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Message Publié : 15 Déc 2019 0:01 
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Jean-Pierre Vernant
Jean-Pierre Vernant
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Harald a écrit :
Le départ en direction de Montmédy était peut-être nécessaire. Qui ne tente rien n'a rien. Fallait-il rester à Paris ? Pour faire quoi ?


Je ne juge pas la décision, je remarque simplement que c'est elle qui lui aliène beaucoup de ses soutiens, notamment populaires. Tout bascule pour lui à ce moment mais oui, il a estimé que la situation lui échappait et qu'il ne lui restait d'alternative que dans la fuite. Cependant on remarque aussi à travers certains documents qu'il n'a pas une très grande envie de s'accommoder avec les nouveautés de la Révolution en cours visant à doter son royaume d'une Constitution.

Un extrait de sa déclaration lue à l'Assemblée en juin 1791 :

Citer :
Lorsque les États Généraux s'étant donnés le nom d'Assemblée nationale, ont commencé à s'occuper de la Constitution du royaume, qu'on se rappelle les mémoires que les factieux ont eu l'adresse de faire venir de plusieurs provinces, et les mouvements de Paris, pour faire manquer les députés à une des principales clauses portée dans tous leurs cahiers, qui portait que — la confection des lois se ferait de concert avec le Roi —. Au mépris de cette clause l'Assemblée a mis le Roi tout à fait hors de la Constitution en lui refusant le droit d'accorder ou de refuser sa sanction aux articles qu'elle regarde comme constitutionnels, en se réservant le droit de ranger dans cette classe tous ceux qu'elle juge à propos, et en restreignant sur ceux purement législatifs, la prérogative royale à un droit de suspension jusqu'à la troisième législature, droit purement illusoire, comme tant d'exemples ne le prouvent que trop.

Que reste-t-il au Roi autre chose que le vain simulacre de la royauté ? On lui a donné vingt-cinq millions pour sa Liste civile ; mais la splendeur de la Maison qu'il doit entretenir pour faire honneur à la dignité de la Couronne de France, et les charges qu'on a rejetées dessus, même depuis l'époque où ces fonds ont été réglés, doivent en absorber la totalité. On lui a laissé l'usufruit de quelques-uns des domaines de la Couronne, avec plusieurs formes gênantes pour leur jouissance. Ces domaines ne sont qu'une petite partie de ceux que les Rois ont possédé de toute ancienneté, ou des patrimoines des ancêtres de Sa Majesté qu'ils ont réunis à la Couronne. On ne craint pas d'avancer que si tous ces objets étaient réunis, ils dépasseraient de beaucoup les sommes allouées pour l'entretien du Roi et de sa famille, et qu'alors il n'en coûterait rien au peuple pour cette partie.

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Scribant reliqua potiores, aetate doctrinisque florentes. quos id, si libuerit, adgressuros, procudere linguas ad maiores moneo stilos. Amm. XXXI, 16, 9.


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Message Publié : 15 Déc 2019 3:52 
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Pédro a écrit :
Harald a écrit :
Le départ en direction de Montmédy était peut-être nécessaire. Qui ne tente rien n'a rien. Fallait-il rester à Paris ? Pour faire quoi ?


Je ne juge pas la décision, je remarque simplement que c'est elle qui lui aliène beaucoup de ses soutiens, notamment populaires. Tout bascule pour lui à ce moment mais oui, il a estimé que la situation lui échappait et qu'il ne lui restait d'alternative que dans la fuite. Cependant on remarque aussi à travers certains documents qu'il n'a pas une très grande envie de s'accommoder avec les nouveautés de la Révolution en cours visant à doter son royaume d'une Constitution.

Une chose qui m'a toujours sembler témoigner de son manque de jugement politique est le fait qu'il ait utilisé son droit de veto après le retour de Varennes. 8-|
(Et de plus, pour s'opposer à la saisie des biens des émigrés, donc de ses deux frères, pas les personnages les plus populaires du pays...)
Je pense qu'il aurait survécu en abandonnant ses pouvoirs (surtout celui-là, en tous cas) et en se posant comme garant des institutions. Mais c'est sans doute anachronique : aucun souverain de l'époque n'avait cette position.
Et puis il était à des lieux de ce choix : il se pensait inamovible, alors qu'après Varennes les Républicains étaient déchaînés, de même qu'une partie de la population. Un homme en sursis...

Il en prendra conscience bien trop tard, après le 10 août. (Pour son procès, il a dit à Malesherbes : "Vous ne me sauverez pas la vie, et vous allez y perdre la vôtre".)

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Message Publié : 16 Déc 2019 11:18 
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Philippe de Commines
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Peut-on ajouter à la liste des erreurs de Louis XVI son refus de tirer sur le peuple ?

Son aversion pour la violence a clairement joué contre lui, chaque geste d'apaisement passant pour de la faiblesse.
Pierma a écrit :
Un exemple tout simple : c'est à l'occasion de la prise de la Bastille qu'on s'aperçoit à Versailles que le régiment des Gardes Françaises... est de recrutement parisien, ou en tous cas est stationné et a fait souche à Paris. Où il est évidemment impossible de les employer au maintien de l'ordre.
Le recours à la force a été si peu préparé que quand on commence à l'envisager, on se rend compte qu'il est impossible !

S'il avait pris Mirabeau au mot, et avait dégagé la nouvelle "assemblée nationale" à coups de baïonnettes lol - "Hop ! Tout le monde direction La Bastille ! (Y a de la place, elle est vide !)" :wink: - , le déroulement des événements en aurait été changé !

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Message Publié : 16 Déc 2019 11:25 
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Jules Michelet
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Louis XVI n'avait pas la personnalité de Louis XIV.

Comme souvent, il a changé d'avis. En juillet 1789, il avait tous les moyens nécessaires pour "mâter" la rébellion parisienne - y compris celle de es gardes françaises. Il avait regroupé autour de Paris les régiments "étrangers" (suisses et "allemands").

Il a renoncé à les employer - par peur de faire couler le sang de ses sujets ? peut-être : out son comportement ultérieur va dans ce sens ! ou peut-être aussi par peur d'un refus d'obéissance des officiers et du reste de l'armée (française) ?


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Message Publié : 17 Déc 2019 0:49 
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Hérodote
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Pédro a écrit :
Je ne juge pas la décision [de partir en direction de Montmédy], je remarque simplement que c'est elle qui lui aliène beaucoup de ses soutiens, notamment populaires. Tout bascule pour lui à ce moment mais oui, il a estimé que la situation lui échappait et qu'il ne lui restait d'alternative que dans la fuite.

Nous sommes d'accord vous et moi sur le manque de soutien, le manque de popularité après cette "fuite". Louis XVI avait sans doute le respect et l'amour du peuple jusqu'à ce moment fatidique.
Quant à la décision elle même, elle n'est pas complètement inexplicable. Le roi était prisonnier à Paris. Il n'était pas libre de ses mouvements. Il a donc pris la fuite.
On ne saura jamais si le peuple aurait aimé le roi s'il était revenu à Paris (ou Versailles) deux ou trois ans après une "fuite" qui n'aurait pas échoué en cour de chemin.



Pierma a écrit :
Je pense qu'il aurait survécu en abandonnant ses pouvoirs (surtout celui-là, en tous cas) et en se posant comme garant des institutions. Mais c'est sans doute anachronique : aucun souverain de l'époque n'avait cette position.

Survivre à n'importe quel prix n'était peut-être pas sa volonté.
Quand on pense à la fête de la fédération en 1790, on n'imagine pas que le roi va abandonner ses pouvoirs l'année suivante. Car le roi fut acclamé tout au long de cette journée du 14 juillet.
La fuite à Varennes est une aubaine pour ceux qui voulaient envoyer le roi à la guillotine. Ils ont eu ce qu'ils voulaient. Sans la fameuse "fuite", il aurait été plus difficile d'envoyer le roi à la guillotine. Mais je ne suis pas certain que le roi, s'il avait échappé à un procès, aurait conservé ses pouvoirs. Qui sait ?



Pierma a écrit :
il se pensait inamovible, alors qu'après Varennes les Républicains étaient déchaînés, de même qu'une partie de la population. Un homme en sursis...
Il en prendra conscience bien trop tard, après le 10 août. (Pour son procès, il a dit à Malesherbes : "Vous ne me sauverez pas la vie, et vous allez y perdre la vôtre".)

Louis XVI qui se croit inamovible ? Rien n'est moins sûr. Le départ le 20 juin 1791 doit impérativement réussir. Louis XVI ne peut pas être assez naïf pour croire qu'un échec de son voyage sera sans conséquence.
A Varennes, Louis XVI est arrêté. Il avoue alors sa véritable identité. La famille royale doit faire le chemin en direction de Paris. Pendant le trajet Louis XVI confie à la reine : « Il n'y a plus de roi en France ».


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Message Publié : 17 Déc 2019 4:03 
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Harald a écrit :
Survivre à n'importe quel prix n'était peut-être pas sa volonté.

Wouhaille ! 8-|
Vous y allez fort.
Par définition, un roi mort n'a plus de pouvoir ! :rool:

Mais si vous entendez par là que ses principes passaient avant tout - aussi peu adaptés à la situation qu'ils soient - c'est possible, je ne sais pas : je n'étais pas dans sa tête, et je ne suis pas certain qu'il ait vu la guillotine ou simplement l'emprisonnement et la destitution, se profiler à l'horizon.
Citer :
Mais je ne suis pas certain que le roi, s'il avait échappé à un procès, aurait conservé ses pouvoirs. Qui sait ?

Certainement non, mais il aurait encore fallu qu'il l'accepte pour que ça marche. L'alternative était plus violente. (Je suis en train de dire que si ça n'avait pas été Varennes, ç'aurait été autre chose : les Républicains lui cherchaient sans cesse des querelles d'Allemand, et même sans cela, j'ai signalé l'erreur catastrophique pour lui de mettre son veto à la saisie des biens des émigrés. Il a donné dans le panneau de plein fouet, et il y aurait eu d'autres épisodes de ce genre...)

Citer :
Le 14 juillet, 10 h, les émeutiers s’emparent des fusils entreposés aux Invalides. Devant le refus de son gouverneur, une foule composite — près de 80 000 personnes dont un millier de combattants29 — se présente pour s’en emparer de force. Pour défendre l’hôtel des Invalides il existe des canons servis par des invalides mais ceux-ci ne paraissent pas disposés à ouvrir le feu sur les Parisiens. À quelques centaines de mètres de là, plusieurs régiments de cavalerie d’infanterie et d’artillerie campent sur l’esplanade du Champ-de-Mars, sous le commandement de Pierre-Victor de Besenval. Celui-ci réunit les chefs des corps pour savoir si leurs soldats marcheraient sur les émeutiers. Informé de leur refus, Besenval décide d'abandonner sa position et de mettre ses troupes en route vers Saint-Cloud et Sèvres.

@Jérôme : on avait déjà évoqué sur PH l'impuissance de Besenval. (l'article de Wiki parle de 80000 émeutiers dont "mille combattants" - qui sortaient d'où ? - pour l'attaque contre les Invalides. Il aurait fallu sabrer une foule énorme : les soldats français n'y étaient pas prêts.)

vous avez raison, il y avait à proximité de Versailles des "régiments mercenaires". APRES le 14 juillet, Louis XVI fait venir le maréchal de Broglie, alors gouverneur militaire de Verdun, qui ne peut que constater son impuissance : des régiments suisses et allemands, c'est entendu, mais pour en faire quoi ? Ecraser Paris, ou l'assiéger ? C'était perdu d'avance, l'insurrection aurait gagné toute la France.

C'est AVANT qu'il aurait fallu les mettre à disposition de Besenval.

A noter toutefois, comme l'a souligné Harald, que la Constituante n'évincera pas le roi, encore très populaire au moment de la Fête de la Fédération. (En 1789 la haine populaire n'est pas essentiellement dirigée contre le roi, mais contre l'absolutisme, ce qui est différent, et plus encore contre les privilèges.)

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Message Publié : 17 Déc 2019 13:36 
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Philippe de Commines
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Pierma a écrit :
Vous y allez fort.
Par définition, un roi mort n'a plus de pouvoir !
Oui, mais peut-être Louis XVI était-il réticent à concéder lui-même le rétrécissement des pouvoirs de la couronne. Il devait se dire qu'il détruisait ainsi l'héritage de ses illustres ancêtres, qu'il entendait transmettre à son héritier.


Citer :
je ne suis pas certain qu'il ait vu la guillotine ou simplement l'emprisonnement et la destitution, se profiler à l'horizon.
En fait, le roi a dû distinguer deux factions : d'une part, l'assemblée nationale, puis constituante, qui entend le déposséder, et se place sur le terrain du droit, et à laquelle il s'oppose ; de l'autre, le peuple de Paris, fanatisé par les clubs, qui menace toujours de l'émeute et du massacre.
Les rapports entre les deux sont troubles. En prenant la Bastille, et en échappant à la repression, c'est le peuple qui fonde le pouvoir de la constituante. Mais s'il devient incontrôlable, cette dernière paraîtra inutile.

Ce qui me choque dans tout cela, c'est la disparition de tout parti favorable au roi. Aucun noble et aucun ecclésiastique ne rassemble la moindre faction. Seule la Vendée résistera à l'établissement d'un nouvel ordre, qui ne va pa de soi - du point de vue d'un paysan de la campagne profonde, quelle légitimité accorder à des députés choisis on ne sait trop comment ?

On a l'impression que les partisans du roi plongent sous terre, sortiront le nez après Thermidor, puis sortiront après Waterloo pour lancer courageusement la terreur blanche.

La restauration prouvera que le roi peut s'accomoder d'une assemblée, à condition de disposer d'un parti royaliste pour y faire valoir ses intérêts.

Mais où est ce parti en 1789 ?!

Pour Varennes, qui doit être traitée autre part sur ce forum, il me semble qur Louis XVI, persuadé que seul Paris lui était hostile, ne souhaitait pas quitter la France et avait cessé de se cacher dès la sortie de la capitale.

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Message Publié : 18 Déc 2019 11:19 
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Salluste
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Nebuchadnezar a écrit :
...

Ce qui me choque dans tout cela, c'est la disparition de tout parti favorable au roi. Aucun noble et aucun ecclésiastique ne rassemble la moindre faction. Seule la Vendée résistera à l'établissement d'un nouvel ordre, qui ne va pa de soi - du point de vue d'un paysan de la campagne profonde, quelle légitimité accorder à des députés choisis on ne sait trop comment ?

...


Mais la Vendée ne se soulève-t-elle pas avant tout contre la conscription et la sécularisation du clergé? Les pouvoirs et le sorts du roi y apparaissent peut-être par radicalisation mais ils ne me semble pas la cause première de la révolte.

Comme vous le dites, le roi n'a aucun réel soutien. La disparition de l'ancien régime est immédiatement acceptée par tous et c'est pour son remplacement que l'on se bat.


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Message Publié : 18 Déc 2019 11:38 
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Nebuchadnezar a écrit :
Seule la Vendée résistera à l'établissement d'un nouvel ordre, qui ne va pa de soi - du point de vue d'un paysan de la campagne profonde, quelle légitimité accorder à des députés choisis on ne sait trop comment ?

Je vous reprends juste sur ce détail.

Tout témoigne au contraire, que la convocation des Etats Généraux, le choix des députés du Tiers-Etat, et sans doute plus encore la rédaction des cahiers de doléances ont été très suivis par le peuple, et en particulier les paysans, peut-être plus affectés qu'en ville par les privilèges nobiliaires.

La rédaction des cahiers de doléance se fait avec l'aide de gens sachant écrire, une évidence qui pointe sur certains métiers, des gens respectés, en tous cas. A la campagne, c'est fréquemment le bas clergé qui prend la plume : socialement, il est plus proche de ses paysans que de son évêque.
Les cahiers de doléances présentent des points communs, avec parfois des privilèges locaux curieux et détestés.
En tous cas, les délégués du Tiers ne tombent pas du ciel : ces Constituants, on les connait, parce qu'on les a choisis.
En revanche, les Cahiers ne contiennent pas d'attaques contre le roi. (Sauf sur le plan fiscal, mais ça ne désigne pas sa personne.)

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Message Publié : 18 Déc 2019 19:58 
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Philippe de Commines
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bina bang a écrit :
Mais la Vendée ne se soulève-t-elle pas avant tout contre la conscription et la sécularisation du clergé? Les pouvoirs et le sorts du roi y apparaissent peut-être par radicalisation mais ils ne me semble pas la cause première de la révolte
Effectivement, la place du roi n'est que le point d'orgue de la réorganisation du système dont il constitue la clé de voûte. Et je m'étonnr que cette réorganisation n'ait pas rencontré plus d'opposition.
Pierma a écrit :
Tout témoigne au contraire, que la convocation des Etats Généraux, le choix des députés du Tiers-Etat, et sans doute plus encore la rédaction des cahiers de doléances ont été très suivis par le peuple, et en particulier les paysans, peut-être plus affectés qu'en ville par les privilèges nobiliaires.
Excellent ! Je n'avais pas réalisé que le travail d'élaboration des cahiers avait joué un rôle dans la maturation de la légitimité des députés.

Dans d'autres pays et même aujourd'hui quand la démocratie est un régime imposé de l'extérieur, les légitimités tribales ou féodales peuvent se révéler très solides.

Pour ce qui est du rôle du roi, il n'a peut-être pas tort de refuser un rôle purement honorifique. D'autant plus qu'il n'y a pas en France de rôle de chef religieux ou de dieu vivant. La question va alimenter les débats durant tout le xixe siècle. Je pense à Guizot : 'le trône n'est pas un fauteuil vide.' Et d'une certaine manière, les institutions de la 5e republique vont lui donner raison, ainsi qu'à Louis Xvi :wink:
Qu'en pensez-vous ?

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Message Publié : 19 Déc 2019 9:11 
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Thucydide
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Je pense que vous avez raison. On dit souvent que la Veme république est une monarchie républicaine. Il suffit de voir l'évolution entre les différentes républiques. On passe d'un régime parlementaire à un régime présidentiel (Je simplifie).

Par contre, je me demande si la France est une exception lié à son histoire ? Ou bien encore si ce système peut être accepter ailleurs.


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Message Publié : 19 Déc 2019 9:30 
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Eginhard
Eginhard

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Pierma a écrit :
Tout témoigne au contraire, que la convocation des Etats Généraux, le choix des députés du Tiers-Etat, et sans doute plus encore la rédaction des cahiers de doléances ont été très suivis par le peuple, et en particulier les paysans, peut-être plus affectés qu'en ville par les privilèges nobiliaires.

La rédaction des cahiers de doléance se fait avec l'aide de gens sachant écrire, une évidence qui pointe sur certains métiers, des gens respectés, en tous cas.
La rédaction des cahiers est le fait d'officiers royaux, de notaires et d'avocats. Ces 3 métiers représentent un majorité écrasante des présidences de réunion. C'est d'ailleurs conforme au règlement électoral du 24 janvier 1789, qui prévoit que les assemblées dites "primaires" doivent être présidées par un juge ou un officier public. Recensement fait, on voit que ces 3 métiers président à 98,5% des réunions dans le bailliage d'Orléans, 90% dans celui de Draguignan, 77% à Troyes... à l'échelle nationale, on est à 90%.

Cela a eu une conséquence: si les cahiers "primaires" (environ 60 000) sont d'une grande et sincère diversité, les synthèses qui en ont été faites en 1789 sont au contraire très lissées, nous dirions aujourd'hui conformistes. Passées au crible du "politiquement correct" de ce temps, comprendre ici les aspirations et l'herméneutique de la classe bourgeoise.

J'ajoute qu'il m'est déjà arrivé de dépouiller et rédiger des synthèses de sondages qualitatifs sur lesquels j'avais une opinion personnelle. Et bien, c'est humain, mais sans mentir le moins du monde, sans tricher sur les occurrences, j'en venais naturellement à présenter les choses sous le jour qui m'intéressait davantage.
Ainsi, dire: "je suis satisfait aujourd'hui mais je garde des inquiétudes pour l'avenir", dans une synthèse, cela ne pèse pas la même chose que "je garde des inquiétudes pour l'avenir, mais pour l'heure, je suis satisfait".

Pierma a écrit :
En tous cas, les délégués du Tiers ne tombent pas du ciel : ces Constituants, on les connait, parce qu'on les a choisis.
Exact, mais choisis ne veut pas forcément dire représentatifs, loin s'en faut. La sociologie des députés du Tiers a été longuement étudiée. Sur 578 députés, il y a 200 hommes de Loi, 100 commerçants et banquiers, 0 paysan, 0 artisan.
Dans mon bled de Corrèze, voici les 4 députés du Tiers:
1. Antoine Melon, seigneur de la Bellange et autres lieux; président du présidial, lieutenant général de la sénéchaussée de Tulle.
2. Gabriel Malès, avocat à Brive.
3. Gabriel Delort de Puymalie, lieutenant particulier au sénéchal d'Uzerche. (Son château de Puymalie est en face de mes fenêtres)
4. Pierre Ludière, avocat à Tulle.

Pour faire remonter les intérêts des paysans qui forment 90% de la population... bref, vous m'avez compris.
Sans remettre en cause la bonne foi de ces représentants, certainement choisis parce qu'ils étaient dignes de confiance.


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Message Publié : 19 Déc 2019 9:37 
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Jules Michelet
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Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Anetharn a écrit :
Je pense que vous avez raison. On dit souvent que la Veme république est une monarchie républicaine. Il suffit de voir l'évolution entre les différentes républiques. On passe d'un régime parlementaire à un régime présidentiel (Je simplifie).

Par contre, je me demande si la France est une exception lié à son histoire ? Ou bien encore si ce système peut être accepter ailleurs.


Ma vision est complètement différente.

La Vè République est d'essence bonapartiste : la légitimité du Président vient du choix du Peuple. Elle s'évanouit à la fin du mandat - ou en cas d'échec à un scrutin majeur (1969).

L'ancienne monarchie n'était pas seulement une constitution politique (la fameuse monarchie "absolue" bien mal nommée) mais aussi et surtout une structure religieuse et sociale : Le Roi, sacré à Reims, héritier de Saint Louis par le sang, de Charlemagne et Clovis par l'Esprit, était le garant d'un écheveau complexe de privilèges (religieux, sociaux, géographiques...) issus de traditions immémoriales (ou presque - car en pratique il pouvait y avoir des évolutions relativement récentes (comme la disparition des Etats généraux après 1614).

Ces traditions et cette complexité excluaient l'existence d'un [u]Peuple uni[/u], composé de citoyens aptes à choisir leurs dirigeants. Il n'y avait pas de Peuple français en droit mais un Roi, des évêques, des prêtres, des abbés monastiques, des ducs et pairs, des gentilshommes, des parlementaires, des marchands drapiers, , des soldats, des paysans, des mendiants, des Parisiens, des Marseillais, des Gascons, ...

La crise de 1788 s'explique peut-être par la convergences de deux luttes. Celle, bien connue, de ceux qui ne supportaient plus l'archaisme (ou les archaismes) de l'ancien régime et aspiraient à une société juste et efficace fondée sur la raison. Et celle, moins connue, de ceux qui trouvaient que la monarchie "absolue" était au contraire devenue trop moderne, trop éloignée de ses traditions fondatrices !


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Message Publié : 19 Déc 2019 9:43 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Vézère a écrit :
...choisis ne veut pas forcément dire représentatifs, loin s'en faut.
Oui et d'autant plus que, si je ne fais pas erreur, il était entendu que le mandat des députés aux Etats-Généraux n'était pas représentatif mais impératif.


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Message Publié : 19 Déc 2019 9:50 
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Eginhard
Eginhard

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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Nebuchadnezar a écrit :
Pour Varennes, qui doit être traitée autre part sur ce forum, il me semble qur Louis XVI, persuadé que seul Paris lui était hostile, ne souhaitait pas quitter la France et avait cessé de se cacher dès la sortie de la capitale.
Pour moi, cela est du même ordre que ce que nous avons relevé plus haut: une vie encagée à Versailles, pas d'expérience des choses, pas d'expériences des gens autres que les carpettes flagorneuses de parquets.
S'il avait eu par exemple une expérience militaire (le moins qu'on puisse attendre d'un souverain...), Louis XVI aurait rejoint Montmédy digiti in naso et mis sa famille en sécurité.

Au lieu de cela: et que je m'arrête pour prendre des pauses... et que l'on respire la liberté et le printemps (après des mois oppressants de stress à Paris, il faut bien le reconnaître, les vannes ont dû s'ouvrir)... et que je te cause avec le paysan sur le mode: "ça va t'y mon brave? Cela fera dans les combien des quintaux cette année?"...

On pourrait dire en excuse que son sacre à 20 ans l'a handicapé: son père eut-il vécu, il aurait eu plus d'années pour se former et apprendre la vie. Mais je ne le crois même pas: en ce temps, on pouvait parfaitement être un homme fait à 14 ou 15 ans, surtout quand on mesure pas loin du double-mètre. Ce n'est pas l'éducation qui avait été prévue pour lui, roi ou dauphin.

Bref, un gâchis. En plus, je suis sûr que l'homme aurait adoré connaître la vie de cantonnement, ou couper du bois incognito, passer du temps en mer ou sur les chantiers navals... Sa femme aurait peut-être moins aimé >:)


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