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 Sujet du message : Le discours du 2 janvier 1814
Message Publié : 25 Mars 2017 8:30 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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ezio-auditore a écrit :
Drouet Cyril a écrit :
"Je ne crains pas de l'avouer, j'ai trop fait la guerre; j'avais formé d'immenses projets, je voulais assurer à la France l'empire du monde ! Je me trompais, ces projets n'étaient pas proportionnés à la force numérique de notre population. Il aurait fallu l'appeler tout entière aux armes, et je le reconnais, les progrès de l'état social, l'adoucissement même des moeurs, ne permettent pas de convertir toute une nation en un peuple de soldats. Je dois expier le tort d'avoir trop compté sur ma fortune, et je l'expierai. "

Quelle était la circonstance pour une fois encore se poser en victime, excepté d'endosser la "tunique de Nessus" pour que l'on oublie le côté "néronien" ?


Il s’agit d’un discours qu’aurait tenu Napoléon le 2 janvier 1814 devant les commissaires extraordinaires chargés d’appliquer le décret du 26 décembre 1813 :
« Art. 1er. Il sera envoyé des sénateurs ou conseillers d'État dans les divisions militaires, en qualité de nos commissaires extraordinaires. Ils seront accompagnés de maîtres des requêtes ou d'auditeurs.
Art. 2. Nos commissaires extraordinaires sont chargés d'accélérer :
1° Les levées de la conscription ;
2° L'habillement, l'équipement et l'armement des troupes ;
3° Le complètement de l'approvisionnement des places ;
4° La rentrée des chevaux requis pour le service de l'armée ;
5° La levée et l'organisation des gardes nationales, conformément à nos décrets.
Nos dits commissaires extraordinaires pourront étendre les dispositions desdits décrets aux villes et places qui n'y sont pas comprises.
Art. 3. Ceux de nosdits commissaires extraordinaires qui seront envoyés dans les pays que menacerait l'ennemi ordonneront des levées en masse et toutes autres mesures quelconques nécessaires à la défense du territoire et commandées par le devoir de s'opposer aux progrès de l'ennemi.
Au surplus, il leur sera donné des instructions spéciales, à raison de la situation particulière des départements où ils seront en mission.
Art. 4. Nos commissaires extraordinaires sont autorisés à ordonner toutes les mesures de haute police qu'exigeraient les circonstances et le maintien de l'ordre public.
Art. 5. Ils sont pareillement autorisés à former des commissions militaires et à traduire devant elles ou devant les cours spéciales toutes personnes prévenues de favoriser l'ennemi, d'être d'intelligence avec lui ou d'attenter à la tranquillité publique.
Art. 6 Ils pourront faire des proclamations et prendre des arrêtés. Lesdits arrêtés seront obligatoires pour tous les citoyens. Les autorités judiciaires, civiles et militaires seront tenues de s'y conformer et de les faire exécuter.
Art. 7. Nos commissaires extraordinaires correspondront avec nos ministres pour les objets relatifs à chaque ministère.
Art. 8. Ils jouiront, dans leurs qualités respectives, des honneurs qui leur sont attribués par nos règlements.
Art. 9. Nos ministres sont chargés de l'exécution du présent décret, qui sera inséré au Bulletin des lois. »



Voici le discours en question tel qu’on nous le présente :
« Je ne crains pas de l'avouer, j'ai trop fait la guerre ; j'avais formé d'immenses projets, je voulais assurer à la France l'empire du monde ! Je me trompais, ces projets n'étaient pas proportionnés à la force numérique de notre population. Il aurait fallu l'appeler tout entière aux armes, et je le reconnais, les progrès de l'état social, l'adoucissement même des mœurs, ne permettent pas de convertir toute une nation en un peuple de soldats. Je dois expier le tort d'avoir trop compté sur ma fortune, et je l'expierai. Je ferai la paix, je la ferai telle que la commandent les circonstances, et cette paix ne sera mortifiante que pour moi. C'est à moi qui me suis trompé, c'est à moi à souffrir, ce n'est point à la France. Elle n'a pas commis d'erreur, elle m'a prodigué son sang, elle ne m'a refusé aucun sacrifice !... Qu'elle ait donc la gloire de mes entreprises, qu'elle l'ait tout entière, je la lui laisse... Quant à moi, je ne me réserve que l'honneur de montrer un courage bien difficile, celui de renoncer à la plus grande ambition qui fut jamais, et de sacrifier au bonheur de mon peuple des vues de grandeur qui ne pourraient s'accomplir que par des efforts que je ne veux plus demander. Partez donc, messieurs, annoncez à vos départements que je vais conclure la paix, que je ne réclame plus le sang des Français pour mes projets, pour moi, comme on se plaît à le dire, mais pour la France et pour l'intégrité de ses frontières; que je leur demande uniquement le moyen de rejeter l'ennemi hors du territoire, que l'Alsace, la Franche-Comté, la Navarre, le Béarn sont envahis, que j'appelle les Français au secours des Français ; que je veux traiter, mais sur la frontière, et non au sein de nos provinces désolées par un essaim de barbares. Je serai avec eux général et soldat. Partez, et portez à la France l'expression vraie des sentiments qui m'animent. »

A ma connaissance, ces mots n’apparaissent pour la première fois, avant d’être souvent repris par la suite, sous la plume de Thiers (Histoire du Consulat et de l’Empire). Malheureusement, Thiers ne dit pas d’où il tire ce discours…
Quelques passages peuvent d’une certaine manière faire penser à un autre texte qui, lui, est bien moins sujet au doute :
« Quant à moi, je ne me réserve que l'honneur de montrer un courage bien difficile, celui de renoncer à la plus grande ambition qui fut jamais, et de sacrifier au bonheur de mon peuple des vues de grandeur qui ne pourraient s'accomplir que par des efforts que je ne veux plus demander. »
(Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire)

« Les sacrifices que comportent les bases préliminaires que m’ont proposées les ennemis, et que j’ai acceptées je les ferai sans regret ; ma vie n'a qu’un but : le bonheur des Français. »
(Réponse de l’Empereur, le 30 décembre 1814, à une adresse du Sénat)



« Je leur demande uniquement le moyen de rejeter l'ennemi hors du territoire, que l'Alsace, la Franche-Comté, la Navarre, le Béarn sont envahis, que j'appelle les Français au secours des Français »
(Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire)

« Le Béarn, l’Alsace, la Franche-Comté, le Brabant sont entamés. Les cris de cette partie de ma famille me déchirent l’âme ! J’appelle les Français au secours des Français ! J’appelle les Fran ais de Paris, de la Bretagne, de la Normandie, de la Champagne, de la Bourgogne et des autres départements au secours de leurs frères ! Les abandonnerons-nous dans leur malheur ? Paix et délivrance de notre territoire, doit être notre cri de ralliement. »
(Réponse de l’Empereur, le 30 décembre 1814, à une adresse du Sénat)


En revanche, l’entame du discours rapporté par Thiers (« Je ne crains pas de l'avouer, j'ai trop fait la guerre ; j'avais formé d'immenses projets, je voulais assurer à la France l'empire du monde ! Je me trompais, ces projets n'étaient pas proportionnés à la force numérique de notre population. Il aurait fallu l'appeler tout entière aux armes, et je le reconnais, les progrès de l'état social, l'adoucissement même des mœurs, ne permettent pas de convertir toute une nation en un peuple de soldats. ») semble être un écho édulcoré au projet d’adresse rédigée au sein de la commission établie par le Corps législatif le 22 décembre 1813 :
« On veut non pas nous humilier, mais nous renfermer dans nos limites et réprimer l'élan d'une activité ambitieuse si fatale depuis vingt ans à tous les peuples de l'Europe.
[…]
La conscription est devenue pour toute la France un odieux fléau, parce que cette mesure a toujours été outrée dans l'exécution. Depuis deux ans on moissonne trois fois l'année ; une guerre barbare et sans but engloutit périodiquement une jeunesse arrachée à l'éducation, à l'agriculture, au commerce et aux arts. »

J’ai du mal à imaginer l’Empereur tenir de tels propos deux jours seulement après l’ajournement du Corps législatif provoqué par le rapport de Lainé (bien moins offensive que le projet d'adresse évoqué plus haut).

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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