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Message Publié : 18 Juin 2016 15:53 
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Eginhard
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Dans le Moniteur du 30 floréal an 10, Adet, qui faisait un rapport devant le Tribunat concernant le projet de loi relatif aux colonies rendues à la France par le traité d’Amiens, expliqua la position du gouvernement quant au maintien de l’esclavage et de la traite dans ces colonies. Dans son discours, il faisait une allusion aux esclaves des Etats-Unis, qui auraient été appelés "engagés", comme si c'était là un mot pudique pour dissimuler leur statut servile.

Je pense que c'est une erreur d'Adet (ce qui me surprend, tout de même, il avait passé un moment aux EU comme chargé d'affaires sous le Directoire).

Les références que j'ai trouvée au statut d'engagé m'envoient plutôt à des pratiques en usage en Nouvelle France, sous l'Ancien Régime. Je ne maitrise pas le sujet. Si quelqu'un a envie de partager un peu là-dessus, ce sera avec plaisir. un vous donne la partie du discours.

« Dans l’Amérique septentrionale même, dans ce pays de liberté, sur cette terre où les descendants de Penn montrent tant de respect pour les droits de l’humanité, et pour ces douces vertus qui font la force du lien social, il y a aussi des […] esclaves. Le nom seul leur est épargné, et sous celui d’engagés, leur condition est la même que dans les autres climats où l’on transporte leurs compatriotes ».

Alors, Adet a-t-il raison sur ce statut dans la fédération des Etats-Unis en 1802 ?

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Message Publié : 18 Juin 2016 18:10 
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Il s’agit en fait du discours du conseiller d’Etat Regnault de Saint-Jean-d’Angely prononcé devant le Corps législatif, le 20 mai 1802 :

Ces mots ne sont pas sans rappeler qu’on put lire cette même année dans l’ouvrage d’un ancien colon de Saint-Domingue, François Valentin de Cullion, « Examen de l’esclavage en général et particulièrement de l’esclavage des nègres dans les colonies françaises de l’Amérique » :
« J’ai fait mention d’une espèce de servitude usitée chez les Anglo-Américains des États-Unis sous le nom d’engagement, avec promesse d’expliquer en quoi elle consiste. L’engagement est l’aliénation que fait de sa personne et de son travail un homme ou une femme libre, au profit d’un tiers pour un temps limité, à des conditions stipulées devant le magistrat.
[…]
Qu’on ne se persuade pas que ce n’est là qu’un état de domesticité qui ne ressemble pas à la servitude. L’engagé est aussi rigoureusement assujetti que le dernier esclave. Le maître peut le faire arrêter, emprisonner et battre à la geôle, où il y a des exécuteurs exprès comme pour les nègres. Les Quakers ni les méthodistes n’ont jamais réclamé contre cet usage. Au contraire, ils le tournent quelquefois à leur profit, en débauchant des esclaves qu’ils engagent à leur service. Ils appellent cela affranchir leurs frères de l’esclavage. C’est par de telles pratiques que plusieurs Français réfugiés ont vu disparaître leurs nègres. »

A noter que Le Breton a vertement critiqué cet ouvrage dans le numéro de la Décade philosophique, littéraire et politique du 11 décembre 1802. La question des engagés n’y est pas abordée.

Je ne maîtrise pas le sujet, mais il semble, à la lecture de Voyage dans les Etats-Unis d’Amérique, fait en 1795, 1796 et 1797, de François-Alexandre-Frédéric de La Rochefoucauld-Liancourt (paru en 1799) qu’il fasse nuancer le propos :
« Cette loi défend aux citoyens de Pensylvanie tout commerce des nègres, sous la peine de la confiscation du bâtiment qui y serait employé ou destiné, et d'une amende de deux mille deux cent cinquante dollars. Elle défend, sous la peine d'une amende de cent douze dollars, à aucun maître ou à vie ou à terme , d'éloigner les maris et femmes, pères, mères et enfants, de plus de dix milles de distance, sans en avoir leur consentement. En cas de violence, ou même de séduction de la part des maîtres, pour opérer ces éloignements défendus par la loi, l'amende est double, et le délinquant est condamné à la détention pour six ou douze mois. L'affranchissement d'un esclave à vie ou à terme, n'exige d'autre formalité que la signature du maître, qui le déclare libre.
La loi commune d'Angleterre est encore en force en Pensylvanie pour l'engagement des domestiques domestiqués et des apprentis. Ainsi les parents peuvent engager leurs enfants en apprentissage ou en état de domesticité jusqu'à l’âge de vingt-et-un ans; et au-delà de ce terme, les jeunes gens eux-mêmes peuvent s'engager jusqu'à vingt-huit ans. Les lois de Pensylvanie ont seulement imposé des formes pour empêcher que ces engagements n'aient lieu, sans être absolument volontaires de la part de l'engagé ; telle que l'inscription devant deux juges de paix, et la déclaration de l'engagé qui s'engage volontairement; telle que la défense à tout maître de vendre son engagé hors de l'État; telle qu'une amende pour ceux qui contreviendraient à cette clause, ou qui retiendraient leur engagé au-delà du terme de l'engagement.
La loi autorise aussi l'engagement limité des étrangers arrivant d'Europe, et qui ne peuvent pas payer autrement les dettes qu'ils ont contractées avec les capitaines pour leur passage.
Les inspecteurs des pauvres peuvent enfin engager les enfants des pauvres en apprentissage, mais toujours seulement jusqu'à vingt-et-un ans. La loi pourvoit aux moyens d'assurer un bon traitement à ces apprentis ou domestiques de la part de leurs maîtres.
C'est en vertu de cette loi, et par les formalités qu'elle prescrit, que les colons français, arrivés ici après les désastres des colonies, conservent leurs esclaves. Ils les mènent devant les magistrats, et les y engagent pour le temps qu'ils ont à courir avant d'atteindre l'âge de vingt-et-un ou de vingt-huit ans; mais la volonté du nègre est nécessaire ; s'il la refusait, il serait libre. »

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Message Publié : 20 Juin 2016 8:57 
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Zut, dans mes notes, j'avais noté Adet. Je vais reprendre cela - Adet avait bien ouvert les discours, comme orateur du gouvernement, mais j'étais persuadé que la référence aux engagés était de lui. Je vais revoir ma copie.

Merci pour ces précieuses pistes de recherche, Cyril Drouet, je vais aller creuser cela. Si je trouve quelque chose je reviens partager.

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Message Publié : 20 Juin 2016 20:21 
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Jefferson a écrit :
Zut, dans mes notes, j'avais noté Adet. Je vais reprendre cela - Adet avait bien ouvert les discours, comme orateur du gouvernement

En fait, le tribun Adet était le rapporteur de la commission du Tribunat composée afin d'étudier le projet de loi. Il présenta le rapport en question devant le Tribunat le 19 mai.

Nous avons parlé du processus législatif ayant abouti à la loi du 20 mai 1802 dans ce fil :
viewtopic.php?f=55&t=19947

Pour revenir au discours de Regnault de Saint-Jean-d'Angély, il est difficile d'y voir clair. A croire le conseiller d’état, le nom d’esclave n’existerait plus en Pennsylvanie (s’il faut comprendre cet état par les mots de terre « des descendants de Penn »). Or en 1802, il y a encore des esclaves en Pennsylvanie (tout comme dans les états voisins).
Si on s’en tient à sa prose, il n’y aurait donc plus que des « engagés », catégorie qu’il faudrait assimiler à des esclaves. Or on touche là deux catégories bien différentes. Comme déjà dit, l’esclavage perdure ; mais parallèlement d’autres hommes et femmes sont soumis à l'Act for the Gradual Abolition of Slavery, de 1780. Ce texte, qui inspira d'ailleurs par la suite d'autres états du nord, obligeait en effet un enfant d'esclave à servir le propriétaire de sa mère jusqu'à l'âge maximum de 28 ans. A ce terme, le serviteur était déclaré libre (ce que le représentant du gouvernement se garde bien de dire). Ce statut particulier est associé à une forme particulière de l’Indentured servitude, lui-même étant, d’une certaine manière, le pendant anglo-saxon de l’engagisme ; d’où peut-être l’emploi du terme d’ «engagés » par Regnault de Saint-Jean-d'Angély.

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Message Publié : 24 Juin 2016 16:02 
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Jefferson,

Je profite de ce fil pour rebondir sur une phrase que vous avez écrite dans un échange avec Jérome dans le fil sur Guillemin et Napoléon ; la voici :
"les Noirs sont libres dans tous les États du Nord des Etats-Unis lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage. Du moins techniquement, puisque l'abolition est graduelle dans certains États."

J'ai du mal à comprendre en quoi la "liberté" des esclaves (non soumis à l'Act for the Gradual Abolition of Slavery, pour prendre l'exemple de la pennsylvanie) des états du nord des Etats-Unis pouvait être "technique" en 1802. Pourriez-vous nous en dire plus s'il vous plait ?

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Message Publié : 24 Juin 2016 19:33 
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Je suis encore sur mon smartphone, donc loin de mes notes. Vous avez raison de souligner ma remarque, qui manquait de précision. Je répondais, me semble-t-il, à un intervenant (Jérôme ?) qui disait que l'on avait maintenu l'esclavage à cause de "l'esprit de famille" : puisque tout le monde avait des esclaves, rien de surprenant à ce que la France soit revenue sur les acquis de 1794, etc. Ce à quoi j'opposais l'exemple américain, où une partie des Etats, dans le Nord, avaient deja aboli l'esclavage.

Alors vous prenez l'exemple de la Pensylvanie. Et c'est très bien. Mais c'est tout de même l'un des Etats du Nord, avec le New Jersey, qui a le plus freiné des quatre fers pour satisfaire les propriétaires d'esclaves. D'autres Etats ont aboli l'esclavage, et libéré tous les esclaves immédiatement (le Massachusetts, par exemple, le Vermont aussi, mais sans être certain, à confirmer), soit ont pris des mesures, certes dans le cadre d'une abolition graduelle, mais beaucoup plus favorable - les enfants d'esclaves étaient libres, et les autres n'étaient engagés que durant un temps variable, et pas à vie comme en Pensylvanie (enfin, il me semble que c'était à vie, à confirmer également).

De même, n'oublions pas que dans la majorité des Etats du Nord (et en Pensylvanie aussi), on ne pouvait plus mettre personne dans les fers (les dates varient selon les Etats, mais je suis à peu près certain qu'en 1795, c'était le cas partout dans le Nord). C'est ce que je voulais dire par mon "techniquement" malheureux (c'est très laid, en plus "techniquement") : disons que d'un point de vue légal, l'esclavage était aboli, mais en pratique, les esclaves ne seraient libérés qu'après un certain temps.

Je crois que la Pensylvanie tolérait les esclaves des autres Etats américains, à l'epoque, mais un esclave étranger (non Americain, donc), qui posait le pied dans l'un des Etats du Nord (dont la Pensylvanie) était en pratique, libre. Ce qui a d'ailleurs causé quelques tracas aux colons de Saint-Domingue qui sont arrivés à Philadelphie avec leurs esclaves dans leur bagages dans les années 1790 et on dû se bagarrer pour les conserver attachés.

Bref, rien n'est simple. Surtout si on déplace ça dans le champs des représentations françaises. Les abolitionnistes français (il y en a des tas, mais disons Brissot et Gregoire parmi les plus engagés sur le sujet) prenaient les Etats-Unis en exemple pour montrer qu'une nation esclavagiste pouvait renoncer à ces pratiques indignes des Lumières. En France, on se représentait les Etats du Nord comme abolitionnistes, même si la réalité était évidemment plus nuancée. Pour les Francais, les EU avaient bien aboli l'esclavage - l'abolition graduelle, c'était un détail.

Mais si on parle d'abolition graduelle, tout le monde était d'accord en France, même de fieffés coquins d'esclavagistes comme Malouet. Simplement, on se disait qu'il fallait y penser, un jour, quand on aurait bien préparé les esclaves à leur liberté (non, parce que si c'était pour qu'ils se vengent en sautant à la gorge de leurs anciens tortionnaires, ce n'était pas la peine), sous-entendu "aux Calendes grecques". Les Américains étaient peut-être des hypocrites, mais ils avaient bien aboli l'esclavage. Dans le Nord, évidemment.

Est-ce que vous attendiez ce genre de réponse ? Je peux reprendre quelques sources et références, si vous voulez.

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Message Publié : 24 Juin 2016 20:40 
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Jefferson a écrit :
les autres n'étaient engagés que durant un temps variable, et pas à vie comme en Pensylvanie (enfin, il me semble que c'était à vie, à confirmer également).


Comme dit plus haut, l'Act for the Gradual Abolition of Slavery de Pennsylvanie fixait la limite à 28 ans.

Jefferson a écrit :
disons que d'un point de vue légal, l'esclavage était aboli, mais en pratique, les esclaves ne seraient libérés qu'après un certain temps.


La fin de votre phrase ne concerne que les enfants d'esclaves, et non les parents qui sont susceptibles de rester dans cet état de servitude jusqu'à leur mort.
De plus, puisque l'on parle de l'année 1802, ce constat ne concerne par le New Jersey qui ne suivit ses voisins qu'en 1804.

En somme, il est faux de dire que vous l'avez fait que "les Noirs sont libres dans tous les États du Nord des Etats-Unis lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage".

Pour info, voici les chiffres que j'ai trouvés sur le nombre d'esclaves dans le nord en 1810 :
Pennsylvanie : 795
Connecticut : 310
Rhodes Island :103
New York : 15 017
New jersey : 10 851

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Message Publié : 24 Juin 2016 22:42 
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Drouet Cyril a écrit :
En somme, il est faux de dire que vous l'avez fait que "les Noirs sont libres dans tous les États du Nord des Etats-Unis lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage".


Vous attaquez la lettre pour trahir l'esprit. Je trouve cela assez injuste. A ce titre, moi, je vous conteste que le Taj Mahal soit blanc.

La phrase que vous me lancez à la figure est évidemment fausse, parce que non nuancée - je signifiais par là que l'esclavage avait été aboli dans tous les territoires du Nord des Etats-Unis lorsque la France fait un rétropédalage sur le sujet de l'esclavage. Ce n'était pas le sujet, je n'allais pas faire un mur de texte pour expliquer l'Ordonnance du Nord-Ouest et l'abolition graduelle dans le Vermont alors que la discussion portait sur le Napoléon de Guillemin.

Donc, admettons, vous avez le round - j'aurais du écrire : "Dans le Nord des Etats-Unis, au-dessus de la ligne Mason-Dixon, l'esclavage était aboli depuis presque quinze ans lorsque la France décida de le rétablir dans ses colonies".

Cela vous convient-il mieux ?

Et sinon, je vous invite à comparer la somme de vos esclaves du Nord en 1810 avec ceux du Sud - plus d'1,2 millions. Cela replace le mouvement de libération dans le Nord, vous ne trouvez pas ? Je ne suis même pas certain qu'on parvienne à 30 000 esclaves en additionnant tous les Etats au nord de l'Ohio.

Je trouve que lancer ces chiffres sans les nuancer avec ceux du Sud est à la limite de la mauvaise foi. "Ha, mais regardez, il en reste 8 dans le New Hampshire en 1800 !! C'est donc que les Etats du Nord sont d'infâmes esclavagistes !" On en déduit quoi, quand on compare avec les 400 000 de la Virginie ?

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Message Publié : 24 Juin 2016 22:59 
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Jefferson a écrit :
Drouet Cyril a écrit :
En somme, il est faux de dire que vous l'avez fait que "les Noirs sont libres dans tous les États du Nord des Etats-Unis lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage".


Vous attaquez la lettre pour trahir l'esprit. Je trouve cela assez injuste.


J'essaie juste d'être précis.


Jefferson a écrit :

Donc, admettons, vous avez le round - j'aurais du écrire : "Dans le Nord des Etats-Unis, au-dessus de la ligne Mason-Dixon, l'esclavage était aboli depuis presque quinze ans lorsque la France décida de le rétablir dans ses colonies".

Cela vous convient-il mieux ?


Et le New Jersey ?

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Message Publié : 24 Juin 2016 23:45 
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Drouet Cyril a écrit :

Et le New Jersey ?


Vous ergotez. Si je n'avais pas tant de respect pour vous, je vous dirais bien d'aller vous faire pendre ;)

Oui, en effet, les citoyens du New Jersey n'ont fait leur contrition que tard - 1804. Je viens de voir ça. Je croyais qu'ils avaient fait leur mea culpa plus tôt. Juste pour m'embêter, j'imagine. J'y vois un exemplum in contrarium. Oui, bon, cela invite à nuancer. Pas de quoi fouetter un chat.

Nuançons, encore, alors "Tous les Etats du Nord, sauf le New Jersey, en 1802, blablabla, aboli l'esclavage, blablabla, et le New Jersey, le dernier, en 1804, blablabla".

Non, c'est vrai, c'est important d'être précis, et j'apprécie vraiment cette exigence intellectuelle qui vous caractérise sur le forum. Et je me demande ce que vous voulez prouver ? Que mes bases sont friables ? Je ne suis pas spécialiste des Etats-Unis. Je peux faire des erreurs - la preuve, le New Jersey. Je l'avoue bien humblement - mais cela ne change rien à l'esprit de ma proposition initiale.

Et encore :

"Tous les Etats du Nord, sauf le New Jersey, en 1802, blablabla, aboli l'esclavage, blablabla, et le New Jersey, le dernier, en 1804, blablabla".

Etc.

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Message Publié : 25 Juin 2016 0:10 
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Jefferson a écrit :
Vous ergotez. Si je n'avais pas tant de respect pour vous, je vous dirais bien d'aller vous faire pendre ;)


Il serait bien que l'échange reste serein ...

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Message Publié : 25 Juin 2016 1:49 
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Narduccio a écrit :
Jefferson a écrit :
Vous ergotez. Si je n'avais pas tant de respect pour vous, je vous dirais bien d'aller vous faire pendre ;)


Il serait bien que l'échange reste serein ...


J'ai judicieusement placé un smiley derrière mon invitation, comme vous l'avez remarqué. Vous l'aurez entendu "Haha, vous êtes incorrigible, Drouet Cyril ! *boit une gorgée de bière* Si je ne vous savais pas aussi à cheval sur les principes, je vous enverrais sans doute vous faire pendre ! *interpelle la serveuse pour une nouvelle commande* Où en étions-nous, cher ami ?"

Bref, rien de bien méchant.

Sans smiley, bien sûr, ce serait tout à fait inconvenant.

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Message Publié : 25 Juin 2016 5:47 
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Jefferson a écrit :
Vous ergotez.


J’ergote ??? Non, comme déjà dit plus haut, j’essaie seulement d’être précis.
Tenez, en parlant de précisions :
Ergoter : "Contredire quelqu'un avec une obstination lassante sur des minuties en lui opposant des arguments excessivement subtils et captieux ("qui tend à tromper, qui séduit par de belles, de fausses apparences")".
Non je n’« ergote » pas et mes arguments ne sont en aucun cas « captieux ».

Dire qu’« au-dessus de la ligne Mason-Dixon, l'esclavage était aboli depuis presque quinze ans lorsque la France décida de le rétablir dans ses colonies" est faux, et ce n’est pas de l’ergotage de le dire. Outre le fait que l’abolition dans l’état de New-York ne remontait qu’à trois ans, l’esclavage (plus de 12 000 esclaves en 1800) perdurait en 1802 dans le New-Jersey.


Jefferson a écrit :
Oui, en effet, les citoyens du New Jersey n'ont fait leur contrition que tard - 1804. Je viens de voir ça.


Le voir plus tôt (je vous l’avais écrit deux heures auparavant…) vous aurait sans doute évité de me traiter d’ergoteur…


Jefferson a écrit :
Et je me demande ce que vous voulez prouver ?


Seulement d’essayer d’y voir plus clair dans la nature et la chronologie des abolitions dans le nord des Etats-Unis ; une démarche, somme toute logique sur un forum d’échanges historiques, qui a quand eu le mérite de bien débroussailler ce que vous écriviez à l’origine : « les Noirs sont libres dans tous les États du Nord des Etats-Unis lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage ».

A noter qu’en 1820, au nord de la ligne Madison-Dixon, il y avait encore environ 18 000 esclaves.

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Message Publié : 26 Juin 2016 8:26 
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Si je dis que vous ergotez, c'est parce que vous avez decontextualisé ma proposition initiale. Je répondais à un intervenant, mais des historiens partagent cette opinion, qui disait en substance que Bonaparte avait rétablit l'esclavage parce que c'était une pratique courante, et que sa position sur le sujet était banale. Affirmer cela, c'est plus ou moins dire que l'abolition de 1794 était, elle, une anomalie. Ce à quoi je répondais qu'au moment où en France on revenait sur l'un des principaux acquis de la Révolution, aux Etats-Unis, dans les Etats du Nord de la fédération, les Noirs avaient été libérés depuis des années. J'ajoutais un "techniquement" maladroit, puisque j'avais en tête "en théorie".

Je ne suis pas spécialiste des abolitions aux Etats-Unis, mais je connais suffisamment mon affaire pour savoir que si l'esclavage a été aboli, la libération effective fut graduelle. Il y a une chronologie, évidemment. Mais en 1802, je disais que l'esclavage avait été aboli partout au nord de la rivière Ohio. Et si je rappelais la situation américaine, c'est parce que depuis 1791, on arrêtait pas d'en parler en France et que l'abolition aux Etats-Unis était dans la bouche de tous les abolitionnistes français. Il y avait donc un précédent important auquel Bonaparte (et les "soudards bornés", pour reprendre le mot d'Yves Benot, qui soutenaient cette position) n'a pas été sensible.

Préciser ma proposition est évidemment utile. Vous rappelez que les choses ne sont pas si simples. Fort bien. C'est heureux. Et je concède mon erreur sur le New Jersey. Dont acte. Mais je n'aime pas cette conclusion, que je trouve perfide : "en somme, dire que les Noirs du Nord des Etats-Unis, sont libres, est faux". Oui, ça l'est, si on estime qu'une proposition est soit vraie, soit fausse, sans nuance. C'était un raccourci, parce que je n'allais pas dans un fil consacré à Guillemin, faire un mur de texte reprenant l'histoire des abolitions aux Etats-Unis. Dire que les Noirs étaient libres était une manière, trop brève sûrement, maladroite sans doute, de dire que l'abolition était une réalité et pas un vague projet dont on discutait dans les cafés.

Si je dis que vous ergotez, c'est parce que votre manière de dire les choses n'est pas plus nuancée : vous dites que j'ai tort ("en somme, c'est faux") parce qu'il restait des esclaves dans le Nord après 1802. C'est comme si je disais que le vaccin contre la polio a permis de faire disparaître la maladie et que vous écriviez "ha non, l'an passé 400 personnes sont mortes de la polio dans le monde". Certes. Remplaçons "ergoter" par "vétiller", alors.

Vous dites "18 000" esclaves en 1820 au Nord de la ligne Madison-Dixon. Certes. Mais il n'y avait plus de nouveaux esclaves depuis dix ans au moins dans la plupart des Etats. Les Noirs étaient libérés peu à peu, y compris ceux qui venaient de l'étranger, libres au moment où ils posaient le pied dans l'Etat. Le cas du New Jersey (mea culpa encore) n'invalide pas un mouvement presque achevé en 1802 dans le Nord des Etats-Unis. Et dans la plupart des Etats, il n'y en avait plus un seul à cette date - Massachussetts, New Hampshire, Vermont, tous les nouveaux Etats de l'Ouest. À remettre en parallèle avec le million d'esclaves dans le Sud, les 400 000 de Virginie.

Ha, et je crois que le dernier esclave dans le Nord a été libéré en 1847 - on va mettre la fin de l'esclavage dans le Nord à cette date ? Allons.

Je voudrais qu'on se mette d'accord sur le projet de cette conversation : on parle de l'abolition aux EU ou on est en toujours dans leur rapport avec Bonaparte et le rétablissement de l'esclavage au nom de la "grande famille" ? C'est peut-être de là que provient le malentendu, de ma part en tous cas. Pour moi, le rétablissement au nom de la "grande famille" ne tient pas justement parce que la France ET les EU avaient proclamé l'abolition au XVIIIeme.

Si on ne parle que des EU, fort bien, nuançons autant qu'il est possible.

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Message Publié : 26 Juin 2016 9:00 
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Jefferson a écrit :
Si je dis que vous ergotez, c'est parce que vous avez decontextualisé ma proposition initiale.


Vous noterez que ce n’est pas sur ce point que je vous ai contredit, mais seulement sur l’information relative à la liberté dans les états du nord en 1802 que vous avanciez.


Jefferson a écrit :
je connais suffisamment mon affaire pour savoir que si l'esclavage a été aboli, la libération effective fut graduelle.


Encore une fois, la libération graduelle concernait les enfants mais pas leurs parents esclaves.


Jefferson a écrit :
Dire que les Noirs étaient libres était une manière, trop brève sûrement, maladroite sans doute,


La brièveté et la maladresse n’enlève rien à la fausseté de cette information.





Bon passons à autre chose…
Pour revenir à la question première de ce fil, on peut noter de grandes ressemblances (pour ne pas dire plus) entre les mots de Regnault de Saint-Jean-d’Angély (20 mai 1802) et ceux de Louis-Narcisse Baudry Deslozières (planteur ruiné de Saint-Domingue et employé depuis au ministère de la Marine et des Colonie), dans son ouvrage « Les égarements du nigrophilisme », paru deux mois seulement plus tôt, le 22 mars.


Pour mémoire, Regnault de Saint-Jean d’Angély disait ceci :
« Dans l'Amérique septentrionale même, dans ce pays de la liberté, sur cette terre où les descendants de Penn montrent tant de respect pour les droits de l'humanité, et pour ces douces vertus qui font la force du lien social, il y a aussi des hommes esclaves. Le nom seul leur est épargné, et, sous celui d'engagés, leur condition est la même que dans les autres climats où l'on transporte leurs compatriotes. »

Et à présent Deslauzières :
« La Pennsylvanie où domine la société des amis des hommes, des Quakers qui affectent partout la philanthropie la plus outrée, qui font l'admiration de ceux qui ne les connaissent pas, et qui ne sont que des hommes comme les autres, pour ceux qui les connaissent bien, la Pennsylvanie elle-même a ses esclaves.
Il est vrai que ces esclaves, au lieu du nom de Slaves, portent celui de Bounds [« Bounds ou engagés »] et qu'en exigeant d'eux tout le produit de leur travail de bras et de, jambes, pour ainsi dire, pendant le jour et la nuit, on déclare leurs corps libres. Au fond, c'est la même servilité, la même dégradation. »




Deslauzières poursuit ainsi :
« Il est vrai que ces esclaves ont cette différence, avec les esclaves des autres parties du continent, qu'ils ne le sont que pour un temps limité ; mais ce temps tombe toujours à l'âge où ils seraient le moins propres à un service profitable, et où ils ne peuvent plus guères être utiles pour eux-mêmes ; ainsi l'esclavage y est réel. Il n'y a de différence que dans les expressions, et dans la liberté indigente qu'on réserve à leur vieillesse.
Les Bounds, ou les esclaves pour un temps, y ont la peine et la dégradation que les Nigrophiles exagèrent chez nous. Ils y subissent les mêmes punitions, le même mépris, et, ce qui peut être pis encore, cette insouciance et cette froideur anglaises qu'on réchauffe dans leurs livres, et que j'ai vues sans détour dans leurs actions. C'est la dernière nation dont je voudrais être l'esclave, s'il n'était point dans mon essence d'être libre.
On me répétera encore que là ils ne sont esclaves que pour un temps.
Mais si l'esclavage était réellement un état de souffrance d'âmes délicates, comme les discoureurs à imagination déréglée s'efforcent à vouloir nous le persuader, ne serait-il pas également affreux dans ses limites ? Le désir de sa fin dans l'homme sous le joug, ne deviendrait-il pas un tourment de plus, par la comparaison continuelle du présent avec l'avenir, et le législateur, sans le vouloir, n'a-t-il pas mis même une sorte de raffinement de cruauté dans cette disposition qu'il n'a cru d'abord que bienfaisante ? La loi n'aurait-elle pas mieux fait de dire que l'esclave deviendrait libre, sitôt qu'il serait digne de cette faveur, et d'établir les conditions qui conduisent naturellement et civiquement à la liberté ? Il est donc clair que dans ces pays où Brissot fait résider la perfection, et que je cherche toujours, on n'y vaut pas mieux que nous, qu'on n'y est encore pis, et qu'on y a plus consulté l'intérêt commercial, que la philanthropie universelle.
En effet, dans le sens même des Nigrophiles, ne serait-il pas plus inhumain d'engager ou d'asservir un homme pendant 15 ou 20 ans, et de lui laisser pour récompense la seule liberté dans un âge où il peut à peine en jouir, que de le rendre esclave ou engagé tout à fait, pourvu de toutes les nécessités de la vie ?
Cependant les North-Américains, ces amants de la liberté, ces républicains zélés, qui élèvent leur indépendance si haut dans leurs livres, achètent et vendent des esclaves.
Leurs concitoyens, les Quakers, espèce de moines mariés ou à marier, qui ont sans cesse à la bouche les plus grands mots philanthropiques, et qui sont les plus difficiles à servir, achètent et vendent le temps et la liberté des hommes, non seulement des Noirs et des Blancs étrangers, comme les Irlandais et les Allemands, mais même des Blancs de leur propre pays, de leur propre ville et de leur propre sang. J'ai encore dans mon portefeuille la vente que des magistrats Quakers m'ont faite d'une jeune fille. Je l'ai acquise par pitié, et je l'ai laissée libre par humanité. Elle était malheureuse chez ses premiers maîtres. Ce que j'ai fait à cet égard, tous les Colons Français, tous ces hommes que les Nigrophiles appellent acquéreurs de viande humaine, l'eussent fait comme moi; et je ne connais personne parmi ceux qui se disent philanthropes, parmi les Quakers, qui eût fait cette action fort simple, sans un intérêt matériel quelconque.
Dans ce pays dont les enthousiastes Français élèvent les hommes au-dessus de l'humanité, je vois les tuteurs, les tutrices, les pères, les mères vendre leurs pupilles, leurs enfants, ou, ce qui est la même chose pour moi, leur temps et leur liberté. Ils se dégagent ainsi de tout soin, de toute tendresse, et ont la bassesse de trouver leur dédommagement dans la faible somme d'argent qu'ils retirent de ce trafic infâme.
Pour achever l'indignation universelle que cette conduite mérite, il faut savoir que les maîtres sont tout, que les pères et les mères ne peuvent plus rien sur leurs enfants vendus, que ces enfants n'ont à respecter que la volonté de leurs maîtres. Et Brissot nous donne cette nation libre pour modèle ! et Brissot se disait philanthrope ! Barnave et Péthion étaient amis des hommes !
Certainement, si l'on veut faire des réflexions morales et philanthropiques sur la politique intérieure des nations, ce doit être sur des faits aussi extraordinaires, qui engagent la liberté pour en exprimer ce qu'elle a de plus lucratif, et que les maîtres rendent quand ils ne peuvent plus en tirer parti.
Cependant l'imagination ivre qui s'en aviserait, serait confondue par l'examen réfléchi, parce qu'encore une fois, la plus forte philanthropie ne peut consister qu'à choisir le moindre des maux; que tous les philanthropes et tous les philosophes ou philosophistes, ne peuvent sur ce globe que prendre les hommes et les choses tels qu'ils y sont ; et que ce que le grand maître du monde laisse exister, fait partie de son système général, auquel les hommes ne touchent, le plus souvent, que pour augmenter nos maux, faute d'une raison vraiment éclairée. »

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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