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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 18 Nov 2015 17:14 
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Disons que si la lance n'aurait pas eu une utilité certaine, on n'aurait pas cherché à imiter les cosaques. Vos écrits montrent qu'il ne s'agit pas d'une imitation simple, mais elle est raisonnée. On ne donne pas la lance pour faire comme les cosaques, mais parce que l'on a comprit quelle est encore bien utile.

_________________
Une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable.
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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 18 Nov 2015 19:34 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Félicitations à Cyril et Narduccio pour leurs analyses très claires et relativement complémentaires.

Cela dit l'expérience n'a pas du être bien convaincante puisque la restauration a dissous les régiments de lanciers !


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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 18 Nov 2015 20:07 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Jerôme a écrit :
Cela dit l'expérience n'a pas du être bien convaincante puisque la restauration a dissous les régiments de lanciers !


Bardin dans la Sentinelle de l'Armée écrivit ceci :
"Les seigneurs de la cour de Louis XVIII ne goûtaient pas les corps de lanciers, parce qu'ils croyaient que c'était une invention introduite par Bonaparte"

Quoi qu'il en soit, sans parler des lanciers de la Garde Royale, la lance ne fut pas abandonnée :
"Art. 17. L'institution de régiments de lanciers ne paraissant pas avoir été calculée sur la possibilité de réunir en un petit nombre de corps, sans nuire à la bonne composition des autres, tous les hommes et les chevaux que leur agilité rend propres au service de cette arme, et les comptes que nous nous sommes fait rendre nous ayant donné lieu d'observer que l'emploi de ce genre de cavalerie étant plus particulièrement utile dans la poursuite, il est préférable de donner cet avantage à un plus grand nombre de régiments , en leur conservant en même temps tous ceux de leur constitution particulière : nous voulons qu'au lieu de régiments de lanciers, le dernier escadron de chacun de nos régiments de chasseurs soit armé de lances, et composé des cavaliers les plus agiles et des chevaux les plus vîtes et les plus maniables.
Cet escadron, qui ne paraîtra avec la lance qu'à cheval, partagera toutes les espèces de service avec les autres, dont il aura, en outre, l'armement.
Il n'aura aucune distinction ni de paie, ni de rang, ni d'uniforme."
(Ordonnance du 30 août 1815)

_________________
" Grâce aux prisonniers. Bonchamps le veut. Bonchamps l'ordonne ! " (d'Autichamp)


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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 19 Nov 2015 15:47 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Quelques réflexions sur la lance :

Foy, "Histoire de la guerre de la Péninsule sous Napoléon" :
« La cavalerie, et surtout la cavalerie armée de lances, est l'effroi des troupes de nouvelle levée. Le sabre frappe à deux pas ; la lance atteint à vingt pas. Les haies, les buissons, les obstacles ne peuvent soustraire le fuyard. »



Jomini, "Vie politique et militaire de Napoléon" :
« On a mal apprécié les lanciers, parce qu'on les avait toujours employés aux avant-postes, où ils combattaient individuellement sans avantages. Mais dans les charges en lignes serrées, les lanciers sont également redoutables à l'infanterie qu'ils peuvent mieux atteindre, et à la cavalerie armée de sabres qui ne peut rien contre eux. »

Jomini, "Précis de l’art de la guerre" :
« Dans la charge en muraille ou en ligne, la lance offre des avantages incontestables; dans les mêlées, le sabre vaut peut-être mieux : de là est venue l'idée de donner la lance au premier rang qui doit enfoncer, et le sabre au second qui doit achever par des luttes partielles.
[…]
Avec une cavalerie armée de sabres, on peut se lancer au galop à 200 pas contre une ligne ennemie qui vous attendrait de pied ferme. Mais si l'on a une cavalerie armée de lances, le grand trot est la véritable allure, car l'avantage de cette arme dépend surtout de la conservation de l'ordre : dès qu'il y a mêlée, la lance perd toute sa valeur.
[…]
Pour enfoncer de bons carrés, il faut du canon et des lanciers, mieux encore des cuirassiers armés de lances.
[…]
La lance est, comme on vient de le dire, la meilleure arme offensive pour une troupe de cavaliers qui chargent en ligne, car elle atteint un ennemi qui ne saurait les approcher ; mais il peut être bon d'avoir un second rang ou une réserve armée de sabres, plus faciles à manier lorsqu'il y a mêlée et que les rangs cessent d'être unis. Peut-être même vaudrait-il mieux encore faire soutenir une charge de lanciers par un échelon de hussards qui, pénétrant après eux dans la ligne ennemie, achèveraient mieux la victoire.
La cuirasse est l'arme défensive par excellence. La lance et une cuirasse de fort cuir doublé ou de buffle, me semblent le meilleur armement de la cavalerie légère; le sabre et la cuirasse en fer celui de la grosse cavalerie. Quelques militaires expérimentés penchent même à armer les cuirassiers de lances, persuadés qu'une telle cavalerie, assez semblable aux anciens hommes d'armes, renverserait tout devant elle. Il est certain qu'une lance leur conviendrait mieux que le mousqueton, et je ne vois pas ce qui empêcherait de leur en donner de pareilles à celles de la cavalerie légère.
[…]
Chacun sait qu'avec le seul avantage de la lance, les cosaques ont souvent défait la cavalerie régulière la plus redoutable. Sans doute, des lanciers en fourrageurs ne valent pas de bons hussards ; mais chargeant en ligne, c'est bien une autre affaire. Combien de milliers de braves cavaliers ont été victimes du préjugé qu'ils avaient contre la lance, parce qu'elle gêne un peu plus à porter qu'un sabre ?



Marmont "Voyage du maréchal duc de Raguse en Hongrie: en Transylvanie, dans la Russie méridionale, en Crimée, et sur les bords de la mer d'Asie, à Constantinople, dans quelques parties de l'Asie Mineure, en Syrie en Palestine et en Égypte" :
« Quant aux lances données aux cuirassiers, c'est une pratique que je n'ai cessé de défendre, et que j'ai essayé vainement de faire adopter dans l'armée française. Quelques détails justifieront que c'est à tort que l’on a considéré la lance comme l’arme de la cavalerie légère : elle est au contraire, et par la nature des choses, celle de la cavalerie de ligne, de la cavalerie de bataille, et précisément des cuirassiers. Mais tout est routine chez les hommes.
Il arrive fréquemment que dans les pays les plus éclairés, on adopte des usages nouveaux, de confiance et sur l'exemple des autres : on n'en raisonne pas les applications et on ne calcule pas les circonstances qui les accompagnent. On se dispense de chercher le principe, et, comme on ne part pas d'une hase bien choisie, les conséquences que l'on tire sont erronées. Le faux emploi de la lance dans l'armement des troupes à cheval est une des plus grandes preuves de ce que j'avance.
On a vu des peuplades belliqueuses, habitant des plaines où les chevaux étaient abondants, être armées de lances, témoin les Cosaques et les Arabes; et comme ces peuplades étaient sans instruction, qu elles n étaient soumises à aucune règle pour combattre, on les considère, et l’on ne peut les considérer que comme des troupes légères. Ces hommes exercés dès l'enfance au maniement de la lance en ont tiré un parti merveilleux. En le remarquant, on a dit : « Cette arme doit servir à la cavalerie légère » et l'on a prononcé un jugement absurde.
L'habitant d'un pays barbare, où aucune industrie n'a pénétré, où il n'existe ni manufactures, ni magasins d'armes, ni argent pour en acheter à l'étranger, monte à cheval et veut s'armer. Il coupe une longue branche d'arbre, en aiguise la pointe, la durcit au feu, et voilà une lance. Plus tard il se procure un clou et l'y place, cette arme devient plus dangereuse ; enfin ce bâton est garni d'un fer régulièrement façonné pour cet usage, et voilà la lance telle que les troupes l'ont adoptée. On voit que ce n'est pas par choix que les Cosaques et les Arabes se sont armés ainsi, mais par nécessité : ils sont devenus redoutables à force d'adresse et d'usage, et l'on en a conclu, à tort, que les troupes légères, organisées spécialement dans les pays civilisés, doivent être armées ainsi.
La lance est l'arme de la cavalerie de ligne, et principalement de celle qui est destinée à combattre de l'infanterie. Une ligne de cavalerie s'ébranle et charge un carré d'infanterie. A force de bravoure, et malgré le feu qui est dirigé sur elle, elle parvient à l'aborder : si l'infanterie reste ferme et ne s'effraie pas, que doit-il arriver ? Les baïonnettes tenant le cheval trop loin du fantassin pour que le cavalier puisse sabrer celui-ci, sa véritable arme offensive, c'est son cheval qui, étant tué, tombe et fait une brèche, qui donne à ceux qui sont près de lui le moyen de pénétrer. La lutte est donc tout à l'avantage de l'infanterie. Si au contraire cette ligne de cavalerie, au lieu d'être armée de sabres, est garnie d'une rangée de piques, qui précède les chevaux de quatre pieds, rien ne peut être opposé avec succès à ses efforts.
D'un autre côté, dans les combats d'homme à homme, une arme courte, se maniant avec plus de facilité, offre beaucoup plus d'avantage qu'une arme longue; et, toute chose égale, il est certain qu'un hussard ou un chasseur battront un lancier. Il est facile aux premiers de parer, et ils peuvent riposter avant que leur adversaire, qui s'est abandonné sur eux, se soit mis de nouveau en défense. Il serait donc convenable que les troupes légères fussent armées exclusivement de sabres, et de sabres légèrement courbés, qui valent mieux pour le combat isolé que le sabre parfaitement droit; quelles eussent aussi des armes à feu, pour augmenter leurs moyens de résistance, et pour se faire entendre des masses qu'elles sont chargées d'éclairer et d'avertir; et que les cuirassiers, et toute la cavalerie de ligne, eussent la lance et le sabre droit : le premier rang chargerait la lance en arrêt, et le second rang aurait le sabre à la main. Une fois le choc produit, et les rangs mêlés, les sabres du second rang rempliraient leur office.
Dans le temps des combats de la chevalerie, les chevaliers étaient armés de lances : on livrait un combat de front, on se heurtait directement; dès ce moment l'usage de l'arme longue devait être préféré. Cependant les armes étaient égales en longueur. Il en est bien autrement aujourd'hui, que l’on a à faire à une troupe qui a une arme plus longue que le sabre, et qui peut frapper sans que celui qui la porte puisse être atteint. On a dit que la lance était la reine des armes, et l’on a raison quand on l'emploie avec discernement. Mais c'est le faire à contre-sens que de s'en servir avec les troupes légères, et d'en priver la cavalerie de ligne, et surtout les cuirassiers, dont elle doit doubler la force.
C'est donc malgré la lance, qui ne leur convient pas, que les Cosaques forment une troupe qui n'a son analogue nulle part en Europe, et dont le mérite tient à des circonstances particulières, résultant des mœurs et de la manière de vivre des hommes qui la composent.
Je citerai un fait à l'appui de mon opinion, sur la manière d'employer la lance et d'en obtenir de grands effets.
En 1813, à la bataille de Dresde, lorsque, à la gauche de l'armée autrichienne, l’infanterie abandonnée par la cavalerie, fut chargée à plusieurs reprises par nos cuirassiers, elle leur résista constamment et repoussa toutes leurs attaques; et cependant les conditions du temps étaient toutes à son désavantage : la pluie avait mis presque tous les fusils hors d'état de faire feu. On ne vint à bout de cette infanterie qu'en faisant précéder les cuirassiers, par cinquante lanciers, de l'escorte du général Latour-Maubourg, qui firent brèche, et donnèrent à ceux-là le moyen de pénétrer et de tout détruire. Ces lanciers purent s'approcher impunément, attendu que les coups de fusil étaient rares; mais la question n'eût pas été incertaine, dans tous les cas, si les cuirassiers eussent été eux-mêmes armés de la lance redoutable. Elle doit également être victorieuse dans les combats de cavalerie, ligne contre ligne, et quand l'ennemi n'a que des sabres : admirable au moment où l'on s'aborde, ou que l'on veut s'aborder, elle est également bonne dans la poursuite.
Je suis donc autorisé à dire que l'arme principale de la cavalerie de ligne doit être la lance, et le sabre une arme auxiliaire de celle-ci; tandis que le sabre et les armes à feu doivent composer seuls l'armement des troupes légères. La routine, et des préjugés contraires, combattront sans doute longtemps encore avec succès ces principes, dont la vérité me semble cependant démontrée. »

Marmont reprit quelques années plus tard les mêmes arguments sur celle qu’il considérait, pour reprendre l’expression du maréchal de Saxe, comme « la reine des armes », dans l’ouvrage intitulé « De l’esprit des institutions militaires ».

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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 21 Nov 2015 8:18 
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Philippe de Commines
Philippe de Commines

Inscription : 13 Mars 2010 20:44
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Cf la Légion de la Vistule, lanciers Polonais qui s'illustrent en Espagne
ou la phrase de Durutte en 1815 à propos de la charge des lanciers de Jacquinot aboutissant à la mort de Ponsomby "jamais je ne vis mieux la supériorité de la lance sur le sabre"

_________________
il pleuvait, en cette Nuit de Noël 1914, où les Rois Mages apportaient des Minenwerfer


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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 21 Nov 2015 9:50 
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Pierre de L'Estoile
Pierre de L'Estoile

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Je reviens à un autre aspect de ma question : pourquoi dans certaines périodes avions nous des lanciers et à d'autres périodes des cavaliers d'autres dénominations dotés de lances ? Pourquoi ne pas avoir renommé les dragons lanciers en 1890 quand on leur donne la lance ?

Autre question : qui en dehors de marmont aurait défendu l'idée de la lance pour les cuirassiers ?
PS : je remercie Cyril D pour ses trouvailles !


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 Sujet du message : Re: Lances et lanciers
Message Publié : 12 Déc 2015 18:46 
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Fustel de Coulanges
Fustel de Coulanges
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Un ouvrage intéressant : Essai sur le maniement de la lance, par Corvin Krasinski (1811) :
http://www.signum-polonicum.com.pl/doku ... yginal.pdf

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