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Message Publié : 01 Nov 2018 23:01 
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Bonjour,

Je viens tout juste de visionner the Ox-Bow Incident (disponible sur youtube); un western poignant, quoique réalisé avec une grande économie de moyens, centré sur le thème de la "frontier justice" dont certains intervenants ont déjà parlé. D'emblée je mets un lien en anglais http://www.filmsite.org/oxbo.html , du site "movie review" qui offre un excellent résumé du synopsis, accompagné de nombreuses citations et une brève introduction précisant le contexte (j'imagine que vous devez déjà en savoir plus que ce qui est dit, mais à tout hasard... B) ).

Bien qu'Henri Fonda tienne le rôle titre (en Gil Carter), on assiste davantage à une forme de huis-clos où se succède une dizaine de personnages très typiques; en vrac: les deux cow-boy tout juste arrivés dans une ville et donc suspects, le "right-honorable judge" (le seul dont vous comprendrez parfaitement l'anglais civilisé... :mrgreen: ), la parvenue, fille du village qui a épousé un self-made-man en col-blanc de San-Francisco, un vieil épicier (sorte de Nestor dans ce capharnaüm), un impulsif de la gâchette qui se bat dès la première scène dans le saloon avec Ford, un prêcheur noir sorte d'objecteur de conscience du coin (et c'est bien le seul), un 'Major Tetley', ancien renégat sudiste, gainé dans son uniforme gris, évidemment, l'idiot du village et la calamity-jane locale, un mexicain félon aux ordres de Tetley, le 'gambler' résigné, habitué aux coups-fourrés et j'en passe...
Sans raconter le film, il me semble que l'on pourrait, à partir de ce western, aborder d'autres thèmes fondamentaux dans l'histoire et la constitution de ce mythe de l'Ouest. Dans le désordre, je pense premièrement au messianisme chrétien, à cette foi protestante que portent certains personnages, seules boussoles dans cette tourmente où s'anéantissent les valeurs morales. Bien évidemment on pense aux pasteurs armés de leurs peacemakers et d'une bible tout-terrain des western-spaghetti, mais ce film donne un bon exemple de ce type de personnages, porteurs d'une forme d'aura cheminant au côté des pionniers ou incitant à la paix. Sparks (le prêcheur noir), ici, apparaît deux fois sur fond sonore d'un cœur évangélique et récite lui-même des psaumes chantés (negro spirituals) -cf. sous l'arbre dans l'avant-dernière scène.

Il y , a aussi le lourd passif de la guerre civile qui, bien souvent, resurgit dans les westerns, ou occupe la première place dans les westerns centrés sur cette période. Je dis "bien souvent" pour ne pas dire que je n'ai plus les titres précis en tête, ayant regardé jeune beaucoup de ces films le mardi soir... En tout cas, dans le film de 1943, le pseudo-major Tetley permet d'aborder un nouveau type; l'ancien-confédéré. Ce militaire d'opérette qui finit par diriger le simulacre de procès et qui exerce une influence autoritaire sur ses concitoyens est décrit comme un "renégat", un homme de peu d'envergure qui n'a a priori rien fait durant la guerre. Ce point est imprécis mais on peut supposer que Tetley est lui-même un (ancien) hors-la-loi qui mena des maraudeurs et des nostalgiques de la confédération, ou tout simplement un profiteur de guerre. Malgré son uniforme réglementaire (une étoile au col pour les majors dans l'infanterie confédérée), cet homme qui devient pour un jour ou deux le leader et le justicier de la ville porte des insignes abolis et se sert de cette image pour imposer une autorité usurpée de vieux-briscard. On voit constamment reluire l'insigne C.S.A du chapeau d'ordonnance, comme si le réalisateur voulait souligner l'illégalité flagrante de ce chef auto-proclamé.
Dans ma mémoire, le (ou l'ancien confédéré) est traité selon deux modes dans les westerns; exalté, sous la forme d'un héros quelque peu désuet, "gallantry of southern gentlemen" oblige, mais c'est là ce qui fait son charme (défenseur de la 'Lost Cause'); soit, c'est un personnage hors-la-loi, soldat devenu bandit, ou simplement un "dirty-ass" en manque de civilisation... pardonnez la caricature grossière.
Dans Major Dundee avec Charlton Helston,on trouve un bon mélange des deux types. D'ailleurs, ce western fourre-tout qui se déroule en 1864 parle des Apaches, de la guerre de sécession, de l'expédition française au Mexique (il y a des charges de lanciers impériaux !) et puis aussi des soldats noirs yankees... Bref, à voir !

Tout cela pour dire que dans le contexte paroxystique de l'année 1943, ce western philosophique qui réfléchit sur la loi et la légitimité vis-à-vis de ses formes, donne à penser et assez peu à se divertir. Le guerre mondiale se retrouve illustrée à l’échelle du western, on y retrouve clairement la lutte du libéralisme politique face aux tentatives autoritaires. Le personnage du major est à rapprocher de celui d'un tyran, il montre en tout cas qu'il faut une vigilance constante des citoyens, et un respect de la loi commune qu'ils se sont donnés pour combattre des individus fascinés par la domination. Je dirais même que l'on peut entrevoir les débats sur la nature du transfert d'autorité dans le contrat social qui anima Hobbes ou Locke (scène du vote de la sentence où l'autorité "absolue" du major fédère les partisans autour d'une grave injustice).

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Message Publié : 02 Nov 2018 13:34 
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Par contre, inculquer l'idée que l'on règle tous ses problèmes avec un colt45 ou une winchester, c'était peut être moins pertinent.

On peut en observer les séquelles encore aujourd'hui.


Le rapport aux armes à feu aux EU est bien plus profond que ça. Le port d'arme y est quasi sacré parce que c'est un Etat et une nation qui s'est fondé à l'origine sur une rupture avec les vieux Etats européens où le port d'arme était réservé, et symbolisait, les classes dominantes de la société.

il y a une idée très libertaire dans le port d'arme: on se méfie de l'Etat et de tout ce qui vient d'en haut en général, y compris pour assurer sa défense personnelle (alors que dans les Etats modernes, l'usage de la force est un pouvoir régalien réservé à l'Etat).

Le port d'arme était également un symbole de liberté dans certaines sociétés anciennes: chez les Gaulois ou les Germains, l'homme libre doit paraître armé aux assemblées décisionnelles.

Le Western cristallise cet aspect du port d'arme, où le symbolisme est encore renforcé par la présence de grands espaces sauvages et la quasi- absence d'Etat.


En fait, le western à lui seul cristallise tous les paradoxes sur lesquels les Etat-unis sont fondés: désir de liberté et de s'affranchir des anciens carcans du vieux monde, mais société violente où la loi du plus fort/riche, cause de nombreux maux, associée à une société souvent très réactionnaire et conservatrice.

il est toujours étonnant que le "pays de la liberté" soit l'un de ceux qui emprisonne le plus encore aujourd'hui.

Je connais mal les vieux western des années 50/60, mais l'évolution avec ceux d'aujourd'hui est spectaculaire.

L'image du cow boy, du représentant de la loi et de l'indien a radicalement changé et reflète les aspirations et les peurs des Etat-unis d'aujourd'hui.

Car si Little Big Man commençait à évoquer le problème de la persécution et des massacres des amérindiens, quand on voit aujourd'hui Hostiles, qui m'a profondément ému, on a encore passé un cap.

De la même manière, l'image du Cow Boy a largement changé: héros libre et flamboyant, il est passé tantôt au statut de hors la loi sans foi ni loi ou à celui de héros prolétaire qui subit l'arrivée des gros propriétaires et de la modernité. C'est quelque chose de récurent dans beaucoup de western: le méchant est souvent un gros propriétaire qui cherche à s'approprier par l'intimidation et la violence les terres en chassant les "petits", abattant tout l'idéal de liberté qu'a représenté l'Ouest.

Et c'est là que les western symbolisent tout ce qu'a pu représenter le Nouveau Monde: une possibilité sans précédent de s'affranchir des carcans sociaux et politiques en place, de fonder un nouveau monde, de nouvelles sociétés, de nouveaux modes de vie. On retrouve la même histoire pour les Caraïbes du XVIIème siècle ou la "Nouvelle Angleterre" du XVIIIème siècle, où s'étaient réfugiés nombre de marginaux, de courants religieux et sociaux persécutés ou exilés d'Europe.

Le Western se souvient de toute l'histoire de la colonisation du Nouveau Monde: des aspirations purement coloniales et nationales (la fameuse "frontière" à civiliser et occuper, où l'indien comme le hors la loi est un sauvage à éduquer ou à abattre) à tous les espoirs qu'a pu représenter un monde nouveau pour beaucoup (le mythe du Cow Boy libre et fier, des grands espaces loin de la civilisation et plus récemment, de l'indien, "bon sauvage" qui représente une sorte de pureté originelle liée à ces grands espaces, et même celui du hors la loi, tantôt rustre brutal, sale et sanguinaire, tantôt homme libre qui affronte une société injuste et liberticide... on retrouve exactement les mêmes mythes pour les pirates des Indes Occidentales un siècle et demi avant qui s'inscrive dans un contexte très similaire: colonisation d'un espace pas si vide mais plein de promesses, mais où la civilisation et ses défauts rattrapent ces espoirs plus vite qu'on ne l'attendait).

On comprend donc le succès et l'aura dont bénéficie le Western tellement il aborde en sourdine des thèmes et des symboles très lourds de sens non seulement pour les américains, mais aussi pour nous, qui vivons dans un monde où la puissance (et la culture) américaine pèse très lourd, et où les aspirations à la liberté et à des espaces libres également, face à notre monde surpeuplé et à nos sociétés bureaucratiques, nous parlent.

C'est d'ailleurs fort intéressant de voir que le genre se réinvente mais ne se démode pas. J'ai vu nombre de westerns récents que j'ai trouvé vraiment excellents: True Grit, Hostiles, Les Frères Sisters, Godless (une série, excellente), 3h10 pour Yuma, The Salvation, et d'autres.

D'ailleurs, il est intéressant de voir que dans nombre de ces westerns récent, l'indien a à nouveau disparu ou presque. Car c'est un sujet qui n'est plus neutre, et quand un film parle d'indiens, c'est nécessairement avec gravité (Hostiles), mais sinon, on ne peut plus ne faire que l'évoquer (pas une trace d'indien dans Les Frères Sisters alors que le film se passe dans les années 1850).

Bref, c'est un sujet très complexe et intéressant.


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Message Publié : 02 Nov 2018 15:41 
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Pierre de L'Estoile
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Merci Brennus pour votre intervention très intéressante. Je suis d'accord avec votre analyse mais je n'aurais pas su l'écrire aussi bien.

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Hugues de Hador.
Au service des Mongols de la "Horde d'Or" entre 1350 et 1360.


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Message Publié : 03 Nov 2018 7:40 
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Pour continuer le débat, j'ai regardé The Iron Horse (1924) de John Ford, hier soir, à la télévision.Trois remarques additionnelles à tout ce qu'on a pu déjà se dire sur ce fil :

- Parmi les thèmes de la conquête de l'ouest américain, il y a bien sûr la construction d'un grand réseau ferré pour rejoindre les deux côtes, avec le moment mythique de la pose du "dernier boulon d'or" (les sous-titres de la VOSTFR parlaient de dernier "clou" mais je connaissais plutôt l'expression "boulon"), avec l'idée que la civilisation s'incarne dans la possibilité de se déplacer rapidement et de manière sûre ;

- Dans les figures mythiques, on a parlé du shérif et du bandit, mais il y a aussi "l'homme politique", l'inventeur du mythe américain. The Iron Horse met en scène Abraham Lincoln sous deux angles, celui d'un père bienveillant (qui surveille les enfants), clin d'oeil à son autorité de "père de la nation", et celui de patron de la modernité (qui encourage la poursuite de la construction du réseau ferré en dépit de la Guerre de Sécession). Le film pose aussi (pour moi) le début d'une réflexion sur le juge, "shérif moral", qui remplace la pistolet par la loi.

- Dans le western des années 1920, enfin, l'Indien est justement représenté comme un sauvage opposé à la civilisation du pays, donc à son expression matérielle (le réseau ferré). La guerre contre les Indiens n'est pas montrée comme une guerre de défense des colons (ce qu'on peut retrouver dans beaucoup d'autres westerns où les colons sont attaqués) mais une guerre d'expansion du progrès.

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Message Publié : 03 Nov 2018 11:29 
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Dans le western des années 1920, enfin, l'Indien est justement représenté comme un sauvage opposé à la civilisation du pays, donc à son expression matérielle (le réseau ferré). La guerre contre les Indiens n'est pas montrée comme une guerre de défense des colons (ce qu'on peut retrouver dans beaucoup d'autres westerns où les colons sont attaqués) mais une guerre d'expansion du progrès.


A mettre en lien avec l'idée de la "destinée manifeste", sachant que 1924, c'est trente ans après Wounded Knee.... Pour les gens qui ont découvert ce film, la fin des guerres indiennes c'était comme la guerre du Golfe pour nous au niveau éloignement dans le temps. Red Cloud et Geronimo, morts la même années, étaient décédés seulement 15 ans avant le film...

C'est toujours troublant à quel point ces événements sont proches (quand des ethnologues ont vraiment commencé à s'intéresser aux cultures amérindiennes dans les années 60, ils ont recueillis le témoignage de gens qui avaient connu ou qui étaient les enfants de ceux qui avaient connu l'époque des guerres indiennes).

Et c'est en effet intéressant de noter que très vite, le genre du Western est apparu, comme s'il fallait rapidement "écrire" l'Histoire de la conquête de l'Ouest et ne pas laisser la postérité le faire empiriquement. Il s'agit clairement de la pierre angulaire du "roman national" américain, d'autant plus sensible que la question du traitement des amérindiens vient noircir l'histoire.


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Message Publié : 03 Nov 2018 14:17 
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Philippe de Commines
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Brennus a écrit :
A mettre en lien avec l'idée de la "destinée manifeste", sachant que 1924, c'est trente ans après Wounded Knee.... Pour les gens qui ont découvert ce film, la fin des guerres indiennes c'était comme la guerre du Golfe pour nous au niveau éloignement dans le temps. Red Cloud et Geronimo, morts la même années, étaient décédés seulement 15 ans avant le film...
A noter également l'influence du spectacle de Buffalo Bill, de 1882 à 1912, qui s'était également décliné en films pour kinétoscope.
Wikipedia a écrit :
Le chapeau stetson, le bandana et la chemise du cow-boy ont été popularisés par Buffalo Bill alors que tous les cow-boys n'en portaient pas. La majorité d'entre eux portaient un sombrero, moins chaud et beaucoup moins cher que le stetson. Les grandes coiffes amérindiennes faites de dizaines de plumes n'étaient utilisées que dans quelques tribus et seulement lors de grandes et rares occasions. La plupart du temps, les Amérindiens ne portaient que des coiffes de quelques plumes. C'est le spectacle de Buffalo Bill qui a fait entrer les grandes coiffes dans l'imaginaire collectif.

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Qui contrôle le passé contrôle l'avenir.
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Message Publié : 03 Nov 2018 14:44 
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Plutarque
Plutarque

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Bonjour

Le sujet est passionnant, et comme d'autres, je ne suis pas un spécialiste du tout (regarder "La dernière séance" d'Eddy Mitchell étant gosse ne doit pas pouvoir compter... :wink: )

Mais je voudrais ajouter ceci :

Oliviert dit
Citer :
Les Westerns ont été réalisés pour la plupart à une époque où les gens n'avaient pas la télévision, et n'avaient pas toujours le courage de lire après une longue journée, ou une semaine de travail fatigante

Mais il me semble qu'il y a eu toute une littérature populaire aux Etats-Unis fin XIXe-début XXe, des opuscules pas chers, et une littérature qui a eu du succès. En particulier les récits de témoins ou d'acteurs.
Ou présentés comme tels, car toujours de mémoire, il me semble qu'il y a eu beaucoup de récits fictifs présentés comme réels !
Exemple qui me vient spontanément : Pat Garrett, qui a abattu Billy the Kid, a écrit/publié un "The Authentic Life of Billy The Kid" en 1882 !

Je pense aussi aux romans d'aventure illustrés du début du siècle. Moi qui ai été passionné par les pirates, je pense à des illustrateurs comme N.C. Wyeth (1882-1945), élève d'Howard Pyle, qui parcourt l'Ouest au début du siècle pour trouver l'inspiration.

Enfin, il y a aussi l'art, la peinture. J'ai réussi à trouver un article de La Croix de 2007 sur une expo à Rouen : "Quand la peinture américaine inventa le western. LA MYTHOLOGIE DE L'OUEST DANS L'ART AMÉRICAIN ENTRE 1830 ET 1940"
L'article cite N.C. Wyeth (cherchez "wyeth western" sur Google Images), mais aussi des peintres comme Albert Bierstadt (1830-1902) ou Thomas Moran (1837-1926) - ces deux-là, surtout les paysages apparemment.

Tous ces arts populaires d'avant le cinéma ont, selon moi, forcément joué un rôle pour l'importance du western au cinéma, plus tard. Le sujet était déjà populaire, et avait déjà une partie de ses codes.

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Le secret de la tactique, c'est dix contre un, et par derrière ! Tout le reste n'est que littérature.
(un professeur de l'Ecole Supérieure de Guerre, années 30)


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Message Publié : 03 Nov 2018 14:48 
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Grégoire de Tours
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J'ai vu un documentaire sur Planète, il y a 15 ou 20 ans sur la réalité du Far-West. C'était un documentaire pour une télé américaine. Si j'ai bonne mémoire, il revenait sur un duel qui avait effectivement eût lieu et qui était reproduit dans un ou plusieurs films américains. Dans les films, les protagonistes se faisaient face ... et s'ensuivait ce qu'on a tous en tête, le premier qui dégaine ... D'après les procès-verbaux et les articles de l'époque, le truand qui avait perdu la vie dans ce "duel" avait été simplement abattu par derrière par le shériff qui ne voulait prendre aucun risque inutile pour sa vie. Ce sont des journalistes qui pour vendre du papier avaient romancé l'histoire et inventé le duel ...

En fait, le western est né sur la Cote Est dans les années 1860-70 et suivantes. On vendait des petits périodiques romancés qui se basaient sur certains faits réels totalement réécrits par des écrivains qui n'avaient jamais mis les pays dans les contrées de l'Ouest. Les scénaristes hollywoodiens se sont ensuite basés sur ces histoires pour écrire leurs scénarios et les filmer dans de beaux décors. Si on regarde les bandes-annonces de certains des films que l'on considère comme des chefs-d’œuvre du westerns des années 50, on met en avant ces paysages magnifiques (et ceux qui savent bien regarder voient les raccords entre les scènes tournées en studio et celles tournées en extérieur).

Les premiers films tournés reprennent les histoires racontées dans les périodiques. Ensuite, on a fait appel à des écrivains et les personnages gagnent en consistance. Certains westerns sont des adaptations de grands classiques transposées dans l'Ouest américain ...

PS : grillé par BiblioEdualk en ce qui concerne l'évocation de cette littérature populaire ;)


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Message Publié : 03 Nov 2018 14:52 
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Grégoire de Tours
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On trouve d'ailleurs des transcriptions de ces histoires en français, dans Gallica : [urlhttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k114366s/f5.image.r=far-west]Buffalo Bill : La course à la mort à travers les campements ennemis[/url]

Regardez la date : 1907 ...

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Message Publié : 03 Nov 2018 16:28 
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Philippe de Commines
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Léonard59 a écrit :
On trouve d'ailleurs des transcriptions de ces histoires en français, dans Gallica : Buffalo Bill : La course à la mort à travers les campements ennemis
Merci beaucoup pour ce magazine ! Vraiment typique d'une époque !

Jadis a écrit :
- Dans le western des années 1920, enfin, l'Indien est justement représenté comme un sauvage opposé à la civilisation du pays, donc à son expression matérielle (le réseau ferré). La guerre contre les Indiens n'est pas montrée comme une guerre de défense des colons (ce qu'on peut retrouver dans beaucoup d'autres westerns où les colons sont attaqués) mais une guerre d'expansion du progrès.
Précisément, je me demande si les westerns où les colons se font attaquer par des hordes d'Indiens, et en exterminent des centaines avant d'être sauvés par la cavalerie lol n'ont pas donné lieu à un sous-genre - "le groupe assiégé" ? - qui se perpétue dans la science-fiction, avec notamment Aliens le retour où des colons de l'espace affrontent des hordes d'extra-terrestres.

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Message Publié : 03 Nov 2018 16:31 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Mai 2018 10:04
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Nebuchadnezar a écrit :
Léonard59 a écrit :
On trouve d'ailleurs des transcriptions de ces histoires en français, dans Gallica : Buffalo Bill : La course à la mort à travers les campements ennemis
Merci beaucoup pour ce magazine ! Vraiment typique d'une époque !


On en trouve d'autres sur Gallica ... et en regardant les illustrations on voit bien qu'Hollywood n'a rien inventé mais c'est contenté de reprendre quelque chose qui existait déjà ;)


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Message Publié : 04 Nov 2018 15:20 
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Hérodote
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BiblioEdualk a écrit :
Je pense aussi aux romans d'aventure illustrés du début du siècle. Moi qui ai été passionné par les pirates, je pense à des illustrateurs comme N.C. Wyeth (1882-1945), élève d'Howard Pyle, qui parcourt l'Ouest au début du siècle pour trouver l'inspiration.

Enfin, il y a aussi l'art, la peinture. J'ai réussi à trouver un article de La Croix de 2007 sur une expo à Rouen : "Quand la peinture américaine inventa le western. LA MYTHOLOGIE DE L'OUEST DANS L'ART AMÉRICAIN ENTRE 1830 ET 1940"
L'article cite N.C. Wyeth (cherchez "wyeth western" sur Google Images), mais aussi des peintres comme Albert Bierstadt (1830-1902) ou Thomas Moran (1837-1926) - ces deux-là, surtout les paysages apparemment.

Tous ces arts populaires d'avant le cinéma ont, selon moi, forcément joué un rôle pour l'importance du western au cinéma, plus tard. Le sujet était déjà populaire, et avait déjà une partie de ses codes.


Je ne connaissais pas ce pan de la littérature et ca me fait donc une ouverture de plus sur l'origine, et par conséquent, de l'évolution du genre... Merci !

Pour revenir sur l'art, que j'avais évoqué dans une de mes réponses, effectivement je pensais à l'Hudson River School (avec Bierstadt, Moran, Gast ou encore Cole) et à des peintres comme George Caleb Bingham et son célèbre tableau "Fur Trader Descending Missouri", Charles Russell ou encore Frederic Remington. Enfin la photographie peut éclairer la vision et la reproduction des paysages de l'Ouest au cinéma : les photos de Timothy O Sullivan ou de William Henry Jacksonn se concentrant sur l'aspect spectaculaire des paysages de cette partie du pays.


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Message Publié : 04 Nov 2018 16:10 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Mai 2018 10:04
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Il y a aussi toute une série de photos. Un photographe américain, dont je ne me souviens plus le long s'était fait une spécialité de la photographies des gens qui avaient participé à la conquête de l'Ouest. Il me semble qu'on peut trouver pas mal de documents sur le site de la Bibliothèque du Congres des USA


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Message Publié : 04 Nov 2018 16:26 
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Grégoire de Tours
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Inscription : 27 Mai 2018 10:04
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Sur la Bibliothèque du Congres, on peut trouve ce type de documents : https://loc.gov/resource/ppmsca.51096/

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Message Publié : 04 Nov 2018 18:48 
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Brennus a écrit :
A mettre en lien avec l'idée de la "destinée manifeste", sachant que 1924, c'est trente ans après Wounded Knee.... Pour les gens qui ont découvert ce film, la fin des guerres indiennes c'était comme la guerre du Golfe pour nous au niveau éloignement dans le temps. Red Cloud et Geronimo, morts la même années, étaient décédés seulement 15 ans avant le film...

C'est toujours troublant à quel point ces événements sont proches (quand des ethnologues ont vraiment commencé à s'intéresser aux cultures amérindiennes dans les années 60, ils ont recueillis le témoignage de gens qui avaient connu ou qui étaient les enfants de ceux qui avaient connu l'époque des guerres indiennes).

Et c'est en effet intéressant de noter que très vite, le genre du Western est apparu, comme s'il fallait rapidement "écrire" l'Histoire de la conquête de l'Ouest et ne pas laisser la postérité le faire empiriquement. Il s'agit clairement de la pierre angulaire du "roman national" américain, d'autant plus sensible que la question du traitement des amérindiens vient noircir l'histoire.


Juste pour revenir sur cette proximité historique du contexte et de sa mise en récit/image. Wounded Knee est communément retenu comme la dernière grande bataille des guerres indiennes. C'est vrai en terme de portée symbolique et d'ambleur des pertes à déplorer, qui se comptent en centaines de morts, mais on place le point final des guerres indiennes en 1924 (un vol de chevaux par des Apaches, non loin de la frontière mexicaine). Or, passé 1890, la lutte se poursuit dans l’Utah entre mormons groupés en milices locales et indiens Ute (menés par Posey). De grands chefs fédèrent encore des groupes assez important de guerrier.
La dernière Medal of Honor des guerres indiennes fut remise en 1898, dans le Minnesota, après une bataille d’embuscade assez disputée (plusieurs morts US).
Au sud, tant dans les territoires du Nouveau-Mexique, que de l'autre côté de la frontière, les guerres Apaches se poursuivent, de manière assez anecdotiques, certes, mais l'on compte encore des morts des deux côtés. Surtout, ces affrontements se déroulent entre indigènes, considérés comme nation en guerre, et U.S Army. La reddition du chef doit se dérouler devant une autorité militaire compétente.
Pour finir, il me semble, que, toujours dans cette idée de naissance du mythe de l'Ouest, il pourrait être intéressant de considérer ce qu'en disaient les journaux de l'époque, a priori très friands de ces "vrais westerns". L'un des film cité par l'auteur du fil remonte au début des années vingt, juste avant que les "natives" ne soient reconnus comme citoyens des E-U ! D'autant que les reporters brodaient souvent à partir des faits assez maigres, et surtout bien éloignés des charges à la Buffalo Bill (ils inventaient des histoires d'indiens chevauchant dans les rues...).

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