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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 17:50 
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Oui, l'analyse de Caesar Scipio est excellente, mais il faut y ajouter le fait que Louis XVI a toujours été incapable de peser les poids politiques respectifs de l'assemblée et du roi. Il en est mort, d'ailleurs : franchement, continuer à utiliser son veto après son retour de Varennes c'était du suicide pur et simple. Victime d'une éducation dans laquelle le roi était un personnage divin, comment aurait-il pu imaginer cette issue, alors qu'il aurait certainement sauvé sa tête dans une monarchie non pas constitutionnelle, mais parlementaire, où il aurait laissé le pouvoir exécutif réel à un premier ministre choisi par l'assemblée.

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 18:48 
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Philippe de Commines
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Bien d'accord avec vous. Louis XVI, je veux dire sa personnalité, c'est LE facteur le plus déterminant de l'enchaînement des faits qui conduisent à la fois à l'emballement révolutionnaire et à l'effondrement de la monarchie. L'anglicisme "the perfect storm" convient bien à la description de la conjonction entre une période turbulente et cette personnalité sans colonne vertébrale solide (pour ne pas parler de mollusque, un mollusque certes très instruit mais un mollusque tout de même) pour remplir le rôle de chef d'Etat dans de telles circonstances.

Louis XVI incarne remarquablement l'effondrement sur elle-même de l'autorité de l'Etat en la personne du roi. Le texte du discours d'ouverture des Etats généraux de 1789 est édifiant. Louis XVI ne dirige pas les Etats généraux. Il leur donne le champ libre. Hormis des généralités et des platitudes, il ne sait pas ce qu'il veut. Il s'en remet aux Etats généraux.

Ce n'est à mon avis pas tant une question d'éducation que de personnalité car ses frères avaient un rapport très différent à l'autorité. Le frère aîné décédé à 10 ans, Bourgogne, nous est dépeint comme autoritaire. Provence est un fin politique et un intrigant, quand bien même met-il ces talents à saper l'autorité de son roi de frère en étant à la pointe de l'opposition des princes dans l'assemblée des notables. Son frère Artois, a au contraire de la constance, fut-elle poussée jusqu'à l'obstination et l'aveuglement.

Pour en revenir à Louis XVI, après qu'il a déclenché le tsunami révolutionnaire, la faiblesse si visible de son caractère conjuguée à son refus obstiné de plier devant un rapport de forces qui lui était défavorable sont le cocktail explosif qui éparpille la monarchie et la légitimité traditionnelle.

Je tenais aussi à dire autrement que le meccano institutionnel n'était pas l'enjeu essentiel. C'est sur le terrain politique que les choses se jouaient. Or sur le terrain politique, Louis XVI a laissé se mettre en place, via un système électoral excessivement alambiqué, une assemblée de représentants aux Etats généraux qui, sur bien des sujets, ont pour la grande majorité tous la même idée ou presque. Ce sont des idées à potentialité radicale et la faiblesse éclatante de la personnalité du roi, la faiblesse de son autorité personnelle, va conduire à une prise de conscience rapide des membres de cette assemblée qui laisseront livre cours aux potentialités radicales de leurs idées et de leurs projets. Quand on laisse une assemblée parler sans la diriger, cela s'emballe.

S'agissant enfin de la monarchie parlementaire, n'oublions pas non plus qu'en réalité le roi britannique jouissait encore d'un pouvoir réel très important, même s'il remettait le pouvoir à un cabinet de ministres et à un Premier ministre. Ce pouvoir tenait au fait que le roi nommait qui il voulait comme premier ministre car il savait jouer des rivalités de factions et de personnes au sein des whigs comme des tories, et parce qu'il avait aussi des ressources de patronage considérables. Et enfin, le système politique britannique à l'aube du 18ème siècle reposait sur un droit de suffrage très minoritaire : seuls environ 10% des citoyens avaient le droit de vote, et le droit de suffrage était incroyablement inégal (Pitt le jeune se faisait élire dans une circonscription comptant 7 électeurs quand Fox était élu dans une circonscription comptant des milliers d'électeurs).

L'une des plaies de la période révolutionnaire puis de la France post-révolutionnaire sur de longues périodes, c'est le régime d'Assemblée : le lieu suprème du pouvoir est un lieu de discussion et de vote et on entend réduire et soumettre au législatif autant que possible le pouvoir exécutif qui est par principe soupçonné.


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 20:34 
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Eginhard
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Caesar Scipio a écrit :
Quand on laisse une assemblée parler sans la diriger, cela s'emballe [...] L'une des plaies de la période révolutionnaire puis de la France post-révolutionnaire sur de longues périodes, c'est le régime d'Assemblée : le lieu suprème du pouvoir est un lieu de discussion et de vote et on entend réduire et soumettre au législatif autant que possible le pouvoir exécutif qui est par principe soupçonné.


Je suis assez d'accord dans l'ensemble avec votre analyse. Sauf quand vous écrivez, à demi-mots, que l'autoritarisme de l'exécutif, Bonaparte ou De Gaulle - c'est au choix - est la seule issue aux atermoiements d'une assemblée livrée par essence au chaos et à l'anarchie. En vous lisant, on a l'impression que le fait que le lieu du pouvoir et le lieu de la discussion se recouvrent est presque une erreur capitale. C'est très contre-révolutionnaire, quand même, comme raisonnement.

Ou alors, je ne vous comprends pas.

Non, la Révolution française n'a pas "souffert" de ses régimes d'assemblées. La Constitution de 1791 était loin d'être parfaite, mais ce n'est pas son imperfection (que vous avez fort bien soulignée, par ailleurs) qui a causé sa perte. Enfin, c'est une révolution. Les lignes bougent sans cesse. C'est un mouvement puissant, qui ne prend fin, réellement, que 15 ans plus tard. Il y avait des plaies (pour reprendre votre terme) bien plus graves que cette Constitution, ou celles qui ont suivi.

Ce qui a tué la Révolution, c'est justement la dérive, initiée sous le second Directoire, vers la prééminence de l'exécutif, incarnée dans la Constitution de l'an VIII. L'autorité vient d'en haut. La belle affaire. On n'en est toujours pas sortis.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 20:53 
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Caesar Scipio a écrit :
Or sur le terrain politique, Louis XVI a laissé se mettre en place, via un système électoral excessivement alambiqué, une assemblée de représentants aux Etats généraux qui, sur bien des sujets, ont pour la grande majorité tous la même idée ou presque. Ce sont des idées à potentialité radicale et la faiblesse éclatante de la personnalité du roi, la faiblesse de son autorité personnelle, va conduire à une prise de conscience rapide des membres de cette assemblée qui laisseront livre cours aux potentialités radicales de leurs idées et de leurs projets. Quand on laisse une assemblée parler sans la diriger, cela s'emballe.


Quand à cette réflexion, permettez-moi de vous demander de préciser votre pensée. Je suis d'accord avec vous sur les atermoiements du roi, qui ont sûrement causé sa perte. Je me garderai de parler de faiblesse, mais pourquoi pas. Pour le reste, je ne vois pas ce que vous voulez dire. "une prise de conscience rapide des membres de cette assemblée qui laisseront livre cours aux potentialités radicales de leurs idées et de leurs projets" ?

Qui sont par exemple ces députés "radicaux" de 1789 ? Personnellement, je n'en vois aucun. Même Marat adore Louis XVI ! Rapide ? Qu'entendez-vous par "rapide" ? 1791 ? Varenne ? C'est là que se situe la "prise de conscience", et elle n'a rien à voir avec le régime d'assemblée.

Et l'Assemblée qui s'emballe ? L'Assemblée protège le roi jusqu'au bout - même après Varenne, les députés tentent de sauver sa tête. Le mouvement qui le renverse est populaire, il vient de la Commune, des Sections, de la rue, il ne vient pas de l'Assemblée - le 10 août, je l'ai dit plus haut, et tout autant dirigé contre le roi que contre l'Assemblée.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 20:53 
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Philippe de Commines
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Je crois que l'opposition entre exécutif et législatif doit être analysé avec nuances.

Déjà la Convention fait coexister une apparence (le régime d'assemblée) et une réalité (la dictature du comité appuyé sur les sections parisiennes).

Robespierre est bien plus que Barras le modèle de Bonaparte ! Bonaparte à simplement compris qu'une répression extrême ne peut que se retourner contre son responsable.l'an VIII c'est Robespierre sans l'échafaud.

Quant à ce pauvre Louis XVI je comprend mal qu'on puisse contester le fait qu'il ait usé du seul pouvoir que lui laissait la constitution : le veto. Homme d'honneur, dénué de tout sens politique il ne peut comprendre que "Gouverner c'est mentir" !


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 04 Jan 2017 21:16 
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Jerôme a écrit :
Je crois que l'opposition entre exécutif et législatif doit être analysé avec nuances.

Déjà la Convention fait coexister une apparence (le régime d'assemblée) et une réalité (la dictature du comité appuyé sur les sections parisiennes).


Non, non, s'il y a dictature sous la Convention, c'est bien une dictature d'assemblée. Drôle de dictature, mais c'est vous qui employez le mot. J'imagine que vous parlez du comité entre septembre 1793 et juillet 1794, qui se renouvelle peu ? Aucun membre du comité n'est inamovible, ils dirigent collégialement. Ses membres étaient élus (ou réélus) tous les mois.

Par la Convention.




Pour Robespierre, infâme dictateur avec son "échafaud" en guise d'écritoire, ou ce "pauvre Louis XVI", innocent politique, mort "homme d'honneur", je ne relèverai pas le gant, pour une fois. J'ai promis à un autre membre de prendre du recul sur certaines discussions. Je vous laisse donc vos opinions, et ne les discuterai que si vous proposez des sources pour les étayer.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 05 Jan 2017 8:32 
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Philippe de Commines
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Jefferson, je ne vois pas le rapport entre mon appréciation critique sur les régimes d'assemblée et un quelconque point de vue contre-révolutionnaire. Un régime d'assemblée peut promouvoir un bordel révolutionnaire autant qu'un bordel réactionnaire.

J'ai du mal à adhérer à l'idée que la révolution ait pu être tuée, vu qu'étymologiquement la révolution c'est un tour complet sur soi pour remettre le compteur à zéro et repartir sur de nouvelles bases.

J'en déduis que vous êtes partisan d'un processus révolutionnaire sans fin, d'une révolution permanente. C'est une opinion aussi légitime qu'une autre même si je pense que ce point de vue est affecté d'une contradiction intrinsèque (s'il faut sans cesse refaire la révolution cela signifierait qu'elle n'a pas été faite ou que le processus révolutionnaire n'est pas un moyen vers un but mais une fin en soi). Mais je ne pense pas que c'était la volonté du pays. Ce n'est pas le rétablissement de l'exécutif entamé sous le Directoire qui a tué la révolution. La révolution n'a pas été tuée. Elle a été sauvée par la prise de pouvoir des modérés pour éviter que la poursuite du chaos ne conduise au retour des Bourbons.

Ce sont les excès révolutionnaires eux-mêmes, le chaos qu'ils ont provoqué en France, qui ont suscité une immense demande de retour à l'ordre et à la paix civile. On méconnaît souvent à quel point le chaos politique et civil provoqué par l'emballement révolutionnaire a été un cataclysme matériel. Les historiens de l'économie estiment que le PIB de la France a été divisé par deux pendant la période révolutionnaire. Thermidor et le Directoire ont permis au pays d'arrêter les frais et le consulat a permis un redressement économique spectaculaire. C'est cela, autant que la gloire militaire seulement naissante, qui a fait l'immense popularité de Bonaparte chez ses contemporains (je ne parle pas de la légende napoléonienne pour les générations suivantes) : le retour à l'ordre, à la sécurité et à la prospérité, tout en garantissant les valeurs révolutionnaires d'égalité et de mérite.

Enfin, je n'ai pas évoqué des députés radicaux mais les potentialités radicales des idées et des projets des députés.


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 05 Jan 2017 8:56 
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je suis assez d'accord avec l'interprétation de Caesar mais elle me semble aller bien au-delà du sujet du 10 août - qui à certains égards est un épiphénomène qui a simplement dégénéré du fait de la mollesse de ce pauvre benêt royal, des hésitations de l'assemblée qui ne veut s'entendre ni avec le roi ni avec les sans culottes, le tout sous la pression psychologique et militaire de Brunswick.

Quant à la Convention, il est difficile d'y voir une assemblée libre comparable à celle de la IVè République. Les conventionnels sont des hommes habités par la peur : peur de l'étranger d'abord, peur des sans culottes ensuite, peur de Robespierre enfin. Peur tempérée non par l'idéalisme républicain mais bien plus par la corruption et les perspectives d'enrichissement qu'offrent la guerre et la vente des biens nationaux !

Si Robespierre tombe en juillet 1794 c'est à mon sens essentiellement parce que la France est sauvée par Jourdan à Fleurus. C'est avec cet argument que les adversaires de Robespierre (surnommé l'incorruptible : ce qui implique bien que ses ennemis ne l'étaient pas) parviennent à secouer l'apathie des modérés du marais. la vérité de la Convention s'exprime par la constitution de l'an III. Les projets précédents n'étant qu'une réponse aux pressions de la rue relayée par la gauche de la convention.

Donc la convention n'est pas une dictature d'assemblée : c'est la dictature d'une groupuscule appuyé par la plèbe parisienne.

En l'an III, on essaie de construire une relation équilibrée entre le directeoire et les conseils. Cela ne fonctionnera pas.

En l'an VIII : retour à 93 avec deux différences. les consuls s'appuient sur l'armée (au lieu de la guillotine) et le peuple provincial (plébiscites plus ou moins truqués - et non sur le peuple de paris). mais cela reste une dictature menée par des gens qui se croient éclairés par la Raison.


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 05 Jan 2017 12:32 
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@ Cesar : je crois que la Révolution a vu arriver le peuple en politique. Et le 10 août en est la démonstration éclatante. Ce jour là, la plèbe décide de faire entendre sa voix par la force, puisque la voie légale lui était fermée. C'est ce droit à l'insurrection que Robespierre aurait voulu voir dans la Constitution de 93.

L'Assemblée a protégé le roi pendant plus d'un an. S'il avait été déchu après Varenne, comme il l'aurait dû l'être, tout aurait été différent. Je rappelle qu'en juillet 1791, les discussions à l'Assemblée portaient en partie sur la possibilité de remplacer le roi par un président élu à l'américaine, et que plusieurs députés ont alors proposé qu'on réfléchisse à l'idée de reprendre la constitution des Etats-Unis. Projet repoussé avec mépris par ceux-là même qui voteront la proclamation de l'Empire quinze ans plus tard. Qui est coupable des morts de 93-94 ? Ceux qui aspiraient à une République réellement égalitaire ou ceux qui voulaient simplement remplacer l'Ancien Régime par une oligarchie de notables, qui refusaient de voir la populace entrer en politique ?

Nous avons sans doute deux représentations différentes de la RF, César. Je crois pour ma part que la Révolution a été une marche timide vers la démocratie. Vous évoquez la radicalité de certains députés ? Leur radicalité, c'est l'esprit des Lumières, le suffrage universel, l'abolition de l'esclavage, l'instruction publique. Tout ne se réduit pas à la guillotine ou à la mauvaise gestion des affaires par les Girondins.

La Convention invente quelque chose de neuf, une Révolution remise en cause par les "modérés" du Directoire, assassinée par les Brumairiens. Le mouvement démocratique a été gelé par Bonaparte et ses partisans. C'est en ce sens que je rejoins votre remarque me concernant sur la "révolution permanente". Oui, je crois que la Révolution n'est pas achevée, d'une certaine manière. Ce mirage d'un exécutif fort est incompatible avec la véritable démocratie, qui ne peut s'exprimer que dans le cadre d'un régime d'assemblée. La France, depuis Bonaparte (et on pourrait évoquer De Gaulle) est encore aujourd'hui à la recherche de son "homme providentiel", de son "sauveur". Ce n'est pas ce que j'appellerais la maturité politique qui aurait pu (j'insiste sur le conditionnel) naître de la Révolution française.

Vous semblez pour votre part adhérer au bréviaire du petit Brumairien (n'y voyez aucun manque de respect, c'est juste un trait d'humour).

Cette idée, que je réfute totalement, d'une Révolution modérée, dévoyée par des idées radicales à partir de 1792, d'une gabegie qui a presque mis la France à terre. C'est cette posture qui me semble contre-révolutionnaire. Parce que cette idée d'un Bonaparte qui restaure l'autorité et évite ainsi le retour des Bourbons, c'est exactement les arguments de ses partisans de l'époque, et c'est ainsi qu'ils justifient la couronne impériale et l'éviction du peuple de la décision politique. C'est une dictature qui se met en place après 1802. Et en matière de gabegie, les guerres napoléoniennes et la restauration en 1815 démontrent les limites de cette interprétation.

Je ne cache pas mon affection pour la Convention montagnarde, même si je ne me voile pas la face sur ses excès. Je pense toutefois que le Directoire a accompli de grandes choses, au prix certes d'une confiscation de la démocratie. C'aurait pu être temporaire. Il n'y avait plus qu'à restaurer le suffrage universel et trouver un moyen constitutionnel de régler les conflits entre l'exécutif et le législatif pour fonctionner convenablement. Mais il y a eu Brumaire an VIII, qui a gelé cette évolution. 1802 a fini d'enterrer tous les espoirs.

@ Jérôme : Je suis d'accord avec certains de vos arguments. Oui, il y a un régime autoritaire après l'été 1793, oui il y a la guillotine, mais c'est une dictature d'assemblée, collégiale, partagée. Et probablement nécessaire. C'est ce que j'entendais par "drôle de dictature", plus haut.

Pour autant, il faut absolument arrêter de parler de La "chute de Robespierre" comme s'il avait tout décidé par lui-même. Robespierre n'est pas Bonaparte. Ce n'est pas un dictateur disposant des pleins pouvoirs ou d'un chèque en blanc de la majorité. Sa "chute" à l'été 1794 est celle de la Convention montagnarde. C'est un renversement de majorité, par la chute d'un tyran. Ne ne biffez pas d'un trait de plume un siècle d'historiographie révolutionnaire.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 05 Jan 2017 19:17 
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Philippe de Commines
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Je suis entièrement d'accord avec vous sur le fait que l'importance et le rôle de Robespierre ne sauraient être comparés à ceux de Napoléon. On en a fait un bouc émissaire alors qu'il n'était que le primus inter pares d'un groupe, et qui plus est seulement pendant une période assez courte. On oublie aussi que Robespierre a été un centriste parmi les terroristes. Il chute paradoxalement parce qu'il veut mettre notamment un terme aux excès terroristes et que les terroristes extrémistes, parmi lesquels Fouché, se disent qu'il faut lui faire la peau avant qu'il ne la leur fasse, et forment une alliance avec les partisans de la normalisation pour se recycler pas toujours avec succès.

Mais je suis entièrement en désaccord avec vous sur le fait que le 10 août 1792 marquerait l'arrivée du peuple en politique. Le peuple n'a pas attendu cette date pour ce faire. Il y a eu be serait-ce que la journee du 20 juin 1792. Et en fait le peuple s'y est mis dès 1789. Et je dirais surtout qu'en 1789, c'est au moment de la grande peur, là oui c'est ce qu'on peut appeler le peuple qui fait sa vraie entrée en politique. Mais des groupes militants de sans-culottes venant de l'est de Paris, ce n'est pas le peuple même s'ils prétendent parler au nom du peuple et le représenter tout comme 300 étudiants tenant un amphi et ramenant des journalistes prétendent être les étudiants et parler en leur nom à tous.


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 05 Jan 2017 19:31 
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J'ecrivais que la Révolution marquait l'entrée du peuple en politique, et que le 10 août en etait une démonstration éclatante, par les conséquences immenses de cette journée - pas que le peuple était entré en politique le 10 août. Nous nous sommes mal compris.

En 1789, le peuple entre en politique, pas "tout" le peuple évidemment, mais enfin, un sens politique nait dans la plèbe, et presqu'immédiatement on veut l'en extraire. On lui rappelle qu'il n'est pas assez nanti, pas assez bien né, pas assez éduqué pour participer pleinement à la vie de la Cité.

Le 10 août est ce moment, l'une des grandes journées qui ont fait la France (avec un clin d'œil à la célèbre collection de Gallimard), où la populace décide de prendre son destin en main, agit et obtient un résultat - il dépose le roi de sa propre initiative.

C'est en ce sens que j'évoquais le 10 août. Qui n'est pas qu'une partie de Paris - toutes les Sections, sauf une, ont répondu à l'appel du tocsin.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 06 Jan 2017 16:05 
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Philippe de Commines
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Jefferson a écrit :
Le 10 août est ce moment, l'une des grandes journées qui ont fait la France (avec un clin d'œil à la célèbre collection de Gallimard), où la populace décide de prendre son destin en main, agit et obtient un résultat

Au prix de combien d'assassinés ?

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il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 06 Jan 2017 16:33 
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Eginhard
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bourbilly21 a écrit :
Jefferson a écrit :
Le 10 août est ce moment, l'une des grandes journées qui ont fait la France (avec un clin d'œil à la célèbre collection de Gallimard), où la populace décide de prendre son destin en main, agit et obtient un résultat

Au prix de combien d'assassinés ?


De mémoire, 1000 morts ? Dont 600 Suisses et 400 Parisiens. Des Parisiens sont morts aussi. Et sans doute quelques Marseillais et Bretons.

D'autres journées, moins glorieuses, ont dévoré un nombre d'hommes bien plus conséquent. Et peut-on parler "d'assassinés" ? Ne devrait-on pas parler de "morts" ? Les Suisses se sont battus. Le 10 août, ce n'est pas les "Massacres de Septembre". Là, oui, il y a bien des assassinats.

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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 06 Jan 2017 16:56 
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Fustel de Coulanges
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Témoignage de Napoléon :
« Au 10 Août, voyant enlever le château des Tuileries et se saisir du Roi, j'étais assurément bien loin de penser que je le remplacerais, et que ce palais serait ma demeure.
Et s'arrêtant sur cette journée du 10 Août, il a dit :
« Je me trouvais, à cette hideuse époque, à Paris, logé rue du Mail, place des Victoires. Au bruit du tocsin, et de la nouvelle qu'on donnait l'assaut aux Tuileries, je courus au Carrousel, chez Fauvelet, frère de Bourrienne, qui y tenait un magasin de meubles. Il avait été mon camarade à l'école militaire de Brienne. C'est de cette maison, que, par parenthèse, je n'ai jamais pu retrouver depuis, par les grands changements qui se sont opérés, que je pus voir à mon aise tous les détails de la journée. Avant d'arriver au Carrousel, j'avais été rencontré dans la rue des Petits-Champs, par un groupe d'hommes hideux, promenant une tête au bout d'une pique. Me voyant passablement vêtu, et me trouvant l'air d'un monsieur, ils étaient venus à moi pour me faire crier vive la Nation ! ce que je fis sans peine, comme on peut bien le croire.
Le château se trouvait attaqué par la plus vile canaille. Le Roi avait assurément pour sa défense au moins autant de troupes qu'en eut depuis la Convention au 13 vendémiaire, et les ennemis de celle-ci étaient bien autrement disciplinés et redoutables. La plus grande partie de la garde nationale se montra pour le Roi : on lui doit cette justice. »
Ici le grand-maréchal a observé qu'il était précisément d'un des bataillons qui se montrèrent les plus dévoués. Il avait failli être massacré plusieurs fois par le peuple, en regagnant isolément sa demeure. Nous observions, de notre côté, qu'en général la garde nationale à Paris avait constamment montré les vertus de son état : l'amour de l'ordre, le dévouement à l'autorité, la crainte du pillage et la haine de l'anarchie; et c'était aussi l'opinion de l'Empereur.
« Le palais forcé, et le Roi rendu dans le sein de l'Assemblée, a-t-il continué, je me hasardai à pénétrer dans le jardin. Jamais depuis, aucun de mes champs de bataille ne me donna l'idée d'autant de cadavres, que m'en présentèrent les masses des Suisses; soit que la petitesse du local en fît ressortir le nombre, soit que ce fût le résultat de la première impression que j'éprouvais en ce genre. J'ai vu des femmes bien mises se porter aux dernières indécences sur les cadavres des Suisses. Je parcourus tous les cafés du voisinage de l'Assemblée, partout l'irritation était extrême ; la rage était dans tous les cœurs, elle se montrait sur toutes les figures, bien que ce ne fussent pas du tout des gens de la classe du peuple ; et il fallait que tous ces lieux fussent journellement remplis des mêmes habitués ; car bien que je n'eusse rien de particulier dans ma toilette, ou peut-être était-ce encore parce que mon visage était plus calme, il m'était aisé de voir que j'excitais maints regards hostiles et défiants, comme quelqu'un d'inconnu ou de suspect. »
(Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène)

Il y a aussi ce passages des "Mémoires et correspondance politique et militaire", de Joseph :
« Napoléon se trouvait au 10 août à Paris; il avait été présent à l'action. Il m'écrivit une lettre très détaillée, que je lus à mes collègues du directoire du département ; voici les deux traits principaux : « Si Louis XVI se fût montré à cheval, la victoire lui fût restée : c'est ce qui m'a paru, à l'esprit qui animait les groupes le matin.
Après la victoire des Marseillais, j'en vis un sur le point de tuer un garde du corps ; je lui dis : « Homme du Midi, sauvons ce malheureux ! Es-tu du Midi ? –Oui. -Eh bien, sauvons-le ! »

La sanglante journée a inspiré l'imaginaire de Maurice Réalier-Dumas :
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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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 Sujet du message : Re: 10 août 1792
Message Publié : 06 Jan 2017 17:18 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 21 Juil 2016 16:04
Message(s) : 50
Intéressant comme Napoléon, selon Joseph, se revendique d'une identité "méridionale", susceptible d'unir par une relation de "pays" un Marseillais et un Corse, se parlant sans doute en français. Aurait-on d'autres exemples de l'idée de la Corse comme faisant partie - ou du moins comme étant suffisamment proche du Midi pour créer une sentiment commun ?


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