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Message Publié : 28 Août 2011 16:27 
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Il y a quelques temps, je me suis amusée à travailler sur l'imaginaire oriental tel que décrit dans le film d'animation Aladdin de Disney, sorti en 1992. En creusant un peu le sujet, je me suis aperçu tout d'abord qu'il y avait là facilement matière à un bon article historique, puis que bien d'autres s'étaient déjà penché sur l'ouvrage et avaient produit des articles très intéressants. Il s'agit souvent d'auteurs américains qui sont plutôt orientés "anti-Disney", mais cela ne remet pas en cause la pertinence de leurs remarques, même si certaines doivent être nuancées. Il me semble donc intéressant de vous faire part de quelques-uns des aspects de cette réflexion, encore un peu confuse et certainement pas arrivée à terme. J'espère qu'elle gagnera à la discussion.

Les sources d'info sur le film tout d'abord le DVD et ses bonus, ainsi qu'un livre édité avec la bénédiction de la firme, John Culhane, Aladdin, the making of an animated film, 1992. Plusieurs articles se trouvent sur internet via google scholars, mais trois livres contiennent ceux qui m'ont paru les plus intéressants :
* K. C. Kelly, "Bodily temporalities in the thief of Baghdad (1924), the thief of Baghdad (1940) and Aladdin (1992)", in N. Haydock & E.DL. Risden, Hollywood in the holy land, Jefferson, 2009
* A. Nadel; "A whole new (Disney) world order : Aladdin, Atomic Power and the Muslim Middle East", in M. Bernstein & G. Studlar, Orientalism in film, 1997
* C. Wise, "Notes from the Aladdin industry : or middle eastern folklore in the era of multinational capitalism"
& D. Sachko Macleod, "The politic of vision: Disney, Aladdin and the Gulf War"
les deux, dans B. Ayres, The Emperor's Old Groove. Decolonizing Disney's Magic Kingdom, New York, 2003.
Les éditions anglaises du conte d'Aladdin incluses ou non dans les mille et une nuits se trouvent en ligne sur http://www.wollamshram.ca/1001/index.htm ; celle de Galland est disponible sur Gallica. La plus proche du conte arabe serait celle de René R. Khawam, Le roman d'Aladin, Paris, 1988.

Aladdin, pourtant sorti plus de dix ans après l'Orientalism d'Edward Said (1978), est en quelque sort un condensé de deux siècles d'orientalisme. Il est marqué par différentes visions de l'Orient qui se sont développées au fil des siècles, en reprenant des œuvres anciennes.

La première de ces sources est l'orientalisme pré-romantique des XVIIe-XVIIIe siècle. Comme le rappelle René R. Khawam, l'histoire d'Aladin, à l'origine, n'est pas relatée dans les Mille et une nuits. C'est la première traduction de ces contes, opérée par Antoine Galland au début du XVIIIe, qui l'y introduit. Galland n'a pas puisé sa source dans le manuscrit de la BNF qui lui sert de base pour la plupart des contes ; il n'aurait connu ce récit qu'à travers un conteur syrien qui le lui aurait raconté, chez lui, en 1709 (même chose pour Sinbad). Les premiers manuscrits arabes des 1001 nuits qui relatent le conte sont postérieurs à la version de Galland. C'est le cas de l'édition de Bulaq de 1835, "très fautive et très infidèle" selon Khawam. Populaire, le conte d'Aladin n'a jamais, comme le reste des nuits, été illustré, et presque jamais écrit dans le monde arabe : sa large diffusion par le biais d'une traduction occidentale partielle et parfois "orientalisée", lui confère un nouveau statut.
De l'orientalisme pré-romantique, l'Aladdin de Disney hérite donc d'une histoire - histoire largement remaniée, et histoire moralisée. Les adaptateurs n'en gardent pas tout (ils n'en gardent même pas grand chose), mais s'appuient quand même sur une trame : la lampe enfermée dans une caverne où seul Aladin peut pénétrer, l'enfermement et la délivrance grâce au génie enfermé dans la lampe, les fabuleuses richesses fournies par le génie, la volonté d'épouser la princesse et l'ascension sociale. Le personnage d'Aladin en lui-même est assez conforme à celui du conte. Certes, l'histoire originelle n'en fait pas un voleur au grand coeur, mais il part quand même de pas grand chose : c'est un bon à rien, orphelin de père, qui passe sa vie à vagabonder, qui devient gendre du sultan, même si bien des aventures se passent près cela, que le film élude entièrement. Les autres personnages, on le verra, sont beaucoup moins proches de l'histoire arabe.
Le deuxième élément qui peut se rattacher à l'orientalisme pré-romantique est le merveilleux. Depuis les voyages de Marco Polo au moins (on pourrait même remonter jusqu'à l'Antiquité romaine...), monstres et génies vivent à l'est. (Sur le merveilleux dans le voyage de Marco Polo et ses représentations, voir R. Wittkower, L'Orient fabuleux. ). Il est amusant, d'ailleurs, de voir que le conte lui-même, dans sa version arabe, se situe dans un Orient, la "Chine". Khawam estime que cette appellation désigne une chaîne de montagne au nord du Khirgizstan, domaine des Ouïgours. La traduction par Galland des Mille et une nuits ne fait que raviver, au début du XVIIIe, ce lieu commun déjà bien ancré dans les imaginaires ; mais le XVIIIe est marqué par toute une littérature merveilleuse qui prend l'Orient comme cadre. L'exemple le plus fameux en est le Zadig de Voltaire (1747-1748).
Enfin, Aladdin emprunte au XVIIIe son régime politique. On est, dans le film, dans une manifestation parfaite du despotisme oriental défini par Montesquieu : un lieu de pouvoir absolu, où tout le monde est sujet ; des lois contraignantes, mais au dessus desquelles se trouve le sultan (puisqu'il change la loi à la fin) ; le sultan comme "premier prisonnier de son palais", se déchargeant de l'exercice du pouvoir sur son vizir.

Le deuxième temps important est celui de l'orientaliste romantique du XIXe siècle, celui de Delacroix, Hugo, Flaubert... Dans Les Orientales, "Le poète au calife" (consultable ici : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Po%C3%ABte_au_calife) résume la plupart des thématiques que le romantisme rattache à l'Orient : éléments pittoresques, barbarie et cruauté, sensualité et érotisme de femmes cachées, merveilleux, abondance et richesse. Or, tous ces thèmes se retrouvent dans Aladdin.
Il serait fastidieux d'énumérer tous les éléments du pittoresque, mais il envahit le film : turbans, fez, babouches, pantalons bouffants forment les costumes ; les soldats sont armés de sabres ; les pastèques sont présentes à tous les coins de rue ; les animaux ont une connotation exotique (singe, perroquet, tigre, chameaux, chevaux de type pur-sang arabe, lions...) ; les objets sont de ceux qu'achèteraient un touriste ; les architectures multiplient les coupoles, les arcs outrepassés et les moucharabiehs. Tous ces éléments permettent au spectateur d'identifier immédiatement le cliché de l'Orient. Le désert constitue un lieu important dramatiquement, même s'il apparaît relativement peu en terme de durée ; c'est un désert de sable fin et de dunes, qui fait écho aux "collines dorées" de Fromentin (Un été dans le Sahara, 1857). Cette représentation du désert, encore vivace de nos jours (alors que les dunes de sable ne sont qu'une infime minorité des paysages désertiques), a été alimentée par des oeuvres plus récentes, comme l'Atlantide ou Lawrence d'Arabie. Ce goût du pittoresque, ces paysages-clichés favorisent la vision de l'Orient comme un lieu hors de l'espace et du temps (ce que Said met bien en valeur comme étant une caractéristique de l'orientalisme au XIXe). La ville, Agrabah, est un lieu imaginaire (on peut penser que son nom dérive d'Agra ou de Baghdad), dont l'architecture mélange des éléments indiens, égyptiens, maghrébins (j'y reviendrai), entouré d'un désert sans limites : pour que les héros se déplacent vers des lieux reconnaissables (le Parthénon, le Sphinx de Gizeh, la Cité Interdite - dans un parcours géographique étrange...), ils doivent transiter non pas par le désert, mais par le ciel, seul élément d'unité entre la ville d'Agrabah et le reste du monde.
La barbarie pointe à tous les coins de rue, sous la forme des soldats, mais aussi des habitants. A un moment, la princesse, déguisée, a offert sans la payer une pomme à un garçon : le verdict du marchand est imminent, sa main sera coupée. La peine est en effet prévue dans le Coran et les hadiths (je ne m'étends pas sur la chose, mais c'est un sujet très intéressant) ; cependant Christopher Wise relève avec humour qu'il est bien étonnant qu'il reste des mains dans la ville d'Agrabah, étant donné la facilité d'exécution de cette punition. Il met également le doigt sur le fait que le vol alimentaire est une chose assez difficilement imaginable dans un pays d'Islam, étant donné la valeur conférée à l'aumône. La situation rappelle plutôt le Jean Valjean des Misérables, en fait. La barbarie est présente également dans les vers de la chanson d'ouverture du film tel qu'il a été montré à sa sortie (les paroles du DVD ont été expurgées sous la pression d'associations) : where they cut off your ear / if the don't your face / It's barbaric but hey, it's home !
Il n'est pas beaucoup besoin de développer l'idée de la sensualité : Jasmine, avec sa brassière et son pantalon bouffant, est la plus découverte des "princesses Disney", et on a plusieurs allusions dans le film au fantasme du harem. Toute ue partie du "show" du génie est également basée sur l'érotisme. De même, l'abondance et la richesse (on pourrait comparer avec la mort de Salmanazar de Delacroix), en opposition avec une misère crasse, transparaissent dans la multiplicité des pierreries, la "cave of wonders", etc.
L'Orient dépeint dans Aladdin reprend donc parfaitement les fantasmes mis en place par l'orientalisme au XIXe.

(PS. Je vais poursuivre sur un 2e post pour ne pas trop charger)


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Message Publié : 28 Août 2011 16:52 
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Salluste
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J'attends avec impatience le 2ème post Calame :-) Parce que c'est passionnant ! B)

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"Je souhaite que les conquérants à venir apprennent à ne pas dépouiller les villes qu'ils soumettent, et à ne pas faire des calamités d'autrui l'ornement de leur patrie"

Polybe, Histoires, Livre IX (chap.3).


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Message Publié : 28 Août 2011 17:56 
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Le troisième filtre que j'ai relevé est celui d'Hollywood.
En effet, les sources d'inspiration d'Aladdin se trouvent bien plus dans quelques films hollywoodiens que dans le conte original. La source principale m'a paru être le Thief of Baghdad de 1940 (Fiche imdb : http://www.imdb.com/title/tt0033152/). Ce film offre beaucoup de parallèles avec l'Aladdin de Disney, tant qu point de vue de l'histoire que de l'esthétique. Le héros principal, Abu (le nom du singe dans Aladdin) et son ami sont victimes d'un vizir maléfique et magicien nommé Jaffar (un seul f le différencie de celui du film de 1992), mais aidés par un génie sorti d'une bouteille (référence à un autre conte des mille et une nuits, l'histoire du pêcheur), bleuisant et au crâne orné d'une queue de cheval, qui, esclave du héros, est libéré au bout de trois voeux. Abu parvient évidemment à épouser sa princesse. Certaines scènes se font directement écho, comme celle où Abu et son ami partagent une pastèque volée sur la toile d'un étal. Le palais du sultan est également un conservatoire de jouets.
Plus généralement, l'histoire toute entière d'Aladdin est revue et moralisée à la sauce hollywood. Jasmine (le nom de la princesse dans le conte est Badroulboudour, mais Jasmine ou Yasmine est utilisé dans la plupart des films hollywoodiens inspirés des 1001 nuits que j'ai vus) est un type d'héroïne indépendante tel qu'on le voit apparaître dans de nombreux films à partir des années 1990, dans la lignée des mouvements féministes et de l'émancipation sociale de la femme. Ce n'est plus la bonne ménagère type Cendrillon. Elle prend la suite de Belle dans La Belle et la Bête et préfigure Mulan, mais elle doit encore être secourue par un homme. Mais on pourrait citer bien d'autres films non-Disney où ce type d'héroïne apparaît (la libération de la femme est très sensible quand on compare les adaptations d'une même histoire, type Robin des Bois). On est loin, donc, de la princesse assez effacée, amoureuse mais passive, du conte. De la même manière, la liberté qu'obtient le génie est une valeur complètement américaine. Je me pencherai plus en détail sur cette libération plus loin, mais on peut remarquer que les dernières images du génie le représentent vétu d'une chemine hawaïenne et d'un chapeau "Pluto", l'archétype du touriste américain visitant Disneyland.
D'un point de vue esthétique, les animateurs disent avoir voulu un style "arabo-hollywoodien" (je cite). L'inspiration revendiquée d'oeuvres islamiques, sensible parfois, passe donc systématiquement par le filtre d'Hollywood, qui redessine et mélange à loisir. On est loin d'une intégration des oeuvres islamiques, comme dans le très beau Azur et Asmar de Michel Ocelot. Les traits sont systématiquement déformés : la ligne directrice de l'animation était la courbe ; cette manière de faire accentue la forme des coupoles et des arcs de manière grossière, comme pour "faire plus" oriental. Les oeuvres de références pour l'architecture sont en grande partie indiennes. C'est tout à fait sensible dans le cas du palais, copie du Taj Mahal. L'animation joue aussi sur la surenchère d'éléments signifant l'Orient. La coupole est vue comme un élément particulièrement oriental déjà dans les différents films hollywoodiens traitant de l'Orient (le voleur de Baghdad de 1924 avec Douglas Faibanks comme celui de 1940, ou les différentes versions des Mille et Une nuits) : ici, elle est donc démultipliée (des coupoles égyptiennes côtoient des coupoles iraniennes, indiennes ou ottomanes sans complexe). Idem pour les minarets et pour les poteries, qui tiennent une place importante du décor dans les Thief de 1924 et 1940, et forme dans Aladdin encore la majorité des éléments présents dans les rues et les intérieurs.
Aladdin se déroule donc plus dans le carton pâte d'un studio que dans une ville orientale.
Notons ici l'utilisation du tapis volant, poncife des contes orientaux mis en scène par Hollywwod. Dans les contes orientaux, les personnages se déplacent dans les airs de différentes manières, mais je ne connais pour ma part qu'une seule occurence de tapis volant dans la littérature arabe et persane (ceci dit je ne connais pas toute la littérature arabe et persane, hein :mrgreen: ) : l'histoire du prince Ahmed dans les mille et une nuits. Il est possible d'ailleurs que le fil d'animation de Lotte Reiniger Les aventures du prince Ahmed (1926 - un petit chef d'oeuvre en ombres chinoises) ait été, sur quelques points, une source d'inspiration ; mais le tapis volant est aussi utilisé dans les deux versions du Thief of Baghdad et dans la plupart des adaptations des 1001 nuits.

Une quatrième influence est celle du colonialisme et du racisme qui lui est inhérent.
Dans le film (cela a été abondamment relevé), deux personnages échappent aux clichés de représentations d'orientaux : les deux héros, Aladdin et Jasmine. Aladdin a été modelé sur le physique de Brad Pitt, Jasmine sur celui de l'amie d'un des animateurs. Tous les autres personnages, et tout particulièrement le méchant vizir, présentent les traits "sémites" tels qu'ils apparaissent sur les cartes postales de l'époque coloniale comme celle des "Types des populations indigènes de l'Algérie", que je ne parviens pas à trouver sur Internet. Les mêmes types apparaissent dans les albums de Tintin ou dans le cinéma colonial de la première moitié du XXe (cf. l'inspecteur Slimane dans Pépé le Moko) : front bas, petits yeux fourbes, nez crochu, visage anguleux, barbiche. La peau des héros est plus claire que celle des méchants, et seuls eux parlent sans rouler les "r".
La représentation de l'Arabe comme un marchand de camelote est également mise en évidence dès la scène d'introduction, et dans tout le film : on ne voit jamais un homme travailler, mais seulement des personnes qui vendent et d'autres qui mendient. Parmi tous les personnages principaux, aucun n'évite l'utilisation d'un déguisement : c'est la fourberie naturelle de l'Arabe qui s'exprime ici...
Dans cette optique colonialiste, la représentation de la ville dans les plans larges, avec ses toits en terrasse rappelle beaucoup l'introduction de Pépé le Moko, film qui avait connu un très grand retentissement aux Etats-Unis (2 remakes à quelques années d'intervalle) : c'est la ville aux ruelles étroites et sombres, que seul peut maîtriser l'indigène, et qui est synonyme d'anarchie. D'ailleurs, Aladin parvient à se jouer des gardes par sa maîtrise parfaite des recoins de la ville.

Contrairement aux films coloniaux cependant, ce racisme est sous-jacent, mais pas assumé : on est dans une période où on commence à voir apparaître des personnages positifs non-blancs de manière assez systématique dans les films, où les communautés immigrées aux Etats-Unis tendent à prendre la parole, comme en témoigne d'ailleurs le scandale qui a eu lieu à la sortie du film. C'est ce qui m'amène à ma dernière partie, courageux lecteur: l'influence du contexte contemporain. Je m'appuie beaucoup, pour cela, sur l'article de C. Wise.
Aladdin est en effet réalisé dans un moment de tension extrême entre Les Etats-Unis et les pays du Moyen Orient (Irak et Iran), sous la présidence de George H.W. Bush (1989-1993), et au moment de la guerre du Golfe. Georges Bush évoque à plusieurs reprises la nécessité d'un "nouvel ordre du monde", permis par la suprématie militaire et politique des Etats-Unis. La possession de la bombe nucléaire est un élément majeur : hors, plusieurs indices relient Aladdin à cet enjeu. On peut noter tout d'abord que dans un film pédagogique sur l'atome, Disney avait utilisé la métaphore du pêcheur et du génie : le même conte que celui du Thief de 1940, qui a tant influencé Aladdin. (on peut voir ce film ici : http://www.youtube.com/watch?v=ByZ1AyDEGSk - le passage intéressant est à partir de 5'35 à peu près. On peut noter la proximité esthétique entre ce génie et celui d'Aladdin, surtout quand on voit les dessins préparatoires à Aladdin). Le propos est simple : le génie est comparé à la puissance atomique, ayant à la fois un côté positif et un côté négatif, qu'il faut pouvoir contrôler, c'est à dire faire rentrer dans la bouteille. Dans Aladdin, le symbole de l'atome entoure Jafar, l'incarnation du mal, lorsqu'il se transforme en génie : il y a là une référence claire à la puissance atomique. L'opposition des deux génies peut donc être vue comme une opposition assez binaire entre les "bons" et les "mauvais" pays vis à vis de la puissance nucléaire : d'un côté, le clan américain, de l'autre, les pays du Moyen Orient, dans l'optique du "new world order" de G. Bush père.

J'ai sans doute oublié plein de choses, mais voilà au moins une première synthèse des éléments qui m'ont paru intéressants dans l'Aladdin de Disney et les analyses qui ont pu en être faites.


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Message Publié : 28 Août 2011 18:33 
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calame a écrit :
mais on peut remarquer que les dernières images du génie le représentent vêtu d'une chemine hawaïenne et d'un chapeau "Pluto", l'archétype du touriste américain visitant Disneyland.


Et c'est presqu'ainsi qu'est représenté Merlin l'enchanteur dans une scène du dessin animé du même nom sorti en 1963 des studios Dysney. Le parfait touriste.

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Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
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Message Publié : 28 Août 2011 21:26 
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Jules Michelet
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calame a écrit :
Contrairement aux films coloniaux cependant, ce racisme est sous-jacent, mais pas assumé : on est dans une période où on commence à voir apparaître des personnages positifs non-blancs de manière assez systématique dans les films, où les communautés immigrées aux Etats-Unis tendent à prendre la parole, comme en témoigne d'ailleurs le scandale qui a eu lieu à la sortie du film.


Cet aspect politique de ce film m'avait échappé. Peut-on en savoir plus sur le "scandale qui a eu lieu à la sortie du film" ? Le coup du méchant du film en tant qu'incarnation des "pays de Moyen-Orient" ça ne serait pas un brin exagéré ? Après tout les films de Disney fonctionnent toujours suivant un principe bien/mal, il est assez facile de mettre tous les adversaires des Américains dans la seconde catégorie. Le film serait sorti cinq ans plus tôt le mal aurait été l'URSS, à moins qu'il ne faille considérer que le contexte politique a influencé cela, puisque si je ne me trompe, Aladdin est le premier film des studios Disney à ne pas être inspiré d'un conte ou d'un roman de la tradition occidentale ; ou bien est-ce que le projet du film est antérieur à la Première guerre du Golfe et n'a rien à voir avec elle ?

En tout cas ce sujet est fort intéressant, l'inspiration "orientaliste" du film est évidente, comme souvent du reste l'aspect visuel des films Disney puise dans les représentations des artistes du 19e siècle. D'ailleurs ce type de représentation a gagné en force avec Aladdin, puisqu'un blockbuster récent, Prince of Persia (et avant lui les jeux vidéos du même nom), me paraît avoir puisé au même source et peut-être même directement dans l'Aladdin de Disney. Plus loin, le Voleur de Bagdad est une référence incontournable.


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Message Publié : 29 Août 2011 6:48 
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Tout à fait, Prince of Persia a des rapports très forts avec Aladdin. C'est une production Disney aussi, d'ailleurs. L'un des éléments commun aux deux qui m'intrigue beaucoup est le symbole du sablier, que je ne sais pas comment interpréter, mais qui est visuellement et dramatiquement important dans les deux cas.

La controverse (scandale est peut-être un mot trop fort) qui a eu lieu à la sortie est mentionné par presque toutes les études sur le film. Il est le fait de l'American Arab Anti-discrimination commitee, qui est parvenu à faire changer les paroles de la chanson d'ouverture en 1993, et a vigoureusement protesté contre le racisme du film. Voir cet article : http://www.adc.org/index.php?id=283 qu'ils ont produits quelques temps après. La Ligue arabe a également protesté. Plusieurs critiques de cinéma ont aussi remis en cause l'utilisation du décor arabisant et relevé des éléments de racisme (http://www.slantmagazine.com/film/review/aladdin/1172).

L'hypothèse de Wise concernant la connexion entre la géopolitique et le film peut paraître en effet un peu tirée par les cheveux. Pour lui, c'est une volonté affirmée de faire passer une idéologie ; j'avoue pencher plus pour une imprégnation dans un contexte particulier. Le film est sorti mi-novembre 1992 ; je ne connais pas la date de début du projet, mais si on compare avec d'autres projets, il a dû être entamé en 1990, donc pendant ou juste avant la première guerre du Golfe. D'ailleurs, les animateurs qui ont travaillé dessus avaient fait La petite sirène (1989) et La Belle et la Bête (1991). Wise fait de nombreuses comparaisons assez intéressantes avec des articles de presse de l'époque. Certes, tous les films Disney sont organisés selon une logique bien-mal ; mais là, le mal est bien typé "arabe" en la personne de Jafar notamment, qui concentre les stéréotypes (l'accent ne passe pas en VF, mais il est très sensible en VO), tandis que le bien est représenté par des héros au langage et au physique américanisé, qui portent des valeurs américaines. Le premier film Disney qui mette en scène un conte extra-occidental (déjà Aladin et Ali Baba) date de 1990, La bande à Picsou et le trésor de la lampe perdue ; mais Aladdin est d'une autre dimension.


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Message Publié : 29 Août 2011 10:29 
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Pierre de L'Estoile
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Mais non, c'était aussi une guerre à visée humanitaire(et préventive) pour sauver le gentil peuple irakien du méchant baasiste saddam. La vision de Wise ne colle pas avec la réalité....Ou bien serai ce l'inverse :mrgreen:

bien à vous

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et tout le reste n'est que littérature


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Message Publié : 29 Août 2011 11:14 
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Jules Michelet
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calame a écrit :
L'un des éléments commun aux deux qui m'intrigue beaucoup est le symbole du sablier, que je ne sais pas comment interpréter, mais qui est visuellement et dramatiquement important dans les deux cas.


D'autant plus que ce n'est même pas un élément oriental si je ne me trompe, le sablier apparaissant plutôt dans l'Occident médiéval. Une manière facile de symboliser le temps qui passe contenant un élément caractéristique du paysage idéal du Moyen-Orient ?

En tout cas la polémique sur le racisme du film me rappelle les critiques sur le film 300 (qu'on pourrait faire avec le Comic l'ayant inspiré), sorti au moment de la dernière guerre du Golfe et qui pour le coup a un racisme beaucoup plus évident. L'Alexandre d'Oliver Stone également est ouvert à ce type de critiques. On a dû en parler au moment de leur sortie dans ce même forum. Dans le même ordre d'idée cette façon de représenter les gentils comme des Blancs et les méchants avec des traits orientaux exagérés renvoie si je ne me trompe à des représentations des scènes de la vie de Jésus vers l'époque moderne. Pas très glorifiant donc.

Sinon à titre indicatif existe-t-il des études du même genre sur l'adaptation "disneyesque" de Mulan ? Je serais curieux d'en lire vu que le sujet me semble potentiellement du même type.


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Message Publié : 29 Août 2011 11:32 
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Jean Mabillon
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Le "Voleur de Bagdad", de 1940, étant un film britannique antérieur à l'indépendance indienne, son caractère colonial n'a rien se surprenant. Il enchanta cependant les enfants à sa diffusion en France, après la guerre, et son jeune acteur principal Sabu enchaîna les succès. En écho à ce film, l'image d'Aladdin, du Génie et de la lampe furent largement exploités par diverses publicités.

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"L'histoire serait une chose merveilleuse si seulement elle était vraie."
Léon Tolstoï.


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Message Publié : 29 Août 2011 14:35 
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Citer :
Sinon à titre indicatif existe-t-il des études du même genre sur l'adaptation "disneyesque" de Mulan ? Je serais curieux d'en lire vu que le sujet me semble potentiellement du même type.

Je connais un article sur le sujet, dans The Emperor's Old Groove déjà cité : Sheng-mei Ma, "Mulan Disney, It's like, Re-Orients : consuming China and Animating Teen Dreams"

Citer :
Le "Voleur de Bagdad", de 1940, étant un film britannique antérieur à l'indépendance indienne, son caractère colonial n'a rien se surprenant. Il enchanta cependant les enfants à sa diffusion en France, après la guerre, et son jeune acteur principal Sabu enchaîna les succès. En écho à ce film, l'image d'Aladdin, du Génie et de la lampe furent largement exploités par diverses publicités.

Exact pour le britannique, grossière erreur de ma part. Ce qui m'étonne, ce n'est pas le caractère colonial du film de 1940, mais la citation presque directe de nombreux éléments provenant d'un film colonial et orientaliste en 1992, dans uncontexte et une pensée générale quand même différents.
D'ailleurs, cette remarque sur le caractère britannique du film pousse à relativiser un peu l'emprunt "hollywoodien", pour parler d'une culture anglo-saxone, plus généralement. Le fait qu'une grande partie des référents pittoresques et architecturaux soient indiens ou égyptiens est très révélateur d'un imaginaire fortement influencé par la colonisation anglo-saxonne (alors que, pourtant dans une veine différente, Azur et Asmar, film français, se déroule au Maghreb, avec une multiplicité de références à l'Occident musulman).


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Message Publié : 30 Août 2011 22:16 
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Philippe de Commines
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Je me demande pas si on n'est pas en face d'un mauvais procès intenté à un pur divertissement. L'histoire d'Aladdin et l'univers orientaliste fait partie de l'imaginaire collectif, et le but de Disney est avant tout de faire regarder son film, pas d'aider un Bush à envahir l'Irak.

Le but est de faire revivre un univers imaginaire qui n'a rien à voir avec une quelconque réalité, pas de donner une vision "réaliste" du Proche-Orient médiéval. D'ailleurs, la vision de certains auteurs est manifestement biaisée :
Citer :
A un moment, la princesse, déguisée, a offert sans la payer une pomme à un garçon : le verdict du marchand est imminent, sa main sera coupée. La peine est en effet prévue dans le Coran et les hadiths (je ne m'étends pas sur la chose, mais c'est un sujet très intéressant) ; cependant Christopher Wise relève avec humour qu'il est bien étonnant qu'il reste des mains dans la ville d'Agrabah, étant donné la facilité d'exécution de cette punition. [...] Il met également le doigt sur le fait que le vol alimentaire est une chose assez difficilement imaginable dans un pays d'Islam, étant donné la valeur conférée à l'aumône.
Ainsi, C. Wise évacue un aspect gênant, l'amputation, et tiré, lui, de la réalité (c'est bien le seul !) d'une pirouette, et assène un aspect positif tout-à-fait invérifiable et invraisemblable : "pas de vol alimentaire dans les sociétés musulmanes" ! Il les voit manifestement comme des sociétés d'abondance, jusqu'à ce que les méchants Blancs n'arrivent, cassent tout et effacent les preuves. C'est un raisonnement digne des afro-centristes lol

Citer :
Une quatrième influence est celle du colonialisme et du racisme qui lui est inhérent.
Non, le racisme et le colonialisme sont des attitudes totalement différents, qui peuvent aussi bien s'opposer que se juxtaposer.

Citer :
Dans le film (cela a été abondamment relevé), deux personnages échappent aux clichés de représentations d'orientaux : les deux héros, Aladdin et Jasmine. Aladdin a été modelé sur le physique de Brad Pitt, Jasmine sur celui de l'amie d'un des animateurs. Tous les autres personnages, et tout particulièrement le méchant vizir, présentent les traits "sémites" tels qu'ils apparaissent sur les cartes postales de l'époque coloniale comme celle des "Types des populations indigènes de l'Algérie", que je ne parviens pas à trouver sur Internet. Les mêmes types apparaissent dans les albums de Tintin ou dans le cinéma colonial de la première moitié du XXe (cf. l'inspecteur Slimane dans Pépé le Moko) : front bas, petits yeux fourbes, nez crochu, visage anguleux, barbiche. La peau des héros est plus claire que celle des méchants, et seuls eux parlent sans rouler les "r".
Ici, on convoque les figures de la littérature coloniale, et Tintin, pour raccrocher cette polémique à celle de Tintin au Congo... tout ça pour rappeler une évidence : le héros et l'héroïne sont beaux (suivants les canons du publics), les autres personnages sont couleurs locales, et le méchant... ressemble à un méchant ! C'est amusant d'invoquer la "barbiche" alors que Jaffar porte le bouc, signe distinctif du méchant dans la quasi-totalité de la production hollywoodienne des 30 dernières années !

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[...]on ne voit jamais un homme travailler, mais seulement des personnes qui vendent et d'autres qui mendient. Parmi tous les personnages principaux, aucun n'évite l'utilisation d'un déguisement : c'est la fourberie naturelle de l'Arabe qui s'exprime ici[...]
la représentation de la ville dans les plans larges, avec ses toits en terrasse [...] est synonyme d'anarchie.
Reprise des clichés orientalistes, transformés en attaques racistes. :rool:

Citer :
La possession de la bombe nucléaire est un élément majeur : hors, plusieurs indices relient Aladdin à cet enjeu. On peut noter tout d'abord que dans un film pédagogique sur l'atome, Disney avait utilisé la métaphore du pêcheur et du génie : le même conte que celui du Thief de 1940, qui a tant influencé Aladdin. (on peut voir ce film ici : http://www.youtube.com/watch?v=ByZ1AyDEGSk - le passage intéressant est à partir de 5'35 à peu près. On peut noter la proximité esthétique entre ce génie et celui d'Aladdin, surtout quand on voit les dessins préparatoires à Aladdin). Le propos est simple : le génie est comparé à la puissance atomique, ayant à la fois un côté positif et un côté négatif, qu'il faut pouvoir contrôler, c'est à dire faire rentrer dans la bouteille.
Merci pour le film, mais ce n'est tout de même pas convaincant. Le parallèle suppose que les spectateurs d'Aladdin ait tous en tête ce film de propagande des années 50.

Citer :
Dans Aladdin, le symbole de l'atome entoure Jafar, l'incarnation du mal, lorsqu'il se transforme en génie : il y a là une référence claire à la puissance atomique. L'opposition des deux génies peut donc être vue comme une opposition assez binaire entre les "bons" et les "mauvais" pays vis à vis de la puissance nucléaire : d'un côté, le clan américain, de l'autre, les pays du Moyen Orient, dans l'optique du "new world order" de G. Bush père.
Je suis assez dubitatif. La guerre du Golfe est partie de l'invasion du Koweit par l'Irak. Les questions sur la possessions de la bombe par Saddam sont venues bien après.

Bref, cette affaire m'a tout l'air d'avoir autant de fondement que celle qui voit dans les Schtroumpfs un avatar d'une société fasciste.

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Message Publié : 30 Août 2011 23:35 
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L'argument du "pur divertissement" ne me semble pas recevable. Comme toute oeuvre d'art, ce film est un reflet (non-exhaustif, bien sûr) de son époque et il est un porteur, volontaire ou non, d'une certaine idéologie. Aladdin n'aurait pas été conçu de la même manière trente ans plus tôt. Dans un autre domaine, si vous vous intéressez au rôle de la femme, vous voyez nettement une évolution dans les productions Disney, un changement qui peut être mis en rapport avec l'évolution de l'idéologie sur cette question. Chaque film s'appuie sur des clichés, mais ces clichés ne sont nullement anodins pour autant.

Par ailleurs, je ne cherche pas du tout à faire un procès - ni même à porter un jugement négatif, d'ailleurs - et je serais désolée que ces messages soient interprétés ainsi. Je fais juste le constat d'une utilisation de nombreux clichés orientalistes, colonialistes, etc. d'époques différentes dans un film qui me semble tardif, justement, pour l'utilisation de tels clichés, et je cherche éventuellement à comprendre cet état de fait. Etude historique, donc, qui peut paraître polémique en raison de la popularité du film, mais très sincèrement, ce n'est pas le but du tout. Comme je l'ai dit au début, j'ai fais cela un peu pour m'amuser au moment où j'attendais les résultats de l'agreg (au début, je cherchais les différentes sources de l'architecture représentée...), je n'ai pas le temps ni l'occasion de le développer bien comme il faut pour en faire quelque chose de présentable, mais certains éléments me paraissent intéressants à livrer à la réflexion sur PH, rien de plus. Je n'ai vraiment pas du tout envie que le sujet dégénère vers quelque chose d'idéologique ou de politique.

Ceci mis au clair, j'essaye de répondre point par point à vos remarques (il est un peu tard, j'espère que je serais claire quand même...).
C. Wise est moins gros sabots que vous ne le ressentez, peut-être parce que je caricature et déforme moi-même sa pensée. Il montre entre autres dans son article la part importante donnée à la loi comme force de coercition dans le film : c'est l'injustice d'une loi tyrannique qui sert d'élément déclencheur. Chose que l'on retrouve, en effet, dans d'autres films ou d'autres histoires. Mais là, c'est la sharia qui est mise en scène comme loi coercitive, comme le prouve bien justement le moment de l'amputation, chose prévue dans les textes musulmans fondateurs du droit, mais qui, de fait, semble historiquement avoir été peu appliqué, qui l'est très peu de nos jours, et qui, par contre, a été très souvent évoqué comme un cliché de la cruauté orientale en Occident, devenant un véritable cliché. (La dernière utilisation qui me revient en mémoire est celle du Robin des Bois avec K. Costner, mais on pourrait en citer beaucoup d'autres).
Quant à l'absence de vol alimentaire, elle est en effet sans doute exagérée, mais l'aumône est un des cinq piliers de l'islam, et on ne peut nier que les sociétés musulmanes lui accordent une grande importance.

Il évoque aussi le problème du changement d'identité et du cloisonnement social comme étant vu comme une caractéristique de sociétés moyen orientales marquées par les castes, c'est ien développé mais j'avoue que j'ai un peu du mal à le suivre sur ce terrain.

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on, le racisme et le colonialisme sont des attitudes totalement différents, qui peuvent aussi bien s'opposer que se juxtaposer.

La racisme, me semble-t-il, est un fondement de la pensée coloniale : la domination du colonisateur se fait sur un autre racialement inférieur (cf. manuels scolaires de cette époque).


Citer :
Ici, on convoque les figures de la littérature coloniale, et Tintin, pour raccrocher cette polémique à celle de Tintin au Congo... tout ça pour rappeler une évidence : le héros et l'héroïne sont beaux (suivants les canons du publics), les autres personnages sont couleurs locales, et le méchant... ressemble à un méchant ! C'est amusant d'invoquer la "barbiche" alors que Jaffar porte le bouc, signe distinctif du méchant dans la quasi-totalité de la production hollywoodienne des 30 dernières années !

Ne me faites pas de procès d'intention, SVP. J'ai fait la comparaison de Tintin pare que j'ai comparé les personnages secondaires du film avec ceux du Tintin qui se passe au Maroc (Tintin et le crabe aux pinces d'or), qui est un album où l'idéologie coloniale apparaît nettement, et où presque tous les personnages représentés portent justement les traits-clichés de l'Arabe. Le bouc (désolée, je ne fais pas la différence avec la barbiche :oops: ) est un des éléments frappant de ces clichés coloniaux. Je n'ai pas l'impression qu'on le retrouve aussi souvent que vous le dites dans les productions hollywoodiennes que vous semblez le dire, mais c'est peut-être un manque d'attention de ma part : vous auriez des exemples ?

Citer :
Reprise des clichés orientalistes, transformés en attaques racistes. :rool:

Connaissez-vous la scène d'introduction de Pépé le Moko ? Celle de la description de la Qasbah d'Alger, qui est représentée comme un lieu de ruelles chaudes et tortueuse, aux mains des non-européens, lieu où la police ne peut entrer, etc... La scène de la poursuite (2e séquence) ainsi que l'utilisation des toits plus généralement me fait vraiment penser à cette manière de représenter la ville "indigène" comme un lieu de non-droit.

Citer :
Merci pour le film, mais ce n'est tout de même pas convaincant. Le parallèle suppose que les spectateurs d'Aladdin ait tous en tête ce film de propagande des années 50.

Ce film, plus pédagogique que de propagande à mon sens (je ne vous ai mis un lien que vers la 1re partie, mais il est beaucoup plus long) a été beaucoup proposé aux écoliers américains jusque dans les années 1980. Il imprègne l'imaginaire collectif américain.

Citer :
Je suis assez dubitatif. La guerre du Golfe est partie de l'invasion du Koweit par l'Irak. Les questions sur la possessions de la bombe par Saddam sont venues bien après.

La question de la bombe imprègne au moins les articles de journaux fin 1991, et une inspection de l'ONU a tenté de contrôler le programme d'armement de l'Irak, Ceci dit, j'avoue ne pas avoir assez creusé la chronologie ni être assez calée sur la guerre du Golfe. C'est une remarque très intéressante et qui apporterait en effet une grosse nuance.


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Message Publié : 31 Août 2011 9:00 
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Pierre de L'Estoile
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Merci calame de nous soumettre un travail rigoureux(nullement polémique sauf pour ceux qui veulent le mener par là).Vous mettez en évidence, de manière tout à fait convaincante(parfois discutable mais c'est le propre d'une étude artistique),des aspects qui peuvent échapper au naif...

Merci nencore,

bien à vous

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Message Publié : 31 Août 2011 9:52 
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comme sources d'inspiration complémentaires, j'ai trouvé ces 2 dessins animés :

par Ub Iwerks le créateur graphique de Mickey en 1934
http://video.google.com/videoplay?docid=1412646879519819317

et ce popeye de 1939
http://www.vintagetooncast.com/v/viewvideo/3/popeye/popeye-aladdin-and-his-wonderful-lamp

je ne les ai pas encore consultés

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Omnia disce, videbis postea nihil esse superfluum


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Message Publié : 31 Août 2011 16:15 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

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Je crois surtout que l'on oublie d'emblée deux éléments essentiels outre le manichéisme disney : la culture des scénaristes et les attentes du public. Il s'agit avant tout d'être rentable. Le public attend un schéma disney et une représentation qui lui paraisse vraisemblable - et non vraie- de l'Orient (tout comme n'importe quel médiéviste succombera à une attaque en voyant Robin des Bois de disney ou le dernier en date car il lui présente le MA tel que le public se le représente). Les films Disney sont d'abord destinés à un public US mineur si je ne m'abuse pas. Ce n'est pas du cinéma d'auteur destiné à une élite adapte de la masturbation intellectuelle. Calame n'avait peut-être pas d'intention polémique -ça la regarde- mais il n'empêche qu'elle donne bien dedans et laisse accroire l'idée d'une manipulation, d'un choix volontairement assumé de présenter ainsi les choses. Surtout dans un contexte qui est le nôtre et qui est celui de la "repentance".
Citer :
L'argument du "pur divertissement" ne me semble pas recevable. Comme toute oeuvre d'art, ce film est un reflet (non-exhaustif, bien sûr) de son époque et il est un porteur, volontaire ou non, d'une certaine idéologie. Aladdin n'aurait pas été conçu de la même manière trente ans plus tôt. Dans un autre domaine, si vous vous intéressez au rôle de la femme, vous voyez nettement une évolution dans les productions Disney, un changement qui peut être mis en rapport avec l'évolution de l'idéologie sur cette question. Chaque film s'appuie sur des clichés, mais ces clichés ne sont nullement anodins pour autant.
Vous enfoncez des portes ouvertes : vous trouvez ça partout et dans toutes les oeuvres, au Moyen Orient y compris sans pour autant que ce soit condamné alors que c'est bien plus souvent voulu et assumé. Mais Disney est américain... (tiens c'est vrai, ce sont systématiquement les films US qui sont pointés du doigt).

D'autant plus que Calame flirte avec l'hypercritique à plusieurs reprise en oubliant les éléments cités ci dessus ou en minimisant leur importance, en rapprochant ça d'autres films inconnus du grand public et en ne considérant qu'une interprêtation possible. L'exemple de la charia est particulièrement éclairant en ce point. À lire Calame, on croirait à une broutille alors que l'actualité ne cesse de nous rapeller une réalité : la montée en puissance d'une application stricte de la charia et l'application stricte, au plus grand mépris de la déclaration universelle des DH, dans des pays comme l'Arabie saoudite. Bref, vous introduisez des jugements de valeur car, quoique vous en dites, vous jugez ce film mais il ne faudrait pas se tromper de valeurs. De même que votre argument du pilier de l'islam ne tient pas du tout la route, que ce soit hier ou aujourd'hui. Des pauvres crevant de faim au plus grand mépris des édiles, ce n'est pas neuf du tout. C'est même toujours d'actualité. Par ailleurs,je crois que certains contes des Milles et unes nuits évoquent des petits voleurs et des mendiants .
D'autant plus qu'il existe une autre interprêtation qui s'accorde bcp mieux avec nos valeurs : quelque soit la loi et malgré son essence divine, celle ci peut être remise en question. Je passe encore sur l'incroyable zapping de la perception US du Moyen-Âge européen qui est toujours conçu comme moyennageux, comme Dark Age.

La barbiche, Le prince Jean (qui n'a pas de crinière), Scar, Sherkan, Raspoutine (mais bon là) etc ont tous une forme de barbiche mais surtout un visage outrageusement déformé. Bref, l'hypercritique est ici flagrante : on se fixe sur une idée -qui est le fil conducteur de toute l'argumentation- au point d'en oublier le reste. La question pertinente aurait d'abord été de s'interroger sur la "typologie" Disney. Or il n'y est jamais fait allusion !!! Ici, on a clairement une lecture ou la question est :"où peut-on interprêter une chose comme raciste". On fait de Aladdin une exception, un OVNI disney pour évacuer tranquillement le langage Disney.
La recherche Google est simple : on a à peine écrit "Les méchants" que le premier choix est ceux de Disney : http://www.google.be/search?q=les+m%C3% ... d=0CDwQsAQ

Citer :
Connaissez-vous la scène d'introduction de Pépé le Moko ? Celle de la description de la Qasbah d'Alger, qui est représentée comme un lieu de ruelles chaudes et tortueuse, aux mains des non-européens, lieu où la police ne peut entrer, etc... La scène de la poursuite (2e séquence) ainsi que l'utilisation des toits plus généralement me fait vraiment penser à cette manière de représenter la ville "indigène" comme un lieu de non-droit.
Connaissez-vous la Casbah de l'époque ? Oseriez-vous prétendre que La Bataille d'Alger est raciste?

Citer :
La question de la bombe imprègne au moins les articles de journaux fin 1991,
Le délire de la bombe est tout de même l'exemple le plus navrant de votre argumentaire. À quel public ce film est-il destiné ? Aux enfants nés en 1980 ... Et non leurs parents !

Citer :
Il évoque aussi le problème du changement d'identité et du cloisonnement social comme étant vu comme une caractéristique de sociétés moyen orientales marquées par les castes, c'est ien développé mais j'avoue que j'ai un peu du mal à le suivre sur ce terrain.
Ha et Cendrillon mais aussi Robin des Bois etc ? Hypercritique que je disais ! C'est d'autant plus abhérant que vous faites radicalement l'impasse sur la façon qu'ont les ricains de percevoir leur Révolution (avec ... Le refus du cloisonnement social synonyme de l'Angleterre aristocratique).

Et dernier point, vous transformez une généralité des films hollywoodiens qui est : les USA sont supérieur au monde entier à "On met en avant la supériorité US sur le Moyen Orient".

Bref, Aladdin est un Disney comme les autres. Ultra fidèle à la bien pensance US, présentant un monde simpliste et caricatural inspiré de l'imaginaire collectif avec un manichéïsme devant permettre au spectateur (les enfants) de s'identifier directement au héros.

PS: Ca me rapelle un Dailymotion sur le sujet, pitoyable s'il en est et qui, comble du comble, prenait True Lies pour preuve ... Un remake de la Totale !


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