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Message Publié : 23 Fév 2018 15:03 
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Bonjour à tous,

Je voulais en savoir plus sur les conditions d'entrée dans l'unité des gardes du corps du roi, appartenant à la Maison du Roy.
En effet, il me semblait qu'il était absolument nécessaire de faire la preuve de ses quartiers de noblesse et que cette partie très à part de l'armée royale était absolument fermée à la roture.
Mais un exemple récent me prouve le contraire. D'une part donc, pouvait-on, tout en étant un roturier, entrer dans ce corps grâce à -j'imagine- des états de services exemplaires et un entregent susceptible d'appuyer la candidature ? Cela était possible dans des corps moins prestigieux, de cavalerie notamment, il me semble...
Savez-vous, d'autre part, si les conditions d'entrée ont put être modifiées, notamment pour la fin du règne de louis XVI (période qui m’intéresse davantage ici) ? Enfin, y avait-il comme ailleurs une différence nette entre « hommes du rang » et officiers ; si oui, un roturier pouvait-il entrer directement en tant qu'officier ?

Merci à tous pour votre aide.

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Þat skal at minnum manna
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Cela restera dans la mémoire des hommes
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Message Publié : 23 Fév 2018 19:16 
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Jean Mabillon
Jean Mabillon

Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
Sans jouer à l'expert, j'invite à la prudence quand on examine les "règles" applicables à un corps (militaire ou autre) sous l'ancien régime.

Il faut savoir que ces règles n'étaient pas immuables en ce sens qu'elles pouvaient connaître des évolutions de détail relativement fréquentes. Mais surtout ces règles pouvaient presque toujours faire l'objet d'exceptions, en particulier quand la décision relevait du Roi ! La conception de la noblesse était un peu plus souple que ce qu'on a vu plus tard, dans le régime de l'Etat de droit jacobin-napoléonien du XIXè-XXè siècle.

Par exemple en France on ne parlait pas de "quartiers de noblesse" (4 grands parents nobles) avant 1781. Le principe était plutôt d'avoir des "preuves de noblesse" en ligne paternelle (le père, le grand-père, l'arrière grand-père...) sur une centaine d'années (édit royal de 1699).

Il ne faut pas exclure non plus que la vérification de ces preuves ait été plus légère voire tout à fait superficielle quand le candidat était recommandé par un haut personnage de la Cour. Il n'y avait pas de concours ni de commission de recrutement. Les recommandations étaient essentielles et parfaitement reconnues comme justes et efficaces - après tout l'auteur de la recommandation engage sa réputation en se portant garant du recommandé.

Il faudra les désastres de la guerre de sept ans pour remettre un peu ce système en cause.


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Message Publié : 23 Fév 2018 19:53 
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Localisation : Isère
Je vous remercie pour cette très utile remise en contexte Jérôme, en effet, l'ancien régime fonctionne très largement par cooptation, c'est bien ce que l'on voit dans les attributions des charges et offices qui font jouer systématiquement des réseaux de pouvoir et les relations familiales...
Simplement je pensais que dans le cadre de la maison du roi, il pouvait exister des règles spécifiques, cela afin de ne pas priver l'aristocratie de ses honneurs et privilèges. Il faut bien que certaines institutions demeurent l’apanage de l'aristocratie pour qu'elle sente son rôle et sa prééminence maintenues et réaffirmées, a fortiori au sein de l'ancienne mesnie.
Dans le domaine de l'armée, effectivement, on assiste à mainte reprise à des exceptions, notamment sur proposition d'un officier, d'un grand ou par faveur royale. Toutefois, Louis XIV a lancé la grande enquête visant à examiner si les nobles l'étaient effectivement ou seulement de réputation (dans ce cas ils devaient apporter des preuves); Dans ce contexte cela a pu déteindre aussi sur les postes traditionnellement réservés à la noblesse non ?
(Par ailleurs, la période post-guerre de 7 ans m’intéresse davantage.)

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Message Publié : 24 Fév 2018 6:55 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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J'ai fait un tour rapide sur wikipedia, où j'ai lu ceci, non sourcé:
"Les gardes bénéficient de privilèges de noblesse à titre viager". Si c'est exact, cela tendrait à montrer que tous n'ont pas de privilège de noblesse par leur naissance...
Mais Wikipedia cite aussi Benoit Defauconpret:
Citer :
pour la principale [des unités de la Maison militaire du Roi], les gardes du corps, ils font d'ailleurs, depuis au moins 1775, des preuves sur titres devant le généalogiste des ordres du Roi.


Pour les gendarmes de la Garde, deuxième unité en termes de préséance après les garde du corps, voilà ce que l'on peut trouver dans une correspondance privée de la fin des années 1770:
Citer :
« Mandez-moi précisément la taille de Monsieur votre fils pour entrer gendarme dans la gendarmerie. On y est très difficile tant pour la figure que pour la perfection du corps. Ainsi sur cela il n’y a point à se flatter. Il serait désagréable que Monsieur votre fils fit un voyage inutile. » [...] Au surplus, on peut ajouter qu’il importe de jouir d’une fortune en rapport avec la vie fastueuse à laquelle on se trouve mêlé et sans qu’il y ait à compter, bien entendu, sur la solde
Donc, pas de preuve de noblesse requise -et l'impétrant dans le cas d'espèce n'est pas noble- mais une sélection directe sur des critères physiques et indirecte par la capacité financière.

Avant l'Edit de Ségur, je pense qu'il devait en être dans la maison du Roi comme dans le reste de l'armée : souplesse et arrangements toujours possibles.


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Message Publié : 24 Fév 2018 14:33 
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Jean Froissart
Jean Froissart
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Inscription : 23 Déc 2004 18:02
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Localisation : Généralité de Riom & Bourbonnais
La formulation de cette correspondance me fait poindre un doute sur le corps auquel se destine le solliciteur qui pointe la gendarmerie plutôt que les gendarmes de la garde mais peut être que Vézère avait le reste de la correspondance ou de la biographie pour trancher

il y'a les Gendarmes de la Garde de la Maison Militaire du Roi (la Maison Rouge avec la compagnie de Chevau-légers) mais il y'a aussi la Gendarmerie de France, qui bien que n'appartenant pas à la Maison du Roi reste quand même un corps assez prestigieux et l'élite de la Cavalerie, d'ailleurs aussi habillé de rouge, dissous en 1788

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"A moi Auvergne"


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Message Publié : 24 Fév 2018 15:34 
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Jean Froissart
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Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Comme Vézère, je me suis livré à une exploration succincte. J'en ai tiré la conclusion qu'il n'y avait pas, en général, d'exigence formelle de noblesse pour intégrer les différents corps militaires de la Maison du Roi mais que le recrutement était tout de même très sélectif, qu'un roturier avait peu de chance d'être recruté et qu'il lui était quasiment impossible d'accéder à un rang d'officier.

Le corps le plus sélectif aurait été celui des Chevau-légers. Selon Benoit Defauconpret (Les preuves de noblesse au XVIIIe siècle, ICC, 1999, page 120.) : Les chevau-légers sont le seul corps de la maison du roi où, pendant presque tout le XVIIIe siècle, les hommes du rang doivent impérativement être nobles.


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Message Publié : 25 Fév 2018 21:25 
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Thucydide
Thucydide

Inscription : 01 Mars 2013 11:49
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Je ne vais pas paraphraser ici la très intéressante étude de Jean François Labourdette, en voici le lien : http://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1984_num_3_1_1351

Plusieurs éléments, l’impétrant devait « vivre noblement », pas d’obligation de preuve de noblesse. Même s’il est vrai qu’à la fin de l’Ancien Régime, les places militaires se faisant plus rares, la roture était de plus en plus écartée des charges militaires, comme sous le ministère du comte de Ségur.

C’est aussi la conjonction de deux phénomènes de la société du 18e, d’une part la paupérisation de la petite noblesse, ici par opposition à la noblesse de Cour. Et d’autre part la montée en puissance d’une classe bourgeoise très aisée.

La fortune est un élément capital, même s’il on doit être parrainé, pour tenir le train de vie d’un Garde du Corps il faut pourvoir sur ses propres deniers à son équipement, son logement, avoir plusieurs chevaux, des palefreniers, valets… certains Gardes abandonneront leur fonction faute de moyens.


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Message Publié : 20 Avr 2018 3:58 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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Loïc a écrit :
La formulation de cette correspondance me fait poindre un doute sur le corps auquel se destine le solliciteur qui pointe la gendarmerie plutôt que les gendarmes de la garde mais peut être que Vézère avait le reste de la correspondance ou de la biographie pour trancher

il y'a les Gendarmes de la Garde de la Maison Militaire du Roi (la Maison Rouge avec la compagnie de Chevau-légers) mais il y'a aussi la Gendarmerie de France, qui bien que n'appartenant pas à la Maison du Roi reste quand même un corps assez prestigieux et l'élite de la Cavalerie, d'ailleurs aussi habillé de rouge, dissous en 1788

Tiens, j'avais oublié ce sujet. C'est bien aux gendarmes de la Garde que le jeune homme souhaite aller, et parvient d'ailleurs.


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Message Publié : 20 Avr 2018 4:14 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 19 Fév 2011 17:03
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Chevert a écrit :
C’est aussi la conjonction de deux phénomènes de la société du 18e, d’une part la paupérisation de la petite noblesse, ici par opposition à la noblesse de Cour. Et d’autre part la montée en puissance d’une classe bourgeoise très aisée.

Tout à fait d'accord. On ne souligne pas à quel point la petite noblesse de province était sur la pente descendante dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle.
D'une part, la rigidité des règles de dérogeance interdisait les initiatives, et les investissements dans les activités lucratives du moment. J'ai l'exemple du gentilhomme du Rouergue tombé en dérogeance parce qu'il a vendu l'herbe de ses prairies!
D'autre part, l'obligation de service par quartiers mettait au désespoir les fils de famille, à cause de la difficulté de faire-valoir correctement leurs terres en leur absence.
Par rapport à une famille non-noble, qui pouvait s'enrichir dans le commerce, la banque ou la magistrature, puis envoyer un fils à l'armée pour parachever son ascension sociale, la comparaison était amère. A mon avis c'est une des explications à cause desquelles la noblesse s'est arc-boutée sur ses prérogatives jusqu'à l'insensé.


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Message Publié : 20 Avr 2018 6:45 
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Jean Mabillon
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Inscription : 10 Fév 2014 7:38
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Localisation : Versailles
C'est une hypothèse intéressante.

J'ajoute un point de détail : la noblesse du XVII et du XVIIIe siècles étaient probablement plus ouverte qu'on ne le croit à la promotion sociale via la vénalité des charges !

Quant aux nobles d'épée, ils pouvaient se sentir défavorisés malgré leurs privilèges juridiques, en particulier quand il s'agissait de cadets de Famille "victimes " du droit d'ainesse !


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Message Publié : 20 Avr 2018 9:58 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
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Jerôme a écrit :
J'ajoute un point de détail : la noblesse du XVII et du XVIIIe siècles étaient probablement plus ouverte qu'on ne le croit à la promotion sociale via la vénalité des charges !
C'est justement un motif de frustration pour la petite noblesse désargentée qui se voit supplantée par des bourgeois savonnés sur la planche à vilains.


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Message Publié : 20 Avr 2018 10:10 
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Grégoire de Tours
Grégoire de Tours

Inscription : 05 Sep 2010 13:22
Message(s) : 460
Localisation : Belsa
C'est oublier que la gentilhommerie du XVIIIe siècle est en grande partie constituée de descendants d'individus s'étant eux-même agrégés à la noblesse au cours d'un large XVIe siècle, à l'aide des mêmes moyens (charges anoblissantes, carrières militaires, acquisitions de terres nobles et adoption d'un mode de vie aristocratique).


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Message Publié : 20 Avr 2018 10:22 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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Vous avez dit privilèges ?

CYRANO DE BERGERAC.
Scène première
Le Public, qui arrive peu à peu. Cavaliers, Bourgeois, Laquais, Pages, Tire-laine, Le Portier, etc., puis les Marquis, CUIGY, BRISSAILLE, La Distributrice, les Violons, etc.
(On entend derrière la porte un tumulte de voix, puis un cavalier entre brusquement.)

Le portier, le poursuivant.
Holà ! vos quinze sols !
Le cavalier.
J’entre gratis !
Le portier.
Pourquoi ?
Le cavalier.
Je suis chevau-léger de la maison du Roi !

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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Message Publié : 20 Avr 2018 12:14 
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Fernand Braudel
Fernand Braudel
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Inscription : 09 Août 2006 6:30
Message(s) : 4868
Localisation : Allemagne
" Je suis chevau-léger de la maison du Roi !"

Et cette réplique est en alexandrin, c'est pour cela qu'elle sonne si bien

_________________
" Je n'oublie pas le Colonel Arnaud Beltrame "


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Message Publié : 20 Avr 2018 12:35 
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Jean Froissart
Jean Froissart

Inscription : 27 Déc 2013 0:09
Message(s) : 1441
Laurent Frédéric a écrit :
C'est oublier que la gentilhommerie du XVIIIe siècle est en grande partie constituée de descendants d'individus s'étant eux-même agrégés à la noblesse au cours d'un large XVIe siècle, à l'aide des mêmes moyens (charges anoblissantes, carrières militaires, acquisitions de terres nobles et adoption d'un mode de vie aristocratique).
Ce n'est pas parce qu'un ancêtre a été anobli deux siècles auparavant qu'on souhaite bienvenue au club aux nouveaux arrivants.


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