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Message Publié : 22 Avr 2015 12:26 
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Fustel de Coulanges
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Désolé, je l'ignore.

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 23 Avr 2015 12:36 
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Eginhard
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Merci, voilà un point qui m'a souvent interpellé sans jamais avoir pu me faire une idée réelle de la situation et de la prise de cette décision. Je m'étais arrêté aux raisons invoquées : manque de nourriture, impossibilité d'affaiblir l'armée et les prisonniers libérés sur parole retrouvés les armes à la main.
La dernière raison invoquée est interessante, à chacun de se faire son propre avis.


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Message Publié : 24 Avr 2015 15:33 
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Fustel de Coulanges
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bourbilly21 a écrit :
Infatigable Drouet !
:wink:
Sauriez-vous si les Turcs (d'ailleurs, sont-ce des Turcs de Turquie ?) ont exploité ce drame à des fins de propagande anti-Française plus tard ?


A défaut d’avoir pour l’instant trouvé des éléments de propagande turque anti-française relative aux massacres de Jaffa, on peut cependant dire que les Ottomans ont pu justifié certains massacres en se référant à cette affaire.
On peut se souvenir du témoignage du sous-lieutenant Delesalles (Cent heures d'agonie, ou Relation des aventures d'Augustin Delesalle, sous-lieutenant au 3e Régiment de Dragons, fait prisonnier par les Arabes, en Syrie, le 23 ventôse an VII) retranscrit plus haut, mais aussi de ce qu’a écrit Wilson dans « History of the British expédition to Egypt ». L’auteur y montre le général Hutchison déplorant les décapitations des prisonniers français par ses alliés ottomans ; ces derniers justifiant « le massacre des Français par le massacre de Jaffa ».

A ce sujet, on peut également rappeler la teneur de la pétition rédigée, le 25 décembre 1799, par une partie de la garnison française du fort d’El-Arish (alors assiégé par les Ottomans) à Cazals, leur commandant. Le texte commençait par ces mots : « Prudence, méfiance, souvenance de Jaffa ».
Pour mémoire, le siège se termina par un effroyable massacre, et ce, malgré la capitulation de Cazals. Savary, citant le journal du siège, s’en est fait l’écho dans ses Mémoires :
« La porte fut ouverte.
Semblables à un torrent furieux qui a rompu ses digues et détruit tout sur son passage, les Turcs se précipitèrent dans la forteresse et portèrent partout le ravage et la mort. Les uns, s'introduisant dans l'hôpital, égorgèrent dans leurs lits les malades et les blessés; les autres, établissant dans les forges un atelier d'assassinats, décapitèrent sur l'enclume les malheureuses victimes; d'autres entraînant les Français dans leurs batteries leur coupaient la tête à coups de pelles et de pioches et sur la culasse des canons : ici on les jetait par dessus le rempart après les avoir dépouillés; là on les descendait avec des cordages à des affidés qui les conduisaient à quelque distance pour les égorger. »

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Message Publié : 24 Avr 2015 16:40 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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El-Arish réponse du berger à la bergère ?
Plausible !

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 25 Avr 2015 8:53 
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Fustel de Coulanges
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bourbilly21 a écrit :
El-Arish réponse du berger à la bergère ?
Plausible !


L’épilogue fut cependant quelque peu différent puisque les prisonniers français qui échappèrent au massacre purent bénéficier des clauses de la capitulation. Ainsi, Cazals et environ cent soixante hommes (sur un effectif initial de quatre cent cinquante ; je reprends ici les chiffres de l’« Histoire scientifique et militaire de l'expédition française en Egypte »)
) purent s’embarquer le 9 février à Jaffa et arrivèrent libres à Damiette le 15 du même mois. Arrivé au Caire le 3 mars, Cazals sollicita sa mise en jugement devant un conseil de guerre dont il sortit honoré et lavé de tout soupçon.

A propos du commandant de la place, on peut se souvenir du sort de celui Jaffa, Abd-Allah-Aga.
Napoléon dans ses dictées à Bertrand, nous conte ainsi sa reddition :
« Abdallah s'était caché et déguisé sous le costume d'un père de la Terre-Sainte; il sortit de Jaffa, arriva à la tente du général en chef et se jeta à ses genoux. Il fut traité aussi bien qu'il le pouvait désirer. »
Le 13 mai suivant, face à Acre, Bonaparte tenta vainement de l’échanger. Suite à l’échec du siège, Abd-Allah-Aga fut maintenu en détention. Arrivé à Jaffa, Bonaparte ordonna, le 24 mai, de l’emmener au Caire :
« L'adjudant général Boyer mènera avec lui et fera garder avec le plus grand soin Abd-Allah-Aga, qui commandait Jaffa pour Djezzar, et les seize principaux officiers des prisonniers turcs qui sont à Jaffa.
Il déposera les uns et les autres dans la citadelle du Caire, ou dans un de nos forts, en ayant soin de les faire garder avec la plus grande attention, surtout le premier. Il les conduira comme des captifs avec les drapeaux, en annonçant qu'il en vient une grande quantité. »

La fin de l’officier ottoman était proche :
« Vous ferez, citoyen général, trancher la tête à Abdalla-Aga , ancien gouverneur de Jaffa, détenu à la citadelle. D’après ce que m’ont dit les habitants de Syrie, c’est un monstre dont il faut délivrer la terre. »
(Bonaparte à Dugua, 8 juillet 1799)

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Message Publié : 20 Juin 2015 17:04 
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Hérodote
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Je n’ai pas l’impression que ce massacre ait réellement perturbé ou provoqué la colère des turcs. En tout cas on en fait rarement mention, même dans la littérature moderne.

Pour comprendre un peu la réaction de la Porte face à ces événements il faut passer en revue le système militaire ottoman de cette période. Au 18ième siècle, le système timariote qui donnait à l'Empire une réserve de cavalerie professionnelle bien équipé est en faillite. Le second pilier de l'armée, les janissaires, fait lui face à des profonds changements. En premier, la levée d'enfants chrétiens dans le but d'alimenter le corps des Janissaires n'existe plus. La charge se transmet désormais de père en fils ou par recrutement directe. Par ailleurs, on commence à accorder de plus en plus le titre « janissaire », avec la paye et les avantages fiscaux, d'une manière honorifique, à de plus en plus de personnes sans aucun rapport avec le métier des armes. Conclusion, le corps se transforme en un« corps social » jaloux de ses privilèges et ayant les moyens de les défendre. A cette époque l'armée ottomane est donc composée, en grande partie, de volontaires, mobilisés le temps d'une campagne (c.-à-d. lors de la belle saison) et licencié par la suite (sur place, ce qui provoque de grave problèmes d'ordre publique). La légendaire discipline ottomane n'existe presque plus. Certes, on applique toujours impitoyablement et souvent de manière disproportionnée la peine de mort, et dès fois l'emprisonnement, pour des fautes graves. Mais pour les problèmes d'indisciplines et d'incivilités, on fait preuve d'une dangereuse tolérance. Les officiers ont le plus grand mal à maintenir une discipline et d'ailleurs ils ne s'en soucient pas la plupart du temps.

Au même moment l'Occident achève ses réformes militaires en transformant leurs armées et leur donnent un aspect moderne. Mais cette évolution se fait au détriment des hommes de troupe qui sont déshumanisé à l'extrême. Le soldat n'est plus qu'un rouage dans une machine. Envoyé à Postdam, à la cours de Frédéric le Grand, l'ambassadeur Resmi Bey est terrifié par les conditions de vie des soldats prussiens : « Mal nourris, mal habillé, mal logé, traités d’une manière pire que des esclaves. » L'ensemble des châtiments corporels auxquels ils sont soumis le marque profondément. Parallèlement, au cours des campagnes les généraux turcs sont stupéfaits de rencontrer des adversaires au bord de la famine et non payés depuis des mois. Car s'il existe un sine qua non des autorités ottomanes c'est d'assurer à leurs armées des voix d'approvisionnements correcte et le versement des salaires réguliers (un manquement dans l'un de ces deux conditions ayant souvent des conséquences néfastes pour les commandants des armées).

Autre particularité des armées ottomanes : alors qu'en Europe l'efficacité de l'unité est mise en avant, chez les Turcs c'est l'exploit individuel qui est glorifié. Il existe un système de récompense pour les guerriers méritant. Des primes sont accordées, sur le champ de bataille même. C'est ce qui explique le comportement des soldats ottomans qui ayant la conviction que la victoire est acquise se mettent à la chasse aux « trophées ». Ce comportement jugé barbare par les Occidentaux n'est qu'un moyen pour le soldat d'assurer sa subsidence.

En bref, pour les autorités ottomans leurs armées sont des armées « consommables » dont les pertes et la destruction n'ont que peu de d'incidence sur leur politique étant donné qu'ils peuvent être remplacés en puisant dans les ressources humains quasi inépuisable (du moins en théorie car après 4 ou 5 saisons désastreuses ce système commence aussi à montrer ses limites)

Bien entendu, les Ottomans vont se rendre compte de leur retard vis à vis de l'Occident et essayer de se réformer. En 1730, ils font appellent à un aventurier français Alexandre de Bonneval qui va moderniser le corps de grenadiers (Humbaracı), chargé notamment de la mise en œuvre de mortier lors des sièges, et en fait un corps d'élite. Plus tard un autre franco-hongrois le baron Tott reprend en mains l'artillerie. Enfin un corps d'artillerie hippomobile est crée sur le modèle de ses homologues européens (les grenadiers et l'artillerie hippomobile joueront un rôle essentiel en 1826) Les choses s'accélèrent en 1789. Cette année monte sur le trône Selim III. C'est un padichah jeune, idéaliste, réformiste et francophile. Il suit de près les événements en France et fait appelle à eux pour créer une armée moderne : le Nizam-ı-Cedid. Une mission militaire est envoyé à Constantinople en 1793. On raconte que Napoléon aurait un moment envisagé d'y participer. La nouvelle armée a un équipement standardisé, marche aux pas et tire à l’unisson. Mais en 1798, lors de l'invasion de l’Égypte, il n'y en a que 6000 à 7000 hommes de prêt. On fait donc encore massivement appelle à l'ancien système. Néanmoins, cette troupe est le pivot central de la défense. 700 d'entre-deux, amené en bateau par les Anglais sert de noyau fort lors du siège de Saint-Jean-d’Acre. Plus tard, ils sont aux cotés des Britanniques lors de la reconquête.

Mais lorsque la paix est signée, les Français retrouvent leur ancien privilège à Constantinople. Ce qui provoque une guerre rocambolesque avec les Anglais qui ont l'impression de s'être battu pour rien. A l'époque la France est encore perçu comme le plus vieille allié européen de l'Empire. La rupture ne viendra que lors du traité de Tilsit. À Constantinople personne n'est dupe. Tout le monde comprend que l'accord franco-russe est un dépeçage de l'Empire et ce à une époque ou il est particulièrement vulnérable : Selim vient d'être déposé, son armée démobilisée et la guerre civile fait rage. Ce sentiment de trahison et la défaite des armées françaises feront qu'à partir de 1826 pour réorganiser l'armée on se tournera vers les modèles prussiens et britanniques.


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Message Publié : 24 Août 2015 9:54 
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Plus haut, j’avais rapidement évoqué l’exécution de femmes contée par François-Martin Bernoyer, chef de l’atelier d’habillement de l’armée d’Orient, dans sa lettre du 19 avril 1799. Voici de plus larges passages de cet écrit (qui à ma connaissance ne trouve pas d’écho dans les autres témoignages relatifs à la prise de Jaffa) :

« Toute la journée, nous fûmes les témoins de scènes déplorables qui se succédaient : on voyait les soldats venir tour à tour dans le camp, chargés de butin et de toutes sortes de marchandises, mais que je n'avais jamais vu de ma vie, ce fut un trafic de jeunes personnes qu'on échangeait contre mille objets divers.
Nos soldats, voyant que cette espèce de commerce était lucratif, amenèrent une grande quantité de jeunes filles ou de jeunes femmes dans le camp : il devînt bientôt une arène de discorde et de troubles. Le désordre était si grand que, de toutes parts, on se disputait la beauté les armes à la main. Pour juger du caractère des hommes, il faut avoir été témoin de toutes les atrocités commises quand ils sont livrés à eux-mêmes : ils savent que l’impunité du moment leur permet de faire éclater toutes leurs passions. Dès lors, on peut dire avec vérité qu’ils perdent leur raison et qu’ils deviennent plus cruels que le plus cruel des animaux de la Terre. J’eux plusieurs fois l’occasion de m’en convaincre, surtout au cours de ces malheureuses journées où le crime et la mort planaient autour de nous. Je vis des soldats quitter le carnage, épuisés de fatigue et couverts de sang, choisir parmi les victimes de pauvres créatures qu'ils entraînaient malgré elles pour satisfaire leur brutale passion sans la moindre pudeur.
[…]
Bonaparte ayant été informé du trouble qui régnait dans le camp, à cause des femmes amenées par les soldats, ordonna que tous ceux qui en possédaient les conduisent à midi dans la cour du lazaret, sous peine d'une punition très sévère. Cet ordre fut exécuté très ponctuellement, d'autant que chacun croyait que ces pauvres créatures seraient renvoyées dans les ruines de la ville où elles pourraient se créer un asile. Mais une compagnie de chasseurs avait été convoquée pour les fusiller. Ce dernier excès de barbarie ne fut pas apprécié des ennemis personnels de Bonaparte : ils le traitèrent de monstre inhumain faisant verser le sang plus par plaisir que par nécessité.
Ainsi, nous entraînions avec nous tous les fléaux qui affligent l’humanité ! »

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Message Publié : 08 Juil 2016 9:15 
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Une autre caricature (été 1803) :
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Détail :
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Message Publié : 14 Oct 2016 22:26 
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Caricature célèbre (1813) :
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Elle est accompagnée d'un court texte où on peut lire :
"Napoleon [...] Inventor of the Syrian Method of disposing of [...] captured Enemies by the Bayonet"

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Message Publié : 17 Oct 2016 12:07 
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Une autre caricature anglaise, ici de 1804 :
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On y mélange (au risque de ne plus rien y comprendre ; mal là n'est, après tout, pas l'objectif de cette caricature de propagande) allégrement tout : massacre d'une partie de la population civile lors de l'assaut, massacres des prisonniers dans les jours suivants et l'affaire du poison lors de la retraite suite à l'échec de Saint-Jean-d'Acre.

Un peu finalement comme aujourd'hui où anti-napoléoniens primaires et napoléonâtres béats s'étripent joyeusement au sujet d'une affaire fort complexe qu'ils ne maîtrisent que grossièrement (pour ne pas dire plus)... :rool:

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Message Publié : 19 Oct 2016 17:00 
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Une autre caricature, ici de George Cruikshank :
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Elle servit à illustrer un ouvrage ouvertement antinapoléonien « The life of Napoleon, a Hudibrastic poem in fifteen cantos » de William Combe, paru en 1815.
Elle est dans la droite ligne de la prose malfaisante et mensongère (il n’y a pas que Napoléon qui balance des grossiers bobards à la postérité dans cette triste histoire…) de Wilson « History of the British expédition to Egypt » (1802) :
« Lorsque les Turcs furent ainsi amoncelés sur la place de leur supplice, et que les préparatifs furent tous prêts, on donna le signal par un coup de canon. Soudain des volées de mousqueterie et de mitraille écrasèrent ces malheureux ; et Buonaparte, qui avec un télescope regardait la scène de loin, ne put cacher sa joie en voyant la fumée s'élever, et témoigna sa satisfaction par des transports peu ménagés. »

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Message Publié : 05 Nov 2016 16:37 
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A contre-courant des caricatures britanniques, cette oeuvre de Raffet :

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On en arriverait presque à prendre Jaffa pour une mesure de clémence...

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Message Publié : 10 Nov 2016 21:05 
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Clémence, comme déjà dit, il y eut cependant à Jaffa.
Raffet a, peut-être (?), voulu ici représenter la reddition d'Abd-Allah-Aga, gouverneur de Jaffa. Ce dernier fut en effet fait prisonnier et accompagna l'armée française jusqu'à Acre. Le 13 mai, avec d'autres captifs (dont certains venaient de Jaffa), on tenta même, mais sans succès, de l'intégrer à un échange de prisonniers.
Finalement, après l'échec du siège, Abd-Allah-Aga suivit l'armée jusqu'en Egypte et fut emprisonné au Caire. La clémence n'eut cependant qu'un temps :
"Vous ferez couper le cou, citoyen général, à Abd-Allah-Aga ancien gouverneur de Jaffa détenu à la citadelle. D'après tout ce que nous ont dit les habitants de la Syrie, c'est un monstre dont il faut délivrer la terre."
(Bonaparte à Dugua, 8 juillet 1799)

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Message Publié : 22 Déc 2016 18:47 
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Dans la lignée des mensonges de Napoléon, Raffet a fait des petits…

Ainsi, on trouve sur le site de la Société Napoléonienne Internationale une biographie inachevée de Napoléon dont l’objectif, dixit Ben Weider, «sera de le montrer sous l'angle de la stricte vérité, c'est-à-dire débarrassé de toutes légendes ou calomnies ». lol
Au chapitre de Jaffa, on lit ceci :
« [Les prisonniers] furent acculés à la mer, ce qui permit à un grand nombre d’avoir la vie sauve en nageant vers des rochers où ils attendirent le départ des Français. »

Le passage n’est (bien évidemment) pas sourcé… :rool:
Si je ne m’abuse, l’histoire des rochers n’est rapportée que par Peyrusse, Krettly et Bourrienne. Pour rappel, voici leurs récits, bien différents de la version napoléonâtre :

« Deux bataillons commencèrent à les fusiller ; ils n'avaient d'autre ressource pour se sauver que de se jeter à la mer ; ils ne balancèrent pas et se jetèrent tous à la nage. On eut alors le loisir de les fusiller, et, dans un moment, la mer fut teinte de leur sang et couverte de cadavres. Quelques-uns avaient eu le bonheur de se sauver sur des rochers ; on envoya des soldats sur des barques pour les achever; on laissa quelques détachements sur le rivage, et notre perfidie en attira également quelques-uns, qui furent aussitôt impitoyablement massacrés. »

« On les poussa vers la mer où ils se jetèrent à la nage et allèrent gagner des rochers à un quart de lieue ; une demi-lieue, et même trois-quarts de lieue du rivage, ce qui épargnait à nos soldats le triste spectacle de voir massacrer un à un des gens sans défense. Ils ne furent pas sauvés, puisque ces infortunés périrent par les flots de la mer. »

« Plusieurs de ces malheureux composant la petite colonne, qui furent expédiés sur le bord de la mer, à quelque distance de l’autre colonne, parvinrent à gagner à la nage quelques récifs assez éloignés pour la fusillade ne pût les atteindre. Les soldats posaient leurs armes sur le sable, et employaient, pour les faire revenir, les signes égyptiens de la réconciliation en usage dans le pays. Ils revenaient, mais à mesure qu’ils avançaient ils trouvaient la mort et périssaient dans les flots. »

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Message Publié : 27 Déc 2016 21:28 
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J’ai parlé plus haut de la gravure de Raffet, « La reddition de Jaffa ». Cette œuvre que l’on pourrait qualifier de tendancieuse a été réalisée en 1827.
Raffet s’inscrit ici dans le cortège des œuvres consacrées au thème des clémences de Napoléon qui ont été produites sous le Consulat et l’Empire.
Sur le sujet, on peut citer deux de ses gravures :

« Bonaparte pardonne à Pavie révoltée » :
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« Le pardon accordé aux révoltés du Caire » :
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Si à l’époque, outre des sujets un peu particuliers comme « Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa », de Gros (1804), et « Halte de l'armée française à Syène en Haute Egypte, le 2 février 1799 », de Tardieu (1812), les œuvres emblématiques liées à la campagne d’Orient touchèrent principalement les grandes affaires militaires : « La bataille de Nazareth », de Gros (1801), « La bataille d’Aboukir », de Lejeune (1804), « La bataille du Mont Thabor », de Lejeune (1804), « La bataille des Pyramides », de Lejeune (1806) ; « La bataille d’Aboukir », de Gros (1806), « La révolte du Caire », de Girodet (1810) ; « Bonaparte haranguant l'armée avant la bataille des Pyramides », de Gros (1810) ; certaines s’intégrèrent au thème susdit des clémences.
Je pense ici tout particulièrement à « Bonaparte fait grâce aux révoltés du Caire, le 30 octobre 1798 », de Guérin (1808) et (une oeuvre qui n’est pas sans faire penser à celle de Gros sur Eylau présentée quatre ans plus tôt au Salon de 1808) « Entrée du général Bonaparte à Alexandrie, 3 juillet 1798 » de Colson (1812) :

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Œuvres respectivement commentées par Landon (« Salon de 1808 » et « Salon de 1812 ») :
« Les révoltés soumis et désarmés, sont amenés aux pieds du vainqueur; humiliés et dans l'attitude du repentir, ils attendent les effets de sa clémence. Napoléon prononce leur grâce et ordonne qu'on les mette en liberté. Le personnage vu de dos, et isolé sur le devant du tableau, est l'interprète chargé de transmettre les paroles de S. M.
La figure de l'empereur et celle des principaux officiers de sa suite, placées près d'un arbre qui les garantit de l'ardeur du soleil, se détachent en vigueur sur un fond de paysage dont la teinte annonce un climat brûlant. Le groupe opposé reçoit la plus grande masse de lumière. Le site orné de quelques édifices représente la place d'Albékir. Parmi les tableaux ordonnés par le gouvernement pour le temps de l'Exposition de 1808, il n'en est peut-être aucun qui réunisse plus complètement que celui-ci, la grâce de la composition, la disposition pittoresque des figures, la correction du dessin, la diversité des caractères, la vérité de l'expression, l'ajustement et le choix du costume, les convenances dictées par le goût, enfin la piquante opposition des ombres et des lumières. Pourquoi donc le public ne s'y est il point porté en foule comme aux premiers tableaux du même artiste ? Un seul défaut sans doute, mais du nombre de ceux qui n'échappent point à la multitude, a pu nuire au succès de ce bel ouvrage. Le coloris chaud et vigoureux de l'artiste, paraît cette fois manquer de l'harmonie si nécessaire pour lier les détails à l'ensemble, et captiver l'œil des spectateurs. Les teintes fières, telles que le jaune et le rouge, sont peut-être trop multipliées dans ce tableau, ou plutôt sont rapprochées les unes des autres sans l'intermédiaire des teintes suaves et amies de l'œil qui seules peuvent les accorder et en tempérer la trop grande vivacité. Mais il nous a semblé que nombre de censeurs, justement sévères sur ce point, ne se sont point montrés assez équitables sur les autres. Ils ont vu le défaut de l'ouvrage et ont paru méconnaître les beautés qui peuvent le compenser. Pour en apprécier le mérite, il suffit de jeter un coup d'œil sur la planche qui en offre le trait. Dépouillé de l'artifice du clair obscur et du charme de la couleur, un trait exact où se reproduisent avec la plus grande simplicité la pensée de l'artiste, le caractère de son style, la pureté de ses contours, la netteté de ses plans, n'est-il pas pour les peintres d'histoire la pierre de touche du vrai talent ? Et ne peut-on pas dire que leurs ouvrages seront d'autant plus dignes d'être conservés qu'ils subiront cette épreuve avec plus de succès ? »

« Lors de l'entrée de l'armée d'Orient dans Alexandrie, les habitants firent, du haut de leurs maisons, un feu très meurtrier sur les colonnes. Les soldats, indignés, escaladèrent la maison de l'un d'eux, qui s'était fait remarquer par une résistance désespérée; ils l'en arrachèrent, et allaient le faire périr, lorsque sa famille éplorée, apercevant l'Empereur, s'élance au-devant de lui, implore sa clémence, et obtient de S. M. que la vie lui soit conservée.
Cette composition, pleine de mouvement, offre des figures d'un caractère vigoureux et d'un bon goût de dessin. Le coloris en est vif et animé, la touche franche et facile. On désirerait un peu de tranquillité et d'harmonie dans l'effet général ; mais cette légère imperfection est en quelque sorte inséparable de la représentation d'une scène vive et tumultueuse. »




Clément (et « miséricordieux » pour reprendre son expression), Bonaparte le fut parfois en Orient, mais il fut aussi (toujours pour le citer) « terrible comme le feu du ciel ». Un trait de sa politique qui a moins inspiré les artistes…

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