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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:04 
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Jean Froissart
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Pendant que les russes prennent leur temps, Mack s'est emparé de la ville d'Ulm, l'arsenal de la Bavière, dont il fait le centre de regroupement de son armée.

Tout le porte à croire que les français, quand ils vont arriver épuisés, se pointeront par la forêt noire, en face de lui ou à peu près : la carte, ses a priori, et une fantastique opération d'intoxication menée par les services français, dont un certain Schulmeister au premier chef.

En tenant Ulm, il contrôle parfaitement ses lignes de communications intérieures avec l'Autriche, et est en liaison tactique avec le Tyrol. Il est aussi à la frontière du duché de Bade, prêt à foncer vers l'ouest dès que les amis russes rejoindront. Tout va bien pour lui...

En fait, tout va mal, mais il ne le sait pas, en raison de l'intoxication dont il est victime, et de la cécité de sa cavalerie légère qui ne voit rien venir.

Ce n'est pas de sa faute : les hussards autrichiens sont déployés vers l'ouest, pas vers le nord.

Or, c'est du nord que vont se mettre à déferler fin septembre début octobre tous les corps français qui opérent globalement depuis Strasbourg un gigantesque coup de faux dans l'axe plein est, puis sud, puis ouest.

En d'autres termes, mi-octobre, les français ont l'Autriche dans le dos pendant que les régiments autrichiens, à Ulm, continuent à regarder vers la France.

L'opération est énorme et risquée, car les corps français voient ainsi leurs lignes de communication se tendrent à rompre en s'éloignant de manière totalement excentrique de la frontière française.

Si Mack savait ce qu'il se passe, ou s'il était voyant, ou s'il était fou, il lancerait son armée plein nord, et crèverait ainsi les lignes arrières de la Grande Armée, provoquant alors un désastre pour les troupes napoléoniennes.

Mais Mack ne sait pas, il n'est pas voyant et pire que tout, il est trop prudent.

Pourtant a lieu un énorme coup de semonce. A Elchingen, le 14 octobre, le Maréchal Ney et les 17 000 hommes de son 6ème corps se jettent sur les arrières autrichiens qui ne les attendaient pas.

Les autrichiens se battent bien, très bien même. Murat, qui commande l'avant-garde de cavalerie, refuse de soutenir Ney; pas convaincu qu'en face c'est une vraie bataille qui se déclenche, il dit à un aide de camp de Ney "vous direz à votre Maréchal que je n'ai l'habitude de compter l'ennemi que quand je suis dessus".

Content, Ney, qui rate par manque de soutien de cavalerie un succès total. Le lendemain, en grande tenue, il se pointe devant l'empereur au moment de relancer ses régiments à l'attaque, et saisit Murat par la manche : "venez, Prince, venez donc compter l'ennemi avec moi !"

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:08 
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A Ulm même sont 27 000 hommes.

En face, ou plutôt derrière se déploient en première ligne 80 000 français des 2ème, 5ème, 6ème corps accompagnés de la réserve de cavalerie et de la Garde.

Le 20 octobre, tout est consommé pour le général Mack, contraint à la reddition, la plus belle victoire de l'empire puisqu'elle n'a fait presque pas de victimes.

Dispersés, échappés de l'encerclement, 16 000 autrichiens essayent, les uns de se replier en Bohême vers le nord, les autres vers le sud au Tyrol.

Peu échapperont à la cavalerie de Murat et au 6ème corps de Ney qui à ce moment quitte le dispositif général pour descendre vers le Tyrol.

Dans la foulée, les troupes bavaroises rejoignent les corps français, et vont les accompagner pendant tout le reste de la campagne.

Napoléon entre à Munich : c'est un triomphe. Les bavarois en délire fêtent leurs libérateurs.

L'Autriche vient de commettre l'un des plus beaux pas de clercs que l'on puisse imaginer en matière diplomatique, et Napoléon vient de gagner un allié et son armée qui lui resteront totalement fidèles jusqu'en 1813.

Koutouzov et ses 45 000 hommes viennent d'arriver, tranquillement, à Salzbourg.

Le général russe apprend alors que, non seulement devant il n'y a plus d'alliés à soutenir, mais qu'un énorme armée se précipite sur lui.

Il doit se sentir seul un instant, Koutouzov ...

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:09 
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Mais le général russe n'est pas Mack.

Il réagit dans la nuit, et donne immédiatement l'ordre à toutes ses divisions de faire demi-tour, et de foncer vers l'est pour échapper à l'étau impérial qui se prononce.

Commence alors une course-poursuite extraordinaire, au cours de laquelle les russes vont faire preuve d'un courage physique et d'une ténacité phénoménale, cependant que les français vont littéralement inonder les rives du Danube en pourchassant, et les débris autrichiens, et cette petite armée russe qui leur fait de l'oeil.

Pendant près de trois semaines, Koutouzov va réussir à échapper aux avant-gardes françaises, va tromper les maréchaux de l'avant-garde sur ses intentions de repli, pendant que Napoléon ne va cesser de déverser ses corps d'armée sur l'Autriche avec un objectif, un seul : rattraper Koutouzov et l'anéantir.

L'ensemble du dispositif impérial est au sud du Danube ou les russes se replient en catastrophe, mais Napoléon crée alors un corps d'armée temporaire, qu'il confie au maréchal Mortier avec trois divisions prélevées sur les corps en marche, et le fait passer sur la rive nord. On ne sait jamais ...

Une flotille est créée, avec le bataillon des marins de la garde impériale (créé initialement pour l'Angleterre) afin d'assurer la liaison entre les 13 000 hommes de Mortier et le gros de l'armée.

Et c'est là que Murat, à l'avant-garde, se met à déconner, et que Koutouzov en revanche a une réaction de génie.

Au matin du 10 novembre, Murat n'a plus personne en face de lui : les russes, dans la nuit et la journée précédente, ont passé le Danube vers le nord. Logiquement, le commandant de l'avant garde impériale doit les suivre, passer le fleuve à son tour et de ce fait mener derrière lui l'ensemble du corps de bataille français.

Que fait Murat ? Il a, au nord une armée russe ridicule qui s'enfuit, et en face de lui : Vienne, vide de troupes ou presque, la capitale qui menace la France depuis François Ier.

Et Murat, croyant bien faire, lance toute sa cavalerie, le 5ème corps de Lannes qui suit, et toute l'armée derrière, vers Vienne.

Pendant ce temps-là, arrivé sur la rive nord, Koutouzov apprend qu'une petite unité française est dans le village de Dürrenstein. C'est la division du général Gazan, du corps temporaire de Mortier.

Le russe se dit que ce serait une bonne affaire : 6 000 français face à 45 000 russes ... faisable !

Et le 11 novembre au petit matin, les russes déferlent sur Dürrenstein.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:22 
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Napoléon, qui sait lire une carte, a envoyé à son beau-frère Murat un courrier salé.

"Il n'y a de gloire qu'à battre l'ennemi, et vous enfournez toute mon armée sur Vienne ou il n'y a pas d'ennemi !" écrit en substance l'empereur, qui ajoute "et je crains fort que par vos manoeuvres, le Maréchal Mortier soit à la merci d'une aventure".

Bien vu.

Mortier, dans les heures qui viennent, va mériter son bâton de maréchal, et ses soldats vont se couvrir de gloire ... et de sang.

La division du général Gazan aurait dû être anéantie.

Elle sera en fait sauvée par trois facteurs, qui prouvent bien qu'à la guerre, comme disait Napoléon, "tout peut arriver" :

- sa pugnacité extrême

- l'arrivée au son du canon de la division qui la suit de loin

- et la tactique assez curieuse que vont suivre les russes.

Assez curieuse, en effet ...

Dürrenstein est un petit village qui se présente comme une poche le long du Danube, enserrée par les montagnes. Le village est surplombé par les ruines d'un château fort célèbre : c'est là que fut emprisonné Richard Coeur de Lion à son retour de croisade.

Pour attaquer Dürrenstein quand on vient de l'est, il existe deux solutions que l'on peut coupler : charger de front le long du fleuve, mais le terrain ne se prête pas à de grands déploiements, parce qu'il est étroit et de plus coupé de murets et de vignobles; ou contourner l'obstacle par le nord, en prenant dans les montagnes pour débouler sur les arrières du village.

Les russes, conseillés par le général autrichien Schmitt, l'un des conseillers stratégiques de l'empereur François, décident de lancer une attaque en tenaille.

Mais les guides russes s'égarent, et la colonne de contournement met un temps fou à passer. Pendant ce temps, l'attaque frontale se heurte aux français qui se retranchent en utilisant les accidents du terrain et ne reculent que très lentement en infligeant de lourdes pertes. L'élite de l'armée russe, c'est sa cavalerie, et elle ne peut pas intervenir à cause de ces maudits murets, de ces vignobles qui empêchent tout déploiement.

Quand la colonne de contournement débouche enfin, c'est pour se trouver en équerre avec la deuxième division française qui arrive à toutes jambes, baïonnette au canon. Cette division est commandée par le général Marquis Dupont de l'Etang, un brave à qui une carrière exceptionnelle se présente, mais qui sera hélas, trois ans plus tard, le vaincu déshonoré de la reddition de Baylen en Espagne.

Au soir du 11, plus de 4 000 hommes sont morts et blessés. Les russes ont raté leur coup. Mortier, à qui des officiers avaient demandé d'évacuer le champ de bataille au plus vite pour qu'un maréchal d'empire ne soit pas fait prisonnier, avait refusé pour rester au milieu de ses fusiliers. Version officielle : "on n'abandonne pas de tels héros !" Version plus vraisemblable : "vous rigolez, je ne vais pas laisser tomber mes gars !"

Et Koutouzov n'a pas le temps de philosopher sur cet échec, qui au passage à coûté la vie du stratège Schmitt, qui s'est courageusement exposé, et a été tué au feu.

Les français de l'avant-garde de Murat arrivent à Vienne. Le général russe replie aussitôt tout son monde, et repart vers le nord-est.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:24 
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Le 13 novembre, pendant que l'armée russe fonce plein nord, Murat, Lannes et leurs divisions respectives sont à Vienne.

Murat fait une drôle de tête : le courrier de son impérial beau-frère lui a fait l'effet d'une douche glacée. Mais Napoléon s'est rapidement adapté, comme toujours, à la nouvelle situation, et dès que, le 12, il est au courant que Mortier et son corps provisoire sont tirés d'affaire, il ordonne aux maréchaux de l'avant-garde de s'emparer, peu importe comment, d'un pont sur le Danube.

C'est évidemment essentiel, puisque maintenant les deux armées sont séparées par le fleuve.

Murat se trouve donc à devoir gérer un casse-tête a priori insoluble : s'emparer d'un pont intact au nez et à la barbe des unités autrichiennes qui, restées en arrière, ont ordre de tout faire sauter dès que le premier bonnet à poil montrera son plumet.

C'est une erreur majeure, de la part du commandement autrichien, de ne pas avoir fait sauter tous les ponts sans attendre les français. Croyaient-ils que l'envahisseur s'arrêterait pour visiter Vienne ? Les russes n'ont pas commis cette bévue, en brûlant et faisant sauter systématiquement tous les ponts qu'ils passaient. Il est vrai qu'ils n'étaient pas chez eux ...

Toujours est-il que, divine surprise, quand Murat et Lannes arrivent dans les faubourgs, le pont du Thabor est intact, quoique gardé et miné. Nous sommes le 13 novembre 1805.

Les deux maréchaux et leurs généraux vont alors se livrer à une fantastique opération d'intoxication, en se présentant, seuls ou presque, en grand uniforme, à l'entrée du pont et en déclarant le plus sérieusement du monde qu'un armistice est dans l'air, que les combats sont stoppés, bref : la paix est à portée de main et on ne va quand même pas commencer à se tirer dessus alors que c'est presque fini !

Ce qui les aide, c'est que d'une part l'ambiance est de plus en plus détestable entre les autrichiens envahis et leurs alliés russes qui repartent plus vite qu'ils ne sont arrivés, et que d'autre part des allers et retours permanents d'officiers de haut rang entre les état-majors sont de nature à faire croire à tout le monde (français compris d'ailleurs) que la guerre touche peut-être à son terme.

Et puis, on ne tire pas froidement sur des Maréchaux bardés de décorations qui commencent à traverser le pont en papotant comme s'ils visitaient la région !

Derrière le groupe empanaché des généraux français, qui obstruent le pont littéralement en racontant tout et n'importe quoi à des officiers de troupe autrichiens complètement dépassés, plusieurs compagnies de grenadiers et de chasseurs de la division d'Oudinot s'approchent, avec des sapeurs qui déminent au fur et à mesure qu'ils avancent en arrachant les mèches et en neutralisant les barils de poudre.

Quand l'officier général autrichien en charge de protéger et détruire le pont du Thabor arrive, les français sont déjà, tout sourire mais de plus en plus nombreux, sur la rive nord. C'est un embouteillage de compagnies entre les autrichiens qui ne savent plus ce qu'ils doivent faire et les français qui les débordent de partout en rigolant.

Un pont majeur sur le Danube vient de tomber dans les mains des français, sans le moindre combat.

Et voilà Murat et ses dragons, Lannes et ses grenadiers qui foncent à leur tour vers le nord, vers les russes.

Le prochain rendez-vous est proche, il se produira à Hollabrunn/Mohrungen.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 1:25 
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Jean Froissart
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Lorsque Koutouzov apprend la catastrophe de la prise du Thabor, sa situation est la suivante :

- son corps d'armée, réduit par les combats et la retraite, ne compte plus qu'environ 35 000 hommes présents sous les armes

- l'avant-garde impériale, presque aussi nombreuse avec plus de 25 000 hommes, n'est plus qu'à 35 km de lui, et arrive aussi vite que possible pour l'accrocher

- les renforts russes, dont il a été informé de la progression, sont encore à près de 100 km au nord, au-delà de la ville d'Olmütz.

Alors il prend une décision désespérée. Il se sépare du tiers de ce qui lui reste, confie ces 10 000 hommes à son meilleur général, le prince Bagration, avec ordre de se faire tuer sur place si nécessaire pour laisser le temps à ce qui reste de prendre du champ.

Bagration prend alors position, comme pour une bataille rangée de grande envergure, entre les villages de Mohrungen et d'Hollabrünn. Koutouzov dira plus tard avoir craint ne jamais le revoir, ni lui ni ses soldats.

Aux côtés de Bagration, un aide de camp du Tsar, le général de division de Winzingerode. Ces deux là vont réussir un ahurissant coup de bluff.

Le 15 novembre dans la journée, français et russes sont à nouveau au contact.

Va-t-on régler les comptes pendant depuis le début de la campagne ?

Non : Winzingerode envoie un parlementaire, puis se déplace lui-même auprès de Murat.

Il lui annonce qu'un armistice est en cours de règlement entre Napoléon et les autrichiens, que les russes sont en train de quitter la région sans casse excessive, et que, de ce fait, une suspension d'armes est toute indiquée.

Vous ne rêvez pas, c'est exactement ce que Murat a fait avaler aux autrichiens quarante-huit heures auparavant pour s'emparer du pont du Thabor.

Et le beau cavalier croit l'aide de camp du Tsar, en provoquant la rage impuissante de Lannes, sidéré par une telle c...ie de la part de son commandant d'avant-garde. Murat, tout content, écrit à Napoléon que la paix est faite, entre autres grâce à lui-même, et qu'il attend des ordres.

Des ordres ?

Le retour de Napoléon est pire encore que lorsqu'il a appris la ruée sur Vienne. "L'aide de camp de l'empereur de Russie est un jean-foutre, vous êtes un .... Vous n'êtes que le commandant de mon avant-garde, et vous n'avez aucun pouvoir pour négocier. Foncez, attaquez les russes, vous êtes en position de prendre leurs bagages !" hurle par écrit Napoléon.

Le 16 novembre, Murat reçoit le petit billet de son patron ...

C'est trop tard, parce que pendant la nuit qui a précédé, c'est en effet tout ce qui reste de l'armée de Koutouzov qui s'est esquivée. Encore faut-il maintenant passer sur le corps des régiments déployés par Bagration.

Et là, l'armée napoléonienne va découvrir pour la première fois depuis Zürich ce que savent faire les grenadiers russes avec leurs baïonnettes...

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 8:40 
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Merci de ce nouveau post! J'ai commencé mais je m'en garde un peu pour plus tard.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 11:55 
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Encore un récit passionnant, où on apprend beaucoup de chose. (Par exemple, je n'avais jamais lu que les mouvements de l'armée au début de la campagne visaient à aborder l'armée autrichienne par l'est, Ce qui est un risque majeur. - Bon, quand ça marche, on applaudit - et ça paie ! - mais tout de même...)

Napoléon envoie des brûlots à Murat, mais il n'a qu'à s'en prendre à lui-même. A deux reprises Murat lui fait manquer l'occasion de rattraper l'armée russe, mais dans les deux cas un autre maréchal a vu ce qu'il fallait faire : Ney à Elchingen, puis Lannes à Hollabrünn. De l'inconvénient de sa politique familiale, qui lui fait préférer son beau-frère pour commander l'avant-garde.

Mais peut-être est-il normal, dans une poursuite, de donner le commandement au cavalier ?

D'après Claude Manceron, à Elchingen l'échange entre Ney et Murat a été plus que violent. Ney était fou de rage, et Murat dépassé a fini par lui lancer cette phrase un peu "simplette", que vous citez :"Moi je ne compte l'ennemi que quand je le vois".

Manceron rapporte qu'un officier d'état-major vient informer Napoléon :
- Tels que je les connais, il a dû y avoir une algarade ?
- Terrible, Sire. Si des tiers ne s'étaient interposés, il y aurait eu duel séance tenante, sur le front des troupes.

C'est pour cela que Ney, le lendemain, vient cavalcader devant Murat :"Venez, mon Prince. Venez compter l'ennemi avec moi !" Ambiance... :mrgreen:

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 14:01 
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Hérodote
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Merci pour le récit ! Je ne connaissais pas du tout cette partie de l'histoire concernant Murat.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 24 Jan 2019 17:03 
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Grégoire de Tours
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L'histoire du pont de Thabor est incroyable.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:30 
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Jean Froissart
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C'est en effet lors de la bataille d'Hollabrunn (pour les français) ou de Mohrungen (pour les russes) que, pour la première fois des guerres napoléoniennes, "deux lignes d'infanterie s'abordèrent, baïonnette au canon, sans qu'aucune des deux n'ait plié avant le choc".

En d'autres termes, et celà n'arrive jamais, non seulement les russes ont attendu la charge des français sans se replier, mais en plus ils se sont avancés à leur tour, et les deux premières lignes d'infanterie se sont fracassées l'une contre l'autre.

Les français l'emportent, essentiellement parce qu'ils sont plus nombreux et mieux commandés à l'échelon des bataillons - l'information n'est pas neutre : les commandants de régiments russes de 1805 s'avèrent ne pas être au niveau.

Au soir, Bagration parvient à sauver l'essentiel de son corps de protection, et engage à son tour, en pleine nuit, un repli accéléré pour rejoindre Koutouzov et, derrière, toute une armée russe de renfort qui arrive, fraîche, commandée par son souverain, et sûre de vaincre.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:31 
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Dans les dix derniers jours de novembre 1805, la situation est la suivante :

Koutousov, rejoint par l'arrière-garde commandée par Bagration, a réussi son pari. Il a rejoint l'armée principale, qui vient d'entrer en Bohème.

L'ensemble des corps se regroupe à Olmütz, ou les rejoignent plus de 25 000 autrichiens, infanterie et cavalerie. L'empereur François est également présent, avec sa chancellerie devenue itinérante parce que les français sont à Vienne. C'est une rencontre au sommet, un peu particulière et dans un décor pour le moins militaire, entre les empereurs d'Autriche et de Russie, qui se rencontrent pour la première fois.

Militairement, pour les coalisés, la situation est loin d'être mauvaise : le corps de bataille ainsi constitué, qui est quand même de plus de 90 000 combattants, se trouve géographiquement adossé à une Prusse dont tout laisse espérer l'entrée en guerre sous peu de semaines.

Politiquement c'est plus compliqué, dans la mesure ou l'empereur d'Autriche et ses ministres sont à 100 km au nord de leur capitale, ce qui les rend pour le moins prudents pour ce qui est de la suite des opérations ...

Pour les français, la situation est devenue à la limite de la rupture.

Rupture des lignes de communications et d'approvisionnement des corps d'armée, qui sont tellement engagés en Autriche centrale pour les uns, et en Bohème-Moravie à la poursuite des russes pour les autres, que le contexte a dépassé le raisonnable pour devenir presque ingérable.

Rupture politique aussi, parce qu'à Paris la Bourse s'affole suite au désastre de Trafalgar, et que ce n'est pas en faisant prisonniers 30 000 autrichiens à Ulm que l'empereur va calmer les places financières, et stopper une crise monétaire majeure en train de se développer. Il faut que la guerre s'arrête, qu'elle s'arrête rapidement, et que de préférence elle s'arrête par une victoire française, parce que sinon c'est tout le jeune édifice impérial qui peut s'effondrer, miné par le déséquilibre budgétaire.

Napoléon a suivi l'avant-garde de Murat et Lannes, en menant presque tout son coeur de corps de bataille.

Fin novembre, sont donc présents autour de Brünn, au sud d'Olmütz, les corps de Lannes, de Soult et Bernadotte, la cavalerie de Murat, la Garde et une brigade bavaroise qui accompagne les français. C'est tout ... Curieusement, Davout et tout son corps d'armée restent à Vienne et à l'est de la ville. C'est logique : ils sont prêts à intervenir si une armée de renfort autrichienne arrivait, venant de Hongrie ou d'Italie du nord.

Entre Brünn tenue par les français et Olmütz tenue par les austro-russes, on trouve sur la carte un petit chateau de plaisance du nom d'Austerlitz.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:33 
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C'est Soult qui installe son état-major dans ce château d'Austerlitz quand il reçoit l'ordre, pour le moins curieux, de commencer le repli de toutes ses divisions en contre-bas du plateau.

Tout le corps de bataille reçoit dans le même temps le même ordre.

Face aux austro-russes qui ne croient pas à leur chance, c'est alors toute l'armée française qui se livre à un repli général en laissant à l'ennemi les meilleures positions, celles qui tiennent les hauteurs.

Napoléon serait-il devenu fou ?

En fait l'empereur est en train d'organiser le plus monstrueux chausse-trappe de l'histoire de la guerre.

Avec moins de cinquante mille hommes face à près de cent mille, il déclenche un mouvement de recul qui abandonne à l'ennemi des positions hautes, mais qu'il a eu l'opportunité d'étudier pendant plusieurs jours.

Dans le même temps, il envoie l'ordre à Davout de remonter avec ses divisions, depuis Vienne et à toute vitesse, vers le champ de bataille.

En d'autres termes, cependant que les alliés se savent à la tête de près de cent mille hommes face à soixante mille au maximum, Napoléon sait qu'il a dans ses mains près de soixante quinze mille combattants ... mais il est le seul à le savoir et prend un risque inouï.

La victoire d'Austerlitz, c'est d'abord la marche hallucinante des régiments de Davout qui, depuis Vienne, vont abattre près de 100 km en moins de trois jours, dans des conditions invraisemblables. Les unités arriveront, pour certaines en pleine bataille, décimées par leur marche et dans un état de fatigue effrayant. Mais Davout sera présent avec ses divisions, même si elles sont réduites de moitié pour le moins par la marche forcée qui leur a été imposée.

Napoléon n'a pas "prévu" la bataille ni envisagé tel un génie ce qui allait se passer. Il n'est pas sûr jusqu'au petit jour du 2 décembre de ce qui va se passer en face, il ne peut pas l'être et va d'ailleurs complètement rater le contrôle de la partie ouest du champ de bataille, trop large (11 kilomètres) pour qu'il puisse lors des combats gérer l'ensemble des forces.

En revanche, il a conçu un piège basé sur les leçons de guerre de l'époque, en retournant brutalement contre les austro-russes la fameuse tactique du Grand Frédéric, considéré encore comme le maître absolu, de l'ordre oblique, c'est-à-dire une attaque dérivant du centre pour dériver vers une aile en la renforçant au point de briser l'aile adverse et d'opérer alors un mouvement enveloppant.

L'empereur offre aux austro-russes son aile droite très faible pour les attirer, les envoûter, les attirer irrésistiblement dans un mouvement d'ordre oblique idéal...

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:47 
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Jean Froissart
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Inscription : 03 Jan 2008 23:00
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Au matin du 2 décembre, l'ordre de bataille des coalisés se met en branle.

Malgré les réticences du général Koutouzov, l'état-major allié déclenche une gigantesque opération en coup de faux contre les français. Dans la nuit du 1er au 2 a eu lieu, au quartier-général de Koutouzov, la réunion des commandants de corps alliés.

C'est le général autrichien Weirother qui a conçu le plan d'attaque en coup de faux contre les français, en les prenant par leur droite. Oui, malgré l'échec de Dürrenstein et la mort du général Schmitt, les russes, et surtout leur empereur, font une grande confiance aux stratèges du Hofkriegsrat, le grand état-major impérial autrichien.

L'idée est simple, presque évidente : ayant constaté l'extrême faiblesse des français sur leur aile droite, près des étangs, le corps de bataille va coulisser en ordre oblique sur la gauche alliée du champ de bataille, détruire les minces lignes françaises et déclencher un encerclement parfait sur l'essentiel des troupes napoléoniennes, pelotonnées au centre, en bas du plateau de Pratzen. Par manque de chance, c'est exactement le piège que Napoléon avait conçu...

Ecoutons Langeron qui, commandant de l'une des colonnes d'attaque, assiste à cette réunion et décrit dans ses mémoires, plusieurs années plus tard, cet étrange moment. Selon lui, Weirother "éclatait de jactance, s'exprimant comme un maître d'école devant ses élèves". Le général Dokhtourov étudie la carte (les généraux russes ne connaissent rien du terrain sur lequel ils vont devoir combattre). Koutouzov dort, ou fait semblant, comme s'il boudait.

Langeron, très "pro domo" dans ses souvenirs, dira avoir à un moment interrompu le discours du stratège autrichien en lançant "tout ceci est fort bien, général, mais qu'arrivera-t-il si Bonaparte attaque au centre ?"

Weirother aurait balayé cette objection avec mépris. Il sera condamné à mort plus tard par un conseil de guerre, car les autrichiens rigolent moyennement avec les incompétents et les malchanceux, mais sa peine sera commuée en forteresse par l'empereur François ...

A l'aile droite des alliés, le général russe Prince Bagration, avec ses divisions d'infanterie et les cavaleries, russe du général Ouvarow, et autrichienne du Prince Jean de Liechtenstein, bloquera les français dans la plaine de Turan.

En face se trouvent Lannes et son cinquième corps, et toute la cavalerie lourde de l'armée française, cuirassiers et carabiniers avec Murat : ce ne sera pas du plaisir.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:48 
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Jean Froissart
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Inscription : 03 Jan 2008 23:00
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Au centre, sur le plateau de Pratzen, la Garde Impériale russe montera en ligne afin de combler les espaces de l'ensemble du corps de bataille, qui va défiler sur la gauche, vers les villages de Telnitz et Sokolnitz, et les étangs gelés :

cette masse d'infanterie, formée en cinq colonnes, va dévaster les lignes de défense françaises, les anéantir, et remonter en tenaille du sud au nord.

Pour l'armée du corse, la messe sera dite.

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