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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 1:22 
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Jean Froissart
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Mais Bennigsen est prudent, et les russes se dérobent.

Marches et contre-marches, escarmouches sans suite se succèdent. L'armée française s'enfonce dans la boue polonaise et la famine; le ravitaillement en munitions peine à suivre.

Pour les russes, c'est dur aussi, mais eux connaissent ce genre de climat et leurs régiments résistent mieux.

Les français souffrent de plus en plus, mais restent la "grande armée" : à presque chaque rencontre, les russes plient, pendant tout le mois de décembre.

Fin décembre, on croît enfin tenir les russes. A Heilsberg, la cavalerie de Murat charge, les cuirassiers en première ligne. Les russes plient, se replient. Le terrain reste aux français, mais on n'a pris que le terrain en question, impossible d'attraper le corps de bataille ennemi. Moyennant quoi, Napoléon, enchanté de la bonne tenue de ses "lourds", embrasse le général d'Hautpoul devant le front de sa division.

D'Hautpoul, ému, dit alors à l'empereur "Sire, pour mériter cet honneur il faut que je me fasse tuer pour vous !" Il n'a pas tort, son destin est en marche. Puis il se retourne vers ses gros talons et hurle "cuirassiers, l'empereur est content de vous et m'embrasse pour vous le prouver, et moi, je vous embrasse à tous le c..." Hurlements de rire dans les escadrons. Pour eux aussi la suite sera moins drôle.

Début février 1807, la neige recouvre tout; plus de boue, on va plus vite et, le 7 février au soir, les avant-gardes françaises repèrent enfin le corps de bataille russe, qui s'est arrêté et semble prêt pour l'affrontement.

Bennigsen a décidé d'en finir, et il a formé toute son armée dans un impressionnant dispositif en défense autour du village de Preussisch-Eylau, que nous connaissons mieux sous le nom d'Eylau ...

L'armée russe est positionnée en trois lignes de front confortées en trapèze par des troupes qui viennent en soutien de part et d'autre des ailes.

Le tout est disposé sur les pentes de la colline d'Eylau, dont les russes tiennent le sommet.

Le 8 février 1807 au matin, Napoléon lance ses divisions à l'attaque. Il attend des nouvelles de Ney, qui est quelque part vers sa gauche, toujours à la poursuite d'un Lestocq insaisissable.

C'est le septième corps d'Augereau qui doit attaquer d'abord. Il est le moins diminué des corps français.

Ses deux divisions s'avancent sous la neige qui tombe quand d'un coup c'est une tempête de neige, avec le vent de face pour les français. Ils ne voient plus ni leurs positions respectives ni celles des russes.

Et les deux divisions du septième corps se mettent à dériver, à se séparer l'une de l'autre sans même s'en rendre compte.

Ceux qui s'en rendent compte, ce sont les russes qui, le vent dans le dos, observent avec le plus grand intérêt l'attaque française se fragmenter en deux éléments.

La cavalerie russe charge alors dans les intervalles de son infanterie. En dix minutes, le septième corps perd la moitié de son effectif, près de 5 000 hommes. Le 14ème régiment de ligne, en tête de colonne et complètement isolé, arrive personne ne sait comment à Eylau, et les restes de ses bataillons prennent position autour du cimetière.

Les grenadiers russes de la réserve les chargent alors.

Le 14ème meurt dans le cimetière d'Eylau.

Le centre français est crevé. Les première et deuxième ligne russes commencent à descendre la pente.

Pour combler la brèche béante, Napoléon fait se déployer l'infanterie de la garde, mais ils ne sont que quatre régiments. Il appelle aussi Murat et lui lance, éperdu : "nous laisseras-tu dévorer par ces gens-là ?"

Murat a compris, il va prendre la tête de l'une des plus grandes charges de cavalerie de l'empire.

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


Dernière édition par La Saussaye le 02 Fév 2019 1:33, édité 1 fois.

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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 1:23 
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Pendant que ça commence à sentir la fumée à Eylau, Ney et son sixième corps, à quelques kilomètres de distance à l'ouest, sont en pleine chasse aux prussiens.

Ils ignorent que Lestocq est en train, au plus vite, de rejoindre Bennigsen.

En quelque sorte, Ney est dans la situation de Grouchy poursuivant une armée prussienne qui se dérobe cependant qu'à Waterloo a lieu la grande explication.

Mais le destin et le hasard s'en mêlent, par l'intermédiaire d'un carabinier de l'infanterie légère.

Le troufion est monté sur un talus quand, au milieu de ses colonnes en marche, Ney arrive avec son état-major. Et le carabinier lui dit alors : "venez voir, Monsieur le Maréchal, ça brûle là-bas !"

Ney grimpe le talus, et voit à l'est, sous la neige, les éclairs intermittents de nombreux coups de canon. L'ancien n'a pas besoin qu'on lui explique : la bataille est là ou sont les tirs.

Il fait immédiatement pivoter ses trois divisions et sa cavalerie vers l'est, en abandonnant la poursuite de Lestocq.

En pleine neige, à travers les champs et par des chemins minables, tout le sixième corps se jette alors vers Eylau.

Lestocq, dans le même temps, opère la même manoeuvre, mais de manière beaucoup plus excentrique, il arrivera trop tard.

Ney, lui, va sauver la grande armée.

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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 1:36 
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Sur le champ de bataille, la situation est compliquée.

Les corps d'infanterie française tiennent solidement les ailes. Le centre a disparu avec la destruction sur place du septième corps. Augereau lui-même, blessé, est évacué par ses aides de camp.

Les brigades de cavalerie étaient en deuxième ligne, ce qui va faciliter leur concentration.

Les russes, qui ne croient pas à leur chance, ont du mal à exploiter la défaite du centre français, parce que leurs lignes, très resserrées, ont été positionnées en défense, et que leurs réserves sont précisément sur leurs ailes, en arc-boutants.

"Nous laisseras-tu dévorer par ces gens là ?"

En quelques dizaines de minutes, Murat regroupe au centre, en deuxième ligne, l'essentiel des régiments de cavalerie présents.

Il les ramasse alors en une masse de plus de 80 escadrons, et va en faire une énorme colonne infernale.

Ils sont tous là. La cavalerie de la garde, accompagnant son infanterie, est devant, avec en tête les grenadiers à cheval du Colonel-Général Lepic qui, voyant les ploiements des bonnets à poil de ses grenadiers qui rentrent la tête au passage des tirs d'artillerie russe, a hurlé, ce gascon : "Jarnidiou, relevez la tête : la mitraille, c'est pas de la m... !!"

Derrière lui les chasseurs à cheval de la garde, puis les deux divisions de cuirassiers et leurs frères carabiniers à cheval, deux régiments qui portent l'habit bleu sans cuirasse et le bonnet à poil (ils ne seront équipés de cuirasses et de casques à la grecque qu'en 1812)

Les hussards et chasseurs à cheval des septième et quatrième corps sont après, puis les dragons de la réserve générale regroupés en deux divisions complètes.

Et Murat lance son monde, au petit puis grand trop, vers les lignes russes.

La charge d'Eylau va alors très rapidement se développer en deux axes (et non en un énorme serpent de cavaliers immortalisé par les tableaux).

Lepic et la cavalerie de la garde partent plein centre vers l'infanterie russe suivis par les dragons, pendant que les lourds suivis des hussards et chasseurs à cheval se déportent vers la gauche pour saturer le front de bataille.

Dans le même temps, les grenadiers et chasseurs à pied de la Garde montent en ligne en plein centre; ils refoulent à la baïonnette et sans même s'arrêter deux brigades russes qui venaient de descendre la pente pour commencer - enfin - à exploiter la trouée du centre français. Mais c'est trop tard. Pour la première fois depuis Marengo les grenadiers de la Garde avancent au combat, et ils méritent leur solde supérieure en abordant les russes comme une masse.

D'Hautpoul est tué à la tête de ses cuirassiers, dont le premier régiment, en tête de charge, vient se planter comme une flèche dans la deuxième ligne russe : ce sera l'argument dramatique du "colonel Chabert" de Balzac.

Pour le plaisir je vous propose ici un intermède, un extrait du film "le colonel Chabert" d'Yves Angélo :

https://www.youtube.com/watch?v=iFKDnjjbB7o

La scène ici filmée de la charge du premier cuirassier à Eylau mérite un regard et une écoute : si la charge elle-même est épique mais totalement fausse, l'étendard du 1er régiment, apparemment totalement décalé, est véridique (plusieurs régiments encore en 1807 avaient des étendards pour la cavalerie ou des drapeaux pour l'infanterie de type consulaire) mais surtout l'Andantino de Schubert donne à cette charge de cavalerie une puissance dramatique particulière !

Mais revenons aux combats en cours :
Lepic traverse deux lignes d'infanterie russe avec ses grenadiers à cheval. Quand il arrive, son cheval épuisé, devant la troisième ligne, un officier russe se détache et lui crie : "arrêtez cette folie, rendez-vous !"

Lepic se retourne, de ses trois cents cavaliers une vingtaine sont encore autour de lui.

Il se donne le temps de lancer une injure bien sentie au russe, puis rebrousse chemin avec ses hommes, il va en ramener sept dans les lignes françaises : les grenadiers à cheval de la garde ont bien mérité de l'empire.

Au mileu de ce chari-vari de régiments de cavalerie qui viennent frapper les russes sur tout leur centre, tout à coup des tirs se font entendre à l'extrême-gauche de la ligne française.

Lestoc qui arrive en renfort de Bennigsen, ou Ney ?

Miracle, c'est Ney qui jette sans ordre, au fur et à mesure de leur arrivée, ses brigades sur le flanc droit des russes.

La droite russe, complètement surprise, souffre, puis s'incurve dangereusement.

Bennigsen n'a pas su exploiter son succès au centre, contrecarré par la cavalerie française. L'arrivée de 15 000 français de plus - de trop - le décide à ordonner un repli général, mais très bien coordonné.

Quand la nuit tombe, c'est à dire vers 16h30 (nous sommes en pologne en janvier) les français restent maître d'un champ de bataille épouvantable, ou 10 000 des meilleurs d'entre eux viennent de mourir.

La correspondance privée de Napoléon à Joséphine fera apparaître que, pour la première fois depuis 1797, l'empereur est fatigué, effrayé d'un massacre qui ne résoud rien.

Pour lui qui s'était finalement habitué aux explications brutales et définitives, cette armée russe qui n'en finit pas de ne pas vouloir mourir est en train de devenir un mystère angoissant.

Et son corps de bataille est exsangue et épuisé.

Il lui faut absolument plusieurs semaines de répit. Or, ce qu'il ignore, c'est que l'armée russe a elle aussi terriblement souffert, et qu'elle a également besoin de se recomposer.

De ce sanglant match nul d'Eylau vont découler plusieurs mois de repos et de renforcement des deux armées.

Ce délai va être fatal à l'armée du général Bennigsen.

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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 1:50 
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De février à juin 1807, les deux armées se refont.

Revenu à Varsovie, Napoléon envoit courrier sur courrier au maréchal Jourdan, qui commande les dépôts de Mayence, pour activer le départ des recrues vers la pologne.

L'empereur connaît la vie; il donne ordre à Jourdan de "charger" les bataillons provisoires de conscrits en partance à 800 hommes, considérant, écrit-il, que "quatre cents arriveront".

Il a raison : les conscrits, par maladie, désertion, épuisement, sont décimés par cette traversée à pied d'une europe pourtant sous contrôle français.

Les arsenaux de Louis XVI sont mis à contribution : plus de quatre cents pièces d'artillerie et leurs équipages provisoires prennent aussi la route pour venir renforcer l'artillerie de l'armée.

Les haras de Normandie et de Picardie, et les allemands, sont "priés" de se dessaisir de leurs chevaux en âge de servir.

Napoléon est en train de reconstituer une armée, de toutes pièces, à 1 000 km de la France.

Pour Bennigsen, ce n'est pas si facile non plus. La chancellerie de Saint Pétersbourg est en pleine crise intérieure. L'hypothèse d'une paix séparée avec la France, en laissant tomber des anglais qui font la guerre avec le sang des russes, fait son chemin.

Moyennant quoi, Bennigsen est renforcé, considérablement. En mai 1807 il dispose à nouveau de 120 000 hommes quand Napoléon en a 90 000.

Enthousiastes mais prudents, les polonais ne se sont pas encore précipités en masse pour renforcer l'armée française.

Ainsi que l'a fait remarqué avec bon sens le Prince Poniatowski, porte parole de la noblesse polonaise, ses compatriotes ne s'engageront que si l'empereur des français leur promet la reconstitution de leur Etat.

Napoléon, qui n'est pas toujours d'une clairvoyance diplomatique sans faille mais sait lire une carte, a rétorqué que, compte tenu des grands partages de 1778 et 1792, la France se mettrait à dos tous les bénéficiaires du découpage s'il faisait une telle promesse. Le grand malentendu franco-polonais commence.

Dans le même temps, Bennigsen doit prendre en compte le facteur politique de la présence de la famille royale prussienne à Königsberg, et donc assurer une protection du nord des opérations, vers la Baltique.

Napoléon, à Varsovie, a au printemps disséminé ses corps d'armée pour deux raisons.

La première est évidemment l'alimentation de toutes ces troupes, qui vivent sur le pays - pauvre au demeurant.

La seconde est qu'ainsi il dispose par ses maréchaux d'une série de "sonnettes d'alarme" déployées en éventail entre Varsovie et la Baltique.

Pour une fois, ce ne sont pas Murat et ses cavaliers qui vont prévenir l'empereur.

En effet, Bennigsen sait aussi lire une carte, et il décide début juin de lancer une offensive brutale sur la gauche française, susceptible de menacer Königsberg. Il attaque les bivouacs de Ney.

Le sixième corps ne se défait pas, ce n'est pas dans ses habitudes. Il rétrograde face à la pression russe pendant que Ney dépêche des estafettes pour prévenir Napoléon que c'est chez lui que ça se passe.

Méfiant, l'empereur laisse Davout et le troisième corps à Varsovie, qu'ils ont rejoint au printemps en venant de Berlin, mais ordonne aussi de concentrer les autres corps d'armée vers Ney.

Le soir du 13 juin 1807, les grenadiers d'Oudinot, détachés auprès du premier corps, sont dans les bois face à la rivière Alle. De l'autre côté, c'est le village de Friedland.

Bernadotte a eu un entretien pénible avec Napoléon après Auerstaedt, ou il n'était pas. Froissé, le futur roi de Suède a rendu son commandement. Le Maréchal Mortier le remplace à la tête du premier corps.

Dans la nuit du 13 au 14 juin, les français voient des milliers de russes passer l'Alle, et venir au contact de manière un peu désordonnée. Si dans ces régions la nuit tombe en hiver vers 16h00, en revanche, en juin, les nuits sont courtes et claires. A deux heures du matin, la luminosité blafarde permet les premiers contacts entre la division des grenadiers réunis et les têtes de colonne du premier corps d'armée russe. On se fusille de près.

Bennigsen, lachant Ney qu'il tenait à la gorge, a appris la présence de cette troupe française au-delà de Friedland. Il est convaincu qu'il est en situation de détruire l'aile gauche de l'armée impériale : il concentre son armée à Friedland.

Mais ce n'est pas une aile isolée qu'il attaque : c'est l'avant-garde de toute l'armée française qui arrive derrière.

Napoléon, en effet, a fait viré à toute vitesse son armée derrière le sixième corps de Ney. Il s'est volontairement éloigné de Varsovie pour se rapprocher de ces fameuses lignes de communication russo-prussiennes vers la Baltique.

Et Ney, qui était l'aile gauche de l'armée trois jours avant, est maintenant à sa droite. Bennigsen n'a rien vu venir.

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Message Publié : 02 Fév 2019 1:55 
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Au petit matin du 14 juin 1807, cela fait déjà cinq heures que, dans une nuit blafarde et une matinée qui s'annonce ensoleillée, les grenadiers et chasseurs d'Oudinot, petit à petit renforcés des divisions du premier corps, empêchent les russes de déboucher de la plaine à l'ouest de l'Alle et de Friedland.

Les français ont derrière eux une forêt, qui leur permet de se déployer en tirailleurs à couvert des arbres, et surtout empêche les russes d'avoir une bonne visibilité de ce qui peut arriver.

Les russes ont jeté une dizaine de ponts sur la rivière, et leurs divisions passent les unes après les autres.

Dokhtourov, qui avait sauvé la moitié de ses troupes à Austerlitz, commande un premier corps d'armée russe géant à quatre divisions, qui se positionne au centre. Il commande plus de 25 000 hommes.

Cependant, les russes, en raison de la rivière, ne peuvent ni déployer leur cavalerie, ni faire passer l'essentiel de leur artillerie, dont l'essentiel prend ses marques sur les collines alentour, sur la rive orientale. Ses tirs sont du coup trop lointains pour vraiment épauler les régiments au combat. Bennigsen commence à prendre conscience que son dispositif n'est pas "normal", mais il est trop tard pour rebrousser chemin.

Pour le centre russe, le point de départ est Friedland, il sera aussi, tout à l'heure, le point de convergence des français.

Vers neuf heures du matin, Napoléon arrive, et il n'est pas seul.

Deux corps d'armée, la Garde et la réserve générale de cavalerie arrivent aussi, pendant que Ney et son sixième corps se rapprochent également, mais eux suivent les rives de l'Alle, à la droite des positions françaises.

Image d'Epinal et réalité ! Quand Napoléon s'approche de Friedland, il lance à un officier "quel jour sommes-nous ?" Surpris, le type répond "le 14 juin, Sire" et l'empereur dit alors " oui, nous sommes le 14 juin et aujourd'hui nous allons faire aux russes ce que nous avons fait aux autrichiens !"

Le 14 juin est la date anniversaire de Marengo ...

Et Napoléon retrouve Mortier, dont le corps d'armée souffre sans lâcher de terrain depuis deux heures du matin.

Mortier lui aurait dit "Sire, des renforts et la victoire est à nous !"

Un indiscret nous a livré la vraie version, il aurait dit en fait "Sire, je leur mettrais bien le cul dans l'eau si j'avais du monde !"

Pas de souci Monsieur le Maréchal, le monde arrive, et de partout.

Alors que l'armée russe pensait prendre l'armée française de flanc, elle vient de taper dans ses têtes de colonne, et Napoléon va apprendre au général Bennigsen la guerre moderne, qui consiste à concentrer sur l'ennemi toutes ses réserves au point essentiel.

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Message Publié : 02 Fév 2019 1:57 
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Inscription : 03 Jan 2008 23:00
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Onze heures du matin.

Les russes piétinent : il y a de plus en plus de français devant, et le premier corps de Dokhtourov n'arrive toujours pas à se déployer. Le deuxième corps russe essaye à son tour de prendre ses marques sur la rive occidentale, mais la concentration des brigades du premier corps l'oblige à déborder de part et d'autre, au détriment de son commandement.

L'artillerie russe, de l'autre côté de la rivière, tire de trop loin, et l'infanterie manque d'appui.

Et Ney attaque, le long de la rivière, en remontant vers Friedland, interposant comme un coin son corps d'armée entre les russes qui bloquent devant le centre français et leurs canons.

Le sixième corps va alors perdre presque tous ses colonels et ses commandants de bataillon : à cheval, donc plus haut que leurs fusiliers, ils sont fauchés par les tirs de mitraille russes qui essayent de taper dans ces colonnes d'attaque remontant à toute vitesse vers les ponts, la seule porte de sortie des premier et deuxième corps russes. Souvenir vécu : "la mitraille passait au-dessus de nos têtes, et faisait un bruit désagréable en frappant nos baïonnettes plantées au bout de nos fusils". Un mètre cinquante trop haut pour frapper les colonnes françaises; un mètre cinquante vers l'éternité pour des dizaines de milliers de soldats du Tsar ...

Au centre, l'infanterie des deux camps se tire à vue.

A la gauche française, seul endroit ou la cavalerie russe qui avait pu traverser pouvait se déployer, le général de division Grouchy, à la tête de ses dragons, se couvre de gloire et de sang en mettant en déroute les cavaliers du Tsar.

Et au centre, pendant que Ney s'approche des ponts ...

Les lignes de fantassins russes tiennent, comme des masses de granit face aux tirs français.

Alors deux généraux d'artillerie, Sorbier qui commande l'artillerie de réserve du premier corps, et Sénarmont, qui commande l'artillerie de la Garde, ont une idée folle.

L'artillerie française ...

Pour bien comprendre ce qui va se passer, il faut visualiser ce qu'est, à l'époque, une unité d'artillerie.

Il y a le canon, bien sûr, mais il n'est pas seul.

Non seulement il est servi par une dizaine d'hommes qui travaillent à la chaîne pour approvisionner-charger-tirer, c'est-à-dire servir la pièce (d'ou le nom de servants que l'on donne aussi aux artilleurs ou canonniers) mais il doit être tracté, et son approvisionnement aussi.

Pour une pièce d'artillerie, on a donc ses servants, son attelage à six chevaux et deux caissons de munitions également à six chevaux avec leurs propres conducteurs.

On peut imaginer le train, c'est le cas de le dire, pour déployer ou déplacer une trentaine de pièces en pleine bataille.

Sorbier et Sénarmont décident alors de lancer devant l'infanterie française leurs artilleries : 36 pièces de la garde et 18 de la réserve du premier corps.

L'ensemble s'ébranle, arrive au trop devant les lignards. Les trains font demi-tour, on décroche les pièces et on les met en position. Pour aller plus vite, les caissons suivent au plus près, ce qui est une dangereuse hérésie (la poudre noire est volatile) mais restent leurs attelages face aux russes.

Les pièces détonnent. Une volée, deux, trois. Les artilleurs de la garde sont des pros, ils sont capables d'approvisionner-charger-tirer une fois toutes les deux minutes : c'est Ford avant l'heure !

Plus fort, les pièces sont alors raccrochées, et l'ensemble s'avance à nouveau d'une centaine de mètres, puis même manoeuvre.

Sorbier et Sénarmont sont en train d'inventer, sur le tas, le "barrage roulant".

Berthier, Major Général, a vu l'affaire se prononcer. Le Maréchal a peu le sens de l'humour; il dépêche l'un de ses aides de camps à Sénarmont. L'officier lui transmet de vive voix "Monsieur le Maréchal Berthier demande si vous n'êtes pas devenu fou ?" et Sénarmont, superbe, répond "Laissez mes garçons, dite à l'Empereur qu'ils savent ce qu'ils font". Napoléon est artilleur de formation, il comprend tout de suite.

Et l'infanterie française, un peu médusée, voit l'artillerie passer à l'offensive toute seule.

Ces canons et leurs artilleurs vont s'approcher jusqu'à 120 mètres des lignes russes, et tirer 2 800 boulets et charges creuses.

Les régiments de Dokhtourov en prennent plein le shako, c'est un massacre dans le premier corps.

Et, pendant ce temps, Ney a coupé les ponts et ses bataillons d'infanterie légère approchent de Friedland. Ils sont derrière l'armée russe.

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Message Publié : 02 Fév 2019 2:05 
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Jean Froissart
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Vers 15h00 aux montres de l'état-major français, les lignes russes commencent à se désintégrer.

Les régiments des premier et deuxième corps prononcent leur repli vers les ponts; mais ces ponts sont pour la plupart pris par le sixième corps de Ney, qui donne l'ordre d'y foutre le feu puisqu'il n'est pas arrivé là, lui, pour passer de l'autre côté, mais bien pour refermer le piège.

Entre 15h00 et 18h00 se produit alors un désastre complet. Par milliers, les soldats russes se replient vers des ponts qui, soit n'existent plus parce que brûlés par les français, soit vers Friedland sous contrôle du 6ème corps.

Et pendant que, devant, les artilleries combinées continuent leur tir en plein centre du champ de bataille, l'infanterie de Ney a inondé les rives de l'Alle aux environs de Friedland.

Au nord, Grouchy et ses dragons, après avoir rejeté la cavalerie russe, prennent également le contrôle des rives de la rivière.

Près de 50 000 russes sont pris dans un entonnoir infernal.

L'habitude russe est étrange, et étrangère aux armées européennes de l'époque. Il faut sauver d'abord les canons, ensuite les hommes.

Et ainsi des milliers de fusiliers et de mousquetaires des régiments de ligne du Tsar vont mourir pour donner le temps à leur artillerie, positionnée de l'autre côté de la rivière, de se replier.

La nuit tombe sur un champ de mort effrayant.

Quand le lendemain dans la journée, les officiers d'état-major du général Bacler d'Albe visitent le champ de bataille, ils vont repérer les brigades et jusqu'aux divisions russes par des "lignes de morts dans leurs positions de combat".

Les français, qui connaissent ce que se battre veut dire, restent stupéfaits devant ces alignements de morts, soldats qui n'ont pas bougé d'un mètre pendant que les artilleries de Sorbier et Sénarmont les massacraient.

Mais qui sont ces russes ?

L'armée impériale les rencontrera à nouveau en 1812 ...

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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 14:00 
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Est-il exact que Napoléon ait dit plus tard à Metternich :
"Vous avez eu tort de ne pas m'attaquer, l'hiver dernier. J'étais dans un fier embarras !" ??

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Si l'avenir est multiple, le passé est unique. Malgré cela, la réalité historique est parfois difficile à découvrir.


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 02 Fév 2019 15:56 
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Eginhard
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Résumé toujours aussi épique La Saussaye!

Petit détail: C'est Lestoc qui arrive le premier à Eylau et s'attaque à Davout (qui là encore gère la situation de main de maître) Ney arrive plus tard, vers 19 h. Non?


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 03 Fév 2019 2:40 
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Jean Mabillon
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La Saussaye a écrit :
La Prusse avait été la puissance militaire majeure de la seconde partie du XVIIIème siècle.

Sous l'impulsion de Frédéric II, "le Grand", l'armée prussienne avait atteint un niveau d'excellence qu'aucune autre armée européenne n'était en situation de contrecarrer.

Seules la relative modestie de ses effectifs, et une vision politique souvent très claire du roi, avaient alors empêché les prussiens d'envisager immédiatement de prendre le contrôle du Saint Empire Romain Germanique, et de chasser définitivement l'influence autrichienne de toute l'allemagne. Frédéric II y pensait, pourtant; ce fut même, d'une certaine manière, la "grande pensée" de son règne.

Il appartiendrait, cent ans plus tard, au chancelier Bismarck de réaliser cette pensée.

99 - elle avait en fait déjà cessé tout effort militaire véritable depuis déjà quatre ans.

En 1805, le roi Frédéric Guillaume III entend bien rester neutre face aux évènements qui secouent l'équilibre international, et ce malgré les pressions du Tsar Alexandre Ier ... et de sa propre épouse, la Reine Louise, qui est d'une francophobie maladive.


Diplomatie armée maladroite, qui a amené le roi à mobiliser son armée, non contre la France, mais contre le péril russe.
..


Belle introduction qui pose au moins trois questions néanmoins.

Frédéric le Grand voulait il chasser l'Autriche d'Allemagne ou plus simplement échapper à la tutelle de l'empereur et créer sa propre zone d'influence en Allemagne du Nord ?

La Reine Louise était elle francophobe ou simplement hostile à la Révolution dont Napoleon était l'héritier ?

Diplomatie maladroite ou plutôt incapacité de Frédéric-Guillaume III à arbitrer entre le clan francophile/pacifiste et le clan belliciste ?


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 03 Fév 2019 14:53 
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Hérodote
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Merci pour cette présentation !

La Saussaye a écrit :
L'habitude russe est étrange, et étrangère aux armées européennes de l'époque. Il faut sauver d'abord les canons, ensuite les hommes.


Est-ce que les raisons de cette "doctrine" sont connus ? Est-ce récent (par rapport à la bataille) ?

La seul logique est que les russes remplacent plus facilement les hommes que les canons. Mais je ne connais pas du tout la Russie de 1800 :-|

Aigle a écrit :
Frédéric le Grand voulait il chasser l'Autriche d'Allemagne ou plus simplement échapper à la tutelle de l'empereur et créer sa propre zone d'influence en Allemagne du Nord ?


J'opterais pour la première réponse. La maison de Hasbourg étaient à la tête du Saint Empire Romain sans interruption depuis au moins deux siècles. La question de la zone d'influence a été posé avec la chute du Saint Empire Romain par Napoléon et l'unification de l'Allemagne (petite ou grande Allemagne).


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 03 Fév 2019 15:05 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 13 Juin 2017 15:04
Message(s) : 675
.
Aigle a écrit :
Belle introduction qui pose au moins trois questions néanmoins.

1/ Frédéric le Grand voulait il chasser l'Autriche d'Allemagne ou plus simplement échapper à la tutelle de l'empereur et créer sa propre zone d'influence en Allemagne du Nord ?
2/ La Reine Louise était elle francophobe ou simplement hostile à la Révolution dont Napoleon était l'héritier ?
3/ Diplomatie maladroite ou plutôt incapacité de Frédéric-Guillaume III à arbitrer entre le clan francophile/pacifiste et le clan belliciste ?


1/ cette question mériterait un sujet. Ceci renvoie aux conflits de Silésie entre F. II et M-Thérèse Ière. Une certaine liberté est peut-être prise avec les intentions de Frédéric II
2/ tout simplement hostile à la manière dont Napoléon s'était "installé" en Prusse et les humiliations qui n'ont cessé de suivre
3/ un choix aussi en fonction des paramètres imposés par la France : paiement d'indemnités, pays qui sert de passerelle etc. Le pays était sans doute incapable d'apporter quoi que ce soit sinon attendre des jours meilleurs et se "refaire"

Ceci est un récit, il y a donc du subjectif. "Francophobie maladive", oui, bof... Après 1870, il y a eu des Français d'une germanophobie maladive : on peut comprendre et décliner... Estimer que la France est d'une anglophobie maladive etc.

En cherchant dans les sujets antérieurs, il y a des lectures sur les "volontés" de Frédéric II ainsi que sur les positions de FG. III.
.


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 03 Fév 2019 15:09 
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Marc Bloch
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La Saussaye a écrit :

Et puis, pour le Hanovre, c'est foutu : après Austerlitz, Alexandre n'a plus rien à promettre, et Napoléon n'a plus besoin de promettre quoi que ce soit.


Quelques réflexions sur le Hanovre.

Ce territoire a vite pris une position importance dans les relations diplomatiques franco-prussiennes. Ainsi, le 22 août 1805, Napoléon écrivait à Talleyrand :
« La situation de mes armées et la position de mes forces ne me permettent aucune transaction de faiblesse. En donnant le Hanovre à la Prusse, je lui donne un bien qui, sans exagération, augmente ses forces de 40 000 hommes et améliore la situation de ses États, de la même manière que Gênes améliore le Piémont.
[…]
Le langage de M. Laforest [ambassadeur de France à Berlin] doit être simple et fier. C'est une offre que je fais à la Prusse; mais il faut nous entendre : c'est une offre que je ne referai point dans quinze jours. Si le cadeau du Hanovre à la Prusse, portant cette puissance à se déclarer pour moi, fait trembler la Russie et l'Autriche, et me laisse librement et sans inquiétude le maître de me livrer à ma guerre maritime, je croirai être indemnisé de ce grand accroissement de puissance que va prendre la Prusse. Mais une fois que j'aurai levé mon camp de l'Océan, je ne puis plus m'arrêter; mon projet de guerre maritime est tout à fait manqué ; alors je ne gagnerai plus rien à donner le Hanovre à la Prusse. Il faut donc qu'elle se décide sur-le-champ. »

Deux jours plus tard, Duroc, chargé de mener les négociations, recevait ses instructions et la lettre de l'Empereur qu’il devait transmettre à Frédéric-Guillaume. La question du Hanovre y était logiquement abordée :
« Je me réjouirai de tous les nouveaux liens qui resserreront nos États. Nos ennemis sont communs. L'acquisition du Hanovre est géographiquement nécessaire à Votre Majesté, surtout lorsque l'Europe se trouve partagée entre de si grandes puissances. »

Duroc arriva à Berlin le 1er septembre et y rencontra Hardenberg le 2 et le roi le 3. Il fit de suite son rapport à Talleyrand et y coucha l’avis de Frédéric-Guillaume :
« La possession du Hanovre était en effet d’un grand avantage pour la Prusse, mais que les avantages qu’elle en retirerait ne seraient que dans l’avenir, le pays étant épuisé dans ce moment, et qu’en cas de guerre les plus belles provinces et celles qui sont les plus fertiles étaient les plus exposées aux coups des ennemis. »

En somme, la Prusse avait plus à y perdre qu’à y gagner, et les pourparlers sur le Hanovre (pas plus que les projets d’alliance) n’allèrent pas plus loin et furent définitivement enterrés avec la violation d’Anspach et la signature de la Convention de Postdam le 3 novembre.

Ils reprirent suite à Austerlitz, alors qu’Haugwitz avait été envoyé à l’origine auprès de Napoléon afin de mener la médiation armée définie à Postdam. Un traité, rédigé le 15 décembre, établissait une alliance offensive et défensive entre la France et la Prusse. Dans ce cadre, le Hanovre était offert à Berlin.
Ledit traité ne fut pas ratifié par Frédéric-Guillaume, notamment au nom de l’alliance de 1800 entre la Prusse et la Russie. L’article concernant le Hanovre fut commenté en ces termes :
« Quant au pays de Hanovre, il fallait bien distinguer entre l’occupation et la propriété.
La première, même seule, est pour moi d’un très grand prix, comme le seul gage de la neutralité du Nord. L’autre ne peut être la suite que du traité de paix entre la France et l’Angleterre, si alors S.M. Britannique peut être contrainte au sacrifice. Je serais en guerre avec elle, d’envisager la chose autrement, et il faudrait pour cela que mon nouveau rapport m’eût jeté hors de tous les principes qui jusqu’à présent m’ont servi de règle. »

Haugwitz fut envoyé à Paris afin de renégocier le traité du 15 décembre. Il arriva le 1er février pour y être sévèrement tancé vis-à-vis de l’attitude de son souverain. Un nouveau traité fut finalement établi le 15. Là encore, le Hanovre était offert à la Prusse (à la différence du traité du 15 décembre, la Prusse devait à présent fermer ses ports aux Anglais). Haugwitz ne cacha pas ses craintes en cas de non-ratification :
« Votre Majesté jugera dans sa sagesse le parti pour lequel elle croira devoir se décider, mais je serais traître à la vérité et à ma patrie si je lui dissimulais un instant qu’il ne lui reste que le choix des deux partis suivants : la guerre ou la ratification du traité, et que, si elle se détermine à ratifier le traité, il importe qu’elle le fasse promptement et de manière à convaincre Napoléon de la sincérité de ses sentiments.
Pour le cas de la guerre, Votre Majesté doit s’attendre que tout y est préparé. Bernadotte et Augereau vont en avant. »

Le traité fut reçu le 23 février à Berlin et Frédéric-Guillaume le ratifia le 26.
On comprend la colère qui balaya la cour de Berlin quand on apprit en Prusse que Napoléon dans ses négociations avec l’Angleterre entendait, sans en avertir Frédéric-Guillaume, rendre le Hanovre prussien aux Britanniques.

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 03 Fév 2019 15:31 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 13 Juin 2017 15:04
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3/ Pour faire "court" :
Après Friedland, les pertes russes sont considérables. Le 16 juin, les Français occupent Königsberg et poursuivent les Russes en direction du Niemen. Alexandre Ier décide de conclure un armistice, ce qui implique la rupture de ses engagements vis à vis de la Prusse.
Le 7 juillet le roi FG III ratifie ce qui lui est "attribué" : perte de 5 000 000 d'habitants, territoire réduit à 160 000 km². De ses anciennes possessions, FG ne conserve que le Brandebourg à l'exception de la "vieille marche" qui va à la Westphalie en cours de formation, la Poméranie, la Silésie, la Prusse-Occidentale et orientale à l'exception de Dantzig, Kulm et Thorn, la partie de l'évêché de Magdebourg située sur la rive droite de l'Elbe (la citadelle sera abandonnée aux Français en 1808). La Prusse renonce à la plus grande partie des territoires polonais acquis en 95 (----> Gd duché de Varsovie). L'indemnité de guerre s'élève à 154 millions de francs-or (12/07/1807 - convention de Koenigsberg), ramenée à 140 millions (convention de Paris - 17/09/1808), baissée de nouveau à 120 millions quelques mois plus tard. La France -même après paiement- conserve Stettin, Küstrin et Glagau. La Prusse doit entrer dans le système d'alliances français et fournir des troupes en cas de besoin. Les effectifs de l'armée prussienne sont ramenés à 42 000 hommes... En moins d'un an, c'est comme si le Grand Electeur, le "roi-soldat" et sont fils n'avaient jamais existé. On peut comprendre une certaine "animosité" sans y voir un côté "maladif".
FG III se tourne donc vers des réformes intérieures en attendant aidé de Stein et Hardenberg.
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 Sujet du message : Re: De Iéna à Friedland
Message Publié : 06 Fév 2019 1:18 
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Jean Froissart
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Inscription : 03 Jan 2008 23:00
Message(s) : 1091
Rebecca West a écrit :
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Ceci est un récit, il y a donc du subjectif. "Francophobie maladive", oui, bof... Après 1870, il y a eu des Français d'une germanophobie maladive : on peut comprendre et décliner... Estimer que la France est d'une anglophobie maladive etc.

En cherchant dans les sujets antérieurs, il y a des lectures sur les "volontés" de Frédéric II ainsi que sur les positions de FG. III.
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Chère Rebecca West vous avez tout à fait raison, mon récit est très subjectif, il a pour seule raison d'être d'évoquer certains épisodes des guerres napoléoniennes de manière agréable à lire.

J'avoue bien volontiers, et j'assume, les présenter parfois de manière un rien cocardière, mais pour ma défense, je dirais que l'épisode de l'entrée en guerre de la Prusse en 1806 est le seul moment ou je me suis laissé aller à évoquer un certain désordre mental chez nos ennemis de l'époque.

Je dirais aussi pour ma défense que ce que j'ai décris pour la campagne de 1806 et surtout ses prémisses défit quand même le sens commun si on se remet dans le contexte du temps.

Quand je parle de "francophobie maladive" de la part de la Reine Louise, je n'évoque pas un désordre mental, mais une réaction haineuse (d'ailleurs compréhensible reprise dans son contexte) de la part de certaines têtes couronnées des années 1800 face à la France révolutionnaire. Cette détestation était partagée dans la famille impériale russe, et parmi les Bourbons de Naples.

_________________
"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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