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Message Publié : 07 Mai 2012 0:47 
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L'empire français se trouva, dès son origine, entraîné dans une spirale infernale de conflits liés à un contexte international relevant directement des conséquences des guerres de la révolution.

Si l'on tente de chercher une sorte de début à une crise qui allait durer dix ans, l'on peut peut-être la trouver, sur le théatre continental européen, dans la décision du tout nouvel empereur des français, Napoléon Ier, de joindre à la couronne impériale l'Italie du Nord, qui avait été transformée en républiques vassales du Directoire après les victoires du jeune Bonaparte en 1796/1797. Ces conquêtes avaient arraché les provinces du nord italien à une Autriche jalouse de cette zone d'influence depuis le début du XVIIIème siècle.

Couronné empereur des français le 2 décembre 1804, Napoléon et ses conseillers décident en effet de joindre à l'empire un "royaume d'Italie" qui est créé au début de l'année 1805.

Cette décision est considérée aussitôt par la Cour de Vienne comme un véritable casus belli, lui fermant définitivement toute influence au sud du Tyrol.

D'accords diplomatiques en crises, la situation aboutit en septembre 1805 à l'entrée en guerre de l'Autriche, soutenue par la Russie, dans le cadre d'une coalition dont la maîtrise politique revient à l'Angleterre.

Le 2 décembre 1805, jour anniversaire du couronnement impérial, tout est consommé à Austerlitz pour les coalisés austro-russes, qui subissent une défaite magistrale. Pourtant, si l'Autriche envahie et ayant perdu son armée opérationnelle se trouve réduite à composer, la Russie fait comme si de rien n'était.

A l'été 1806, la Prusse, qui n'avait pas voulu se joindre à l'alliance anti-française de l'année précédente, rentre en guerre toute seule, par une décision politiquement invraisemblable, et qui s'avèrera militairement désastreuse. Le 14 octobre 1806, lors des deux batailles simultanées de Iéna et Auerstaedt, le corps de bataille prussien est littéralement annihilé par les corps d'armée français.

Et voici les français à Berlin.

Le premier semestre de l'année 1807 verra la sanglante bataille d'Eylau, horrible match nul en pleine neige entre russes et français, et, le 14 juin, la victoire napoléonienne sans appel de Friedland. La Russie admet de mauvaise grâce son échec et, à Tilsit, en juillet, les deux empereurs, Napoléon et Alexandre Ier, trouvent un accord qui s'avèrera peu durable ...

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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Message Publié : 07 Mai 2012 0:50 
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Ainsi, à la fin de l'année 1807, la France napoléonienne a triomphé de tous ses ennemis continentaux après deux ans de guerre. Reste cependant l'Angleterre, qui reste sourde à toutes les ouvertures diplomatiques en vue d'une paix négociée.

En occupation à Berlin à la fin de l'année 1806, Napoléon a décidé de sauter définitivement le pas contre l'Angleterre, et a décrété le blocus continental, mesure ayant pour effet d'interdire toute entrée des produits commerciaux anglais sur le continent européen, comme aussi d'interdire toute exportation vers les îles britanniques.

Ce sera, en plein triomphe des aigles, le commencement de la fin.

Car, en effet, il devient alors nécessaire, indispensable même, de s'assurer du contrôle du littoral européen.

De là va découler la catastrophe de l'intervention française au Portugal, puis en Espagne même, au printemps/été 1808.

L'europe observe et se tait cependant que Napoléon envoie d'abord un corps d'armée, puis deux, puis trois dans la péninsule ibérique, avant d'y intervenir lui-même. Il écrase les armées espagnoles, chasse d'un revers un premier corps d'intervention anglais; rien n'y fait. La capitulation du corps commandé par le général marquis Dupont de l'Etang, à Baylen, est un coup de tonnerre : les français ne sont pas invincibles.

Or, depuis le début de 1806, l'Autriche s'est lancée dans un ambitieux programme de réarmement et de rénovation de son appareil tactique. L'Archiduc Charles, frère de l'empereur François et grand militaire, que l'on avait pas voulu écouter en 1805, devient commandant en chef et mène le tout, dans une volonté affirmée de revanche.

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Message Publié : 07 Mai 2012 0:51 
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Et l'Archiduc Charles se lance alors dans une série de réformes accélérées.

Refonte des divisions, décalque sur les armées autrichiennes du système de commandement intégré des corps d'armée français, création d'une landwehr, sorte de garde nationale complétant les régiments de ligne, modification de l'artillerie, tout y passe ... et augmentation des effectifs globaux de l'ancienne armée du Saint empire romain germanique, qui devient l'armée "K UND K", Königlische und Kaiserlische.

Les effectifs théoriques passent ainsi en moins de trois ans de 280 000 hommes opérationnels à plus de 450 000 hommes mobilisables. Ca change tout ...

Janvier 1809.

Napoléon est encore en Espagne, ou il essaye de remettre de l'ordre, quand il apprend par sa diplomatie et ses services de renseignements militaires que l'Autriche est prête à passer le pas.

Ce que l'on ne peut pas reprocher à l'empereur des français, c'est un défaut de prévoyance. En Bavière, alliée de la France, devenue royaume par la grâce de Napoléon, et géographiquement la première cible d'une offensive autrichienne vers l'ouest, sont concentrés en observation deux corps d'armée.

L'un est composé des unités bavaroises et wurtembergeoises de la Confédération du Rhin, l'autre, surpuissant, est constitué de cinq divisions d'infanterie et une division de cuirassiers français, sous les ordres du maréchal Davout, l'un des meilleurs lieutenants de l'empereur.

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Message Publié : 07 Mai 2012 0:52 
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Ses affaires rétablies en Espagne, Napoléon revient à Paris à une vitesse folle, et arrive aux Tuileries à une heure du matin. "On aurait dit que la foudre venait de tomber sur le chateau", racontera un contemporain.

En pleine nuit, l'empereur fait réveiller ses ministres, les unités du grand quartier général impérial restées à Paris : tout le monde, et tout de suite !

Berthier, maréchal en charge de l'état-major, avait été dépêché par Napoléon pour commander les corps d'observation de Bavière. Il fait alors parvenir aux tuileries un message laconique : "les autrichiens ont franchi l'Inn (affluent du Danube) : c'est la guerre."

Le lendemain matin, Napoléon est dans une calèche, direction Strasbourg. La Garde Impériale, en cours de retour d'Espagne, doit suivre au plus vite.

Nous sommes mi-avril 1809, en Bavière.

Comme l'essentiel de l'ancienne Grande Armée est aujourd'hui engagée en Espagne, dans un conflit atroce qui durera cinq ans, il a fallu reployer vers le sud de l'Allemagne les troupes françaises en occupation, concentrer les divisions de la Confédération du Rhin, et appeler de nouveaux conscrits.

De ce fait, l'armée impériale qui va combattre, si elle dépasse largement par son chatoiement la Grande Armée de 1805 dont les uniformes étaient encore très largement de type révolutionnaire, est moins efficace, car moins entraînée et aguerrie. Il va falloir que les régiments combattent de manière plus ramassée, ce qui entraînera des pertes plus lourdes.

De même, nombre de maréchaux parmi les plus prestigieux sont eux aussi en Espagne. Napoléon va être ainsi amené à appeler au service d'anciens généraux républicains qu'il avait par méfiance laissé de côté depuis 1804, ou qui n'avaient pas voulu servir le nouveau régime en train de se constituer. C'est ainsi que Macdonald et Gouvion Saint-Cyr vont répondre présents, cette fois, et gagner leur bâton de maréchal dans la campagne qui s'annonce.

Cette campagne sera d'ailleurs tripartite.

Si en effet nous concentrerons notre propos sur la campagne d'Allemagne, la plus importante, il ne faudrait pas passer sous silence deux autres théatres d'opération qui auront leur importance.

Dans le Grand-Duché de Varsovie, le général Prince Poniatowski mobilise une petite armée polonaise, qui tiendra la dragée haute à une armée autrichienne et, surtout, la fixera à l'est, l'empêchant ainsi de venir renforcer le principal corps de bataille lors de la grande explication de Wagram.

En Italie du Nord pendant ce temps, dans le royaume d'Italie, le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi, aura pour tache de son côté de fixer également une autre armée autrichienne. Il échouera d'ailleurs et, l'une suivant l'autre, les deux armées se retrouveront, elles, à Wagram auprès de leurs grandes masses respectives.

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Message Publié : 07 Mai 2012 0:53 
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L'Archiduc Charles tape le coup d'envoi avec une armée de 130 000 hommes et 262 pièces d'artillerie, en envahissant le royaume de Bavière selon un axe est-ouest, le long du Danube.

Le maréchal Berthier, major général, qui attend désespérément Napoléon, dont les directives par courrier accentuent son indécision, prend alors la décision catastrophique de vouloir protéger toutes les lignes de pénétration à la fois.

Ce faisant, il isole le corps d'armée du maréchal Davout, qui se retrouve en pointe de flèche autour de Ratisbonne. Davout ne le pardonnera jamais à Berthier ...

Moyennant quoi, le commandant du troisième corps reste l'un des meilleurs généraux de l'empereur. Davout parvient à replier lentement ses colonnes vers les troupes bavaroises et le corps d'armée du maréchal Masséna. Il est aussi aidé par l'étrange pusillanimité de l'armée autrichienne qui, en situation de briser en deux le dispositif impérial dès le début de la campagne, met un temps si long à déployer ses corps d'armée qu'entretemps le mal est réparé, et, surtout, l'empereur arrive.

La situation va alors changer en 24 heures.

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Le 19 avril au matin, l'empereur lance une offensive tactique d'une brutalité et d'une rapidité inouïe qui, en quatre jours, va briser en deux le corps de bataille autrichien, rejeter l'essentiel de l'armée de l'Archiduc Charles au nord du Danube cependant que deux corps désemparés, restés au Sud, retraiteront en catastrophe vers Vienne.

Ce 19 avril, c'est le maréchal Lefebvre, à la tête des divisions royales bavaroises, qui est à l'honneur. A Abensberg, sous les yeux de Napoléon, les bavarois se couvrent de gloire en participant activement à la libération de leur royaume.

Leur infanterie percute littéralement le corps d'armée du général Rosenberg qui, manquant d'appui, est mis en semi-déroute.

Dans le même temps, l'ensemble des corps d'armée napoléoniens procèdent à une marche concentrique dont le but est de couper les autrichiens du Danube et de leurs lignes de repli.

Comment l'Archiduc a-t-il pu laisser ses 130 000 hommes s'avancer ainsi sans réelle coordination entre les regroupements de corps d'armée ? Toujours est-il que, dès le soir du 19, et sans même en être conscient, son armée est en déséquilibre, avec les franco-bavarois qui viennent de taper au centre cependant que Davout repart sur son flanc droit, vers Ratisbonne, et que Masséna démarre une tenaille sur le flanc gauche, vers l'Isar.

Le 20 avril, c'est le choc qui déséquilibre définitivement l'Archiduc. A Eckmühl, l'infanterie française prend la suite des bavarois. En fin d'après-midi aura lieu l'un des plus grands chocs de cavalerie lourde de ces années qui n'en manquèrent pas.

Le commandement autrichien, pour préserver le repli des divisions, lance dans la bataille plus de 40 escadrons de cuirassiers.

Mais la réserve de cavalerie générale de l'empire est présente : le général Nansouty contrecharge avec ses propres cuirassiers.Dans un fracas effrayant, les escadrons de cuirassiers se rencontrent. La meilleure cohésion des escadrons français, et peut-être la plus grande rage au combat de nos cuirassiers, déstabilisent les autrichiens, dont les officiers donnent alors l'ordre fatal de retraite. Ordre fatal car, contrairement aux français qui portent une cuirasse double, face et dos protégés, les cuirassiers autrichiens portent une cuirasse qui ne préserve que le coffre. Tournant les talons, les autrichiens offrent alors aux français leur dos sans défense; les escadrons sont complètement mélangés, les uns poursuivant les autres : c'est le massacre.

On relèvera après le combat, pour un cuirassier français mort ou blessé, près de quinze autrichiens. L'armée autrichienne vient de perdre sa cavalerie lourde.

"On entendait la terre trembler à une demi-lieue", racontera le capitaine Marbot, officier d'état-major du maréchal Lannes.

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Message Publié : 07 Mai 2012 0:56 
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Dans un fracas effrayant, les escadrons de cuirassiers se rencontrent. La meilleure cohésion des escadrons français, et peut-être la plus grande rage au combat de nos cuirassiers, déstabilisent les autrichiens, dont les officiers donnent alors l'ordre fatal de retraite. Ordre fatal car, contrairement aux français qui portent une cuirasse double, face et dos protégés, les cuirassiers autrichiens portent une cuirasse qui ne préserve que le coffre. Tournant les talons, les autrichiens offrent alors aux français leur dos sans défense; les escadrons sont complètement mélangés, les uns poursuivant les autres : c'est le massacre.

On relèvera après le combat, pour un cuirassier français mort ou blessé, près de quinze autrichiens. L'armée autrichienne vient de perdre sa cavalerie lourde.

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Le 20 avril au soir, l'Archiduc Charles a compris que son offensive est brisée et que, beaucoup plus grave, l'ensemble de ses corps d'armée qui sont en pleine retraite ne sont plus en mesure de se soutenir mutuellement.

Napoléon, lui, est persuadé que la messe est en train de se dire, et dirige vers Landshut, ou il espère l'explication finale et rapide, l'essentiel de ses troupes.

Mais, à la guerre, le hasard a toujours son mot à dire. Et ici le hasard se nomme Ratisbonne. Cette ville sur le Danube que Davout avait évacué pour sauver son corps d'armée face à l'offensive ennemie. Il avait cependant laissé là-bas un régiment commandé par le colonel Coutard.

Et Coutard voit d'un coup déferler sur lui plusieurs divisions autrichiennes qui cherchent à tout prix à se créer un passage de l'autre côté du fleuve. Malgré une défense superbe, et à bout de munitions, il est contraint à la reddition avec les débris de son unité.

L'Archiduc vient de voir s'ouvrir par miracle la porte de sortie du piège infernal ou il s'était laissé enfermer par l'empereur des français.

Mais Napoléon, n'ayant pas l'information, fonce sur Landshut.

Le 21 avril, la ville est emportée d'assaut. Le général de division Mouton, aide de camp personnel de l'empereur, prend le commandement direct d'un bataillon et passe le pont en "furia francese". Napoléon, enchanté, dit à ses généraux avec un clin d'oeil : "mon Mouton est un lion !"

Certes ... mais pendant ce temps la majeure partie de l'armée autrichienne passe à toute allure le pont de Ratisbonne et se retrouve en sécurité relative sur la rive nord du Danube. Les français, triomphants, tiennent la rive sud.

Le 22 avril, revenu de son erreur d'appréciation, Napoléon est devant Ratisbonne, ou il est blessé à la tête de ses troupes. Rien n'y fait. Les landsers de la garnison laissée sur place se font tuer pour permettre à leurs camarades de prendre du champ.

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Message Publié : 07 Mai 2012 0:58 
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Davout avait été le premier à subodorer la manoeuvre de décrochement autrichienne de l'autre côté du fleuve. Un premier message en ce sens à l'empereur était resté sans suite.

Confirmé par les rapports de sa cavalerie légère, Davout avait relancé Napoléon qui avait aussitôt, en pleine nuit, donné les ordres nécessaires.

Toujours est-il qu'au matin du 23 avril, il faut faire un choix : poursuivre Charles au nord du fleuve, au risque de laisser la Bavière sans défense, alors que le Tyrol est en pleine insurrection, ou rester au sud, poursuivre les corps d'armée commandés par le général Hiller, protéger ainsi le flanc droit français, et ... descendre sur Vienne.

C'est cette décision stratégique majeure que prend alors Napoléon.

"Prenez les ponts", telle est la quintescence de son ordre à Masséna et Lannes, car le Danube est rejoint par de nombreux affluents qui, tous, contrarient la marche en avant des corps français.

Pris à la lettre et sans considération de son esprit, cet ordre va aboutir à la boucherie inutile d'Ebelsberg.

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Ebelsberg est un petit village, surmonté d'un chateau médiéval, sur la Traun, rivière affluente du Danube.

Le matin du 3 mai 1809, la cavalerie légère du général Marulaz, en avant-garde du 4ème corps de Masséna, est en approche. Du côté français, le terrain est plat comme la main. Le pont sur la Traun est long, très long : 460 mètres.

Marulaz conclut immédiatement à l'impossibilité de passer facilement, car plusieurs corps de troupes autrichiens, des corps de Hiller, finissent leur franchissement, tout en ayant disposé des unités et de l'artillerie dans Ebelsberg pour protéger leurs retardataires.

Parmi eux, un jeune général du nom de Radetzky veille au franchissement des unités. Il deviendra célèbre bien des années plus tard.

Arrive alors, par la rive française, la première division du corps de Masséna, commandée par le général Claparède, et sa première brigade, commandée par le général Coehorn. Chauffés à blanc par les ordres de l'empereur ("passez les ponts") et sans attendre les directives de leur maréchal resté en arrière, les deux généraux, malgré les conseils de Marulaz, lancent leurs compagnies sur le pont.

Les pertes sont lourdes, mais les premiers bataillons français, dont les fameux tirailleurs corses, atteignent la porte d'Ebelsberg, la franchissent ... et se retrouvent plongés dans l'enfer d'un combat de rues, des rues en pentes qu'il faut gravir sous le feu des autrichiens.

La brigade Coehorn se dissout dans Ebelsberg, Claparède arrive avec sa deuxième brigade, et s'enferre à son tour dans le village, sans parvenir, ni à déboucher, ni à prendre le chateau transformé en redoute par l'ennemi. C'est maintenant toute la division Claparède qui est en train de s'anéantir littéralement.

Le général Legrand arrive en renfort avec la deuxième division du 4ème corps. Des batteries d'artillerie sont mises en position, mais leur tir, de l'autre côté de la Traun, est inefficace en raison de la déclivité et ne parvient pas à soutenir les fantassins qui, unités après unités, s'engouffrent dans Ebelsberg.

Pris de rage, les combattants des deux camps se livrent alors à une bataille sauvage dans une localité qui prend feu sous les tirs d'obusiers.

Finalement, les autrichiens pour qui ce combat n'avait rien d'essentiel se replient, ou du moins ce qu'il en reste. Legrand, qui a rejoint Claparède en pleine rue, l'a trouvé éperdu, devenu incapable de gérer des unités disloquées par les combats et l'incendie.

Les français ont pris Ebelsberg. Pour rien. Le spectacle horrifiera tous ceux qui passeront par cette position, entre le village ruiné et, surtout, tous ces morts calcinés par l'incendie et sur les cadavres desquels passent les convois d'artillerie en produisant d'abominables craquement sur les os des morts.

Masséna est moyennement heureux de cette imbecillité, mais couvre son divisionnaire. Napoléon apprécie peu cette boucherie inutile qui n'apporte rien à la gloire des aigles, mais baste : on continue à avancer vers Vienne, à marche forcée.

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Le soir du 3 mai, le Général Hiller replie ses troupes en direction de Vienne, mais il est du mauvais côté du Danube. Presque toute l'armée napoléonienne le suit, et de plus en plus près.

A Mauthausen, il ne peut pas passer, le pont est détruit. Il continue à marche forcée sa retraite et parvient, vers le 10, à passer enfin de l'autre côté du fleuve pour rejoindre l'Archiduc, en laissant 10 000 hommes continuer sur Vienne.

Le 12 mai, les français sont devant Vienne. Le 13 mai dans la nuit, après un bombardement d'obusiers que la ville n'avait pas connu depuis les turcs à la fin du XVIIème siècle, la garnison signe un accord de reddition. Les français rentrent dans la ville dans la nuit et dans la matinée du lendemain.

Quelle est alors la situation générale dans cette guerre ?

Le gros de l'armée impériale occupe Vienne. Le VIIème corps, commandé par le maréchal Lefebvre, s'engouffre au Tyrol ou l'infanterie bavaroise va mener face aux montagnards irrédentistes une campagne horrible, digne de l'Espagne ou, plus loin, de la Vendée.

En Italie du Nord, le Vice-Roi Eugène refoule les autrichiens et les suit à toute vitesse vers le nord, c'est-à-dire vers l'est de Vienne. Le général de division Marmont remonte de Croatie, pour sa part, avec le XIème corps en renfort.

Au nord du Danube, l'Archiduc Charles regroupe son corps de bataille, et espère que Napoléon va commettre l'acte dangereux de venir le chercher de l'autre côté du Danube ...

Et c'est ce que l'empereur décide de faire, pour forcer la décision.

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Passer le Danube est pire qu'une gageure, c'est une prise de risque opérationnelle majeure.

En effet, non seulement l'armée n'est pas réunie, mais, pire, il faut pour mettre la main sur l'armée autrichienne et la combattre traverser l'un des fleuves les plus larges d'europe, avec un seul pont utilisable, ce qui est peu pour faire passer plus de cinquante mille hommes. En toute logique, l'ennemi ne peut que s'opposer au franchissement.

Mais la logique et la réalité militaire ne sont pas toujours communes. Quand Masséna projette de l'autre côté du Danube, en passant par l'île de Lobau, plusieurs compagnies de voltigeurs, la réaction autrichienne est molle.

Alors les français se mettent à passer en masse. Deux corps d'armée, la réserve de cavalerie, la garde impériale se déploient lentement mais sûrement sur le fameux "Marchfeld", cette gigantesque plaine en lente montée vers le nord qui regarde Vienne au-delà du Danube.

A quoi pense Charles ?

Pourquoi laisse-t-il ainsi se déployer, entre les villages d'Aspern et d'Essling, des divisions parmi les meilleures de l'armée de Napoléon ?

Autour d'Aspern se positionnent les divisions de Masséna, avec les unités de cavalerie légère de Marulaz, et les divisions d'infanterie des généraux Molitor et Boudet. Plus loin dans la plaine, vers Essling, le maréchal Lannes développe ses propres divisions.

En retrait immédiat, le maréchal Bessière est à la tête de la cavalerie de la garde impériale, l'élite de l'élite : grenadiers à cheval, dragons de l'impératrice, chasseurs à cheval.

Et immédiatement derrière arrivent les bonnets à poil : l'infanterie de la garde, qui n'a pas l'habitude de donner : les deux régiments de grenadiers à pieds et les deux régiments de chasseurs à pied. Environ 35 000 hommes ont ainsi pris pied sur la rive nord du Danube.

C'est beau, c'est somptueux, mais c'est peu en fait, face à plus de 75 000 autrichiens prêts à déferler du haut du Marchfeld pour jeter tout ce monde dans le Danube.

Car c'est là la vision immédiate, et évidente, qui s'impose à l'archiduc : les français se mettent dans la pire des positions, avec le Danube dans le dos. Une bonne poussée, et c'est est fait de l'invincible Napoléon !

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Et, le 20 mai 1809, commence au petit matin l'une des plus grandes tueries des guerres napoléoniennes.

Les divisions autrichiennes déferlent sur Aspern et Essling pour en chasser les français, qui se sont positionnés et retranchés dans les deux villages.

Colonnes après colonnes, les unités autrichiennes viennent se briser sur les positions françaises.

Les unités françaises fondent sous le feu, mais tiennent. A Essling, les survivants de la division du général Boudet se retranchent dans une gigantesque grange dimière du XVIème siècle. On peut encore aujourd'hui la voir, avec sur ses portes de métal la trace des coups de crosse des grenadiers hongrois qui essayèrent sans succès d'entrer.

Les combats deviennent chaotiques. La ligne principale française est rompue, mais ne s'effondre pas. Dans le même temps, le pont sur le Danube, lui, est détruit par des boute-feux lancés depuis l'amont par les autrichiens. Et voilà l'armée impériale isolée le cul au Danube. Le désastre est évident.

Napoléon donne alors l'ordre, d'abord de réparer le pont (et vite ce serait mieux) et à toutes ses troupes de mourir sur place pour bloquer l'attaque.

Et les troupes en question sont parmi les meilleures d'europe.

Pendant plusieurs heures, dans un tonnerre d'artillerie, ils vont tenir, le temps que la ligne de repli soit reconstituée.

L'infanterie de la garde va donner, d'une manière très particulière : ordre est donné aux bataillons de se déployer en ligne pour ... arrêter les boulets et permettre le repli des unités de Lannes. Et les bonnets à poils vont se faire massacrer, l'arme à la saignée du bras, en formant une ligne opaque d'infanterie face aux tirs autrichiens.

Dans le même temps, Bessières et la cavalerie de la garde opère des charges tactiques qui bloquent systématiquement les avancées autrichiennes, pendant que, dans Aspern et Essling, l'infanterie légère et l'infanterie de ligne des deux maréchaux, Masséna et Lannes, se font tuer sur place et empêchent toute progression de l'ennemi vers les rives du fleuve.

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"Notre époque, qui est celle des grands reniements idéologiques, est aussi pour les historiens celle des révisions minutieuses et de l'introduction de la nuance en toutes choses".

Yves Modéran


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Message Publié : 07 Mai 2012 1:01 
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Le soir du 20 mai, l'affaire commence à sentir la fumée.

Pourtant Napoléon pense encore tenir à la gorge son ennemi. Le lendemain 21 mai, trois nouvelles divisions sont passées. L'effectif théorique est doublé, mais les pertes de la veille font que moins de 50 000 français sont maintenant présents. Il lance les divisions à l'assaut quand, catastrophe, il apprend que le pont entre Vienne, l'île de Lobau et le Marchfeld est à nouveau détruit, et cette fois irréparable.

Alors, pendant plus de cinq heures, lui et ses maréchaux vont mener l'une des plus grandes manoeuvres de bataille en repli qui se soit jamais vue.

Face à la marée humaine des corps autrichiens qui, lentement mais sûrement, descendent les pentes du Marchfeld, il faut se replier, et se regrouper vers le pont permettant de repasser sur l'île de Lobau.

Un pont pour plus de cinquante mille hommes ....

L'armée va alors procéder à une manoeuvre générale extrêmement rare, consistant à se replier en attaquant constamment l'ennemi, empêchant ainsi l'Archiduc Charles de développer une offensive définitive. Les contre-attaques françaises, d'infanterie et surtout de cavalerie, font d'énormes dégâts dans les deux armées.

Mais les corps napoléoniens gardent leur cohésion.

Dans la nuit du 21 au 22 mai, les dernières unités françaises repassent le Danube et se replient dans la Lobau. Le maréchal Lannes a été grièvement blessé d'un boulet qui lui a brisé les deux jambes; il va mourir quelques jours plus tard.

Dans les deux armées, la bataille d'Essling vient de faire près de 45 000 morts et blessés en deux jours, désastre humain encore inusité dans les guerres de l'empire.

Pour mémoire, à Austerlitz les français avaient perdu moins de 2 000 morts, à Eylau en 1807 près de 10 000 morts et blessés, et celà avait été considéré comme une catastrophe humaine, au-delà d'un succès tactique discutable.

L'empereur a échoué à Essling. L'archiduc Charles se proclame vainqueur de la bataille, mais ... les français sont toujours à Vienne, et le tonnerre de Wagram va dans un mois mettre tout le monde d'accord.

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La victoire proclamée par les autrichiens , si elle ne présente pas le caractère "napoléonien" d'un succès décisif, n'est est pas moins réelle.

Selon les règles de la guerre, celui des deux camps qui abandonne le champ de bataille reconnaît sa défaite, et ce sont bien les français qui se sont repliés.

Il faut cependant largement en rabattre sur le triomphalisme affiché pour des raisons politiques évidentes par l'Archiduc et la chancellerie impériale repliée en Hongrie.

L'armée autrichienne, malgré sa supériorité d'effectif, n'a pas été capable de jeter les corps d'armée français dans le Danube. Pire, malgré des pertes humaines épouvantables, ce sont les assaillants (autrichiens) qui ont subi la manoeuvre des défenseurs (français) et non l'inverse, ce qui aurait pourtant dû être en toute logique.

Les pertes, répétons-le, ont été terribles; c'est du jamais vu. Mais l'amplitude grandissante des armées de la période 1809/1815, le fait que les combattants sont plus jeunes, moins expérimentés aussi que leurs devanciers, tous ces éléments vont avoir pour effet une augmentation exponentielle du nombre des victimes.

Pour se donner une idée rapide du phénomène : à Austerlitz en 1805, les français ont perdu 1 600 et quelques morts et environ 6 500 blessés; à Essling, nous venons de le voir, les deux armées ont laissé près de 45 000 hommes sur le carreau. A la Moskowa, en septembre 1812, c'est la moitié (la moitié !) de l'armée russe qui est frappée : 60 000 morts et blessés restent sur le champ de bataille.

A Essling, l'armée autrichienne vient de perdre ses meilleurs régiments. Elle vient aussi de laisser passer la dernière occasion de son histoire de remporter seule une grande victoire. Son histoire tout au long du XIXème siècle jusqu'en 1914 ne sera plus qu'un long affaiblissement dans le souvenir des grandeurs perdues, ponctué de lourdes défaites comme Solférino ou Sadowa.

Les autrichiens, d'ailleurs, ne s'y tromperont pas, en inaugurant à Aspern en 1858 le célèbre et impressionnant "Lion blessé d'Aspern", représentant un lion à l'agonie qui symbolise cette belle armée autrichienne "frappée à mort dans les champs d'Essling".

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