loin de l’île bretonne, les Anglais avaient accordé tous les privilèges possibles pour faire accepter leur domination par les populations. Charles VII et ses conseillers le savaient. Aussi firent-ils tout ce qui était en leur pouvoir pour amadouer les habitants, interdisant aux soldats de les molester. Deux armées françaises entraient en effet dans le duché, très mal défendu, sous les ordres de Dunois, nommé lieutenant général, et du comte de Clermont. Le roi n’y participe pas et ne quitte pas Tours (il préfère rester avec Antoinette).

L’étau s’étant resserré peu à peu, les Français firent leur entrée dans Bordeaux. Jean Bureau en fut nommé le maire. Aux Gascons il fut promis qu’ils ne paieraient pas les impôts royaux comme les autres Français et qu’ils ne livreraient pas d’hommes à l’armée, des décisions permettant de se les gagner.

XI. Les dernières années.

Cela fait, Charles VII tourna les yeux plus à l’Est, vers le loup bourguignon et le renard dauphinois, Philippe le bon et son terrible fils, Louis.

Il était en mauvais terme avec le duc de Bourgogne car le traité d’Arras avait été peu ou pas appliqué. Contre lui, Charles soutint les révoltés de Gand. Les possessions flamandes du duc étaient en effet très mal adaptées au système féodal. Là régnaient les villes, avec une bourgeoisie d’argent très riche. Bien sûr, Philippe fut furieux de l’intervention du roi, car de quoi se mêlait-il !? Toujours est-il qu’il écrasa la révolte de ses sujets flamands et Charles VII en fut pour ses pieds.

Avec son fils, c’était différent, car là c’était Philippe le bon qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas en aidant Louis. Louis, dans le Dauphiné, se comportait en souverain indépendant. La « jeune araignée » nouait des alliances en Italie, avec le duc de Savoie, tentait de circonvenir les conseillers de son père, intriguait à droite et à gauche. Charles VII voulut se rendre dans le Dauphiné dire son fait à ce gamin, son fils, qui le narguait. Il mena une expédition armée vers le sud, alla jusqu’à Cleppé où là une correspondance enflammée commença entre le père et le fils. Il n’alla pas plus loin car une nouvelle lui apprit que des affaires plus importantes le sollicitaient : les Anglais étaient revenus en Guyenne.

Effectivement, les agents du roi s’étaient mal comportés à Bordeaux et avaient eu leur manière bien à eux d’appliquer les accords du roi. En fait, ils ne comprenaient pas que cette région riche en vignoble puisse être exemptée d’impôts comme les autres parties du royaume. Aussi se comportèrent-ils comme en pays conquis ce qui ulcéra les habitants. Ceux-ci envoyèrent une délégation à Charles mais ce dernier donna raison à ses agents. Alors, ils entrèrent en rébellion et firent appel aux Anglais. Tentant un baroud d’honneur, ces derniers envoyèrent une armée commandée par le vétéran Talbot. Ce n’était pas bien malin car il eut mieux valu renouveler les cadres.

Quand il apprit la nouvelle, Charles fut furieux. Il avait mauvaise conscience d’avoir envoyé balader les délégués bordelais. Et précisément parce qu’il avait mauvaise conscience, il était décidé à se montrer impitoyable. Pour lutter contre les Anglais, il mena sa campagne la plus énergique, envoya son armée de compagnies d’ordonnance, avec l’excellente artillerie des frères Bureau, convoqua le ban et l’arrière ban. Au lieu de foncer directement sur Bordeaux, d’accord avec ses conseillers il choisit d’abord de reprendre les villes des environs pour pas être coupé des arrières. Ainsi, à partir de son QG de St Jean d’Angély, il organisa le siège de Castillon, forteresse qui contrôle la basse vallée de la Dordogne. Là, les frères Bureau organise un camp retranché pour protéger leur parc d’artillerie.

Talbot, qui dit-on avait un peu trop forcé sur le vin de Bordeaux, se résolut à l’attaquer sans attendre les renforts de ses fantassins et de ses archers, uniquement avec sa cavalerie pour montrer à ses officiers qu’il n’était pas aussi sénile qu’on le disait. Mal lui en pris, c’était carrément suicidaire et il fut écrasé et tué par les canons français.

Charles installa ensuite son QG dans la forteresse de Montferrant et fit le siège de Bordeaux, décidé à se montrer intraitable. Finalement, les Bordelais capitulèrent et le roi se montra cette fois-ci très sévère : 20 notables furent bannis, le Parlement de Guyenne fut supprimé, deux forteresses furent construites pour surveiller les habitants, ceux-ci ils durent payer 100000 écus et bien payer les impôts royaux comme tout le monde. Le passage à la tutelle française est un désastre économique pour la région ce qui entretient une nostalgie anglophile et une atmosphère de complot, ainsi celui de Pierre de Lesparre en 1454, lequel finit décapité.
La guerre de cent ans était terminée. Mais les contemporains ne le savaient pas et il y aura encore quelques escarmouches entre les deux royaumes. Du reste, elle ne fut conclue par aucun traité.

La même année, Constantinople est prise par les Turcs Ottoman. Aussi, le pape demande aux souverains de faire une croisade. Mais Charles VII refuse. Il craint un retour des Anglais, les finances sont au plus bas, le pays est exsangue ; ce n’est vraiment pas le moment d’aller faire la guerre là-bas. Il se contente de bonnes paroles et de donner quelques sous. Du côté de la Bourgogne, c’est différent, car depuis Jean sans peur, il y a toujours eu une tradition très forte de la croisade. Aussi, Philippe le bon se laisse-t-il plus facilement séduire par cette idée.
En juillet 1456, Jeanne d’Arc est réhabilité et l’on prononce à Rouen la nullité de son procès. Cela renforce le prestige de Charles VII. Celui-ci ne va pas jusqu’à en faire une sainte cependant. Il n’y tient pas car il est conscient qu’il ne s’est pas toujours bien comporté avec elle et que, par contrecoup, cela pourrait nuire à son image personnelle. Pour cela, il faudra attendre plus de quatre siècles et sa canonisation officielle en 1909, suite à l’action de Mgr Dupanloup.

Le péril anglais est, après 1453, neutralisé par la guerre civile qui sévit dans l’île bretonne, soit la guerre des deux roses. Aussi, dès 1455, c’est à l’intérieur de son royaume que Charles connaît des difficultés, avec certains grands vassaux et tout particulièrement avec son fils, le futur Louis XI. Par contrecoup renaît la tension avec la Bourgogne. Ainsi, le compte d’Armagnac, soupçonné de comploter avec les Anglais est jugé et banni. Le duc d’Alençon, qui a aussi trahi, est arrêté, jugé à Vendôme, et condamné à être emprisonné à Loches.

Charles VII veut en découdre ensuite avec son fils Louis. Ce dernier n’est pas venu à sa cour depuis dix ans, se défilant sous un prétexte ou sous un autre. Il s’érige en souverain indépendant dans sa province du Dauphiné. Charles décide de marcher sur lui et entre dans la province en 1456. Comprenant sa détermination, des membres de l’entourage de Louis se rallient à lui. Le dauphin s’enfuit et va se réfugier en Bourgogne chez Philippe le bon qui l’accueille très bien. Là, il installe une petite cour, lui et son épouse Charlotte de Savoie, fille du duc de Savoie. Il s’entremet dans la lutte entre le duc et son fils, le futur Charles le téméraire, ce qui lui vaut d’être remis à sa place par son hôte. Sa femme accouche d’un enfant prénommé Joachim (il ne vivra pas). Cela n’amuse pas Charles VII quand il apprend qu’il est grand-père, car cela signifie que l’avenir est à son fils.

De 1457 à 1459, Charles VII connaît des tensions avec Philippe le bon à propos du duché du Luxembourg.
Peu à peu, la santé du roi décline. Il voit progressivement tous ses serviteurs se tourner vers son fils Louis, car ils savent qu’une fois leur maître mort… Même Antoinette écrit une lettre chaleureuse au dauphin ! De sa retraite en Bourgogne, Louis se tient informé de tout ce qui se passe à la cour de son père, notamment ses bulletins de santé…

Finalement, Charles VII meurt en juillet 1461 à Mehun-sur Yèvres. Quand il l’apprend, Louis est ravi. Le vieux est mort, il va enfin pouvoir régner. Il ne se fera même pas représenter aux obsèques de son père.

Charles VII, durant tout son règne, passe pour n’avoir été que le faire-valoir de ses conseillers, véritables maîtres d’œuvre de ses victoires. Il n’en a pas moins fait son métier de roi en façonnant l’identité de la France :

En chassant les Anglais du royaume.
En se faisant le champion du gallicanisme face à Rome.
En mettant au pas la noblesse, œuvre que Louis XI ne fera que parachever.

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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.
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Message Publié : 18 Mars 2020 18:14 
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C'est effectivement un bon livre, on peut le compléter avec celui de Contamine qui est aussi très bon.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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Message Publié : 18 Mars 2020 19:34 
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Merci pour ce récit, en particulier celle des jeunes années du roi, années que je ne connaissais pas.

Il me semble avoir lu une biographie très courte, intitulée "Charles VII, le roi des merveilles", titre que lui auraient donné les contemporains au moment de ses succès.

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Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu. (Chamfort)


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Message Publié : 18 Mars 2020 20:57 
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Plutarque
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On l'appelait aussi "Charles le bien servi". Comme c'est lui qui choisissait et nommait ses serviteurs, c'est qu'il valait mieux que Kendall et Minois veulent bien l'admettre.


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Message Publié : 20 Mars 2020 6:20 
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Jean Froissart
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Une petite erreur, que vous aurez corrigé de vous mêmes, s'est glissée au 4e paragraphe dans "L'enfance de Charles " : il ne s'agit pas de Philippe III le Hardi mais Philippe II, le Hardi, duc de Bourgogne comme le dit le wikipédia du fils jean II le Bon :

Wikipedia a écrit :
Philippe II de Bourgogne, dit « Philippe le Hardi », né le 17 janvier 1342 à Pontoise et mort le 27 avril 1404 à Hal (Pays-Bas bourguignons), est le quatrième et dernier fils du roi Jean II de France, dit « Jean le Bon », et de Bonne de Luxembourg. Il est désigné comme « fils de France, duc de Touraine, duc de Bourgogne, premier Pair de France, comte de Flandre et d'Artois et comte palatin de Bourgogne ».



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«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
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Message Publié : 20 Mars 2020 12:32 
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Eginhard
Eginhard

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J'aime le style de Minois. De lui, j'ai :
- La Guerre de Cent Ans
- Histoire du Moyen Age

Maintenant, je ne pense pas acheter cette bio. Déjà parce-que je n'y découvrirai rien : c'est le problème des résumés ; un peu comme annoncer à une personne qui lit un thriller qui est le coupable...

L'autre problème est que le tout n'est pas "fouillé" et on se retrouve avec des extraits style "... Henry V prend l'intiative des négociations...".

Et bien non. Il eut fallu avant lire "La Guerre de Cent Ans", se pencher aussi sur la Bourgogne de Philippe II "le Hardi" à Philippe III "le Bon" (afin de mieux comprendre le traité de Troyes). Aller aussi outre-Manche afin de bien s'imprégner des Lancastre, nouvelle branche des Plantagenêt qui est loin de faire l'unanimité.
Comprendre la politique d'Henry IV (Bolingbroke) qui louvoie entre le conflit Armagnac/Bourguignon et pourquoi pas Charles et son pire opposant -son fils- le futur Henry V qui ouvertement s'allie à la Bourgogne.
Il faut aussi appréhender deux faits majeurs : l'assassinat de Louis d'Orléans (et les demandes incessantes de ses héritiers, on fera même relâche pour Charles "le Poète" -engeôlé- afin qu'il ait le temps de remettre de l'ordre dans la maisonnée avant de regagner l'Angleterre et sa geôle) qui n'auront jamais gain de cause face à un autre assassinat : celui de Jean Ier "fearless" sur le pont de Montereau et là, a contrario même l'église s'en mêlera...
Le retour sera la politique totalement décomplexée de Philippe III "le Bon" avec Henry V concernant la France.
C'est étonnement, un changement de branche (ceci fragilise toujours l'équilibre) anglais (les York qui se chauffent la tête) et la rapide arrivée d'un conflit interne à l'Angleterre qui va fossoyer un conflit franco-anglais qui avait trouvé une vitesse de croisière.
S'il existe de "gros coup", la plupart ne sont que chevauchées pillardes dès le fils d'Edward III. Il faudra attendre Richard II puis Henry IV (ancien Lord Appelant) afin d'entrevoir une sorte de politique cohérente tant en Angleterre (les barons) que dans le conflit franco-anglais.

Nous sont présentés les Armagnac comme des "incontournables" ce qui est loin d'être le cas car d'un côté (anglais) comme de l'autre (français) on sait la famille plus que louvoyante et prompte à s'accorder avec le plus fort du moment.

S'attarder sur qui formera (chaises musicales) le Conseil du Roi dans les moments de démence de celui-ci est aussi incontournable que bien "sentir" un personnage tel celui de Yolande d'Aragon.

Je vais opter pour Contamine mais c'est un peu gâché et la facilité serait d'opter pour Wiki. Dommage.
Un plus : ceux qui n'ont pas trop envie de lire (ou acheter) y trouveront leur bonheur mais avec de grosses lacunes.

Une bio à ne franchement pas rater, celle de Philippe II "le Hardi" duc de Bourgogne. Après on pige tout le fonctionnement du duché et autres gains de jure uxoris.
:wink:

Une question : il est autorisé de donner de tels résumés concernant les livres parce-qu'au niveau vente ceci peut impacter ?
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Message Publié : 20 Mars 2020 14:13 
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Rebecca West a écrit :
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Une question : il est autorisé de donner de tels résumés concernant les livres parce-qu'au niveau vente ceci peut impacter ?
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La modération a donné son accord au préalable

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Message Publié : 20 Mars 2020 14:22 
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Rebecca West a écrit :
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Une question : il est autorisé de donner de tels résumés concernant les livres parce-qu'au niveau vente ceci peut impacter ?
.

In cauda venenum.

A vous lire, un tel résumé peut casser l'intérêt pour le livre. ("Comme un roman policier dont on connaitrait déjà le coupable.") Malgré tout, cette conclusion laisse entendre le contraire. commencez par vous mettre d'accord avec vous même.

Oulligator a demandé la permission à la modération, moins soupçonneuse que vous et qui a donné son accord.

Edit : croisement de messages avec Jean-Marc

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Message Publié : 20 Mars 2020 14:52 
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Pierma a écrit :
In cauda venenum.
A vous lire, un tel résumé peut casser l'intérêt pour le livre. ("Comme un roman policier dont on connaitrait déjà le coupable.") Malgré tout, cette conclusion laisse entendre le contraire. commencez par vous mettre d'accord avec vous même.

"In cauda..." rien du tout, :rool: à moins d'avoir les idées un peu tordues.
Je ne suis pas au fait des échanges entre modérateurs et intervenant(s) et d'un, de deux ceci peut être un frein à un achat sans pour autant -en lisant seulement ce résumé- avoir une complète vision du personnage et des événements.
J'ai la réponse de Labbat, c'est bon. Je sais que je pourrais partager les bios lues avec le forum, c'est tout.

Quand à l'autopsie systématique de ce que je pense/puisse penser etc. ; ceci devient un peu répétitif -surtout quand la période évoquée n'est manifestement pas un sujet où l'on se balade très à l'aise-.
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Message Publié : 20 Mars 2020 15:48 
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Rebecca West a écrit :
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surtout quand la période évoquée n'est manifestement pas un sujet où l'on se balade très à l'aise-.
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Je suis très à l'aise avec cette période :mrgreen:

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Message Publié : 03 Juin 2020 21:25 
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Jean-Marc Labat a écrit :
C'est effectivement un bon livre, on peut le compléter avec celui de Contamine qui est aussi très bon.

Je l'ai acheté cependant j'ai attendu avant que de le commencer :
1- j'étais sur le Louis XI (de Blanchard)
2- je souhaitais oublier ce que j'avais lu plus haut afin de "redécouvrir" le personnage

Je viens donc d'entamer le livre et je suis à la page 28. On commence à énoncer les différents partis avec leurs "têtes" et leur génération (je songe au Duc de Berry qui est le grand oncle du futur Charles VII...). Il y a pléthore et il faut un soin particulier pour mémoriser tout ce beau monde ainsi que le placer car l'expérience d'une génération peut faire la différence. Un Berry verra les choses autrement qu'un Orléans même si tous deux font le choix de s'associer contre Jean sans Peur. Les raisons aussi en seront différentes (rancoeur de Berry face au "cadeau" fait à Philippe qui deviendra II de Bourgogne etc.).
Je bloque sur un passage que je vous livre, pour vous ce sera sans doute un détail (s'il a lieu d'être) pour moi, ceci aide à bien caler les personnages, leurs projections, leurs volontés, les raisons de leurs ambitions etc.

[... d'où (le pouvoir à éclipse du roi Charles VI) ... le heurt ... au sein de la maison de France de deux personnalités très contestées mais également ambitieuses : né en 1372, Louis, frère du roi, duc d'Orléans, de Valois et de Luxembourg, comte de Blois, de Porcien et de Vertus, et né en 1371, le neveu de Charles VI et de Louis d'Orléans, Jean sans Peur...
...
p 29 : ... Dès le 1er septembre, le duc d'Orléans, en réponse (à Jean sans Peur qui fait la demande de plusieurs réformes), se présenta officiellement en défenseur du roi et de la famille royale, contre la conduite de son neveu.]

Pour moi, quelque chose ne "colle" pas. Je voudrais avoir un avis. Quelque chose vous semble-t-il étonnant, sinon c'est moi qui ai dû (pourtant j'ai lu et relu, fais et refais) voir une erreur là où tout est bien calé ? J'ai recopié à l'identique et bien fait attention à la ponctuation qui est en l'état (parfois ceci peut induire en erreur une virgule mal comprise, une phrase trop longue etc.).

Merci.
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Message Publié : 04 Juin 2020 4:02 
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Il y a une erreur, Jean sans Peur n'est pas le neveu, mais le cousin du roi et de son frère. Charles VI et Louis d'Orléans étaient les neveux de Philippe le Hardi.

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Message Publié : 04 Juin 2020 11:50 
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Merci. C'est bien ce qui me posait problème.
A la fin du livre existe un arbre généalogique simplifié et Jean "sans Peur" est à la même hauteur que Charles VI.
Cependant avec le PP "simplifié", j'ai songé qu'il était estimé que l'évidence n'apparaissait pas.
J'ai fermé le livre de Contamine : je ne captais pas même ce qui était du domaine de l'évidence... :oops: // :(
Je vais l'ouvrir de nouveau et continuer ma lecture (c'est déjà passionnant) : je suis rassurée.
Un grand merci, vraiment.
:wink:
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