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Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître
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Auteur :  brunehilde [ 22 Avr 2017 16:03 ]
Sujet du message :  Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Bonjour,

Dans le système d'apprentissage des corporations, que devenait un apprenti qui n'avait pas pu devenir maître ?
Devait-il recommancer son apprentissage ? Pouvait-il travailler comme simple employé pour un maître ?

Merci pour vos réponses.

Auteur :  Elgor [ 22 Avr 2017 16:25 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Pour devenir maitre il fallait exécuter le chef d'oeuvre. Mais il fallait aussi avoir l'argent pour s'installer. Donc votre apprenti devenait plus probablement compagnon

Auteur :  brunehilde [ 22 Avr 2017 16:58 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Je ne savais pas qu'on pouvait rester compagnon pour une durée "illimitée", je voyais ça plutôt comme une formation, en fait c'est l'équivalent d'ouvrier, si j'ai bien compris.

Auteur :  Jean-Marc Labat [ 23 Avr 2017 7:32 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Il y avait aussi la solution d'épouser la veuve d'un maître.

Auteur :  brunehilde [ 23 Avr 2017 11:18 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Ou sa fille, d'après ce que j'ai lu.

Auteur :  Narduccio [ 23 Avr 2017 11:52 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

J'ai lu dernièrement le livre de Philippe Bernardi "Bâtir au Moyen Âge" (ISBN 978-2-271-08255-8)

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Il évoque les statuts des artisans de l'époque et il signale que dans de nombreuses régions les situations évoluent. Au début, le système corporatiste est basé sur la reconnaissance d'un certain élitisme. Le passage d'un niveau à l'autre se fait sur la reconnaissance, par des pairs, que l’examiné a atteint un seuil de connaissance minimal. Bref, il faut passer un examen pour passer d'apprenti à compagnon, puis de compagnon à maître. Mais, petit à petit le système se ferme : on limite le nombre de maîtres. On voit aussi apparaitre des tensions entre les ouvriers installés sur une place qui voient très mal la concurrence des ouvriers itinérants. Mais, pour les grands chantiers, souvent les ouvriers installés sur place n'ont pas les connaissances requises pour mener de tels travaux.

Donc, petit à petit, on voir apparaitre des chartes de corporations où il est dit que pour travailler dans telle ville, il faut appartenir à la corporation de la ville en question. Les maitres, qui dirigent la corporation, mettent en place des règles pour garantir que lorsqu'ils se retireront, ou qu'il décèderont, leur entreprise reste dans leur famille. Du coup, pour devenir maitre, il faut appartenir à la famille d'un maitre ... que ce soit par naissance ou par mariage, voire par adoption. Mais, les ouvriers qui appartiennent à des associations trans-citadines ou trans-nationales, vont souvent prétendre que la reconnaissance de la maîtrise dans ces conditions-là n'est pas un gage d'élitisme dans les savoirs. Bref, que certains maitres le sont car ils sont fils d'un maitre, mais qu'ils n'ont pas les capacités requises pour réaliser un chef-d’œuvre ...

Mais, le sujet principal du livre n'étant pas la condition ouvrière au Moyen-Âge, tout cela est évoqué, mais pas approfondi. Il faudrait donc lire les ouvrages, ou les études, des 4 ou 5 pages de la bibliographie sur les chapitres qui évoquent qui sont les bâtisseurs et sur quelle économie repose la construction au Moyen-Age ...

Auteur :  brunehilde [ 23 Avr 2017 13:14 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Merci pour ces précisions @Narduccio.

J'évoquais le système corporatif en général, pas uniquement dans le cas des bâtisseurs.

J'ai lu que le métier de boucher était organisé de manière fermée, la maîtrise étant réservée aux fils ou gendres de maîtres, bien que les corps de ville ou les seigneurs aient tenté de briser ces monopoles en procédant à la nomination de nouveaux bouchers, comme l'a fait le vicomte de Thouars, ce qui a occasionné un conflit qui s'est terminé devant le Parlement.

Auteur :  Sir Peter [ 23 Avr 2017 13:20 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Souvenez vous de la puissance d' Etienne Marcel...prêvot des marchands ,drapier d'origine

Auteur :  Jean-Marc Labat [ 23 Avr 2017 13:24 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

A Paris, il y eut un numerus clausus des bouchers jusqu'en 1858, malgré le fait que les corporations aient été abolies par la loi Le Chapelier de 1791.

Auteur :  Narduccio [ 23 Avr 2017 14:02 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

brunehilde a écrit :
J'évoquais le système corporatif en général, pas uniquement dans le cas des bâtisseurs.


Je crois que ce qui est vrai pour les bâtisseurs, est vrai pour de nombreuses corporations, et les exemples cités par vous, Sir Peter et Jean-Marc, montrent que c'est bien le cas. Mais, le cas des bâtisseurs est particulier justement car il y a des grands chantiers qui ont besoin de capacités qui n'existent pas dans la juridiction des corporations locales. Ce qui en fait, je vous l'accorde un cas un peu spécifique.

De diverses lectures, j'en ai retenu que le système des corporations est un vecteur de progrès à son origine, quand il se ment en place. Justement car il y a ces clauses de qualités. Des pairs définissent des règles de qualités et pour avoir le titre correspondant, il faut démontrer que l'on respecte ses règles. Le corporatisme va entrainer une normalisation des produits et définir ce qui est un bon produit et ce qui est un produit de mauvaise qualité. Mais, il faut aussi tenir compte de la taille des villes. Dans une grande ville, les corporations sont très spécialisées. Dans une patite ville, il peut y avoir une corporation qui regroupe tous les métiers de bouche. Avec parfois un seul représentant par métier. Donc, c'est lui qui détermine les règles qu'il doit respecter ...

Assez vite, en 2 ou 3 siècles, le système corporatiste devient un frein au développement de l'artisanat et du commerce. L'accès aux métiers constitués en corporations devient fermé, réservé en priorité aux fils de maitres. Pour devenir simple compagnon, il faut parfois avoir été parrainé auprès de la corporation par un maître. Donc, sans se parrainage, il est impossible de travailler. Du coup, il y a de nombreux travailleurs libres qui cherchent à contourner les corporations pour s'établir à leur compte

Auteur :  brunehilde [ 23 Avr 2017 14:54 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Les travailleurs libres qui désiraient contourner les corporations pour s'établir à leur compte, comment y parvenaient-ils ? La législation monarchique les y aidait-elle ?

Auteur :  Narduccio [ 23 Avr 2017 15:17 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

brunehilde a écrit :
Les travailleurs libres qui désiraient contourner les corporations pour s'établir à leur compte, comment y parvenaient-ils ? La législation monarchique les y aidait-elle ?


Cela dépend de la période et des circonstances ... Par exemple, pour les bâtisseurs, quand il y a un grand chantier, les donneurs d'ordres passent souvent au-dessus des corporations, car celle-ci ne peuvent pas répondre à la demande. Tandis que le petit vendeur à la sauvette peut se retrouver devant un tribunal d'une corporation sans que cela n'émeuve qui que ce soit ...

Auteur :  Jean-Marc Labat [ 23 Avr 2017 16:27 ]
Sujet du message :  Re: Les apprentis qui n'accédaient pas au rang de maître

Les métiers sont très localisés. Il suffit de s'installer dans une ville où il n'y a pas de guilde ou de jurande pour tourner la difficulté. Je rappelle que le mot corporation n'apparaît qu'au XVIIIe siècle, et qu'il est donc inapproprié dans la période qui nous intéresse.

Les usages des métiers sont parfois invraisemblables, un teinturier en rouge n'a pas le droit de teindre en bleu, à Nuremberg, par exemple, il existe des teinturiers qui ont le droit de teindre avec des matières nobles et d'autres qui n'ont le droit qu'avec des teintes communes. Les guildes sont imperméables au changement de mode, et les draperies flamandes en feront les frais. C'est un frein profond à la concurrence et au progrès, d'où la tendance à s'installer là où rien n'est interdit.

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