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 Sujet du message : Napoléon et la Turquie
Message Publié : 05 Juin 2011 20:18 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
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Sans être un expert de l'histoire ottomane aux XVIIIè et XIXè siècle, j'ai le sentiment que Napoléon a peut-être sous-estimé l'enjeu que pouvait représenter la Turquie dans le contexte européen. En effet cet empire déclinant était l'ennemi héréditaire de la Russie et sa sauvegarde était un objectif me semble-t-il de l'Angleterre. Quant à l'Autriche, elle avait une position paradoxale : traditionnellement hostile à la Porte, elle voyait cependant d'un mauvais oeil l'intervention russe dans les Balkans.

L'analyse de Napoléon semble avoir varié. Sous la République et au début de l'empire, il envisageait de mettre la main sur de riches (potentiellement au moins) provinces comme l'Egypte (d'où l'expédition de 1798 et plus tard l'intérêt porté à la dalmatie) - sans laisser de place à d'autres puissances. Après Tilsitt, il a envisagé un partage de l'empire avec la Russie sans passer à la réalisation et san sprévoir une association de l'Autriche.

Lorsque ses relations se sont dégradées avec la Russie (en 1805/1806 puis en 1811) il a mollement cherché à se concilier Constantinople afin de créer une diversion militaire au sud de la Russie. Il n'a pas envisagé d'appuyer l'éventuelle intervention autrichienne dans les Balkans (même après le mariage de 1810).

Ma question est la suivante : Napoléon n'a-t-il pas laissé passer des occasions précieuses ?

Par exemple en aidant concrètement Alexandre à s'emparer des Balkans (en totalité) n'aurait il pas pu durablement souder l'alliance franco-russe, créer un source constante de méfiance entre Vienne et Petersbourg ainsi qu'en Petrsbourg et Londres ?

Ou bien en proposant un partage des Balkans entre Russes et Autrichiens n'aurait il pas pu souder une alliance de ces deux puissances avec la France - tout en générant entre elles deux un risque constant de frictions ?

Ou bien encore en associant Londres à un plan de partage (par exemple en lui promettant l'Egypte) n'aurait il pas pu ouvrir avec les anglais un dialogue pouvant utilement déboucher sur un epaix durable avec la France (qui aurait renoncé à ses ambitions en Méditerranée orientale) ?

Ou bien à l'inverse s'il ne voulait partager l'empire ottoman avec les Russes n'aurait il pas du engager une véritable alliance franco-turque contre la Russie (en 1811/1812 en particulier) ?

Je pense que l'armée turque était globalement peu efficace pour des opérations offensives dans le sud de l'Ukraine mais elle devait avoir alors une certaine efficacité defensive pour pourvoir défendre les Balkans contre les Russes agissant seuls (sans appui français ou autrichien). Bref les Russes ne pouvaient prendre les balkans sans notre aide - même s'ils pouvaient parfaitement repousser une attaque russe.

Question accessoire : où trouver des images de sodats turcs vers 1800/1810 ?


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 14:59 
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Inscription : 27 Avr 2004 17:38
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Parler de Turquie et de soldats turcs à cette époque n'a pas de sens. Les troupes viennent de toutes les parties de l'empire, et si il y a effectivement des soldats turcs, tous ne le sont pas, loin de là. Les Janissaires ne sont pas turcs, par exemple.

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Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer (Guillaume le Taciturne)


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 15:59 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Quand Bonaparte va en Egypte, il caresse un rêve de royauté, de gloire et entend gêner l' Angleterre, sachant que l'empire ottoman est en déclin comme Catherine II l'a démontré avec Potemkine.
Si Bonaparte avait réussi à s'implanter en Egypte et Syrie, il aurait changé l'histoire, aurait consolidé les nouvelles possessions de la France et ce qui est essentiel, l'envie d'abattre l' Autriche et d'abaisser la Russie ne lui serait donc probablement pas venue. Au contraire il l'aurait abordée différemment et en bien meilleure position, par le sud.
La piste de l' Egypte m'a toujours parue géniale, prémonitoire de ce que la France devait entreprendre, devançant l' Angleterre sur un excellent terrain, le chemin du moyen-orient et de son futur pétrole, bien mieux que d'aller plus loin en europe.
Dans cette hypothèse d'implantation coloniale française en Egypte et Syrie, la Turquie est prise entre trois feux. La France participe, plus tôt que prévu et sur place, au partage de l'empire malade, ce qui est bien plus facile que de combattre la GB, la Prusse, l' Autriche et la Russie à la fois.
Mais il fallait une autre flotte et les bons officiers de marine que la Révolution a fait fuir ou arrêter, une erreur grave. L'expédition d' Egypte était donc prématurée mais elle laissera quand même de grandes traces au Moyen Orient.
L'idée était donc excellente, elle était de Talleyrand et détournait la France révolutionnaire de la course à la guerre en europe dont ll'ancien Evêque pressentait probablement qu'elle finirait mal.

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Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Virgile.


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 16:24 
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Tite-Live
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Inscription : 19 Août 2009 11:18
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A noter que Napoléon quand il n'était que Bonaparte avait faillit partir s'engager dans les armées ottomanes.
Il y a eut une guerre entre la Russie et la l'empire ottoman dans les années 1806/1812
Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_d ... vrier_2010

Par ailleurs il me semble que la question a déjà été posée.
Voir viewtopic.php?f=55&t=18967&hilit=napol%C3%A9on+ottoman+empire

Il faudra songer à une fusion.

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Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses.

Charles Cros


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 16:41 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Une fusion de sujets, pas forcément, l'autre sujet ayant eu des problèmes et tourné court. Une fusion casse un sujet.

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 17:34 
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Marc Bloch
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Citer :
Parler de Turquie et de soldats turcs à cette époque n'a pas de sens.


A noter que ces deux termes sont utilisés à l'époque ; tout particulièrement le deuxième ; "Turquie", même si on l'emploie, on préfère assez largement "Empire ottoman" ou "Porte".

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 20:10 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 25 Mai 2011 17:28
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Est ce qu'il n'y à pas quelque chose à ce propos dans les mémoires d'outre tombe de Chateaubriand? Quelque chose comme une rencontre entre Talleyrand et les turcs, ou alors je confond tous, ce qui est possible.


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 06 Juin 2011 21:53 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 17 Mars 2004 23:16
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La question de la zone d'influence ou de l'empire colonial à se tailler en Egypte et en Syrie au détriment de l'empire ottoman a une dimension prémonitoire séduisante. Mais elle a somme toute été réglée à l'occasion de l'expédition de 1798/99. Ca a été un échec à cause de la domination maritime anglaise, et de l'incapacité à prendre Acre.

Pour ce qui est du partage, je n'arrive pas à voir l'intérêt qu'il y avait à renforcer la Russie en Europe et à lui refiler les Balkans. C'eut été un accroissement de puissance considérable pour l'Etat européen qui était le plus expansionniste depuis au moins 1 siècle, et qui plus est un Etat dont l'essentiel des ressources résidait dans l'exportation de matières premières ce qui faisait naturellement de l'économie anglaise son 1er client.
Et c'eut été affaiblir l'Autriche qui était l'Etat le plus stabilisant pour l'Europe centrale et dont le maintien était, depuis les traités de Westphalie, le plus conforme aux intérêts de la France (en ce qu'il empêchait une unité allemande et faisait barrière à l'influence russe).

Un partage des dépouilles européennes entre Autriche et Russie, avec restauration d'une grande Grèce ? D'autant moins envisageable que la Transylvanie était alors autrichienne. La carte poussait forcément à la rivalité entre l'Autriche et la Russie.


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 08 Juin 2011 21:22 
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Marc Bloch
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
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Citer :
Ma question est la suivante : Napoléon n'a-t-il pas laissé passer des occasions précieuses ?

Par exemple en aidant concrètement Alexandre à s'emparer des Balkans (en totalité) n'aurait il pas pu durablement souder l'alliance franco-russe, créer un source constante de méfiance entre Vienne et Petersbourg ainsi qu'en Petrsbourg et Londres ?

Ou bien en proposant un partage des Balkans entre Russes et Autrichiens n'aurait il pas pu souder une alliance de ces deux puissances avec la France - tout en générant entre elles deux un risque constant de frictions ?

Ou bien encore en associant Londres à un plan de partage (par exemple en lui promettant l'Egypte) n'aurait il pas pu ouvrir avec les anglais un dialogue pouvant utilement déboucher sur un epaix durable avec la France (qui aurait renoncé à ses ambitions en Méditerranée orientale) ?

Ou bien à l'inverse s'il ne voulait partager l'empire ottoman avec les Russes n'aurait il pas du engager une véritable alliance franco-turque contre la Russie (en 1811/1812 en particulier) ?




Ce rapide exposé sur la question ottomane dans les relations franco-russes pourra peut-être donner quelques pistes à vos interrogations :


Dans le cadre des accords de Tilsit, la question ottomane ne pouvait être éludée (à cette date, les Russes en guerre avec Constantinople occupaient la Moldavie et la Valachie). C’était pour Alexandre un point de toute première importance que Napoléon, dans le dessein de conforter l’alliance en cours, ne pouvait ignorer. Ainsi, Paris et Saint-Pétersbourg s’entendirent sur les points suivants :

« Toutes hostilités cesseront immédiatement, sur terre et sur mer, entre les forces de S.M. l'Empereur de toutes les Russies et celles de Sa Hautesse, dans tous les points où la nouvelle de la signature du présent traité sera officiellement parvenue. Les Hautes Parties Contractantes la feront porter, sans délai, par des courriers extraordinaires, pour qu'elle parvienne, le plus promptement possible, aux généraux et commandants respectifs.

Les troupes russes se retireront des provinces de Valachie et de Moldavie, mais lesdites provinces ne pourront être occupées par les troupes de Sa Hautesse jusqu'à l'échange des ratifications du futur traité de paix définitive entre la Russie et la Porte Ottomane.

S.M. l'Empereur de toutes les Russies accepte la médiation de S.M. l'Empereur des Français, Roi d'Italie, à l'effet de négocier et conclure une paix avantageuse et honorable aux deux Empires. Les plénipotentiaires respectifs se rendront dans le lieu dont les Parties intéressées conviendront, pour y ouvrir et suivre les négociations.

Si par une suite des changements qui viennent de se faire à Constantinople, la Porte n'acceptait point la médiation de la France, ou si après qu'elle l'aura acceptée il arrivait que, dans le délai de trois mois après l'ouverture des négociations, elles n'eussent pas conduit à un résultat satisfaisant, la France fera cause commune avec la Russie contre la Porte Ottomane, et les deux Hautes Parties Contractantes s'entendront pour soustraire toutes les provinces de l'Empire Ottoman en Europe, la ville de Constantinople et la Province de Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs. »


Cependant, le démantèlement de l’Empire ottoman n’apparaissait aucunement pour Napoléon comme une priorité. Si son éventualité était évoquée, il convenait de ne pas brusquer les choses afin de ne pas provoquer la chute de l’empire qui fatalement aurait éveillé l’appétit de l’Angleterre. Il convenait donc d’éviter une telle alternative (tout du moins tant que l’Angleterre n’ait pas été abattue), tout en spécifiant que la ville de Constantinople et la Roumélie n’entreraient pas dans le cadre du partage annoncé. Il était nécessaire en effet pour Napoléon de fermer au Tsar les Détroits, et du coup la Méditerranée, ce qui aurait placé les Russes dans une position bien trop favorable. Pour Napoléon, la meilleure option était d’obtenir un arrangement russo-turc permettant à Saint-Pétersbourg d’obtenir la possession de quelques territoires assurant sa satisfaction dans le cadre de l’alliance avec la France et susceptibles de freiner pour un temps ses appétits, tout en ne mettant pas en péril (tout du moins pour l’instant) l’existence de l’Empire ottoman.

Cependant, on s’aperçut assez vite qu’Alexandre ne désirait pas franchement respecter les accords prévus pour les principautés danubiennes. Fort de l’occupation de la Valachie et de la Moldavie, et soucieux d’obtenir des avantages face aux sacrifices que lui imposait Tilsit, le Tsar entendait garder ses conquêtes. Si un armistice fut signé le 24 août 1807, l’évacuation ne fut pas effective et les troupes russes restèrent sur place.
Comprenant tout l’attachement d’Alexandre pour ces deux principautés, Napoléon n’entendait pas modifier les accords de Tilsit dans le seul bénéfice de la Russie. Des compensations s’exigeaient. On aurait pu penser à se servir dans les Balkans mais Napoléon rejeta l’option. Il s’agissait de provinces plus pauvres que la Moldavie et la Valachie, et de territoires qu’il fallait conquérir alors que la possession des principautés danubiennes était déjà effective pour Saint-Pétersbourg. Non seulement, il n’y avait pas équité, mais une telle prise de territoires ne pouvaient que provoquer la chute de l’Empire ottoman ; chose, comme dit plus haut, qui n’était pas, en tout cas dans l’immédiat, dans les intérêts de la France.
Rejetant la possibilité de s’entendre par des compensations dans les Balkans, Napoléon avait d’autres vues. Envoyant Caulaincourt négocier à Saint-Pétersbourg, il notifia qu'il n'était pas défavorable à la possession de la Valachie et de la Moldavie par les Russes, mais qu'en échange, il se devait d'obtenir la Silésie prussienne. Il était également ajouté que l'idée du démembrement de l'Empire ottoman (car on supposait bien ce point allait venir sur la table) n'était pas en soi inacceptable, mais qu'il faudrait pour régler une question aussi délicate convenir d'une autre entrevue.

Cependant, Alexandre était très défavorable à la compensation silésienne. La Prusse avait déjà selon lui suffisamment souffert, et il n'était pas acceptable qu'on lui arrache à nouveau des territoires. La prise de la Silésie pouvait aussi annoncer pour les Russes le renforcement de l'idée du rétablissement du royaume de Pologne. Fort de ces considérations, la compensation à l'occupation de la Valachie et de la Moldavie devait pour le Tsar, se trouver sur les terres ottomanes et non ailleurs ; des dispositions, comme dit plus haut, que rejetait Napoléon.

Face à l’obstination d’Alexandre, Napoléon, début 1808, commença à réfléchir à l’opportunité de faire intervenir l’Autriche dans les débats. Metternich fut contacté et averti de l’hypothèse du partage de la Turquie. L’Empereur voyait là un moyen de contre-balancer les ambitions russes en Orient grâce à une puissance qui voyait effectivement avec inquiétude l’empire des tsars s’installer sur le cours inférieur du Danube.
Face aux Russes, la position de Napoléon dans sa correspondance avec Caulaincourt évoluait peu, s’il laissait quelque peu de côté la question silésienne et s’attachait à la stricte exécution du traité de Tilsit, il n’évoquait le partage qu’avec réserve et cherchait à gagner du temps.
C’est dans ce contexte que Napoléon à Alexandre écrivit la fameuse lettre du 2 février 1808. On pouvait y lire ceci :
« Une armée de 50,000 hommes, russe, française, peut-être même un peu autrichienne, qui se dirigerait par Constantinople sur l'Asie, ne serait pas arrivée sur l'Euphrate, qu'elle ferait trembler l'Angleterre et la mettrait aux genoux du continent. Je suis en mesure en Dalmatie ; Votre Majesté l'est sur le Danube. Un mois après que nous en serions convenus, l'armée pourrait être sur le Bosphore. Le coup en retentirait aux Indes, et l'Angleterre serait soumise. Je ne me refuse à aucune des stipulations préalables nécessaires pour arriver à un si grand but. Mais l'intérêt réciproque de nos deux États doit être combiné et balancé. Cela ne peut se faire que dans une entrevue avec Votre Majesté, ou bien après de sincères conférences entre Romanzof et Caulaincourt, et l'envoi ici d'un homme qui fût bien dans le système. M. de Tolstoï est un brave homme, mais il est rempli de préjugés et de méfiances contre la France, et est bien loin de la hauteur des événements de Tilsit et de la nouvelle position où l'étroite amitié qui règne entre Votre Majesté et moi ont placé l'univers. Tout peut être signé et décidé avant le 15 mars. Au 1er mai nos troupes peuvent être en Asie, et à la même époque les troupes de Votre Majesté à Stockholm. Alors les Anglais, menacés dans les Indes, chassés du Levant, seront écrasés sous le poids des événements dont l'atmosphère sera chargée. Votre Majesté et moi aurions préféré la douceur de la paix et de passer notre vie au milieu de nos vastes empires, occupés de les vivifier et de les rendre heureux par les arts et les bienfaits de l'administration ; les ennemis du monde ne le veulent pas. Il faut être plus grands, malgré nous. Il est de la sagesse et de la politique de faire ce que le destin ordonne et d'aller où la marche irrésistible des événements nous conduit. Alors cette nuée de pygmées, qui ne veulent pas voir que les événements actuels sont tels qu'il faut en chercher la comparaison dans l'histoire et non dans les gazettes du dernier siècle, fléchiront et suivront le mouvement que Votre Majesté et moi aurons ordonné; et les peuples russes seront contents de la gloire, des richesses et de la fortune qui seront le résultat de ces grands événements.
Dans ce peu de lignes, j'exprime à Votre Majesté mon âme tout entière. L'ouvrage de Tilsit réglera les destins du monde. Peut-être, de la part de Votre Majesté et de la mienne, un peu de pusillanimité nous portait à préférer un bien certain et présent à un état meilleur et plus parfait; mais, puisque enfin l'Angleterre ne veut pas, reconnaissons l'époque arrivée des grands changements et des grands événements. »


La lettre fut logiquement très favorablement reçue à Saint-Pétersbourg. Mais, lors des échanges qui suivirent, les divergences de vue éclatèrent. Si dans un premier temps, Alexandre avait imaginé établir à Constantinople un gouvernement libre, il avait, au regard des sacrifices à faire dans le cadre de l’expédition vers les Indes, changé d’avis et exigeait à présent le contrôle des Détroits. Or une telle demande était inacceptable pour la France qui n’entendait pas offrir une telle position à son allié.
Au même moment les affaires d’Espagne occupaient toute l’attention de l’Empereur. La question orientale passa alors sur un second plan ; les négociations relatives au partage devant être poursuivies le temps que l’on s’entende sur une éventuelle entrevue entre les deux monarques ; et Sébastiani à Constantinople devant redoubler d’efforts afin d’éviter que les Turcs ne repartent en guerre ; conflit qui, s’il reprenait, pouvait bien aboutir à la défaite ottomane et la conquête de Constantinople par les Russes et mettre à bas les plans établis par Napoléon.

Finalement, Sélim III venant de tomber et la situation se dégradant de jour en jour le long des rives du Danube entre les deux armées en présence, Alexandre fixa le lieu de la rencontre tant désirée : Erfurt ; et les points à aborder : l’Espagne, l’Autriche, la Prusse et bien évidemment la Turquie.
L’Autriche devenant menaçante, l’option du partage prenait du recul dans l’esprit de Napoléon. Ainsi, l’Empereur, au lieu d’organiser le démembrement de la Turquie à Erfurt, envisageait plutôt d’offrir seulement les provinces danubiennes à Alexandre en échange de son silence sur les affaires d’Espagne et de son concours dans le conflit à venir contre l’Autriche.
Alexandre, heureux de ne pas se nourrir depuis Tilsit que de vagues projets, accepta l’offre via la convention d’alliance signée à Erfurt :
« Art. 8.Sa Majesté l'Empereur de Russie, d'après les révolutions et changements qui agitent l'empire ottoman et qui ne laissent aucune possibilité de donner et, par conséquent, aucune espérance d'obtenir des garanties suffisantes pour les personnes et les biens des habitants de la Valachie et de la Moldavie, ayant déjà porté les limites de son empire jusqu'au Danube, de ce côté, et réuni la Valachie et la Moldavie à son empire, ne pouvant qu'à cette condition reconnaître l'intégrité de l'empire ottoman , Sa Majesté l'Empereur Napoléon reconnaît ladite réunion et les limites de l'empire russe de ce côté, portées jusqu'au Danube
Art. 9. Sa Majesté l'Empereur de Russie s'engage à garder dans le plus profond secret l'article précédent, et à entamer, soit à Constantinople, soit partout ailleurs, une négociation, afin d'obtenir à l'amiable, si cela se peut, la cession de ces deux provinces. La France renonce à sa médiation. Les plénipotentiaires ou agents des deux puissances s'entendront sur le langage à tenir, afin de ne pas compromettre l'amitié existant entre la France et la Porte, ainsi que la sûreté des Français résidant dans les Échelles, pour empêcher la Porte de se jeter dans les bras de l'Angleterre.
Art. 10. Dans le cas où, la Porte Ottomane se refusant à la cession des deux provinces, la guerre viendrait à se rallumer, l'Empereur Napoléon n'y prendra aucune part et se bornera à employer ses bons offices auprès de la Porte Ottomane ; mais, s'il arrivait que l'Autriche ou quelque autre puissance fit cause commune avec l'empire ottoman dans ladite guerre, Sa Majesté l'Empereur Napoléon ferait immédiatement cause commune avec la Russie, devant regarder ce cas comme un de ceux de l'alliance générale qui unit les deux empires. »


Napoléon abandonnait sa position de médiateur et offrait sur un plateau la Moldavie et la Valachie. Les Turcs refusèrent logiquement la cession et la guerre finit par reprendre sur les bords du Danube entre Saint-Pétersbourg et Constantinople.
De son côté, Napoléon poursuivit la campagne d’Espagne, répondit à la guerre déclarée par l’Autriche, écrasa cette dernière pour finalement s’unir à elle par le mariage avec Marie-Louise.
Du côté de Vienne, comme déjà dit, les avancée russes sur le cours inférieur du Danube éveillaient de fortes inquiétudes. Metternich en fit part à Napoléon espérant voir en lui un arbitre suffisamment puissant pour imposer la paix dans le conflit russo-turc. Même si le torchon brûlait entre la France et la Russie, Napoléon n’était pas prêt à offrir au Tsar un cassus-belli par la violation des accords d’Erfurt et il répondit négativement à la demande autrichienne.
Néanmoins, à mesure que les relations s’envenimaient entre Paris et Saint-Pétersbourg et que l’on marchait droit vers la guerre, Napoléon réévalua sa position et, dès février 1811, s’appuya sur l’Autriche, en lui faisant savoir qu’il était favorable à ce qu’elle fasse connaître concrètement son opposition aux avancées russes dans les principautés danubiennes (et à la possible mainmise sur la Serbie). Ainsi, Napoléon espérait voir les Turcs, forts du soutien de Vienne, refuser la paix et, du coup, forcer le Tsar à mobiliser ses troupes sur ce théâtre d’opérations. Parallèlement, l’Empereur tentait de renouer des liens avec Constantinople ; liens passablement mis à mal depuis que les espoirs de médiation nés avec Tilsit s’étaient évanouis ; et laissait entrevoir qu’une alliance entre les deux pays ramènerait la Valachie et la Moldavie dans le giron turc, et qu’une opération combinée pourrait être menée avec la Crimée comme objectif.
De son côté, Alexandre, désireux d’en finir avant une éventuelle guerre avec la France, cherchait la paix avec la Porte et offrait la restitution de la Valachie et de la moitié de la Moldavie ; ce qui pouvait aussi étouffer les sujets de tension avec Vienne et servir de base à une possible entente. Les efforts de Napoléon en direction de l’Empire ottoman furent finalement vains, et la paix entre Saint-Pétersbourg et Constantinople fut signée le 28 mai 1812 à Bucarest, les Russes lâchant leurs prises et ne gardant que la Bessarabie.

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 14:08 
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Georges Duby
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Inscription : 27 Juil 2007 15:02
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Passionnant, on découvre un Napoléon diplomate que je connassais peu, le croyant au contraire très va t-en guerre imprudent. Voilà un beau sujet d'étude pour ceux qui n'ont pas perçu ce Napoléon là afin de corriger son image. C' est un appel !

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 17:09 
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Pierre de L'Estoile
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Alain.g a écrit :
La piste de l' Egypte m'a toujours parue géniale, prémonitoire de ce que la France devait entreprendre, devançant l' Angleterre sur un excellent terrain, le chemin du moyen-orient et de son futur pétrole, bien mieux que d'aller plus loin en europe.
.

anachronisme teinté de téléologie donc éminement discutable, non ?

Bien à vous

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et tout le reste n'est que littérature


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 18:37 
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Jean-Marc Labat a écrit :
Parler de Turquie et de soldats turcs à cette époque n'a pas de sens. Les troupes viennent de toutes les parties de l'empire, et si il y a effectivement des soldats turcs, tous ne le sont pas, loin de là. Les Janissaires ne sont pas turcs, par exemple.


90 % des internautes négligeront l'intérêt de cette remarque dans laquelle ils ne verront que pure confiture (laquelle comme la culture s'étale d'autant plus que ...). Moi au contraire j'y vois un souci de précision trop rare et qui mérite d'être salué. Bravo Jean-Marc !

Par contre la question posée initialement me semble d'un intéret discutable. Quel point commun entre l'expédition d'Egypte en 1798 et Tilsitt ?

En effet en 1798 Bonaparte poursuit trois objectifs : échapper aux querelles parisiennes dans lesquelles il risque de gâcher son prestige sans pouvoir parvenir au pouvoir à court terme ; nuire à l'Angleterre ; acquérir une colonie. L'empire ottoman n'est qu'une victime tout à fait indirecte de cette stratégie - et ce d'autant plus que l'Egypte des mamelouks est devenue très autonome voire indépendante de la Porte...

En 1807/1808, la question balkanique concerne évidemment la Porte dont la position aurait été très ébranlée si les projets d'Alexandre avaient été menés à bien. Mais comme l'indique justement Cyril Drouet, l'essentiel pour Napoléon est plutôt de renforcer la position de la France face à l'Angleterre avec le concours russe sans trop accorder au Tsar...

Sans doute dès cette époque la Porte est-elle trop affaiblie militairement et politiquement pour être prise au sérieux dans les combinaisons diplomatiques européennes.


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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 18:49 
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Georges Duby
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Yongle, je peux bien dire que Napoléon Bonaparte, là encore, en allant en Egypte et en s'interessant autant au moyen-orient, a fait preuve de son génie, anticipant d'une manière étonnante sur ce qui deviendra plus tard capital. On peut parler d' intuition et d' l'intelligence aigûe à son sujet.

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 20:39 
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Marc Bloch
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Yongle, je peux bien dire que Napoléon Bonaparte, là encore, en allant en Egypte et en s'interessant autant au moyen-orient, a fait preuve de son génie, anticipant d'une manière étonnante sur ce qui deviendra plus tard capital. On peut parler d' intuition et d' l'intelligence aigûe à son sujet.


L'intérêt pour l'Egypte en France n'était pas nouveau, et le projet de Talleyrand s'inscrit dans une longue lignée. Concernant les objectifs et avantages de cette expédition, on peut se référer à son rapport de février 1798, et les résumer ainsi :
-Délivrer les Egyptiens de la tyrannie des Beys ;
-Venger les multiples vexations subies en Egypte par les Français ;
-S’emparer d’un territoire au potentiel agricole important (légumes, céréales, lin, coton, indigo, café) ; et développer des capacités exceptionnelles ;
-S’emparer d’un carrefour commercial entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie ;
-Concurrencer économiquement l’Angleterre ;
-Asseoir une colonie prospère alors que celles situées aux Amériques sont appelées à disparaître ;
-Compenser les pertes du commerce français au Levant ;
-S’assurer une conquête peu coûteuse et dont les dépenses seront très vite indemnisées ;
-S’assurer une conquête facile, par le fait que les Beys ne seront pas capables d’opposer une réelle résistance et que la Porte n’osera pas entrer en guerre contre la France ; et qu'enfin l’Angleterre sera plus occupée à la défense de ses îles ;
-S’offrir un marchepied à la conquête des Indes britanniques.

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 Sujet du message : Re: Napoléon et la Turquie
Message Publié : 09 Juin 2011 20:52 
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Marc Bloch
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Quel point commun entre l'expédition d'Egypte en 1798 et Tilsitt ?


L'article secret 8 qui nous dit :
"Si par une suite des changements qui viennent de se faire à Constantinople, la Porte n'acceptait point la médiation de la France, ou si après qu'elle l'aura acceptée il arrivait que, dans le délai de trois mois après l'ouverture des négociations, elles n'eussent pas conduit à un résultat satisfaisant, la France fera cause commune avec la Russie contre la Porte Ottomane, et les deux Hautes Parties Contractantes s'entendront pour soustraire toutes les provinces de l'Empire Ottoman en Europe, la ville de Constantinople et la Province de Roumélie exceptées, au joug et aux vexations des Turcs."

Mais si l'on ne parle ici que du démembrement de la partie européenne de l'Empire ottoman, Napoléon savait bien qu'en envisageant une telle opération (même s'il était loin d'être favorable à ce genre d'extrêmités), il condamnait l'Empire ottoman, et qu'en ce cas, les provinces présentant le plus d'intérêts seraient à prendre. Et dans cette situation hypothétique, l'Egypte apparaissait comme une priorité.

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