A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 20 Nov 2017 4:51

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 message(s) ] 
Auteur Message
Message Publié : 05 Oct 2016 20:09 
Hors-ligne
Hérodote
Hérodote

Inscription : 06 Juin 2012 20:46
Message(s) : 9
L'humanisme, d'abord courant philologique de redécouverte de la littérature et des savoirs antiques, fut aussi à l'origine d'une véritable révolution de pensée concernant le rapport au temps et à l'Histoire.

Résumons :

L'origine classiciste du premier humanisme italien se fait ressentir à travers l'importance du style dans la manière de rédiger le récit historique. Dans le très vivace studium florentin, la figure de Cicéron est l'objet d'un véritable engouement intellectuel. La rhétorique crachée par les plumes est un outil pratique au service du bien et du beau. L'éloquence est une des conditions de la réussite de l'action humaine. La gloire et la vertu vont de paire dans cette nouvelle philosophie de l'histoire.
Le mouvement culturel humaniste se fait dans la continuité et en rupture avec ce qui est considéré comme l'ancienne école scolastique. Le fatalisme est remplacé par un vitalisme et un idéalisme renforcé par l'idée que l'Histoire est le fruit des choix individuels et donc le produit de la liberté. Nous passons donc d'une vision théocentrique de l'Histoire où la justice immanente du monde céleste domine, à une vision anthropocentrique. Chez les humanistes l'idée d'un monde meilleur dans les temps à venir est possible, même souhaitable, ainsi née l'idée moderne de progrès. Le débat sur le meilleur idéal de vie entre vita activa et vita contemplativa occupera un grand nombre d'intellectuels italiens tout au long du XVe s. La vita activa sera promue en tant que modèle éducatif parmi les élites occidentales, dans un rapport à l'Histoire où c'est désormais l'action humaine qui prime et non plus l'action spirituelle.
Le pragmatisme ainsi introduit, l'Histoire devient une discipline du "bon gouvernement". Nombre d'ouvrages historiques seront des recueils d'exempla à destination des princes et des gouvernants. Le plus célèbre étant Le Prince de Machiavel.

Voila, petit résumé du début de mes recherches sur l'historiographie humaniste ayant pour cadre les principalement les humanistes florentins de la fin du XIVe s au XVIe s. Qu'en pensez-vous ?

On peut se demander si cette rupture avec le Moyen-Âge n'est pas que le produit des "rêves" de Renaissance (aka l'utopie d'un empire universel chrétien parfait) dont on voit déjà les racines chez Dante de la part des humanistes. Je commence à toucher un peu aux différents courants "critiques" sur cette période, c'est complexe mais fort intéressant !


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Oct 2016 19:28 
Hors-ligne
Tite-Live
Tite-Live
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 11 Nov 2010 13:22
Message(s) : 334
Localisation : lorraine
Si je suis globalement d'accord avec le courant philologique de redécouverte de la littérature et des savoirs antiques (Baxandall) et la révolution de pensée concernant le rapport au temps, j'ai des sérieux doutes sur le rapport à l'Histoire.
D'une part parce que l'exempla médiéval est très répandu. On peut également se référer à Roger Bacon pour qui la connaissance est issue de l'autorité, la raison mais aussi l'expérience.
D'autres part pour Paul Veyne, la méthodologie de l'Histoire née réellement plus tardivement à partir des besoins de la science juridique.
À mon sens c'est bien cette révolution de la pensée sur la rapport au temps qui me semble le plus curieux : c'est la première fois qu'on ne se situe plus dans une continuité et même que l'on rejette une période relativement récente. C'est peut-être issue de l'écart constaté entre les redécouvertes du latin classique et le latin en usage.

_________________
Omnia disce, videbis postea nihil esse superfluum


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 10 Oct 2016 17:19 
Hors-ligne
Eginhard
Eginhard
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 04 Juil 2007 10:16
Message(s) : 888
Localisation : Aix en Provence
A noter que la chute de l'empire byzantin, en 1453, a provoqué un flux de lettrés vers l'occident et plus particulièrement vers la péninsule italienne. Et un libraire-imprimeur nommé Aldo Manucio, ouvrit sa librairie à Venise, fin du XVeme siècle, et publia de nombreux textes antiques commentés par des érudits. Il diffusa de partout en Europe cette culture humaniste, et cet été, à Venise, à la galerie de l'Académie, il y avait une exposition sur ce grand libraire de la Renaissance.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alde_l%27Ancien

L'exposition à Venise :

http://www.gallerieaccademia.org/mostre-ed-eventi/passate/aldo-manuzio-il-rinascimento-di-venezia/

Image

_________________
Dieu ne joue pas aux dés !


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 10 Oct 2016 19:52 
Hors-ligne
Hérodote
Hérodote

Inscription : 06 Juin 2012 20:46
Message(s) : 9
Bonsoir,

Il me semble que cette diaspora grecque se déplace en Italie depuis bien avant le chute de Constantinople.

En 1397, Manuel Chrysoloras arrive à Florence sur invitation de Coluccio Salutati. Par son enseignement il va réintroduire de manière permanente l'usage du grec en Occident. Il introduit auprès de ses élèves de nombreux auteurs antiques de langue hellène : Démosthène, Platon, Ptolémée et Lucien de Samosathe entre autres. C'est lui qui a formé Leonardo Bruni le traducteur le plus important de son temps. Parmi ses autres élèves on retrouve Palla Strozzi, Niccolo Niccoli, Roberto dei Rossi, Iacopo Angeli, Pietro Paolo Vergerio. Leonardo Bruni était le premier historien humaniste à lire ses sources grecques dans le texte. Il fut à l'origine d'une traduction greco-latine de l'Éthique à Nicomaque qui eu beaucoup de succès.

Pour rester dans le sujet qui est l'historiographie humaniste italienne. Comment définir le sens de l'histoire chez les humanistes ?

Sens de l'Histoire et finalité humaine :

Citer :
« Concevoir l'humanisme renaissant comme l'étude scrupuleuse des auctores antiques – et peut-être rejeter ces classicisants dans le champs de la communication publique – est une idée qui ne suffit pas à rendre compte de la complexité du phénomène. […] Nous savons que quelle que soit la forme de culture celle-ci est soumise à une « cosmovision » ( ce qu'on appelle en allemand Weltanschauung, «vision du monde »), ou bien une intuition du monde humain qui, à tout les coups, révèle un substrat prophético-religieux : ce qui revient donc à lier ensemble (religio en latin veut dire : « liens » du monde divin ou du monde humain) temporalité et éternité, le partiel et l'absolu. Ou alors il tend à les dissocier, mais toujours à des fins de rachat – qu'il soit vrai ou illusoire – de la destinée humaine. Chaque système culturel possède ainsi une finalité, plus ou moins déclarée, d'exorcisation du désespoir et de mise en abîme de la violence destructive: déviant les énergies intellectuelles de l'humanité dans la direction d'un projet constructif, lié à une perspective de libération. »

M.Pellegrini, Religione e umanesimo nel primo rinascimento. Da Petrarca ad Alberti., Firenze : Le Lettere, 2012, pp.20-21. (traduction par mes soins)



Dans le même ouvrage :

Citer :
Son langage spécifique [N.D.T : l'humanisme] fut celui d'un mouvement de rupture, agressivement polémique envers les soutiens à l'obséquieux immobilisme traditionaliste. Son présupposé idéologique fut la dissociation du temps présent, débarrassé des aspects d'une époque spirituellement ankylosée. Le règlement du mal-être aggravant de la contemporanéité ne fut pas exposé en des termes d'une sortie de l'histoire humaine, causée par une nouvelle irruption du divin. Les humanistes espérèrent en l'imminente reprise d'un chemin déjà balisé, en le rajeunissement d'une civilisation vieillissante mais toujours prête à refleurir, suivant le cycle alterné des saison historiques. Le prodige d'un nouvel âge d'or, duquel ils auraient été les narrateurs, aurait eu lieu à l'intérieur de la temporalité et de la condition humaine ordinaire, et non pas en dehors de celle-ci.

Ibid, pp.17-18. (traduction par mes soins)



En fait j'ai énormément de mal à comprendre cela sans le confronter à l'eschatologie médiévale. C'est plutôt une rupture dans le rapport au temps de voir l'Histoire dans un rythme qui ne prend pas en compte la Fin finale mais un rythme fait de chutes et de renaissances, non ?

Les premiers humanistes et les "classiques" (en parlant de Mussato entre autres)

Citer :
Le marquage séculaire que les premiers humanistes ont hérités du Moyen-Âge n'était pas vraiment emblématique et adhérait sans confrontation aucune à une société qui reposait sur le présupposé chrétien d'une vie après la mort. Mais leur fréquentation accrue des poètes antiques a entraîné ces érudits vers un univers païen dont les charmes les ont fait succombé bien avant qu'ils ne comprennent les tenants et aboutissants de la société de laquelle ils émanaient. En effet, l'intérêt principal des deux premières générations d'humanistes ne concernait pas la Grèce antique ou Rome, mais plutôt un monde permissif et mythique des dieux et des héros de la littérature poétique latine classique. Pour eux le monde antique a existé comme un espace émotionnel, un domaine de sensations.

Ronald G.Witt, In the Footsteps of the Ancients': The Origins of Humanism from Lovato to Bruni, Boston ; Leiden : Brill Academic Publishers, 2003. p.171. (traduction par mes soins)


Ça ok, l'Antiquité vue à travers une sorte de biais littéraire et philologique qui amène à son idéalisation.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 4 message(s) ] 

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB