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Message Publié : 30 Juin 2020 16:15 
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Jules Michelet
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Drouet Cyril a écrit :

Certes ces textes antérieurs à Amiens n’engageaient pas directement la France et l’Angleterre qui, elle, n’était pas signataire ; mais leur non application littérale par Bonaparte amoindrissait aux yeux de ses contradicteurs le poids de sa volonté de voir les Anglais appliquer à la lettre leurs engagements pris à Amiens.



Et ces mêmes Anglais, toujours parallèlement avec l’esprit d’Amiens en tête, se gardèrent bien de ne pas mettre en avant les contradictions de Bonaparte vis à vis de l’application à la lettre des traités. Ainsi, Hawkesbury écrivait à Whitworth, le 14 novembre 1802, à propos des affaires bataves et helvétiques :

« A l'époque où la paix fut conclue, le Gouvernement français était tenu par les engagements les plus sacrés à respecter l'indépendance des Républiques helvétique et batave, et à laisser ces peuples choisir la forme de gouvernement qui leur plairait: que la violation de ce droit dans le peuple suisse, et l'invasion de son territoire, malgré les représentations que Sa Majesté a faites en leur faveur, produit une altération très matérielle dans l'état des engagements contractés depuis la conclusion du traité définitif, et ajoute considérablement à l'influence et au pouvoir de la France, au préjudice d'un état reconnu alors indépendant: que la conduite du gouvernement français envers la République batave, n'est pas moins digne de reproches; que l'indépendance de cette République avait été reconnue et par le traité de Lunéville, et par celui de la Haye dans l'année 1795; que par le traité de la Haye, le Gouvernement français ne devait conserver des garnisons de ce pays que jusqu'à la paix générale : que par une convention signée au mois d'août 1801, les troupes françaises devaient y rester jusqu'à la conclusion du traité définitif de paix entre la Grande-Bretagne et la France: que les troupes françaises n'ont point encore à ce moment, évacué la Hollande ; et qu'il paraît que le Premier Consul a déclaré dernièrement, qu'en cas de divisions entre les habitants de ce pays, au sujet de leur gouvernement intérieur, il ferait marcher toute son armée pour les supprimer: que c'est là une violation manifeste de l'indépendance de la République batave, et que Sa Majesté a le droit de s'interposer dans cette occasion, puisqu'Elle a consenti à faire de nombreuses et importantes restitutions au Gouvernement batave dans le traité de paix, en considération de ce que ce gouvernement devait être indépendant, et affranchi de toute domination étrangère. »
(Hawkesbury à Whitworth, 14 novembre 1802)



Ces arguments ne furent guère du goût de Bonaparte.

Il balaya ceux concernant la Suisse de cette manière :
«  J'allais parler de l'augmentation de son influence [...], depuis le traité d'Amiens ; lorsque [Bonaparte] m'interrompit pour me dire : “Je suppose que vous avez en vue […] la Suisse ; ce sont des bagatelles. On aurait dû le prévoir pendant le cours de la négociation; vous n'avez pas le droit d'en parler à cette heure.” »
(Whitworth à Hawkesbury, 21 février 1803)



Et se chargea ainsi de ceux relatifs à la Hollande :
«  Quant à l'évacuation de la Hollande par les troupes françaises, le Premier Consul n'a point de difficulté à faire répéter par le soussigné, que les troupes Françaises évacueront la Hollande dès l'instant où les stipulations du Traité d'Amiens pour chacune des parties du monde seront exécutées. »
(Talleyrand à Whitworth, 2 mai 1803)

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Message Publié : 30 Juin 2020 20:01 
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La réponse de Bonaparte à propos de la Suisse est pour le moins osée ("ce sont des broutilles") et abrupte. ("Vous n'avez pas le droit d'en parler ici.")

A propos de la Hollande, elle s'en tient à la lettre des traités... mais c'est la Hollande. (Autrement dit un enjeu important vu de Londres.)

On peut se demander s'il a mesuré quel adversaire pourrait devenir l'Angleterre...

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Message Publié : 01 Juil 2020 15:25 
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Jules Michelet
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Pierma a écrit :
La réponse de Bonaparte à propos de la Suisse est pour le moins osée ("ce sont des broutilles") et abrupte. ("Vous n'avez pas le droit d'en parler ici.")


On se trouve ici dans la droite ligne des directives lancées le 4 novembre 1802 par Bonaparte à Talleyrand
« Vous devez, Citoyen Ministre, faire connaître au citoyen Otto ainsi qu'au général Andréossy […] que le roi d'Angleterre n'ayant voulu reconnaître ni la République italienne, ni la République ligurienne, ni la République helvétique, l'état du continent ne pouvait être garanti par l'Angleterre, puisqu'elle ne le reconnaissait pas ; que le traité d'Amiens n'en parle d'aucune manière, et dès lors l'Angleterre n'a rien à demander en bon droit ; […] que, quant à la Suisse, nous ne souffrirons pas que l'Angleterre s'en mêle, parce qu'elle ne s'en occuperait que pour y semer le désordre ; ce serait un nouveau Jersey d'où l'on fomenterait des troubles contre la France. »

Pourtant, le 25 juillet 1802, plusieurs semaines avant la médiation armée lancée fin octobre de la même année afin de mettre fin aux troubles touchant la république helvétique, Bonaparte tenait à tout autre discours :
« Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître, par une circulaire, à nos ministres à Londres, Vienne, Pétersbourg, Berlin, Munich, que les troupes françaises viennent d'évacuer la Suisse, en laissant une indépendance entière et absolue à cette république
[…]
Je désire que la nouvelle de l'évacuation de [cet] État soit annoncée avec pompe et retentisse dans toute l'Europe, comme une preuve du peu d'ambition et de la modération du Gouvernement français. »


Les bruits de bottes et l’ingérence dans les affaires suisses revinrent cependant bien vite, et il fallut expliquer cette politique, comme ici, lors des allocutions prononcées par Bonaparte face aux députés suisses les 10 et 11 décembre 1802 :

« La politique de la Suisse a toujours été considérée, en Europe, comme faisant partie de la politique de la France, de la Savoie et du Milanais, parce que la manière d'exister de la Suisse est entièrement liée à la sûreté de ces Etats. Le premier devoir, le devoir le plus essentiel du Gouvernement français, sera toujours de veiller à ce qu'un système hostile ne prévale point parmi vous, et que des hommes dévoués à ses ennemis ne parviennent pas à se mettre à la tête de vos affaires. Il convient non-seulement qu'il n'existe aucun motif d'inquiétude pour la portion de notre frontière qui est ouverte et que vous couvrez, mais que tout nous assure encore que, si votre neutralité était forcée, le bon esprit de votre gouvernement ainsi que l'intérêt de votre nation vous rangeraient plutôt du côté des intérêts de la France que contre eux. »

Ceci pour le rôle de la France et cela pour celui de l’Angleterre :
« A l'égard des Anglais, ils n'ont rien à faire en Suisse. Je ne puis souffrir que la Suisse soit un autre Guernesey à côté de l'Alsace. Il faut que l'Angleterre ne puisse entretenir en Suisse un seul homme suspect. Elle ne peut avoir là d'émissaires que contre la France. Ce sont eux qui ont fomenté tous vos troubles; vous avez vu, dans une des dernières séances du parlement, qu'un émissaire de Londres, établi à Constance, avait excité votre dernière insurrection. Il faut que, pour ce qui regarde la France, la Suisse soit française, comme tous les pays qui confinent à la France. »

Vaste programme…
Autant dire que les réclamations de l’ambassadeur anglais relativement aux affaires suisses avaient bien peu de chances de trouver une oreille conciliante chez Bonaparte.




Pierma a écrit :
A propos de la Hollande, elle s'en tient à la lettre des traités... mais c'est la Hollande. (Autrement dit un enjeu important vu de Londres.)


Effet, comme dit plus haut, du point de vue de Paris, on pouvait considérer que la « conclusion définitive de la paix avec l’Angleterre » (et en conséquence le respect de la convention qui y était liée), ne pouvait être regardée comme effective qu’à partir du moment où le traité sur lequel s’appuyait ladite paix était respecté ; or comme certains articles n’étaient pas encore exécutés par Londres, la paix restait en suspend et ne pouvait pas être vue comme établie.
Néanmoins, les Anglais pouvaient toujours rétorquer que s’ils avaient traité à Amiens avec la république batave, notamment en lui rétrocédant des colonies, c’est qu’ils voyaient en cette république un état indépendant et non sous tutelle de la France.
Le souci dans toute cette histoire c’est que les troupes en question n’étaient pas, vu de Paris, amenées à rester indéfiniment en Hollande et qu’elles étaient au contraire destinées à être transportées en Louisiane. L’expédition devait faire voile fin septembre, mais retardées, elle s’était vue bloquée par les glaces hivernales.

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Message Publié : 02 Juil 2020 16:56 
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Drouet Cyril a écrit :
Il faut cependant relativiser cet attachement à la lettre sur lequel s’arc-bouta Bonaparte.
En effet, si on reste dans le contexte des négociations diplomatiques postérieures au traité d’Amiens, on peut noter que Bonaparte n’appliqua pas vraiment à lettre, comme il l’exigeait des Anglais vis à vis d’Amiens, deux textes :
-la convention de La Haye, en maintenant des troupes en république batave malgré l’article 2 : « Ces troupes, prises du nombre de celles qui se trouvent actuellement en Batavie, y resteront comme auxiliaires jusqu'à la conclusion définitive de la paix avec l'Angleterre. »
-le traité de Lunéville, en s’ingérant dans les affaires suisses malgré l’article 11 : « Les Parties contractantes se garantissent mutuellement l'indépendance [de la] République [helvétique], et la faculté aux peuples qui [l’] habit[e] d'adopter telle forme de gouvernement qu'ils jugeront convenable »)

Certes ces textes antérieurs à Amiens n’engageaient pas directement la France et l’Angleterre qui, elle, n’était pas signataire ; mais leur non application littérale par Bonaparte amoindrissait aux yeux de ses contradicteurs le poids de sa volonté de voir les Anglais appliquer à la lettre leurs engagements pris à Amiens.


Outre les questions hollandaise et suisse qui furent très souvent l’objet des désaccords franco-britanniques relatifs à l’application « à la lettre » du traité d’Amiens, on peut aussi citer le Piémont et son annexion par la France.
Si ce point fut plus abordé du point de vue de « l’esprit » du traité et des compensations attendues outre-Manche, là encore, on accusa Bonaparte de ne pas respecter ses engagements.
Ainsi, le 18 mai 1803, le roi Georges III tint ces mots face aux deux chambres du Parlement :
« On a annexé au territoire de la France le Piémont […] sans faire aucune provision au roi de Sardaigne, qu’on a dépouillé de la partie la plus importante de ses états, quoiqu’on eût contracté avec l’Empereur de Russie l’engagement solennel de songer à ses intérêts, et de pourvoir à son établissement. »


Sans doute s’agit-il d’une référence à la convention franco-russe du 10 octobre 1801 qui disait ceci dans son article 6 :
« Le Premier Consul de la République française et S.M. l’Empereur de toutes les Russies s’occuperont à l’amiable et de gré à gré des intérêts de S.M. le roi de Sardaigne et y auront tous les égards compatibles avec l’état actuel des choses. »


Or, à la date de la déclaration du roi Georges III, Bonaparte, même si cela n’avait rien donné, avait bien entamé des démarches vis à vis du roi de Sardaigne. Ainsi, le 16 mars 1803, Bonaparte faisait écrire à Hédouville, son ambassadeur à Saint-Pétersbourg :
« Nous venons de proposer à M. de Markof un arrangement relatif au roi de Sardaigne; et, pour une prompte conclusion, au lieu du Siennois, qui exige une négociation préparatoire avec la cour d'Espagne, nous avons offert de lui procurer l'état de Lucques, Massa-Carrara et les deux bailliages ou enclaves toscanes qui se lient à Massa-Carrara, en y ajoutant la partie qui sépare l'état de Lucques de ces deux bailliages. Cette partie peu considérable appartient à la République italienne et était une dépendance de Modène. Le tout forme 50 000 hommes de plus que le Siennois et les Présides. L'état est plus complet, les établissements plus préparés et le pays meilleur.
M. de Markof a écrit dans ce sens au roi de Sardaigne, et il lui a demandé sa renonciation, sans laquelle le Premier Consul ne veut rien faire. »

Ce dernier point était essentiel au roi Victor-Emmanuel Ier et les négociations avec l’ambassadeur russe ne purent être menées à bien.
Bonaparte n’entendait en effet pas lâcher un Piémont réuni à la France depuis six mois. La lettre du 29 août 1802 écrite à Saint-Marsan donnait le ton :
« Le Piémont ne peut plus appartenir au duc d'Aoste [Victor-Emmanuel Ier, roi depuis le 8 juin précédent suite à l’abdication de son frère Charles-Emmanuel IV]. Au moment où vous recevrez cette lettre, la loi de réunion des six départements du Piémont au territoire de la République aura été rendue [15 septembre 1802].
[...]
Le Piémont est nécessaire à la France, la Maison d'Autriche possédant l’État de Venise; la loi d'incorporation engagerait la nation à soutenir une guerre, s'il le fallait, pour s'en assurer la possession. Mais, bien loin d'en venir là, les puissances ne prennent aucun intérêt à voir rétablir un roi qui, se trouvant placé entre quatre républiques plus puissantes que lui, serait un sujet de troubles pour l'Europe, qui a cependant besoin de repos et de tranquillité. »

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Message Publié : 02 Juil 2020 18:39 
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Tout cela est passionnant.

L'ensemble donne l'impression d'un réseau de traités et de conventions dont le respect strict dépend pour chacun de l'achèvement des dispositions des autres.

On peut y ajouter que les délais de mise en oeuvre de ces dispositions, les délais du courrier (dialoguer avec Saint Petersbourg !) et du retour d'information sur les échanges de vive voix des ambassadeurs, tout cela rend l'ensemble inextricable, avec les inévitables malentendus associés.

Par exemple Bonaparte a bien l'intention de sortir sa flotte de Hollande, ou de dédommager le roi du Piémont - J'ignore si le dédommagement est à la hauteur des annexions françaises - mais les Anglais n'ont aucun moyen de le deviner.

Je note que dans ces conditions, le choix anglais de s'appuyer sur l'esprit du traité tombe forcément sur des blocages qui leur permettent d'affirmer que Bonaparte ne le respecte pas, alors que c'est dû pour une part à un simple manque d'informations, ou à des délais inévitables.

Je pense qu'une situation pareille ne peut être dénouée que de deux façons : soit l'un des contractants (les deux si possible) choisit de faire preuve de bonne volonté et de transparence, applique les dispositions prévues sans condition et signale les raisons qui l'empêchent de mettre en oeuvre tel ou tel point, etc... soit on met tous les contractants des différents traités autour d'une table.

Faute de tenter l'une ou l'autre solution, les choses ne peuvent que mal tourner.

Je trouve également Napoléon très impérieux (est-ce bien prudent d'exiger publiquement que la Suisse devienne une république amie, alors que le traité laisse aux Suisses pleine liberté sur leur mode de gouvernement ?) et je me demande s'il ne fait pas l'erreur de sous-estimer l'Angleterre... (Parce qu'il est persuadé à cette époque de disposer d'une marine à la hauteur ? Parce qu'il ne craint aucune coalition ?)

J'ai encore une question, Cyril. (J'abuse du sujet ouvert pour demander des éclairages...) :wink:
La prochaine coalition reste à venir, mais la participation de la Russie à celle-ci va-t-elle reposer sur des doléances justifiées ou sur la simple hostilité envers la France ?

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Message Publié : 21 Juil 2020 16:18 
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Je reviens sur ce sujet pour remercier Cyril, qui a fourni un éclairage complet sur un sujet qui me taraudait de longue date, et sur lequel il n'était pas facile de voir clair. Merci en particulier pour l'exhaustivité des extraits et citations nécessaires pour s'y retrouver.

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Message Publié : 21 Juil 2020 21:47 
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Jules Michelet
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Il y a encore beaucoup à dire et je reviendrai sur votre message du 2 juillet, mais je suis un peu à court de temps... :wink:

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Message Publié : 13 Août 2020 19:42 
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Fustel de Coulanges
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Thierry Lentz propose une analyse de la diplomatie consulaire et impériale que je trouve assez éclairante.

C'est à voir ici avec balise youtube
[ytube]
https://m.youtube.com/v/G7_qOWLXGFE[/ytube]

Sans balise
https://m.youtube.com/v/G7_qOWLXGFE


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Message Publié : 13 Août 2020 20:20 
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Fustel de Coulanges
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Je signale Deux points à retenir deux points : le rôle important de Joseph Bonaparte dans les négociations du consulat et l'imputation claire de la rupture aux Anglais.


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Message Publié : 16 Août 2020 16:00 
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Jules Michelet
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Pierma a écrit :
L'ensemble donne l'impression d'un réseau de traités et de conventions dont le respect strict dépend pour chacun de l'achèvement des dispositions des autres.


Dans le cadre de la rédaction d’un traité, les négociations relatives aux engagements à venir des uns et des autres peuvent se nourrir, afin d’avoir une bonne perception des positions et possibilités de chacun, des engagements passés.
Il faut à ce sujet se référer aux instructions d’Hawkesbury à Whitworth en date du 9 février 1803 : « il n’a jamais été négocié de paix, qu’en se référant à l’état connu de possession des différentes parties, et aux traités ou engagements publics qui les liaient à l’époque où elles concluaient la paix. »
Cette prise en compte pouvait alors, pour des raisons diverses, se matérialiser, ou pas, par des articles précis ; le second cas ouvrant le flanc à l’éventualité de nouvelles sources de conflits.
Sur ce point, concernant la paix d’Amiens, on peut citer par exemple les questions du Piémont et de la Suisse qui vinrent sur le devant de la scène postérieurement aux ratifications, via pour le premier état son annexion sans compensation offerte par Paris à son souverain le roi de Sardaigne comme le stipulait la convention franco-russe du 10 octobre 1801 ; et pour le second, l’acte de médiation établi manu-militari par la France, malgré l’article 6 du traité de Lunéville du 9 février 1801 relatif à l’indépendance helvétique ; deux questions qui n’avaient pas été abordées dans le traité définitif d’Amiens et qui, au final, suscitèrent à Londres une forte inquiétude teintée de colère ; réaction britannique qui fut balayée par Bonaparte ainsi que le rapporta l’ambassadeur Whitworth à Hawkesbury, le 21 février 1803: « On aurait dû le prévoir pendant le cours de la négociation; vous n'avez pas le droit d'en parler à cette heure.»
Fin de non-recevoir illustrant deux lectures bien différentes et fort peu conciliables d’un même traité.

Ces relations entre traités n’envenimèrent d’ailleurs pas seulement la situation entre Londres et Paris dans le cadre de l’interprétation et de l’application du traité d’Amiens ; elles raidirent en effet les liens entre alliés. Je veux ici parler de la question de la présence des troupes françaises en Hollande qui, comme déjà dit, devaient s’en retourner à la conclusion définitive de la paix avec l’Angleterre en vertu de la convention de la Haye du 29 août 1801.
Si Bonaparte était favorable au départ d’une partie du corps auxiliaire afin de la convoyer secrètement vers la Louisiane (avec là aussi un autre traité, ici franco-espagnol, complexe à mettre en exécution : celui d’Aranjuez), il n’était en rien prêt à ne laisser aucune troupe en Hollande. Une telle présence n’était en effet pas seulement une mesure de prudence face au retour de la guerre rendu éventuel par la volonté des Anglais de renégocier Amiens, mais aussi une manière de pérenniser la domination de la France sur la petite république batave ; domination en contradiction avec les traités de paix de la Haye (16 mais 1795) et de Lunéville par lesquels la France reconnaissait et garantissait l’indépendance de son allié, mais domination à laquelle malgré tout tenait tout particulièrement le Premier Consul comme on peut le voir dans la lettre adressée par ce dernier à Talleyrand le 6 octobre 1802 : « Sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux qu’il y ait aucun mouvement en Hollande, ni aucun changement dans le gouvernement ».
Face à de pareilles dispositions, les demandes pressantes des Bataves relatives à l’application de la convention de la Haye ne pouvaient que difficilement être recevables à Paris. Ainsi, le 2 septembre 1802, l’ambassadeur Schimmelpenninck demandait que les engagements de la France, au nom de la paix conclue avec l’Angleterre, soient enfin respectés et l’évacuation des troupes françaises effective. Une telle doléance fut encore renouvelée le 6 décembre de la même année, par le nouvel ambassadeur, Vos van Steenwyk :
« Depuis la signature du traite d'Amiens mon prédécesseur n'a cessé de réclamer auprès du gouvernement français l’exécution de la convention du 29 août 1801. Dans cette convention il est positivement stipulé qu’à l’époque de la paix définitive et générale les troupes françaises évacueront le sol batave. Pressé par le sentiment de d’indépendance nationale, forcé par les circonstances les plus impérieuses qui ne laissent à sa disposition aucun moyen pour subvenir plus longtemps aux dépenses de ces troupes, mon gouvernement a fait jusqu'ici les démarches les plus instantes pour obtenir du premier Consul l'évacuation du territoire batave. Je suis encore chargé, citoyen ministre, de renouveler à cet égard les demandes les plus légitimes, et d'avoir l’honneur de vous prier de vouloir bien les présenter au premier Consul. Sa justice est trop exacte et sa sensibilité trop éclairée pour ne pas apprécier la noblesse et la dignité des motifs qui portent mon gouvernement à solliciter avec tant de persévérance l'accomplissement d'une promesse dont l'exécution ne peut manquer de produire les plus heureux effets dans l'opinion politique de l'Europe. »

A quoi, il fut répondu par Talleyrand dans deux notes non exemptes de menaces destinées à l’ambassadeur français à la Haye :
« La Hollande a presque toujours eu des troupes étrangères à sa solde. Il faut qu'ils calculent bien que, s’ils essayaient de faire un éclat contre le premier Consul, ils commettraient d'abord un acte de la plus haute ingratitude, puisque, s'il est une puissance qui ait tiré quelques avantages de la roideur qu'il a mise dans la négociation de la paix, c'est eux — et que, si le premier Consul pensait une fois qu'ils sont soumis à des instigations anglaises, il leur retirerait sa bienveillance et ne la retournerait jamais.
Dans la circonstance actuelle, la bienveillance du premier Consul leur est utile pour les cas imprévus, elle leur est utile pour leur commerce, car si le premier Consul prohibait la navigation des bâtiments hollandais sur le Rhin, que deviendrait la Hollande ? II est donc essentiel pour eux de se conduire avec réflexion et de ne pas compromettre leur tranquillité à l’instigation d'un parti ennemi de l’Europe et qui voudrait la replonger dans les horreurs de la guerre. »


« [J’]ai fait sentir [au Premier Consul] que c'était l’Angleterre qui poussait à quelque éclat en Batavie pour donner matière aux criailleries du Parlement; que si le gouvernement se laissait aller à des suggestions aussi perfides, et qu'il essayât de réclamer avec ostentation le départ des troupes françaises, il ferait à la fois un acte d'imprévoyance et d'ingratitude ; d'imprévoyance parce que ces troupes qui sont si peu nombreuses qu'elles ne peuvent donner aucun ombrage, forment cependant la seule garantie du repos intérieur de la Hollande et de la stabilité du gouvernement; d'ingratitude, parce que sil est une puissance qui ait tiré avantage de la roideur que le premier Consul a mise dans la négociation de la paix, c'est la Hollande.
Qu'en résultât-il, il faut attendre pour l'entière évacuation des troupes françaises que le traité d'Amiens ait eu sa pleine exécution ; que le Cap et les colonies orientales aient été remises en la possession des Bataves. C'est donc dans cette direction que vous continuerez à agir. »

Les deux républiques finirent cependant par s’entendre et s’accordèrent en janvier 1803 sur le fait que deux demi-brigades françaises (contre cinq à l’origine) seraient maintenues en Hollande pour une durée d’un an. Si cet accord réglait la question de la convention de la Haye, celle de l’indépendance de la Hollande était toujours posée… Et sur ce point, Talleyrand, dans sa missive du 19 janvier adressée à l’ambassadeur de France, restait clair :
« Lorsque dans la discussion on cherche à faire valoir et à mettre en opposition certaines joies d'indépendance, vous devez observer que dans la réalité cette question se réduit à savoir si la France gardera la Belgique, et sans doute on ne croit plus à la Haye que cette conquête lui soit enlevée.
Or tant que la France et la Batavie seront limitrophes, il faut que la Batavie se dévoue à prendre part à toutes les querelles de la France contre l’Angleterre. »


Pour revenir aux relations entre traités, on a pu remarquer plus haut dans la correspondance de Talleyrand qu’à la non application de la convention de la Haye par Paris, la diplomatie française répondait, tant aux Hollandais qu’aux Anglais, par la non application par Londres du traité d’Amiens relatif à la restitution des colonies bataves, et tout particulièrement à celle fort stratégique du Cap.
Pourtant quand Talleyrand coucha sur le papier ce dernier argument (16 décembre 1802), il n’y avait pas lieu de soupçonner que cette dernière place ne serait pas remise à la Hollande. Sur place, les commissaires Mist et Janssens s’apprêtaient d’ailleurs à débarquer (ils le firent le 23 décembre) et à s’accorder avec le gouverneur anglais Dundas. La passation des pouvoirs prévue pour le 1er janvier n’eut cependant pas lieu, Dundas ayant reçu, la veille de la cérémonie, ordre de Londres (rédigé le 17 octobre précédent ; l’annexion du Piémont et la médiation armée en Suisse avaient grandement raidi les positions britanniques) de différer la restitution de la colonie et d’en garder possession jusqu’à nouvel ordre. Finalement (si les tensions franco-anglaises allaient grandissantes, on n’oubliait pas à Londres qu’il convenait de ne pas se mettre à dos la république batave que l’on espérait voir opter pour la neutralité dans un éventuel conflit à venir), un contre-ordre fut envoyé le 16 novembre et réceptionné au Cap le 19 février 1803. Le 21, le drapeau batave flottait enfin sur les fortifications, et les dernières troupes britanniques s’embarquèrent le 2 mars.
Talleyrand, le 30 du même mois, exigea des explications sur les nouvelles annonçant le maintien des troupes anglaises au Cap. A quoi, l’ambassadeur Whitworth, le 7 avril, assura que les ordres avaient été transmis en novembre et qu’en conséquence, en attendant confirmation, il n’y avait pas lieu de douter de la restitution de cette place à la république batave.
Remonter l’Atlantique n’est pas une mince affaire et la nouvelle de la remise de la colonie aux autorités bataves ne put être transmise en Europe que fin avril ; à cette date où le torchon n’en finissait plus de brûler et où l’on marchait à la guerre, la question de l’évacuation de la Hollande, déjà réglé par l’accord franco-batave de janvier, était cependant bel et bien oubliée.
Elle l’était d’autant plus qu’au contraire, un mois plus tôt, le 25 mars, en réaction préventive aux préparatifs militaires britanniques lancés depuis la déclaration du roi Georges III du 8 mars précédent face aux Chambres du Parlement (tout en se plaçant aux premières loges au cas où la décision d’envahir le Hanovre était prise), Bonaparte avait ordonné l’envoi de nouvelles troupes en Hollande. A ce sujet, on peut rappeler que si les deux républiques étaient unies depuis le 16 mai 1795 par le traité d’alliance de La Haye, ce traité n’autorisait cependant pas la France, vu que la guerre n’était pas encore effective, à envoyer des troupes en Hollande.
Ainsi le mois de mars 1803 vit les Hollandais notifier en vain leurs craintes vis à vis de l’arrivée de pareils renforts (van der Goes à Schimmelpenninck, 18 mars 1803) :
« Le gouvernement batave apprend avec la plus vive douleur les craintes conçues par le premier Consul sur la stabilité de la paix; il est plein de confiance dans les mesures qu’adoptera le gouvernement français pour prévenir une rupture ainsi que l’espère encore le premier Consul, rupture qui par les intentions manifestées du premier Consul à l'égard de cette république entrainerait dans le moment actuel non seulement sa ruine totale par la perte de ses vaisseaux et de ses colonies, mais fournirait à l'Angleterre des ressources infinies pour soutenir la guerre. Il supplie toujours le premier Consul de n’envoyer des troupes qu'à l'instant où tout espoir serait évanoui, afin de ne pas porter avant le temps le coup mortel au crédit, aux assurances et au commerce. »

La réponse de Talleyrand le 25 mars à l’ambassadeur hollandais ne souffrait guère de réponse :
« Le soussigné, ministre des relations extérieures, est chargé de faire connaître à monsieur l'ambassadeur de la République batave que les mouvements qui depuis quinze jours présagent une rupture entre la France et l’Angleterre et l'arrivée de deux frégates anglaises devant Helvoetsluys pour s'opposer à la sortie de tout bâtiment français permettent de penser qu'il y a eu en Angleterre des projets sur l’île de Walcheren.
Le premier Consul a donné en conséquence l’ordre à un corps de troupes de se rendre à Breda, de garnir l’île de Walcheren et de se porter dans tous les points du territoire batave qui seraient menacés par des croisières anglaises.
Le gouvernement batave est pénétré sans doute de la nécessité de se tenir en garde, et il n'ignore pas le peu de foi qu'on peut avoir à la parole d'un gouvernement qui a donné l'ordre de réoccuper le Cap en pleine paix et sans aucune déclaration préalable de guerre.
Le premier Consul se repose donc avec toute confiance sur le soin que mettra le gouvernement batave à seconder les mesures prises pour la défense commune, et pour empêcher que le territoire ou le pavillon des deux pays puissent être outragés. »

Une fois les troupes en place, le discours restait le même (Talleyrand à van Steenwijk, 13 avril 1803) :
« Le premier Consul ayant été informé que les troupes hollandaises avaient capitulé au Cap, d’une manière aussi extraordinaire qu'inattendue, et qu'une escadre anglaise s'était présentée devant l’embouchure de la Meuse, c.a.d. sur le rivage et dans les mers même de la Hollande, pour y bloquer l’expédition française, a vu avec un extrême regret que le gouvernement batave n'eût pas fait sur-le-champ des dispositions suffisantes pour mettre l’île de Walcheren, la place de Flessingue et celle d'Helvoetsluys en état de défense; et pour empêcher toute surprise de la part d'une nation dont la conduite est tout à fait inexplicable , il s’est vu forcé à prendre de lui-même les mesures indispensables qu'exigeait la gravité des circonstances.
S'il est un temps pour les négociations et pour les ménagements diplomatiques, il en est un où les gouvernements sages et prévoyants, après avoir fait tout ce qui est compatible avec l’honneur, doivent aller au plus pressé et mettre d'avance à l’abri de toute inquiétude des points faibles et qui se trouvent menacés avant même l’ouverture des hostilités.
D’ailleurs les intérêts propres que la République française a dans Flessingue, n’ont pas permis au premier Consul de négliger aucun moyen d'en assurer la défense. Il a fait partir à la hâte le général de brigade Monnet, et sans lui donner aucune instruction de détail, il l'a chargé de répondre sur sa tête de la sûreté d'une place dont la conservation importe également aux deux Républiques, et le gouvernement batave n'a pu être étonné qu'un officier chargé d'une pareille responsabilité, ait mis quelque rigueur dans l'exécution des ordres qu'il juge nécessaires au salut du poste qui lui est confié. Il eut été plus désirable que le gouvernement batave eût déjà pris de son côté des mesures plus efficaces pour la défense des côtes, pour la sûreté du port et des chantiers d'Helvoetsluys, menacés par la présence d'une croisière qui ne peut avoir que des vues hostiles.
Le gouvernement batave n'a pu oublier que les troupes françaises avaient effectivement évacué la Batavie, que celles restées sous les ordres du général Victor et destinées pour la Louisiane n'avaient été retenues que par les glaces, que les deux brigades demeurées à Breda sous les ordres du général Montrichard devaient quitter la Hollande au moment où l’on eût appris l'exécution du traité d'Amiens et l’entière évacuation des postes qui devaient être remis aux Bataves. Les dispositions différentes qui ont eu ou qui auront lieu, sont et seront la conséquence de la conduite de l’Angleterre.
Le premier Consul essaye tous les moyens qui peuvent empêcher le renouvellement de la guerre, et parmi les raisons qui lui inspirent l’extrême modération qu'il porte dans cette querelle, il faut mettre en première ligne le sentiment qu'il a des pertes que pourrait éprouver la Batavie par la reprise des hostilités. Rien de ce qui intéresse cette puissance ne peut être étranger au gouvernement français, et il se fait une loi d'y veiller. Mais si enfin le gouvernement britannique veut la guerre, elle ne pourra être évitée, et il ne restera aux alliés qu'à se confier à la justice de leur cause et à l’énergie de leurs peuples. Les troupes hollandaises ne pouvant suffire à défendre le pays contre les incursions de l’Angleterre, la France sera empressée d'y pourvoir, et certainement la Batavie ne pourra manquer de mettre la confiance la plus entière dans les mesures prises par le gouvernement français, et montrera un vif désir de les seconder pour assurer le succès de la cause commune. »

Ainsi, quoiqu’en dise le traité franco-batave de 1795, les Hollandais devaient se soumettre à la volonté leur puissant allié.
Par ailleurs, si les forces françaises présentes en république batave en vertu de la convention de la Haye inquiétaient déjà fortement les Anglais, de tels renforts ne purent qu’augmenter leur courroux et l’exigence de l’évacuation de la Hollande apparut logiquement dans l’ultimatum britannique lancé le 26 avril. La réponse vint le 2 mai : à l’indépendance de la république batave passablement écornée dénoncée par Londres – traité contre traité - Paris répondait que « les troupes françaises évacueront la Hollande dès l’instant où les stipulations du traité d’Amiens, pour chacune des parties du monde, seront exécutées. »
Le serpent se mordait la queue… Dix jours plus tard, Witworth quittait Paris.



On a vu comment selon l’appréciation des uns ou des autres, les traités internationaux se devaient ou non d’interagir. Cette règle pouvait cependant avoir des applications variables.
Ainsi, si au final, les affaires suisse, piémontaise et batave prirent une grande importance au nom des engagements contractés antérieurement à Amiens par la France et au nom de ce que Londres nommait l’esprit d’Amiens ; dans un premier temps, au contraire, les Anglais affirmèrent qu’ils étaient prêts malgré tout à ne pas faire cas de ces questions, et, qu’en conséquence, l’évacuation de Malte pouvait avoir lieu.
En somme la première source de conflit entre la France et le Royaume-Uni pouvait être réglé, et ce, malgré les engagements non tenus par Paris. Difficile donc d’y voir clair dans cette approche variable avec le temps, où le traité franco-autrichien de Lunéville, la convention franco-russe de Paris et la convention franco-batave de La Haye pouvaient être jugés à Londres, selon le moment, comme composantes négligeables ou essentielles.
A moins qu’il ne s’agisse ici que de mots et de ruse diplomatique, car comme chacun sait, les Anglais n’évacuèrent pas Malte. En effet, s’ils prétendirent s’asseoir sur les engagements pris par la France à Lunéville, à Paris et à La Haye, et être finalement prêts à quitter l’archipel maltais, ils signifièrent dans le même élan qu’ils n’en feraient rien à cause de la publication dans le Moniteur du 30 janvier 1803 du rapport Sébastiani (rapport de Whitworth à Hawkesbury le 17 février 1803, suite à son entretien avec Talleyrand le 13 du même mois) :
« Il m'aurait été donné des instructions qui m'auraient autorisé à déclarer que Sa Majesté était prête à exécuter entièrement l'article X du traité d'Amiens, si la publication officielle du rapport du Colonel Sébastiani au Premier Consul, n'avait pas excité l'attention du Gouvernement de Sa Majesté. Il était inutile de récapituler les particularités de ce rapport très extraordinaire ; mais je lui demandai s'il n'était pas de nature, même en mettant de côté les allusions personnelles qu'il contenait, à exciter la plus grande jalousie dans l'esprit des Ministres de Sa Majesté, et à exiger de leur part toutes les mesures de précaution. Je finis en lui déclarant distinctement qu'il était impossible à Sa Majesté d'entamer aucune discussion ultérieure relativement à Malte, à moins qu'Elle ne reçoive des explications suffisantes à ce sujet du Premier Consul. »


Penchons-nous donc quelque peu sur ce rapport qui fut alors brandi par les Anglais pour expliquer le non-respect « in extremis » de l’article 10 du traité d’Amiens (je reprends ici les passages ayant provoqué le courroux des Britanniques : les accusations vis à vis de Stuart, l’éventualité d’une nouvelle campagne d’Egypte et l’avenir de la république des Sept-Iles) :
« [Le 16 octobre 1802] je suis arrivé à Alexandrie. Le même jour je me suis rendu chez le général Stuart, commandant les forces anglaises de terre et de mer. Je lui ai communiqué l'ordre du ministre des relations extérieures, qui m'enjoignait de me rendre à Alexandrie, et si les Anglais occupaient encore la place, de demander une prompte évacuation, et l'exécution du traité d'Amiens.
D'abord le général Stuart me dit que l'évacuation de la place aurait lieu sous peu ; mais voyant que j'insistais, et que je désirais une réponse moins vague, il me déclara qu'il n'avait aucun ordre de sa cour de quitter Alexandrie, et qu'il croyait même y passer l'hiver.
Le général Stuart est un homme d'un esprit médiocre. Il a pour aide-de-camp un émigré français, appelé le chevalier de Sades, homme d'esprit, ennemi de la France ; il a beaucoup d'influence sur le général.
[...]
Le 29 , en revenant du fort Dupuy [au Caire], un soldat me menace de son attagan, Comme il avait l'air ivre, et que les habitants de la ville témoignaient hautement leur indignation contre lui, je ne m'arrêtai point à ses menaces, et je continuai ma route. Un moment après, passe à cheval devant moi Mustapha Oukil, un des premiers de la ville. En passant, il reproche à mes saïs de marcher devant un chrétien, et surtout devant un Français, et les menace de la bastonnade après mon départ. Je crus ne devoir pas garder le silence sur une pareille insulte; et, rentré chez moi, j'envoyai le citoyen Jaubert auprès du pacha, pour me plaindre et demander une prompte réparation. Je lui déclarai que j'entendais que cet homme se rendît chez moi publiquement, pour me demander pardon, se mettre à ma disposition, et implorer ma pitié. Il se trouva que Mustapha était très-protégé du pacha, et l'on chercha à arranger la chose autrement; mais j'insistai en déclarant formellement au pacha, que si cette réparation n'avait pas lieu de la manière dont je l'avais demandée, je partirais sur-le-champ, et que j'écrirais immédiatement à Paris et à Constantinople, pour me plaindre. Cette déclaration produisit tout l'effet que j'en attendais, et Mustapha effrayé se rendit le lendemain chez moi, conduit par M. Rosetti, me demanda publiquement pardon et se mit à ma disposition. Je lui dis que mon premier mouvement avait été de lui faire trancher la tête, et que je n'avais accordé sa vie qu'aux sollicitations du pacha et de M. Rosetti ; mais que, s'il lui arrivait dorénavant d'insulter des Français ou des gens de leur suite, sa perte serait inévitable.
Cette affaire, qui se divulgua à l'instant dans la ville, produisit le meilleur effet. Le même jour on chercha à exciter les Albanais contre moi. Deux lettres venant de Rosette, et écrites par des protégés anglais, assuraient que l'on avait signalé, sur les côtes de la Natolie, une flotte française de trois cents voiles ; que nous marchions sur Constantinople, et que mon séjour en Égypte n'avait d'autre but que de les tromper et de les endormir sur leurs dangers. Je fis venir chez moi le négociant qui avait reçu la lettre; je le sommai de me la remettre, ce qu'il fit aussitôt : je l'envoyai à l'instant au pacha lui-même, en lui faisant dire que ces nouvelles absurdes étaient répandues pour occasionner des désordres, et pour chercher à altérer la bonne harmonie qui existait entre la France et la sublime Porte ; que j'en garantissais la fausseté sur ma tête. . Le pacha avait connu le piège, et n'en avait point été la dupe. Il me communiqua même une lettre du général Stuart, qu'il venait de recevoir, et à laquelle était joint un ordre du jour du premier Consul, lors de son commandement de l'armée d'Orient. Cet ordre du jour, du mois de septembre 1798, rappelait aux Égyptiens que Constantinople était tributaire de l'Arabie, et que le temps était venu de rendre au Caire sa suprématie, et de détruire en Orient l'empire des Osmanlis. Le général Stuart priait le pacha du Caire de se bien pénétrer de l'esprit de cet ordre, et de voir après, quelle devait être la sincérité de notre attachement et de notre paix avec les Turcs.
Je fus indigné de voir qu'un militaire d'une des nations les plus policées de l'Europe se dégradât au point de chercher à faire assassiner, au moyen d'insinuations de cette nature. Il a été trompé dans son attente. Le pacha m'a prodigué, jusqu'au moment de mon départ, les traitements les plus flatteurs, et le commissaire anglais au Caire a été témoin de l'attachement de cette ville aux Français.
[…]
Je ne m’écarterai point de la vérité, en assurant que les isles de la Mer Ionienne se déclareront Françaises, dès qu’on le ‘voudra.
[…]
[En guise de conclusion aux observations faites sur l’armée turque:] Il est inutile d'ajouter que ce n'est pas là une armée : ce sont des hommes mal armés, sans discipline, sans confiance dans leurs chefs, et énervés par des excès de débauche. Les chefs ressemblent en tout à leurs soldats : ignorant jusqu'aux premiers éléments de l'art militaire, et conduits uniquement par l'appât des richesses, ils ne songent qu'à s'enrichir et à trouver des moyens de se retirer avec sûreté. Six mille Français suffiraient aujourd'hui pour conquérir l'Égypte. »

Il peut paraître bien imprudent (à noter que peu de temps auparavant avait été publié Outre-Manche le brûlot de Wilson sur la campagne d’Orient) d’avoir permis la parution d’un tel rapport dans un journal officiel comme le Moniteur dans le sens où il était évident qu’il serait fort mal reçu à Londres. Il était cependant bien moins aisé de prévoir que cet article allait être avancé comme un prétexte par les Anglais pour différer l’évacuation de Malte.
Six jours après la publication, Bonaparte faisait d’ailleurs écrire ces mots à son ambassadeur à Londres :
« Vous aurez vu dans le Moniteur le rapport que le colonel Sébastiani a fait de son voyage dans le Levant, et très probablement le ministère anglais n'aura pas manqué de se montrer offensé de l'esprit d'observation qu'a porté cet officier dans l'examen des forces militaires et de relever la phrase où il dit que six mille Français suffiraient pour conquérir l'Egypte.
Il vous aura été facile de répondre à ses observations, et vous aurez dû le faire avec beaucoup de vivacité et de force. Un officier français envoyé pour rétablir les relations commerciales et habituelles de la France avec l'Égypte a dû être étonné de voir que l'armée anglaise n'eût point encore évacué ce pays.
Étranger à la politique, cet officier aura dû considérer comme un commencement d'hostilité une violation aussi manifeste d'un traité de paix aussi solennel; et dès lors son esprit a dû naturellement se livrer à des calculs de guerre et à l'examen des chances qu'elle pourrait présenter, car, en effet, n'est-ce pas provoquer le retour de la guerre que de garder l'Égypte et Malte au mépris des stipulations du traité d'Amiens ? »

A lire cette missive, la publication du rapport revenait à montrer légitimement les griffes face au non-respect du traité d’Amiens de la part de Londres et d’obtenir en réponse les évacuations stipulées lors de la conclusion de la paix.
Au final, les menaces, mêmes de portée limitée, ne firent que rigidifier encore la position anglaise...
A ce propos, les mots que le Premier Consul tint devant l’ambassadeur anglais demandant des explications ne permirent guère d’adoucir les angles :
« Il en vint alors à ce qui regardait l'Egypte, et me dit que s'il avait eu le moindre désir de s'en emparer par la force, il aurait pu y parvenir depuis un mois, en envoyant à Aboukir vingt-cinq mille hommes, qui se seraient emparés de tout le pays, en dépit des quatre mille Anglais qui formaient la garnison, et qui, au lieu d'être un moyen de garantir l'Egypte, lui fournissaient au contraire un prétexte pour s'en emparer; qu'il ne l'avait pas fait, quelque désir qu'il eût d'y établir une colonie, parce qu'il avait jugé que cela ne valait pas la peine de courir les risques d'une guerre, où il paraîtrait l'agresseur, et qui lui offrait peu de chances favorables, d'autant mieux que tôt ou tard l’Égypte tomberait dans les mains des Français, soit par la dissolution de l'empire de Turquie, soit par un arrangement avec la Porte. »

Ainsi, si à Londres, on reconnaissait (seulement pour un temps puisque dans les faits ces arguments revinrent par la suite) pouvoir oublier les manquements de la France au traité de Lunéville, à la convention de Paris et à celle de La Haye, on trouvait au contraire, dans le rapport de Sébastiani, matière à ne pas respecter le traité d’Amiens et tout particulièrement l’un de ses articles les plus importants : celui portant sur Malte. Les Anglais, outre les graves accusations portées sur Stuart, voyaient en effet dans les mots de Sébastiani la preuve (ou tout du moins un faisceau d’éléments suffisamment forts, renforcés d’ailleurs par les propos de Bonaparte concernant l’Égypte) que la France menait une politique visant à violer deux articles du traité d’Amiens, les 8e et 9e :
«-Les territoires, possessions et droits de la sublime Porte, sont maintenus dans leur intégrité, tels qu’ils étaient avant la guerre.
-La République des Sept-Isles est reconnue. »

Le Levant étant menacé (ou considéré comme tel), il convenait donc aux Anglais de s’en montrer les défenseurs (Londres était lié sur ce point avec l’Empire ottoman par le traité de Constantinople du 5 janvier 1799) ; et à ce titre, le maintien de leurs forces à Malte s’imposait.
Mettre en avant les menaces pesant sur l’Égypte et sur la république des Sept-Iles n’était d’ailleurs pas sans laisser indifférent un potentiel allié : la Russie, pour qui des visées françaises sur l’empire Ottoman ne pouvaient être vues qu’avec défiance, et qui avait sous sa protection les îles ioniennes depuis le traité russo-ottoman de Constantinople du 21 mars 1800.

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Message Publié : 16 Août 2020 18:10 
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Suite du post de Drouet Cyril :
(que je fractionne parce qu'il s'étale sur toute la largeur de la page, phénomène bizarre...que nous allons essayer de résoudre.)

Pierma a écrit :
Par exemple Bonaparte a bien l'intention de sortir sa flotte de Hollande, ou de dédommager le roi du Piémont - J'ignore si le dédommagement est à la hauteur des annexions françaises - mais les Anglais n'ont aucun moyen de le deviner.


Pour le Piémont, l’affaire du dédommagement sur lequel la France s’était engagée auprès le Russie, n’a été explicitement évoquée, si je ne m’abuse, que bien tard par les Anglais ; ces derniers abordant dans les premiers temps la question préférentiellement par le biais de l’esprit d’Amiens et de leur volonté d’obtenir, pour eux seuls ici, une compensation en guise de contrepoids au gain de puissance acquis par la France grâce à cette annexion.
En vérité, Bonaparte n’était guère pressé à dédommager le roi de Sardaigne, comme le montre le rapport de l’ambassadeur Markov, en date du 8 août 1802, où le Premier Consul prend avec beaucoup de légèreté les engagements pourtant pris en ce sens auprès du tsar dans le cadre de la convention franco-russe du 10 octobre 1801 :
« C'est à mon grand regret, Sire, que je dois déposer aux pieds de V. M. I. l'extrême chagrin, que j'éprouve en perdant tout espoir d’effectuer quelque chose en faveur du malheureux roi de Sardaigne. La dernière fois, que j'en ai parlé au Premier Consul, il y a mis beaucoup de mauvaise grâce, jusqu'à me dire que cette affaire ne devait pas intéresser plus V. M. I. que ne l’intéressaient lui, Premier Consul, les affaires de Perse. »


Le 21 du même mois, Markov rapportait des dispositions où la probabilité liée à d’éventuels dédommagements territoriaux apparaissait des plus fragiles :
« [Le Premier Consul] me déclara formellement que jamais il ne rendrait le Piémont de gré; que même il ne verrait pas avec plaisir ce prince établi en Italie, où il craindrait de le voir sans cesse occupé du soin de contrarier les vues et les desseins de la France ; mais qu'il s'entendrait volontiers avec S. M. I. à lui procurer quelque autre partie, comme par exemple en Turquie ou en Alger.
Il profita de l'étonnement que m'a causé cette ouverture, pour continuer à me dire qu'il voyait l’empire turc prêt à crouler en Europe ; que dans cette circonstance les puissances, comme la Russie et l’Autriche, qui l'avoisinent, songeront naturellement à se faire leur part de ces débris, et que, pourvu qu'on laissât à la France celles qui lui conviennent, il ne s'opposerait à rien; que s'il ne restait pas de quoi former au roi de Sardaigne un établissement honorable en Grèce, on pourrait se rabattre sur les côtes de l'Afrique, lorsque la puissance barbaresque y serait détruite, à quoi il allait travailler incessamment. Lorsque je lui eus allégué d'un côté l'incertitude de ces futurs contingents et de l'autre le besoin absolu où se trouvait le roi de Sardaigne de recouvrer incessamment une existence convenable à son rang, il s'offrit à y pourvoir, dès qu'il serait rendu à Cagliari; en concluant avec lui un traité formel et en lui assignant pour le présent un traitement de 2 millions de livres tournois par an. »

Bonaparte aurait pu rétorquer aux reproches britanniques qu’il finit bien par entamer des démarches plus concrètes en ce sens début novembre 1802, puis à la mi-mars 1803, ici par l’intermédiaire des Russes, mais sans pouvoir aboutir. La renonciation de Victor-Emmanuel Ier au Piémont (désormais annexé) étant la condition posée, les négociations n’avaient de toutes manières fort peu de chance d’êtres concluantes.



Pour les forces françaises présentes en Hollande, la question est plus complexe. Comme dit plus haut, le principe de Bonaparte, pour des raisons politiques et militaires, n’était pas d’évacuer la totalité de ses forces. S’il consentit à diminuer ce corps auxiliaire, ce fut seulement pour calmer les craintes de l’allié batave et parce qu’une partie de ces troupes était destinée à participer à l’expédition de la Louisiane. Cette expédition étant secrète, il était donc difficile pour Paris de communiquer clairement sur la question, la diplomatie française restant nébuleuse et ne notifiant qu’un départ prochain à destination des colonies.
Malgré tout, le secret fut éventé et, le 29 octobre 1802, Robert Liston, ambassadeur anglais à la Haye, avertissait Hawkesbury qu’une partie des troupes devaient bien s’embarquer pour la Louisiane. L’information fut renouvelée avec plus de précision le 12 novembre suivant.
Malgré tout, cela n’empêcha pas le roi Georges III de lancer cette adresse aux Chambres le 8 mars 1803 :
« En conséquence des armements formidables qui se font dans les ports de France et de Hollande , pendant qu'il existe entre le gouvernement de Sa Majesté et celui de France des discussions dont on ne peut encore prévoir le résultat, Sa Majesté informe la Chambre, qu'animée du désir constant de pourvoir au bien et à la sécurité de ses sujets, elle a jugé nécessaire de faire usage des pouvoirs qui lui sont confiés par un acte du parlement pour convoquer et organiser en corps les milices de ses royaumes, ou telle partie des dites milices que S. M. jugera nécessaire pour la défense et la sûreté de ses états, ne doutant pas que son parlement n'approuve cette mesure. »

Les armements en France et en Hollande étaient imaginaires. Bonaparte concernant la république batave fit la déclaration suivante une semaine plus tard :
« Le Roi d’Angleterre a dit que, la France faisait des préparatifs maritimes immenses : il a été trompé; il n’y a dans les ports de la France aucun armement considérable ; toute la flotte est partie pour Saint-Domingue, et une petite escadre est allé prendre possession de Pondichéry ; quant aux ports de la Hollande compris dans le message, il n’y a qu’un armement commandé par le Général Victor, et toute l’Europe sait sa destination pour la Louisiane. »

A noter qu’à cette date, l’expédition en question était toujours d’actualité. Bonaparte ne donna en effet l’ordre à Barbé-Marbois d’entrer en négociation avec Livingston au sujet de la cession de la colonie aux Etats-Unis que le 11 avril suivant.
Malgré les dénégations françaises, le discours du Roi entraîna immédiatement des mesures militaires Outre-Manche, notamment l’envoi d’une escadre au large de la Hollande, qui en réponse provoquèrent l’envoi de nouveaux renforts français en république batave…

Si, comme dit plus haut, il n’y avait pas, contrairement à ce qu’avançait Georges III, « d’armements formidables » en France et en Hollande, il convient cependant de préciser qu’à l’heure où les relations franco-anglaises étaient au plus bas, Bonaparte ne comptait aucunement se laisser prendre au dépourvu en cas de conflit. Ainsi, quelques jours seulement (27 février) avant l’adresse du monarque anglais, il confiait à Decrès :
« Il serait également nécessaire de présenter un projet pour construire, dans l'année, sur la Manche, 50 chaloupes canonnières et 100 bateaux canonniers, et de prendre des dispositions, à l'arsenal de Dunkerque, pour que ces bateaux soient tenus sous des hangars; il faudrait également remiser sous des hangars la portion de notre flottille aujourd'hui à Dunkerque, et qui est dans le cas de servir. Nous avons, au Havre, des bâtiments qu'on pourrait réparer et mettre sous des hangars dans l'arsenal. »

De part et d’autres de la Manche, on fourbissait donc plus ou moins concrètement ses armes…



Pierma a écrit :
Je trouve également Napoléon très impérieux (est-ce bien prudent d'exiger publiquement que la Suisse devienne une république amie, alors que le traité laisse aux Suisses pleine liberté sur leur mode de gouvernement ?) et je me demande s'il ne fait pas l'erreur de sous-estimer l'Angleterre... (Parce qu'il est persuadé à cette époque de disposer d'une marine à la hauteur ?



Bonaparte ne sous-estime pas l’Angleterre et est parfaitement conscient de la puissance de la Royal Navy largement supérieure à celle de la marine française.
Il s’en était d’ailleurs confié en ces termes auprès de Decrès le 19 février 1802 :
« Prétendre que la France seule ait une marine égale à celle de l'Angleterre avant dix ans, c'est une chimère. Les dépenses considérables que cette prétention exigerait compromettraient notre position continentale sans nous assurer une prépondérance maritime. »

Malgré tout, il est cependant tout autant conscient de la puissance acquise par la France en Europe au termes des guerres révolutionnaires, et à ce titre, et fort de son ambition, entend bien signifier, même au prix de la guerre, la domination française sur sa sphère d’influence continentale.
A ce sujet, on peut citer la lettre que Talleyrand écrivit à l’ambassadeur français Otto à Londres le 23 octobre 1802 ; lettre lourde de menaces où Bonaparte montre bien qu’il n’entendait pas être intimidé dans sa politique extérieure, bien au contraire. A la base de cette missive était la montée de tension liée à la médiation armée française auprès de la république helvétique. Ainsi, le 11 octobre (la proclamation de Bonaparte annonçant aux Suisses sa décision de leur imposer sa médiation datait du 30 septembre), Otto notifiait qu’Hawkesbury lui avait fait savoir que la politique française était une atteinte à l’indépendance suisse garantie par le traité de Lunéville, et huit jours plus tard, avertissait qu’Hawkesbury, dénonçant la montée de puissance de la France en Hollande, en Allemagne et en Suisse, et tergiversant sur l’évacuation de malte, n’avait pas hésité à dire que « la guerre, quelque affreuse qu’elle soit » valait mieux qu’une « paix humiliante ».

La réponse à laquelle je faisais référence plus haut tomba le 23 octobre :
«Toutes les fois que les Ministres vous parleront directement ou indirectement de la guerre, vous devez y répondre d'un ton très élevé.
S'agit-il d'une guerre maritime ? Que produirait-elle, sinon d'empêcher les développements d’un commerce, qui n'est rien encore ?
S'agit-il d'une guerre continentale? Ce n'est probablement ni la Prusse ni la Bavière qui marcheront avec les Anglais.
L’Autriche est décidée, quelque chose qui arrive, à ne se mêler de rien, et, si elle se mêlait de quelque chose, ce serait alors l’Angleterre qui nous aurait forcé à conquérir l’Europe ; car au premier coup de canon, nous serions maîtres de la Suisse, de la Hollande, et pour nous épargner tous les embarras dont ces pays sont la source et l’occasion, nous pourrions les réunir à la France. Nous pourrions en faire autant des républiques italienne et ligurienne, au lieu de les laisser dans cet état inactif qui paralyse des ressources immenses. Le Hanovre et le Portugal seraient également perdus, et toute l’Angleterre devrait se mettre sous les armes pour parer aux projets de descente qu’immanquablement on tenterait. Et si le Premier Consul se transportait à Lille ou à Saint-Omer, et ferait réunir tous les bateaux plats de la Hollande et 100 000 hommes sur les côtes, l’Angleterre serait dans des alarmes continuelles, joint à cela que, dans les deux premiers mois de la guerre, elle aurait perdu le Hanovre et le Portugal, et constitué véritablement cet Empire des Gaules, dont elle cherche à effrayer l’Europe.
[…]
Vous sentez parfaitement que, lorsque je vous autorise à vous exprimer de cette manière, c’est parce que c’est la pensée entière du Premier Consul et qu’effectivement, il ne craint aucune des chances de la guerre, dont on paraîtrait vouloir le menacer.
C’est en mettant dans vos conversations avec le ministre anglais de la hauteur, quelquefois de la rudesse, que vous effacerez cet amas de fausse impression qui, à force de se répéter, pourrait, à la longue, donner à penser que le Premier Consul est dans quelque embarras et qu’il ne se croit pas assez sûr de sa position.
Appliquez-vous à faire ressortir de toute manière cette fierté qui doit animer tous vos discours, tantôt par le raisonnement, tantôt par des images. Laissez entrevoir que le premier coup de canon peut créer subitement l’Empire gaulois. Donnez à entendre jusqu’à quel degré une nouvelle guerre peut porter la gloire et la puissance du Premier Consul. Il a trente trois, et il n’a encore détruit que des états de second ordre ; qui sait ce qu’il lui faudrait de temps, s’il était forcé, pour changer de nouveau la face de l’Europe et ressusciter l’Empire d’Occident. »

Même si la missive diplomatique en question ne peut se résumer qu’à ces menaces aux allures de rodomontades, de tels propos n’allaient guère dans le sens de l’apaisement et ne pouvaient aucunement calmer les inquiétudes britanniques.

Bien plus tard, alors que la guerre était déclarée et que la médiation russe venait d’échouer, on peut aussi citer la lettre adressée à Talleyrand le 23 août 1803 :
« Le général Hédouville peut dire hardiment que, si le Premier Consul était assez lâche pour faire une paix ainsi plâtrée avec l'Angleterre, il serait désavoué par la nation; et si, après des insultes de toute espèce, au lieu de faire une paix loyale, il faisait un traité moins avantageux que celui d'Amiens, la France perdrait toute sa considération ; qu'enfin le Premier Consul se prêtera à tout ce qui est grand, pourvu qu'il ne s'agisse point de le déshonorer et de peser sur la France, en accordant tout et en souscrivant à toutes les injustices de l'Angleterre; mais qu'il voit bien que la guerre était dans l'ordre du destin, et qu'il ne ploiera point la tête devant une nation orgueilleuse, en possession depuis vingt années de la faire ployer à toutes les autres puissances. »

Pierma a écrit :
Parce qu'il ne craint aucune coalition ?)


Disons qu’à l’heure où le traité d’Amiens flambe, l’heure n’est pas encore à une coalition établie contre la France. Au contraire, dans l’éventualité d’une guerre, c’est la France qui pouvait se prévaloir d’avoir des alliés, même si ces derniers (je pense tout particulièrement à la Hollande et à l’Espagne) voyant d’un fort mauvais œil la guerre s’annoncer, restaient, malgré leurs engagements, bien plus attachés à se maintenir dans une prudente neutralité.
Ainsi, le traité de Saint-Ildefonso du 10 août 1796 liait la France et l’Espagne, à perpétuité, offensivement et défensivement ; l’un et l’autre pays se promettant conjointement à minima, en cas de menace et d’attaque, l’offre de 15 vaisseaux, 6 frégates, 18 000 fantassins et 6 000 cavaliers, outre le fait de faire agir la totalité de leur force en cas de déclaration commune de guerre ; le traité de la Haye du 16 mai 1795 alliait la France et la république batave offensivement et défensivement dans toute guerre à venir contre l’Angleterre ; et le traité de Paris du 21 février 1798 engageait la république cisalpine, sur réquisition du gouvernement français, à prendre part à toutes les guerres menées par la France.




Pierma a écrit :
J'ai encore une question, Cyril. (J'abuse du sujet ouvert pour demander des éclairages...)
La prochaine coalition reste à venir, mais la participation de la Russie à celle-ci va-t-elle reposer sur des doléances justifiées ou sur la simple hostilité envers la France ?


Le sujet en cours portant sur la rupture de la paix d’Amiens, et l’heure n’étant pas encore à la guerre du côté de Saint-Pétersbourg, je m’en tiendrai ici à la politique russe lors de la période correspondant à la montée de tension entre Paris et Londres et à la déclaration de guerre.

Alexandre était loin de voir avec indifférence la puissance grandissante de la France. A l’occasion de la médiation suisse, il afficha clairement ses opinions le 6 novembre 1802 auprès de son ambassadeur à Londres :
« Le sort dont la Suisse est menacée ne peut qu’exciter l’attention des grandes puissances, et les vues d’envahissement manifestées à son sujet ne sauraient qu’être très inquiétantes pour le reste de l’Europe.
[…]
Quoique [les forces navales de l’Angleterre] ne puissent atteindre la Suisse, mais leur développement et quelques démonstrations faites à temps porteront nécessairement le gouvernement français à la modération. L’Angleterre a donné à la France tant de preuves de sa supériorité sur elle dans cette partie que l’effet d’une pareille mesure ne saurait être un problème.
[…]
La franchise de cette explication servira, j’espère, de garant au roi d’Angleterre, combien je désire m’entendre avec S.M. sur cette affaire, ainsi que toutes celles qui pourraient survenir ultérieurement et dont les résultats pourraient altérer l’équilibre de l’Europe. »


Malgré le fait que de telles dispositions (qu’il convenait de garder secrètes, mais qui tendaient à conforter les Anglais dans leurs démarches) étaient clairement favorables à l’Angleterre, Alexandre n’intervint pas directement dans les relations houleuses qui amenèrent à la rupture entre Londres et Paris.
Il apparut cependant finalement sur le devant de la scène, quand le 11 mars 1803, Bonaparte s’adressa directement adressé à lui afin de l’inviter à intervenir dans l’affaire de Malte. Le tsar répondit le 22 avril en se disant prêt à faire office de médiateur entre les deux puissances. La réponse n’arriva à Paris que le 11 mai alors que l’ambassadeur anglais s’apprêtait à partir. Londres signifia alors que l’offre du tsar arrivait trop tard et qu’elle ne pourrait servir à qu’à faire gagner du temps à la France. Bonaparte persévéra néanmoins et, dans la nuit du 12 au 13 juin, face l’ambassadeur russe, s’en remit à l’arbitrage d’Alexandre sur les points suivants :
« 1) Que l’île de Malte serait remise entre les mains de l’Empereur de Russie.
2) Que le Premier Consul ferait évacuer incessamment la Hollande et la Suisse des troupes françaises.
3) Que la France ne s’opposerait pas à un établissement anglais dans l’île de Lampedousa.
4) Qu’on pourvoirait au sort du roi de Sardaigne de la manière la plus conforme aux voeux et aux intentions de l’Empereur de Russie toutefois sans toucher au Piémont.
5) Que si l’on s’occupait dans la négociation du soin de pourvoir également à la sûreté et à l’’indépendance de l’Europe en général, il se prêterait à tout ce qui serait proposé à cet égard, bien entendu que le statu quo territorial de la France avant la guerre serait maintenu dans les points essentiels. » (rapport de Markov, 13 juin 1803)

Au final, après diverses négociations où Bonaparte en revint même aux bases de ultimatum de Whitworth, le tsar, le 19 juillet, formula les propositions suivantes :
« 1° Conformément au traité d'Amiens, l’île de Malte sera rendue à l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Comme cet Ordre manque de moyens pour assurer l'indépendance de l’île, et pour défendre ses ports, l'empereur de Russie sera prié d'y envoyer une garnison suffisante de ses troupes, qui relèvera la garnison anglaise, et à laquelle la garde de l’île sera confiée pour dix ans. S. M. Impériale se charge de subvenir elle-même aux frais du transport de ses troupes et à leur entretien pendant tout le temps de leur séjour à Malte. Quoique l'administration reste entre les mains du grand-maître et de son conseil , rien d'important ne doit s'y passer que de la connaissance et de l'agrément du chef de la garnison russe,
2° La France promet de réunir ses bons offices et ses soins à ceux de l'Angleterre, à l'effet de procurer à cette dernière la possession de l’île de Lampedouze.
3° Il sera pourvu au sort du roi de Sardaigne, qui recevra sur le continent de l'Italie un établissement qui puisse compenser la perte du Piémont, et qui lui donne une communication sûre et commode avec la Sardaigne.
4° Voulant suivre autant que possible l'esprit des traités qui ont terminé la guerre passée, et pour se conformer à leurs stipulations à cet égard, la reconnaissance des républiques batave, suisse, italienne, ligurienne et ionienne, pour des états libres et indépendants, est renouvelée dans toute l'acception du terme; et comme le premier et le plus précieux droit et signe distinctif de l'indépendance, est le pouvoir de conserver sa neutralité aussi long-temps qu'on le juge à propos, ce droit est solennellement assuré à ces États, de manière qu'aucune des deux puissances, dans le cas d'une guerre entre elles, ne pourrait sans violer évidemment le présent acte, prétendre dans aucun cas les forcer à cesser d'être neutres.
5° Est également solennellement garantie à LL. MM. le roi des Deux-Siciles, le roi de Sardaigne et le roi d'Étrurie, l'intégrité des frontières de leurs États, tels qu'ils sont ou seront à la signature du présent acte, leur indépendance et par conséquent leur neutralité aussi longtemps qu'ils désireront de la conserver ; les mêmes avantages sont solennellement et dans toute leur étendue assurés au corps germanique et à tous les princes et villes qui en font partie. En conséquence de quoi, aucune troupe étrangère ne pourra pénétrer sous aucun prétexte dans les limites des États mentionnés dans cet article et le précédent, sans agir en contravention directe au présent acte, et sans donner à toutes les puissances qui y prendraient part, le droit de s'y opposer et de venir au secours de l'État dont l'indépendance aura été lésée.
6° l'intégrité des états de l'empire ottoman est garantie.
7° Seront invités à garantir toutes les stipulations du présent acte, et à adhérer pour eux mêmes à celles qui ont rapport à l'indépendance des États, entre les puissances belligérantes, LL. MM. l'empereur de Russie, l'empereur d'Allemagne, le roi d'Espagne et le roi de Prusse.
8° Aussitôt après la signature du présent acte, les deux puissances belligérantes feront cesser les hostilités : le gouvernement français retirera ses troupes dans ses propres frontières et fera évacuer entièrement l'électorat de Hanovre et tout le nord de l'Allemagne, la Hollande, la Suisse et toute l'Italie, y compris la république italienne; et conformément aux articles 4 et 5, s'obligera à ne plus faire rentrer à l'avenir ses troupes dans ce pays. Les Anglais restitueront les conquêtes qu'ils ont pu faire dans les colonies françaises ou hollandaises, et toutes les prises maritimes. Les Français rendront toutes les contributions levées dans le Hanovre, et les prises faites sur les Anglais.
9° Quoique le présent acte fixe déjà les points principaux sur lesquels doit être basée la pacification future de l'Europe, et que le traité définitif qui s'en suivra puisse compléter ceux qui se rapportent aux deux puissances belligérantes en particulier, cependant pour pouvoir discuter et traiter avec plus de détail des intérêts de tous les États, et consolider de plus en plus la sûreté et la tranquillité de l'Europe, on conviendra de la tenue d'un congrès général, dont le lieu sera choisi hors des frontières des puissances mentionnées dans l'article 7 ; et les ministres de tous les gouvernements pourront s'y rendre. »


Tant à Londres qu’à Paris, les propositions russes furent repoussées.

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Message Publié : 17 Août 2020 19:48 
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C'est passionnant.

j'en tire la conclusion que Napoléon, tout en protestant le contraire, maintient des positions opposées aux traités antérieurs, à propos de la Suisse et de la Hollande, et ne fait guère d'efforts sur le sujet du Piémont. (C'est bien enrobé par Talleyrand, mais le style ne change rien au fond.)

Il va même jusqu'à menacer Alexandrie - ce qui se sait publiquement du fait de la publication à Paris d'un rapport militaire sur le sujet, une faute diplomatique.

En regard de cela, l'évacuation de Malte n'est pas du même niveau, ce n'est pas le même enjeu.

Il se manifeste sûr de sa force, et ne peut qu'inquiéter l'Angleterre. (A laquelle on parle de façon rude, pour le moins : "la Suisse ? Mais ce ne sont pas vos affaires !") Il fait entrer dans le débat un orgueil provoquant, ce qui fait dire à Londres "qu'une guerre difficile vaudrait mieux qu'une paix honteuse." (mettez vous à leur place...)

Autrement, on peut noter sa position contradictoire sur le plan naval, "nous n'aurons pas avant dix ans une flotte comparable à l'Angleterre", tout en parlant de canonnières à préparer et à dissimuler. (Comme si les espions anglais allaient passer à côté de tels armements !)

Enfin, entrée en scène le Tsar, pour l'instant simplement en tant que médiateur potentiel, mais qui marque clairement que les affaires européennes où est impliquée la France le concernent.

(Cette façon, aussi, de lui promettre par avance un bon morceau de l'empire ottoman ! 8-| )

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Message Publié : 18 Août 2020 10:50 
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Pierma a écrit :
Autrement, on peut noter sa position contradictoire sur le plan naval, "nous n'aurons pas avant dix ans une flotte comparable à l'Angleterre", tout en parlant de canonnières à préparer et à dissimuler.


Il convient de préciser que dans son raisonnement de février 1802, Bonaparte ne misait pas seulement sur la marine française mais également sur celles des ses alliés hollandais et espagnols. Ainsi, il comptait, construction navale aidant, pouvoir aligner à la mi-1804 près de 100 vaisseaux, et pouvoir grâce à une partie d'une telle force, à laquelle il faudrait ajouter la flottille de Manche permettant de fixer une partie des unités et des efforts ennemis, être dominateur sur un théâtre naval de première importance pour lui : celui de la Méditerranée.

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