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Message Publié : 24 Fév 2017 17:24 
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Fustel de Coulanges
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Malicorne a écrit :
Drouet Cyril a écrit :
Guenifey a été évoqué plus haut. Dans une courte conférence (ici : https://youtu.be/_bWN2HDczTc ), il donne (parmi d’autres heureusement) une piste de compréhension des actes de violence pour le moins étonnante :
« Les pertes sont compensées par l’achat d’esclaves au Soudan qui viennent renforcer ; et d’ailleurs le corps expéditionnaire qui part en Syrie est à moitié soudanais en réalité ; ce qui peut aussi contribuer à la violence. »

Il est surprenant d’entendre une telle bêtise dans la bouche d’un historien tel que Guenifey.
Bonaparte a bien évoqué l’achat d’esclaves pour compléter ses troupes, mais la Correspondance ne parle pas de ce genre d’initiative avant la campagne de Syrie.

Voici trois lettres :
« Je vous prie, citoyen, de me procurer 200 esclaves noirs d’un âge au-dessus de 16 ans pour en faire des soldats, et de me faire connaître à quel prix on les pourrait avoir. »
(Bonaparte à Poussielgue, 22 juin 1799)

« Je désirerais, Citoyen Général, acheter 2 ou 3 000 nègres ayant plus de seize ans, pour pouvoir en mettre une centaine par bataillon. Voyez s'il n'y aurait pas moyen de commencer ce recrutement en commençant les achats. Je n'ai pas besoin de vous faire sentir l'importance de cette mesure. »
(Bonaparte à Desaix, 22 juin 1799)

« Je vous prie de renvoyer, par la première caravane, 2 000 esclaves noirs ayant plus de seize ans, forts et vigoureux ; je les achèterai tous pour mon compte. »
(Bonaparte à Abd-El-Rahmân, sultan du Darfour, 30 juin 1799)


Cet amalgame avec des esclaves noirs fut-il effectif ?
Si oui a-t-on des retours sur les inévitables problèmes que cela peut causer, notamment la barrière de la langue, la maitrise de l'armement...


Il y eut bien amalgame. On a par exemple dans la trace de 47 chasseurs incorporés dans la 21 demi-brigade. On marge du registre, on peut lire : "Tous les nègres incorporés dans la 21e légère sont vêtus à l'uniforme de ce corps. Une partie fait déjà le service. L'instruction de l'autre se pousse avec vigueur".
Une lettre de Desaix (23 octobre 1799) à Kléber met de la valeur militaire de ce type de recrue.
D'autres entrèrent à l'armée comme tambours ou fifres.
Il existe un ouvrage de Bernard Gainot (Les officiers de couleur dans les armées de la République et de l'Empire, 1792-1815 ) qui aborde le sujet, mais les renseignements sont maigres.

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 24 Fév 2017 22:49 
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Merci. La "force noire" avant l'heure...
Ce qui n'explique pas comment était réglé le problème de la langue au sein des unités.


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Message Publié : 25 Fév 2017 8:15 
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Un grand nombre d'esclaves provenant de contrées où l'arabe était connu, peut-être que les interprètes ont pu faciliter l'incorporation.

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Message Publié : 25 Fév 2017 8:44 
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François (Journal) ne note pas de difficultés particulières : "Ces nègres idolâtres s'habituèrent cependant facilement à nos moeurs et devinrent de bons soldats."

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Message Publié : 25 Fév 2017 9:24 
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A-t-on des témoignages de l'engagement de ce qui pourrait passer pour des intermédiaires, déjà habitués à travailler avec les esclaves ?


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Message Publié : 25 Fév 2017 9:55 
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Je n'ai pas souvenir de cela concernant des interprètes spécialisés dans le commerce d'esclaves, mais en revanche, des interprètes pouvaient être attachés à la troupe afin de faciliter les échanges avec les locaux.

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Message Publié : 25 Fév 2017 10:02 
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Ces esclaves étaient-ils la propriété du Général comme peut le laisser penser la lettre du 30 juin 1799 ou étaient-ils achetés pour être affranchis (puisque théoriquement l'esclavage est aboli depuis 1794) ?


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Message Publié : 25 Fév 2017 10:30 
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Gainot ("Les officiers de couleur dans les armées de la République et de l'Empire") dit seulement :
"Il est déjà assez insolite que l'abolition de l'esclavage ayant été solennellement réaffirmée dans la Constitution de l'an III, des généraux recommandent très officiellement cette pratique et que des officiers, voire de simples soldats de l'armée d'Orient, eurent massivement recours aux marchés d'esclaves pour se procurer des domestiques, des compagnes, mais aussi des gardes du corps. Certes, il y a la pression des nécessités ; il y a encore l'éloignement du territoire métropolitain, qui autorise une émancipation des contraintes morales, une levée des tabous. Mais, inversement, cette mesure pourrait être légitimée par une sorte de réactivation des voies de l'affranchissement militaire. acheter un esclave pour en faire un soldat, c'est aussi lui assurer à terme sa liberté."

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Message Publié : 01 Mars 2017 10:10 
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Le pragmatisme est passé avant tout.


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Message Publié : 02 Mars 2017 20:53 
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Autres temps, autres résolutions :

Ordre du 16 juin 1798 :
« Art. 2 L'esclavage est aboli; tous les esclaves connus sous le nom de buonavogli sont mis en liberté, et le contrat, déshonorant pour l'espèce humaine, qu'ils ont fait est détruit.
Art. 3 En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs qui sont esclaves de quelque particulier seront mis entre les mains du général commandant, pour être traités comme prisonniers de guerre, et, vu l'amitié qui existe entre la Porte Ottomane et la République française, ils seront renvoyés chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et lorsqu'il aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte tous les esclaves français ou maltais qu'ils ont en leur pouvoir [à cet effet, les consuls de France à Alger, Tunis et Tripoli furent averti de la libération des esclaves barbaresques et turcs, et qu’en réponse, les beys se devaient de libérer les esclaves maltais en leur pouvoir]. »


Le même jour, l’ordre suivant était donné à Jean-Jacques Sébastien Le Roy, commissaire ordonnateur des côtes de la Méditerranée :
« Le général en chef ayant ordonné à l'amiral Brueys de nommer une commission à l'effet de reconnaître ceux des esclaves turcs qui seraient susceptibles d'être embarqués utilement sur les vaisseaux de l’escadre, vous voudrez bien donner des ordres pour, à la réquisition de l’amiral Brueys ou du chef de l'état-major de l’armée navale Ganteaume, faire remettre à leur disposition tous les esclaves turcs qui peuvent être dans le bagne et qu'ils désigneront. Le nombre monte à environ 500 hommes.
Vous vous entendrez avec l’amiral Brueys pour la répartition sur les différents vaisseaux, et les mesures de sûreté qu’il est convenable de prendre. »



Une fois débarqué en Egypte, Bonaparte, le 3 juillet, transforma les anciens esclaves, de matelots en ambassadeurs :
« Art. 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à Malte, et qui ont été mis en liberté, et qui sont de Syrie, des îles de l'Archipel, de l’Égypte ou du dey de Tripoli, seront sur-le-champ mis en liberté.
Art. 2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où l’état-major leur donnera des passeports pour se rendre chez eux, et à chacun une proclamation en arabe. »

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Message Publié : 05 Mars 2017 16:31 
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Dans un autre domaine, le témoignage de Miot (Memoires pour servir a l'histoire des expeditions en Egypte et en Syrie) :
« Animé du désir de m‘instruire, j’allai un jour avec quelques-uns de mes camarades, voir le bazar des femmes. Présentés comme des acheteurs, il fallut bien nous montrer la marchandise. On nous fit entrer dans des chambres salles et dégoûtantes, au fond desquelles était l’âtre d’un feu. Quelques petits pots rangés autour contenaient les modestes aliments des esclaves. Elles étaient toutes noires, les unes avec des cheveux crépus, les autres avec les cheveux bouclés, pendants ou lisses, suivant leur pays. A notre approche, elles se levèrent, et d’après l’ordre de leur maître, elles se dépouillèrent, sans hésiter, des misérables haillons qui les couvraient. Avec la même complaisance elles se tournèrent pour laisser examiner les différentes parties de leur corps. On pouvait même les toucher ; mais leur peau huilée, grasse et reluisante, m’inspira un tel dégoût que je n’osai porter ma main sur aucune d’elles. Je ne remarquai pas dans le nombre une seule figure intéressante. Ces femmes ressemblaient à de véritables animaux. Ni leurs regards, ni le son de leurs voix, n’avaient rien d’agréable. Que faire de pareilles compagnes, qui ne rachètent pas même par des formes gracieuses, ce que leur couleur a de repoussant ? Je n’ai pas besoin de dire que le marchand ne fit point d’affaires avec nous, et se retira tout aussi mécontent que nous pouvions l’être. J’ai cependant vu une négresse jolie ; il est vrai qu’elle n’était pas absolument noire comme celles dont je viens de parler. Aussi avait-elle des yeux d’une douceur remarquable, de la finesse dans les traits et un corps fait à peindre. Quant aux femmes blanches il ne s'en tenait point de bazars à l'époque où nous étions au Caire; mais, comme je l'ai déjà rapporté, toutes celles que les Mamelouks avaient abandonnées, étaient à notre disposition, à un prix fort modéré. »

Une œuvre de Maurice Orange :
Image

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Message Publié : 07 Mars 2017 10:57 
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"Animé du désir de m‘instruire"... lol

Merci pour ce témoignage. :wink:


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Message Publié : 19 Mars 2017 12:46 
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A noter que les Français ne furent pas seulement acheteurs mais aussi vendeurs :

« 20 avril – Le 1er floréal. Le général Davoust poursuivant les mamelouks a été attaqué près de Béni-Adin ; cette ville a été détruite.
La caravane du Darfour, qui venait d’arriver, a été pillée pour avoir porté les armes contre nous. Elle était très riche ; on a amené à Syout avec les blessés français quantité de nègres et de négresses, des chameaux et des effets précieux, dont on sait que cette caravane est ordinairement chargée. Chaque soldat a sa petite part d’argent monnayé ; quelques-uns ont deux à trois mille francs ; l’un a 24 000 francs. Nous avons perdu dans cette affaire le chef de brigade de cavalerie Pinon. Le lendemain les soldats vendaient pour 20, 30 et 40 paras les esclaves noirs des deux sexes qu’ils avaient ramenés. »
(Villiers du Terrage, Journal et souvenirs sur l'expédition d'Égypte)


Pour information, 20, 30 et 40 paras correspondent à 7,14 ; 10,71 francs et 14,28 francs.
Peu de chose finalement à côté des 1800 livres déboursées par Eugène de Beauharnais pour s’offrir une esclave noire ou les 3600 payées par le directeur des ingénieurs des Ponts et Chaussée, Le Père, pour une Caucasienne.

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Message Publié : 20 Mars 2017 19:30 
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Desaix par Appiani :
Image

Bulletin de l'armée de Réserve du 18 juin 1800 :
"Le général Desaix avait amené d'Egypte deux petits nègres que lui avait donnés le roi de Darfour. Ces enfants ont porté le deuil de la mort de leur maître, à la mode de leur pays et d'une manière extrêmement touchante."

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Message Publié : 23 Mars 2017 11:40 
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Drouet Cyril a écrit :
Peu de chose finalement à côté des 1800 livres déboursées par Eugène de Beauharnais pour s’offrir une esclave noire ou les 3600 payées par le directeur des ingénieurs des Ponts et Chaussée, Le Père, pour une Caucasienne.


Sait-on ce que devinrent ces esclaves à la fin de la campagne d’Égypte ?


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