A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 20 Nov 2017 1:05

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 7 message(s) ] 
Auteur Message
Message Publié : 24 Mai 2017 6:17 
Hors-ligne
Plutarque
Plutarque
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Juin 2014 16:37
Message(s) : 187
Bonjour,

Durant le Consulat puis l'Empire, Napoléon équipa certaines de ses unités de cavalerie de mousquetons ou fusils de Dragon avec baïonnette. Si la chose semble cohérente pour certaines unités destinées à combattre occasionnellement à pied comme les Dragons, ou a faire un service de protection à pied comme les Chasseurs à cheval de la Garde, elle l'est beaucoup moins pour de classiques unités de Chasseurs à cheval, de Hussards, de Cuirassiers ou de Carabiniers...
Pour ces dernières unités, la longue baïonnette de mousqueton étaient plus encombrante qu'autre chose. Parquin (Chasseur à cheval) rapporte à son sujet, pendant la campagne de 1807:

"Le champ sur lequel nous avions établi notre bivouac était un champ de pommes de terre, de manière que nous n'avions qu'à nous baisser pour en prendre, ce que nous fîmes avec nos baïonnettes, armes nouvelles que l'on avait distribuées à notre régiment et qui ne nous servirent qu'à cela. Nous les laiseâmes en effet sur le terrain. On ne manqua pas de nous les faire payer 7 francs 50 centimes"

Connaissez-vous d'autres témoignages de cavaliers au sujet de ces baïonnettes ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 24 Mai 2017 13:37 
Hors-ligne
Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 3982
« L’ordre nous fut donner de prendre la carabine et même la baïonnette. Ainsi, chacun de nos lanciers fut armé d’une lance, d’un sabre, de pistolets, d’une carabine et d’une baïonnette.
[…]
Nos lanciers, éreintés de marcher presque toujours à pied pour alléger les chevaux, cédèrent d’autant plus facilement au conseil de leur bon sens qui leur fit sentir l’inutilité et le ridicule du luxe de l’arsenal dont ils étaient entourés et ils se débarrassèrent de la moitié de cette richesse dangereuse et anticavalière. »
(Brack, Notes sur l’arme des lanciers)

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 24 Mai 2017 16:26 
Hors-ligne
Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 3982
Une affaire où « s’illustrèrent », baïonnettes aux canons, des hussards à pied : Canth, 13 mai 1807.

Le 15 mai, Dumuy fit le rapport suivant à Berthier :
« Au point du jour, j'entendis une canonnade. Je jugeai que le général Lefebvre avait atteint l'ennemi, et qu'il était aux prises. Je ne balançai point à me porter en avant, avec environ 200 hussards à pied et quelques hommes de cavalerie qui formaient la colonne placée sur la route de Schweidnitz. En même temps, j'envoyai l'ordre au commandant de la place de m'envoyer toutes les forces qui étaient à sa disposition, et surtout la cavalerie dès qu'elle serait arrivée.
Je me dirigeai vers le point d'où partait le bruit du canon. J'arrivai vers les 11 heures aux portes d'un petit bourg à six lieues de Breslau, et les trouvant fermées, je jugeai que l'ennemi occupait cette position. La canonnade avait cessé depuis longtemps. Je ne doutai point que le général Lefebvre n'eût cessé l'engagement qu'il avait eu avec l'ennemi. Voyant les hussards à pied disposés à tout entreprendre, je crus devoir profiter de leur audace. Au premier ordre que je donnai d'attaquer, les portes furent enfoncées, et l'ennemi vivement assailli : en un moment il fut chassé de la place et poursuivi, dans le plus grand désordre, à plus d'une lieue. Je ne puis trop me louer de la conduite de ces Français, qui, au nombre de 150, sont parvenus à débusquer un ennemi bien supérieur en forces, et qui avait deux escadrons de cavalerie. On lui a tué beaucoup de monde et fait un grand nombre de prisonniers; nous n'avons eu que 2 blessés. »

Le même jour, le combat en question était ainsi rapporté par Gérard, aide-de-camp de Jérôme :
« Le général Dumuy, qui avait été obligé d'attendre le retour de la cavalerie française, qui rétrogradait de dix lieues sur Breslau, s'est mis de suite en marche. A son arrivée, il s'est porté rapidement sur Canth, où il a encore trouvé l'arrière-garde ennemie, et environ 150 Bavarois prisonniers ou blessés. Avec 150 chevaux ou hussards à pied, il a fait enlever la ville à la baïonnette et a repris nos blessés ou prisonniers, ainsi que 30 Prussiens. »

Dumy écrivit également sur le même sujet, le lendemain, à Jérôme :
« Je me suis mis à la tête de quelques cavaliers, et me suis avancé pour reconnaître si l'ennemi s'approchait. Vers les cinq heures le bruit d'une canonnade m'a fait juger que le général Lefebvre était aux prises avec lui. Je n'ai pas hésité à marcher de ce côté-là. J'étais suivi par environ 150 hussards à pied et quelques dragons. J'avais envoyé l'ordre au commandant de la place de faire mettre en mouvement toutes les forces dont il pourrait disposer. Je suis arrivé vers les 11 heures à l'entrée de Canth, petite bourgade à 6 lieues de Breslau. Les hussards ont enfoncé les portes et se sont jetés de vive force dans la place, où l'ennemi était établi au nombre de 1 800 hommes d'infanterie et 2 escadrons de cavalerie. 150 Français ont eu l'honneur de le chasser, de lui faire 200 prisonniers et de lui tuer beaucoup de monde. Je n'ai eu que 2 hommes blessés dans cette attaque. »

Logiquement, l’affaire eut les honneurs du 75 e Bulletin de la Grande Armée (18 mai 1807) :
« A onze heures du matin, le général Dumuy, qui était sorti de Breslau à la tête d’un millier de Français, dragons, chasseurs et hussards à pied, qui avaient été envoyés en Silésie pour être montés, et dont une partie l’était déjà, attaqua l’ennemi en queue; 150 hussards à pied enlevèrent le village de Canth à la baïonnette, firent 100 prisonniers et reprirent tous les Bavarois qui avaient été faits prisonniers. »

Finalement, l’assaut à la baïonnette des hussards à pied semble avoir été conté de manière fort légère. Ainsi, le 20 mai, Jérôme avertissait Berthier :
« Je joins ici une lettre du général Dumuy sur la prétendue affaire qu'il a eue avec l'ennemi, et dont je me suis empressé de faire le rapport à S. M., ne pouvant m'imaginer qu'un officier général pût m'en imposer à ce point; mais tous les détails qui me sont parvenus à ce sujet, et le propre aveu de ce général me prouvent qu'il n'est arrivé à Canth qu'après la retraite de l'ennemi, qui y avait laissé une vingtaine d'hommes pour garder des blessés. Il n'y a pas eu 10 coups de fusil de tirés, et tout cet étalage se réduit à rien autre chose qu'à la prise des blessés. Des deux blessés mentionnés dans la lettre, un s'est cassé la jambe en dansant. Je suis très fâché que le général Dumuy m'ait mis dans le cas de faire un faux rapport à Sa Majesté. Je désirerais qu'elle fût détrompée. »

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 28 Mai 2017 7:51 
Hors-ligne
Plutarque
Plutarque
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Juin 2014 16:37
Message(s) : 187
Merci beaucoup sur ces témoignages !

Et un florilège de récits sur un même événement qui illustre bien le dicton "menteur comme un bulletin" !

Je vais chercher du côté des Cuirassiers, ils furent équipés du mousqueton et de la baïonnette pour la campagne de Russie. Vu l'inutilité de ces armes pour ces hommes, ils en ont peut-être fait mention. A voir.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 29 Mai 2017 17:36 
Hors-ligne
Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 3982
Un témoignage où on voit poindre le regret de ne pas avoir eu de cavaliers légers équipés de baïonnettes :

« Nous fîmes donc parcourir les rues de la ville [de Borisow] par plusieurs pelotons, qui aperçurent enfin la Bérésina.
Cette rivière n'étant pas encore assez gelée pour qu'on pût la traverser sur la glace, il fallait donc la franchir en passant sur le pont; mais pour l'enlever il aurait fallu de l'infanterie, et la nôtre se trouvait encore à trois lieues de Borisoff. Pour y suppléer, le maréchal Oudinot, qui arriva sur ces entrefaites, ordonna au général Castex de faire mettre pied à terre aux trois quarts des cavaliers des deux régiments [de sa brigade : 23e et 24e Chasseurs], qui, armés de mousquetons et formant un petit bataillon, iraient attaquer le pont. Nous nous empressâmes d'obéir, et, laissant les chevaux dans les rues voisines à la garde de quelques hommes, nous nous dirigeâmes vers la rivière sous la conduite du général Castex, qui, dans cette périlleuse entreprise, voulut marcher à la tête de sa brigade.
La déconfiture que venait d'éprouver l’avant-garde russe ayant porté la consternation dans l'armée de Tchitchakoff, le plus grand désordre régnait sur la rive occupée par elle, où nous voyions des masses de fuyards s'éloigner dans la campagne. Aussi, bien qu'il m'eût paru d'abord fort difficile que des cavaliers à pied et sans baïonnettes pussent forcer le passage d'un pont et s'y maintenir, je commençai à espérer un bon résultat, car l'ennemi ne nous opposait que quelques rares tirailleurs. J'avais donc prescrit aux pelotons qui devaient arriver les premiers sur la rive droite de s'emparer des maisons voisines du pont, afin que, maîtres des deux extrémités, nous pussions le défendre jusqu'à l'arrivée de notre infanterie, et assurer ainsi à l'armée française le passage de la Bérésina. Mais tout à coup les canons de la forteresse grondent et couvrent le tablier du pont d'une grêle de mitraille qui, portant le désordre dans notre faible bataillon, le force à reculer momentanément. Un groupe de sapeurs russes, munis de torches, profite de cet instant pour mettre le feu au pont mais comme la présence de ces sapeurs empêchait l'artillerie ennemie de tirer, nous nous élançons sur eux... La plupart sont tués ou jetés dans la rivière, et déjà nos chasseurs avaient éteint l'incendie à peine allumé, lorsqu'un bataillon de grenadiers, accourant au pas de charge, nous force à coups de baïonnette à évacuer le pont, qui bientôt, couvert de torches enflammées, devint un immense brasier dont la chaleur intense contraignit les deux partis à s'éloigner.
Dès ce moment, les Français durent renoncer à l'espoir de passer la Bérésina sur ce point, et leur retraite fut coupée ! »
(Marbot, Mémoires)

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 29 Mai 2017 19:08 
Hors-ligne
Plutarque
Plutarque
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 03 Juin 2014 16:37
Message(s) : 187
Vous m'avez devancé, je venais justement pour rapporter ce témoignage !


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 30 Mai 2017 19:28 
Hors-ligne
Hérodote
Hérodote

Inscription : 07 Mai 2017 18:10
Message(s) : 9
Bonjour,

je me suis amusé (c'est le terme nécessaire sur un travail d'amateur), à monter une vidéo à partir des sources (livres) que je possède et traite de la cavalerie. Outre la vision que Napoléon avait sur l'emploi de cette arme, le problème de la remonte, l'entrainement des hommes et des chevaux, je consacre un chapitre à l'armement. J'espère que ce travail pourra vous apporter quelques éléments supplémentaires.

https://www.youtube.com/watch?v=fENJX7zQ5PE

Précision : Ce style de travail, comme d'autres que vous pourrez croiser sur la chaîne, part d'un jeu. Nos contributeurs partent toujours de cette base pour l'élargir vers l'histoire. Le but reste toujours d'avoir un regard critique sur le rendu "réaliste" d'un jeu (en l’occurrence ici le mod "Napoléonic III Total War) et approfondir nos connaissances. Cette gymnastique est d'autant plus facile que ces jeux revendiquent cette volonté de réalisme.

Image


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 7 message(s) ] 

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 4 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB