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 Sujet du message : Re: Napoléon et Fontanes
Message Publié : 20 Sep 2015 8:30 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
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Drouet Cyril a écrit :
Madelin a usé de l'expression "contre-révolutionnaires bonapartistes."

quelques mots de Bertaud (Les royalistes et Napoléon) :
"Opposant l'expérience et le bon sens au rationalisme, l'histoire à la parole des sophistes, Fiévée, Fontanes et leurs amis invitent les Français à créer une société reposant sur le triple socle de la coutume, de l'expérience et de la conservation. En consultant leur passé, leurs concitoyens, affirment-ils, trouveront le modèle de gouvernement des hommes.
[...]
La majorité d'entre eux [...] sont définitivement convertis à Bonaparte. Ils veulent en faire un monarque pour fortifier davantage encore une autorité qu'ils comptent utiliser pour détruire à jamais l'esprit révolutionnaire."


Merci cher Cyrille de cette citation intéressante. Pourtant il y a une contradiction dans Fontane : l'université impériale n'estbpas fondée sur le bon sens ni l'exoerience mais bien sur le rationalisme. D'ailleurs le rédacteur du décret est un brumairien : Fourcroy ...
Tels les trotskistes les néo monarchistes ont ils pénétré les institutions impériales pour les pervertir de l'intérieur ? Je me demande s'ils n'étaient pas eux aussi imprégnés de l'esprit rationaliste des Lumières qu'ils prétendaient combattre ...


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 Sujet du message : Re: Napoléon et Fontanes
Message Publié : 20 Sep 2015 8:33 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

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Jerôme a écrit :
Peut on me préciser le concept de "néo monarchistes" ? S'agissait il de partisans d'une royauté à l'anglaise ou d'absolutistes ? Et étaient ils nostalgiques des bourbons ou bonapartistes ?

Je pensais qu il s'agissait plutôt de bonapartistes !


N'imaginaient ils pas rappeler les Bourbon à la mort de Napoléon (qui n'avaient pas d'enfant avant 1811)?


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 Sujet du message : Re: Napoléon et Fontanes
Message Publié : 20 Sep 2015 15:24 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Aigle a écrit :
Pourtant il y a une contradiction dans Fontane : l'université impériale n'estbpas fondée sur le bon sens ni l'exoerience mais bien sur le rationalisme.


A ce propos, on peut citer cet extrait du discours que Fontanes tint devant l'Empereur, à son retour de Russie, le 25 décembre 1812 :
"L'étude des bonnes lettres que [l'Université] enseigne, est fondée sur le bon sens; et le bon sens est le premier besoin des sociétés. C'est le bon sens qui montre partout l'accord de l'intérêt et du devoir ; c'est lui qui révère tout ce qui est utile, même avant de l'expliquer : il s'arrête avec respect devant le mystère du pouvoir et de l'obéissance ; il l'abandonne à la religion qui rendit les princes sucrés en les faisant l'image de Dieu même : c'est lui qui terrasse l'anarchie et les factions, en proclamant l'hérédité du trône ; c'est lui qui fit de cette loi un dogme français, et, si je puis parler ainsi, un article fondamental de la foi de nos pères. La nature ordonne en vain que les rois se succèdent, le bon sens veut que la royauté soit immortelle."

Aigle a écrit :
N'imaginaient ils pas rappeler les Bourbon à la mort de Napoléon (qui n'avaient pas d'enfant avant 1811)?


Je ne pense pas que Fontanes ait nourri de telles pensées.

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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 Sujet du message : Fontanes
Message Publié : 29 Mai 2016 20:03 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Je comprends mal le rôle historique de Fontanes. Napoléon semble avoir beaucoup compté sur lui puisqu'il lui a confié des fonctions sensibles : président du corps législatif et grand maître de l'université. Pourquoi a t il accordé une telle confiance à ce noble catholique et royaliste qui lui a été peu fidèle, notamment en accordant une large place au clergé au sein des institutions universitaires ? Et finalement Fontanes s'est rallié sans hésiter à la Restauration me semble t il ?


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 Sujet du message : Re: Fontanes
Message Publié : 30 Mai 2016 1:35 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
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Cher Jérôme

N'est ce pas vous qui aviez ouvert un fil sur Napoléon et Fontanes ici

viewtopic.php?f=55&t=37742


À toutes fins utiles, vous trouverez ici la courte synthèse biographique réalisée par Marc Fumaroli

http://www.archivesdefrance.culture.gou ... e-fontanes


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 Sujet du message : Re: Fontanes
Message Publié : 04 Juin 2016 6:49 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Jerôme a écrit :
Et finalement Fontanes s'est rallié sans hésiter à la Restauration me semble t il ?


Aux heures sombres de l’Empire, Fontanes ne fut cependant pas des plus virulents (au contraire en vérité).
Je pense ici à la crise qui amena à l’ajournement du Corps législatif.


Le 19 décembre 1813, à l’occasion de l’ouverture de la seconde cession du Corps législatif, Napoléon prononça devant les députés et les sénateurs le discours suivant :
« Sénateurs, Conseillers d'Etat, Députés des départements au Corps législatif, d'éclatantes victoires ont illustré les armes françaises dans cette campagne; des défections sans exemple ont rendu ces victoires inutiles. Tout a tourné contre nous. La France même serait en danger, sans l'énergie et l'union des Français.
Dans ces grandes circonstances, ma première pensée a été de vous appeler près de moi. Mon coeur a besoin de la présence et de l'affection de mes sujets.
Je n'ai jamais été séduit par la prospérité. L'adversité me trouverait au-dessus de ses atteintes.
J'ai plusieurs fois donné la paix aux nations, lorsqu'elles avaient tout perdu. D'une part de mes conquêtes, j'ai élevé des trônes pour des rois qui m'ont abandonné.
J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité et le bonheur du monde. Monarque et père, je sens ce que la paix ajoute à la sécurité des trônes et à celle des familles. Des négociations ont été entamées avec les puissances coalisées. J'ai adhéré aux bases préliminaires qu'elles ont présentées. J'avais donc l'espoir qu'avant l'ouverture de cette session le congrès de Manheim serait réuni : mais de nouveaux retards, qui ne sont pas attribués à la France, ont différé ce moment, que presse le vœu du monde.
J'ai ordonné qu'on vous communiquât toutes les pièces originales qui se trouvent au portefeuille de mon département des affaires étrangères. Vous en prendrez connaissance par l'intermédiaire d'une commission. Les orateurs de mon Conseil vous feront connaître ma volonté sur cet objet.
Rien ne s'oppose de ma part au rétablissement de la paix. Je connais et je partage tous les sentiments des Français ; je dis, des Français, parce qu'il n'en est aucun qui désirât la paix au prix de l'honneur.
C'est à regret que je demande à ce peuple généreux de nouveaux sacrifices : mais ils sont commandés par ses plus nobles et ses plus chers intérêts. J'ai dû renforcer mes armées par de nombreuses levées; les nations ne traitent avec sécurité qu'en déployant toutes leurs forces. Un accroissement dans les recettes devient indispensable. Ce que mon ministre des finances vous proposera est conforme au système de finances que j'ai établi. Nous ferons face à tout sans emprunt qui consomme l'avenir, et sans papier-monnaie, qui est le plus grand ennemi de l'ordre social.
Je suis satisfait des sentiments que m'ont montrés dans cette circonstance mes peuples d'Italie.
Le Danemark et Naples sont seuls restés fidèles à mon alliance. La république des Etats-Unis d'Amérique continue avec succès sa guerre contre l'Angleterre.
J'ai reconnu la neutralité des dix-neuf cantons suisses. Sénateurs, Conseillers d'Etat, Députés des départements au Corps législatif, vous êtes les organes naturels de ce trône ; c'est à vous de donner l'exemple d'une énergie qui recommande notre génération aux générations futures. Qu'elles ne disent pas de nous : « Ils ont sacrifié les premiers intérêts du pays ! ils ont reconnu les lois que l'Angleterre a cherché en vain, pendant quatre siècles, à imposer à la France ! »Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de leur Empereur trahisse jamais la gloire nationale. De mon côté, j'ai la confiance que les Français seront constamment dignes d'eux et de moi. »

Le 22 décembre, comme prévu par ce discours et en vertu d’un décret rendu la veille, le Sénat forma une commission extraordinaire chargée de prendre connaissance des documents relatifs aux négociations entamées avec les Alliés. Fontanes en fit partie, il y était associé à Talleyrand, Saint-Marsan, Barbé-Marbois, Beurnonville et Lacépède.
Le 27 décembre, Fontanes présenta au Sénat le rapport de la commission :
« Monseigneur, Sénateurs,
Le premier devoir du sénat envers le monarque et le peuple, est la vérité. Les circonstances extraordinaires où se trouve la patrie rendent ce devoir plus rigoureux encore.
L'empereur invite lui-même tous les grands corps de l'état à manifester leur libre opinion. Pensée vraiment royale ! salutaire développement de ces institutions monarchiques où le pouvoir concentré dans les mains d'un seul se fortifie de la confiance de tous, et qui donnant au trône la garantie de l'opinion nationale, donne aux peuples, à leur tour, le sentiment de leur dignité, trop juste prix de leurs sacrifices !
Des intentions aussi magnanimes ne doivent point être trompées.
En conséquence, la commission nommée dans votre séance du 22 décembre, et dont j'ai l'honneur d'être l'organe, a fait le plus sérieux examen des pièces officielles mises sous ses yeux, d'après les ordres de S. M. l'empereur, et communiquées par M. le duc de Vicence.
Des négociations pour la paix ont commencé; vous devez en connaître la marche. Il ne faut point prévenir votre jugement. Un récit simple des faits, en éclairant votre opinion, doit préparer celle de la France.
Quand le cabinet d'Autriche quitta le rôle de médiateur, quand tout fit juger que le congrès de Prague était prêt à se rompre, l'empereur voulut tenter un dernier effort pour la pacification du Continent.
M. le duc de Bassano écrivit à M. le prince de Metternich.
Il proposa de neutraliser un point sur la frontière et d'y reprendre la négociation de Prague dans le cours même des hostilités.
Malheureusement ces premières ouvertures ont été sans effet.
L'époque de cette démarche pacifique est importante. Elle est du 18 Août dernier. Le souvenir des journées de Lutzen et de Bautzen était récent. Ce vœu contre la prolongation de la guerre est donc, en quelque sorte, exprimé à la date de deux victoires.
Les instances du cabinet français furent vaines, la paix s'éloigna, les hostilités recommencèrent, les événements prirent une autre face. Les soldats des princes allemands, naguères des alliés, ne montrèrent plus d'une fois, en combattant sous nos drapeaux, qu'une fidélité trop équivoque; ils cessèrent tout-à-coup de feindre, et se réunirent à nos ennemis.
Dès lors les combinaisons d'une campagne ouverte si glorieusement ne purent avoir le succès attendu.
L'empereur connut qu'il était tenu d'ordonner à ses Français d'évacuer l'Allemagne.
Il revint avec eux combattant presque à chaque pas, et, sur l'étroit chemin où tant de défections éclatantes et de sourdes trahisons resserraient sa marche et ses mouvements, des trophées encore ont signalé son retour.
Nous le suivions avec quelque inquiétude au milieu de tant d'obstacles dont lui seul pouvait triompher. Nous l'avons vu avec joie revenir sur sa frontière, non avec son bonheur accoutumé, mais non pas sans héroïsme et sans gloire.
Rentré dans sa capitale, il a détourné les yeux de ces champs de bataille où le monde l'admira quinze ans, il a détaché même sa pensée des grands desseins qu'il avait conçus... Je me sers de ses propres expressions; il s'est tourné vers son peuple, son cœur s'est ouvert, et nous y avons lu nos propres sentiments.
Il a désiré la paix, et dès que l'espérance d'une négociation a paru possible, il s'est empressé de la saisir.
Les circonstances de la guerre ont conduit M. le baron de Saint-Aignan au quartier général des puissances coalisées. Là, il a vu le ministre autrichien, M. le prince de Metternich, et le ministre russe, M. le comte de Nesselrode. Tous deux, au nom de leur cour, ont posé devant lui, dans un entretien confidentiel, les bases préliminaires d'une pacification générale. L'ambassadeur anglais, le lord Aberdeen, était présent à cette conférence. Remarquez bien ce dernier fait, Sénateurs, il est important.
M. le baron de Saint-Aignan, chargé de transmettre à sa cour tout ce qu'il avait entendu, s'en est acquitté fidèlement.
Quoique la France eût droit d'espérer d'autres propositions, l'empereur a tout sacrifié au désir sincère de la paix.
Il a fait écrire à M. le prince de Metternich, par M. le duc rte Bassano, qu'il admettait pour base de la négociation le principe général contenu dans le rapport confidentiel de M. de SaintAignan.
M. le prince de Metternich, en répondant à M. le duc de Bassano, a paru croire qu'il restait un peu de vague dans l'adhésion donnée par la France.
Alors, pour lever toute difficulté, M. le duc de Vicence, après avoir pris les ordres de Sa Majesté, a fait connaître au cabinet d'Autriche qu'elle adhérait aux bases générales et sommaires communiquées par M. de. Saint-Aignan. La lettre de M. le duc de Vicence est du 2 Décembre; elle a été reçue le 5 du même mois. M. le prince de Metternich n'a répondu que le 10. Ces dates doivent être soigneusement relevées; vous jugerez bientôt qu'elles ne sont pas sans quelque conséquence.
On peut concevoir de justes espérances pour la paix en lisant la réponse de M. le prince de Metternich à la dépêche de M. le duc de Vicence; seulement, à la fin de sa lettre, il annonce qu'avant d'ouvrir la négociation, il faut en conférer avec les alliés. Ces alliés ne peuvent être que les Anglais. Or, leur ambassadeur assistait à l'entretien dont M. de Saint-Aignan avait été témoin. Nous ne voulons point exciter de défiance; nous racontons.
Nous avons marqué avec soin la date des dernières correspondances entre le cabinet français et le cabinet autrichien; nous avons dit que la lettre de M. le duc de Vicence avait dû parvenir le 5 décembre, et qu'on n'en avait accusé la réception que le 10.
Dans l'intervalle, une gazette, aujourd'hui sous l'influence des puissances coalisées, a publié dans toute l'Europe une déclaration qu'on dit être revêtue de leur autorité. Il serait triste de le croire.
Cette déclaration est d'un caractère inusité dans la diplomatie des rois. Ce n'est plus aux rois comme eux qu'ils développent leurs griefs et qu'ils envoient leurs manifestes; c'est aux peuples qu'ils les adressent : et par quels motifs adopte-t-on cette marche si nouvelle ? C'est pour séparer la cause des peuples et celle de leurs chefs, quoique partout l'intérêt social les ait confondues. Cet exemple ne peut-il pas être funeste ? Faut-il le donner surtout à cette époque où les esprits, travaillés de toutes les maladies de l'orgueil, ont tant de peine à fléchir sous l'autorité qui les protège en réprimant leur audace ? Et contre qui cette attaque indirecte est-elle dirigée ? Contre un grand homme qui mérita la reconnaissance de tous les rois; car, en rétablissant le trône de la France, il a fermé le foyer de ce volcan qui les menaçait tous.
Il ne faut pas dissimuler qu'à certains égards ce manifeste extraordinaire est d'un ton modéré. Cela prouverait que l'expérience des coalitions s'est perfectionnée.
On s'est souvenu peut-être que le manifeste du duc de Brunswick avait irrité l'orgueil d'un grand peuple. Ceux même en effet qui ne partageaient point les opinions dominantes à cette époque, en lisant ce manifeste injurieux, se sentirent blessés dans l'honneur national.
On a donc pris un autre langage. L'Europe, aujourd'hui fatiguée, a plus besoin de repos que de passions.
Mais, s'il y a tant de modération dans les conseils ennemis, pourquoi, parlant toujours de paix, menacent-ils toujours des frontières qu'ils avaient promis de respecter quand nous n'aurions plus que le Rhin pour barrière ?
Si les ennemis sont si modérés, pourquoi ont-ils violé la capitulation de Dresde ? pourquoi n'ont-ils pas fait droit aux nobles plaintes du général qui commandait cette place ?
S’ils sont si modérés, pourquoi n'ont-ils pas établi le cartel d'échange conformé ment à tous les usages de la guerre ?
S'ils sont si modérés enfin, pourquoi ces protecteurs des peuples n'ont-ils pas respecté ceux des cantons suisses ? Pourquoi ce gouvernement sage et libre, qui s'était déclaré neutre à la face de l'Europe, voit-il dans ce moment ses vallées et ses montagnes paisibles ravagées par tous les fléaux de la guerre ?
La modération n'est quelquefois qu'une ruse de la diplomatie. Si nous voulions employer le même artifice en attestant aussi la justice et la bonne foi, qu'il nous serait aisé de confondre nos accusateurs par leurs propres armes !
Cette reine échappée de la Sicile, et qui d'exil en exil a porté son infortune chez les Ottomans, prouve-t-elle au monde que nos ennemis aient tant de respect pour la majesté royale ?
Le souverain de la Saxe s'est mis à la disposition des puissances coalisées, A-t-il trouvé les actions d'accord avec les paroles ? Des bruits sinistres se répandent en Europe; puissent-ils ne pas se réaliser ? Voudrait-on punir la foi des serments sur ce front royal vieilli par l'âge et les douleurs, et couronnée de tant de vertus ?
Ce n'est point du haut de cette tribune qu'on outragera les gouvernements qui se permettraient même de nous outrager; mais il est permis d'apprécier à leur juste valeur ces reproches si anciens et si connus, prodigués à toutes les puissances qui ont joué un grand rôle depuis Charles-Quint jusqu'à Louis XIV, et depuis Louis XIV jusqu'à l'empereur. Ce système d'envahissement, de prépondérance, de monarchie universelle fut toujours un cri de ralliement pour toutes les coalitions; et du sein même de ces coalitions étonnées de leur imprudence s'éleva souvent une puissance plus ambitieuse que celle dont on dénonçait l'ambition.
Les abus de la force sont marqués en caractères de sang dans toutes les pages de l'histoire. Toutes les nations se sont égarées; tous les gouvernements ont commis des excès, tous doivent se pardonner.
Si, comme nous aimons à le croire, les puissances coalisées forment des vœux sincères pour la paix, rien ne s'oppose à son rétablissement.
Nous avons démontré, par le dépouillement des pièces officielles, que l'empereur veut la paix et l'achètera même par des sacrifices où sa grande âme semble négliger sa gloire personnelle pour ne s'occuper que des besoins de la nation.
Quand on jette les yeux sur cette coalition formée d'éléments qui se repoussent, quand on voit le mélange fortuit et bizarre de tant de peuples que la nature a faits rivaux; quand on songe que plusieurs, par des alliances peu réfléchies, s'exposent à des dangers qui ne sont point une chimère, on ne peut croire qu'un pareil assemblage d'intérêts si divers ait une longue durée.
N'aperçois-je pas au milieu des rangs ennemis ce prince né avec tous les sentiments français dans le pays où ils ont peut-être le plus d'activité ? Le guerrier qui défendit autrefois la France ne peut demeurer longtemps armé contre elle.
Rappelons-nous encore qu'un monarque du nord, et le plus puissant de tous, mettait naguères au nombre de ses titres de gloire l'amitié du grand homme qu'il combat aujourd'hui.
Nos regards tombent avec confiance sur cet empereur que tant de nœuds joignent au nôtre; qui nous fit le plus beau don dans une souveraine chérie, et qui voit dans son petit-fils l'héritier de l'empire français.
Avec tant de motifs pour s'entendre et se réunir, la paix est-elle si difficile ?
Qu'on fixe tout à l’heure le lieu des conférences; que les plénipotentiaires s'avancent de part et d'autre avec la noble volonté de pacifier le monde; que la modération sort dans les conseils, ainsi que dans le langage. Les puissances étrangères elles-mêmes, l'ont dit dans cette déclaration qu'on leur attribue: Une grande nation ne doit pas déchoir pour avoir éprouvé à son tour des revers dans cette lutte pénible et sanglante, ou elle a combattu avec son audace accoutumée.
Sénateurs, nous n'aurions point rempli les devoirs que vous attendez de votre commission, si en montrant, avec une si parfaite évidence, les intentions pacifiques de l'empereur, nos dernières paroles ne rappelaient au peuple ce qu'il se doit à lui-même, ce qu'il doit au monarque.
Le moment est décisif. Les étrangers tiennent un langage pacifique; mais quelques-unes de nos frontières sont envahies, et la guerre est à nos portes. Trente-six millions d'hommes ne peuvent trahir leur gloire et leur destinée. Des peuples illustres, dans ce grand différent, ont essuyé de nombreux revers; plus d'une fois ils ont été mis hors de combat : leurs plaies sanglantes ruissèlent encore. La France a reçu aussi quelques atteintes; mais elle est loin d'être abattue; elle peut être fière de ses blessures comme de ses triomphes passés. Le découragement dans le malheur serait encore plus inexcusable que la jactance dans le succès. Ainsi donc en invoquant la paix, que les préparatifs militaires soient partout accélérés et soutiennent la négociation. Rallions-nous autour de ce diadème où l'éclat de cinquante victoires brille à travers un nuage passager. La fortune ne manque pas longtemps aux nations qui ne se manquent pas à elles-mêmes.
Cet appel à l'honneur national est dicté par l'amour même de la paix, de cette paix qu'on n'obtient point par la faiblesse, mais par la constance; de cette paix enfin que l'empereur, par un nouveau genre de courage, promet d'accorder au prix de grands sacrifices. Nous avons la douce confiance que ses vœux et les nôtres seront réalisés, et que cette brave nation, après de si longues fatigues et tant de sang répandu, trouvera le repos sous les auspices d'un trône qui eut assez de gloire, et qui ne veut plus s'entourer que des images de la félicité publique. »

Suite à ce discours, le Sénat décida qu’il serait rédigé par la même commission (avec Fontanes donc) une adresse destinée à l’Empereur.
Le 29 décembre, ledit message fut présenté au Sénat et adopté en ces termes :
« Sire, le Sénat vient présenter à Votre Majesté impériale et royale l'hommage de son respectueux dévouement et de sa reconnaissance pour les dernières communications qu'il a reçues par l'organe de sa commission. Votre Majesté adhère aux propositions mêmes de ses ennemis, qui lui ont été transmises par un de ses ministres en Allemagne. Quel gage plus fort pouvait-elle donner de ses vœux sincères pour la paix !
Vous avez cru sans doute, Sire, que la puissance s'affermit en se bornant, et que l'art de ménager le bonheur des peuples est la première politique des rois. Le Sénat vous en rend grâces au nom du peuple français.
C'est au nom de ce même peuple aussi que nous vous remercions de tous les moyens légitimes de défense que prendra votre sagesse pour assurer la paix.
L'ennemi vient d'envahir notre territoire ; il veut pénétrer jusqu'au centre de nos provinces. Les Français, réunis de cœur et d'intérêt sous un chef tel que vous, ne laisseront point abattre leur énergie.
Les empires, comme les hommes, ont leurs jours de deuil et de prospérité; c'est dans les grandes circonstances qu'on reconnaît les grandes nations.
Non, l'ennemi ne déchirera point cette belle et noble France, qui depuis quatorze cents ans se soutient avec gloire au milieu de tant de fortunes diverses, et qui, pour l'intérêt même des peuples voisins, sait toujours mettre un poids considérable dans la balance de l'Europe ! Nous en avons pour gage votre héroïque constance et l'honneur national.
Nous combattrons pour notre chère patrie entre les tombeaux de nos pères et les berceaux de nos enfants.
Sire, obtenez la paix par un dernier effort digne de vous et des Français, et que votre main, tant de fois victorieuse, laisse échapper ses armes après avoir signé le repos du monde.
Tel est, Sire, le vœu du Sénat; tel est le vœu de la France; tel est le vœu et le besoin de l'humanité ! »



Pareillement, le 22 décembre, une commission fut établie par le Corps législatif. L’affaire prit un tour autrement moins policé qu’au sein du Sénat. Lainé présenta en effet, au nom de ladite commission, le rapport suivant :
« Messieurs, la commission extraordinaire que vous avez nommée, en vertu du décret de l'empereur du 20 décembre 1815, vient vous présenter le rapport que vous attendez en ces graves circonstances.
Ce n'est pas à la commission seulement, c'est au corps législatif en entier à exprimer les sentiments qu'inspire la communication ordonnée par Sa Majesté des pièces originales du portefeuille des affaires étrangères.
Cette communication a eu lieu, messieurs, sous la présidence de S.A.S. l'archichancelier de l'empire. Les pièces qu'on a mises sous nos yeux sont au nombre de neuf. Parmi ces pièces se trouvent des notes du ministre de France et du ministre d'Autriche qui remontent aux 18 et 21 août.
On y trouve le discours prononcé par le régent, le 5 novembre, au parlement d'Angleterre ; il y disait : Il n'est ni dans les intentions de Sa Majesté, ni dans celles des puissances alliées, de demander à la France aucun sacrifice qui puisse être incompatible avec son honneur et ses justes droits.
La négociation actuelle pour la paix commence au 10 novembre dernier; elle s'engagea par l'entremise d'un ministre de France en Allemagne. Témoin d'un entretien entre les ministres d'Autriche, de Russie et d'Angleterre, il fut chargé de rapporter en France des paroles de paix, et de faire connaître les bases générales et sommaires sur lesquelles la paix pouvait se négocier.
Le ministre des relations extérieures, M. le duc de Bassano, a répondu le 16 à cette communication du ministre d'Autriche. Il a déclaré qu'une paix fondée sur la base de l'indépendance générale des nations, tant sur terre que sur mer, était l'objet des désirs de la politique de l'empereur : en conséquence, il proposait la réunion d'un congrès à Manheim.
Le ministre d'Autriche répondit, le 23 novembre, que Leurs Majestés impériales et le roi de Prusse étaient prêts à négocier dès qu'ils auraient la certitude que l'empereur des Français admettait les bases générales et sommaires précédemment communiquées. Les puissances trouvaient que les principes contenus dans la lettre du 16, quoique généralement partagés par tous les gouvernements de l'Europe, ne pouvaient tenir lieu de bases.
Dès le 2 décembre, le ministre des relations extérieures, M. le duc de Vicence, donna la certitude désirée. En rappelant les principes généraux de la lettre du 16, il annonce, avec une vive satisfaction, que Sa Majesté l'empereur a adhéré aux bases proposées ; qu'elles entraîneraient de grands sacrifices de la part de la France, mais qu'elle les ferait sans regret pour donner la paix à l'Europe.
A cette lettre le ministre d'Autriche répondit, le 10 décembre, que Leurs Majestés avaient reconnu avec satisfaction que l'empereur avait adopté des bases essentielles au rétablissement de l'équilibre et de la tranquillité de l'Europe; qu'elles ont voulu que cette pièce fût communiquée sans délai à leurs alliés, et qu'elles ne doutaient pas que les négociations ne pussent s'ouvrir immédiatement après leurs réponses.
C'est à cette dernière pièce que, d'après les communications qui nous ont été faites, s'arrête la négociation : c'est de là qu'il est permis d'espérer qu'elle reprendra son cours naturel, lorsque le retard exigé pour une communication plus éloignée aura cessé. C’est donc sur ces deux pièces que peuvent reposer nos espérances. Pendant que cette correspondance avait lieu entre les ministres respectifs, on a imprimé dans la Gazette de Francfort, mise sous les yeux de votre commission en vertu de la lettre close de Sa Majeslé, une déclaration des puissances coalisées en date du 1er décembre, où l'on remarque, entre autres choses, le passage suivant : Les souverains alliés désirent que la France soit grande, forte et heureuse, parce que la puissance française grande et forte est une des bases fondamentales de l'édifice social; ils désirent que la France soit heureuse, que le commerce français renaisse, que les arts, les bienfaits de la paix refleurissent, parce qu'un grand peuple ne saurait être tranquille qu'autant qu'il est heureux. Les puissances confirment à l'empire français Une étendue de territoire que n'a jamais connu la France sous ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir à son tour éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante, où elle a combattu avec son audace accoutumée.
Il résulte de ces pièces que toutes les puissances belligérantes ont exprimé hautement le désir de la paix.
Vous y avez remarqué surtout que l'empereur a manifesté la résolution de faire de grands sacrifices, qu'il a accédé aux bases- générales et sommaires proposées par les puissances coalisées elles-mêmes.
L'anxiété la plus patriotique n'a pas besoin de connaître encore ces bases générales et sommaires.
Sans chercher à pénétrer le secret des cabinets lorsqu'il est inutile de le connaître pour le but qu'on veut atteindre, ne suffit-il pas de savoir que ces bases ne sont que les conditions désirées pour l'ouverture d'un congrès ? Ne suffit-il pas de remarquer que ces conditions ont été proposées par les puissances coalisées elles-mêmes, et d'être convaincu que Sa Majesté a pleinement adhéré aux bases nécessaires à l'ouverture d'un congrès dans lequel se discutent ensuite tous les droits, tous les intérêts.
Le ministre d'Autriche a d'ailleurs reconnu lui-même que l'empereur avait adopté des bases essentielles au rétablissement de l'équilibre et de la tranquillité de l'Europe ; par conséquent l'adhésion de Sa Majesté à ses bases a été un grand pas vers la pacification du monde.
Tel est, messieurs, le résultat de la communication qui nous a été faite.
D'après les dispositions constitutionnelles, c'est au corps législatif qu'il appartient d'exprimer les sentiments qu'elle fait naître ; car l'article 30 du sénatus-consulte du 28 frimaire an XII porte : « Le corps législatif, toutes les fois que le gouvernement lui aura fait une communication qui aura un autre objet que le vote de la loi, se formera en comité général pour délibérer sa réponse. »Comme le corps législatif attend de sa commission des réflexions propres à préparer une réponse digne de la nation française et de l'empereur, nous nous permettrons de vous exprimer quelques-uns de nos sentiments.
Le premier est celui de la reconnaissance pour une communication qui appelle en ce moment le corps législatif à prendre connaissance des intérêts politiques de l'état.
On éprouve ensuite un sentiment d'espérance au milieu des désastres de la guerre, en voyant les rois et les nations prononcer à l'envie le nom de la paix.
Les déclarations solennelles et réitérées des puissances belligérantes s'accordent en effet, messieurs, avec le vœu universel de l'Europe pour la paix, avec le vœu si généralement exprimé autour de chacun de nous dans son département, et dont le corps législatif est l'organe naturel.
D'après les bases générales contenues dans les déclarations, les vœux de l'humanité pour une paix honorable et solide sembleraient pouvoir bientôt se réaliser. Elle serait honorable, car, pour les nations comme pour les individus, l'honneur est dans le maintien de ses droits et dans le respect de ceux des autres. Cette paix serait solide, car la véritable garantie de la paix est dans l'intérêt qu'ont toutes les puissances contractantes d'y rester fidèles.
Qui donc peut en retarder les bienfaits? Les puissances coalisées rendent à l'empereur l'éclatant témoignage qu'il a adopté des bases essentielles au rétablissement de l'équilibre et de la tranquillité de l'Europe. Nous avons pour premiers garants de ses desseins pacifiques et cette adversité, véridique conseil des rois, et le besoin des peuples, hautement exprimé, et l'intérêt même de la couronne.
A ces garanties, peut-être croirez-vous utile de supplier sa majesté d'ajouter une garantie plus solennelle encore.
Si les déclarations des puissances étrangères étaient fallacieuses, si elles voulaient nous asservir, si elles méditaient le déchirement du territoire sacré de la France, il faudrait, pour empêcher notre patrie d'être la proie de l'étranger, rendre la guerre nationale. Mais, pour opérer plus sûrement ce beau mouvement qui sauve les empires, n'est-il pas désirable d'unir étroitement et la nation et son monarque ?
C'est un besoin d'imposer silence aux ennemis sur leurs accusations d'agrandissement, de conquête, de prépondérance alarmante. Puisque les puissances coalisées ont cru devoir rassurer les nations par des protestations publiquement proclamées, n'est-il pas digne de sa majesté de les éclairer par des déclarations solennelles sur les desseins de la France et de l'empereur ?Lorsque ce prince à qui l'histoire a conservé le nom de Grand voulut rendre de l'énergie à ses peuples, il leur révéla tout ce qu'il avait fait pour la paix, et tes hautes confidences ne furent pas sans effet.
Afin d'empêcher les puissances coalisées d'accuser la France et l'empereur de vouloir conserver un territoire trop étendu, dont elles semblent craindre la prépondérance, n'y aurait-il pas une véritable grandeur à les désabuser par une déclaration formelle ?Il ne nous appartient pas sans doute d'inspirer les paroles qui retentiraient dans l'univers ; mais, pour que cette déclaration eût une influence utile sur les puissances étrangères, pour qu"elle fit sur la France l'impression espérée, ne serait-il pas à désirer qu'elle proclamât à l'Europe et à la France la promesse de ne continuer la guerre que pour l'indépendance du peuple français et l'intégrité de son territoire ? Celte déclaration n'aurait-elle pas dans l'Europe une irrécusable autorité?Lorsque sa majesté aurait ainsi, en son nom et en celui de la France, répondu à la déclaration des alliés, on verrait d'une part des puissances qui protestent qu'elles ne veulent pas s'approprier un territoire par elles reconnu nécessaire à l'équilibre de l'Europe, et de l'autre un monarque qui se déclarerait animé de la seule volonté de défendre ce même territoire.
Que si l'empire français restait seul fidèle à ces principes libéraux que les chefs des nations de l'Europe auraient pourtant tous proclamés, la France alors forcée par l'obstination de ses ennemis à une guerre de nation et d'indépendance, à une guerre reconnue juste et nécessaire, saurait déployer, pour le maintien de ses droits, l'énergie, l'union et la persévérance dont elle a déjà donné d'assez éclatants exemples. Unanime dans son vœu pour obtenir la paix, elle le sera dans ses efforts pour la conquérir, et elle montrera encore au monde qu'une grande nation peut tout ce qu'elle veut lorsqu'elle ne veut que ce qu'exigent son honneur et ses justes droits.
La déclaration que nous osons espérer captiverait l'attention des puissances, qui rendent hommage à la valeur française ; mais ce n'est pas assez pour ranimer le peuple lui-même, et le mettre en état de défense.
C'est, d'après les lois, au gouvernement à proposer les moyens qu'il croira les plus prompts et les plus sûrs pour repousser l'ennemi, et asseoir la paix sur des bases durables. Ces moyens seront efficaces si les Français sont persuadés que le gouvernement n'aspire plus qu'à la gloire de la paix ; ils le seront si les Français sont convaincus que leur sang ne sera versé que pour défendre une patrie et des lois protectrices. Mais ces mots consolateurs de paix et de patrie retentiraient en vain, si l'on ne garantit les institutions qui promettent lès bienfaits de l'une et de l'autre.
Il parait donc indispensable à votre commission qu'en même temps que le gouvernement proposera les mesures les plus promptes pour la sûreté de l'état, sa majesté soit suppliée de maintenir l'entière et constante exécution des lois qui garantissent aux Français les droits de la liberté, de la sûreté, de la propriété, et à la nation le libre exercice de ses droits politiques.
Cette garantie a paru à votre commission le plus efficace moyen de rendre aux Français l'énergie nécessaire à leur propre défense.
Ces idées ont été suggérées à votre commission par le désir et le besoin de lier intimement le trône et la nation, afin de réunir leurs efforts contre l'anarchie, l'arbitraire et les ennemis de notre patrie.
Votre commission a dû se borner à vous présenter ces réflexions, qui lui ont paru propres à préparer la réponse que les constitutions vous appellent à faire.
Comment la manifesterez-vous?La disposition constitutionnelle en détermine le mode. C'est en délibérant votre réponse en comité général ; et puisque le corps législatif est appelé tous les ans à présenter une adresse à l'empereur, vous croirez peut-être convenable d'exprimer par cette voie votre réponse à là communication qui vous a été faite. Si la première pensée de sa majesté, en de grandes circonstances, a été d'appeler autour du trône les députés de la nation, leur premier devoir n'est-il pas de répondre dignement à cette convocation, en portant au monarque la vérité et le vœu des peuples pour la paix ? »

Un projet d’adresse aux allures de brûlot avait également rédigé au sein de la commission :
« Nous avons examiné avec une scrupuleuse attention les pièces officielles que l'empereur a daigné mettre sous nos yeux. Nous nous sommes regardés alors comme les représentants de la nation elle-même, parlant avec effusion à un père qui les écoute avec bonté. Pénétrés de ce sentiment si propre à élever nos âmes et à les dégager de toute considération personnelle, nous avons osé apporter la vérité au pied du trône ; notre auguste souverain ne saurait souffrir un autre langage.
Des troubles politiques, dont les causes furent inconnues, rompirent la bonne intelligence qui régnait entre l'empereur des Français et l'empereur de toutes les Russies ; la guerre fut sans doute nécessaire, mais elle fut entreprise dans un temps où nos expéditions devenaient périlleuses. Nos armées marchèrent avec celles de tous les souverains du Nord contre le plus puissant de tous. Nos victoires furent rapides, mais nous les payâmes cher. Les horreurs d'un hiver inconnu dans nos climats changèrent en défaites toutes nos victoires, et le souffle du Nord dévora l'élite des armées françaises. Nos désastres parurent des crimes à nos alliés. Les plaintes publiques de la Prusse, les sourds murmures du cabinet autrichien, les inquiétudes des princes de la confédération, tout dès lors dut faire présager à la France les malheurs qui ne lardèrent pas à fondre sur elle. Les armes de l'empereur de Russie avaient traversé la Prusse et menaçaient l'Allemagne chancelante. L'Autriche offrit sa médiation aux deux souverains et s'affranchit elle-même, par un traité secret, des craintes d'un envahissement. Les funestes conséquences de nos premiers désastres ne tardèrent pas à se manifester par des désastres nouveaux. Dantzig et Torgau avaient été l'asile de nos soldats vaincus ; cette ressource nous fut enlevée par la déclaration de la Prusse ; ces places furent enveloppées, et nous fûmes privés par la force des choses de quarante mille hommes en état de défendre la patrie. Le mouvement simultané de la Prusse devint pour l'Europe le signal d'une défection solennelle.
En vain l'armistice de juillet semblait porter les puissances à un accord que tous les peuples désiraient. Les plaines de Lutzen et de Bautzen furent signalées par de nouveaux exploits ; il semble dans ces mémorables journées que le soleil éclaira le dernier de nos triomphes. Un prince fidèle à son alliance appela dans le cœur de ses états l'armée française et son auguste chef ; Dresde devint le centre des opérations militaires. Mais tandis que la cour de Saxe se distinguait par sa fidélité généreuse, une opinion contraire fermentait au milieu des Saxons et préparait l'inexcusable trahison qu'une inimitié mal placée aurait dû laisser prévoir.
La Bavière avait, depuis la retraite de Moscou, séparé sa cause de la nôtre ; le régime de notre administration avait déplu à un peuple dès longtemps accoutumé à une grande indépendance dans la répartition de ses contributions et dans la perception des impôts. Mais il y avait loin de la froideur à l'agression ; le prince bavarois crut devoir prendre ce dernier parti aussitôt qu'il jugea les Français hors d'état de résister à l'attaque générale dont nos ennemis avaient donné le signal. Un guerrier né parmi nous, qui avait osé préférer un trône à la dignité de citoyen français, voulut asseoir sa puissance par une éclatante protestation contre la main bienfaisante à laquelle il devait son titre. Ne scrutons point la cause d'un si étrange abandon, respectons sa conduite, que la politique doit tôt ou tard légitimer, mais déplorons des talents funestes à la patrie. Quelques journées de gloire furent suivies de désastres plus affreux peut-être que ceux qui avaient anéanti notre première armée. La France vit alors contre elle l'Europe soulevée, et tandis que le héros de la Suède guidait ses phalanges victorieuses au milieu des confédérés, la Hollande brisait les liens qui l'attachaient à nous ; l'Europe enfin cherchait à embraser la France du feu dont elle était dévorée. Nous n'avons, messieurs, à vous offrir aucune image consolante dans le tableau de tant de malheurs. Une armée nombreuse emportée par les frimas du Nord fut remplacée par une armée dont les soldats ont été arrachés à la gloire, aux arts et au commerce ; celle-ci a engraissé les plaines maudites de Leipzig, et les flots de l'Elster ont entraîné des bataillons de nos concitoyens. Ici, messieurs, nous devons l'avouer, l'ennemi porté par la victoire jusque sur les bords du Rhin, a offert à notre auguste monarque une paix qu'un héros accoutumé à tant de succès a pu trouver bien étrange. Mais si un sentiment mâle et héroïque lui a dicté un refus avant que l'état déplorable de la France eût été jugé, ce refus ne peut plus être réitéré sans imprudence lorsque l'ennemi franchit déjà les frontières de notre territoire. S'il s'agissait de discuter ici des conditions flétrissantes, sa majesté n'eût daigné répondre qu'en faisant connaître à ses peuples les projets de l'étranger ; mais on veut non pas nous humilier, mais nous renfermer dans nos limites et réprimer l'élan d'une activité ambitieuse si fatale depuis vingt ans à tous les peuples de l'Europe.
De telles propositions nous paraissent honorables pour la nation, puisqu'elles prouvent que l'étranger nous craint et nous respecte. Ce n’est pas lui qui assigne des bornes à notre puissance, c'est le monde effrayé qui invoque le droit commun des nations. Les Pyrénées, les Alpes et le Rhin renferment un vaste territoire dont plusieurs provinces ne relevaient pas de l'empire des lys, et cependant la royale couronne de France était brillante de gloire et de majesté entre tous les diadèmes.
D'ailleurs, le protectorat du Rhin cesse d'être un titre d'honneur pour une couronne, dès le moment que les peuples de cette confédération dédaignent cette protection.
Il est évident qu'il ne s'agit point ici d'un droit de conquête, mais d'un titre d'alliance utile seulement aux Germains. Une main puissante les assurait de son secours ; ils veulent se dérober à ce bienfait comme à un fardeau insupportable ; il est de la dignité de S.A.I. d'abandonner à eux-mêmes ces peuples qui courent se ranger sous le joug de l'Autriche. Quant au Brabant, puisque les coalisés proposent de s'en tenir aux bases du traité de Lunéville, il nous a paru que la France pouvait sacrifier sans perte des provinces difficiles à conserver, où l'esprit anglais domine presque exclusivement, et pour lesquelles enfin le commerce avec l'Angleterre est d'une nécessité si indispensable, que ces contrées ont été languissantes et appauvries tant qu'a duré notre domination. N'avons-nous pas vu les familles patriciennes s'exiler du sol hollandais, comme si les fléaux dévastateurs les avaient poursuivies, et aller porter chez l'ennemi les richesses et l'industrie de leur patrie ? Il n'est pas besoin sans doute de courage pour faire entendre la vérité au cœur de notre monarque ; mais dussions-nous nous exposer à tous les périls, nous aimerions mieux encourir sa disgrâce que de trahir sa confiance, et exposer notre vie même que le salut de la nation que nous représentons.
Ne dissimulons rien : nos maux sont à leur comble; la patrie est menacée sur tous les points de ses frontières; le commerce est anéanti, l'agriculture languit, l'industrie expire ; et il n'est point de Français qui n'ait dans sa famille ou dans sa fortune une plaie cruelle à guérir. Ne nous appesantissons pas sur ces faits : l'agriculteur, depuis cinq ans, ne jouit pas ; il vit à peine, et les fruits de ses travaux servent à grossir le trésor qui se dissipe annuellement par les secours que réclament des armées sans cesse ruinées et affamées. La conscription est devenue pour toute la France un odieux fléau, parce que cette mesure a toujours été outrée dans l'exécution. Depuis deux ans on moissonne trois fois l'année ; une guerre barbare et sans but engloutit périodiquement une jeunesse arrachée à l'éducation, à l'agriculture, au commerce et aux arts. Les larmes des mères et les sueurs des peuples sont-elles donc le patrimoine des rois? Il est temps que les nations respirent ; il est temps que les puissances cessent de s'entrechoquer et de se déchirer les entrailles ; il est temps que les trônes s’affermissent, et que l'on cesse de reprocher à la France de vouloir porter dans tout le monde les torches révolutionnaires. Notre auguste monarque, qui partage le zèle qui nous anime, et qui brûle de consolider le bonheur de ses peuples, est le seul digne d'achever ce grand ouvrage. L'amour de l'honneur militaire et des conquêtes peut séduire un cœur magnanime ; mais le génie d'un héros véritable qui méprise une gloire achetée aux dépens du sang et du repos des peuples, trouve sa véritable grandeur dans la félicité publique qui est son ouvrage. Les monarques français se sont toujours glorifiés de tenir leur couronne de Dieu, du peuple et de leur épée, parce que la paix, la morale et la force sont, avec la liberté, le plus ferme soutien des empires. »


Les différences entre les textes produits par le Sénat et le Corps législatifs sont grandes. Et on peut les juger à la teneur propos tenus en réponse par l’Empereur.
Ici aux députés :
« Messieurs, vous pouviez faire beaucoup de bien, et vous n'avez fait que du mal.
Les onze douzièmes d'entre vous sont bons; les autres sont des factieux.
Qu'espériez-vous en vous mettant en opposition ? vous saisir du pouvoir ? Mais quels étaient vos moyens ? Êtes-vous représentants du peuple ? Je le suis, moi : quatre fois j'ai été appelé par la nation, et quatre fois j'ai eu les votes de cinq millions de citoyens pour moi. J'ai un titre et vous n'en avez pas. Vous n'êtes que les députés des départements de l'empire.
[…]
Vous avez servi nos ennemis ! Votre commission a été conduite par l'esprit de la Gironde et d'Auteuil. M. Lainé est un conspirateur, un agent de l'Angleterre, avec laquelle il est en correspondance par l'intermédiaire de l'avocat Desèze. Les autres sont des factieux.
Je suivrai de l'œil M. Lainé : c'est un méchant homme.
Que vous a donc fait cette pauvre France pour lui vouloir tant de mal !
[…]
Votre rapport est rédigé avec une astuce et des intentions perfides dont vous ne vous doutez pas. Deux batailles perdues en Champagne eussent fait moins de mal.
Vous pouviez faire tant de bien !
[…]
Cependant j'avais besoin de consolations, et je les attendais de vous. Vous avez voulu me couvrir de boue ; mais je suis de ces hommes qu’on tue, et qu’on ne déshonore pas.
[…]
Je vous le répète, votre rapport était fait dans des intentions perfides.
[…]
Vous pouviez faire beaucoup de bien, et vous avez fait beaucoup de mal ; et vous en auriez fait plus si j'avais laissé imprimer votre rapport. »


Là aux sénateurs :
« Sénateurs, je suis sensible aux sentiments que vous m’exprimez. »



A ce sujet le député de la Haute-Marne François Roger, dans une notice historique consacrée à Fontanes écrit ceci :
« Son courage politique sembla presque se démentir dans la circonstance où le public en espérait le plus. Chargé par le Sénat de la même mission, qu'avait si bien remplie Lainé au Corps législatif, Fontanes y demeura faible et embarrassé. Il s'interdit toutes vérités sévères et se contenta d'insister sur la nécessité de la paix. »

On peut aussi se référer aux "Souvenirs historiques et parlementaires" de Pontécoulant :
« La réponse du Sénat, rédigée par M. de Fontanes, fut ce qu'on devait attendre de son talent éprouvé en ces sortes d'occasions. Nul ne possédait mieux l'art de varier les formes des louanges adulatrices prodiguées à Napoléon au temps de ses grandeurs; on put reconnaître cependant cette fois, dans le discours même de M. de Fontanes, que le sentiment de la terrible position, où l'ambition de Napoléon avait conduit la France, avait frappé de stupeur ses plus zélés partisans. L'orateur évitait avec habileté toute récrimination sur les désastres de la guerre de Russie, et sur ceux de la campagne précédente, pour ne s"occuper que des malheurs présents et des périls dont on était menacé. Le Sénat approuvait tous les sacrifices demandés au pays, dans l'espérance que ces sacrifices amèneraient enfin la paix; il suppliait l'Empereur de faire un dernier effort pour l'obtenir. « C'est le vœu de la France, disait en terminant le grand maître de l'université impériale, dans ce style un peu emphatique, où l'homme politique ne laissait jamais oublier le rhéteur, c'est le besoin de l'humanité, et si l'ennemi persiste dans ses refus, eh bien ! nous combattrons pour la pairie entre les tombeaux de nos pères et les berceaux de nos enfants. »
La phrase était sonore et les sentiments, qu'elle exprimait, dignes d'un sénateur de l'ancienne Rome; ils auraient mérité, sans doute, au Sénat impérial un éternel honneur, s'il ne s'était chargé lui-même, quelques mois après, de donner par sa conduite un flagrant démenti aux paroles de son éloquent interprète. »



On pourra revenir sur les derniers mots Pontécoulant…

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 Sujet du message : Re: Napoléon et Fontanes
Message Publié : 23 Déc 2016 19:26 
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Fustel de Coulanges
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Drouet Cyril a écrit :
La phrase était sonore et les sentiments, qu'elle exprimait, dignes d'un sénateur de l'ancienne Rome; ils auraient mérité, sans doute, au Sénat impérial un éternel honneur, s'il ne s'était chargé lui-même, quelques mois après, de donner par sa conduite un flagrant démenti aux paroles de son éloquent interprète. »



On pourra revenir sur les derniers mots Pontécoulant…




Pontécoulant fait ici référence à l’attitude du Sénat lors de la première abdication ; évènements où Fontanes joua un rôle actif que certains lui reprochèrent.

Il y a tout d’abord la fameuse proclamation aux armées du 2 avril (la veille Fontanes avait apporté son soutien à l’instauration du gouvernement provisoire) qui, tout en déliant les troupes de leur serment vis-à-vis de l’Empereur, se montrait fort insultante :
« Soldats,
La France vient de briser le joug sous lequel elle gémit avec vous depuis tant d'années.
Vous n'avez jamais combattu que pour la patrie; vous ne pouvez plus combattre que contre elle, sous les drapeaux de l'homme qui vous a conduit.
Voyez tout ce que vous avez souffert de sa tyrannie. Vous étiez naguère un million de soldats, presque tous ont péri : on les a livrés au fer de l'ennemi, sans subsistances, sans hôpitaux, ils ont été condamnés à périr de misère et de faim.
Soldats, il est temps de finir les maux de la patrie. La paix est dans vos mains; la refuserez-vous à la France désolée ? Les ennemis même vous la demandent. Ils regrettent de voir ravager ces belles contrées, et ne veulent s'armer que contre votre oppresseur et le nôtre. Seriez-vous sourds à la voix de la patrie qui vous rappelle et vous supplie ? Elle vous parle par son sénat, par sa capitale, et surtout par ses malheurs; vous êtes ses plus nobles enfants, et vous ne pouvez appartenir à celui qui l'a ravagée, qui l'a livrée sans armes, sans défense, qui a voulu rendre votre nom odieux à toutes les nations, et qui aurait peut-être compromis votre gloire, si un homme qui n'est pas même français, pouvait jamais affaiblir l'honneur de nos armes et la générosité de nos soldats.
Vous n'êtes plus les soldats de Napoléon. Le sénat et la France entière vous dégagent de vos serments. »

L’adresse était signée des cinq membres du gouvernement provisoire (Talleyrand, Dalberg, Jaucourt, Montesquiou et Beurnonville), mais Pasquier (Mémoires) affirme (le doute persiste cependant) qu’elle avait pour auteur Fontanes.


Et puis, il y a l’acte de déchéance du 3 avril :
« Le Sénat-Conservateur,
Considérant que dans une monarchie constitutionnelle, le monarque n'existe qu'en vertu de la constitution et du pacte social ;
Que Napoléon Bonaparte, pendant quelque temps d'un Gouvernement ferme et prudent, avait donné à la Nation des sujets de compter pour l'avenir sur des actes de sagesse et de justice ; mais qu'ensuite il a déchiré le pacte qui l'unissait au peuple français, notamment en levant des impôts, en établissant des taxes autrement qu'en vertu de la loi, contre la teneur expresse du serment qu'il avait prêté à son avènement au trône, conformément à l'art. 53 de l'acte des constitutions du 28 floréal an 12 ;
Qu'il a commis cet attentat aux droits du peuple lors même qu'il venait d'ajourner, sans nécessité, le Corps-Législatif, et de faire supprimer comme criminel un rapport de ce corps, auquel il contestait son titre et sa part à la représentation nationale ;
Qu'il a entrepris une suite de guerres en violation de l'article 50 de l'acte des constitutions du 22 frimaire an 8, qui veut que la déclaration de guerre soit proposée, discutée, décrétée et promulguée comme des lois ;
Qu'il a inconstitutionnellement rendu plusieurs décrets portant peine de mort, nommément les deux décrets du 5 mars dernier, tendant à faire considérer comme nationale une guerre qui n'avait lieu que dans l'intérêt de son ambition démesurée ;
Qu'il a violé les lois constitutionnelles par ses décrets sur les prisons d'Etat ;
Qu'il a anéanti la responsabilité des ministres, confondu tous les pouvoirs et détruit l'indépendance des corps judiciaires ;
Considérant que la liberté de la presse établie et consacrée comme l'un des droits de la nation, a été constamment soumise à la censure arbitraire de sa police, et qu'en même temps il s'est toujours servi de la presse pour remplir la France et l'Europe de fait controuvés, de maximes fausses, de doctrines favorables au despotisme et d'outrages contre les gouvernements étrangers ;
Que des actes et rapports entendus par le Sénat ont subi des altérations dans la publication qui en a été faite ;
Considérant qu'au lieu de régner dans la seule vue de l'intérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français, aux termes de son serment, Napoléon a mis le comble aux malheurs de la patrie, par son refus de traiter à des conditions que l'intérêt national obligeait d'accepter et qui ne compromettaient pas l'honneur français ;
Par l'abus qu'il a fait de tous les moyens qu'on lui a confiés en hommes et en argent ;
Par l'abandon des blessés sans pansements, sans secours, sans subsistances ;
Par différentes mesures dont les suites étaient la ruine des villes, la dépopulation des campagnes, la famine et les maladies contagieuses.
Considérant que par toutes ces causes, le gouvernement impérial établi par le sénatus-consulte du 28 floréal an 12, a cessé d'exister, et que le voeu manifeste de tous les Français appelle un ordre de choses dont le premier résultat soit le rétablissement de la paix générale, et qui soit aussi l'époque d'une réconciliation solennelle entre tous les Etats de la grande famille européenne ;
Le sénat déclare et décrète ce qui suit :
Art. Ier. Napoléon Bonaparte est déchu du trône et le droit d'hérédité établi dans sa famille est aboli.
2. Le peuple français et l'armée sont déliés du serment de fidélité envers Napoléon Bonaparte.
3. Le présent décret sera transmis par un message au Gouvernement provisoire de la France, envoyé de suite à tous les départements et aux armées, et proclamé incessamment dans tous les quartiers de la capitale. »


On a accusé Fontanes d’être à l’origine de ce texte. Plus exactement, ce fut Lambrechts qui fut chargé de sa rédaction, la veille, 2 avril. Le lendemain, peu après midi, ce dernier en fit deux lectures successives au terme desquelles, il fut renvoyé à l’examen d’une commission spéciale composée de Garat, Lanjuinais, Barbé-Marbois et effectivement Fontanes. Le texte fut revu et adopté par ladite commission, présenté à seize heures au Sénat, mis aux voix et finalement adopté par les sénateurs.

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