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Message Publié : 06 Mai 2017 17:45 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Malicorne a écrit :
Dans les témoignages de vétérans le rejet physique des peuples d'Asie centrale fait autant l'unanimité que le mépris des Juifs... :rool:


Loïc a écrit :
à la lecture de ce passage je pensais justement aux autres descriptions "ethnologiques" des autres nations et peuples dont les juifs chez ces mémorialistes, et sur ces derniers dans mon souvenir il y'a des opinions variables et non pas unanimement anti-juives, on trouve bien des commentaires philosémites ou simplement descriptifs qui plaignent leur sort etc...de même que les passages peu chaleureux à l'égard des juifs polonais et de l'Empire Russe ne sont sans doute à pas généraliser à tous les juifs selon les rédacteurs
parmi ces nombreux soldats "mémorialistes" il y'a même eu la publication des souvenirs d'un soldat juif allemand de Westphalie


Malicorne a écrit :
J'ai surtout croisé des portraits de Juifs mettant l'accent sur la fourberie et l'attrait irrésistible pour l'argent.
A quoi il faut ajouter une description de l'étrangeté et la saleté des communautés les plus pauvres d'Europe.





Quelques exemples :

« Dès que la populace de Rome eut perdu de vue nos baïonnettes [fin novembre 1798], elle se livra aux excès les plus révoltants. Elle se rua sur tout ce qui rappelait la présence des Français; arbres de la liberté, écussons, monuments furent brûlés, brisés ou saccagés. Après les choses, elle porta sa fureur sur nos partisans. Ils furent molestés, emprisonnés, et leurs habitations mises au pillage.
Des barbaries atroces s'exercèrent notamment contre les juifs. Un décret de la République romaine les avait affranchis de la servitude qui les obligeait à vivre dans des quartiers à part, et les avait mis sur le rang des autres citoyens. Ces droits n'étant plus protégés par notre présence, la réprobation du fanatisme contre ces malheureux reprit toute sa vigueur, et, comme il fallait un aliment à la cruauté, il n'est pas de tortures qu'on ne fit subir à tous ceux dont on s'empara. Beaucoup furent égorgés ou noyés dans le Tibre. »
(Lahure, Souvenirs de la vie militaire)



« Sur le terrain [du champ de bataille de Golymin], un grand nombre de sacs gisaient, avec le fourniment éparpillé çà et là. Les Juifs n'étaient pas encore venus, de leur main crochue, porter la profanation sur ces débris
[…]
J'habitais à Trieste dans la maison des Cahen, riches commerçants juifs, mais Juifs fort bien. Il y avait dans cette famille deux jeunes filles belles et spirituelles. Je les avais connues par un émigré français qui les avait rendues familières à nos usages, à nos mœurs, à notre littérature et à nos plaisirs. Élégantes et riches, elles étaient l'ornement de toutes les réunions au palais du gouvernement. L'ainée de ces jeunes filles […] restera un des heureux souvenirs de ma jeunesse. »
(Paulin, Souvenirs)



« Nous sommes logés [à Friedberg] chez le juif Moyse, dont le manoir est propre et chez qui nous avons trouvé une bonne table et de très bons lits. En cette
ville est un médecin Israélite de bonne mine, docteur de Francfort-sur-Oder, parlant assez bien notre langue, homme fin, spirituel et nous ayant donné de bons renseignements sur la Pologne.
[…]
Partis de Friedberg à huit heures, bien contents de notre juif et notre juif bien content de nous.
[…]
On vit dans ce pays-ci [Posen] à peu près comme en Hollande : beaucoup de beurre, qui est de bonne qualité ; du café, de la bière et du vin blanc de Hongrie. Les appartements des riches sont propres et bien décorés, mais quel peuple ! Les juifs sont d'un aspect affreux et d'une malpropreté repoussante.
[…]
A quatre heures, nous sommes arrivés à Wreschen, grande bourgade toute en bois, ayant pourtant un château et une église en pierre. Nous sommes logés chez un juif à barbe touffue, portant gros bonnet de poil, ceinture et robe longue; tel est le commun costume. Il a voulu baiser mes habits, nous a présenté sa femme, qui a été bien, et ses filles, qui, à la malpropreté près, sont jolies ; on nous a donné à dîner, passablement ; nous en avons fourni la moitié, car il n'y a pas de vin ici, et le pain y est noir et de seigle. Nous avons couché sur la paille, mais chaudement et commodément, parce que nous avons nos couvertures et des draps.
[…]
Les filles et femmes de cette espèce de colonie [Babiak] sont très bien et vêtues avec élégance. En général, le sexe est beau, et autant les juifs sont hideux, autant leurs femmes ont, dans leur malpropreté, de la grâce, de la fraîcheur et de la physionomie; il en est qui sont très bien mises. Les enfants et les femmes du peuple vont pieds nus dans la boue jusqu'aux jarrets.
[…]
Arrivé de bonne heure à Sochaczew, méchante petite ville habitée par d'affreux singes des bois qu'on appelle ici juifs : ces misérables, tous horribles, ont étalé de toutes parts leurs quincailleries communes et leurs autres marchandises; ils sont couverts de poux et les secouent par poignées, quand ils en sont trop vivement mordus.
[…]
Arrivé hier à Varsovie, à une heure, gelé, morfondu, toussant comme un malheureux. Cette ville ne vaut pas sa réputation : elle est très étendue, mais généralement mal bâtie, et les juifs, qui forment plus de la moitié des habitants, la rendent détestable par leur laideur, leur saleté, leur horrible aspect.
[…]
Nous sommes logés avec trois des chirurgiens que j'ai envoyés le 22 à Lobau ; notre hôte est un juif de bonne mine, ayant huit enfants et fort brave homme.
[…]
Notre juif nous a bien reçus ; Mlle Rébecca, sa fille, nous a souri et fait des mines. On nous a donné un souper très sale, sur une nappe plus sale encore; aussi a-t-il fallu que j'allasse couper un bout de toile pour faire disparaître l'horrible nappe; autrement il m'eût été impossible de rien prendre. J'ai eu beau défendre de faire du feu au poêle du cabinet ordurier où nous devions coucher, on l'a chauffé tout rouge. On m'a arrangé un grabat détestable près cette fournaise ; ayant des p..., je n'ai pas eu peur d'en gagner; j'en ai autant à rendre qu'à acquérir. Une chienne, mère de quatre petits, menaçait mon repos : Mlle Rébecca a bien voulu faire déguerpir cette incommode famille et je l'ai remerciée de cette complaisance en lui prenant le menton et lui faisant quelques compliments qui l'ont flattée. Je doute qu'on puisse pousser la malpropreté plus loin que cette fille, d'ailleurs gentille, ne la porte ; elle est juive : c'est tout dire. »
(Percy, Journal)



« Les premières impressions que j'ai reçues m'ont donné une invincible antipathie pour les Juifs »
(Thiébault, Mémoires)



« Dès qu'on entre en Pologne, on ne rencontre que l'image de la servitude et de la misère, des paysans abrutis, des Juifs d'une horrible saleté, des campagnes à peine cultivées, et, pour maisons, de misérables cabanes aussi sales que leurs habitants.
[…]
Les Juifs ne voyaient que l'occasion de nous faire payer largement tout ce dont nous avions besoin.
[…]
Plusieurs généraux, beaucoup d'officiers, plus de 20 000 hommes, presque tous malades, tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; ces malheureux avaient rassemblé toutes leurs forces pour arriver à Wilna, croyant y trouver le repos. Au moment du départ de l'arrière-garde, les Juifs massacrèrent et dépouillèrent tous ceux qui tombèrent sous leurs mains »
( Montesquiou-Fezensac, Souvenirs militaires de 1804 à 1814)



«Lorsqu'ils nous virent sans [notre conducteur juif], et que nous expliquâmes ce qui s'était passé, les juifs poussèrent des cris de détresse, considérant la perte de leur coreligionnaire comme inévitable. En effet, dès la pointe du jour, on fut à la recherche de ce malheureux que l'on trouva mort, enfoncé jusqu'aux épaules dans la neige dont il n'avait pu sortir, et nous ne parvînmes à faire cesser les cris lamentables de sa famille qu'au moyen d'une somme de 50 roubles argent (250 fr.) de dédommagement dont l'effet est toujours immanquable sur la race judaïque de ce pays.
[…]
Cette partie de la Pologne, qu'il me fallut parcourir dans une longueur de 42 lieues, offrait une aridité désespérante; coupée par des bois de sapins, elle était peuplée de loin en loin par de chétifs villages, quelques petits bourgs sous la domination usuraire des juifs. Je fus encore trop heureux d'avoir recours à eux, ce qui me permit d'arriver sans encombre, après sept jours d'une marche fatigante, à la petite ville de Villembourg »
(Espinchal, Souvenirs militaires)



« Comme dans toutes les petites villes de la Pologne presque exclusivement habitées par des gens de cette malheureuse nation, les Juifs de Schaki étaient astucieux, mercantiles et surtout d'une saleté dégoûtante; leur avarice était poussée à un tel degré que les chasseurs n'en obtenaient qu'avec peine les objets de première nécessité. »
(Dupuy, Souvenirs militaires)



« On réunissait dans chaque corps les chevaux des généraux, des officiers et des cantiniers, et l'on en formait des convois au moyen desquels on empêchait du moins le soldat de mourir de faim. Toutefois, ces mesures eussent été elles-mêmes bien insuffisantes, si les juifs de Bromberg, de Thorn et des autres villes situées sur la Vistule, n'étaient venus à notre aide ; ils nous apportaient des approvisionnements de toute espèce, qu'ils nous faisaient, comme on le pense bien, payer très-chèrement ; mais nous étions trop heureux de les avoir pour disputer sur le prix.
[…]
Etablies et campées dans un pays pauvre et dénué de ressources, les troupes avaient à pourvoir, en grande partie, à leur propre subsistance, et à payer avec leur solde le pain que les Juifs venaient leur vendre fort cher.
[…]
Le 3e corps et la cavalerie du roi de Naples arrivèrent le 14 au soir devant Krasnoï : c'était la première ville russe , et nos misères allaient augmenter encore ; ici nous ne trouvions plus d'amis, et surtout plus de Juifs, ce qui était un malheur plus réel
En Pologne, au contraire, les Juifs sont très-nombreux, et ce sont eux qui exercent toutes les branches de commerce; ils nous avaient été très-utiles pour la subsistance de l'armée, et l'auraient été bien davantage si l'on avait su les y intéresser. Je suis persuadé qu'eux seuls possédaient les moyens de nous pourvoir de tout, mais il aurait fallu leur donner de l'or.
[…]
A peine étions-nous hors de Wilna, que les Cosaques et les autres troupes russes se livrèrent aux derniers excès envers nos malheureux soldats prisonniers. Il les dépouillèrent, les maltraitèrent et les assassinèrent de cent manières différentes; les juifs montrèrent beaucoup d'animosité contre eux et s'associèrent souvent aux sanglantes exécutions des Cosaques.»
(Berthezène, Souvenirs militaires de la République et de l'Empire)



« On me donna le meilleur logement de la ville, chez un juif marchand de vin et d'épiceries; il me fut désigné comme très-riche, ce qui me donna l'espoir d'y être bien traité ; mais je ne tardai pas à être désabusé ; on me servit, en effet, un fort mauvais dîner et, au lieu de vin, de la petite bière; je fis venir mon hôte et lui représentai que ce n'était pas ainsi qu'il devait traiter un officier français ; il me répondit d'une manière impertinente, ce qui m'ayant fait perdre patience, j'en vins à le menacer de quelques coups du plat de mon épée ; ses cheveux et sa longue barbe se hérissèrent alors de fureur ; il se retira en grondant, mais, peu d'instants après, je vis du vin paraître sur ma table, ce qui me fit penser qu'il était revenu à de meilleurs sentiments; je m'abandonnais à cette illusion, quand, tout à coup, je le vis rentrer tenant à la main un papier qu'il me remit d'un air triomphant. C'était le magistrat du lieu qui, sur la plainte du juif, m'écrivait, en mauvais français, une lettre que la politesse n'avait certainement pas dictée. Je me rendis, à l'instant, chez lui et lui fis, non pas de très-humbles, mais de vertes remontrances ; il se confondit en excuses, sur ce qu'il avait été mal informé ; me dit que le juif devait fournir à tous mes besoins et qu'il allait donner des ordres en conséquence ; je l'invitai à venir, sur-le-champ, les lui intimer en ma présence; il me suivit de fort bonne grâce et parla au juif, en polonais, d'un ton très-sévère qui me fit croire que, réellement, il remplissait sa promesse ; puis, se tournant vers moi, il me répéta, en français, que le juif était riche et bien capable de me traiter convenablement, ajoutant qu'il fallait me faire servir et ne pas le ménager. Après qu'il nous eut quittés, je remarquai, avec surprise, que mon juif avait conservé un air de triomphe qui paraissait peu naturel chez quelqu'un qui, comme lui, venait de perdre son procès et d'être sévèrement tancé; il apporta une bouteille d'excellente bière de Stettin et m'invita à en boire; j'acceptai et on eût dit que la paix était faite entre nous; mais notre réconciliation ne fut pas de longue durée : l'heure du souper arriva ; j'avais dîné à onze heures, l'appétit commençait à se faire sentir et je ne voyais nul apprêt autour de moi ; las d'attendre, je demandai, enfin, qu'on servit. Comment ! s'écria mon maudit juif, il a bu toute la soirée de la bière et il demande encore à souper ! dites-lui qu'on n’a rien à lui donner. Non content de me faire rendre cette réponse, il vint lui-même me dire qu'il s'étonnait beaucoup qu'après la sévère réprimande que j'avais reçue du magistrat, j'osasse encore faire le méchant dans la maison ; je compris alors comment nous avions été, lui et moi, dupes de ce malin magistrat qui nous avait donné, à chacun, raison dans notre langue, et nous avait ainsi laissés tous les deux fort contents de lui. Je jugeai donc qu'il était désormais inutile d'avoir recours à lui et je me servis, pour me faire donner à souper, du moyen dont j'avais usé le matin; mais il me fallut aller jusqu'à saisir le juif par sa barbe, ce qui était pour lui la plus mortelle offense ; mon succès fut, du reste, assez complet et le lendemain matin je regagnai mon cantonnement, de plus en plus convaincu qu'il n'y avait pas de meilleure justice que celle qu'on se faisait à soi-même. »
(Girod de l’Ain, Dix ans de mes souvenirs militaires, de 1805 à 1815)



« Nous dépensions beaucoup d'argent, grâce aux juifs, qui nous prêtaient à gros intérêts
[…]
Des Juifs, qui nous apportaient de fort loin des vivres, nous furent d'un grand secours, mais ils épuisèrent nos bourses »
(Levavasseur, Un officier d'état-major sous le premier Empire. Souvenirs militaires )



«Il est certain qu'en Espagne, à cette époque, les gens du peuple croyaient fermement qu'un hérétique ou un juif était une sorte de demi-diable, muni de la queue et des cornes réglementaires. Beaucoup de personnes de la classe aisée, les femmes surtout, n'étaient pas encore bien convaincues du contraire, car la marquise et ses amies paraissaient surprises de voir que nous étions, moi et les soldats mes coreligionnaires, « des hommes comme les autres. »
Un incident tragi-comique, qui' eut lieu peu de jours après, montre combien ces préventions superstitieuses étaient profondément enracinées dans les classes populaires.
Le 14e de ligne, qui occupait Tauste, avait alors pour cantinier un juif alsacien nommé Salomon. Cet homme, se trouvant fréquemment en rapport avec des gens du pays pour des achats de denrées qu'il payait fort bien, avait acquis une certaine popularité dans le pays, et s'imaginait n'avoir plus rien à craindre. Un jour qu'il voyageait avec un détachement envoyé en reconnaissance, il crut pouvoir demeurer pendant quelques instants en arrière dans un village, malgré l'avis du commandant. Comme il ne reparaissait pas, on envoya à sa recherche une patrouille, qui trouva le pauvre homme étendu par terre au milieu du chemin, tout nu et demi mort de peur. Plusieurs individus s'étaient jetés tout à coup sur lui à la sortie du village, l'avaient dépouillé de ses vêtements, puis étaient partis en disant : non e judio, non tene coda. (Ce n'est pas un juif, il n'a pas de queue !) Sa carriole et ses habits furent retrouvés intacts, ce qui prouve bien que les assaillants étaient des imbéciles et non des voleurs.
[…]
Nous fûmes, pour notre part, envoyés à Szrem (Schrimm), toute petite ville située comme Posen sur la Warla, à environ cinq lieues en amont. Les logements ne brillaient pas par la propreté, surtout dans le quartier juif, que nos vétérans trouvaient plus sale que les étables espagnoles.
[…]
Je vis apporter, rien qu'à notre campement, une quantité considérable d'argenterie, d'orfèvrerie émaillée, de linge de table, des étoffes précieuses et des fourrures sur lesquelles s'étendaient les soldats; puis encore une foule d'objets mobiliers, comme chaises, flambeaux, etc., que les pillards faisaient déménager par des Russes ivres comme eux. La plupart de ces objets étaient rachetés à vil prix par de ces ignobles brocanteurs, juifs pour la plupart, qui, en pareille occasion, semblent tout à coup surgir de dessous terre.
(Von Brandt, Souvenirs d'un officier polonais, scènes de la vie militaire en Espagne et en Russie, 1808-1812)



« Orcha, comme la plupart des villes secondaires de ces contrées, se composait de maisons de la plus pauvre apparence. Une grande partie de la population est juive; lorsque nous arrivions dans ce pays six mois auparavant, confiants redoutables, l'activité mercantile de cette nation avait été très utile aux approvisionnements de l'armée; mais, en ce moment d'affaiblissement visible, les ressources et le bon vouloir s'étaient épuisés en même temps. »
(Bourgoing, Souvenirs militaires)



« Il y a beaucoup de juifs à Ancône et leurs femmes sont fort belles. En temps de paix, le commerce y est florissant ; mais à l'époque dont je parle, il était à peu près nul, au grand détriment des négociants du pays.
Je logeai chez un israélite qui faisait le commerce du blé. Il avait une femme superbe, un fils bon garçon et une fille charmante. Je mangeai fort souvent avec eux, j'assistai même à un de leur souper du jour du Sabbat et je fus enchanté de la façon gracieuse et cordiale dont ils me donnèrent l'hospitalité.
Rachel, c'était le nom de la jeune personne, était tout à fait à mon goût et je crois que je ne lui déplaisais pas ; mais je me bornai au plaisir de l'admirer et de m'entretenir avec elle sans lui souffler le moindre mot d'amour.
[…]
Durant le temps que je restai dans cette maison, je me liai avec le fils qui me procura quelques amusements.
[…]
Quand il fallut quitter Ancône, je regrettai mon bon israélite et sa famille où j'étais comme chez moi.
Les gens intolérants et prévenus contre les individus de cette religion, devraient passer quelque temps dans une semblable maison : je gage qu'ils reviendraient promptement de leurs préventions. »
(D’Hauteroche, Souvenirs)



« L'Empereur retourna à Varsovie pour y préparer une nouvelle campagne. Les divisions du corps d'Augereau furent réparties dans les villages autour de Plusk, si on peut donner ce nom à un amas confus d'ignobles baraques habitées par de sales Juifs
[…]
Il est indispensable à la guerre d'avoir des espions; Masséna se servait pour cela de deux frères juifs, hommes très intelligents, qui, pour donner des nouvelles exactes et recevoir plus d'argent, avaient l'audace de se glisser parmi les colonnes autrichiennes, sous prétexte de vendre des fruits et du vin; puis, restant en arrière, ils attendaient l'arrivée des Français et venaient faire leur rapport au maréchal. Celui-ci, pendant son court séjour à Hollabrunn, avait promis une forte somme à l'un de ces Juifs s'il lui remettait, le lendemain au soir, l'état approximatif des forces ennemies engagées sur la route que nous suivions. Alléché par l’appât du gain, l'Israélite prend des chemins détournés, marche toute la nuit, gagne la tête de l'armée ennemie, pénètre dans un bois, et, grimpant au sommet d'un arbre touffu, il se blottit dans le feuillage, d'où, sans être aperçu, il dominait la grande route, et, à mesure que les colonnes défilaient devant lui, l'espion inscrivait sur un calepin à quelle arme ces troupes appartenaient, la force des escadrons et des bataillons, ainsi que le nombre des pièces. Mais, au moment où il était ainsi occupé, un sergent de chasseurs entre dans le bois pour s'y reposer quelques instants, et vient se coucher précisément au-dessous de l'arbre sur lequel se trouvait le Juif, qu'il n'avait point aperçu. A cette vue, l'espion, absolument saisi, fit probablement quelque mouvement pour se cacher; le calepin lui échappa des mains et vint tomber à côté du sergent ! Celui-ci lève la tête, et voyant un homme au milieu des hautes branches, il le couche en joue, en lui ordonnant de descendre. Le malheureux Juif, forcé d'obéir, est conduit devant un général autrichien, qui, à la vue du calepin accusateur, fait tuer ce misérable à coups de baïonnette. Il gisait sur la grande route lorsque, quelques heures après, l'armée française arriva sur ce point. Dès que le second Juif, qui marchait avec nous en ce moment, aperçut le corps de son frère, il poussa des cris affreux; puis, se ravisant, il fouilla les poches du mort. Mais n'y ayant rien trouvé, il pesta contre les ennemis qui lui avaient, disait-il, volé l'argent dont son frère était pourvu; finalement, pour avoir au moins quelque part de son héritage, il prit tous les vêtements pour les vendre plus tard. Voilà qui peint bien le caractère juif !
[…]
Les soldats des autres corps se répandirent en ville dans l'espoir d'être reçus par les habitants; mais ceux-ci, qui, six mois avant, appelaient les Français de leurs vœux, fermèrent leurs maisons dès qu'ils les virent dans le malheur ! Les Juifs seuls reçurent ceux qui avaient de quoi payer cette hospitalité passagère.
[…]
A peine étions-nous hors de Wilna que les infâmes Juifs, se ruant sur les Français qu'ils avaient reçus dans leurs maisons pour leur soutirer le peu d'argent qu'ils avaient, les dépouillèrent de leurs vêtements et les jetèrent tout nus par les fenêtres ! Quelques officiers de l'avant-garde russe qui entraient à ce moment furent tellement indignés de cette atrocité qu'ils firent tuer beaucoup de Juifs. »
(Marbot, Mémoires)



« Les citoyens professant le culte israélite firent prier le général d'accepter une forte somme qu'il refusa ; ils renouvelèrent avec aussi peu de succès la même offre en 1815. L'un d'eux, chargé d'une grande fourniture pour les armées, ne voulut point signer un marché qu'on n'en eût diminué le montant, attendu que le prix demandé par ses co-associés, pour la ration de la viande, était trop fort de deux centimes et demi pour chacune d'elles. Ce digne Français est M. Mayer-Lévi. Une dame étrangère voyant des mendianst se presser autour de la porte de ce bon citoyen, à certains jours réglés de la semaine, lui demanda si ces pauvres gens étaient de sa religion. « C'est ce dont je ne m'informe point, Madame, répondit-il ; il me suffit qu'ils soient dans le besoin. » Qu'on ne croie pas que de pareils traits de patriotisme et de vertus privées soient rares chez les juifs français : ils ont parmi eux un grand nombre de familles très respectables, et dont le nombre s'accroîtra de jour en jour, puisque nos lois ne font pas de différence entre les hommes d'un culte et ceux d'un autre. »
(Hugo, Mémoires)



« Le grand principe d'un paysan polonais est contenu dans ce proverbe « Un homme n'est jamais malheureux tant qu'il a de quoi manger. » Les bourgeois, dans les petites villes, vivent aussi misérablement que les serfs; il n'y a que les juifs qui, sous l'apparence de l'extrême indigence, jouissent de l'aisance et même des richesses.
[…]
Bientôt, les officiers se trouvèrent incapables de réfréner l’action des soldats qui se livraient au saccage [de Moscou]. Plusieurs tuèrent tes incendiaires surpris et s'approprièrent ce qu’ils avaient dérobé. On vit s'ouvrir des marchés aux carrefours et dans les églises, car une tourbe de juifs polonais nous avaient suivis.
[…]
Tout poste isolé était attaqué par les Cosaques et, en Pologne, par les juifs polonais, formant de véritables bandes de brigands acharnés à nous détruire, car ils ne faisaient pas de prisonniers. »
(Bro, Mémoires)



« Je priai mon père de m'emprunter 600 francs à Reims, pour six mois, et à quelque prix que ce fût il le fit à grand'peine et encore, moyennant la retenue exorbitante de 40 francs, faite à l'avance sur le capital prêté, de sorte que je ne touchai que 560 francs. J'en fus indigné il ne m'eut pas plus coûté de passer par les mains des juifs de Metz; mais il était trop tard.
[…]
[Posen] n'est pas belle pourtant j'y ai vu quelques jolies maisons, de construction récente et d'un bon goût. On est frappé tout d'abord, en y entrant, du nombre de Juifs qu'on y rencontre ils forment une grande partie de la population. A leur longue robe à ceinture, à leur haute coiffure et grande barbe, à leur regard mobile et fourbe, enfin à l'en- semble de leur accoutrement toujours sale et souvent pittoresque, on les reconnaît de suite. Ce sont eux qui font tout le commerce du pays, et, malgré le dégoût que leur vue inspirait, force était de recourir à eux fréquemment.
[…]
Le soir du même jour, mon artillerie ayant eu à traverser une fondrière dont la superficie était gelée et le fond mouvant, les dernières voitures eurent de la peine à s'en tirer, et, malgré de longs et incroyables efforts, je fus obligé d'y laisser un caisson et un affût, me réservant d'attendre le jour pour les enlever de là. Le lendemain, on ne trouva plus d'affût et le caisson était à moitié vide. D'après les indices et traces laissés sur le terrain, je supposai que c'étaient les juifs d'un bourg voisin qui avaient commis ce vol et que, ne pouvant tirer l'affût du bourbier, ils l'avaient démonté et dérobé pièce par pièce. Certes, voilà un vol d'une espèce tout à fait nouvelle j'en fus stupéfait. Ce n'est donc pas à tort qu'on dit proverbialement voleur comme un juif de Pologne.
[…]
Depuis longtemps on se disait « Il est impossible que nous restions dans ce pays, faute de moyens d'y subsister », et pourtant on y restait et on y subsistait. C'est que les Juifs, qui font à peu près tout le commercé dans cette contrée, sont industrieux, actifs et ne dorment point, quand il s'agit de faire quelque bénéfice. »
(Boulart, Mémoires militaires)



« Les Juifs, dont Prasznitz était rempli, nous fournissaient 'en abondance ce dont nous avions besoin, sous tous les rapports. Ces misérables, même les plus huppés, trouvaient tous les métiers bons, pourvu qu'ils en tirassent de l'argent; et nous parvînmes, sans beaucoup de peine, à en faire d'excellents espions qui nous donnaient souvent des nouvelles assez exactes de l'armée russe.
[…]
Je me rappelai que ma giberne, dont le coffret était d'argent, mon ceinturon de sabre, dont les agréments étaient du même métal, et quelques bijoux en or et en argent, étaient encore dans le fond de mon colback, dont j'avais fait une espèce de sac de nuit pendant la route; cela avait échappé aux recherches de l'officier cosaque à Leipzig, et je courus à ce trésor que je trouvai intact; j'estimais le tout ensemble à quarante ducats environ, et je priai le garçon d auberge de m aller chercher quelque juif.
Il ne tarda pas en trouver, et m'en amena plusieurs qui, tour à tour, après avoir examiné ces effets et en avoir loué la façon, m'en offraient de quinze à vingt ducats; je refusai, et ils s'en allèrent; mais je m'aperçus bientôt que plusieurs agréments en argent manquaient déjà au ceinturon et à la giberne depuis que ces honnêtes marchands les avaient examinés, et je fus bien vite convaincu qu'ils étaient beaucoup plus adroits que moi et que le mieux était de me défaire promptement de mes marchandises, si je voulais qu'il en restât encore quelque chose.
Je les laissai donc au premier qui se présenta ensuite, pour dix-huit ducats; quand il fut parti, je m'aperçus qu'il m'en avait volé un par la mauvaise monnaie qu'il m avait donnée »
(Saint-Chamans, Mémoires)

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 06 Mai 2017 19:39 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 07 Sep 2008 15:55
Message(s) : 2585
Merci cher Cyril.

Une remarque en passant : hier 5 mai était célébrée (par l'archevêque de Strasbourg) à Saint Louis des Invalides la messe annuelle dédiée à feu l'empereur Napoléon. L'homélie portait sur la protection accordée aux Juifs par l'empereur...

Détail amusant : parmi les nombreuses personnalités présentes, on pouvait reconnaître ... Le président Giscard d'Estaing...


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Message Publié : 06 Mai 2017 20:39 
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Marc Bloch
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
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Localisation : Allemagne
Cyril, quel recensement vous avez fait là :!: Il m'est arrivé de tomber parfois sur des textes anti-juifs, sans que je ne les recherche, mais là quelle moisson et sur une période relativement limitée ! Tout est collectionné de manière très rigoureuse en donnant les sources.

_________________
"La faculté de prévoir appartient à celui qui se souvient." ( Léon Bérard)
" Jeune homme, la France se meurt, ne troublez pas son agonie..." ( Renan à Déroulède )


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Message Publié : 07 Mai 2017 1:15 
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Eginhard
Eginhard
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
Message(s) : 989
Localisation : Généralité de Riom & Bourbonnais
merci beaucoup à Cyril pour ce beau travail de compilation qui m'évite de laborieuses recherches, j'aurais eu grand-peine à retrouver des lectures faites il y'a des mois ou des années, je venais juste de reprendre Boulart
cela correspond à mes souvenirs, une pluralité des opinions de même que certains commentaires à priori hostiles ne trahissant pas pour autant une condamnation globale antisémite, enfin il y'a des nuances à opérer selon les rédacteurs

le soldat juif allemand de Westphalie mémorialiste que je mentionnais c'est Jakob Meyer, soldat de Napoléon : mes aventures de guerre 1808-1813 publié en 2009 chez Autrement Mémoires n°150 de la collection, un récit non exempt d'humour d'ailleurs malgré une période tragique, en pleine retraite de Russie il se fait charger au sabre par un Maréchal, notre soldat Westphalien l'ayant envoyé promener provoquant l'ire du maréchal


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Quelques autres :
« Au pillage régulièrement organisé, se joignit un pillage clandestin, un trafic honteux de tout ce qui avait quelque valeur et dont profita surtout une nuée de juifs et de revendeurs qui suivaient l'armée et qui, de tous les points de l'Italie, étaient accourus s'abattre sur la malheureuse Rome.
[…]
Le pays qui […] est assigné [à mes troupes] est un désert, et […] le soldat sera réduit à baraquer, plutôt que d'aller dans les maisons des juifs ou des serfs de la Pologne partager leur misère, leur malpropreté et leurs maladies. (Ney à Berthier, 28 juin 1807) »
(Colbert, Traditions et souvenirs, ou Mémoires touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert)



« Des juifs eurent la permission de venir à bord nous apporter des vivres frais que, suivant leur louable coutume, ils ne se firent point scrupule dé nous faire payer quatre fois leur valeur. »
(Mémoires d'un officier Français, prisonnier en Espagne)



« Malheureusement la bourgeoisie, cette classe intermédiaire qui fait la véritable force des États de l'Europe, n'existe pas dans [en Pologne]; les arts sont exercés par des étrangers ; le commerce et l'industrie, par des Arméniens, surtout par les Juifs, qui sont un des fléaux et une des nécessités des habitants. »
(Pelet, Mémoires sur la guerre de 1809 en Allemagne)



« J'obtins même que, au lieu d'être envoyé dans quelque prison ; il me fît renfermer dans une maison assez propre, chez un Juif, où, à force d'or, je me rhabillai convenablement.
[…]
Je m'aperçus, à plusieurs présents que ce Juif vint mystérieusement m'offrir, tels que nécessaires de voyage, argent et autres objets, de la sollicitude que j'inspirais aux Lithuaniens de cette province, et qu'ils étaient aussi impatients de se voir affranchis du joug russe, que l'avaient été les Polonais de Posen et de Varsovie de secouer la domination prussienne. Ce Juif, d'ailleurs, ne me laissa point douter de l'intérêt qu'on, me portait, des efforts mêmes qu'on serait prêt à tenter pour m'aider à échapper aux mains des Russes. J'en comprenais l'impossibilité; j'en témoignai ma reconnaissance, mais je n'acceptai rien, me défiant d'un pareil intermédiaire, et dans la crainte d'exciter inutilement pour moi, et dangereusement pour mes bienfaiteurs, de si généreuses imprudences. Je fis bien, car depuis j'ai su que ce Juif les avait trahis ! »
(Ségur, Mémoires)



« Nous fûmes assez heureux pour obtenir des secours, et nous comprîmes que la ville contenait beaucoup de juifs, ce qui fit que nous nous félicitâmes de nouveau de n'y avoir point pénétré. Une paysanne s'y rendit et nous rapporta des vivres.
[…]
Nous rencontrâmes un juif, et, craignant d'être trahis si nous le laissions poursuivre sa route, nous résolûmes de nous servir de lui, bon gré malgré comme de guide. Nous l'entourâmes. Il se jeta à genoux et nous demanda grâce en allemand. Franck parlait assez bien cette langue, et nous la comprenions tous. Le capitaine Buchote lui mit un pistolet sur la poitrine et Monneret lui présenta plein sa main de roubles en papier, tandis que Franck lui disait : « Si tu nous conduis sains et saufs jusqu'à la route de Smolensk à Moscou, et jusqu'à ce que nous ayons rejoint l'armée française, l'argent sera à toi. Mais je te préviens qu'au moindre indice de trahison, nous te brûlons la cervelle. »
Il n'y avait pas à hésiter. Notre guide nous fit côtoyer une petite rivière, nous mena par des sentiers à travers la forêt, et, après une marche longue et pénible, lorsqu'il nous restait à peine une heure de jour, nous distinguâmes, avec une joie indicible, le bruit du canon de l'arrière-garde.
En débouchant dans une plaine, nous pûmes apercevoir dans le lointain les débris de notre armée s'avançant en masse confuse. Le juif nous devenait inutile; il fut payé, rendu à la liberté, et, nous élançant à travers la plaine, nous rejoignîmes bientôt nos compatriotes près d'une petite ville nommée Tolotzin.
[…]
Le colonel […] possédait une maison [à Wilna] ; mais elle était entièrement démeublée. Il nous fut facile de nous procurer, par des juifs, de la paille fraîche et des vivres. »
(Combe, Mémoires)



« Nous étions douze hommes logés dans une cahute de juif [à Kalisch]. Sa maison était grande comme un mouchoir de poche, je pose mon fourniment et sors pour ne pas étouffer de la mauvaise odeur qu'il [y] avait dans cette ratière. Je vois mon lieutenant M. Rantier qui avait de l'amitié pour moi, il me dit : « Es-tu bien logé ? »
-Comme un chien.
[…]
Je rencontre de mes malheureux camarades qui couraient partout pour acheter du pain qui se vendait trois francs le pain de munition et encore impossible à [manger]. Je mène les camarades qui étaient campés hors la ville chez un juif qui avait de gros pains noirs. Je fis [mine] de lui marchander un de ses gros pains et comme il en fit un prix qui faisait honneur à son nom, je fis signe à mes camarades de prendre le pain et dis au juif de les suivre pour aller chercher son argent, sans doute [il] n'a pas reçu en mauvaises pièces.
[…]
Nous entourons le troupeau qui était gardé par des juifs, hommes timides qui se mettaient à nos genoux en faisant de bas saluts et faisaient toutes sortes de signes et nous causaient beaucoup une langue inconnue pour qu'on ne leur prenne pas leurs animaux. Mais nous avions des hommes qui avaient faim au bivouac, ceux qui mettaient trop d'entraves à nos nobles projets on les mettait en joue, seulement pour leur faire peur.
[…]
Nous avions un tambour nommé Vivant qui avait vingt ans de service, il était entré dans une maison de juif pour demander du pain, le juif ne voulut pas lui en donner. Il le prit par la barbe et le secoua un peu fort, ce qui lui était bien permis.
Le juif porta sa plainte au capitaine en lui faisant cadeau d'une bouteille d'hydromel, fait avec du miel. Le capitaine frappa le tambour avec le plat de son sabre. Le tambour dit au capitaine : « Je porterai ma plainte au général,» ce qu'il n'a pas manqué de faire. Il s'est procuré du papier et a fait une lettre qu'il a remis lui-même au général, qui, de suite qu'il l'a lue, a crié tout fort au capitaine d'approcher. Le capitaine tire son épée, mettant la pointe basse en signe de soumission. Quand il fut tout près, le général lui dit : « Capitaine, l'empereur ne veut pas que l'on frappe les soldats, je sais donner les épaulettes, mais je sais aussi les supprimer.» Et le général s'en alla sans le saluer, il fut bien humilié en présence de plusieurs officiers. Le tambour avait demandé à changer de compagnie, ce qui lui fut accordé pour éviter le ressentiment du capitaine.
[…]
Nous entrâmes dans une maison de juif qui paraissait dans l'aisance. […]Notre capitaine s'était arrangé en cachette avec le juif pour que l'on ne pille pas la maison et pour avoir le profit à lui seul. Ce qui je crois a été fait en espèces. Dans cette maison il y avait beaucoup de beurre et de miel et de farine, ce qui était un trésor pour des pauvres soldats affamés.
[…]
Je partis avec des juifs qui allaient à Checlove, à trente lieues environ, acheter du café et du sucre, Comme j'étais convalescent et [n'avais] pas beaucoup de forces, ils me faisaient monter sur leurs chars. Nous traversions d'immenses forêts de sapins, nous étions obligés de bivouaquer, ils allumaient du feu et faisaient leurs vivres.
Tous les matins ils restaient une heure en prières, faisant un tintamarre du diable. Ils se collaient au front une boîte en fer blanc liée avec de longues courroies, comme le joug sur la tête des bœufs. Cette boîte est carrée, grosse comme le poing, et ils se mettaient à crier : « ba, ba, ba, bin, bon, » et le soir, ils recommençaient leur synagogue. Mais je crois qu'ils prient par habitude et non par dévotion, car ils ne font que des mauvaises actions. [Ils n'ont] point d'humanité, l'argent est leur dieu.
Quand ces braves gens eurent fait leurs emplettes, nous reprîmes notre route pour nous rendre à Vitepsk. Je restai dix jours avec ces bédouins. Quand ils me quittèrent, ils me remercièrent sans autre salaire, je restai un peu sot.
Je m'informe à un vieux grenadier, si il ne me revenait pas une paye, si ces messieurs n'avaient pas à payer le soldat qu'ils occupaient. Il m'a dit :
« Certainement. »
Alors je fus chez le gouverneur me plaindre. Le général envoya à la minute son sergent-major chercher l'un de ces Juifs et le somma de me donner dix francs par jour, ce qui me fit cent francs pour les dix jours que j'avais été à leur service.
[…]
Les Russes ont voulu la brûler et nous dedans, mais le Juif a mis opposition par égard pour la baraque.
[…]
Nous entrâmes de nouveau dans un cabaret. Lorsque nous fûmes entrés, la femme qui était juive nous dit en allemand de nous cacher que des cosaques ivres avaient tué plusieurs prisonniers français. Elle nous fit monter sur le poêle qui avait à peu près sept pieds de hauteur.
[…]
Arrivés au cabaret où la juive avait emporté nos habits croyant que les cosaques nous feraient mourir, le capitaine qui savait cette histoire fit venir la juive et lui dit : « Reconnais-tu ces deux Français à qui tu avais emporté les habits dans l'espoir de leur mort et de les voler ? »
Elle voulut demander pardon. « Point de pardon.» Il fit apporter des verges et lui en fit donner une fameuse distribution, tout son postérieur était chaplé.
[…]
Un moment après, entre Rousseau, le sapeur mineur dont j'ai parlé plus haut, [il] se précipite sur moi et faillit m'étouffer en me serrant contre lui, après ce fut le tour de Pierre, des larmes de bonheur étaient dans nos yeux. Nous primes une tourmente1, c'était un jour de bonheur pris sur tant de malheur.
Je lui adressai cette question:
«Où sont nos frères d'armes que j'ai laissés avec toi ?
-Ils sont tous morts de faim et de froid.
-Et toi, comment as-tu pu résister à tant de malheurs?
-Un juif m'a gardé chez lui et me donnait autant de coups de bâton que de morceaux de pain, c'est pourquoi je suis bossu et ne peux plus parler. »
Je lui dis: «Si jamais nous revenons dans le pays les armes à la main, point de quartier pour les juifs.»
[…]
Le lendemain le maître de poste nous fournit deux charrettes et nous partîmes pour Mohilove.
Chemin faisant nous fûmes devancés par une calèche à quatre chevaux. Une jeune et jolie dame était seule dedans […] elle fit appeler un juif et lui remit de l'argent pour qu'il nous conduisit à sa campagne.
Après la promesse du juif elle partit comme un éclair, mais quand elle fut hors de vue, le brave scélérat refusa de nous conduire et garda l'argent.
Nous lui fîmes des menaces, mais cela ne l'intimida pas. Nous fûmes forcés de continuer notre route, ne sachant pas le nom de cette dame, ni celui de sa campagne; nous nous contentâmes de maudire le monstre de juif. »
(Mayer, Mémoires)



« Jusqu'à Liady, les bourgs nous parurent plus juifs que polonais; les Lithuaniens fuyaient quelquefois à notre approche; les juifs restaient : rien n'aurait pu les résoudre à abandonner leurs misérables demeures; on les reconnaissait à leur prononciation grasse, à leur élocution voluble et précipitée, à la vivacité de leurs mouvements, à leur teint qu'échauffe la vile passion du gain. On remarquait surtout leurs regards avides et perçants, leurs figures et leurs traits allongés en pointes aiguës, que ne peut ouvrir un sourire malicieux et perfide; et cette taille longue, souple et maigre, cette démarche empressée; enfin leur barbe ordinairement rousse, et ces longues robes noires, que retient autour de leurs reins une ceinture de cuir : car tout, hors leur saleté, les distingue des paysans lithuaniens; tout rappelle en eux un peuple dégradé.
Ils semblent avoir conquis la Pologne, où ils pullulent et dont ils sucent toute la substance. Jadis leur religion, aujourd'hui le souvenir d'une réprobation, trop longtemps universelle, les ont faits ennemis des hommes : autrefois, c'était par les armes qu'ils les attaquaient, à présent, c'est par la ruse. Cette race est en horreur aux Russes, peut-être parce qu'elle est presque iconoclaste, tandis que les Moscovites poussent l'adoration des images jusqu'à l'idolâtrie. Enfin, soit superstition, soit rivalité d'intérêt, ils lui ont interdit leurs terres; les juifs étaient forcés de souffrir leurs mépris : leur impuissance haïssait, mais ils détestèrent encore plus notre pillage. Ennemis de tous, espions des deux armées, ils vendaient l'une à l'autre par ressentiment, par peur, suivant l'occasion, et parce qu'ils vendent tout.
Après Liady , la vieille Russie commençant, les juifs finissent; les yeux furent donc soulagés de leur dégoûtante présence; mais d'autres besoins réduisirent à les regretter; on regretta leur intérêt actif et industrieux, dont l'argent pouvait tout obtenir, leur jargon allemand, seul langage que nous comprenions dans ces déserts, et qu'ils parlent tous, parce qu'ils en ont besoin pour commercer.
[…]
On eût pu tenir vingt-quatre heures de plus à Vilna, et beaucoup d'hommes eussent été sauvés. Cette ville fatale en retint près de vingt mille, parmi lesquels trois cents officiers et sept généraux. La plupart étaient blessés par l'hiver plus que par l'ennemi, qui en triompha. Quelques autres étaient encore entiers, du moins en apparence, mais leur force morale était à bout. Après avoir eu le courage de vaincre tant de difficultés, ils se rebutèrent près du port, et devant quatre journées de plus. Ils avaient enfin retrouvé une ville civilisée, et plutôt que de se déterminer à rentrer dans le désert, ils se livrèrent à leur fortune : elle fut cruelle.
A la vérité, les Lithuaniens, que nous abandonnions après les avoir tant compromis, en recueillirent et en secoururent quelques uns; mais les juifs, que nous avions protégés, repoussèrent les autres. Ils firent bien plus ; la vue de tant de douleurs irrita leur cupidité. Toutefois, si leur infâme avarice, spéculant sur nos misères, se fût contentée de vendre au poids de l'or de faibles secours, l'histoire dédaignerait de salir ses pages de ce détail dégoûtant : mais qu'ils aient attiré nos malheureux blessés dans leurs demeures pour les dépouiller, et qu'ensuite, à la vue des Russes, ils aient précipité par les portes et par les fenêtres de leurs maisons ces victimes nues et mourantes, que là ils les aient laissées impitoyablement périr de froid, que même ces vils barbares se soient fait un mérite aux yeux des Russes de les y torturer, des crimes si horribles doivent être dénoncés aux siècles présents et à venir. Aujourd'hui que nos mains sont impuissantes, il se peut que notre indignation contre ces monstres soit leur seule punition sur cette terre; mais enfin les assassins rejoindront un jour leurs victimes, et là sans doute, dans la justice du ciel, nous trouverons notre vengeance !
Le 10 décembre, Ney, qui s'était encore volontairement chargé de l'arrière-garde, sortit de la ville, et aussitôt les Cosaques de Platof l'inondèrent, en massacrant tous les malheureux que les juifs jetèrent sur leur passage. »
(Ségur, Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812)

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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De plus longs développements chez Fantin des Odoards (Journal) :

«Guttstadt, 9 mai 1807 : De loin en loin, il y arrive des juifs qui apportent d'Elbing quelques provisions, spécialement du rhum, du sucre et du café, denrées d'autant plus précieuses que l'eau est notre seule boisson; mais quoique tout cela soit au poids de l'or, on se bat pour en obtenir, et n'en a pas qui veut. Les bénéfices d'un semblable commerce sont si attrayants que les juifs, gens avides de lucre, viendraient à notre secours en bien plus grand nombre si les chances à courir ne les dégoûtaient pas. Les besoins sont tels parmi nos soldats qu'ils vont attendre sur la route ces industrieux pourvoyeurs et pillent leurs chariots. Il arrive même que ce désordre a lieu dans la ville, malgré les gardes, et voilà comment le mal engendre le mal.
[…]
Zdziechow, 12 août 1807. Ce n'est pas sans raison que la Pologne est surnommée le paradis des juifs. Dans aucune partie du monde, ils ne sont plus nombreux, plus libres dans l'exercice de leur culte, plus favorisés pour le négoce. Ils n'y ont pas moins de 300 synagogues. On dit que c'est depuis le règne de Casimir III qu'ils se sont ainsi multipliés. Ce roi devint tellement épris d'une Israélite qu'il lui accorda, pour sa nation, toutes les grâces et tous les privilèges qu'elle lui demanda; ce qui fit accourir les juifs des pays environnants et passer tout le commerce dans leurs mains.
Rien n'est plus curieux que l'existence de ce peuple dispersé qui, partout où sa destinée le conduit, conserve ses mœurs, ses préjugés, son caractère primitif et ses espérances religieuses, et, suivant l'expression de Raynal, promène la Palestine dans tous les climats. Partout il est aisé d'en reconnaître les rejetons, mais en Pologne plus qu'ailleurs. L'avilissement dans lequel ils y vivent, quoique en paradis, une nourriture malsaine, une saleté incomparable et le mauvais air qu'ils respirent dans de puantes et étroites demeures contribuent sans doute à leur donner la physionomie hideuse qui les distingue. S'il ne suffisait pas pour cela d'un teint blafard et livide, d'un regard oblique et craintif, d'une barbe longue et crasseuse, de cheveux en désordre, de joues caves, d'un nez très effilé, d'un menton pointu et d'une stature haute et grêle, leur étrange habillement y suppléerait. Ce qu'on en voit consiste en une longue robe noire, en lambeaux, qui enveloppe tout le corps, un vaste chapeau de feutre en parapluie ou un bonnet de peau de renard, des bas percés tombant sur les talons et la plus mauvaise chaussure. On ne peut se figurer un être humain d'un aspect plus extraordinaire.
Les juives polonaises sont également reconnaissables à leurs vêtements, mais bien plus encore à un genre de beauté qui n'est pas de l'Occident. De grands yeux noirs que voilent des cils plus noirs encore, des traits prononcés mais délicatement dessinés, une taille svelte, une peau blanche et un teint décoloré : tel est, en général, le signalement de ces modernes filles de Sion. Il est vrai que c'est avant le mariage qu'il faut les voir pour les juger aussi favorablement; dès qu'elles sont femmes, leur étonnante fécondité et le peu de soin qu'elles prennent d'elles-mêmes les rendent bientôt tout aussi dégoûtantes que leurs époux.
Cependant tous les juifs polonais ne sont pas également hideux et déguenillés. A Varsovie, où ils sont en grand nombre, et dans d'autres villes, il en est qui, possesseurs d'une fortune considérable, et pouvant impunément la mettre en évidence, sont logés, meublés et vêtus avec un certain luxe ; mais riches ou pauvres, ils ont toujours un air de famille, longue barbe et même genre de costume oriental. Au lieu d'être de bure, la simarre noire est alors en soie et le bonnet d'une fourrure recherchée.
Tels qu'ils sont, les juifs, industrieux et avides, offrent de précieuses ressources à qui voyage en Pologne. Parlant tous la langue allemande, ils nous sont très utiles pour les renseignements dont nous avons journellement besoin dans nos marches. Souples, insinuants, fripons et résignés, ils ne s'effraient ni du bruit ni des mauvais traitements. Lorsque, à notre approche, la peur a mis en fuite toute la population du village, le juif reste stoïquement à son poste, prêt à tout supporter pourvu qu'il ait quelque bénéfice à faire. Ce n'est pas certes confiance de sa part : entrez dans sa demeure : il n'y a que les quatre murs et point de provisions, et d'abord il jure qu'il n'a rien à vendre; mais il a enfoui quelque part des denrées d'un débit assuré, et rarement manque-t-il de faire de bonnes affaires avant la fin de la journée.
[…]
Glogau, 8 février 1808 : J'ai déjà parlé plusieurs fois des juifs, mais j'y reviens à propos de ceux de Glogau. Ce sujet est intarissable.
La dispersion du peuple hébreu dans toutes les parties du globe civilisé est un phénomène qui étonne sans cesse. Comment cette vieille nation, échappée de la pauvre petite Judée, s'est-elle ainsi répandue et a-t-elle pullulé au point que l'Europe seulement en compte environ 1 200 000 descendants ?
Comment ses colonies ont-elles gardé leur langue, leur religion, leurs usages dans des contrées si différentes, à travers tant de siècles et malgré des persécutions et des avanies sans nombre?
Pourquoi fait-elle partout un corps à part distingué par la conformation physique des individus, leurs vêtements, leurs mœurs, leur prononciation et leur saleté? Pourquoi est-elle généralement vexée et méprisée ? Pourquoi ce peuple de Dieu, qui ne respirait que guerre et séditions, est-il devenu poltron, vil et si docile au joug tandis que sa passion pour l'usure n'a pas souffert d'altération? Les questions à faire sur cette race extraordinaire ne finiraient pas.
Les provinces prussiennes fourmillent de juifs. Presque toutes les branches de commerce sont exploitées à leur profit en Silésie. Ils sont riches et nombreux à Glogau. Leur principale synagogue est brillante. Le jour de mon arrivée ici, je fus logé chez un négociant de cette nation. C'était le vendredi, après le soleil couché, et par conséquent au commencement de la fête du sabbat. Je m'en aperçus bientôt aux nombreuses lumières dont on éclaira le salon et à l'inaction absolue de toute la famille. Malgré toutes mes prières, la demoiselle de de la maison, jeune personne jolie, ne voulut pas se mettre à son piano. Elle s'abstint de musique et resta les bras croisés jusqu'à ce que sa religion lui permît de faire œuvre de ses doigts. Ce scrupule est tel chez les Israélites silésiens qu'ils ont des domestiques chrétiens pour préparer les aliments pendant les fêtes, et que, quoique passionnés pour le trafic, il en est bien peu que l'on puisse résoudre à toucher de l'argent le samedi. Ils n'en sont pas moins de tout aussi mauvaise foi qu'ailleurs dans leurs marchés. On dirait qu'en trompant les chrétiens ces gens-là veulent se faire payer des humiliations sans fin qu'ils en essuyent. Je puis être dans l'erreur ; mais je crois que si, dans les divers états de l'Europe, on améliorait simultanément le sort politique de ces parias, de manière à les assimiler aux autres citoyens, en surveillant cependant cette émancipation, ils cesseraient de mériter nos dédains.
Il y a peu de juifs dans nos rangs, et en général on n'y est pas content de leur bravoure. Mon régiment n'en avait qu'un, et il l'a perdu d'une singulière façon. Cet homme grand, jeune, bien tourné, délié et spirituel, s'acquittait fort bien de tous ses devoirs en garnison, en marche et en cantonnement ; mais le jour d'une affaire, il n'était jamais à sa compagnie. Au premier coup de feu, il ne manquait pas de s'éclipser, et quand tout était fini, il revenait au feu de bivouac de ses camarades recevoir avec résignation des reproches, des avanies et des coups. Nous traversions la Pologne pour venir en Silésie, lorsqu'un jour ce soldat circoncis s'avisa de se faire connaître à ses semblables. Grande fut la surprise de ceux-ci en trouvant un des leurs sous l'habit français. Il n'est sorte de caresse qu'on ne lui fit. Il fut choyé, nourri avec empressement, et une collecte eut lieu à son bénéfice. C'était un spectacle vraiment original que de voir cet homme entouré de tous les barbus à simarre de l'endroit qui l'accablaient de questions en langue hébraïque, parlant tous à la fois et gesticulant outre mesure suivant leur habitude. D'avares devenus prodigues, c'était à qui donnerait. Bientôt leurs femmes et leurs enfants s'attroupèrent, et notre juif, qui ne s'était jamais vu à pareille fête, faillit être étouffé dans leurs embrassements. Satisfait de la découverte, il ne manqua pas de recommencer son manège dans toutes les villes, bourgs et villages de la route, et toujours avec le même succès. Enfin, le paradis polonais est devenu si fort de son goût qu'un beau jour il nous a tout à fait abandonnés et que son capitaine n'a plus entendu parler de lui. Il est à croire que, séduit par les offres qu'on lui faisait sans cesse et les charmes de quelque Sunamite, il a renoncé à la France et s'est donné une nouvelle patrie.
[…]
Glogau, 19 juillet 1808 : Nos camps de Guttstadt étaient jolis, mais celui de Glogau est bien autrement remarquable. Les uns étaient construits de débris de villages et de vieux matériaux ; mais ce dernier l'est de planches neuves fournies par réquisition ; des ingénieurs l'ont tracé, et tous les charpentiers et menuisiers de la ville et de la banlieue y ont mis la main. On y voit des rues, des places, des cafés, des billards, des traiteurs, et d'une élégance, d'une propreté, d'une régularité que rien ne surpasse. Toutes les baraques sont de jolies maisonnettes peintes ; celles des officiers, à l'extérieur également uniformes, présentent à l'intérieur différentes distributions et plus ou moins de recherches. Presque toutes se divisent en trois pièces parquetées, tapissées et pourvues de tout. Les officiers supérieurs ont mis aux leurs un luxe qui est sans doute déplacé dans un camp. C'est à qui se surpassera. Les juifs font d'excellentes affaires dans cette circonstance. Ils louent fort chèrement des lits, des glaces et des meubles de toute espèce.
[…]
Wilna, 3 juillet 1812 : Après avoir laissé derrière nous des plaines et des collines également stériles, où rarement on fait rencontre d'un pauvre hameau, nous avons pris possession de la capitale de la Lithuanie russe, dont les habitants se montraient paisibles, mais fort effrayés. Ils s'élèvent à une trentaine de mille individus, sur quoi il y a bien un tiers de juifs, les plus puants, les plus sales, les plus barbus, les plus déguenillés de tous les circoncis ; mais qui, bien que couverts de haillons, ont, dit-on, beaucoup d'argent, le commerce considérable qui se fait ici étant presque entièrement dans leurs mains.
[…]
Smolensk, 20 août 1812 : Nous avons ainsi traversé pendant l'obscurité une misérable ville en bois, nommée Ladouï. C'est à tort que je parle d'obscurité, car, au moment de notre passage, un incendie dévorait Ladouï et servait au loin de fanal. En ce lieu commence la vieille Russie. Nous n'avons pas tardé de nous en apercevoir, car ces juifs si avides, si souples, si intelligents avaient disparu, et, avec eux, nos plus précieuses ressources. Le gouvernement russe a posé là une borne au delà de laquelle ils ne peuvent s'établir. Partout des entraves pour les errants enfants de la Judée.
[…]
Smolensk, 23 août 1812 : C'est surtout ici que l'armée éprouve combien il est fâcheux pour elle que les juifs aient été bannis de la vieille Russie. Notre or attirerait ces pourvoyeurs, et nos privations seraient bien plus supportables. Oh ! que leur voix nasillarde résonnerait agréablement à nos oreilles ! »

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Autres témoignages :


« Le 17, arrivée à Mantoue, où notre compagnie fut logée chez les juifs; la plupart des canonniers furent très bien logés; pour moi j'étais parfaitement. »
(Bricard, Journal)




« Pendant la retraite de Russie, j'entrai avec mon frère Etienne et un ami, Dussard (Joseph), à ce que je crois dans la maison de poste de Vilkoviski; le stube était rempli à n'y pas tenir, nous pénétrâmes dans un cabinet où il y avait grand feu dans une cheminée et un individu vêtu d'une fourrure et d'un bonnet russe, lequel était assis sur un mauvais canapé.[…] Voilà qu’il entre un jeune officier
« Eh bien Messieurs, ne vous gênez pas Qui est-ce qui vous a permis de vous installer ici? Est-ce vous, Monsieur le Maréchal ?
-Parbleu, répondit l'individu du canapé, ces Messieurs ne m'ont pas demandé mon consentement. »
Je fixe le visage un peu dégagé du bonnet fourré, je reconnais le prince de la Moskowa.
« Pardon, mon prince (car, dans ces cas-là, il faut toujours donner le titre le plus élevé), je ne vous ai pas reconnu et j'ai cru que cette chambre était une succursale du stube mais nous allons de suite vous débarrasser de notre présence.
-Non pas, vraiment, docteur, car je vois que vous tenez à la Faculté, puisque j'ai déjeuné, faites aussi le vôtre continuez vos préparatifs, je vous prierai seulement, si vous avez une tasse de [café de] trop, de me recevoir comme convive, car celui de ce maudit Juif m'a dégoûté et je n'ai pas un domestique avec moi, et, pour payer mon écot, je vous offrirai du rhum de ma gourde qui vaut mieux que le schnapps que ce Judas vous a vendu. »
(Bailly, Souvenirs et anecdotes)



« [A Vitepsck] j'étais logé chez un Juif qui avait une jolie femme et deux filles charmantes avec des figures ovales, de vraies filles d'Israël; je trouvai dans cette maison une petite chaudière à faire de la bière, de l'orge, ainsi qu'un moulin à bras pour le moudre ; mais le houblon nous manquait, et cependant il nous en fallait. Je donnai douze francs au Juif pour nous en procurer, et dans la crainte qu'il ne revint pas, nous gardâmes pour plus de sûreté, Rachel sa femme, et ses deux filles en otage ; mais vingt-quatre heures après son départ, Jacob le Juif était de retour avec du houblon. Il se trouvait dans la compagnie un flamand, brasseur de son état, qui nous fit cinq tonnes de bière excellente.
[…]
[A Moscou] après avoir marché quelque temps sans direction certaine suivant que le feu nous le permettait, nous rencontrâmes fort heureusement un Juif qui s'arrachait la barbe et les cheveux en voyant brûler sa synagogue, temple dont il était le prêtre, ou le rabbin. Comme il parlait allemand il nous conta ses peines en nous disant que lui et d'autres de sa religion avait mis dans le temple pour le sauver tout ce qu'ils avaient de plus précieux mais qu'à présent tout était perdu. Nous cherchâmes à consoler l'enfant d'Israël, nous le prîmes par le bras et nous lui dîmes de nous conduire au Kremlin, je ne puis penser sans rire que ce juif, au milieu d'un pareil désastre nous demanda si nous n'avions rien à vendre ou à changer. Je pense que c'est par habitude qu'il nous fit cette question, car pour le moment il n'y avait pas de commerce possible ; après avoir traversé plusieurs quartiers dont une grande partie était en feu, et avoir remarqué beaucoup de belles rues encore intactes, nous arrivâmes sur une petite place un peu élevée, pas loin de la Moskowa, d'ou le Juif nous fit remarquer les tours du Kremlin que l'on distinguait comme en plein jour à la lueur des flammes, nous nous arrêtâmes un instant dans ce quartier pour visiter une cave de laquelle sortaient quelques lanciers de la garde ; nous y prîmes du vin, du sucre et beaucoup de fruits confits , nous en chargeâmes le Juif qui porta tout sous notre protection. […]A notre arrivée [face au Kremlin] nous rencontrâmes des amis du 1er régiment de chasseurs qui étaient de piquet, et qui nous retinrent à déjeuner ; nous y mangeâmes de bonnes viandes, chose qui ne nous était pas arrivée depuis longtemps, nous y bûmes aussi d'excellents vins. Le Juif que nous avions toujours gardé avec nous fut forcé, malgré toute sa répugnance pour les chrétiens, de manger avec nous et de goûter du jambon ; il est vrai de dire que les chasseurs qui avaient beaucoup de lingots d'argent venant de l'hôtel de la monnaie, lui promirent de faire des échanges. […]Enfin, nous nous trouvâmes dans un quartier tout à fait en cendre, où notre Juif tâcha de reconnaître une rue qui devait nous conduire sur la place du Gouvernement, il eut beaucoup de peine à en retrouver les traces. […] Nous avions déjà parcouru un grand espace quand tout à coup nous trouvons notre droite à découvert, c'était le quartier des Juifs, où, les maisons bâties toutes en bois et petites, avaient été consumées jusqu'au pied ; à cette vue notre guide jeta un cri et tomba sans connaissance , nous nous empressâmes de le débarrasser de la charge qu'il portait, nous en tirâmes une bouteille de liqueur et nous lui en fîmes avaler quelques gouttes, ensuite nous lui en versâmes sur la figure un instant après il ouvrit les yeux , nous le laissâmes pour le faire respirer, et nous lui demandâmes pourquoi il s’était trouvé malade ; il nous fit comprendre que sa maison était la proie des flammes et que probablement sa famille avait péri, et en disant cela il retomba sans connaissance de manière que nous fûmes obligés de l'abandonner malgré nous, car nous ne savions que devenir sans guide au milieu d'un pareil labyrinthe ; il fallait cependant se décider à quelque chose ; nous fîmes prendre notre charge par un de nos hommes et nous continuâmes à marcher […] Nous nous trouvâmes dans une nouvelle rue où nous aperçûmes plusieurs familles juives et quelques Chinois accroupis dans des coins, gardant le peu d'effets qu'ils avaient sauvés ou pris chez les autres, ils paraissaient surpris de nous apercevoir ; probablement qu'ils n'avaient pas encore vu de Français dans ce quartier. Nous nous approchâmes d'un Juif, nous lui fîmes comprendre qu'il fallait nous conduire sur la place du gouvernement. Un père y vint avec son fils, et comme dans ce labyrinthe de feu, les rues étaient coupées quelquefois par des maisons écroulées ou d'autres enflammées, ce ne fut qu'après des détours et de grandes difficultés de trouver des issues, que nous arrivâmes à onze heures de la nuit à l'endroit d'où nous étions partis la veille.
[…]
Avec plusieurs de mes amis, je parcourus les ruines de la ville, nous passâmes dans plusieurs quartiers que nous n'avions pas encore vus, partout l'on rencontrait, au milieu des décombres, des paysans russes, des femmes sales et dégoûtantes, juives et autres, confondues avec des soldats de l'armée , cherchant dans les caves pour y découvrir les objets cachés qui avaient pu échapper à l'incendie. […] Indépendamment du vin et du sucre qu’ils y trouvaient, l'on en voyait chargés de châles, de cachemires, de fourrures magnifiques de Sibérie, et aussi d'étoffes tissées de soie, d'or et d'argent, et d'autres avec des plats d'argent et d'autres choses précieuses. Aussi voyait-on les juifs, avec leurs femmes et leurs filles, faire à nos soldats toute espèce de propositions pour en obtenir quelques pièces, que souvent d'autres soldats de l'armée reprenaient.
[…]
De grand matin, [Moscou] se remplit de juifs et de paysans russes, les premiers pour acheter aux soldats ce qu'ils ne pouvaient emporter, et les autres pour ramasser ce que nous jetions dans la rue. […]Dans l'après-midi nous nous mîmes en marche […] Il était presque nuit lorsque nous fûmes hors de la ville ; un instant après nous nous trouvâmes au milieu d'une grande quantité de voitures, conduites par des hommes de différentes nations, marchant sur trois ou quatre rangs et sur une étendue de plus d'une lieue. L'on entendait parler français, allemand, espagnol, italien, portugais, et d'autres langues encore, car des paysans moscovites suivaient aussi, ainsi que beaucoup de juifs.
[…]
Il n'y avait pas longtemps que Picart dormait, lorsque le chien se mit à aboyer. Les personnes de la maison en furent surprises. Le vieillard, qui était assis sur un banc près du poêle, se leva et saisit une lance attachée contre un gros sapin qui servait de soutien à l'habitation. […] Le vieillard ayant demandé qui était là, une voix nasillarde se fil entendre et l'on répondit : « Samuel ! » Alors la femme dit à son mari que c'était un juif du village où elle avait été, le soir. Lorsque je vis que c'était un enfant d'Israël, je repris ma place, ayant soin toutefois de rassembler autour de moi tout ce que nous avions, car je n'avais pas de confiance dans le nouveau venu.
L'idée me vint que le juif pourrait nous être très utile en le prenant pour guide; nous avions de quoi tenter sa cupidité. […]Le juif, comme je m'y attendais, nous demanda si nous n'avions rien à vendre ou à changer. Je dis à Picart qu'il était temps de lui faire des propositions pour qu'il puisse nous conduire jusqu'à Borisow ou jusqu'au premier poste français. Je lui demandai combien il y avait de l'endroit où nous étions à la Bérézina. Il nous répondit que, par la grand'roule, il y avait bien neuf lieues; nous lui fîmes comprendre que nous voulions, si cela était possible, y arriver par d'autres chemins. Je lui proposai de nous y conduire, moyennant un arrangement : d'abord les trois paires d'épaulettes que nous lui donnions de suite, et un billet de banque de cent roubles, le tout d'une valeur de cinq cents francs. Mais je mettais pour condition que les épaulettes resteraient entre les mains de notre hôte, qui les lui remettrait à son retour; que, pour le billet de banque, je le lui donnerais à notre destination, c'est-à-dire au premier poste de l'armée française; que, sur la présentation d'un foulard que je montrai aux personnes présentes, on lui remettrait les épaulettes, mais que lui, Samuel, remettrait aux personnes de la maison vingt-cinq roubles ; que le foulard serait pour la plus jeune fille, celle qui m'avait lavé les pieds. L'enfant d'Israël accepta, non sans faire quelques observations sur les dangers qu'il y avait à courir, en ne passant pas par la grand'roule. Notre hôte nous témoigna combien il regrettait de ne pas avoir dix ans de moins, afin de nous conduire, et pour rien, en nous défendant contre les Russes, s'il s'en présentait. En nous disant cela, il nous montrait sa vieille hallebarde attachée le long d'une pièce de bois. Mais il donna tant d'instructions au juif sur la route, qu'il consentit à nous conduire, après avoir toutefois bien regardé et vérifié si tout ce que nous lui
donnions était de bon aloi.
Il était neuf heures du matin lorsque nous nous mîmes en route.[…] Notre guide croyait s'être trompé. C'est pourquoi, rencontrant un espace assez élevé pour y marcher plus à l'aise, nous n'hésitâmes pas un instant à nous y jeter, espérant y rencontrer un chemin où nous puissions marcher avec plus de facilité. Nous entendions toujours le bruit du canon, mais plus distinctement, depuis que nous avions pris celle nouvelle direction; il pouvait être alors midi. Tout à coup, le canon cessa de se faire entendre, le vent recommença et la neige le suivit de près, mais en si grande quantité que nous ne pouvions plus nous voir, de sorte que le pauvre enfant d'Israël finit par renoncer à conduire le cheval. Nous lui conseillâmes de monter dessus. C'est ce qu'il fit. Je commençais à être extrêmement fatigué et inquiet. Je ne disais rien, mais Picart jurait comme un enragé après le canon qu'il n'entendait plus, et après le vent, disait-il, qui en était la cause. Nous arrivâmes de la sorte dans un endroit où nous ne pouvions plus avancer, tant les arbres étaient serrés les uns contre les autres. A chaque instant, nous étions arrêtés par d'autres obstacles, nous allions mesurer la terre de tout notre long et nous enterrer dans la neige. Enfin, après une marche pénible, nous eûmes le chagrin de nous retrouver au point où nous étions partis, une heure avant. […]Lorsque le temps fut devenu meilleur, nous cherchâmes à nous orienter de nouveau, mais à la tempête avait succédé un grand calme, de manière à ne plus savoir distinguer le nord avec le midi. Nous étions tout à fait désorientés. Nous marchions toujours au hasard, et je m'apercevais que nous tournions toujours sur nous-mêmes, revenant continuellement à la même place.
Picart continuait à jurer, mais c'était contre le juif. […]Picart me réveilla en me surprenant agréablement. Il avait, sans m'en rien dire, fait de la soupe avec du gruau et de la farine qui lui restaient. Il avait fait rôtir ce qu'il appelait du soigné, un bon morceau de cheval. Nous mangeâmes l'un et l'autre d'assez bon appétit. Picart avait fait la part du juif. […]La première rencontre que nous fîmes fut le bivouac de douze hommes que nous reconnûmes pour des soldats allemands faisant partie de notre armée. […]Comme noire guide avait rempli ses conditions, nous lui donnâmes ce que nous lui avions promis, et, après lui avoir recommandé de remercier encore de notre part la brave famille polonaise, nous lui dîmes adieu en lui souhaitant un bon voyage. Il disparut à grands pas.
[…]
Le lendemain 1er décembre, nous partîmes de grand matin. Après une heure de marche, nous arrivâmes dans un village où les fusiliers-chasseurs avaient couché ; ils nous attendaient, afin de partir avec nous. En y arrivant, je m'informai si l'on n'y trouvait rien à acheter : un sergent-major des chasseurs me dit que, chez le juif où il avait logé, se trouvait du genièvre. Je le priai de m'y conduire. Étant dans la maison, j'aperçus le juif avec une longue barbe, et, m'adressant à lui fort poliment en allemand, je lui demandai s'il avait du genièvre à me vendre. Il me répondit d'un ton brusque : « Je n'en ai plus, les Français me l'ont pris! » A cela je n'avais rien à répondre, mais, comme je connaissais cette race d'hommes, je n'ajoutai pas foi aux paroles qu'il me disait, car ce n'était que la crainte de ne pas être payé qui lui faisait dire qu'il n'en avait plus. Tout à coup, une jeune fille de quatorze à quinze ans descendit d'un grand poêle en terre, sur lequel elle était assise, et s'approchant de moi, me dit: « Si tu veux me donner le galon que tu as là, je te donnerai un verre d'eau-de-vie ! » Je consentis à ce qu'elle voulait; aussitôt, elle détacha le large galon en argent qui soutenait la carnassière que je portais au côté, d'une valeur de plus de trente francs, et que j'apportais de Moscou. Lorsqu'il fut en sa possession, elle le cacha dans son sein ; ensuite elle le remplaça par une mauvaise corde. Si je l'avais laissée faire, elle m'aurait pris la giberne du docteur que j'avais enlevée au Cosaque; elle s'était aperçue qu'elle était garnie en argent. Un instant après, elle m'apporta un mauvais verre de genièvre que j'avalai avec peine, tant j'avais l'estomac resserré.
La jeune juive me donna encore un petit fromage d'une forme ovale, gros comme un oeuf de poule, et qui avait l'odeur de l’anis. Je le mis précieusement dans ma carnassière, et je sortis.
A peine avais-je pris l'air, que le malheureux verre de genièvre, au lieu de descendre dans l'estomac, me monta à la tète. Il fallait passer sur un corps d'arbre qui servait de pont, sur un large et profond fossé rempli de neige. Je le passai en dansant, sans tomber, el je courus jusqu'au milieu du régiment, en faisant la même chose. Je fis mieux, j'allai prendre de mes camarades par les bras, en chantant et en voulant les faire danser. Plusieurs de mes amis, et même des officiers, se réunirent autour de moi, en me demandant ce que j'avais : pour toute réponse je dansais, et je chantais. D'autres me regardaient avec indifférence. Le sergent-major de la compagnie, me conduisant à quelques pas du régiment, me demanda d'où je venais. Je lui dis que j'avais bu la goutte : « Et où? — Viens avec moi ! » lui dis-je. Il me suivit, nous passâmes sur l'arbre, en nous tenant par la main. A peine étions-nous de l'autre côté, que je me sentis saisir par un bras : c'était un de mes amis, un Liégeois, sergent-major, qui venait savoir ce que j'avais.
Lorsque nous fûmes chez le juif, je leur dis que, s'ils avaient des galons d'or ou d'argent, ils auraient du genièvre : « Si ce n'est que cela, dit le Liégeois, en voilà ! » Il avait un joli bonnet en peau d'Astrakan, dont le tour était garni d'un large galon en or; il le donna. Ce fut encore la jeune juive qui fit l'affaire, qui le décousit. On nous donna du genièvre; ensuite nous sortîmes, mais à peine étions-nous hors de la maison, que là foire me reprit encore plus fort, ainsi qu'au Liégeois, de sorte que je recommence à danser et le Liégeois aussi.
[…]
A ma grande surprise, j'aperçois Picart qui me saute au cou et m'embrasse en pleurant de plaisir. Depuis le passage de la Bérézina, deux fois il avait rencontré le régiment, mais on lui avait assuré que j'étais mort ou prisonnier. Il me dit qu'il avait de la farine et qu'il allait la partager avec moi; que, pour de l’eau-de-vie, il me conduirait chez son juif, où il se faisait fort de m'en avoir, et probablement du pain. Je le priai de m'y conduire en attendant que l'on distribuât des vivres dont j'avais la certitude que l'on aurait, puisque les magasins étaient remplis.
Je n'oublierai jamais le singulier effet que produisit sur moi la vue d'une maison habitée : il me semblait qu'il y avait des années que je n'en avais vu. Picart me fit prendre un peu d'eau-de-vie, que j'eus bien de la peine à avaler : ensuite, j'en achetai une bouteille pour vingt francs, que je mis précieusement dans ma carnassière. Mais, pour du pain, il fallait attendre jusqu'au soir ; il y avait cinquante jours que je n'en avais mangé; il me semblait que j'aurais oublié toutes mes misères, si j'en avais eu.
Le juif me conta que les premiers qui étaient arrivés le matin avaient tout dévoré; il nous conseilla de ne pas sortir de chez lui, d'attendre et d'y coucher, qu'il se chargeait de nous procurer tout ce dont nous aurions besoin, et d'empêcher que d'autres n'entrent chez lui. D'après son avis, je me décidai à me reposer sur un banc contre le poêle.
Je demandai à Picart comment il se faisait qu'il était si bien avec cette famille juive, car je voyais qu'on le traitait comme un enfant de la maison. Il me répondit qu'il s'était fait passer pour le fils d'une juive ; qu'il avait, pendant les quinze jours que nous étions restés dans cette ville, au mois de juillet, toujours été avec eux à la synagogue, parce qu'à la suite de cela, il y avait toujours quelques coups de schnapps à boire, et des noisettes à croquer.
Il y avait longtemps que je n'avais ri, mais je ne pus m'empêcher d'éclater, au point que le sang ruissela de mes lèvres.
[…]
Nous aperçûmes deux individus qui nous demandèrent si nous n'avions rien à vendre ou à changer : nous reconnûmes des juifs. Je commençai par leur dire que nous avions des billets de banque russes, qu'ils étaient de cent roubles, et combien ils voulaient en donner : « Cinquante! » nous dit le premier en allemand. « Cinquante-cinq! » dit l'autre. « Soixante! » reprend le premier. Enfin il finit par nous en offrir soixante-dix-sept, et je mis encore pour condition qu'il nous payerait du café au lait. Il y consentit. Le second vint derrière moi, en me disant : « Quatre-vingts ! » Mais le marché était arrêté et, comme on nous avait promis du café au lait, nous n'aurions pas voulu, pour vingt francs de plus au billet, faire marché avec d'autres.
Le juif avec qui nous venions de faire affaire nous conduisit chez un banquier, car lui n'était qu'un agent d'affaires. Le banquier était aussi juif. Lorsque nous y fûmes, on nous demanda nos billets; nous en avions neuf. Pour mon compte, j'en avais trois. Après les avoir donnés, on les regarda minutieusement, comme les juifs regardent. Ensuite, ils passèrent dans une autre chambre, et nous, en attendant, nous nous assîmes sur un banc où nous pûmes, provisoirement, caresser notre pain. Le juif qui nous avait conduits était resté avec nous, mais, un instant après, on le fit passer dans une chambre où était le banquier. Alors nous pensâmes que c'était pour nous remettre notre argent, et nous attendîmes tranquillement.
L'envie que nous avions de boire du café nous fit perdre patience; nous appelâmes le patron, mais personne ne parut. L'idée que l’on voulait nous voler me vint de suite; j'en fis part à mon camarade, qui pensa comme moi. Alors, pour mieux se faire entendre, il donna un grand coup de crosse de fusil contre une espèce de comptoir. Comme personne ne paraissait encore, il redoubla contre une cloison en planches de sapin qui faisait séparation avec la chambre où étaient nos fripons. Nous les vîmes qui avaient l'air de se concerter. Ayant demandé notre argent, on nous dit d'attendre ; mais mon camarade chargea son arme en présence de toute la bande, et moi je sautai au cou de celui qui nous avait conduits, en lui demandant nos billets.
Lorsqu'ils virent que nous étions déterminés à faire quelque scène qui n'aurait pas tourné à leur avantage, ils s'empressèrent de nous compter notre argent dont les deux tiers en or. Prenant celui qui nous avait conduits, nous le fîmes sortir avec nous ; lorsque nous fûmes dans la rue, il protesta que tout ce qui venait de se passer n'était pas de sa faute. Nous voulûmes bien le croire, en considération du café qu'il nous avait promis. Il nous conduisit chez lui, où il tint parole.
Lorsque nous eûmes mangé, mon camarade voulut retourner au faubourg, mais tant qu'à moi, me trouvant trop fatigué et même malade, je me décidai d'attendre le jour où j'étais, et, comme il s'y trouvait deux cavaliers bavarois, je me crus en sûreté; j'avais mis mon argent dans ma ceinture et mon pain dans mon sac. Je me couchai sur un canapé : il pouvait être 4 heures du matin.
Il n'y avait pas une demi-heure que je reposais, lorsque des coliques insupportables me prirent; je fus forcé de me lever; après, suivirent des maux de coeur, et je rendis tout ce que j'avais dans le corps; ensuite j'eus un dérangement qui ne me donna pas un moment de repos, de sorte que je pensais que le juif m'avait empoisonné. Je me crus perdu, car j'étais tellement faible, que je ne pus prendre la bouteille à l'eau-de-vie que j'avais dans mon sac. Je priai un des cavaliers bavarois de m'en donner à boire.
Après en avoir pris un peu, je me trouvai mieux; alors je me remis sur le canapé, où je m'assoupis. Je ne sais combien de temps je restai dans cette position, mais, lorsque je m'éveillai, je trouvai que l'on m'avait enlevé mon pain dans mon sac. Il ne m'en restait plus qu'un morceau, que j'avais mis dans ma carnassière, avec ma bouteille d'eau-de-vie qui, fort heureusement, était pendue à mon côté. Mon bonnet de rabbin, que je mettais sous mon schako, avait aussi disparu, ainsi que les cavaliers bavarois. Ce n'était pas cela qui m'inquiétait le plus, mais bien ma position, qui était véritablement critique : indépendamment de mon dérangement de corps, mon pied droit était, gelé et ma plaie s'était ouverte. La première phalange du doigt du milieu de la main droite était prête à tomber; la journée de la veille, avec le froid de vingt-huit degrés, avait tellement envenimé mon pied, qu'il me fut impossible de remettre ma botte. Je me vis forcé de l'envelopper de chiffons, après l'avoir graissé avec la pommade que l’on m'avait donnée chez le Polonais, et, par-dessus tout, une peau de mouton que j'attachai avec des cordes. J'en fis autant à la main droite.
Je me disposais à sortir, lorsque le juif m'engagea à rester. Il me dit qu'il y avait du riz à me vendre : je lui en achetai une portion, pensant que cela me serait bon pour arrêter le mal. Je le priai de me procurer un vase pour le faire cuire; il alla me chercher une petite bouilloire en cuivre rouge que j'attachai sur mon sac avec ma botte; ensuite je sortis de la maison, après lui avoir donné dix francs.
[…]
Bailly, avec lequel j'avais été changer les billets de banque à Wilna, et pris du café chez le juif, était aussi fortement indisposé que moi; lorsque je lui eus dit comme j'avais été malade après avoir pris le café, il ne douta plus qu'on ait voulu nous empoisonner, ou, au moins, nous mettre dans un état à pouvoir nous dévaliser.
[…]
Chemin faisant, [Picart] nous conta que, la veille, il avait rencontré un juif avec qui il avait fait connaissance, el cela pour lui vendre des objets dont il voulait se défaire, ses épaulettes de colonel et autre chose encore, mais qu'il n'avait pas manqué, comme cela lui arrivait souvent, de se faire passer pour juif en disant que sa mère était fille du rabbin de Strasbourg et que lui se nommait Salomon. Enchanté, et aussi dans l’espoir de faire un bon marché, l'autre lui avait indiqué sa demeure, en l'assurant qu'il lui procurerait du bon vin du Rhin.
Nous, arrivâmes derrière la synagogue : à côté était une petite maison où Picart s'arrêta, Il regarda à droite et à gauche s'il ne voyait rien; ensuite, se pinçant le nez, il appela d'une voix nasillarde, et à plusieurs reprises : « Jacob ! Jacob! » Nous vîmes paraître, par un trou, une espèce de figure coiffée d'un long bonnet fourré et ornée d'une sale barbe : c'était Jacob le juif. En reconnaissant Picart, il lui dit en allemand : « Ah! c'est vous, mon cher Salomon, je vais vous ouvrir! » Le juif ouvrit la petite porte, et nous entrâmes dans une chambre bien chaude, mais puante et dégoûtante. Lorsque nous fûmes assis sur un banc autour d'un poêle, nous vîmes entrer trois autres juifs, dont Jacob nous dit que c'était sa famille.
Picart, qui savait comment il fallait s'y prendre avec ses soi-disant coreligionnaires, commença par ouvrir son sac et en tirer d'abord une paire d'épaulettes, non pas de colonel, mais de maréchal de camp, une pacotille de galons, tout cela neuf et ramassé à la montagne de Wilna, dans les caissons abandonnés.
Il y avait aussi quelques couverts d'argent venant de Moscou. Les juifs ouvrirent de grands yeux; alors Picart demanda du vin et du pain; on apporta du vin du Rhin excellent; le pain n'était pas de même; mais, pour le moment, c'était plus que l’on ne pouvait l'espérer.
Pendant que nous étions à boire, les juifs regardaient les objets étalés sur le banc ; Jacob demanda à Picart combien il voulait de tout cela : « Dites vous-même! » répondit Picart. Le juif dit un prix bien éloigné de ce que Picart voulait. Il lui dit ; « Non ! » Jacob dit encore quelque chose de plus ; cette fois Picart, chez qui le vin commençait à produire son effet, regarda le juif d'un air goguenard et lui répondit en mettant un doigt sur le côté de son nez, et en fredonnant non pas des paroles, mais le chant du rabbin à la synagogue, le jour du Sabbat.
Les quatre juifs se mirent aussi à se balancer comme des Chinois et à chanter les versets. Grangier regarda Picart, pensant qu'il était fou, et moi, malgré ma triste position, je me pâmais de rire. Enfin, Picart cessa de chanter pour nous verser à boire. Pendant ce temps, les juifs causèrent ensemble du prix des objets ; Jacob en offrit un prix plus élevé, mais ce n'était pas encore ce que Picart voulait, de sorte qu'il se remit à recommencer son tintamarre, jusqu'au moment où il accorda le marché, à condition qu'on lui donnât de l'or. Jacob paya Picart en pièces d'or de Prusse; il est probable qu'il était content de son marché, puisqu'il nous donna des noisettes et des oignons.
[…]
Nous vîmes venir un traîneau attelé de deux chevaux, qui s'arrêta. Il était conduit par deux juifs et chargé d'épicerie. L'idée nous vint de leur proposer de nous conduire, en payant, bien entendu, jusqu'à Darkehmen, où l'on devait aller ce jour-là, ou de nous emparer du traîneau, s'ils refusaient. D'abord ils firent quelques difficultés, sous différents prétextes. Enfin ils acceptèrent. Le prix était convenu pour quarante francs, nous leur en payâmes de suite la moitié, mais comme ils ne prenaient les pièces de cinq francs que comme un thaler qui n'en vaut que quatre, cela nous fit dix francs de plus. Nous n'y regardâmes pas de si près, et imprudemment, pour nous attirer leur confiance, nous leur fîmes voir que nous avions beaucoup d'argent. Un sergent-major, nommé Pierson, qui avait plusieurs pièces d'argenterie, les montra. Dès ce moment, ils parlèrent hébreu, de sorte que nous ne pûmes rien comprendre de ce qu'ils disaient. […] Nos conducteurs nous firent comprendre qu'ils allaient nous conduire par un chemin à gauche, où l'on ne voyait personne, et qu'avant une heure, nous aurions rejoint la grande route et dépassé la tête de colonne. Nous aurions dû demander, puisque le chemin était si bon, pourquoi d'autres conducteurs de traîneaux, qui devaient aussi bien le connaître, ne le prenaient pas; mais nous n'y pensâmes pas. Lorsque nous eûmes voyagé, au grand trot, un bon quart d'heure, je m'aperçus que la route que nous suivions tournait insensiblement sur la gauche, et nous éloignait de celle que suivait l'armée; que le terrain sur lequel nous roulions, et que l'on nous faisait prendre pour un chemin, n'était qu'un remblai formant la digue d'un canal à notre droite, et d'un contre-fossé à gauche. Voulant communiquer mes observations à mes camarades, je criai aussi fort que je le pouvais, et à plusieurs reprises : « Halte! halte! » Grangier me demanda ce que je voulais. Je redoublai mes cris : « On nous trompe, nous sommes avec des coquins ! » Alors Pierson, qui était sur le devant, tenant dans ses mains une théière en argent qu'il rapportait de Moscou, et dont il se servait à chaque instant pour faire du thé, se mit, à son tour, à crier : « Halte !»
Les fripons de juifs sautent en bas de la botte de paille sur laquelle ils étaient assis, et, toujours en marchant, mais moins vite, prennent les chevaux par la bride, font tourner le traîneau et nous renversent du haut en bas de la digue, du côté du contre-fossé. Heureusement pour moi, qui étais placé derrière, les jambes pendantes en dehors et sur le côté du traîneau, que j'avais pu voir leur mouvement, de sorte qu'en me laissant glisser, j'évitai de faire le grand saut, mais mes camarades roulèrent jusqu'en bas, à plus de vingt-cinq pieds, et arrivèrent tout meurtris sur glace. Comme ils avaient les pieds et les mains gelés, ils poussaient des cris effrayants, occasionnés par les douleurs. Ces cris se changèrent en cris de rage contre les juifs qui, déjà, avaient retiré le traîneau au bord de la digue, car, tenant les chevaux par la bride, ils l'avaient empêché, quoique renversé, de rouler jusqu'en bas. Ils se disposaient à se sauver avec nos bagages, mais, comme mon fusil était avec les autres, dans le fond du traîneau, je tirai mon sabre et en portai un coup sur la tête d'un juif qui, grâce à son bonnet fourré, ne l'eut point fendue en deux. Je lui en portai un second qu'il para avec la main gauche couverte d'un gant en peau de mouton. Ils allaient nous échapper, quand Pierson arriva pour me seconder, tandis que les autres, encore en bas du remblai, qu'ils n'avaient pas la force de remonter, juraient et nous criaient de tuer les juifs. Celui auquel j'avais donné un coup de sabre se sauvait en traversant le canal; l'autre, qui tenait les chevaux, demandait grâce en disant que c'était la faute de son camarade. Cela n'empêcha pas Pierson d'appliquer quelques coups de plat de sabre à celui qui restait et qui demandait pardon en nous appelant colonel et général.
Pierson, prenant les chevaux par la bride, lui ordonna de descendre, afin d'aider nos camarades à remonter. C'est ce qu'il s'empressa de faire; il en fut récompensé par les coups de poings qu'on lui appliqua avec force. Lorsqu'ils furent remontés, Leboude nous annonça que nous avions acquis de droit le traîneau et les chevaux, car ces deux coquins avaient cherché à nous détruire, afin de s'emparer de ce que nous avions.
Nous ordonnâmes au juif de nous conduire, au grand galop, par le chemin le plus court, afin de rejoindre l'armée, mais il fallut retourner par où nous étions venus.
Arrivés près de la ville, le juif voulait nous y faire entrer sous prétexte de prendre quelque chose chez lui : c'était pour nous livrer aux Cosaques, qui y étaient déjà. Nous lui fîmes sentir la pointe du sabre dans le dos, le menaçâmes de le tuer, s'il faisait encore un pas du côté de la ville. Aussi s'empressa-t-il de tourner à gauche, sur la route que suivait l'armée, dont nous apercevions les derniers traîneaux à une grande distance. Un quart d'heure après, nous les avions rejoints, ensuite nous les dépassâmes en descendant une côte avec rapidité. […] Il pouvait être neuf heures lorsque nous arrivâmes dans un grand village ; beaucoup d'hommes y étaient déjà ; nous entrâmes dans une maison, afin de nous y chauffer; nous laissâmes notre traîneau à la porte, ayant eu la précaution de le décharger de nos bagages et de faire entrer le juif avec nous, dans la crainte qu'il n'enlevât notre équipage.
Les soldats qui étaient à se chauffer nous dirent que, dans le village, on vendait des harengs et du genièvre. Comme ils avaient eu beaucoup de complaisance pour moi et qu'ils avaient tous les pieds plus gelés que les miens, je me décidai à y aller, mais, en partant, je leur recommandai d'avoir les yeux sur le traîneau : « Sois tranquille, me dit Pierson, j'en réponds! »
Je partis avec notre juif pour me servir de guide et d'interprète.
Il me conduisit chez un de ses compères, où je trouvai des harengs, du genièvre et des mauvaises galettes de seigle. Pendant que je me chauffais en buvant un verre de genièvre, je m'aperçus que mon guide avait disparu avec un autre juif, avec lequel il causait un instant avant. Voyant qu'il ne rentrait pas, je retournai, avec mes provisions, rejoindre mes amis : mais quel fut mon étonnement, lorsque je fus près de la maison, de n'y plus voir le traîneau à la porte! Mes camarades, tranquillement à se chauffer, me demandent où sont les provisions ; moi je leur demande où est le traîneau. Ils regardent dans la rue, le traîneau est parti! Sans dire un mot, je jette les provisions à terre, et, le coeur triste, je vais me coucher sur de la paille, à côté du poêle.
[…]
Un juif arriva avec des pantalons qu'il cachait dans un sac. Il s'en trouvait de toutes les couleurs, des gris, des bleus, mais tous trop petits ou trop grands, ou malpropres. L'enfant d'Israël, voyant que rien ne me convenait, me dit qu'il allait revenir avec quelque chose qui me plairait. En effet, il ne tarda pas à reparaître avec un pantalon à la Cosaque, de couleur amarante et en drap fin. Il était fort large. C'était le pantalon d'un cavalier, probablement d'un aide de camp du roi Murat. N'importe, je l'essayai et, prévoyant que j'aurais bien chaud avec, je le gardai. On y voyait encore, de chaque côté, la marque d'un large galon que le juif avait eu la précaution d'enlever. Je lui donnai, en échange, la petite giberne du docteur, garnie en argent, que j'avais prise sur le Cosaque, le 23 novembre. En outre, il exigea cinq francs, que je lui donnai. »
(Bourgogne, Mémoires)

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Message Publié : 08 Mai 2017 22:04 
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Salluste
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Inscription : 08 Fév 2017 21:50
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Localisation : Liège (Belgique)
Narduccio a écrit :
Les messages HS ont été supprimés

En quoi est-il hors sujet de faire remarquer que les longues citations qui sont faites manquent de contextualisation et qu'un petit effort de synthèse augmenterait leur lisibilité ?


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Message Publié : 08 Mai 2017 22:24 
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Localisation : Alsace, Colmar
Lei Ming Yuan a écrit :
Narduccio a écrit :
[color=#FF0000][b]Les messages HS ont été supprimés

En quoi est-il hors sujet de faire remarquer que les longues citations qui sont faites manquent de contextualisation et qu'un petit effort de synthèse augmenterait leur lisibilité ?


Vous devriez faire l'effort de lire la charte du forum. Charte que vous vous êtes engagé à respecter en vous inscrivant sur ce forum. Je vous conseille vivement de lire ce paragraphe particulier :
Citer :
- Il est interdit de commenter publiquement les décisions des modérateurs. Vous pouvez éventuellement les contacter par message privé pour plus de précision, en veillant à rester courtois et à ne pas insister plus que nécessaire. Rappelez-vous que le modérateur a toujours le dernier mot, même s'il peut lui arriver de se tromper.


Si vous pensez que la modération s'est trompée, ce qui peut lui arriver, merci de le signaler par MP (Message Personnel) à un des modérateurs du site. La Modération se penchera ensuite sur cela et tranchera.[/color][/b]

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
Appelez-moi Charlie


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Message Publié : 09 Mai 2017 21:04 
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Fustel de Coulanges
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Témoignage de Blaze (La vie militaire sous l’Empire) :

« A Varsovie, la moitié des habitants se compose d'étrangers, et surtout d'Allemands. Les juifs polonais y font seuls ou presque seuls le commerce; ils sont aubergistes, marchands, tailleurs, cordonniers
[…]
[Si un gentilhomme polonais] n'a pas d'argent, il en emprunte; les juifs sont toujours prêts, et Dieu sait à quel taux ils en donnent!
[…]
Dans tous les villages on trouve la maison du juif: c'est l'auberge, grand Dieu ! quelle auberge ! Entrez-y, demandez autre chose que de la bière, de la mauvaise eau-de-vie, de la pâte mal cuite qu'on appelle du pain, et on vous répondra toujours niéma (il n'y en a pas). En Pologne, c'est la réponse à tout, excepté lorsqu'on demande de l'eau; dans ce cas, on vous dit zara (tout de suite). Il faut voir quelle saleté règne dans ces demeures des enfants d'Israël ! Un jour que je logeais dans une de ces auberges, je m'aperçois qu'on m'a mis des draps sales; j'appelle mon hôte, et je le prie de les changer.
-Pourquoi donc?
-Parce qu'ils ne sont pas propres.
-Mais vous vous trompez : ils n'ont servi qu'à trois ou quatre officiers français.
Je ne pus jamais faire comprendre au fils de Jacob que des draps pouvaient être sales avant d'être noirs.
Les juifs de Pologne sont un peuple à part; ils ressemblent bien aux juifs des autres pays, en ce sens qu'ils cherchent toujours à gagner de l'argent, mais ils en diffèrent en ne dépensant rien. Ils entassent écus sur écus et sont contents quoique souvent battus. En France, en Allemagne, un juif riche vit comme un chrétien riche; mais en Pologne, il court vêtu comme un pauvre, et si, trompé par les apparences, vous lui donnez deux sous, il les prendra.
C'est une singulière chose que cette race juive, répandue dans le monde entier, ayant partout les mêmes habitudes, et conservant toujours ce même type de physionomie. Avant la révolution de 1789, c'était une triste existence que celle d'un juif dans le Comtat Venaissin [Blaze était originaire de Cavaillon]. Les chrétiens de ce pays ne croyaient pas qu'un enfant d'Israël fût un homme comme eux. Les juifs étaient parqués dans un certain quartier de la ville, ils ne pouvaient en sortir qu'à des heures désignées. Si par malheur ils se trouvaient dans la rue, au moment où passait une procession (et il en passait souvent), ils étaient obligés de se sauver à la course, pour éviter les pierres qu'on leur lançait de tous côtés.
Ces pauvres juifs n'avaient aucune garantie, partout ils étaient régis par le caprice et l'arbitraire. En 1347, la reine Jeanne étant à Avignon, laissa un monument de sa profonde sagesse, en établissant une maison de prostitution dans la ville papale. Vous saurez que Jeanne avait alors vingt-trois ans, et qu'elle venait d'étrangler son mari. Je ne citerai que deux articles de ces statuts.
III.
Item. Notre bonne reine commande que la maison soit établie dans la rue du Pontrouca, proche le couvent des Frères Augustins, etc.
IX.
Item. La supérieure ne recevra aucun juif. S'il s'en trouve quelqu'un qui s'y glisse par adresse et qui ait connaissance de l'une des filles, il sera emprisonné pour être ensuite fouetté publiquement par la ville.
Quelle tendre sollicitude pour les bons pères Augustins ! et ces pauvres juifs comme on les traitait alors ! on les obligeait à se coiffer toujours d'un chapeau jaune; les femmes portaient un chiffon pédassoun de même couleur sur la poitrine. Malheur à ceux qui seraient sortis sans être revêtus de ces marques distinctives ! Tout juif était obligé de s'incliner devant le dernier des polissons chrétiens, qui lui disait : faï cabo. Il fallait obéir ou donner cinq sous; et Dieu sait que de pièces de vingt-cinq centimes les juifs riches payaient chaque fois qu'ils sortaient de leurs maisons.
Un de ces messieurs, zélé sectateur de la loi de Moïse, détestant les chrétiens autant qu'il en était haï, possédait plusieurs millions et les augmentait chaque jour par son industrie. Mais à père avare, enfant prodigue, dit la sagesse des nations, et le fils prouvait chaque jour la vérité du proverbe; sa conduite faisait compensation et rétablissait l'équilibre. Le jeune homme souscrivait des lettres de change pour des sommes énormes, que des chrétiens passablement juifs lui prêtaient à cinquante pour cent d'intérêt; lorsqu'on se présentait chez le père Abraham, il refusait toujours de payer, mais le fils survenant : « Ne payez pas, vous ferez bien, disait-il; le vice-légat ne demande pas mieux, il paiera quand je le voudrai; pour cela je n'ai qu'un mot à dire : Je veux être baptisé »
Le vieux juif s'arrachait les entrailles en fouillant dans son coffre-fort ; quels tourments il a dû souffrir pendant toute sa vie, sa religion d'un côté, ses écus de l'autre ! eh bien ! la loi de Moïse a toujours passé la première. Combien de chrétiens seraient incapables d'un tel sacrifice ! »
[…]
Les juifs de la Pologne sont, de tous les juifs, les juifs les moins chrétiens du monde. Sous le prétexte de vendre ou d'acheter, ils s'introduisaient chez les officiers français; quand par hasard ils ne rencontraient personne, ils emportaient tout ce qu'ils trouvaient sous leur main. Par une belle nuit, ils volèrent à Posen les chevaux et toute la garde-robe d'un chef de bataillon de mon régiment.
Le lendemain, le général Friant fit amener chez lui par des grenadiers les douze principaux juifs de la ville; à leur tête se trouvait M. le Rabbin. Voici la harangue qui fut prononcée dans cette circonstance solennelle; j'étais présent, je la rapporte mot pour mot:
- Messieurs, dit le général, vous êtes tous des voleurs.
- Mais
- Silence! vous avez volé cette nuit les chevaux et les effets d'un officier; voici la note exacte de ce que vous avez pris.
- Ce n'est pas nous, général.
- Silence ! si ce n'est pas vous, ce sont vos frères, mais c'est vous que je charge de tout retrouver. Pour y parvenir, je vais vous faire conduire en prison ; vous pourrez écrire à vos amis les voleurs; vous prierez, vous ordonnerez, cela ne me regarde pas, mais il faut que tout se retrouve dans vingt-quatre heures; tout, entendez-vous ? S'il manque la moindre chose, les juifs de Posen paieront une contribution de six mille francs, somme à laquelle j'évalue les objets volés.
- Mais... cependant...
- Silence! pas un mot de plus, à demain la restitution ou dix grenadiers à discrétion chez chacun de vous, jusqu'au paiement des six mille francs. Sortez ! qu'on les mène en prison !
Pendant la nuit les chevaux furent amenés à la porte du chef de bataillon; sur leur dos on trouva les habits, le linge : il ne manqua pas un mouchoir. Au lieu de ses vieilles épaulettes, l'officier en eut de toutes neuves, apparemment que les autres avaient déjà passé par le creuset. Depuis ce moment les vols cessèrent et la harangue du général Friant produisit d'excellents résultats.
Des officiers, précédemment volés par des juifs, espéraient que, dans cette occasion, il serait tiré des enfants d'Israël une vengeance éclatante; ils furent fâchés d'apprendre que tout était restitué; chacun prétendait qu'on ne devait pas se contenter de cette réparation, et que, pour satisfaire la vindicte publique, il fallait administrer aux juifs une punition corporelle. Le respectable corps des sous-lieutenants prit fait et cause pour les volés contre les voleurs. Pleins de ces belles idées, nous étions le lendemain à table (c'est toujours là que nous agitions les grandes questions); on riait, on buvait, fecundi calices : après bien des projets conçus, discutés, rejetés, nous signâmes tous une supplique au général Friant, pour qu'il voulût bien nous accorder un juif en gratification, qui servirait de bouc-émissaire et paierait pour tous les autres. J'ai souvent entendu dire plus tard à notre brave général que jamais il n'avait ri comme en recevant ce singulier placet.
- On te volera, disais-je un jour à certain officier de ma connaissance; tu ne fermes jamais ta porte ou bien tu laisses la clef dans la serrure, ce qui revient exactement au même.
- Sois tranquille, me répondit-il; si quelqu'un me vole, je le saurai, car j'ai toujours sur moi la liste de mon linge, de mes habits, enfin de tout ce que je possède.
-Bien raisonné : de cette manière, tu peux être sûr qu'on ne te volera pas ta liste.
Ces juifs de Pologne ont laissé de fâcheux souvenirs chez les soldats français. Le juif polonais n'est point Polonais, car il serait brave homme; il est juif, en guerre ouverte avec l'univers entier. Il ne ressemble point au juif de France ou de l'Allemagne, c'est un type à part ; enfin, c'est un juif polonais. »

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Message Publié : 13 Mai 2017 18:18 
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Fustel de Coulanges
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« Le 25 [août 1812] Arrivé et bivouaqué à Janovitschi, assez grande ville, toute en bois. Quelques Juifs seuls y sont, restés, nos soldats les pillent
[…]
[10 décembre 1812, Wilna] Juifs pillant les Français, Français pillant les Juifs. »
(Tascher, Notes journalières sur la campagne de Russie)



« Le 18 [novembre 1812], à Donbrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d'argent.
[…]
Le 3 [décembre 1812], à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
(Villeminot, Papiers d’un cavalier de la Grande Armée)



« Lorsque nous entrâmes dans Polotsk, toute la population avait fui dans les forêts, emportant avec eux ce qu’ils eurent le temps de sauver. Il n'y restait que les vieillards infirmes et des juifs qui s'occupaient à piller dans les maisons ; mais notre arrivée les força à fuir à leur tour.
[…]
Au printemps de l'année 1813, [Minod avait été fait prisonnier à la Bérézina] nous fûmes conduits dans l'intérieur de la Russie par détachements de 300 à 400 hommes, escortés par des cosaques réguliers et irréguliers. […] Nous recevions pour notre subsistance deux cuillerées de gruau de sarrasin, deux poignées de biscuit coupé par morceaux, fait avec de la farine de seigle, d'avoine, de pois et de fèves. Ce biscuit est tellement dur qu'il faut l'humecter longtemps avant de pouvoir en manger; du reste, il était assez bon. Nous recevions en outre 12 kopecks par homme, ce qui équivaut à 2 ½ s. de France. Avec cela, il l'allait acheter du sel et de la graisse que ces coquins de juifs nous faisaient payer bien cher. Nous faisions avec cela une panade ou bouillie et, comme la faim fait trouver tout bon, on se garnissait le ventre tant bien que mal
[…]
Nous étions un jour logés chez un juif. En allant à la cuisine, j'aperçois un grand pot de terre sur le foyer, dans lequel cuisait une grosse poule. Comme, depuis longtemps, j'avais une aversion pour les juifs, l'idée [me] vint de m'emparer de cette poule; et pour cela, je pris dans la musette un morceau de lard, que je montrai à la femme juive, puis jetai ce lard dans le pot où cuisait la poule. Rien de si drôle que la mine horrible que fit cette femme en m’accablant d'injures; puis elle prend le pot, le jette à terre au milieu de la cuisine et s élance à la rue pour appeler son mari et les juifs de son voisinage pour nous faire éreinter de coups. Mais nous n'attendîmes pas le payement et nous étant emparés de la poule, nous prîmes rapidement notre musette et jouâmes des jambes, allâmes joindre de nos camarades logeant dans le même village, lavâmes proprement la poule, la mîmes cuire et fîmes un délicieux repas »
(Minod, Journal des campagnes et blessures)



« A Pforzheim, on me mit chez un riche juif où il y avait trois jeunes personnes outre deux repasseuses ; je fis semblant de ne pas savoir l'allemand et je restai dans la chambre où l'on repassait. Je causais avec les demoiselles en français et elles faisaient leurs observations en allemand. Après dîner je découvris la tromperie et nous fumes en gaîté toute la soirée ; ce ne fut que le lendemain que je sus que j'avais logé chez des juifs. »
(Lettre adressée le 6 mai 1809 par Alexis Mathieu à Mlle Cornélie Matthieu)



« Après Tilsitt, on quitte la Prusse pour entrer dans le grand-duché de Varsovie. La route travers presque constamment des forêts de pins. Les villages ne sont habités que par des juifs. La misère, la malpropreté de ces gens sont repoussantes. Leurs maisons ne sont que des huttes qui ressemblent à des étables.
[…]
Après avoir détruit, tant bien que mal l'artillerie qui existait à Kœnigsberg, livré les magasins à l'avidité des juifs et des habitants, au lieu de distribuer leur contenu aux troupes, l'armée évacua la ville, dans la nuit du 4 au 5 janvier 1813 »
(Noël, Souvenirs militaires d’un officier du Premier Empire)



"[Suite à la capitulation du Cap, Dembowski, libéré par les Anglais, se retrouve à Charlestown avec sa femme Joséphine et son jeune fils Alphonse] Les 10, 11 et 12 avril [1804] Une circonstance imprévue nous a fait sortir, et en même temps qu’elle donne un autre cours à nos idées, nous avons plus que jamais l’espoir de quitter ce pays-ci pour nous acheminer vers le but désiré. Cette circonstance est trop intéressante pour ne point vous en dire jusqu'au moindre détail. Un Juif polonais établi ici depuis vingt cinq ans, riche négociant, franc-maçon de religion, ayant appris qu'il se trouvait un passager polonais sur le malheureux Théobald s'est empressé de venir chez moi à diverses reprises. Je vous avoue, mes bons amis, que, d’abord, n’ayant pas bonne opinion de la nation juive tant ancienne que moderne, je me suis méfié de cette connaissance. Cette répugnance a même été portée si loin que j’ai cru lui devoir dire qu’étant pauvre et malheureux, il ne point espérer gagner rien sur moi, et que si le vil intérêt l’y amenais je le priais de rebrousser chemin et de chercher fortune ailleurs. A cette réception aussi dure qu’inattendue, j’ai vu des larmes rouler dans ses yeux. Ce signe non équivoque de sensibilité m’a plus touché que toutes les protestations du monde. Aussi n’en a-t-il fait aucune, mais d’un air pénétré et sincère il m’a prié d’écouter le récit suivant :
« Ayant ouïe dire dans la loge des frères-maçons qu’il se trouvait plusieurs de nos Frères sur le Théobald, et entre autres un de mes compatriotes, je l’ai cherché de préférence. L’intérêt ne guide point la démarche que j’ai faite pour le trouver ; celui d’être utile et de faire tout le bien qui sera en mon pouvoir est le seul dont je lui demande en grâce de ne me point ravir l’avantage. Faites-moi l’honneur de venir passer la soirée chez moi, vous y trouverez un de mes voisins, riche, humain et généreux, qui se nomme John Holbeck, veuf, architecte de profession et franc-maçon, aimant les Allemands et les Polonais, son père étant originaire silésien : il est mon ami et pense comme moi. Par conséquent, il me parait fort à propos que vous vous rencontriez et que l’amitié soit le résultat de cette entrevue. »
J’ai lu dans sa physionomie la franche et la vérité des paroles que dictait son cœur, et enfin je lui ai promis d’aller le lendemain chez lui avec Fifine et Alphonse. Ils firent de leur mieux pour nous bien recevoir. Sa femme, honnête Allemande, a fait l’offre des ses services à la mienne, ainsi que M. John Holbeck, qui s’est effectivement trouvé là.[…] Le bon juif, qui s’appelle Liway, apporta plusieurs robes dont il fit cadeau à notre Alphonse.
[…]
Le 5 mai […] le capitaine Misseroon [le capitaine du bâtiment devant assurer la traversée vers la France de Dembowski et de ses proches ; Holbeck s’étant porté caution pour le paiement que Dembowski devait effectuer à son arrivée à Bordeaux] nous prévient qu’il faut embarquer nos provisions demain, et se trouver à bord après-demain. John Holbeck, son frère Henry, l’épouse de ce dernier et le bon Liway connaissant ma misérable position et l’impossibilité où je me trouve de me procurer des vivres pour la traversée de cinq personnes, ont jugé à propos unanimement de me les fournir, ce qu’ils ont fait en abondance, et nous sommes approvisionnés au-delà du terme présumé de notre voyage. La générosité, la manière obligeante qu’ils ont mis à l’exécution de cette affaire, ajoute et relève le prix de leur amitié bienfaisante […] La Providence m’a procuré des amis, qui, sans m’avoir jamais connu, sur la seule opinion de ma bonne foi, ont déboursé cinq ou six cents francs, somme qu’ont coûtée nos provisions. Oh ! chers et bons amis ! que cette Providence est bonne et prévoyante ! Dans un pays à deux mille lieues du nôtre, où je ne me promettais rien que la misère et l’abandon, où je craignais à chaque instant d'être exposé et voir exposer ma femme et mon fils au besoin et aux chicanes du sort, j'ai trouvé des hommes qui exercent la bienfaisance dans toute sa pureté, par ce qu’ils savent obliger avec cette noble délicatesse qui n’accable point sous son poids des bienfaits, mais qui pénètre de reconnaissance celui qui en est l'objet.
[…]
Le 6 mai. Nous venons de prendre congé de nos généreux amis qui, en pleurant, nous ont accompagnés jusqu’à bord. O Dieu ! jamais, jamais je ne pourrai reconnaître autrement que par ma reconnaissance tout ce que ces braves gens ont fait pour nous. Elle est gravée là, dans mon cœur, assez profondément pour la transmettre à mon Alphonse, comme la chose la plus précieuse, c'est-à-dire celle qui honorera le plus et son cœur et le mien ! »
(Dembowski, Voyage de retour de Saint-Domingue en France)



« Le 23 [mars 1812], nous logeâmes en avant de Donauwœrth, dans un village habité par des Juifs, nous y fûmes très bien. Le vin bien que rare dans ces contrées puisqu'ils n'en récoltent point, ne nous fut pas épargné. La bonne chère fit qu'on ne pouvait guère être mieux
[…]
Le 23 [mai 1812], les villes et villages [de Pologne] sont très mal bâtis, les rues ne sont point pavées; une partie de la population est juive, nation qui est d'une malpropreté incroyable, et cependant ce sont eux qui tiennent tout le commerce du pays.
[…]
Le 12 [juillet 1812], nous arrivâmes dans Minsk […] Il ne se faisait point de distributions ; dans cette position malheureuse, nous eûmes du bonheur que les juifs, habitants de la ville, nous apportassent des vivres pour notre argent; l’eau-de-vie et la bière nous coûtaient assez
bon marché.
[…]
Nous marchâmes donc plusieurs jours pour arrivera Gumbinnen, qui était la première ville de Prusse, où nous parvînmes le 19 décembre. Nous ne fûmes pas plus exempts de fatigues qu'en Pologne, à cause de la méchanceté des paysans, principalement des Juifs. »
(Auvray, Souvenirs militaires)

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Message Publié : 13 Mai 2017 23:08 
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Eginhard
Eginhard
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
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Localisation : Généralité de Riom & Bourbonnais
merci Cyril, des témoignages intéressants, celui de Blaze est bien instruit sur la situation des juifs dans diverses parties de l'Europe, pas seulement de Pologne

« Des juifs eurent la permission de venir à bord nous apporter des vivres frais que, suivant leur louable coutume, ils ne se firent point scrupule dé nous faire payer quatre fois leur valeur. »
(Mémoires d'un officier Français, prisonnier en Espagne)»


des marranes sans doute, difficile d'imaginer de véritables juifs professant leur judaïsme au grand jour dans l'Espagne judeophobe de 1808
les soldats Français étaient d'ailleurs perçus ou assimilés comme juifs pour la propagande Espagnole hostile à leur présence


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Message Publié : 15 Mai 2017 11:49 
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Marc Bloch
Marc Bloch
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
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Localisation : Allemagne
Dans cette compilation d'une richesse prodigieuse, je suis étonné qu'il soit beaucoup question de vivres et d'eau de vie, mais qu'il ne soit jamais question des femmes. Car, il ne s'agit pas d'être pudibond, c'était à tous les coups un problèmes pour ces soldats français jeunes et vigoureux qui à l'étape devaient chercher " le repos du guerrier". Ils nous paraissent âgés sur les illustrations parce qu'ils avaient des moustaches et parfois la barbe mais ils étaient dans la force de l'âge.
Peut-être les rédacteurs de ces remarquables chroniques, par pudeur n'ont pas voulu parler des histoires de viol ou de prostitution ou d'idylles (ça existe parfois).

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"La faculté de prévoir appartient à celui qui se souvient." ( Léon Bérard)
" Jeune homme, la France se meurt, ne troublez pas son agonie..." ( Renan à Déroulède )


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Message Publié : 15 Mai 2017 12:08 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 3982
Faget a écrit :
ou d'idylles


Plus haut, l'amour platonique d'Hauteroche (Souvenirs) pour sa belle Ancônitaine :
« Rachel, c'était le nom de la jeune personne, était tout à fait à mon goût et je crois que je ne lui déplaisais pas ; mais je me bornai au plaisir de l'admirer et de m'entretenir avec elle sans lui souffler le moindre mot d'amour. »


Paulin (Souvenirs), là encore sur les bords de l'Adriatique, a-t-il été plus loin ?
« L'ainée de ces jeunes filles […] restera un des heureux souvenirs de ma jeunesse. »

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