A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 18 Jan 2019 5:17

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 56 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant
Auteur Message
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 29 Déc 2018 8:52 
Hors-ligne
Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
Message(s) : 1978
Belle prose La Saussaye !
Möckern est donc un avant-goût de ce qu'ont été Ligny/St Amand et Plancenoit donc !
Je vais me replonger dans mes livres
Contre les seuls Prussiens, j'avais noté des combats furieux le long de la Katzbach également (à confirmer )

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:11 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
Merci beaucoup pour vos commentaires élogieux chers amis !

Reprenons ensemble le cours des évènements.

Quelles sont ces troupes qui vont se battre à mort ?

Nous ne les avons jusqu'ici présenté qu'au fur et à mesure de leur entrée en ligne, il est temps de procéder à une grande revue, la plus grande et la dernière des guerres de l'empire.

Assez curieusement, ou peut-être parce qu'ils étaient apparemment moins violents au combat que tous les autres, les autrichiens ne sont souvent évoqués que comme une sorte de fond de décor omni présent. C'est injuste, et il est temps de réparer cette injustice.

L'armée autrichienne écrasée en 1805 a fait l'objet d'une réforme essentielle menée par l'Archiduc Charles, frère de l'empereur d'Autriche. Sa défaite en 1809 l'a fait écarté des grands commandements, mais la réforme a heureusement été préservée, permettant lentement mais sûrement dans les années 1810/1812 à l'Autriche de disposer à nouveau d'une armée imposante et très bien équipée.

En 1813, si l'armée autrichienne n'est pas encore l'armée austro-hongroise de la fin du XIXème siècle, elle est déjà une armée internationale à sa manière.

Elle est en effet composée de contingents autrichiens (donc de langue allemande) mais aussi croates et hongrois.

Son déploiement copie de plus en plus celui de l'armée française : le corps d'armée composite, soutenu par des brigades ou divisions de cavalerie, est devenu la norme, ce qui n'était pas encore le cas en 1809.

À la différence notable des autres armées européennes, elle ne comporte pas de garde (impériale ou royale) constituant une troupe d'élite; elle dispose en revanche de plusieurs régiments de grenadiers hongrois qui, excellents combattants, en font office, quoiqu'il ne s'agisse que d'infanterie.

Cette infanterie hongroise se reconnaît d'ailleurs à un détail vestimentaire qui perdurera jusqu'aux guerres du second empire : elle porte un pantalon bleu sous l'habit blanc.

La cavalerie n'a pas vraiment évolué depuis le début du siècle; il faut dire qu'elle est, par une tradition qui remonte aux guerres de Louis XIV, exceptionnelle. Elle est constituée de hussards hongrois et allemands, de cuirassiers, de chevau-légers (équivalent des dragons français) et de lanciers, ou uhlans. Les uhlans sont une particularité que l'armée autrichienne a emprunté aux polonais et aux turcs au XVIIIème siècle.

Son artillerie est de bonne facture, mais manque de généraux hors pair comme l'armée française en connaît. Elle reste dispersée dans les nouveaux corps d'armée, et les autrichiens n'organisent pas de grandes batteries de canons, ce qui leur fait grand tort sur le champ de bataille.

Ils sont, tous réunis, plus de 140 000 hommes opérationnels devant Leipzig, et donc ne sont pas venus uniquement pour faire de la figuration.

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:13 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
L'armée russe, nous l'avons dit, a beaucoup souffert en 1812.

Sa retraite face à la grande armée, ses défaites à Smolensk puis à la Moskowa, les combats menés en Lithuanie face aux franco-bavarois lui ont fait perdre nombre de ses combattants expérimentés.

Lors de la grande retraite française, les russes ont suivi à marches forcées. Leurs unités sont arrivées complétement décimées en Pologne en décembre 1812.

Recomposée au même titre que l'armée de Napoléon, l'armée d'Alexandre Ier est donc une armée neuve, c'est-à-dire jeune pour une grande part.

Elle dispose cependant de plusieurs divisions très professionnelles, qui n'ont pas connu 1812 : elles étaient au sud, en plein conflit face aux turcs. Ces renforts ont été ramenés d'Ukraine vers la Pologne et constituent l'armature de l'armée impériale russe de 1813.

L'infanterie russe est d'une qualité au combat qui étonne même les généraux anglais, dans la mesure ou elle tient contre vents et marées en général, et cède rarement aux coups de boutoirs de ses ennemis. Cela génère de très lourdes pertes en effectifs.

La cavalerie russe a été en grande partie reconstituée au début de l'année 1813 pour ce qui est de sa cavalerie lourde et de bataille; elle souffre sur ce point du même défaut que l'armée napoléonienne.

En revanche, ses cavaleries légères, hussards et cosaques, arrivent presque intactes; alors que les cosaques et autres unités de cavalerie asiatique rameutées des champs de bataille d'Ukraine servent de cavalerie d'éclairage très nombreuse, les hussards russes, exceptionnels, dameraient peut-être le pion aux chasseurs à cheval français s'ils existaient encore en nombre. Cette cavalerie légère par son équipement est en fait la véritable cavalerie de bataille russe, et elle est d'une grande efficacité.

L'artillerie russe est exceptionnelle, par tradition. Elle avait en effet fait l'objet de toutes les attentions de Pierre le Grand au début du XVIIIème siècle, et c'est elle qui avait ravagé les brigades suédoises de Charles XII à Poltava.

Les canons sont de trois types, tous plus lourds que leurs homologues européens : les pièces légères surpassent les pièces de 8 françaises, les pièces moyennes surclassent nos canons de 12, et les russes emploient des pièces d'artillerie lourde qu'ils nomment "licornes" : des canons de 24, lourds à manœuvrer mais qui font de terribles dégâts.

Les artilleurs pour leur part font l'objet d'une formation pointue, que seule celle des artilleurs français est capable de dépasser en qualité.

Les russes manquaient en revanche de chefs de corps d'artillerie comparables aux généraux français de 1805 et 1807; ils sont en train de rattraper leur retard rapidement, mais on ne devient pas général d'artillerie en six mois.

Moyennant quoi, l'armée russe va tellement intégrer le modèle napoléonien sur ce point que son artillerie sera plus tard l'un des principaux facteurs de la défaite allemande de 1945.

Elle est encore aujourd'hui un élément essentiel de son effort de défense : on ne change pas une équipe qui gagne.

Les russes semblent dispersés à Leipzig, c'est en fait qu'ils sont présents partout, au nord avec les prussiens, à l'est, et au sud avec les autrichiens. Ils sont 120 000 hommes opérationnels.

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:19 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
L'armée prussienne, nous l'avons déjà longuement évoqué, avec ses 45 000 volontaires et ses 200 000 conscrits du printemps 1813.

Elle a perdu beaucoup d'hommes lors des batailles du printemps et de l'automne, mais dans le même temps a appris à se battre dans le feu des combats.

Une grande partie de ses effectifs a été dérivée, comme aussi de nombreux régiments russes, pour encercler et bloquer les villes encore tenues par les français au-delà du théâtre de la guerre en cours.

Créée presque de toutes pièces par les généraux Scharnhorst et Gneisenau, elle est exactement calquée sur l'armée napoléonienne, avec des corps d'armée renforcés de cavalerie et d'artillerie.

Par manque de moyens, les prussiens n'ont pas pu créer de réserve générale d'artillerie comme les français, alors qu'ils y pensaient.

Par souci d'efficacité et de rapidité, ils ont aussi laisser tomber la création d'une cavalerie lourde comparable aux cuirassiers et carabiniers français qui de toute façon sont tous morts en Russie.

L'armée prussienne se présente donc comme une série de corps d'armée à la française, mais sans cavalerie lourde tactique (ils ont des régiments de cuirassiers, mais sans cuirasse, qui combattent comme des dragons), sans réserve d'artillerie, et sans une réserve générale d'infanterie comparable à la garde impériale. La garde royale prussienne est composée de quatre régiments d'infanterie et quatre de cavalerie, gonflés à bloc comme les copains mais qui ne sont pas en mesure par leur effectif de représenter un corps d'armée à eux tous seuls.

La garde royale prussienne a d'ailleurs été séparée des corps d'armée, et accrochée à l'armée de Bohème ou elle s'est regroupée avec la garde impériale russe, beaucoup plus puissante.

Si l'on défalque les pertes lourdes des jours précédents, les prussiens, positionnés pour l'essentiel de leurs forces au nord de Leipzig, disposent de 60 000 hommes opérationnels.

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:21 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
Et puis il y a Bernadotte ...

Le sergent Belle-jambe de 1789 a connu une carrière ahurissante.

Napoléon ne l'a jamais vraiment aimé, et c'était réciproque. Moyennant quoi Bernadotte faisait pour ainsi dire partie de la famille, puisqu'il avait épousé Désirée Clary, premier amour du jeune Bonaparte.

C'est étonnant comme se forgent les destins.

Excellent général de la République, Bernadotte fait la gueule lors du coup d'état de Brumaire. Bonaparte envisage de le saquer purement et simplement, mais Désirée s'entremet pour sauver la mise de son mari qu'elle adore.

Le premier consul se laisse faire, et admet même Bernadotte dans son premier cercle, il en fait d'ailleurs un Maréchal d'empire de la première promotion, la plus belle, celle de 1804.

En 1805 d'ailleurs, Bernadotte commande le 1er corps d'armée de ce qui va devenir la Grande Armée. A Austerlitz, il suit de près et renforce les divisions du 4ème corps de Soult à l'assaut du Pratzen.

En 1806, gros accroc, Bernadotte et les 36 000 hommes de son corps d'armée (un corps d'armée géant au sein d'une armée dont la moyenne des corps est de 24 000 hommes) laissent Davout tout seul comme un con face aux prussiens lors de la bataille d'Auerstaedt.

Davout et son 3ème corps remportent une victoire légendaire pendant que Napoléon gagne la bataille d'Iéna, mais quand tout le monde se retrouve à Berlin fin octobre, Napoléon fait à Bernadotte une scène discrète, mais d'anthologie sur son incompétence.

Bernadotte sait qu'il ne risque rien : il est et reste le mari de Désirée, pour qui Napoléon, au grand agacement de Joséphine, conserve une amitié absolue. Et voilà Bernadotte qui tout simplement se barre ... Il abandonne le commandement de son corps d'armée et rentre en France.

En catastrophe, Napoléon confie le 1er corps au Maréchal Mortier, qui va ainsi se couvrir de gloire à Friedland en juin 1807.

Pendant ce temps et les années qui suivent, Bernadotte reste à Paris ou il continue à faire la gueule. Il est vrai qu'il fera chaud avant que Napoléon lui confie à nouveau ne serait-ce qu'une escouade de pompiers.

Et puis la politique internationale, d'ailleurs provoquée par l'empereur lui-même, s'en mêle.

En 1810, la France impériale domine le continent européen de manière indiscutable.

A cette époque, un royaume neutre mais essentiel pour le contrôle de la Baltique est en plein désarroi dynastique : la Suède. Le roi de Suède n'a pas d'héritier.

Par une extraordinaire combinaison diplomatique, les suédois, se croyant malins, viennent proposer au Maréchal Bernadotte, presque (!) parent de Napoléon, le titre de Prince héritier du royaume. Ils pensent ainsi se mettre sous la protection du grand empire sans avoir forcément à subir la lourde férule de l'empereur.

Bien évidemment, Napoléon est consulté : il donne son accord, tout en ayant cette amusante et méprisante réflexion à propos de Bernadotte : "je me méfie de ce merle qui se prend pour un aigle."

Moyennant quoi le merle, qui a tatoué sur le bras "mort aux tyrans" va devenir Roi de Suède, fonder la seule dynastie "bonapartiste" qui ait survécu jusqu'à nos jours, et surtout va plumer l'aigle ...

Bernadotte, devenant Prince étranger, est rayé de la liste des Maréchaux. Secondaire ... ce qui l'est moins, c'est qu'en 1812, déjà installé à Stockholm, il ne participe que de manière très lointaine à la mobilisation générale contre la Russie qu'a décidé Napoléon.

Et, en 1813, par un fantastique tour de passe-passe, le sergent Belle-jambe est devenu un interlocuteur incontournable des coalisés, officiellement suédois donc neutre, puis ennemi de la France, mais surtout incroyablement fuyant.

Il n'est encore que prince héritier, le roi de Suède vit toujours. Son passé militaire, qui n'est quand même pas banal, l'amène tout naturellement au commandement d'une armée contre ... Napoléon.

Comme cette armée est en grande partie composée de régiments suédois, Bernadotte n'a pas, mais alors pas du tout, envie d'envoyer à la boucherie ses futurs et potentiels sujets, ce qui se comprend. Il est soutenu politiquement par les anglais, pour qui le contrôle des détroits de la Baltique revêt une importance énorme, mais pendant ce temps là, nous l'avons vu, Blücher mord sa pipe contre cet allié qui est à la fois encombrant et absent.

Pendant tout l'été et l'automne 1813, Bernadotte, à la tête d'une armée de quand même 80 000 hommes, a réussi la performance remarquable de participer à la guerre sans jamais être présent à aucune bataille. Les généraux anglais, en charge des relations inter-alliées, en ont mangé leur chapeau. Blücher a failli fin septembre tourner ses canons contre ces alliés qui ne servent à rien : il a toujours été un peu primesautier.

Mais le grand regroupement tactique autour de Leipzig a amené, obligé, conduit ? (rayez la mention inutile) Bernadotte à mener son armée sur les arrières des russo-prussiens.

C'est là que Blücher, qui finalement avait peut-être un certain sens de l'humour, lui a fait le coup de la permutation.

20 000 hommes de l'armée de Bernadotte prennent la ligne devant les divisions prussiennes, mais, pas fou ou d'une redoutable intelligence, Bernadotte reste en seconde ligne avec 60 000 hommes, soit l'équivalent du corps de bataille prussien.

Blücher se retrouve alors transformé en un sandwich étrange: il pousse devant lui 20 000 suédois mais en a 60 000 derrière lui ...

Mener une coalition n'est pas facile ...

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:22 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
L'armée napoléonienne présente à Leipzig est épuisée, de plus en plus exsangue, mais elle est magnifique.

De quelles troupes est-elle composée ?

L'infanterie est dans sa grande majorité française, et constituée, soit des Marie-Louise, soit des unités garde-côtes, soit des équipages débarqués que nous avons déjà évoqué.

Les régiments d'infanterie portent des numéros inusités jusqu'alors : 141ème régiment, 152ème régiment ... il faudra attendre la guerre de 14 pour voir revenir dans les organigrammes militaires ces numéros.

Elle a été répartie en avril 1813 en 14 corps d'armée, développement tactique que même la Grande Armée de Russie en 1812 n'avait pas connu.

La raison en est que les corps envoyés en Russie avaient été hypertrophiés sur la base des anciens corps de la Grande Armée. Le 1er corps avait traversé le Niémen avec 65 000 hommes présents sous les armes, le 2ème corps avec 48 000 hommes, etc ....

Les corps de 1813 sont en quelque sorte revenus à la normale; ils sont composés en moyenne de 25 000 hommes mais présentent la particularité de ne disposer d'aucune cavalerie d'éclairage.

Moyennant quoi ces 14 corps d'armée composaient une masse de 350 000 fantassins, ce qui laisse rêveur. On oublie le luxe et la différence entre les régiments de ligne et les régiments légers : si les appellations sont conservées, il n'y a plus aucune différence entre les uns et les autres dans leur emploi sur le terrain, ce qui fait qu'inversement les régiments de ligne vont être amenés à déployer devant leurs lignes des compagnies de voltigeurs appelés tirailleurs.

Dans le même temps Napoléon a reconstruit sa garde impériale.

Ils étaient partis à l'effectif de 42 000 hommes en Russie, quelques centaines en sont revenus. Mais l'empereur veut absolument disposer d'une Garde, c'est-à-dire d'un corps d'élite de choc, et qui cette fois va servir dans presque chaque bataille.

La Garde devient alors définitivement une armée en soi.

Elle est constituée de cinq composantes : la vieille garde, la moyenne garde, la jeune garde, la cavalerie et l'artillerie.

Pour reformer les régiments à bonnets à poil de la vieille garde, grenadiers et chasseurs à pied, on écrème les régiments et les survivants de Russie de tous les anciens. Huit régiments géants à 2 000 hommes par régiment sont créés.

Pour créer la Moyenne garde, on prend dans les unités restées en France et dans la conscription les types qui tiennent le mieux, on crée alors des régiments aux noms fascinants de fusiliers-grenadiers, de fusiliers-chasseurs : huit régiments à nouveau à 2 000 hommes.

Pour la jeune Garde, on tape dans la conscription, et on crée des régiments qui aujourd'hui encore laissent rêveurs et émerveillés les scouts, descendants des petits tambours de l'empire : les régiments de tirailleurs-flanqueurs, de tirailleurs de la garde, de chasseurs-flanqueurs sont formés : 8 régiments à 2000 gamins, mais quels gamins qui, commandés par le Maréchal Mortier, vont à Wachau faire plier le centre coalisé.

Ca ne suffit pas : on prend dans les équipages de la flotte, et il est créé la division des marins de la Garde, en renfort de la Moyenne Garde : 6 régiments à 2 000 hommes qui, pour la première fois de l'histoire militaire française, se déclinent non en bataillons mais en équipages.

Cet ensemble d'infanterie est déployé en deux corps : la jeune garde d'une part, et le regroupement des moyenne et vieille garde qui compose une masse d'infanterie d'élite : elle a brisé le centre coalisé à Dresde.

Pour la cavalerie, nous avons évoqué le désastre russe.

Le régiment des chasseurs à cheval de la garde est recomposé.

On refait également celui des grenadiers à cheval; on oublie l'escadron des mameloucks, de toute façon morts depuis longtemps en Espagne, et le régiment des dragons de l'impératrice qui ne sera fugitivement reconstitué qu'en 1815.

En revanche sont créés le régiment des guides et celui des gardes d'honneur, chacun à effectif de 550 hommes (en principe).

Le régiment des gardes d'honneur doit être constitué de jeunes gens de bonne famille, aristocratique ou non, qui auront le privilège de payer leur cheval et leur équipement pour aller se faire trouer la peau : on se bat pour s'y engager, et des parents royalistes verront avec effarement leur fils partir se battre pour le corse !

L'artillerie, qui est un peu l'enfant chéri de Napoléon, fait l'objet de toutes ses attentions.

Elle est recomposée à l'effectif de 150 pièces de campagne en mai 1813, sous le commandement du général Drouot. Servie par un ensemble composite de professionnels survivants de la Russie et de jeunes cadets sortant des écoles et des lycées militaires français, elle est en mesure de développer un ensemble complet de pièces de campagne de calibre 8 et 12, et d'obusiers de 24, sortes de mortiers super lourds qui envoient à 600 mètres des projectiles explosifs.

600 mètres .. ne riez pas : à cette époque et compte tenu de la concentration des unités, un obus envoyé à 600 mètres atterrit en plein dans les unités d'infanterie en approche, leurs fusils tirant pour leur part à moins de 400 mètres (et 200 pour efficacité).

De leur coté les pièces de 8 et de 12 tirent des boulets pleins, d'horribles grosses billes qui volent jusqu'à 800 mètres en tir direct, mais dont le principal dégât provient souvent de leurs ricochets, qui peuvent les envoyer jusqu'à plus d'un kilomètre, et dans toutes les directions ... Lannes en 1809 a été frappé à mort par un boulet autrichien en fin de course, à près de 2 kilomètres de la ligne de tir.

On connaît très bien alors les phénomènes dits de "balle morte" ou de "boulet mort", ces projectiles qui fusent bien au delà de leur distance théorique.

C'est l'occasion ici d'évoquer également le célèbre "vent du boulet" dont on sait peu en fait ce qu'il était.

Le vent du boulet, souvent évoqué dans les mémoires de l'époque, était en fait l'effet de souffle, meurtrier, du projectile passant au plus près de tel ou tel combattant. Il suffisait à tuer un homme, sans blessure apparente, mais dont l'effet de souffle en question avait anéanti les parties vitales.

Précisons aussi que la blessure par boulet, c'est-à-dire l'arrachement d'un membre, faisait peu souffrir sur le coup, en raison de l'effet de choc et de l'échauffement brutal qui en résultait, anesthésiant en quelque sorte le blessé.

La douleur arrivait plus tard, et c'est pour cette raison que les chirurgiens militaires, quand cela était possible, intervenaient au plus vite.

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 0:27 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
Pour revenir un instant à l'infanterie, un ordre général est parvenu à toutes les unités au soir du 16 octobre : les troupes, dorénavant, ne combattront plus sur trois rangs comme c'était l'usage depuis des décennies, mais sur deux rangs.

Si l'infanterie anglaise pratique déjà depuis plusieurs années cette nouvelle tactique, c'est pour les français quelque chose d'inédit. Si la formation sur deux rangs se justifie pleinement en terme de puissance de feu, c'est un fait que les fantassins de Napoléon ne se leurrent pas sur le fond de cet ordre : il s'agit de masquer autant que possible à l'ennemi la faiblesse des unités en élargissant leur front de bataille.

J'ai longuement évoqué les déboires de l'artillerie reconstituée après la retraite de Russie. Il n'en reste pas moins qu'elle est puissante et très efficace, grâce entre autres à tout un corps d'officiers, chefs de batterie, colonels d'artillerie et généraux du corps qui, rescapés de la Russie pour certains ou anciens artilleurs renvoyés à leur corps d'origine pour les autres, fait que les canons français font encore de terribles dégâts sur le champ de bataille.

Le général Drouot a su succéder à Lariboisière à la tête de l'artillerie de la Garde, et il sait lui aussi regrouper ces fameuses grandes batteries qui dévastent le terrain et créent, avec les moyens de l'époque, de véritables barrages de feux croisés ou convergents sur les divisions adverses.

La cavalerie française et alliée est devenue complètement composite suite là encore à la Russie.

Elle ne dispose plus de sa si célèbre réserve générale de cavalerie, formation légendaire des 12 régiments de cuirassiers et 2 régiments de carabiniers qui écrasaient tout sur leur passage.

En revanche, renforcée des dragons d'Espagne, elle a ses lanciers et hussards polonais, des chasseurs à cheval et des régiments de chevau-légers lanciers, et surtout elle a les beaux et neufs régiments de cavalerie de la garde.

Les chevau-légers lanciers sont une idée de l'empereur, qui avait observé au combat les uhlans autrichiens et russes, mais lui a eu une autre idée, très particulière : dédoubler les régiments lourds de cuirassiers par ces fameux chevau-légers lanciers qui sont en fait des dragons que l'on a équipé de lances pour accompagner et soutenir les lourds. Il n'y a plus de "lourds" ou presque, mais les lanciers viennent d'entrer dans l'organigramme de la cavalerie française : ils y resteront jusqu'en 1914.

Pas assez nombreuse, cette cavalerie n'est plus en mesure d'assurer toutes ses missions traditionnelles; elle est donc reployée sur les formations de bataille, face à des cavaleries ennemies qu'elle connaît bien, ou que parfois elle découvre avec stupéfaction.

Le colonel de Marbot, qui commande alors le 23ème chasseur à cheval, considère avec curiosité des sortes de hordes de gusses dépenaillés qui virevoltent autour de ses escadrons. Qu'est ce que c'est que ces sauvages ? Ce sont les cavaliers kalmouks et turkmènes que l'armée russe a ramené avec elle de ses champs de bataille ukrainiens contre les turcs.

Et voilà notre Marbot qui, assez surpris, reçoit une flèche dans la cuisse ! Moyennant quoi il se la fait retirer par le chirurgien du régiment sans descendre de cheval, et demande que l'objet exotique soit mis de côté pour le montrer plus tard à ses enfants. Il regrettera ensuite d'avoir perdu, avec tous ses bagages, la flèche reçue à Leipzig.

Cette cavalerie française est courageuse, pugnace mais trop peu nombreuse, il faut le répéter : son absence relative en terme de grande masse a pesé lourdement sur toute la campagne.

Les alliés dont la France impériale dispose encore sont tout d'abord les italiens, dont la division a été démantelée en mai dernier; réduite à deux régiments, leur division a été dissoute en tant que corps, mais ils sont encore présents (il faut dire que les malheureux n'ont guère le choix).

Les troupes de la confédération du Rhin ont été anéanties par la campagne de Russie. De toutes ces belles unités, il reste essentiellement les troupes de la division saxonne qui, bien composée et disposant de son artillerie, dépend du 7ème corps. Les généraux français ont constaté sans trop en tirer de conséquence que les saxons avaient comme un léger retard à crier vive l'empereur ...

Cette bonne troupe est travaillée de sentiments de plus en plus complexes et divergents, entre leur fidélité à leur souverain qui veut toujours rester allié des français, et leur haine qui se réveille de ces mêmes français.

Dans les rangs de la division, on se rappelle qu'en 1806 les anciens ont combattu aux côtés des prussiens ...

Et puis il y a les polonais. Un corps d'armée d'infanterie et un corps de cavalerie polonais sont présents autour de Napoléon et de leur prince Poniatowski.

Ces polonais sont en train, et ils en sont conscients, de devenir des guerriers déracinés, presque apatrides. Ils en combattent avec d'autant plus de détermination auprès de leurs frères d'armes français, mais ils sont aussi la mauvaise conscience de l'empereur, qui sait pertinemment que la reconstitution de l'ancien royaume de Pologne ne relève plus maintenant du rêve, mais carrément de l'utopie romantique.

Qu'elle est longue, cette nuit du 17 au 18 octobre 1813 autour de la petite ville de Leipzig ...

A quoi rêvent, à quoi pensent ces centaines de milliers d'hommes qui, demain, savent qu'ils vont participer à une tuerie comme l'Occident n'en avait plus connu depuis les champs catalauniques ?

Quelles sont les réflexions qui s'échangent autour des feux de bivouac de ces armées immenses ?

En fait, c'est assez simple : pendant que les officiers se livrent à ces réflexions étranges sur le destin des empires, leurs fusiliers graissent leurs fusils et essayent de se protéger du froid en relevant les pans de leur capote : demain la matière va prendre le pas sur l'esprit, et ça va faire extrêmement mal ...

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 05 Jan 2019 14:04 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 10 Fév 2009 0:12
Message(s) : 7166
Remarquable revue des forces en présence. Le détail est passionnant.

Et on ne peut lire sans sourire le récit que vous faîtes de la carrière de Bernadotte, et de ses états d'âme qui l'incitent à ne pas faire massacrer son armée, pour ne pas s'aliéner ses futurs sujets. (En 1814, il battra carrément des records de lenteur, au point que son armée ne sera pas engagée.)

On a déjà évoqué sur ce forum le fait que l'armée avait tendance à le considérer comme un traitre (Ce qu'il n'était pas : Napoléon évoquera plutôt son ingratitude) et le mot suivant, peut-être apocryphe, du général Dufresse :
Citer :
1813, devant Stettin, les 2 armées ennemies sont face à face, figées par l'armistice. Bernadotte, au nom duquel l'épithète de traître est désormais accolée, se montre souvent aux troupes Française. Forfanterie, désir de réveiller une camaraderie scellée sous le feu? Il se s'en expliquera jamais. Le canon tonne. Un boulet vient sifflet aux oreilles du transfuge. Aux protestations des coalisés qui demandent la raison de ce tir isolé, le commandant de la place de Stettin, le général Dufresse, répondra d'un mot terrible:"Ce n'est rien, c'est une affaire de police: un déserteur français a été signalé et la grand-garde a tiré!"

"Manuscrit de 1813" Baron Fain

viewtopic.php?f=55&t=38295&p=510942&hilit=d%C3%A9serteur#p510942

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 07 Jan 2019 8:48 
Hors-ligne
Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
Message(s) : 1978
La Saussaye a écrit :
Pour la jeune Garde, on tape dans la conscription, et on crée des régiments qui aujourd'hui encore laissent rêveurs et émerveillés les scouts, descendants des petits tambours de l'empire
Admirable !

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 09 Jan 2019 6:50 
Hors-ligne
Salluste
Salluste
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 13 Nov 2017 0:13
Message(s) : 249
Localisation : Loin
Génial! Merci! Aussi passionnant dans le fond et drôle dans la forme qu'un cours de M. Tulard. Bravo! Si vous ne publiez pas déjà, vous devriez le faire!


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 09 Jan 2019 7:26 
Hors-ligne
Salluste
Salluste
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 13 Nov 2017 0:13
Message(s) : 249
Localisation : Loin
La Saussaye a écrit :
Murat charge sur des troupes alliés dont les fusils font "pschittt" car leur poudre est trempée

Les cartouches à papier contenant la poudre étaient recouvertes (du moins chez les français) de cire, de suif ou de saindoux entre autres pour éviter cela.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 09 Jan 2019 8:28 
Hors-ligne
Salluste
Salluste
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 13 Nov 2017 0:13
Message(s) : 249
Localisation : Loin
Deux questions: quel était l'âge moyen de cette jeune garde qui "fait rêver les scouts"? Vous en parlez comme d'enfants. Quel était l'âge de la conscription?

L'autre question concerne la tactique de la charge de cavalerie. Quel était l'armement des cavaliers et leur but? Tailler l'ennemi en pièces à coup d'arme blanche? A l'heure des pièces d'artillerie et des fusiliers que l'on peut faire avancer en ligne, comment se fait-il que le sabre restait toujours décisif? La lenteur du rechargement des armes à feu est-elle en cause?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 10 Jan 2019 6:50 
Hors-ligne
Salluste
Salluste
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 13 Nov 2017 0:13
Message(s) : 249
Localisation : Loin
Dalgonar a écrit :
L'autre question concerne la tactique de la charge de cavalerie. Quel était l'armement des cavaliers et leur but? Tailler l'ennemi en pièces à coup d'arme blanche? A l'heure des pièces d'artillerie et des fusiliers que l'on peut faire avancer en ligne, comment se fait-il que le sabre restait toujours décisif? La lenteur du rechargement des armes à feu est-elle en cause?

Je me réponds à moi-même, ayant trouvé la réponse dans L'art de la guerre de Jomini. L'armement des cavaliers était soit la lance, soit le sabre, et ils pouvaient être cuirassés ou non. Deux modes opératoires, deux allures: le trot et la lance contre des lanciers ou des fantassins, le sabre et le galop contre l'artillerie. La lance est trop encombrante pour le galop, et la tenue de la ligne étant primordiale avec cette arme, seul le trot est efficace, la ligne ne pouvant être tenue au galop.

Contre l'artillerie, c'est la rapidité qui compte, pour aller neutraliser et capturer les pièces ennemies avant de se faire décimer. Au vu des avancées techniques (portée, pouvoir destructeur des projectiles et rapidité de tir) il prévoit qu'il faudra sans doute augmenter la proportion de cavaliers ainsi que les équiper d'armure eux et leur chevaux.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 12 Jan 2019 1:32 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1024
Dalgonar a écrit :
Deux questions: quel était l'âge moyen de cette jeune garde qui "fait rêver les scouts"? Vous en parlez comme d'enfants. Quel était l'âge de la conscription?

L'autre question concerne la tactique de la charge de cavalerie. Quel était l'armement des cavaliers et leur but? Tailler l'ennemi en pièces à coup d'arme blanche? A l'heure des pièces d'artillerie et des fusiliers que l'on peut faire avancer en ligne, comment se fait-il que le sabre restait toujours décisif? La lenteur du rechargement des armes à feu est-elle en cause?


Cher Dalgonar, plutôt que de m'égarer dans des explications confuses, je me permets de mettre en lien un article complet sur la question :

https://www.napoleon.org/histoire-des-2 ... er-empire/

Nous ne sommes donc pas en effet a priori devant des hordes de gamins de 15 ans levés en catastrophe : les Marie-Louise n'avaient aucun rapport avec le Volksturm hitlérien de 1945 ni avec les cadets sudistes immortalisés par John Ford dans "les cavaliers".

Il est à noter cependant un effet de "raclage" des classes d'âge dans les années 1812 et 1813 : par une dérive terrifiante de la loi Jourdan de 1798, et compte tenu des facteurs de dispersion, la conscription dès 1809 a commencé à appeler "en avant" et à rappeler "en arrière" de la classe normalement appelée.

La déperdition humaine liée à la conscription était énorme. Au début de l'année 1807, lorsque Napoléon recompose à toute vitesse son corps de bataille à Varsovie après la bataille d'Eylau, les ordres qu'il envoie au Maréchal Jourdan, qui depuis Mayence gère les renforts de l'armée impériale, sont clairs et précis : "prenez bien garde que les bataillons de conscrits partent au plein d'effectifs de 800 hommes car la moitié arriveront en Pologne". Et il s'agissait pour ces garçons de traverser des régions sous contrôle français ...

C'est pour cette raison que l'on considère la première Grande Armée, celle de 1804/1805, comme exceptionnelle : les renforts de conscriptions des années 1803 et 1804 avaient suffit à compléter les régiments à des effectifs proches de la perfection, et les deux années du camp de Boulogne avaient fait de cette armée une force parfaitement huilée, qui lors de la campagne de 1805 connut peu de désertions et de dispersion. Moyennant quoi les 160 000 hommes partis de France n'étaient plus que 70 000 à la veille d'Austerlitz, et le 3ème corps de Davout qui rejoignit le champ de bataille dans la nuit du 1er au 2 décembre, arrivant à marche forcée depuis Vienne pour renforcer l'aile sud, laissa 50% de ses effectifs en chemin par épuisement ...

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
 Sujet du message : Re: La campagne de 1813
Message Publié : 12 Jan 2019 6:09 
Hors-ligne
Salluste
Salluste
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 13 Nov 2017 0:13
Message(s) : 249
Localisation : Loin
La Saussaye a écrit :
Cher Dalgonar, plutôt que de m'égarer dans des explications confuses, je me permets de mettre en lien un article complet sur la question :

https://www.napoleon.org/histoire-des-2 ... er-empire/

Nous ne sommes donc pas en effet a priori devant des hordes de gamins de 15 ans levés en catastrophe : les Marie-Louise n'avaient aucun rapport avec le Volksturm hitlérien de 1945 ni avec les cadets sudistes immortalisés par John Ford dans "les cavaliers".


C'est très clair, merci La Saussaye. Pour ceux qui auraient la flemme de lire l'article, nous parlons d'un premier ban de 20 à 25 ans, et d'un deuxième de 26 à 40. Ensuite, "sauf engagement volontaire à seize ans, avec consentement du tuteur légal, l'âge de la conscription est fixé à 19 ans", puis 18 ans uniquement "propres à défendre l'intérieur", soit l'âge de nos bidasses actuels. Les classes d'âges avaient chacune des emplois différents, en fonction de leur degré d'entraînement et d'expérience.

Pour l'autre question, je m'étais fait une idée trop importante de l'artillerie et des fusils d'époque. On était bien encore dans des combats menés largement à l'arme blanche, avec des boucheries en règle à coups de sabre, de lances et de baïonnettes, le chargement des armes à feu étant trop lent et leur portée trop courte pour qu'elles soient décisives à elles seules. Un chercheur a peut-être recensé le pourcentage de blessures par balle, mitraille ou boulet par rapport aux blessures à l'arme blanche.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 56 message(s) ]  Aller vers la page Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 5 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB