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Message Publié : 20 Avr 2019 22:11 
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Faget a écrit :
Une fois encore, je découvre un article de grande qualité dans Theatrum Belli Du 13 avril 2019 , rédigé par David Rigoulet-Roze, que je joins ci dessous car il pourra intéresser certains membres du Forum :

https://theatrum-belli.com/la-guerilla- ... l-schmitt/

Intéressant, cet article. Merci.

Je ne sais pas si « le partisan de la guérilla espagnole de 1808 fut le premier à oser se battre en irrégulier contre les premières armées régulières modernes » je pense qu'il y a eu un précédent avec les Corses de Paoli, que Gênes, endettée, avait vendus à la monarchie française, sous Louis XV. (Mais ceux-ci, qui n'ont pas bénéficié de circonstances amenant les Français à se retirer, ont finalement été écrasés.)

Je crois aussi qu'à la même époque qu'en Espagne (ou est-ce seulement après Wagram ?) les Tyroliens d'Andréas Hofer, annexés par la Bavière, ont mené le même genre d'actions.

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 20 Avr 2019 22:22 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Oui et il y avait déjà les camisards à l'époque de Louis XIV, au début du 18° siècle.
Sans oublier les chouans et les vendéens !

_________________
Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


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Message Publié : 21 Avr 2019 8:51 
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Marc Bloch
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Pour la guerilla au XVIII° siècle, il y a l'ouvrage de Sandrine Picaud-Monnerat paru chez Economica en 2010 : "La petite guerre au XVIII° siècle" dont il a été question sur le Forum :

viewtopic.php?f=74&t=26432&p=352053&hilit=Picaud+Monnerat#p352053

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" Je n'oublie pas le Colonel Arnaud Beltrame "


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Message Publié : 21 Avr 2019 10:42 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines
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Localisation : Lyon-Vénissieux
Vous avez une bonne mémoire faget !
:mrgreen:

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Le souvenir ne disparait pas, il s'endort seulement.
Epitaphe trouvé dans un cimetière des Alpes

La science de l'histoire est une digue qui s'oppose au torrent du temps.
Anne Comnène, princesse byzantine (1083-1148)


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Message Publié : 21 Avr 2019 12:49 
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Marc Bloch
Marc Bloch
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
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Localisation : Allemagne
Pouzet a écrit :
Vous avez une bonne mémoire faget !
:mrgreen:

Je ne me rappelais pas de l'auteur mais du titre de cet ouvrage remarquable. En utilisant la fonction "Recherche", j'ai retrouvé facilement les contributions. Oui, la mémoire ça va, c'est pour le marathon où ça serait plus difficile lol

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Message Publié : 26 Avr 2019 16:37 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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.
J'ai trouvé ceci :
[Sa (Suchet) description des modalités de la guérilla est d'une grande justesse :
"La jeunesse armée et enrégimentée subit avec constance la guerre nationale contre les armées françaises ... Mais la plus grande partie de la population, quelquefois sans distinction d'âge ni de sexe, entra dans une lutte active et persévérante, qui nous entourait partout d'ennemis, et nous épuisait plus que les combats ... Des paysans, des propriétaires, des pères de famille, des prêtres et des moines, abandonnaient sans peine leurs maisons ... pour aller grossir les partis qui marchaient contre nous ... ils formaient des corps irréguliers, se choisissaient leurs chefs, suivaient leur caprice dans la manière d'opérer, attaquaient partout où leur nombre et l'occasion les favorisaient, fuyaient sans honte lorsqu'ils n'étaient pas les plus forts, et disparaissaient."]

- Napoléon et la guerre d'Espagne : 1808-1814 // JJ- Brégeon

C'est très interpellant suivant les maréchaux, leur manière de fonctionner, leur éthique. La conduite est semblable à celle face aux Prussiens (là aussi, il y eut quelques velléités de résistance) mais cette conduite "en vainqueurs" bien décidés à "se servir" pour la plupart fut une des grosses erreurs. Il faut avoir en tête la définition de "l'hidalgo" donnée par Cervantès pour comprendre que "ça va pas le faire"...
Et pourtant, étrangement, ces chefs de bandes s'affranchissaient de tous les codes, c'est la première fois que je vois une telle résistance avec une sorte de déplacement des balises de "normalité" qui font non seulement une guerre mais aussi une résistance. On se trouve avec des prises d'otages et otages fusillés des deux côtés mais il est difficile de cerner l'exact "Pourquoi" de cette résistance.
On peut penser qu'être entré en Espagne différemment aurait pu changer la donne.
.


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Message Publié : 04 Mai 2019 17:52 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
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La description de Suchet est surtout dans l'exagération du moment, la guerrilla ne fut ni générale, ni nationale, ni patriotique, ni populaire, Suchet considérait par exemple le Levant (Région de Valencia) comme une région "plutôt tranquille"
quant aux prêtres et aux moines, disons que l'Eglise Espagnole au mieux elle fut plus du côté de l'ordre établi par les Français que des insurgés que la population craignait peut être plus que les soldats Français
il y'eut par ailleurs un bon nombre d'alliés et auxiliaires Espagnols de notre côté aussi que l'Espagne a tenu a occulté et effacé de son Histoire jusqu'à la disparition des Archives ou tout ce qui avait trait à eux
présentée comme une "guerre d'Indépendance" contre la France, ce fut avant tout la première des nombreuses guerres civiles espagnoles du XIXe siècle

d'ailleurs en parlant du Levant une interview dans la presse régionale du chercheur britannique Charles Esdaile qui note que ce champ d'investigation a été relativement très peu étudié par les anglo-saxons pendant 200 ans, autrement que pour mettre en valeur la participation britannique

le rôle de la guerrilla a été mythifié, pourquoi?
l'image que nous avons est celle d'un paysan qui monte au maquis, tue les français puis rentre chez lui et mène une vie normale. C'est l'idée de la croisade populaire contre les Français, basée sur le concept de patriotisme espagnol. Mais rien n'est plus évident que cette croisade est une fiction. En général, le phénomène de guérilla est beaucoup plus complexe. Les autorités se sont organisées et les paysans sont montés au maquis pour survivre, car c'était un moment terrible, traumatisant, de conditions très difficiles même à manger. La guérilla se mêle au banditisme et à la guerre régulière.(...)
il existait une vision mythique et patriotique du rôle du peuple, et chaque fois que les chercheurs allaient dans les archives locales ils trouvaient des demandes contre les recrutements imposés rapidement, les Juntes virent tout de suite que le recrutement de force était nécessaire
sur la base d'un quota à répartir de 500 000 hommes le recrutement fut imposé de façon inégale et injuste, il y'eut des désertions et des mutineries


la résistance de 1808 est la première grande preuve du nationalisme espagnol?
il y'avait du nationalisme parmi les élites libérales mais pas dans le peuple
le nationalisme moderne dépend de certaines conditions économiques et sociales et ce processus n'avait pas affecté l'Espagne.
Je ne vois pas la possibilité d'un nationalisme populaire en Espagne en 1808-1814 et je le vois difficile y compris en 1908.
La Guerre d'Indépendance fut importante parce que tous les nationalismes ont besoin de mythes sur lesquels se reposer
Donc, si la guerre de 1808 n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer, car l'idée d'une croisade convenait beaucoup aux historiens nationalistes - et pas seulement à ceux de droite.

Ainsi les gens se laissèrent guider par leur estomac?
basiquement oui, les mémoires d'un soldat rapportent que ça leur était égal aux paysans que le roi était "Fernando VII, Joseph Bonaparte ou le fantôme de Don Quichotte" littéralement


https://www.levante-emv.com/portada/374 ... 80313.html


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Message Publié : 05 Mai 2019 11:24 
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Inscription : 28 Avr 2019 3:29
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Merci Faget de ces articles.

Pierma a écrit :
Je ne sais pas si « le partisan de la guérilla espagnole de 1808 fut le premier à oser se battre en irrégulier contre les premières armées régulières modernes »(...) Je crois aussi qu'à la même époque qu'en Espagne (ou est-ce seulement après Wagram ?) les Tyroliens d'Andréas Hofer, annexés par la Bavière, ont mené le même genre d'actions.

Pouzet a écrit :
Oui et il y avait déjà les camisards à l'époque de Louis XIV, au début du 18° siècle.
Sans oublier les chouans et les vendéens !


L'auteur Carl Schmitt, en juriste, met l'accent sur la distinction juridique civils/militaires, "réguliers/irréguliers", et sur les implications en droit et en politique, donc à partir du moment où un "droit de la guerre" a commencé. Mais sur l'innovation tactique, la "petite guerre" des Espagnols a simplement donné son nom à une pratique qui a toujours existé, et que les généraux n'ignoraient pas. La guerre d'indépendance américaine a laissé un souvenir indélébile à l'armée anglaise, et Wellington et Napoléon l'ont certainement étudiée.

Pour contredire Schmitt, on trouve les Scythes, les Huns, les Magyars, les Mongols, Robert the Bruce, les partisans des guerres de Silésie, la guerre de Sept ans contre Frédéric le Grand, les guerres de colonisation américaines, la Vendée...

L'exemple des cosaques qui se battent "en irrégulier" en 1806 vient aussi à l'esprit. Napoléon avait déjà eu à souffrir de cette tactique qu'il détestait, bien avant l'Espagne, et avant la campagne de Russie. Dans le 44e Bulletin de la Grande Armée, à Varsovie le 21 décembre 1806, il décrit ainsi les attaques de guerilla des cosaques: " Il n'y a rien de si misérable et de si lâche que les Cosaques; c'est la honte de la nature humaine. Ils passent le Bug et violent chaque jour la neutralité de l'Autriche, pour piller une maison en Galicie ou pour se faire donner un verre d'eau-de-vie, dont ils sont très-friands; mais notre cavalerie légère est familiarisée, depuis la dernière campagne, avec la manière de combattre de ces misérables, qui peuvent arrêter, par leur nombre et le tintamarre qu'ils font en chargeant, des troupes qui n'ont pas l'habitude de les voir."

La remarque de Charles Esdaile concernant les étudiants anglais qui ne parlent pas espagnol est surprenante, et doit moins concerner les Etats-Unis. La tactique et l'histoire de la guérilla est un champ d'investigation qui a été très étudié par les anglo-saxons, y compris concernant des pays hispanophones (Révolution mexicaine, guerilla Cubaine). Il y a également beaucoup d'ouvrages en anglais sur la "Peninsular War" (nom anglais de la guerre d'indépendance d'Espagne).

Pour les anglicistes, un article du Journal of Contemporary History très intéressant sur JSTOR:
https://www.jstor.org/stable/260153?read-now=1&seq=1#metadata_info_tab_contents

_________________
Image message du Loire au Dalgonar, oct. 1913


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Message Publié : 05 Mai 2019 17:08 
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Hé bien merci Faget et Darwin, ce sujet devient très intéressant. (@Loïc, également pour son analyse décapante de la guérilla espagnole. - Décidément, chaque peuple a son roman national.)

Une anecdote à propos de la "petite guerre" des Cosaques : les Français ne faisaient pas la différence, de ce point de vue, entre les Cosaques et les Uhlans, dont la différence de comportement en 1814 n'avait pas sauté aux yeux. (Mais tout de même, le néologisme apparu à cette occasion dans les provinces du Nord-Est était ciblé : on parlait des femmes "cosaquées". Autant dire que l'opinion populaire sur les Cosaques rejoignait celle de Napoléon !)

Or les Uhlans (on me corrigera si nécessaire) étaient considérés par l'armée prussienne comme des troupes réglées, une cavalerie d'éclairage spécialisée, rien de plus classique, en théorie.

C'est je crois Jules Favre, au cours de ses premières rencontres à Versailles avec les Prussiens, qui se vit reprocher l'activité des Franc-tireurs français, jugée contraire aux lois de la guerre. Il répondit logiquement "Oui mais vous, vous avez les Uhlans !" ce qui provoqua une stupeur totale chez ses interlocuteurs. (Dans lesquels se trouvait Moltke, qui dut y trouver une occasion supplémentaire de trouver ces Français décidément bien déroutants !) :rool:

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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Message Publié : 15 Mai 2019 10:59 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

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Loïc a écrit :
La description de Suchet est surtout dans l'exagération du moment, la guerrilla ne fut ni générale, ni nationale, ni patriotique, ni populaire ...

Comment la voyez-vous ?

Citer :
il y'avait du nationalisme parmi les élites libérales mais pas dans le peuple le nationalisme moderne dépend de certaines conditions économiques et sociales et ce processus n'avait pas affecté l'Espagne.

Il manque l'explication donnée dans l'article du pourquoi "pas dans le peuple".
Ce n'est pas une volonté populaire mais plutôt une analyse tirée d'une approche du "nationalisme" assez politique. Les élites elles-mêmes quoique sachant lire et écrire -puisque là est le point central de la démonstration de E.- n'étaient pas habitées non plus d'un sentiment "nationaliste" bien défini.
L'article s'adresse à ceux qui verraient la Guerre d'Espagne comme une "croisade nationaliste". Qui le voit ainsi de nos jours ?
A la fin de l'article, Esdaile n'oublie pas d'ajouter que son analyse n'est pas très "populaire" en Espagne, bref qu'elle est loin d'être partagée. Pourquoi ? Et la réponse est que les historiens anglo-saxons auraient détourné/confisqué l'histoire... Puis on glisse sur la notion de "nationalisme". Ce que l'on sait de ce conflit serait le fruit d'historiens "nationalistes" espagnols.
Puis l'article nous fait glisser "à la controverse actuelle sur la mémoire historique" espagnole.
En sorte de conclusion, nous sont servis Les crimes du Franquisme, en parallèle la IIème république qui ne fut pas si " jolie jolie" (ça fait tout de même un bail que l'on a un peu atterri concernant le problème) ; tout ceci pour conclure que l'historien doit avoir une vision équilibrée des sujets qu'il traite.
Moi, je veux bien mais en déduire -avec cet article- que ce ne fut que le fruit d'estomacs vides me laisse perplexe. Je pensais, comme l'exprime au début E., le tout un peu plus complexe...
J'ai trouvé ce lien qui me semble un peu plus "tenu", il semble s'agir de l'évocation de la sortie d'un livre d'E. // l'article que vous avez présenté devait s'inscrire aussi pour cette sortie.

https://journals.openedition.org/rh19/2712

Pour revenir à Suchet, s'il fait débat, il est évoqué comme le plus "raisonnable" dans ses mémoires mais rien n'empêche de citer d'autres textes du moment.

Merci à Faget :wink: pour son lien qui apporte des bases que j'ignorais totalement concernant les "jeux de guerre" et ceci me fait réfléchir car bien souvent, ces "lois" portent à débat. Ne serait-ce qu'à travers de nombreux "casus belli" qui n'obéissent déjà pas même aux lois mises en place et ceci de tous temps et partout.
.


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Message Publié : 15 Mai 2019 11:47 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 13 Juin 2017 15:04
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.
J'ai fait quelques recherches :

[Un débat inépuisable parcourt l'historiographie de la guerre d'indépendance : qui est venu à bout des Français dans la péninsule ? La somme des armées régulière ou plutôt la guerilla ? Ou, plus raisonnablement les deux combinées ? … Les historiens britanniques font assez peu cas de la guérilla ; les Français la néglige moins mais l'assimile souvent à une forme de brigandage ; à l'opposé, les Espagnols sont nombreux à exalter la guérilla, à la mythifier même, pour mieux en faire le combat essentiel et définitif*.]
Je pense que l'article précédent évoque plutôt la vision espagnole.

*du côté britannique, tout part de W. F. P. Napier, il expédie la guérilla en quelques lignes pour conclure : "… ces guérillas ne retardèrent jamais sérieusement les progrès français...".
En rupture J. L. Tone ("The Fatal Knot : The Guerilla War in Navarre and the Defeat of Napoleon in Spain" – 1994) est très intéressant.

[Les guérillas sont apparues dès le printemps 1808 à l'instigation de juntes locales … en quelques jours se constituent des partidas, des cuadrillas, bref des bandes armées qui se donnent un chef, le cabecilla … pour les bandes plus importantes on évoque caudillo... Des régions de structures agraires très différentes … ont participé à égalité à cette forme de guerre … Elle (la guérilla) attire beaucoup de marginaux (déserteurs français, portugais, espagnols, britanniques, espagnols...) … le général Hugo fait fusiller des Allemands "sans uniforme et sans commissions pour courir en partis" (ils ne peuvent justifier leur qualité de partisan) -ce qui montre déjà une différence d'appréciation- … mais elle (la guérilla) puise aussi chez les paysans, les ouvriers de fabrique, les artisans, les gens de talents, le bas clergé, la petite noblesse … les élites fortunées ne brillent pas par leur participation … ce type de lutte acharnée … remet en cause leur rang et leur dignité.]

La figure de Don Quichotte est évoquée -je crois- comme un éventuel meneur. C'est bien choisi, il faut se reporter à la littérature du Siglo del oro pour comprendre l'image qu'est Don Quichotte, celle de l'homme pauvre et fier que mène un idéal : le fameux "hidalgo".
Employer ainsi le personnage un peu comme avancer: "tout est n'importe quelle personne même la plus allumée" est un contresens assez énorme ou une méconnaissance de la littérature espagnole. Ce que l'on peut comprendre venant d'un britannique :wink: mais qui fausse/brouille encore un peu plus la vision de ce conflit. En évoquant Don Quichotte ceci donne du poids lol à cette guérilla et ces meneurs : fiers, remplis d'idéaux -principale motivation de l'Hidalgo fut-il le seul à croire en sa victoire et en ses combats- qui les rend "acharnés". L'image est donc un poil à côté...
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Message Publié : 19 Mai 2019 16:35 
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Jean Froissart
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
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Localisation : Généralité de Riom & Bourbonnais
Charles Esdaile toujours dans
Guerrillas, bandoleros y el mito del pueblo en armas 1808-1814 pourfend le mythe de la guerrilla et du "peuple en armes" d'ailleurs faiblement impliqué :

en analysant l'identité socio-professionnelle des guerrillas sa critique de l'origine présumée populaire du guerrillerismo est catégorique, il souligne l'absence de tout conscience sociale, son faible sens patriotique, son opportunisme, son origine obscure de secteurs de l'Armée (...) la rattache à une réalité : celle de la faible implication populaire dans la Guerre d'Espagne au delà du mythe du Dos de Mayo et des célèbres Sièges.
Quant à son authentique contribution à la victoire, le rôle de la guerrilla fut trés important dans certaines opérations et la rupture des communications et de l'acheminement des vivres, dans la démoralisation par son extrême violence mais la conclusion finale est trés négative, les guerrilleros ne vivaient pas parmi le peuple mais aux dépens de lui

(...)

Pour lui, les motivations des guérilleros se conforment peu au modèle héroïque : suppression des couvents et tentation de l’aventure pour les religieux (et non la foi), hasard, vengeance, ambition et calcul (décelés chez Espoz y Mina, p. 96-98), incitations financières des autorités locales, volonté d’échapper à la justice, refus de la discipline militaire et surtout espoirs de pillage. Il fallait y ajouter la contrainte, car nombre de paysans furent racolés par des bandes de passage. Les relations entre guérilla et population passaient dès lors de la symbiose « maoïste » à une oppression de fait (p. 128).

Si les guérilleros étaient davantage des déserteurs, des aventuriers et des brigands que de sincères patriotes, que penser de leur efficacité ?
Espoz y Mina prêta bien une aide cruciale à Wellington en 1813, mais dans l’ensemble, la guérilla était impuissante devant des détachements importants ou des postes fortifiés, et de faible valeur combative. Les fréquentes dissensions des chefs pouvaient dégénérer en guerres privées, comme celle qui opposa les bandes du marquis de Barriolucio et celles de Colmenares en 1809 (p. 140-141). Leur aveuglement stratégique fut démontré par l’incapacité des guérillas aragonaises et castillanes à empêcher la prise de Valence en 1812. Les bandes pillaient et maltraitaient la population, alors que Charles Esdaile revalorise la « petite guerre » des généraux Ballesteros ou Copons. Même les grandes unités organisées (Porlier, l’Empecinado…) sont jugées vulnérables et finalement nocives

https://journals.openedition.org/rh19/2712

quant aux Britanniques contemporains témoins de la guerrilla ils ne sont en effet guère tendres et aux antipodes de la mythification espagnole à commencer par Wellington

je tremble quand je réfléchis à l'énormité de la tâche que j'ai entrepris sans assistance d'aucune nature des Espagnols

très difficile de savoir ce que l'on doit penser des guerrilleros, on ne peut nier que certains d'entre-eux ont été une grande utilité, toutefois les Espagnols ont dû nourrir les Français d'une main et les guerrilleros de l'autre, ils ont perpétré des pillages dans beaucoup de villes sans pitié, même dans celles où les Français les avaient précédé, ils emportaient tout ce qui restait avec l'excuse de la lutte contre l'ennemi, beaucoup d'entre-eux sont devenus brigands et se consacrèrent au pillage du pays


(...sans parler des pillages par l'Armée Britannique elle-même qui a conduit à des mesures drastiques par le Duc de fer, un régiment a été puni symboliquement pendant 100 ans)

ou Sir John Moore qui n'a rencontré, au lieu d'un pays de guerrilleros, que léthargie et apathie*, l'indifférence et l'ignorance d'un peuple indolent comme si ils étaient de l'autre côté de l'Atlantique, aucun enthousiasme, un patriotisme de cocardes jusqu'aux muletiers dont le port des dites cocardes ou leur disparition lui indiquait le baromètres des opérations en fonction des succès ou échecs des belligérants

les gens en Espagne sont trop léthargiques, nous n'avons rien à attendre d'eux, ils restent dans le besoin d'un chef pour les animer, ils sont apathiques, insensibles à la honte de fuir avant l'ennemi, les armées espagnoles ne montrent aucune résolution, et les gens aucun enthousiasme ni esprit audacieux

bien peu de l'esprit public ou du patriotisme auxquels en Angleterre on inclinait à donner tant de crédit


depuis mon arrivée je me suis retrouvé avec une telle indifférence apparente et une apathie à tel point que j'ai fait de sérieuses réserves (...) parfois je me demande si je suis en Espagne. Les individus que je vois (...) déambulant sur les places avec une indolence assoupie sont tellement différents de cette race impulsive et passionnée que mon imagination attendait (...)
la cocarde tous les Espagnols la portent jusqu'au dernier muletier et ceci paraît marquer le point maximal de leur patriotisme


*termes qui reviennent aussi souvent chez les soldats Français pour la description du peuple Espagnol


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Message Publié : 20 Mai 2019 11:03 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 13 Juin 2017 15:04
Message(s) : 481
.
Il ne vous a pas échappé que ce lien est une -parmi d'autres- des analyses/appréciations/visions du livre d'Esdaile.
Plus "Essai" que livre.
Un "livre" est approché autrement. Ceci devient une "référence" -fruit de la reconnaissance de personnes qui "tâtent" du sujet-, là nous sommes sur un "essai", plus une approche personnelle basée sur une lecture personnelle issue d'un choix de documents fruit d'un élagage personnel.

Il ne suffit donc pas de lire Esdaile pour se dire : "Chouette, j'ai tout compris du conflit espagnol !". Sinon ceci se saurait et d'essai le bouquin serait devenu "référence".
Il ne faut pas faire "feu de tout bois" et là nous avons un lien mais j'aurai pu en donner un autre. Comme il semblait qu'Esdaile vous "parlait" et bien vous aviez une approche autre de son essai. Déjà pas celle d'un journaliste qui reçoit un homme et le but est : faire un max de pub pour une sortie.

Citer :
[i]je tremble quand je réfléchis à l'énormité de la tâche que j'ai entrepris sans assistance d'aucune nature des Espagnols ... très difficile de savoir ce que l'on doit penser des guerrilleros,

Vous évoquiez Suchet, permettez-moi de classer Wellington -et pourtant l'homme Suchet est bien différent- du même... Wellington est une source parmi d'autres.

Citer :
[i]les gens en Espagne sont trop léthargiques, nous n'avons rien à attendre d'eux, ils restent dans le besoin d'un chef pour les animer, ils sont apathiques, insensibles à la honte de fuir avant l'ennemi, les armées espagnoles ne montrent aucune résolution, et les gens aucun enthousiasme ni esprit audacieux

Je vous invite à lire certaines lettres de soldats qui font cette campagne.
A vous interroger aussi sur le "pourquoi" du choix de généraux ayant participé à la Guerre de Vendée et surtout ce qu'ils ont laissé comme souvenirs.
Je n'ai pas l'impression qu'ils ont eu cette approche d'un peuple "apathique". Ceci me fait un peu songer aux caricatures qui avaient bonne presse il fut un temps : l'italien très "méditerranéen", l'africain prompt à ..., l'arabe avec son couteau et autres analyses de personnes ayant un tamis un peu épais quant à l'appréciation et le topo facile, s'arrêtant toujours à la forme pour mieux négliger le fond.
C'est évident : l'Espagne n'est pas l'Angleterre et la monarchie espagnole n'est pas la monarchie anglaise, nous le savions et ?

Citer :
*termes qui reviennent aussi souvent chez les soldats Français pour la description du peuple Espagnol

Mouais... Et les termes ? Pris où ? Parce-que là encore on est un peu loin des certaines lettres de soldats et même de certaines appréciations de militaires : Suchet ne vous va pas, prenez Hugo...

Maintenant je ne suis pas une forcenée de la mythologie espagnole : il doit bien exister un nuancier, un entre-deux me laisserait sur ma faim. :wink:
.


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