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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:49 
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Jean Froissart
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Et c'est ainsi que, dans la matinée et le brouillard de ce 2 décembre 1805, les colonnes d'attaques austro-russes prononcent leur mouvement vers les villages de Telnitz et Sokolnitz.

Dans l'un des villages, un régiment de ligne, dans l'autre des unités de chasseurs à pied. Entre les villages, un régiment de dragons réduit à moins de moitié de son effectif : rien. Mais les régiments de Davout arrivent, en sale état, mais ils commencent à arriver.

La manoeuvre est lente, et bloquée lorsque, par une invraisemblable erreur de commandement, deux des colonnes d'infanterie russe sont stoppées net en rencontrant des régiments de cavalerie autrichiens qui sont à cinq kilomètres de leur point de regroupement ...

Mais les colonnes avancent, et atteignent au petit matin les abords des deux villages.

Dans ces villages, de Telnitz et Sokolnitz, se trouvent les premiers éléments, épuisés, du corps de Davout. Ils sont arrivés dans la nuit, n'ont pas eu le temps de prendre leurs marques, se sont endormis sur place pour récupérer.

Les roulements de tambours qui se rapprochent, les premiers coups de feu, les hurlements de leurs officiers aussi crevés qu'eux réveillent les lignards.

La ligne sud du champ de bataille se met, lentement mais sûrement, à flamber.

Cependant que les unités austro-russes accentuent leur mouvement, et procèdent à des attaques désordonnées dans un premier temps, les hommes de Davout prennent leurs positions et commencent à faire des cartons sur les lignes blanches des autrichiens du général Kienmayer et vertes des russes qui s'avancent.

Alors que les coalisés ne sont pas capables de gérer une attaque globale qui s'avèrerait définitive sur les maigres positions françaises, des renforts commencent à arriver vers les deux villages du côté français. Maigres renforts : ici un bataillon, là un régiment de dragons, mais ces éléments parviennent à bloquer par paliers une attaque mal coordonnée, à un point rare : à Telnitz, les français vont tenir à un contre dix-sept ...

Pendant ce temps, le plateau se dégarnit lentement et sûrement, et, surtout, dans les fonds, deux corps d'armée français et la Garde impériale attendent ...

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:50 
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Mon Dieu que l'on a glosé depuis deux cents ans sur le soleil d'Austerlitz !

Et pourtant, ce n'est pas le soleil, mais bien le brouillard neigeux qui a créé les conditions de la victoire française.

En effet, le brouillard a empêché les état-majors coalisés de repérer, en contre-bas de leurs positions, environ 40 000 français prêts à partir à l'assaut. Dommage pour eux.

Le soleil transperçant le brouillard vers neuf heures n'aura d'autre effet que de permettre à Napoléon de constater ce dont il était convaincu : le grand plateau au centre du champ de bataille se vidait de ses troupes.

Et alors, à neuf heures, l'empereur qui a ses maréchaux autour de lui, dit à Soult : "combien de temps pour prendre le plateau ?"

Soult répond "un quart d'heure, Sire".

L'empereur lui répond alors "rejoignez vos divisions, mais attendez encore une demi-heure, et attaquez".

Etrange, Napoléon est en train de gérer cette bataille avec une montre en main et comme s'il savait ce qui se passe, et à cinq kilomètres au sud, et à quatre kilométres au nord. Il n'en est rien, mais il fait confiance à ses meilleurs maréchaux.

Au sud, avec des lambeaux d'unités épuisées par une marche forcée démentielle, Davout est en train de bloquer net la belle offensive imaginée par l'état-major austro-russe.

Au nord, Lannes et Murat ne vont pas tarder à rentrer en contact avec Bagration et les divisions de cavalerie du général Ouvarov et du prince autrichien Jean de Liechtenstein. Ce choc terrible sera une bataille à l'intérieur de la grande bataille.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:52 
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Vers 10h30 du matin, et alors qu'au sud les combats s'intensifient, tout à coup, au centre du champ de bataille, un mouvement se crée.

L'ordre, inusité dans toutes les guerres de l'empire, a été de laisser au centre des unités leurs musiques régimentaires. Selon une tradition des régiments de l'ancien régime, les musiciens ne participent pas au combat : ils deviennent brancardiers et pourvoyeurs de cartouches.

Ce jour là, pour le 4ème corps du Maréchal Soult et le Ier corps du Maréchal Bernadotte qui suit en soutien, les musiciens restent dans les bataillons et se mettent à jouer.

Ils jouent, accompagnés des tambours de compagnies "la victoire en chantant". Certaines unités vont partir à la grande charge sur "Veillons au salut de l'empire". D'autres démarreront même sur "la Marseillaise" alors qu'elle est un peu ... passée de mode !

Toujours est-il que, d'un coup, près de 40 000 hommes démarrent un gigantesque mouvement d'attaque, et en musique.

Soult part plein centre, pour crever le front coalisé. Ses deux premières divisions se séparent très rapidement, l'une fonçant sur la charnière entre le centre russe et les colonnes d'attaque vers les étangs, et l'autre se concentrant sur le plateau proprement dit et le village de Pratzen.

La troisième division a été au dernier moment dérivée vers le sud pour soutenir Davout, et derrière arrivent les trois divisions du premier corps et la Garde avec son infanterie, sa cavalerie, et surtout son artillerie qui progresse rapidement pour venir épauler les artilleries des deux corps.

Le plateau devrait être vide de troupes.

Il en est rempli, parce que les retards cumulés et les erreurs de commandement austro-russes ont fait que plus de vingt mille hommes sont encore là. Sauf que leurs bataillons sont mal positionnés ...

Napoléon pensait faire charger ses divisions dans un vide, les régiments français foncent dans le plein.

Les premiers chocs sont terribles, mais limités : les unités russes prises de flanc par l'avance française se repositionnent rapidement et se battent bien.

Mais les français arrivent de partout, sont beaucoup plus nombreux à cet endroit du champ de bataille que leurs ennemis, et le front coalisé se met à craquer.

La particularité de la manoeuvre de bataille dite "napoléonienne" est d'être en sur-nombre à l'endroit essentiel du champ de bataille.

Ce calcul se vérifie ici de manière mathématique; cependant qu'à Telnitz, les austro-russes ne parviennent pas à passer les lignes françaises à un contre dix-sept, ce qui n'est pas glorieux en soi, sur le Pratzen, à certains endroits, les français arrivent en avalanche à cinquante contre un.

Nous sommes ici au coeur de la manoeuvre de bataille napoléonienne. On pense souvent que, tels des héros, les français gagnèrent leurs batailles en infériorité numérique. C'est exact. Mais c'est oublier qu'aux endroits de rupture, les divisions napoléoniennes étaient toujours concentrées de manière à être, à l'endroit précis du champ de bataille qui allait permettre la rupture, en très grande supériorité numérique. Et c'est ce ce qui va se passer sur le plateau.

Les divisionnaires de Soult, les généraux Vandamme et Saint-Hilaire, ne s'attendaient pas à une telle résistance. Ils ne s'attendaient pas non plus à ce que, derrière cette première résistance, il n'y ait rien.

Et d'un seul coup, les brigades d'infanterie française crèvent le front central des alliés, et se répandent vers le sud du champ de bataille, à la rescousse de Davout.

Pendant que les divisions de Soult, qui ont percé et trouvent le vide, déclenchent un mouvement rabattant vers le sud, Bernadotte et son premier corps prennent la suite sur le plateau; la Garde arrive avec l'empereur : ils ne seront pas venus pour rien car, dans le même temps, la Garde impériale russe monte en ligne en catastrophe pour combler la brèche.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 0:59 
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Offrons nous un instant un intermède musical.

Les musiques régimentaires, "au centre des bataillons", jouent donc dans les régiments des 4ème corps de Soult et du 1er de Bernadotte.

Accompagnés des tambours de compagnies qui battent la marche, ils ont donc joué, pour la seule fois dans l'histoire militaire française, ces marches qui n'étaient absolument pas conçues pour être interprétées sur un champ de bataille :

https://www.youtube.com/watch?v=cgqdq2s ... dio=1#t=24

https://www.youtube.com/watch?v=89leVzXlCP4

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 1:00 
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Pendant ce temps a lieu, au nord, une véritable bataille autonome de la grande explication en cours.

En effet, vers 09h00 du matin, le Maréchal Lannes a donné l'ordre à ses propres divisions de prononcer un mouvement en avant.

Lannes n'est pas seul : comme la réserve générale de cavalerie ne pouvait pas être utile vers le plateau de Pratzen, elle est regroupée par Murat qui la dirige : c'est une masse de cavalerie impressionnante : les 12 régiments de cuirassiers, les deux de carabiniers, et 12 régiments de dragons, rien de moins, suivent de près le cinquième corps.

Murat, en sa qualité de beau-frère de l'empereur, commande le tout, réserve générale et le 5ème corps de Lannes, et va superbement se planter.

Auprès des 14 000 fantassins de Lannes, ce sont près de 8 000 cavaliers parmi les plus beaux d'Europe qui accompagnent.

En face, le Prince Bagration à la tête de 12 000 hommes est renforcé de 6 000 cavaliers de ligne russe et du Prince Jean de Liechtenstein à la tête de 3 000 cavaliers autrichiens : l'affaire s'annonce chaude.

A 09h45 les premier coups de départ de l'artillerie française donnent le coup d'envoi.

Bagration déploie ses brigades face aux français : les russes subissent des pertes dues à l'artillerie du cinquième corps impérial, et les brigades françaises se déploient et s'avancent.

Derrière elles, les régiments de cavalerie se déploient aussi ...

Bagration et le général Ouvarov décident alors de laisser la cavalerie austro-russe créer la décision : soixante escadrons déferlent alors entre les intervalles des régiments, se reforment et partent en avant.

L'idée n'est pas mauvaise en soi. Sauf qu'en face Murat voit se faire la manoeuvre de charge ennemie. Il est le premier cavalier de l'empire, et va le prouver : il enlève littéralement au grand galop pas moins de deux divisions, et les plus lourdes : les généraux Nansouty et d'Hautpoul engagent leurs deux divisions, composées des douze régiments de cuirassiers et des deux régiments de carabiniers.

La cavalerie austro-russe est traversée par la contre-charge française.

La cavalerie du général Ouvarov perd ses marques, les escadrons se défont; les unités autrichiennes résistent mieux mais toute la cavalerie qui devait soutenir le général Bagration est démantelée et se replie dans toutes les directions.

Supérieurement commandée, la cavalerie lourde française ne vient pas au contact de l'infanterie russe : elle se replie vers ses propres régiments d'infanterie : pour Lannes et ses divisionnaires, c'est du billard.

Et le cinquième corps prononce un mouvement général de progression, soutenu par les "lourds" qui continuent à tournoyer autour des bataillons.

Le prince Bagration, qui ne reçoit aucune information du centre de son armée, décide alors un repli général par échelon en mettant à contribution son artillerie pour calmer l'ardeur des français que plus rien ne semble arrêter.

Il va ainsi sauver plus de vingt mille combattants, accessoirement son souverain qu'il recueillera dans la soirée, et faire qu'Austerlitz, sur le long terme, aura été un échec pour le premier empire.

Voyant le recul des unités russes, Lannes demande, exige, supplie Murat de donner l'ordre général, soit de pourchasser les russes, soit d'opérer un mouvement général vers la droite pour renforcer l'empereur. Murat, frigorifié par les coups de cravache qu'il a pris pendant la campagne de la part de son impérial beau-frère suite à ses bévues, n'ose pas sortir des ordres précis qu'il avait reçu ...

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 1:02 
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Au sud du champ de bataille c'est terrible.

Autour des villages de Telnitz et Sokolnitz, plus de 40 000 austro-russes sont concentrés dans des attaques mal coordonnées mais de plus en plus meurtrières.

Pour le Maréchal Davout, la situation devient vraiment grave.

Elle devient tellement grave que certains officiers pensent la bataille perdue. Ils n'ont aucune visibilité, aucune information d'éventuels renforts.

Mais ils tiennent, et leurs hommes avec eux. Fantassins des régiments de ligne, dragons et chasseurs à cheval résistent de toutes leurs forces.

La troisième division de Soult a été envoyée depuis le centre impérial par Napoléon, quand même inquiet de la disproportion des forces, mais personne autour de Davout n'est au courant que ces 5 000 hommes sont en train d'intervenir dans les intervalles entre les étangs et le plateau.

D'ailleurs, cette division ne parvient pas à faire le contact avec le 3ème corps : le matelas des colonnes d'attaque austro-russe est trop épais.

Mais ces colonnes sont en train littéralement de s'entasser, et les régiments et leurs bataillons atteignent un point de confusion dans leurs lignes arrière, car devant ça ne passe toujours pas.

Le 3ème corps est en train de se faire tuer sur place et bloque totalement, avec ses régiments réduits, les villages de Telnitz et Sokolnitz.

Les combats ont démarré au petit jour, il est midi passé, quand tout à coup les arrières de colonnes russes entendent, puis commencent à recevoir en plein le feu d'une artillerie qui n'est pas la leur.

Les premières unités de Soult sont en train de virer à toute vitesse vers la droite, et descendent le plateau à la poursuite des colonnes d'attaque.

Le centre austro-russe est brisé. La situation est d'une extrême gravité : plus de communication entre les colonnes d'attaque et Bagration.

Il est plus que temps de faire monter en ligne la Garde Impériale Russe pour combler la brèche.

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Message Publié : 30 Jan 2019 1:16 
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S'avancent alors des unités à faire pâlir même les bonnets à poils de la Garde de Napoléon.

En premier échelon se déploient les régiments d'infanterie d'élite Semenovskoïe et Preobrajenskoïe.

https://www.youtube.com/watch?v=7FY1NV1pBL0

https://www.youtube.com/watch?v=vMmbmWeMkzk

(la marche du régiment Semenovskoïe n'est pas d'époque, en revanche celle du régiment des grenadiers Preobrajenskoïe l'est, elle avait été composée en 1796 peur leur commandant, le lieutenant-général Rymski-Khorsakov dont le petit-fils est plus connu que lui par ses compositions; la marche régimentaire des grenadiers Préobrajenski était également un chant de marche entonné par les troupes russes jusqu'en 1914 : https://www.youtube.com/watch?v=5wGMJmAa8i0 dont le texte commence par "nous avons combattu les turcs et les suédois")

Ils sont accompagnés des Chevaliers-Gardes, l'élite de l'élite de la cavalerie russe, un régiment dont la puissance est celle d'une brigade de cavalerie normale.

Ce superbe ensemble se déploie au milieu du plateau et arrive directement sur la deuxième ligne d'attaque française : le Ier corps de Bernadotte et la Garde qui suit à toute vitesse, particulièrement sa cavalerie.

Dans la plaine de Turan, le mélange des unités est en train lentement de se défaire, et Bagration, sans ordres ni informations, commence de son côté un repli par échelons.

La garde impériale russe va venir taper en plein sur des régiments de ligne français qui font la guerre depuis plus de dix ans.

La superbe infanterie des régiments Semenovskoïe et Préobrajenskoïe refoule les premiers bataillons en bleu, mais subit des pertes de plus en plus lourdes quand l'artillerie de la Garde de Napoléon, arrivée en renfort, se met de la partie - cependant que ses batteries d'artillerie à cheval prononcent rapidement un mouvement vers Soult pour venir renforcer l'attaque sur les colonnes.

L'artillerie à pied de la garde décime les régiments du Tsar; ils se replient dans un ordre parfait qui impressionne les divisionnaires français.

Alors chargent les Chevaliers-Gardes, commandés par le Prince Repnine.

Napoléon vient d'arriver sur le plateau, Bessières est à ses côtés. Le maréchal Bessières est à la tête de la cavalerie de la Garde.

Et ils voient les Chevaliers-Gardes démolir en un rien de temps le 5ème de ligne qui, malgré sa conversion en carré, se fait littéralement galoper dessus. L'aigle du premier bataillon est perdu dans le choc.

Bessières lance alors la cavalerie de la garde impériale mais, trop prudent, commet l'erreur de l'envoyer par petits bouts.

Les chasseurs à cheval commandés par le colonel Morland sont d'abord mis à contribution. Morland est tué et les chasseurs à cheval sont refoulés par les russes.

Deux de ses chasseurs ramènent vers la ligne française leur colonel, mort sur son cheval sans avoir lâché les étriers.

Alors Bessières, qui comprend que ces types sont hors du commun, met la gomme : les grenadiers à cheval, renforcés de l'escadron des mameloucks, chargent.

Sous cette charge et les retours des escadrons des chasseurs à cheval de la garde, les Chevaliers-Gardes se désintègrent. Leur magnifique régiment est détruit; les français feront 17 prisonniers, dont le colonel-Prince Repnine.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 1:33 
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Dans la zone des étangs, autour de Telnitz et Sokonitz, c'est le chaos.

Les régiments de Davout tiennent toujours.

Et sur les arrières des austro-russes, les brigades de Soult prononcent un mouvement en tenaille, accompagnées d'une puissante artillerie qui prend rapidement ses positions sur les lignes de crête et canonne ces unités.

La colonne du général français Langeron, émigré au service de la Russie, se désintègre. Celle du général Przybyszewski (prononcez Pribichevski) est prise en tenaille entre les défenseurs de Davout et les attaquants de Soult : elle est détruite sur place.

Le général Dokhtourov parvient à sauver la moitié de ses troupes en donnant l'ordre, en catastrophe, de passer sur les étangs gelés.

Le général Buxhoevden, qui commandait l'ensemble, est éperdu. On dit qu'il avait bu ... Langeron, cruel, écrira dans ses mémoires qu'il avait tenté de mettre en garde son lieutenant-général.

Le dialogue, peut-être controuvé, mérite pourtant d'être repris ici, car il donne une idée de l'affolement vers 15h00, près des étangs :

"Général, il faut absolument nous replier, les français nous prennent sur nos arrières."

"Général, vous voyez des ennemis partout ..."

"Et vous, Général, vous n'êtes plus dans l'état d'en voir nulle part !!"

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 1:34 
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Pendant que Bagration sauve ses troupes à la fureur de Lannes qui traite Murat de con à tous les étages, le front sud austro-russe est en pleine destruction.

Le centre allié, formé essentiellement de la garde impériale russe, est en pleine retraite, battu.

Napoléon concentre tout son effort sur la partie sud du champ de bataille : la victoire est là, et il faut aussi absolument venir au secours de Davout.

Ce sont donc plusieurs divisions, les trois de Soult, une de Bernadotte et la Garde, qui pivotent à toute vitesse et, ayant crevé le front des coalisés, se redéploient pour anéantir ni plus ni moins les colonnes d'assaut parties ce matin vaincre les français.

C'est l'écrasement pour ces colonnes. Nous venons d'évoquer le sort des colonnes de Langeron et Przybyszewski : il faut se donner une idée de ce qu'il se passe alors pour tous ces régiments.

Les unités perdent tout contrôle, ne recoivent plus d'ordre coordonné. Des feux d'artillerie se mettent à les décimer par leurs arrières. Devant, ça ne passe pas et derrière, petit à petit, ce sont des uniformes bleus qui, par milliers, se déversent le long des contrepentes.

L'ensemble bloque, les ordres ne passent pas, les bataillons se mélangent, les tirs se rapprochent et d'un coup, c'est tout l'ensemble qui échappe à ses officiers : les cinq colonnes qui devaient anéantir l'armée de Napoléon se désintègrent les unes sur les autres.

La manoeuvre de bataille de Napoléon fait l'effet d'un casse-noisette, et plus de 40 000 combattants sont broyés. Moins de la moitié en sortiront vivants ...

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 1:35 
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Il me faut ici détruire une grande légende d'Austerlitz : celle des étangs gelés.

Le général Dokhtourov a vu sa colonne coincée, incapable de se déployer normalement, quand les français attaquent par son flanc arrière droit.

Derrière les positions de ses régiments, la seule voie de retraite possible est constituée des fameux étangs. Il donne alors l'ordre de passer dessus.

Le fameux bulletin de la Grande Armée va créer la légende des étangs, sous la dictée très romantique de Napoléon. Il décrira en effet le spectacle apocalyptique de plusieurs dizaines de milliers d'hommes engloutis dans les étangs au cours d'une retraite épouvantable.

La légende sera tellement tenace que l'on en viendra même à mettre en cause l'artillerie impériale qui, sous les ordres direct de l'empereur, aurait tiré à boulets rouges pour faire sauter la glace sous les pas des malheureux fantassins.

Rien n'est plus faux.

D'abord, pour que l'artillerie de campagne tire à boulets rouges, il lui aurait fallu le temps de mettre en place les feux permettant de passer au rouge leurs boulets : ils avaient un peu autre chose à faire ...

Ensuite, en réalité, le repli des unités de Dokhtourov va se passer dans d'excellentes conditions pour eux. S'il est vrai que, sous le poids de toutes ses troupes, la glace va céder, il s'avère que ces étangs sont de grosses mares. Au pire, les fusiliers sont dans l'eau glacée jusqu'à la taille, et les troupiers se mettent à s'entraider en faisant la chaine.

A l'arrivée, rapports militaires français du lendemain à la clé, ce sont moins de deux cent morts qui seront retrouvés dans ces légendaires étangs (aujourd'hui disparus).

Napoléon, pour frapper l'opinion, fera écrire sans sourciller "vingt mille" : si ça c'est pas de la propagande !

Nous sommes le 2 décembre, en Moravie : la nuit tombe tôt.

Vers 17h00 il commence à faire nuit, et la bataille s'arrête, entre autres faute de combattants.

Dans ce paysage enneigé qui s'étend sur près de dix kilomètres de long et sept de large, la troisième coalition vient de sombrer.

Les français ont perdu environ 1 600 morts et 6 000 blessés, pertes incroyablement légères quand on pense à la violence des combats : l'exceptionnelle qualité manoeuvrière des régiments surentraînés à Boulogne a fait la différence.

Les alliés ont perdu près de 30 000 hommes entre les morts, les blessés, les prisonniers et les disparus. Des 300 canons que l'armée austro-russe possédait le matin du 2 décembre, 180 sont tombés aux mains des français. On peut toujours les voir : leur bronze a servi à fondre les plaques de la colonne Vendôme.

L'armée russe, ou plutôt ce qu'il en reste, se replie rapidement vers la Pologne, abandonnant les autrichiens à leur sort peu enviable.

L'armée napoléonienne et son empereur viennent de remporter la plus grande victoire française depuis Bouvines en 1214.

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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 7:33 
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Grégoire de Tours
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Bravo et merci.
Donc Austerlitz, un échec sur le long terme! J'apprends les noms de Mortier et Gazan, et Murat passe pour un fieffé bougre de c... quand même!
Merci aussi pour avoir inclus la musique.
Quelques cartes des lieux et des mouvements dynamiques successifs sont nécessaires à ma compréhension, je les cherche ailleurs. S'il y a une vidéo de ces mouvements, avec les heures, je la cherche (la faux de Weirother, le mouvement oblique de Napoléon...). A défaut, j'ai trouvé ceci (à partir de 26:35)
https://www.youtube.com/watch?v=uWjKahSKCDk
à 30:10, on voit le mouvement de Buxhowden sur Davout (était-il vraiment ivre?)


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 7:55 
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Pierre de L'Estoile
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Merci pour ce récit et ses petits intermèdes musiquaux.

En cherchant un peu sur youtube, je suis tombé sur ceci qui me parait assez intéressant car on y donne quelques explications sur plusieurs morceaux de fifres et tambours.

Le dernier morceau étant "La Batterie D'Austerlitz" composée après la bataille (à 7minutes30 pour les plus pressés)

--> https://www.youtube.com/watch?v=gdNBQQ54xmY

Bonne écoute.

_________________
Hugues de Hador.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 10:08 
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Grégoire de Tours
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Ici la vidéo qui relate les 6 heures de bataille, avec carte:
https://www.youtube.com/watch?time_continue=32&v=ull8OEY9f-s
On voit comment Soult reprend le plateau du Pratzen, le coeur de la bataille, permettant de tenir les positions hautes.


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 13:27 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours
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Lettre de Napoléon à Joséphine, 3 décembre 1805, dans les frimas de frimaire:

J'ai battu l'armée russe et autrichienne commandée par les deux empereurs. Je me suis un peu fatigué, j'ai bivouaqué huit jours en plein air par des nuits assez fraîches. Je couche ce soir dans le château du prince Kaunitz, où je vais dormir deux ou trois heures. L'armée russe est non seulement battue, mais détruite.
Je t'embrasse.
Napoléon


J'aime bien le "je me suis un peu fatigué" :mrgreen:


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 Sujet du message : Re: Austerlitz
Message Publié : 30 Jan 2019 13:51 
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Un splendide récit ! Vraiment La Saussaye, on se régale à vous lire !

Tout le plan de Napoléon repose sur le fait que les coalisés vont l'attaquer sur sa droite. Il a tout fait pour ça : il veut donner l'impression qu'il craint l'affrontement. (l'attaquer sur sa droite, c'est aussi couper sa voie de retraite vers Vienne, donc un encerclement parfait) Ainsi il a reculé, comme l'indique La Saussaye, et leur a abandonné le plateau de Pratzen. Il a concentré le gros de ses troupes, au centre, de façon très resserrée, pour donner l'impression qu'elles sont moins nombreuses. Sa droite est très éloignée du reste (il faut regarder la carte, mais je crois que c'est plus de 2 km) et peu visible, la veille, à part quelques soldats dans les villages... Et pour cause, elle n'arrivera que pendant la nuit, les soldats épuisés s'écroulant dans la neige pour dormir. (C'était quand même tangent ! A force de combattre avec les jambes de ses soldats !)

Il va jusqu'à demander à Savary de prendre contact avec les Russes pour demander une suspension d'arme, et il discute donc avec un émissaire du Tsar... discussion où il manque tout gâcher parce qu'il ne parvient pas a garder l'air inquiet. il faut dire que l'autre va jusqu'à lui demander... la rive gauche du Rhin. Napoléon éclate :"Vous osez me demander la rive gauche du Rhin ? Mais seriez-vous sur les hauteurs de Montmartre que vous le l'obtiendriez pas !" Il dira en revenant :"j'ai eu affaire à un vrai trompette de l'Angleterre !"
Cette colère sera sans effet : l'officier d'état-major revient dire à Alexandre qu'il a trouvé Napoléon "très craintif" ! (???) Dans l'entourage d'Alexandre, c'est une sorte de cour, des jeunes nobles dont il aiment s'entourer, et qui tous lui assurent que "le Corse" est un pleutre, que la victoire est acquise...

Toutes ces raisons font que Weihroter ne garde pas même une division au centre, sur le Pratzen, à titre de sécurité. L'apparition des Français au centre sera une surprise totale dans le camp adverse.

Napoléon a pu constater la veille, les premiers mouvements de troupes sur le Pratzen, qui vont s'installer plus vers sa droite, pour être à pied d'oeuvre pour descendre au matin vers les étangs. (on ne fait pas plus transparent !)
"C'est un mouvement honteux ! Ils se livrent ! Avant demain soir cette armée sera à moi !"

Le centre enfoncé, il n'y a rien derrière la garde russe... que les deux empereurs et leur entourage, qui évacuent en catastrophe. (Si Murat avait osé, ou s'il avait reçu des instructions - ça c'est d'abord une faute de Napoléon, trop concentré sur sa manoeuvre au centre, d'autant qu'il a eu le temps, dans cette campagne, de mesurer les limites de Murat - celui-ci aurait pu tenter de prendre les deux empereurs, ce qui eut été une première assez amusante.)

_________________
Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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