A la une du Blog de l'histoire
Nous sommes actuellement le 17 Nov 2018 15:55

Le fuseau horaire est UTC+1 heure




Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 16 message(s) ]  Aller vers la page 1, 2  Suivant
Auteur Message
Message Publié : 08 Nov 2018 9:04 
Hors-ligne
Thucydide
Thucydide

Inscription : 15 Nov 2005 20:13
Message(s) : 33
Localisation : Finistere sud
Bonjour tout le monde, à l'occasion des commémorations de 1918 et en discutant des exécutions "pour l'exemple" de 14-18, je me demandais s cette pratique était ancienne ou non. Je pense en particulier à l'armée napoléonienne qui était aussi une armée de conscription, il y a-t il eu des "fusillés" ? Est-ce documenté ?


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 11:00 
Hors-ligne
Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 27 Mai 2018 10:04
Message(s) : 432
Je désirerais poser une question d'ordre général : votre questionnement ne concerne-t-il que la période particulière de l'Empire, ou est-il plus général ? Les exécutions de soldats ont eût lieu depuis la plus haute antiquité. Au fil du temps les motifs de ces exécutions changent. Elles sont aussi liées à la structure de la société, plus elle est égalitaire, moins les soldats courent de risques d'être exécutés. Elles sont aussi liées à la disponibilité de la "ressource". Quand les soldats sont une "denrée" rare et chère on hésite à les user autrement que sur le champ de bataille. Quand ils sont disponibles en nombre, on peut montrer un gros mépris pour leurs vies.

Bref, tout cela pour vous demander s'il faut laisser ce sujet dans "Révolution et Empire" et ne parler que de l'époque Napoléonienne, ou s'il faut le déplacer dans "Histoire militaire" et parler des exécutions dans les différentes armées. Car l'un des plus bel exemple d’exécution dans l'histoire est la décimation dans les légions romaines...


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 12:44 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur

Inscription : 20 Déc 2008 14:01
Message(s) : 4827
Localisation : Berry
Léonard59 a écrit :
Car l'un des plus bel exemple d’exécution dans l'histoire est la décimation dans les légions romaines...


Exemple largement repris dans l'armée italienne de Cadorna en 1917.
Je suis très intéressé par la question sous l'Empire, car j'avoue ne jamais en avoir eu l'écho. Or, cela ne semble pas invraisemblable que la lâcheté au feu soit punie de mort.

Pour élargir un peu, qu'en était-il des réfractaires à la conscription qui étaient "rattrapés" ?

CEN EdG

_________________
"Sicut Aquila"/"Ils s'instruisent pour vaincre"/"Par l'exemple, le coeur et la raison"/"Labor Omnia Vincit"/"Ensemble en paix comme au combat"/"Si Vis Pacem Para Bellum"


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 13:27 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Léonard59 a écrit :
l'un des plus bel exemple d’exécution dans l'histoire est la décimation dans les légions romaines...


Sous l’Empire, on trouve trace de la décimation dans cette lettre écrite par Napoléon à Clarke, le 20 juillet 1811, après qu’une émeute ait touché le 60e de ligne :
« Autorisez le major qui commande ce régiment à faire grâce aux chefs de l’émeute, en leur déclarant qu’à la récidive, je ferai décimer le régiment. »

Le 24 novembre suivant, la décimation était également évoquée par l’Empereur dans la lettre qu’il écrivit à Decrès :
« Faites arrêter les marins de la canonnière qui se sont sauvés à terre, et présentez-moi un projet de décret pour les décimer et en faire fusiller un sur dix. »

J’ignore la suite la suite de cette affaire, mais on en retrouve un écho dans l’ordre du jour du 6 septembre 1813 :
« Tout soldat qui quitte ses drapeaux trahit le premier de ses devoirs. En conséquence, Sa Majesté ordonne :
Article 1er. Tout soldat qui quitte ses drapeaux sans cause légitime sera décimé. A cet effet, aussitôt que dix isolés seront réunis, les généraux commandant les corps d'armée les feront tirer au sort, et en feront fusiller un.
Article 2. Le major général est chargé de l'exécution du présent ordre.»

On trouve une évocation de cet ordre dans la lettre qu’écrivit Radet à Berthier le 18 septembre suivant :
« Comme il faut des exemples pour arrêter les fuyards et empêcher les mutilations volontaires, je puis faire exécuter prévôtalement l’ordre du jour du 6 septembre, si Votre Altesse veut bien prendre les ordres de Sa Majesté à cet égard et me les transmettre ; j'aurai ce soir assez de traîneurs malades pour que le sort puisse tomber sur un mutilé de chacun des 1er, 2e et 14e corps d'armée. »


En 1814, l’idée de la décimation fut reprise. Ainsi, Marmont écrivait le 6 février à Berthier:
« Rien n’est plus pressant que d’employer la sévérité et arrêter la désorganisation des troupes et l’éparpillement des soldats. Le général Pajol que j’ai vu ici m’a assuré qu’il avait vu plusieurs milliers d’isolés depuis quatre jours, et moi-même en rentrant ce matin d’une course que j’ai faite dans les environs j’en ai rencontré un nombre considérable s’en allant et appartenant au 2e corps de la Jeune Garde et à la cavalerie ; je les ai fait s’arrêter et rétrograder ; j’ai placé des gendarmes à la tête des défilés pour empêcher qu’aucun homme ne put s’éloigner de l’armée sans un motif légitime, et comme il y va du salut de l’État, je n’hésite pas à mettre à exécution l’ancien ordre du jour de S.M. qui prescrit de décimer les fuyards et demain matin je ferais fusiller deux en présence des troupes après les avoir fait tous tirer au sort. Il serait bien nécessaire qu’on fit de pareil exemple. » 

Le lendemain de cet écrit, tombait l’ordre du jour suivant signé de la main de l’Empereur :
« Art. 1er. Le major général adjoindra deux officiers du grade de colonel au général Radet, grand prévôt de l'armée.
Art. 2. Cette commission restera en permanence.
Art. 3. Tous les maraudeurs, tous les hommes isolés qui seront trouvés loin de leurs drapeaux, allant en avant, en arrière ou de côté sans raison légitime, seront arrêtés, réunis tous et décimés pour être traduits par-devant ladite commission, qui les fera passer par les armes, conformément à notre ordre du jour du... (laissé en blanc).
Art. 4. Il sera formé sur-le-champ cinq colonnes de gendarmerie, fortes de vingt gendarmes chacune, lesquelles se rendront l'une à Provins, une entre Nogent et Braye, une autre entre Nogent et Nangis. Elles arrêteront tous les isolés et les conduiront dans la prison la plus voisine pour être décimés et traduits par-devant la commission du grand prévôt.
Art. 5. Le présent ordre sera imprimé et lu à la tête de tous les corps. »

Le jour même, Berthier avertissait Gérard :
« Je vous envoie un ordre que I‘Empereur vient de donner relativement aux traînards et maraudeurs qui doivent être décimés. L'instruction de Sa Majesté est que par un ordre du jour vous fassiez sentir la nécessité de cette mesure. Les officiers sont compris dans cet ordre. Recommandez aux chefs de corps de faire comprendre aux officiers que, si dans l’ordre on n’a pas mis en termes positifs que les officiers délinquants seront également fusillés, c’est pour ne pas déshonorer le titre d’officier aux yeux des soldats, mais que le mot générique de soldat comprend tout le monde. »

Dans la même optique, Napoléon, le 9 février, prescrivait à Savary :
« Envoyez à Meaux et à la Ferté-sous-Jouarre des commissaires civils. Envoyez une vingtaine de gendarmes d'élite et une vingtaine de gendarmes de Paris pour arrêter les traînards et les décimer, c'est-à-dire en fusiller un sur dix, conformément à mon ordre du jour. Le ministre de la guerre donnera un commandant de gendarmerie et les officiers supérieurs nécessaires pour former cette commission. »

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 15:57 
Hors-ligne
Jean Froissart
Jean Froissart
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 23 Déc 2004 18:02
Message(s) : 1052
Localisation : Généralité de Riom & Bourbonnais
bonjour

à brûle-pourpoint à la lecture de certains mémorialistes il y'a des témoignages de fusillés pour l'exemple pour des simples cas de recels à l'encontre de l'idée répandue d'une armée de pillards vivant largement dans l'impunité sur les pays conquis

les réfractaires il y'a eu jusqu'à des colonnes mobiles (Gendarmes et Compagnies de Réserve voire même troupes de ligne) organisées dans les départements puisque ceux-ci étaient tellement nombreux qu'on ne cherchait pas tant à les fusiller sinon surtout à les récupérer, avec le recours au système des "garnisaires" à l'occasion
parmi les unités disciplinaires les quelques bataillons coloniaux du littoral de l'Empire de Walcheren à la Corse ne suffisant pas les absorber 5 régiments disciplinaires entiers pour réfractaires ont même été créés pour tous les sujets de l'Empire

_________________
"A moi Auvergne"


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 17:28 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Loïc a écrit :
à brûle-pourpoint à la lecture de certains mémorialistes il y'a des témoignages de fusillés pour l'exemple pour des simples cas de recels à l'encontre de l'idée répandue d'une armée de pillards vivant largement dans l'impunité sur les pays conquis


Si, dans le cadre du ravitaillement, on laissa faire le pillage, et si en certaines occasions (répression) on l'ordonna même, il fut aussi combattu sévèrement afin d'assurer la discipline au sein de l'armée et le calme des territoires conquis.
Ainsi, deux semaines après le début de la campagne d'Italie, voici les ordres qui pouvaient être donnés :


« Le général en chef témoigne à l'armée sa satisfaction sur sa bravoure et sur les succès qu'elle obtient tous les jours sur l'ennemi; mais il voit avec horreur le pillage affreux auquel se livrent des hommes pervers, qui n'arrivent à leurs corps qu'après la bataille pour se livrer aux excès les plus déshonorants pour l'armée et le nom français.
En conséquence il ordonne:
[…]
Les généraux de division sont autorisés à destituer sur-le-champ, et même à envoyer au château du fort Carré, à Antibes, en arrestation, les officiers qui auraient, par leur exemple, autorisé l'horrible pillage qui a lieu depuis plusieurs jours.
Les généraux de division sont autorisés, par la nature des circonstances, à faire fusiller sur-le-champ les officiers ou soldats qui, par leur exemple, exciteraient les autres au pillage, et détruiraient par là la discipline, mettraient le désordre dans l'armée et compromettraient son salut et sa gloire. »
(Ordre du jour du 22 avril 1796)





« Vous trouverez ci-joint l'ordre d'aujourd'hui, où je prends différentes mesures contre le pillage.
Vous ne vous faites pas une idée de la situation militaire et administrative de l'armée. Quand j'y suis arrivé, elle était travaillée par tous les esprits des malveillants, sans pain, sans discipline, sans subordination. J'ai fait des exemples ; j'admis tous nos moyens à remonter le service, et la victoire a fait le reste.
[…]
Le soldat sans pain se porte à des excès de fureur qui font rougir d'être homme. La prise de Ceva et de Mondovi peut donner des moyens, et je vais faire des exemples terribles. Je ramènerai l'ordre, ou je cesserai de commander à ces brigands. »
(Bonaparte au Directoire exécutif, 24 avril 1796)





« Le général en chef, instruit que, malgré ses règlements pour réprimer le pillage, quelques-mauvais sujets de l'armée continuent à s'y livrer, renouvelle aux généraux l'ordre le plus précis de mettre à exécution les dispositions prescrites par sa proclamation à l'armée, et il charge le chef de l'état-major d'y tenir strictement la main.
Son intention est d'imposer de fortes contributions sur le pays conquis, de manière à pouvoir payer la moitié de la solde de toute l'armée en argent. Les officiers et les soldats gagneront également à cette disposition; l'armée pourra voler à de nouvelles victoires et remplir l'attente de la patrie; si l'on continue à piller, tout est perdu, même la gloire et l'honneur. »
(Ordre du jour du 24 avril 1796)





« Tout va bien. Le pillage est moins fort. Cette première soif d'une armée manquant de tout s'étanche. Les malheureux sont excusables; après avoir soupiré trois ans du sommet des Alpes, ils arrivent à la terre promise, et ils en veulent goûter. J'en ai fait fusiller trois et mettre six à la pioche au delà du Var.
[…]
Vous trouverez ci-joint la proclamation que j'ai fait imprimer à Mondovi. J'espère qu'elle sera conforme à vos intentions. On fusille demain des soldats et un caporal qui ont volé des vases dans une église. Dans trois jours, la discipline sera sévèrement établie, et l'Italie étonnée admirera la sagesse de notre armée autant qu'elle admire son courage. Cela me coûte infiniment de peine et me fait passer de très mauvais moments; il a été commis des horreurs qui me font frémir : heureusement que l'armée piémontaise, en battant en retraite, en a fait de pires encore.
Ce beau pays, garanti du pillage, nous offrira des ressources considérables; la seule province de Mondovi nous donnera un million de contributions. »
(Bonaparte au Directoire exécutif, 26 avril 1796)

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 08 Nov 2018 17:38 
Hors-ligne
Thucydide
Thucydide

Inscription : 15 Nov 2005 20:13
Message(s) : 33
Localisation : Finistere sud
Léonard59 a écrit :
Je désirerais poser une question d'ordre général : votre questionnement ne concerne-t-il que la période particulière de l'Empire, ou est-il plus général ? [...]
Bref, tout cela pour vous demander s'il faut laisser ce sujet dans "Révolution et Empire" et ne parler que de l'époque Napoléonienne, ou s'il faut le déplacer dans "Histoire militaire" et parler des exécutions dans les différentes armées. Car l'un des plus bel exemple d’exécution dans l'histoire est la décimation dans les légions romaines...
Merci pour vos réponses. En effet mon questionnement était plus général mais je voulais le restreindre aux armées de conscription, et la première qui m'est venu à l'esprit (et la plus "proche", chronologiquement, de l'origine de mon questionnement, 14-18) était la Grande Armée. Et à vrai dire je pensais moins aux pilleurs qu'à ceux qui, pour x raisons, pouvaient se montrer réfractaires à monter à l'assaut, bien que déjà enrôlés et non déserteurs stricto-sensu.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 0:36 
Hors-ligne
Eginhard
Eginhard
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 29 Jan 2007 8:51
Message(s) : 946
Puisque le sujet est finalement un peu élargi, je me permets de remettre le lien de la vidéo que j'avais faite de la conférence avec Jean-Jacques Becker, et à partir de la 3:05 minute, J.J. Becker parle des fusillés pour l'exemple durant la Première Guerre Mondiale...

https://www.youtube.com/watch?v=VXdo8HAdUs4

_________________
«Κρέσσον πάντα θαρσέοντα ἥμισυ τῶν δεινῶν πάσκειν μᾶλλον ἢ πᾶν χρῆμα προδειμαίνοντα μηδαμὰ μηδὲν ποιέειν»
Xerxès, in Hérodote,

Ἐφελκυσάμην δὲ οὔτινα Μοῦσαν ὀθνεία.
Théocrite, Ep. XXII

«L'Empereur n'avait pas à redouter qu'on ignorât qu'il régnait, il tenait plus encore à ce qu'on sût qu'il gouvernait[...].»
Émile Ollivier, l'Empire libéral.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 8:43 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Punition célèbre mais douteuse : Golymin.

Témoignage de Curély (Itinéraire d'un cavalier léger du Premier Empire), membre de la compagnie d’élite du 7e Hussards :
« Vers deux heures de l’après-midi on ordonna l’attaque ; la droite de la ligne de notre cavalerie avait sa droite appuyée au bois. La brigade Lasalle avait l'extrême gauche et devait charger sur l'artillerie russe. A peine cette brigade eut-elle fait vingt pas en avant pour charger, qu'on entendit crier : "Halte ! Halte !", et ce cri fut répété dans les deux régiments.
L'ennemi ne tira pas un coup de canon, et cependant les deux régiments se rompirent, se mirent en retraite et furent se rallier à un demi-quart d'heure ; chose aussi étonnante autant qu’inconcevable, il n'y avait pas un cavalier ni un fantassin en face de cette brigade. Il y avait, à la vérité, 7 ou 8 canons qui, en les chargeant rapidement n'auraient peut-être pas tirer ; dans tous les cas ils auraient été pris après la première décharge.
La cavalerie de notre droite ne fut pas arrêtée dans son mouvement de charge et elle renversa l'ennemi qui chargeait aussi de son côté. Notre cavalerie prit à l’ennemi bon nombre d’hommes et de chevaux et deux étendards.
Aussitôt que la brigade Lasalle fut ralliée, ce général fit chercher la compagnie d'élite du 7ème de hussards qui était restée sur le terrain qu’on venait d’abandonner et sans le moindre danger.
La brigade réunie, le général Lasalle la mena sous le canon ennemi. Elle y resta jusqu'à minuit sans bouger. Pour donner une idée de la perte que fit cette brigade par le canon ennemi, en punition de son mouvement rétrograde, le général, qui se tenait à la tête, eut deux chevaux tués sous lui ; les hommes et des chevaux tombaient à tout moment : personne ne bougea ; on n'entendit pas seulement un murmure »


Murat dans son rapport de la nuit écrit seulement ceci :
« L'ennemi a fait volte-face et la brigade Lasalle et celle du général Marulaz ont été chargées et vigoureusement culbutées. La brigade Milhaud qui se trouvait à la droite a chargé l’ennemi en flanc, tandis que la tête de la division Klein l’a chargé de front.
L’ennemi à son tour a été totalement culbuté et ramené jusqu’aux lignes d’infanterie ; c’est alors que nous avons beaucoup souffert de l’artillerie de ennemi.
Tout ceci se passait en avant de Golymin, tandis que le maréchal Augereau qui poussait devant lui un gros corps ennemi, dirigeait lui-même sa marche sur Golymin. Alors, l’ennemi a fait un mouvement général par sa droite, et a cherché à déborder la gauche du maréchal Augereau. Alors j’ai suivi le mouvement de l’ennemi avec toute ma cavalerie
[…]
Lasalle [a eu] plusieurs chevaux tués sous [lui] »



Si je ne m'abuse, le récit de Curély est la seule évocation connue de la punition de Golymin ; ce qui d’ailleurs fait douter quelque peu de la véracité de ce témoignage certains auteurs comme Hourtoulle (Le général comte Charles Lasalle), Griffon de Pleineville et Chicanov (Napoléon en Pologne - la campagne de 1806-1807) ou encore Naulet (Eylau (8 février 1807) La campagne de Pologne, des boues de Pultusk aux neiges d’Eylau).

A noter que Massony ("Histoire d'un régiment de cavalerie légère : le 5e hussards de 1783 à 1815") indique 7 morts pour le 5e Hussards, et Louvat ("Historique du 7e Hussards") 10 morts pour le 7e.
17 morts, c’est finalement assez peu pour une brigade supposée « menée sous le canon ennemie » et maintenue à sa position jusqu’à minuit.

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 8:47 
Hors-ligne
Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 22 Sep 2005 18:53
Message(s) : 2046
Léonard59 a écrit :
l'un des plus bel exemple d’exécution dans l'histoire est la décimation dans les légions romaines...


Décimation car on exécutait, au hasard, un homme sur 10 (ce qui donnera le verbe décimer en français)

Oulligator a écrit :
Puisque le sujet est finalement un peu élargi


Dans les armées de Genghis Khan, qui étaient organisées de manière décimale (la plus petite unité étant de 10 hommes -> l'Arban.
10 Arban formait une centaine -> le Djagun,
Dix Djagun constituent un millier -> le Mingham
Dix Mingham composent le Tümen.

Si 1 homme d'une dizaine désertait, toute la dizaine était exécutée. Certes les guerriers mongols n’étaient pas des conscrits.

Bien à tous.

_________________
Hugues de Hador.
Au service des Mongols de la "Horde d'Or" entre 1350 et 1360.


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 13:05 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Caribou a écrit :
je pensais moins aux pilleurs qu'à ceux qui, pour x raisons, pouvaient se montrer réfractaires à monter à l'assaut, bien que déjà enrôlés et non déserteurs stricto-sensu.



Décret du 12 mai 1793 :
« Tout militaire qui sera convaincu de ne s'être pas conformé aux ordres de son supérieur […] dans une affaire en présence de l'ennemi […] sera puni de mort. »


Code des délits et des peines du 11 novembre 1796 :
« Tout militaire ou autre individu attaché à l'armée, qui, étant commandé pour marcher ou donner contre l'ennemi, ou pour tout autre service ordonné par le chef, en présence de l'ennemi et dans une affaire, aura formellement refusé d'obéir, sera puni de mort. »


Décret du 22 juillet 1806 relatif à l'exercice de la justice à bord des vaisseaux :
« Dans les cas de crimes de lâcheté devant l'ennemi, de rébellion ou de sédition, ou tous autres crimes commis dans quelque danger pressant, le commandant, sous sa responsabilité, pourra punir ou faire punir, sans formalité, les coupables, suivant l'exigence des cas.
Toutefois ledit commandant sera tenu de dresser procès-verbal de l'événement, et de justifier devant le conseil de marine »

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 13:51 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Drouet Cyril a écrit :
Punition célèbre mais douteuse : Golymin.


Autre punition sanglante et collective, et aussi douteuse : celle de la 24e légère la veille de Marengo.

Ce jour là, cette demi-brigade (brigade Herbin, division Chambarlhac, sous le commandement général de Victor) fut engagée dans une affaire aux abords de la Bormida.
Coignet dans le manuscrit original de ses célèbres Cahiers donne ce court récit :
« On détache la 24e demi-brigade pour pointer en avant à la découverte. Et elle marcha très loin et elle découvrit les Autrichiens et eut une affaire sérieuse avec une avant-garde. Et ils perdirent du monde. Il n’y eut plus de doute que les Autrichiens étaient devant nous, et ils étaient cachés dans la ville d’Alexandrie. »


Les Cahiers de Coignet furent publiés pour la première fois en 1851 sous le titre de « Souvenirs de Jean-Roch Coignet ». Voici ce que l’on pouvait à présent lire :

« [La veille de Marengo] la 24e demi-brigade fut détachée pour pointer en avant, à la découverte. Elle marcha très loin et finit par rencontrer des Autrichiens. Même elle eut avec eu une affaire très sérieuse. Elle fut obligée de se former en carré pour résister à l'effort des ennemis. Bonaparte l'abandonna dans cette position terrible. On prétendit qu'il voulait la laisser écraser. Voici pourquoi. Lors de la bataille de Montebello, cette demi-brigade ayant été poussée au feu par le général Lannes, commença par fusiller ses officiers. Les soldats n'épargnèrent qu'un lieutenant. Je ne sais au juste quel pouvait être le motif de cette terrible vengeance. Le consul, averti de ce qui s'était passé, cacha son indignation. Il ne pouvait sévir en face de l'ennemi. Le lieutenant, qui avait survécu au désastre de ses camarades, fut nommé capitaine, l'état-major recomposé immédiatement. Mais néanmoins on conçoit que Bonaparte n'avait rien oublié.
Vers les cinq ou six heures du soir, on nous envoya pour dégager la 24e. Quand nous arrivâmes, soldats et officiers nous accablèrent d'injures, prétendant que nous les avions laissé égorger de gaieté de coeur, comme s'il dépendait de nous de marcher à leur secours. Ils avaient été abîmés. J’estime qu’ils avaient perdu la moitié de leur monde : ce qui ne les empêcha pas de se battre mieux le lendemain.»

Cette version a été ensuite de nombreuses fois reprise au fil des éditions des fameux Cahiers.
Etonnants changements sur lesquels il convient de se pencher.



Revenons ainsi à la bataille de Montebello, le 9 juin 1800, où la 24e légère est sensée s’être mutinée et avoir passé par les armes ses officiers.

Le 12 juin suivant, Berthier fit ce rapport à Bonaparte :
«L'avant-garde se battait depuis quatre heures, le terrain était disputé pied à pied, les positions importantes étaient tour à tour prises et reprises; jamais combat ne fut plus opiniâtre.
La réserve, commandée par le général Victor, reçoit l'ordre d'appuyer l'avant-garde. La 24e et un bataillon de 500 hommes commandé par le citoyen Delpuech se portent sur la droite, tandis que le général Herbin, avec trois compagnies de carabiniers, charge avec vigueur la gauche de l'ennemi. Les 43e et 96e [c’est dans cette demi-brigade que servait Coignet], commandées par le général Rivaud [il s’agit ici d’une des deux demi-brigades de la division Chambarhac ; l’autre, commandée par Herbin, était composée de la 24e légère], s'ébranlent à leur tour et marchent au pas de charge. La 24e tourne l'ennemi par la gauche, gagne les hauteurs, enlève deux pièces de canon et fait un grand nombre de prisonniers. La 96e charge avec impétuosité le centre sur la grande route et parvient à le percer au milieu d'une grêle de mitraille. Bientôt plusieurs parties de la ligne ennemie commencent à plier; les généraux Victor et Lannes profitent de ce moment, l'ordre est donné à tous les corps de charger à la fois. L'ennemi cède sur tous les points, le désordre et l'épouvante sont dans ses rangs, sa déroute est complète; il est poursuivi dans sa fuite jusqu'à Voghera. »

Brossier, dans le Journal de la campagne de l’Armée de réserve, écrit ceci :
« Par ordre du général en chef, la 24e légère et la 96e de bataille s'avancent sous le commandement du général Victor.
L'avant-garde de la 24e légère s'était déjà portée en avant pour soutenir les deux bataillons de la 6e, aux ordres du général Gency; alors, la 6e légère et le 3e bataillon de la 96e passent le Coppo, au-dessous du bourg, à l'effet de tourner les pièces et d'envelopper l'ennemi, et les 1er et 2e bataillons de la 96e se réunissent à l'attaque centrale.
L'ennemi, justement effrayé de ce mouvement, veut battre en retraite, pour éviter d'être pris en flanc sur sa gauche par la 6e légère, réunie à la 24e. Attaqué en même temps de front par le général Lannes et les deux bataillons de la 96e, chargé, en outre, par les troupes à cheval, il se débande et fuit en déroute. »

Et du côté du Bulletin de l’Armée de réserve du 10 juin :
« Le général Victor a fait donner la division Chambarlhac d'une manière extrêmement heureuse. »


Rien donc faisant penser aux allégations de la version de 1851.



Passons à présent à la journée du 13 juin où la 24e légère est sensée avoir été punie par Bonaparte de son attitude lors de la bataille du 9.

Victor, le 16 juin, fit le rapport suivant à Berthier:
« La division commandée par le général Gardanne [44e et 101e de ligne], s'est portée de San-Giuliano à Marengo pour attaquer les ennemis réunis dans ce village au nombre de 3 000 hommes d'infanterie, soutenus de quatre pièces de canon. Elle s'est dirigée en deux colonnes sur les routes de San-Giuliano et de Spinetta. L'attaque a été formée aux débouchés de ces deux routes, les ennemis étant en ordre de bataille; elle a été engagée par une canonnade, suivie d'une fusillade assez vive. Nos bataillons, marchant au pas de charge, ont rompu les ennemis, et les ont forcés à se retirer en désordre jusque sur le pont de la Bormida, laissant en notre pouvoir deux pièces de canon, leurs caissons et environ 100 prisonniers. Quelques tirailleurs ont été portés sur la rive droite de la Bormida; mais le feu de trente pièces de canon les ont forcés à se retirer.
La division Gardanne s'est aussitôt établie sur une ligne parallèle au courant de la Bormida, la droite appuyant au ruisseau de Marengo, la gauche à celui de San-Carlo.
La division Chambarlhac [24e légère, 43e de ligne, 96e de ligne] est venue se placer en seconde ligne sur le même front »

Deux rapports de Berthier en date du 14 indiquaient également ceci :
« Le général Gardanne, soutenu de la 24e légère, l'a attaqué dans cette position, a enlevé le village de Marengo, fait environ 200 prisonniers et pris deux pièces de canon. »

« L'armée marche sur San-Giuliano que l'avant-garde de l'ennemi évacue pour aller prendre position à Marengo. Il y est attaqué par la division Gardanne, soutenue de la 24e légère, et est forcé de se retirer jusqu'à son pont sur la Bormida, après avoir perdu 2 pièces de canon et 180 prisonniers. »



Rien donc dans ces trois rapports sur une 24e légère laissée en pointe, seule à son sort, punie pour sa mutinerie (elle aussi non étayée) de Montebello.

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 15:50 
Hors-ligne
Modérateur
Modérateur

Inscription : 20 Déc 2008 14:01
Message(s) : 4827
Localisation : Berry
Cyril, je sais que vous le savez, mais vous êtes vraiment impressionnant. Si si.
Merci pour ces excellentes précisions, très détaillées et parfaitement sourcées. Du travail d'orfèvre !

Chaleureusement,

CEN EdG

_________________
"Sicut Aquila"/"Ils s'instruisent pour vaincre"/"Par l'exemple, le coeur et la raison"/"Labor Omnia Vincit"/"Ensemble en paix comme au combat"/"Si Vis Pacem Para Bellum"


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 16:02 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
:wink:


Autre punition collective, pas sanglante mais symbolique, et beaucoup moins douteuse : celle du 4e ligne après sa déroute d'Austerlitz.

«[A Austerlitz] le maréchal Soult m'ordonna de […] conduire [le général Berg] à l'Empereur; Napoléon questionna ce général, et au moment où il lui parlait encore, on vit très distinctement de l'éminence où nous étions une foule de fantassins revenir en désordre.
« Qu'est-ce que cela ? dit Napoléon.
-Ah! Sire, s'écria le maréchal Berthier (toujours flagorneur et sans coup d'œil militaire), voyez quelle foule de prisonniers on vous amène!... »
L'Empereur ne répondit rien, mais, examinant attentivement avec sa lunette d'approche, il ordonna aussitôt au général Rapp, son aide de camp, de se porter en avant avec les chasseurs à cheval de la garde, qui chargèrent vigoureusement un moment après et anéantirent toute la cavalerie de la garde russe, car c'était elle qui, par une charge à fond, avait forcé la gauche du maréchal Soult et causé le désordre dont on venait de s'apercevoir.
Quant aux prisonniers annoncés par le maréchal Berthier, c'était le 4e régiment d'infanterie de ligne français, mis en déroute par la cavalerie de la garde russe, et qui perdit son aigle en cette circonstance.

Quelques jours après son arrivée à Vienne, l'Empereur passa la revue du corps d'armée du maréchal Soult; arrivé devant le front du 4e régiment d'infanterie de ligne, qui avait perdu son drapeau à la bataille d'Austerlitz dans la charge faite par la cavalerie de la garde russe, il fit réunir les officiers de ce régiment, et, s'étant placé au milieu d'eux et à portée de voix du front du régiment, il leur tint d'un ton très animé le discours suivant (je l'ai transcrit mot à mot un moment après l'avoir entendu, parce qu'il me parut d'une éloquence véritablement militaire; je n'en ai même pas retranché ni corrigé les fautes de français) :
«Où est-ce qu'est votre aigle? (Moment de silence.) Vous êtes le seul régiment de l'armée française à qui je peux faire cette question. J'aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d'avoir perdu une aigle. Elle va être portée en triomphe à Pétersbourg, et dans cent ans, les Russes la montreront encore avec orgueil [la prophétie de Napoléon se révéla vraie : l’aigle du 1er bataillon du 4e de ligne est en effet aujourd’hui, après un passage dans la cathédrale de Saint-Pétersbourg, au musée de l’Hermitage] ; les quarante drapeaux que nous avons à eux ne valent pas votre aigle ! Avez-vous donc oublié de vous défendre contre la cavalerie ? Qui commandait le régiment ? Quelles mesures a-t-il prises quand il s'est vu charger par la cavalerie ? Où étaient vos officiers, vos grenadiers ? Ne deviez- vous pas tous mourir avant de perdre votre aigle ? Je viens de voir bien des régiments qui n'ont presque plus d'officiers ni de soldats dans les rangs; mais ils ont conservé leur drapeau, leur honneur; et vous, je vois vos compagnies fortes et nombreuses, et je ne puis retrouver mon aigle dans vos rangs !...
Que ferez-vous pour réparer cette honte, pour faire taire vos vieux camarades de l'armée qui diront en vous voyant : Voilà le régiment qui a perdu son aigle ? (Moment de silence.) Il faut qu'à la première occasion votre régiment m'apporte quatre drapeaux ennemis, et alors je verrai si je dois lui rendre une aigle. »

Ce discours fut prononcé d'abondance, d'un ton de voix très élevé et avec la plus grande véhémence; il fit, sur ceux qui l'entendirent, un effet que je ne puis décrire; je sais bien, pour mon compte, que j'en avais la chair de poule; je me sentais couvert d'une sueur froide, et, par moments, les larmes me roulaient dans les yeux. S'il avait fallu un instant après mener au feu ce même régiment, il aurait certainement fait des merveilles. »
(Saint-Chamans, Mémoires)

Il y a une autre version du discours que Saint-Chamans rapporte dans ses Mémoires ; version plus officielle puisque tirée de l’ordre du jour du 25 décembre 1805 (publié ensuite dans les colonnes du Moniteur le 4 janvier suivant)
« Mardi [24 décembre], Sa Majesté a passé la revue de la division Vandamme. L’Empereur charge le maréchal Soult de faire connaître qu’il a été satisfait de cette division, et de revoir, après la bataille d’Austerlitz, en aussi bon état et si nombreux, les bataillons qui ont acquis tant de gloire et qui ont tant contribué au succès de cette journée.
Arrivé au 1er bataillon du 4e régiment de ligne, qui avait entamé à la bataille d’Austerlitz et y avait perdu son aigle, l’Empereur lui dit :
« Soldats, qu’avez-vous fait de l’aigle que je vous ai donnée ? Vous aviez juré qu’elle vous servirait de point de ralliement et que vous la défendriez au péril de votre vie; et avez-vous tenu votre promesse ? »
Le major [Bigarré] a répondu que le porte-drapeau ayant été tué dans une charge au moment de la plus forte mêlée, personne ne s’en était aperçu au milieu de la fumée; que, cependant, la division avait fait un mouvement à droite; que le bataillon avait appuyé ce mouvement, et que ce n’était que longtemps après que l’on s’était aperçu de la perte de son aigle; preuve qu’il avait été réuni et qu’il n’avait point été rompu, c’est qu’un moment après il avait culbuté deux bataillons russes et pris deux drapeaux dont il faisait hommage à l’Empereur, espérant que cela leur mériterait qu’il leur rendît une autre aigle.
L’Empereur a été un peu incertain, puis il a dit :
« Officiers, soldats, jurez-vous qu’aucun de vous ne s’est aperçu de la perte de son aigle, et que, si vous vous en étiez aperçus, vous vous seriez précipités pour la reprendre, ou vous auriez péri sur le champ de bataille, car un soldat qui a perdu son drapeau a tout perdu ? »
Au même moment mille bras se sont élevés :
« Nous le jurons, et nous jurons aussi de défendre l’aigle que vous nous donnerez avec la même intrépidité que nous avons mise à prendre les deux drapeaux que nous vous présentons.
-En ce cas, a dit en souriant l’Empereur, je vous rendrai donc votre aigle. »


Le major Bigarré, alors commandant le 4e de ligne, a été évoqué dans le document ci-dessus ; voici son récit (Mémoires) :
« Le 26 décembre, veille de la signature de la paix, l'empereur Napoléon, étant à son quartier général de Schönbrunn, vint passer en revue la division Vandamme sur un terrain peu éloigné du château. Arrivé au 4e régiment de ligne, il m'ordonna de faire former le carré, et se mit au milieu avec tout son état-major, faisant face au centre du bataillon qui avait perdu son drapeau :
« Soldats, dit-il à ceux de ce même bataillon, qu'avez-vous fait de l'aigle que je vous avais confiée ? Vous aviez juré qu'elle vous servirait de point de ralliement et que vous la défendriez au péril de votre vie ; comment avez-vous tenu votre promesse ?
-Sire, lui répondis-je, le 4e régiment de ligne a fait son devoir à la bataille d'Austerlitz comme il l'a rempli à celle d'Arcole sous les yeux de Votre Majesté, et dans toutes les autres circonstances où il s'est battu pour la Patrie et pour la gloire. Un événement malheureux a privé son premier bataillon de l'aigle que vous lui aviez confiée : dans une mêlée contre trois régiments de cavalerie de la Garde Impériale russe, et contre six bouches à feu qui le couvraient de mitraille, deux porte- drapeaux ont été tués, et c'est dans les mains du troisième, qui a reçu douze coups de sabre de l'ennemi, , que cette aigle a été enlevée. Je puis vous jurer sur ma parole d'honneur, Sire, que qui que ce soit de ce bataillon ne s'est aperçu de la perte de cette aigle, et que le 2 décembre nous en avions encore deux à nos faisceaux.... Sire, lui dis-je encore, demandez aux généraux Vandamme [général commandant la 2e division du corps de Soult où servait le 4e de ligne] et Cadras (général commandant la 3e brigade de la division Vandamme] si le 4e régiment de ligne ne s’est pas courageusement battu à Austerlitz ? Que Votre Majesté daigne se rappeler qu’il a enlevé à la baïonnette une batterie ennemie sur le plateau de Pratzen, fait prisonnier un régiment russe avec son colonel, dont voici deux drapeaux (un adjudant-major les avait à la main) que j’offre à Votre Majesté au nom du régiment de son frère [Joseph était effectivement le commandant en titre du 4e, mais c’était Bigarré qui assurait cette fonction].
-En ce cas, dit l’Empereur en sourient, je vous donnerai une autre aigle. »
Des cris de : Vive l’Empereur ! cent fois répétés par tous le régiment, terminèrent cette scène qui se passa telle que je viens de la décrire et non autrement. »


On trouve cette précision dans les Mémoires de Masséna :
« A la revue qui eut lieu quelque temps après à Maria-Hilf, l'Empereur, touché des regrets de ce brave régiment qui s'était fait une belle réputation en Italie, lui promit une autre aigle, et ne la lui donna jamais. »

C’est une erreur. Napoléon prit son temps pour honorer sa promesse du 24 décembre, mais l’aigle fut bien redonnée. La cérémonie eut lieu un an plus tard, le 23 novembre 1806, à Berlin.

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Message Publié : 09 Nov 2018 17:11 
Hors-ligne
Marc Bloch
Marc Bloch
Avatar de l’utilisateur

Inscription : 06 Fév 2004 7:08
Message(s) : 4029
Drouet Cyril a écrit :
Décret du 22 juillet 1806 relatif à l'exercice de la justice à bord des vaisseaux :
« Dans les cas de crimes de lâcheté devant l'ennemi, de rébellion ou de sédition, ou tous autres crimes commis dans quelque danger pressant, le commandant, sous sa responsabilité, pourra punir ou faire punir, sans formalité, les coupables, suivant l'exigence des cas.»



Nous sommes pas ici sur un vaisseau, mais sur la terre ferme, en 1805, près de Lintz.
Anecdote ("cruel incident rare dans notre armée") contée par Ségur dans ses Mémoires :

"[Napoléon] dépassait au galop, en la prolongeant sur son flanc gauche, une colonne d'artillerie légère, lorsque, à vingt pas en avant de lui, il vit un artilleur redresser d'un air menaçant la tête, que, au même instant et d'un furieux revers de sabre, son capitaine abattit presque entièrement : elle pencha sur l'épaule de ce malheureux, qui, répandant un torrent de sang, tomba à terre. A cet affreux spectacle Napoléon pâlit, s'élança d'un bond de son cheval, et s'écria :

"Ah ! qu'avez-vous fait là, capitaine ?
-Mon devoir ! lui répliqua rudement l'officier ; et jusqu'à ce que je soit tué par un de mes soldats, ajouta-t-il hautement en les regardant en face, je tuerai ainsi ceux qui oseront manquer à leur capitaine !"

L'Empereur, frappé de cette énergie, demeura un instant muet ; mais bientôt dominant son émotion, il reprit d'une voix ferme :

"S'il en est ainsi, vous avez bien fait ! vous êtes un brave officier ! vous comprenez votre devoir ! Voilà comme je veux qu'on serve !"

Puis, continuant sa marche, mais lentement et au milieu d'un morne silence que ses paroles avaient imposé, il entra soucieux et au pas dans Lintz."

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


Haut
 Profil  
Répondre en citant  
Afficher les messages publiés depuis :  Trier par  
Publier un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 16 message(s) ]  Aller vers la page 1, 2  Suivant

Le fuseau horaire est UTC+1 heure


Qui est en ligne ?

Utilisateur(s) parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 4 invité(s)


Vous ne pouvez pas publier de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas insérer de pièces jointes dans ce forum

Recherche de :
Aller vers :  





Propulsé par phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction et support en françaisHébergement phpBB