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Message Publié : 28 Nov 2017 17:54 
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Marc Bloch
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Jefferson a écrit :
Pour préciser mon avis sur ce sujet, une citation de Barrère concernant l'Angleterre, puisqu'on le cite beaucoup pour la Vendée, que j'avais déjà évoquée sur un autre fil, "[...] une race étrangère à l'Europe, étrangère à l'humanité ; il faut qu'elle disparaisse". Et d'évoquer dans son discours du 1er août, la nouvelle "Carthage", lui prédisant un destin similaire à la cité antique, dont les Romains étaient allés jusqu'à saler les cendres.

La moitié au moins des Conventionnels étant anglophile, peut-on imaginer là autre chose qu'une réthorique guerrière destinée avant tout à souligner le danger représenté par l'Angleterre pour la France révolutionnaire ?



Au delà des mots, il y eut quand même le décret qui fut adopté à la suite de ce discours qui l'amenait en conclusion :
"Il ne sera fait aucun prisonnier anglais ou hanovrien"

Jefferson a écrit :
Il me semble que les discours sur la Vendée sont du même ordre : souligner le danger représenté par le soulèvement et forcer la main aux Conventionnels pour qu'ils votent les décrets.


On peut rappeler à ce sujet la célèbre anaphore de Barère le 1er octobre 1793 :
"C'est donc à la Vendée que vous devez porter toute votre attention, toutes vos sollicitudes; c'est à la Vendée que vous devez déployer toute l'impétuosité nationale et développer tout ce que la république a de puissance et de ressources.
Détruisez la Vendée, Valenciennes et Condé ne sont plus au pouvoir de l'Autrichien.
Détruisez la Vendée, l'Anglais ne s'occupera plus de Dunkerque.
Détruisez la Vendée, et le Rhin sera délivré des Prussiens.
Détruisez la Vendée, et l'Espagne se verra harcelée, conquise par les méridionaux joints aux soldats victorieux de Mortagne et de Cholet.
Détruisez la Vendée, et une partie de cette armée de l'intérieur ira renforcer l'armée du Nord, si souvent trahie, si souvent travaillée.
Détruisez la Vendée, et Lyon ne résistera plus; Toulon insurgera contre les Espagnols et les Anglais, et l'esprit de Marseille se relèvera à la hauteur de la révolution républicaine.
Enfin, chaque coup que vous porterez à la Vendée retentira dans les villes rebelles, dans les départements fédéralistes, dans les frontières envahies. La Vendée, et encore la Vendée, voilà le charbon politique qui dévore le cœur de la république française; c'est là qu'il faut frapper."

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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Message Publié : 28 Nov 2017 18:53 
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Jean Froissart
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Tout à fait. Et c'est justement là que l'on risque de se méprendre quand on aborde les discours des Conventionnels, et de Barère puisqu'on en parle beaucoup (j'arrête avec mon Barrère à deux "r", on va finir par croire que je fais une faute d'orthographe, mais j'ai souvent vu cette orthographe dans les sources. Bref). Les discours de Barère donc, ressemblent à un discours d'extermination, alors que c'est essentiellement un discours de guerre. Tout au moins, les Conventionnels, lettrés pour la plupart, en tous cas, l'entendent ainsi. Le reste du peuple, moins raffiné, c'est sans doute autre chose.

Mais "Pas de prisonniers", cela reste dans la pratique de la guerre.

Pour le discours du 1er octobre, j'allais justement évoquer cette anaphore. Bien souvent, la Vendée est une métonymie pour la rébellion vendéenne. Pas tout le temps, sans doute, mais souvent. Il faudrait citer ou lire tout le discours, assez long, pour voir que Barère emploie le mot Vendée dans des sens très divers, ce qui sème la confusion : parfois c'est un espace géographique mal défini, parfois l'armée catholique, parfois les rebelles et ceux qui les soutiennent, parfois tous les habitants de la région révoltée désignée comme "Vendée", parfois seulement le département, etc.

Même Westermann dans sa lettre mille fois citée, l'emploie comme une métonymie. Sa "Vendée" écrasée sous les sabots de son cheval, c'est le rebelle et tous ceux qui pouvaient lui être associé.

À ce propos, d'ailleurs. J'ai lu un rapport de Westermann au CSP, une quarantaine de pages, et je n'ai pas trouvé cette emphase que l'on trouve dans ladite citation reproduite partout. Même pour ses lettres publiées dans le Moniteur fin 93, somme tout relativement modérées. Il évoque les villages incendiés mais aussi les hommes, femmes, enfants et bestiaux déplacés par ses troupes. Des exécutions, évidemment, mais pas la frénésie de carnage qu'on lui atribue souvent.

D'où vient cette citation que l'on retrouve sur tous les sites de la mémoire vendéenne ? Ce serait "une lettre au CSP". Elle se trouve où, cette lettre ? Qui l'a trouvée ? Je ne suis pas parvenu à remonter la piste de la source. Et j'ai de vrais doutes sur son authenticité. Même si la brutalité de Westermann ne fait pas de doute. Si elle est authentique, très bien. Mais en est-on certain ?

Vous savez, Drouet Cyril, d'où viennent ces mots attribués à Westermann ?

Je la cite, au cas où certains ne la connaissent pas encore :

Il n’y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Plus de Vendée, citoyens républicains, je viens de l’enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay, suivants les ordres que vous m'avez donnés [...]. J’ai écrasé les enfants sous les sabots des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher, j’ai tout exterminé [...]

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"Le génie mériterait les chaînes s'il favorisait les crimes des tyrans"


Dernière édition par Jefferson le 28 Nov 2017 19:03, édité 1 fois.

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Message Publié : 28 Nov 2017 19:02 
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Marc Bloch
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Jefferson a écrit :
Vous savez, Drouet Cyril, d'où viennent ces mots attribués à Westermann ?


Dans le fil "Autour de la Vendée", j'avais écrit ceci :
Cette lettre est sortie du grand chapeau de l’historien légitimiste Crétineau-Joly. Méfiance donc avec cet écrit dont on n’a retrouvé aucune trace et qui est depuis le milieu du 19e quasi systématiquement repris.

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Message Publié : 28 Nov 2017 19:04 
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Jean Froissart
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Drouet Cyril a écrit :
Jefferson a écrit :
Vous savez, Drouet Cyril, d'où viennent ces mots attribués à Westermann ?


Dans le fil "Autour de la Vendée", j'avais écrit ceci :
Cette lettre est sortie du grand chapeau de l’historien légitimiste Crétineau-Joly. Méfiance donc avec cet écrit dont on n’a retrouvé aucune trace et qui est depuis le milieu du 19e quasi systématiquement repris.


Merci. Je me disais aussi... Brégeon et Guicheteau le citent dans leur bouquin. Autant pour la rigueur historique. Citation authentique selon eux "mise en doute par certains milieux d'historiens républicains". Belle leçon de méthode !

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Message Publié : 28 Nov 2017 20:03 
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Marc Bloch
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Jefferson a écrit :
Mais "Pas de prisonniers", cela reste dans la pratique de la guerre.


Pas vraiment.
Pour mémoire, le décret en question fut rapporté le 10 décembre 1794 sur proposition de Brival : " La loi du 7 prairial et celle du 24 thermidor, portant qu'il ne sera point fait de prisonniers anglais, hanovriens et espagnols, sont contraires à tontes les lois ; elles contrarient le droit des gens et de la guerre; elles ont été enlevées par une surprise faite à la Convention : ces lois sont même en opposition avec les sentiments qui animent nos braves militaires, qui savent vaincre nos ennemis, et jamais assassiner les vaincus. Je demande que la Convention nationale rapporte ces lois."

soutenu par Bréard : « Ces décrets sont une injure faite à la nation française. Nos soldats sont assez courageux pour se battre avec valeur, sans qu'il soit besoin de leur faire craindre une représaille de cette nature. Mais, s'ils sont courageux dans les combats, ils sont magnanimes après la victoire. Je demande donc sur-le-champ le rapport de cette loi injurieuse à l'humanité. »

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Message Publié : 29 Nov 2017 14:03 
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Jefferson a écrit :
Même Westermann dans sa lettre mille fois citée, l'emploie comme une métonymie. Sa "Vendée" écrasée sous les sabots de son cheval, c'est le rebelle et tous ceux qui pouvaient lui être associé.

Malheureusement les soldats ont tué des rebels ainsi que d'autres individus qui ne leur étaient pas associés. Faut-il croire qu'ils ont mal compris ce que l'on attendait d'eux ?


Dernière édition par Arkoline le 29 Nov 2017 14:16, édité 1 fois.

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Message Publié : 29 Nov 2017 14:13 
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Marc Bloch
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Arkoline a écrit :
Jefferson a écrit :
Même Westermann dans sa lettre mille fois citée, l'emploie comme une métonymie. Sa "Vendée" écrasée sous les sabots de son cheval, c'est le rebel et tous ceux qui pouvaient lui être associé.

Malheureusement les soldats ont tué des rebels ainsi que d'autres individus qui ne leur étaient pas associés.


Depuis le passage de la Loire, les individus auxquels vous faites référence s'étaient, de fait, associés à la l'armée royale.

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Message Publié : 29 Nov 2017 14:26 
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Drouet Cyril a écrit :
Jefferson a écrit :
Vous savez, Drouet Cyril, d'où viennent ces mots attribués à Westermann ?


Dans le fil "Autour de la Vendée", j'avais écrit ceci :
Cette lettre est sortie du grand chapeau de l’historien légitimiste Crétineau-Joly. Méfiance donc avec cet écrit dont on n’a retrouvé aucune trace et qui est depuis le milieu du 19e quasi systématiquement repris.


Si on veut lire du Westermann concernant Savenay on peut se référer à ce qu’il écrit dans « Campagne de la Vendée du général de brigade Westermann » :
« Bientôt [les brigands] se sauvèrent à toutes jambes en criant hautement à la trahison ; tout le monde court dessus et Savenay est à nous. Nous fîmes une boucherie horrible ; les dernières 6 pièces de canons, quelques caissons, équipages, trésor, etc. tout tomba en notre pouvoir. Marceau et les autres généraux avec les représentants du peuple Prieur et Tureau suivirent l'ennemi sur la droite, très peu leur échappèrent. Partout on ne voyait que des monceaux de morts ; moi, je me suis attaché à quelques pelotons de cavalerie et d’infanterie qui s'étaient sauvés sur la gauche ; tous furent noyés ou taillés en pièces.
Les brigands qui échappèrent cette journée à la mort furent traqués tués ou ramenés par les habitants des environs. Dans la banlieue de Savenay seule, plus de 6 000 ont été enterrés. C est ainsi qu'une armée forte, au Mans, le 29 frimaire, de 80 à 90 mille hommes, fut complètement détruite dans 12 jours, par le génie et le courage des soldats républicains, qui tous, pour ainsi dire, ont amassé des trésors des dépouilles des ennemis de la République. »

Ou encore à son discours prononcé à la Convention le 7 janvier 1794 :
« Citoyens représentants, une blessure qui m'interdit l'exercice du cheval est le sujet de mon voyage à Paris ; je viens offrir à la Convention un reste des dépouilles sacerdotales de l'évêque d'Agra, si fameux par le rôle qu'il a joué dans la ci-devant armée catholique et royale. Je viens aussi vous assurer sur ma tête que de cette année, forte encore au Mans de quatre-vingt-dix mille, hommes, avec une artillerie formidable, il n'existe plus un seul combattant; chefs, officiers, soldats, évêques, comtesses, princesses et marquises, tout a péri par le fer, les flammes et les flots ; cet exemple effrayant est unique dans l'histoire, et l'Europe étonnée verra bien qu'une république qui, comme le Père éternel, dicte ses lois du haut d'une sainte montagne, saura se maintenir et réduire comme la Vendée chaque pays qui aura l'imbécillité de former le projet de rétablir la royauté en France. »

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Message Publié : 29 Nov 2017 14:36 
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Thucydide
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Drouet Cyril a écrit :
Depuis le passage de la Loire, les individus auxquels vous faites référence s'étaient, de fait, associés à l'armée royale.

Me suis-je mal exprimé ? Je parlais des hommes et des femmes qui ont été tués par les soldats. C'est une grande masse d'individus, principalement des adultes et un certain nombre d'enfants.


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Message Publié : 29 Nov 2017 14:39 
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Arkoline a écrit :
Me suis-je mal exprimé ? Je parlais des hommes et des femmes qui ont été tués par les soldats.


J'avais bien compris ; mais cela n'enlève rien à ma remarque.

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Message Publié : 29 Nov 2017 14:42 
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Jefferson a écrit :
Je me disais aussi... Brégeon et Guicheteau le citent dans leur bouquin. Autant pour la rigueur historique. Citation authentique selon eux "mise en doute par certains milieux d'historiens républicains". Belle leçon de méthode !


Supposons que Westerman n'a pas écrit cette déclaration qui lui est attribuée. Faut-il en conclure que les thèses défendues par Brégeon et Guicheteau dans la "Nouvelle histoire des guerres de Vendée" sont dépourvues de fondement ?


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Message Publié : 29 Nov 2017 14:45 
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Marc Bloch
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Arkoline a écrit :
Jefferson a écrit :
Supposons que Westerman n'a pas écrit cette déclaration qui lui est attribuée. Faut-il en conclure que les thèses défendues par Brégeon et Guicheteau dans la "Nouvelle histoire des guerres de Vendée" sont dépourvues de fondement ?


Pouvez-vous résumer leurs thèses concernant Savenay, s'il vous plait ?

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Message Publié : 29 Nov 2017 15:08 
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Drouet Cyril a écrit :
Ou encore à son discours prononcé à la Convention le 7 janvier 1794 :
« Citoyens représentants, une blessure qui m'interdit l'exercice du cheval est le sujet de mon voyage à Paris ; je viens offrir à la Convention un reste des dépouilles sacerdotales de l'évêque d'Agra, si fameux par le rôle qu'il a joué dans la ci-devant armée catholique et royale. Je viens aussi vous assurer sur ma tête que de cette année, forte encore au Mans de quatre-vingt-dix mille, hommes, avec une artillerie formidable, il n'existe plus un seul combattant; chefs, officiers, soldats, évêques, comtesses, princesses et marquises, tout a péri par le fer, les flammes et les flots ; cet exemple effrayant est unique dans l'histoire, et l'Europe étonnée verra bien qu'une république qui, comme le Père éternel, dicte ses lois du haut d'une sainte montagne, saura se maintenir et réduire comme la Vendée chaque pays qui aura l'imbécillité de former le projet de rétablir la royauté en France. »


Il est terrible, ce discours. Pourquoi être allé chercher une citation douteuse d'on ne sait où alors que toute la violence qui s'est abattue sur les Vendéens se trouve exprimée dans celle-ci ? C'est moins grandiloquent, il faut avouer, mais non moins terrible. Celui qui s'oppose à la nation sacralisée n'est rien moins que coupable d'un crime de lèse-nation.

Pour Savenay, oui, les gens massacrés étaient des Vendéens et ceux du coin qui les avaient rejoints, et il y avait aussi des femmes et les enfants, qui les suivaient (et encourageaient leurs hommes au combat, selon certains mémorialistes), sans doute des gens qui n'avaient rien à faire au combat, mais avaient suivi les débris de l'armée en déroute.

Mme de La Rochejaquelein, qui a fuit, évoque ainsi sa rencontre avec un "brave homme [nommé] Ferret [qui] était ivre de joie d'avoir chez lui des Vendéens ; il nous dit que tout le pays allait se révolter, que beaucoup de jeunes gens étaient allés à Savenay avec des fusils pour se joindre aux Vendéens ; il ne concevait pas pourquoi nous nous sauvions".

La marquise savait ce qu'il en était. Quelques heures plus tard, c'est la déroute des Vendéens, à laquelle elle assiste, de loin : "Les coups de fusils et les cris : Arrêtez les brigands ! Tuez ! Tuez ! [...] Toute la campagne était couverte de fugitifs qu'on massacrait". Le lendemain, "en revenant de chez le maire, je trouvais deux cavaliers qui passaient au galop ; ils nous firent crier : Vive la République ! Vive la république ! D'abord j'eus bien peur, puis je m'aperçus que c'étaient deux Vendéens qui cherchaient à se sauver".

Est-ce qu'on a tenté de négocier à Savenay, d'ailleurs ? Y a-t'il eu des tentatives d'ouvertures avant l'assaut du 23 décembre, soit du côté républicain, soit du côté vendéen ? Si la victoire des Républicains ne faisait aucun doute, je crois savoir que les Vendéens ont tenté de protéger la fuite des femmes et des enfants. Ont-ils envisagé de rendre les armes ? Leur a-t-on offert cette possibilité ?

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Message Publié : 29 Nov 2017 16:40 
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Jefferson a écrit :
Il est terrible, ce discours. Pourquoi être allé chercher une citation douteuse d'on ne sait où alors que toute la violence qui s'est abattue sur les Vendéens se trouve exprimée dans celle-ci ?


Sans doute parce que dans la lettre donnée par Crétineau-Joly, outre le ton plus grandiloquent, il est question d'enfants écrasés sous les sabots et que les femmes n'y sont pas seulement vues comme rebelles ou liées aux insurgés mais comme de futures mères de brigands.
Et puis ceux qui aiment copier et recopier ne s'encombrent guère de recherches.

Dans le style de la fort douteuse missive de Westermann, on pourrait citer la lettre écrite le 14 décembre 1793 par Maignan au Comité révolutionnaire de Saumur suite à une autre grande boucherie : le Mans.
"Je n'avais point encore vu de carnage comme celui-là. la route est jonchée de cadavres. Tout a été criblé par l'artillerie, le fusil et l'arme blanche. Femmes, prêtres, moines, hommes et enfants, tout a été livré à la mort. je n'ai fait grâce à personne, j'ai également fait mon devoir, il y a du plaisir à venger sa patrie."


Pour revenir aux mots de Westermann prononcés à la barre de la Convention le 7 janvier, ces derniers ne sont pas sans rappeler la lettre envoyée au soir de la bataille par 108 soldats (dont Marceau et Kléber) des armées républicaines et lue à la Convention par Barère le 28 décembre 1793 :
« Rien n'est comparable à l'opiniâtreté [que l’ennemi] a montrée d'abord; la certitude qu'il avait que nous ne ferions aucune grâce aux ennemis de la république lui avait donné cette bravoure que l'on ne voit presque jamais que dans le désespoir ; mais, étonné de notre attaque impétueuse et spontanée, il a fui enfin, sans que sa fuite ait pu le soustraire à nos coups. Les brigands que nous avons chassés de la Vendée ne la reverront jamais, ils n'existent plus. Hommes, femmes, marquis, comtesses, tout est tombé sous le glaive que vous nous avez remis. Toute leur infanterie est détruite, toute leur artillerie est en notre pouvoir; et s'il s'est sauvé près de deux cents hommes de cavalerie, c'est que nous n'avons pu traverser les marais qui les ont soustraits à notre poursuite. Ces marais ont pu retarder, mais n'empêcheront pas leur juste châtiment. Il est nuit; demain, à la pointe du jour, nous les cernerons, aucun n'échappera à la justice nationale : la république a les yeux sur nous : la république sera contente de nous. Nous avons juré de combattre jusqu'à ce qu'elle soit consolidée. Vie, santé, fortune, nous sacrifierons tout pour être fidèles à nos serments. »


Jefferson a écrit :
Est-ce qu'on a tenté de négocier à Savenay, d'ailleurs ?


Non.

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Message Publié : 29 Nov 2017 18:21 
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Pour revenir à Westermann, on peut citer les options qu’il préconisait au Comité de salut public début août 1793 :
« Dans cette position, il faut donc renoncer au plan de cerner et de marcher en lignes, il faut au contraire réunir toute la force et marcher en masse sur l'ennemi. Cette marche a un double avantage ; elle en impose à l'ennemi et elle est encourageante pour les poltrons qui se voyant réunis beaucoup ensemble, prendront courage et suivront les braves ; elle est encore imposante pour les paysans de la Vendée qui voyant une grande armée réunie, ne se rangerait plus sous le drapeau blanc, ils verront que leur perte serait certaine et ils ne craindront plus les menaces des chefs des rebelles.
L'élite de l'armée comprendra l'avant-garde qui ne sera éloignée du corps de l'armée que deux demie lieue pour être soutenue au premier coup de canon ; beaucoup de tirailleurs précéderont les colonnes et borderont les deux côtés des chemins ; pour éclairer la marche, deux pièces de canon et un escadron de cavalerie suivant chaque colonnes, l'artillerie aura ordre de tirer sur les fuyards, et la cavalerie de les charger, ces dispositions seront publiques et seront mises à l'ordre.
Comme le paysan de la Vendée est égaré, il faut le ramener et le faire retirer dans ses foyers par des procédés, il faut défendre le pillage sous peine de mort et de l'exécution à l'instant ; pour faire connaître aux habitants de la Vendée les intentions pures de la Convention, il faut faire afficher partout dans les villes et villages, hameaux et forêt des proclamations dans le sens de celles que j'ai faites à Châtillon et dont je joins un exemplaire (1).
Dans chaque commune où l'armée de la République passera, elle prendra des otages avec notification que si aucun habitant de cette commune s'avisait de se ranger sous le drapeau des ennemis, les otages en répondront sur leur tête, et qu'à l'instant, la commune sera livrée au pillage et au feu.
Les généraux d'armée seront autorisés à donner les exemples de terreur au peuple rebelle qu'ils croiront convenables pour dessiller les yeux du paysan, et le faire rentrer dans son devoir, soit en brûlant les chefs-lieux des rebelles, les possessions des chefs, soit en livrant à la mort les paysans les plus obstinés.
En commençant la marche, le tocsin sonnera partout et chaque commune fournira un petit contingent, moitié armé, et moitié pour servir de pionniers.
Dans chaque commune où les fonctions des corps administratifs auront cessées, ils seront réintégrés, ainsi que les ministres du culte.
Il sera proclamé un manifeste au nom des soldats composants l'armée de la République par lequel il sera déclaré à l'armée prétendue Catholique et Royale, que ne pouvant les regarder que comme des brigands dévastateurs rebelles aux lois divines et civiles, ils ne feront grâce à quiconque sera pris les armes à la main, ou qui, sera convaincu d'avoir marché contre l'armée de la République ; qu'aucun prisonnier ne sera fait ; et qu'en revanche, ils n'accepteront point grâce s'ils avaient le malheur de tomber entre leurs mains.
Comme cette guerre ne peut être que de peu de durée, il sera annoncé d'avance que, forcées par les circonstances, les fatigues du soldat seront incalculables, qu'il s'agit de brusquer la marche de l'armée que pour réussir dans l'exécution du plan d'attaque, il est essentiel que le soldat ne soit cantonné nulle part qu'il marche au contraire toujours en bivouaquant dans un pays où à chaque instant, il pourrait être surpris par l'ennemi dans les cantonnements. »


(1)
Je n’ai pas encore mis la main sur cette proclamation, mais Westermann l’a évoquée face à Jullien, qui au nom des comités de surveillance et de sûreté générale, rapporta à la Convention le 30 juillet 1793 les mots du général :
« J'ai fait imprimer une proclamation que j'ai fait afficher , où après les mêmes défenses [de piller et voler] et sous les mêmes peines [la mort], je déclare aux bons habitants des campagnes et aux tranquilles habitants des villes, que nous ne venons que pour les secourir, que nous n'en voulons ni à leur vie ni à leurs biens, que leurs chefs seuls doivent subir la vengeance des lois, et je les invite à reprendre tranquillement leurs travaux, sans crainte d'être troublés par nos troupes »

On retrouve de cela dans la lettre que Westermann écrivit à Biron le 2 juillet 1793 :
« Dans tous les villages où je passe, je fais arracher le drapeau blanc qui est au haut des clochers; partout je prêche aux habitants l'obéissance à la loi; je leur dis, en affichant vos proclamations, que je viens pour les protéger contre les rebelles, et non point les combattre. J'exige de chaque commune qu'elle me fournisse des contingents, et je leur déclare hautement que je brûlerai les villages qui fourniront des hommes à l'armée des rebelles. De cette manière je parviens à grossir ma petite armée de piques et de bâtons ; j'engage beaucoup les autres généraux sous vos ordres d'user des mêmes moyens, et bientôt vous verrez que les rebelles n'auront plus d'asile nulle part. »

Ou dans celle du même jour, également adressée à Biron :
« Au reste, l'exemple terrible d'Amailloux et du château de Lescure a semé la terreur parmi les habitants égarés; partout où je passe, je promets votre protection à ceux qui renoncent à donner des secours et du contingent à l'année soi-disant catholique; je leur annonce une armée de trente mille hommes pour les protéger contre les brigands.
Le malheureux paysan commence à déserter l'armée catholique; le nombre en diminue chaque jour, soit par la peur, soit par dégoût; les administrateurs, juges et ecclésiastiques qui marchent avec moi font beaucoup d'impression sur le peuple. Enfin, je crois que notre projet va être parfaitement accompli, de mettre les bons en insurrection contre les mauvais. »



Loin de moi cependant de faire passer Westermann pour un tendre : fort éloigné des directives citées plus haut, alors à Rennes, durant la campagne d’outre-Loire, il fit par exemple demander au Comité de salut public, fin novembre 1793, six litres d’arsenic « pour en finir avec les rebelles ».

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