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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 9:48 
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Polybe
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Bonjour,

Merci de votre réponse. Heureux, vraiment, de voir que la discussion reprend un tour civil et que nous trouvions des points d'accord. Et merci pour votre dernière intervention, qui est éclairante.

Jefferson a écrit :
Pourriez-vous nous dire quelques mots sur cette position de primus inter pater de Robespierre au CSP d’avril à juillet 94 ? C'était une question importante de CEN_EdG et vous n'y répondez pas.

Non. Je le redis, je ne fais que citer un historien. J'ai répondu en citant une source que vous jugez sérieuse: Jean-Clément Martin. Je l'ai cité précisément, en donnant références et lien. C'est une historiographie qu'il est aisé de consulter. C'est donc un partage de lecteur attentif, contribution que vous pouvez juger modeste, mais que je crois constructive. Si vous êtes chercheur, je vous laisse le soin de donner l'état de vos recherches.

C'est avec plaisir que je me suis présenté comme non-spécialiste. C'est pour cela que je privilégie les sources aux opinions, et je vous réponds bien volontiers: j'espère que nous pouvons discuter honnêtement de Robespierre, de la terreur, du gouvernement révolutionnaire et des responsabilités des uns et des autres, en précisant les sources si nous avons des points de désaccord.

Jefferson a écrit :
CEN_EdG a écrit :
Que savez-vous de son penchant "hébertiste" si jamais les délibérations étaient tenues secrètes ?
CEN_EdG n'aura donc pas non plus sa réponse à cette importante question. Vous auriez une référence, que nous puissions aller chercher nous-mêmes dans l'ouvrage en question ?


Idem. J'ai été aussi clair et précis que possible dans ma réponse ainsi que dans la référence, qui a été donnée en lien à la fin du message (je vous invite à relire le message si cette partie a échappé à votre première lecture).

Jefferson a écrit :
Dalgonar a écrit :
Avant sa nomination au CSP, il était tout de même un membre éminent de la Convention, dont il a d'ailleurs été Président. Donc un homme politique de premier plan.

« Il a été président […] donc c’est un homme politique de premier plan ».


Il me faut une fois, attirer votre attention sur la rigueur dans la citation, pour ne pas altérer ni simplifier les propos rapportés. J'ai dit "il était un membre éminent de la Convention, virgule, dont il a d'ailleurs été Président. Point. Donc un homme politique de premier plan." Ce qui est très différent du raccourci " Il a été président […] donc c’est un homme politique de premier plan", en une seule proposition, la conjonction "donc" présentée comme se rapportant à l'anecdotique ("d'ailleurs"), et non à la proposition principale: "il était un membre éminent de la Convention."

Vous avez répondu sur le fond à cette question. Robespierre était un chef de parti à la Convention. Donc un homme politique de premier plan, nous sommes d'accord là-dessus.


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 10:22 
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Jean Froissart
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Citer :
Vous avez répondu sur le fond à cette question. Robespierre était un chef de parti à la Convention. Donc un homme politique de premier plan, nous sommes d'accord là-dessus.


Certes. Si c'était là le coeur de notre propos, et ce que vous cherchiez à me faire écrire, on aurait pu aller plus vite en ouvrant un manuel de quatrième et s'épargner les citations de JC Martin. C'était bien la peine de tergiverser pendant trois pages pour en arriver à cette évidence que n'importe quel collégien est capable d'énoncer.

Mais sinon, concernant la citation, vous conviendrez que "membre éminent de la Convention, donc un homme politique de premier plan", c'est un peu une lapalissade, tout de même, si on enlève l'anecdote "dont il a été le président".

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 10:48 
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Polybe
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Certes. C'est pour ça qu'il est fortement questionnable que le rôle et la responsabilité de Robespierre soient parfois autant minimisés dans la politique menée, même si l'on n'approuve pas cette politique. En particulier les violences qui ont eu lieu à la période où il était membre du gouvernement, que l'on a appelé terreur.

Les querelles de vocabulaire: "sous Robespierre", "terreur", "Terreur", "invention", ne se résument pas à un manuel de 4e, et sont de vrais points de discussion entre les historiens, mot par mot.

Jefferson a écrit :
La phrase "mort sous Robespierre" n'est pas incomplète. Elle est fausse.

Puisque vous y voyez une querelle historique et avez la conviction de départager le "vrai" du "faux" sur ce vocable, il faut bien s'y pencher, et ne rien laisser "sans réponse", ce qui serait un autre reproche, ou une paresse.

"Sous" désigne une situation temporelle par rapport à un pouvoir, un gouvernement, un règne, une époque. "Sous" est une locution qui s'emploie donc pour un membre du gouvernement aussi bien que pour un Roi. Vous trouverez de nombreux exemples d'articles journalistiques ou scientifiques "sous Colbert", "sous Guizot", "sous Balladur", "sous Pasqua", "sous Jospin", etc. Et bien sûr, "sous Robespierre", qui est une locution parfaitement acceptable utilisée par écrivains et historiens. Quelques exemples:
- Annales Historiques de la Révolution Française, n.342, 2005, article de M. Davis, premier paragraphe (http://ahrf.revues.org/1913)
- Revue des Deux Mondes, Auriane de Viry, article "5 avril 1794 : Danton et Desmoulins sont guillotinés" (http://www.revuedesdeuxmondes.fr/5-avri ... illotines/)
- François-René de Chateaubriand, Correspondance, Arvensa, p. 171
- François Furet, “La Révolution Française tome 1.”, pluriel, p. 560 :"[l’idée de souveraineté] n’a-t-elle pas tenté, sous Robespierre, de recouvrir toute la vie privée des citoyens, jusqu’à leurs pensées ?”

Si cette locution est assez bonne pour François Furet, on peut réfléchir deux fois avant de la déclarer simplement "fausse" (ou même "naïve" ou "bête"), et on est en bonne compagnie pour continuer à l'employer.

Elle n'est donc qu'au pire incomplète. Si vous préférez, je vais cependant maintenant lui préférer la formule que j'ai complétée: "sous le Comité de Salut Public où siégeaient Robespierre, Couthon, etc".


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 11:00 
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Jean Froissart
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Dalgonar a écrit :
Certes. C'est pour ça qu'il est fortement questionnable que le rôle et la responsabilité de Robespierre soient parfois autant minimisés dans la politique menée, même si l'on n'approuve pas cette politique. En particulier les violences qui ont eu lieu à la période où il était membre du gouvernement, que l'on a appelé terreur.

Les querelles de vocabulaire: "sous Robespierre", "terreur", "Terreur", "invention", ne se résument pas à un manuel de 4e, et sont de vrais points de discussion entre les historiens, mot par mot.

Jefferson a écrit :
La phrase "mort sous Robespierre" n'est pas incomplète. Elle est fausse.

Puisque vous y voyez une querelle historique et avez la conviction de départager le "vrai" du "faux" sur ce vocable, il faut bien s'y pencher, et ne rien laisser "sans réponse", ce qui serait un autre reproche, ou une paresse.

"Sous" désigne une situation temporelle par rapport à un pouvoir, un gouvernement, un règne, une époque. "Sous" est une locution qui s'emploie donc pour un membre du gouvernement aussi bien que pour un Roi. Vous trouverez de nombreux exemples d'articles journalistiques ou scientifiques "sous Colbert", "sous Guizot", "sous Balladur", "sous Pasqua", "sous Jospin", etc. Et bien sûr, "sous Robespierre", qui est une locution parfaitement acceptable utilisée par écrivains et historiens. Quelques exemples:
- Annales Historiques de la Révolution Française, n.342, 2005, article de M. Davis, premier paragraphe (http://ahrf.revues.org/1913)
- Revue des Deux Mondes, Auriane de Viry, article "5 avril 1794 : Danton et Desmoulins sont guillotinés" (http://www.revuedesdeuxmondes.fr/5-avri ... illotines/)
- François-René de Chateaubriand, Correspondance, Arvensa, p. 171
- François Furet, “La Révolution Française tome 1.”, pluriel, p. 560 :"[l’idée de souveraineté] n’a-t-elle pas tenté, sous Robespierre, de recouvrir toute la vie privée des citoyens, jusqu’à leurs pensées ?”

Si cette locution est assez bonne pour François Furet, on peut réfléchir deux fois avant de la déclarer simplement "fausse" (ou même "naïve" ou "bête"), et on est en bonne compagnie pour continuer à l'employer.

Je vais cependant maintenant lui préférer la formule que j'ai complétée: "sous le Comité de Salut Public où siégeait Robespierre, Couthon, etc".


Pour éviter de discuter du fond, vous ne parlez que de forme. J'ai relu vos interventions depuis trois pages, vous ne dites rien. C'est moi qui argumente et vous qui vous contentez de réagir, en restant dans les généralités. Pourtant c'est vous qui m'avez interpelé à l'origine.

J'attends votre problématique, clairement énoncée, et vos arguments pour y apporter une réponse. En l'état, je n'ai rien à ajouter, pour ma part.

CEN-EdG attend toujours vos développements sur la situation de Robespierre au Comité entre avril et juillet 1794.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 12:40 
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Jean Mabillon
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En fait je me demande si la question fondamentale ne serait pas de savoir comment et par qui la France est gouvernée en 1793-94.

Selon une vision fréquente, le gouvernement est assuré par le comité de salut public dont Robespierre aurait été "l'âme" selon une formule consacrée. Bien des admirateurs de Robespierre et bien des ennemis de Robespierre partagent peu ou prou cette conception. Danton et Hébert ayant formé une aile droite et une aile gauche se neutralisant mutuellement et finalement consolidant la position centrale de Maximilien.

Mais peut être ont ils tort et peut être faudrait il plutôt voir dans le convention une structure chaotique avec des manœuvres et des coups bas dignes de la IVe République - à la différence près que les acteurs y jouaient leur tête !

D'où ma remarque sur Collot d'Herbois poussant Robespierre au procès de Madame Élisabeth pour noircir son image. Ou celle de Godechot cité par l'aigle accusant le CSG d'excès de zèle dans le même but.


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 12:48 
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C'est ce que je cherche à déterminer par mes questions : on a fait de Robespierre non pas seulement l'homme fort, mais l'incarnation du comité de salut public. Sans enlever quoi que ce soit à ses fautes et à ses crimes, qui sont réels, il faut sans doute remettre en perspective que la structuration du pouvoir à cette époque n'est pas pyramidale, avec une tête bien définie comme on s'y est habitué en France depuis 1958. Et que la place de Robespierre, indéniablement majeure, n'a pas toujours été la première. Les enjeux internes de pouvoir du comité exigeaient sans doute un jeu de bascule et d'influence, et il aurait donc pu être soumis à des excès afin de composer avec les "durs" du comité en vue de maintenir la cohésion de l'action gouvernementale.

Cela n'enlève rien à la répugnance que je peux éprouver à de nombreuses décisions auxquelles son nom est associé, mais cela permet sans doute de mieux comprendre la difficulté de gouverner en cette période, quand le faire s'apparente à une fuite éperdue en avant.

CEN EdG

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 12:58 
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Jean Mabillon
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CEN_EdG a écrit :
C'est ce que je cherche à déterminer par mes questions : on a fait de Robespierre non pas seulement l'homme fort, mais l'incarnation du comité de salut public. Sans enlever quoi que ce soit à ses fautes et à ses crimes, qui sont réels, il faut sans doute remettre en perspective que la structuration du pouvoir à cette époque n'est pas pyramidale, avec une tête bien définie comme on s'y est habitué en France depuis 1958. Et que la place de Robespierre, indéniablement majeure, n'a pas toujours été la première. Les enjeux internes de pouvoir du comité exigeaient sans doute un jeu de bascule et d'influence, et il aurait donc pu être soumis à des excès afin de composer avec les "durs" du comité en vue de maintenir la cohésion de l'action gouvernementale.

Cela n'enlève rien à la répugnance que je peux éprouver à de nombreuses décisions auxquelles son nom est associé, mais cela permet sans doute de mieux comprendre la difficulté de gouverner en cette période, quand le faire s'apparente à une fuite éperdue en avant.

CEN EdG


Tout à fait d'accord. C'est d'ailleurs là un débat particulièrement intéressant.


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 13:14 
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Jean Froissart
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Jerôme a écrit :
En fait je me demande si la question fondamentale ne serait pas de savoir comment et par qui la France est gouvernée en 1793-94.

Selon une vision fréquente, le gouvernement est assuré par le comité de salut public dont Robespierre aurait été "l'âme" selon une formule consacrée. Bien des admirateurs de Robespierre et bien des ennemis de Robespierre partagent peu ou prou cette conception. Danton et Hébert ayant formé une aile droite et une aile gauche se neutralisant mutuellement et finalement consolidant la position centrale de Maximilien.

Mais peut être ont ils tort et peut être faudrait il plutôt voir dans le convention une structure chaotique avec des manœuvres et des coups bas dignes de la IVe République - à la différence près que les acteurs y jouaient leur tête !

D'où ma remarque sur Collot d'Herbois poussant Robespierre au procès de Madame Élisabeth pour noircir son image. Ou celle de Godechot cité par l'aigle accusant le CSG d'excès de zèle dans le même but.


Merci, Jérôme. C'est ce que je pense également. Longtemps, les historiens marxistes ont adopté le même angle d'approche concernant la situation de Robespierre. "L'âme" du CSP. Il faut relire Mathiez quand il évoque la figure de Robespierre, donnant du grain à moudre aux détracteurs de l'Incorruptible. S'il est l'âme de la Convention, comment ne serait-il pas le premier responsable !

Depuis quarante ans, de nombreux historiens révisent ces approches et relativisent l'importance de Robespierre. Et le replacent dans les différents mouvements qui se sont violemment percutés entre septembre 1792 et juillet 1794. Les procès des Hébertistes et des Dantonistes ont indéniablement renforcé un temps la position de Robespierre, et dans le même élan provoqué sa chute quelques mois plus tard. La situation est très proche de la chute des Girondins : les Montagnards étaient unis contre un ennemi commun, celui-ci disparu, ils se sont déchirés entre eux.

Comme je l'avais dis sur le fil de Madame Elisabeth, on n'a aucune source crédible quant à la position de Robespierre à ce sujet. Il est donc difficile de répondre à votre interrogation.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 13:24 
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Jean Froissart
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CEN_EdG a écrit :
C'est ce que je cherche à déterminer par mes questions : on a fait de Robespierre non pas seulement l'homme fort, mais l'incarnation du comité de salut public. Sans enlever quoi que ce soit à ses fautes et à ses crimes, qui sont réels, il faut sans doute remettre en perspective que la structuration du pouvoir à cette époque n'est pas pyramidale, avec une tête bien définie comme on s'y est habitué en France depuis 1958. Et que la place de Robespierre, indéniablement majeure, n'a pas toujours été la première. Les enjeux internes de pouvoir du comité exigeaient sans doute un jeu de bascule et d'influence, et il aurait donc pu être soumis à des excès afin de composer avec les "durs" du comité en vue de maintenir la cohésion de l'action gouvernementale.

Cela n'enlève rien à la répugnance que je peux éprouver à de nombreuses décisions auxquelles son nom est associé, mais cela permet sans doute de mieux comprendre la difficulté de gouverner en cette période, quand le faire s'apparente à une fuite éperdue en avant.

CEN EdG


Vous vous consolerez en pensant aux beaux combats auxquels son nom a également été associé : la démocratie sociale, l'instruction, l'égalité devant la loi, le suffrage universel, le droit des femmes, le droit pour le peuple à révoquer ses représentants, l'abolition de la peine de mort, l'abolition de l'esclavage.

Robespierre était un homme complexe. Il ne se laisse saisir par personne et aucun historien ne peut affirmer avoir compris cet immense homme d'Etat. On ne peut qu'en tirer des portraits plus ou moins crédibles, avec les sources dont nous disposons.

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Dernière édition par AnonymeJ le 03 Mai 2018 13:28, édité 1 fois.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 13:27 
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Polybe
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Jerôme a écrit :
En fait je me demande si la question fondamentale ne serait pas de savoir comment et par qui la France est gouvernée en 1793-94.

CEN_EdG a écrit :
la structuration du pouvoir à cette époque n'est pas pyramidale (...) Cela permet sans doute de mieux comprendre la difficulté de gouverner en cette période, quand le faire s'apparente à une fuite éperdue en avant.


La chronologie montre des changements de structure, et le processus de centralisation. Aussi, dans une période de chaos, une instrumentalisation du chaos. Sur le contrôle de l'armée en province par exemple, il y aurait un avant décembre 93 et après décembre 93.

Certains historiens tendent vers l'exonération du gouvernement de Paris concernant les exactions commises en son nom en Province, par les représentants en mission de la Convention et les troupes républicaines (Nantes, Lyon, Bordeaux). Les représentants et l'armée auraient tout simplement outrepassé les ordres. L'armée serait incontrôlable avant décembre 93 et n'obéirait qu'à elle-même. Ceci implique la question: le CSP a-t-il tenté de s'opposer aux massacres à cette période?

JC Martin insiste sur le fait que "laisser les sans-culottes régler la question vendéenne dans l'automne 1793 est un calcul politique clair." Ils auraient agi alors dans le plus grand chaos et sans contrôle, JC Martin précise qu'à partir de décembre 93, l'armée n'est plus chaotique et obéit à Paris. Les sans-culottes ne sont plus, ce n'est plus le chaos, c'est le retour du contrôle des armées par la Convention.

C'est dans ce contexte que le général Huché qui prit part aux colonnes infernales commet le massacre de La Gaubretière le 27 février 1794. Il est récompensé par un grade supérieur et devient général de division le 9 avril 1794.


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 13:59 
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Jean Froissart
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Citer :
Certains historiens tendent vers l'exonération du gouvernement de Paris concernant les exactions commises en son nom en Province, par les représentants en mission de la Convention et les troupes républicaines (Nantes, Lyon, Bordeaux). Les représentants et l'armée auraient tout simplement outrepassé les ordres. L'armée serait incontrôlable avant décembre 93 et n'obéirait qu'à elle-même. Ceci implique la question: le CSP a-t-il tenté de s'opposer aux massacres à cette période?


Le CSP n'a pas directement ordonné les massacres en province, mais quand on regarde les ordres, pas toujours très clairs, la manière dont les généraux et les représentants en mission étaient sommés d'obtenir rapidement des résultats, au risque d'être traînés en justice s'ils ne démontraient pas leur zèle révolutionnaire, il semble incontestable qu'il a rendu ces massacres possibles. Les généraux et les représentants en missions subissaient une pression qu'on a peine à imaginer. Mais le CSP n'a jamais demandé explicitement de mitrailler les lyonnais ou de noyer les prisonniers de Nantes, si c'est votre question.

Mais il a créé les conditions pour que des massacres soient mis en œuvre, c'est incontestable.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 14:16 
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Polybe
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Jefferson a écrit :
pas directement ordonné les massacres en province


La lettre du général Westerman à la Convention au soir du massacre de Savenay le 23 décembre est-elle contestée chez les historiens?

Elle fait état d'ordres gênants: «Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas de prisonnier à me reprocher, j'ai tout exterminé».

Les mots "Suivant les ordres", et "à me reprocher" montrent effectivement qu'il est possible qu'il soit sous pression, et qu'il soit sommé d'exécuter des ordres précis, avec une peur pour lui-même. Aurait-il peur dans ce cas du gouvernement central?


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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 14:17 
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Philippe de Commines
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Jefferson a écrit :
Le CSP n'a pas directement ordonné les massacres en province, mais quand on regarde les ordres, pas toujours très clairs, la manière dont les généraux et les représentants en mission étaient sommés d'obtenir rapidement des résultats, au risque d'être traînés en justice s'ils ne démontraient pas leur zèle révolutionnaire, il semble incontestable qu'il a rendu ces massacres possibles. Les généraux et les représentants en missions subissaient une pression qu'on a peine à imaginer. Mais le CSP n'a jamais demandé explicitement de mitrailler les lyonnais ou de noyer les prisonniers de Nantes, si c'est votre question.

Mais il a créé les conditions pour que des massacres soient mis en œuvre, c'est incontestable.


Merci pour la clarté de vos explications, j'ai cependant une question de béotien.

Si le CSP a consciemment entretenu le flou et l’ambiguïté quant à ses directives, créant comme vous le dite les conditions optimales permettant de générer des massacres, quelle fut sa réaction et ses prises de position lorsque ces mêmes massacres lui revinrent au oreilles.
Ferme condamnation ? silence ? déformation de la réalité, si tenté que le CSP soit réellement au fait de cette réalité.

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 14:38 
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Une curiosité : sait-on ce que Robespierre a pensé de l'exécution en novembre 1793 du général Houchard (guillotiné pour avoir gagné une bataille mais pas assez), ordonnée par le tribunal révolutionnaire ?

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 Sujet du message : Re: Les hommes de la Terreur
Message Publié : 03 Mai 2018 17:47 
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Marc Bloch
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Dalgonar a écrit :
Jefferson a écrit :
pas directement ordonné les massacres en province


La lettre du général Westerman à la Convention au soir du massacre de Savenay le 23 décembre est-elle contestée chez les historiens?

Elle fait état d'ordres gênants: «Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas de prisonnier à me reprocher, j'ai tout exterminé».

Les mots "Suivant les ordres", et "à me reprocher" montrent effectivement qu'il est possible qu'il soit sous pression, et qu'il soit sommé d'exécuter des ordres précis, avec une peur pour lui-même. Aurait-il peur dans ce cas du gouvernement central?


Cette fameuse lettre a déjà été évoqué dans un autre fil.
Voici ce que j'avais écrit à ce sujet :

Cette lettre est sortie du grand chapeau de l’historien légitimiste Crétineau-Joly. Méfiance donc avec cet écrit dont on n’a retrouvé aucune trace et qui est depuis le milieu du 19e quasi systématiquement repris.
Si on veut lire du Westermann concernant Savenay on peut se référer à ce qu’il écrit dans « Campagne de la Vendée du général de brigade Westermann » :
« Bientôt [les brigands] se sauvèrent à toutes jambes en criant hautement à la trahison ; tout le monde court dessus et Savenay est à nous. Nous fîmes une boucherie horrible ; les dernières 6 pièces de canons, quelques caissons, équipages, trésor, etc. tout tomba en notre pouvoir. Marceau et les autres généraux avec les représentants du peuple Prieur et Tureau suivirent l'ennemi sur la droite, très peu leur échappèrent. Partout on ne voyait que des monceaux de morts ; moi, je me suis attaché à quelques pelotons de cavalerie et d’infanterie qui s'étaient sauvés sur la gauche ; tous furent noyés ou taillés en pièces.
Les brigands qui échappèrent cette journée à la mort furent traqués tués ou ramenés par les habitants des environs. Dans la banlieue de Savenay seule, plus de 6 000 ont été enterrés. C est ainsi qu'une armée forte, au Mans, le 29 frimaire, de 80 à 90 mille hommes, fut complètement détruite dans 12 jours, par le génie et le courage des soldats républicains, qui tous, pour ainsi dire, ont amassé des trésors des dépouilles des ennemis de la République. »

Ou encore à son discours prononcé à la Convention le 7 janvier 1794 :
« Citoyens représentants, une blessure qui m'interdit l'exercice du cheval est le sujet de mon voyage à Paris ; je viens offrir à la Convention un reste des dépouilles sacerdotales de l'évêque d'Agra, si fameux par le rôle qu'il a joué dans la ci-devant armée catholique et royale. Je viens aussi vous assurer sur ma tête que de cette année, forte encore au Mans de quatre-vingt-dix mille, hommes, avec une artillerie formidable, il n'existe plus un seul combattant; chefs, officiers, soldats, évêques, comtesses, princesses et marquises, tout a péri par le fer, les flammes et les flots ; cet exemple effrayant est unique dans l'histoire, et l'Europe étonnée verra bien qu'une république qui, comme le Père éternel, dicte ses lois du haut d'une sainte montagne, saura se maintenir et réduire comme la Vendée chaque pays qui aura l'imbécillité de former le projet de rétablir la royauté en France. »

On peut aussi citer les options qu’il préconisait au Comité de salut public début août 1793 :
« Dans cette position, il faut donc renoncer au plan de cerner et de marcher en lignes, il faut au contraire réunir toute la force et marcher en masse sur l'ennemi. Cette marche a un double avantage ; elle en impose à l'ennemi et elle est encourageante pour les poltrons qui se voyant réunis beaucoup ensemble, prendront courage et suivront les braves ; elle est encore imposante pour les paysans de la Vendée qui voyant une grande armée réunie, ne se rangerait plus sous le drapeau blanc, ils verront que leur perte serait certaine et ils ne craindront plus les menaces des chefs des rebelles.
L'élite de l'armée comprendra l'avant-garde qui ne sera éloignée du corps de l'armée que deux demie lieue pour être soutenue au premier coup de canon ; beaucoup de tirailleurs précéderont les colonnes et borderont les deux côtés des chemins ; pour éclairer la marche, deux pièces de canon et un escadron de cavalerie suivant chaque colonnes, l'artillerie aura ordre de tirer sur les fuyards, et la cavalerie de les charger, ces dispositions seront publiques et seront mises à l'ordre.
Comme le paysan de la Vendée est égaré, il faut le ramener et le faire retirer dans ses foyers par des procédés, il faut défendre le pillage sous peine de mort et de l'exécution à l'instant ; pour faire connaître aux habitants de la Vendée les intentions pures de la Convention, il faut faire afficher partout dans les villes et villages, hameaux et forêt des proclamations dans le sens de celles que j'ai faites à Châtillon et dont je joins un exemplaire (1).
Dans chaque commune où l'armée de la République passera, elle prendra des otages avec notification que si aucun habitant de cette commune s'avisait de se ranger sous le drapeau des ennemis, les otages en répondront sur leur tête, et qu'à l'instant, la commune sera livrée au pillage et au feu.
Les généraux d'armée seront autorisés à donner les exemples de terreur au peuple rebelle qu'ils croiront convenables pour dessiller les yeux du paysan, et le faire rentrer dans son devoir, soit en brûlant les chefs-lieux des rebelles, les possessions des chefs, soit en livrant à la mort les paysans les plus obstinés.
En commençant la marche, le tocsin sonnera partout et chaque commune fournira un petit contingent, moitié armé, et moitié pour servir de pionniers.
Dans chaque commune où les fonctions des corps administratifs auront cessées, ils seront réintégrés, ainsi que les ministres du culte.
Il sera proclamé un manifeste au nom des soldats composants l'armée de la République par lequel il sera déclaré à l'armée prétendue Catholique et Royale, que ne pouvant les regarder que comme des brigands dévastateurs rebelles aux lois divines et civiles, ils ne feront grâce à quiconque sera pris les armes à la main, ou qui, sera convaincu d'avoir marché contre l'armée de la République ; qu'aucun prisonnier ne sera fait ; et qu'en revanche, ils n'accepteront point grâce s'ils avaient le malheur de tomber entre leurs mains.
Comme cette guerre ne peut être que de peu de durée, il sera annoncé d'avance que, forcées par les circonstances, les fatigues du soldat seront incalculables, qu'il s'agit de brusquer la marche de l'armée que pour réussir dans l'exécution du plan d'attaque, il est essentiel que le soldat ne soit cantonné nulle part qu'il marche au contraire toujours en bivouaquant dans un pays où à chaque instant, il pourrait être surpris par l'ennemi dans les cantonnements. »


(1) :
Je n’ai pas encore mis la main sur cette proclamation, mais Westermann l’a évoquée face à Jullien, qui au nom des comités de surveillance et de sûreté générale, rapporta à la Convention le 30 juillet 1793 les mots du général :
« J'ai fait imprimer une proclamation que j'ai fait afficher , où après les mêmes défenses [de piller et voler] et sous les mêmes peines [la mort], je déclare aux bons habitants des campagnes et aux tranquilles habitants des villes, que nous ne venons que pour les secourir, que nous n'en voulons ni à leur vie ni à leurs biens, que leurs chefs seuls doivent subir la vengeance des lois, et je les invite à reprendre tranquillement leurs travaux, sans crainte d'être troublés par nos troupes »

On retrouve de cela dans la lettre que Westermann écrivit à Biron le 2 juillet 1793 :
« Dans tous les villages où je passe, je fais arracher le drapeau blanc qui est au haut des clochers; partout je prêche aux habitants l'obéissance à la loi; je leur dis, en affichant vos proclamations, que je viens pour les protéger contre les rebelles, et non point les combattre. J'exige de chaque commune qu'elle me fournisse des contingents, et je leur déclare hautement que je brûlerai les villages qui fourniront des hommes à l'armée des rebelles. De cette manière je parviens à grossir ma petite armée de piques et de bâtons ; j'engage beaucoup les autres généraux sous vos ordres d'user des mêmes moyens, et bientôt vous verrez que les rebelles n'auront plus d'asile nulle part. »

Ou dans celle du même jour, également adressée à Biron :
« Au reste, l'exemple terrible d'Amailloux et du château de Lescure a semé la terreur parmi les habitants égarés; partout où je passe, je promets votre protection à ceux qui renoncent à donner des secours et du contingent à l'année soi-disant catholique; je leur annonce une armée de trente mille hommes pour les protéger contre les brigands.
Le malheureux paysan commence à déserter l'armée catholique; le nombre en diminue chaque jour, soit par la peur, soit par dégoût; les administrateurs, juges et ecclésiastiques qui marchent avec moi font beaucoup d'impression sur le peuple. Enfin, je crois que notre projet va être parfaitement accompli, de mettre les bons en insurrection contre les mauvais. »



Loin de moi cependant de faire passer Westermann pour un tendre : fort éloigné des directives citées plus haut, alors à Rennes, durant la campagne d’outre-Loire, il fit par exemple demander au Comité de salut public, fin novembre 1793, six litres d’arsenic « pour en finir avec les rebelles ».

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" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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